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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 12:08

GALLIANO-2.jpg  emile-parisien.jpgJe sais bien que je devrais m’abstenir de citer Richard Galliano dans cet éditorial de rentrée. Je risque encore d'avoir des problèmes avec les édiles du jazz. Pas d’attaques nominatives et comme le rappelait récemment Philippe Val à Stéphane Guillon qui s’en prenait à Eric Besson avant que l’humoriste ne prenne la porte des studios de France Inter, pas d’attaques sur le physique. Et donc, non je ne dirais rien sur la musique de Richard Galliano.

En plus, même si je le voulais ( et je ne le veux pas) j’aurais beaucoup de mal à attaquer de front la musique de l’accordéoniste. Car il faut bien reconnaître que ce quinqua boulimique qui multiplie des projets et les rencontres brillantes avec les plus grands jazzmen et les plus grands compositeurs, phagocyte les festivals et inonde le marché du disque avec une production plus que prolifique, fait partie de ceux qui ont écrit depuis plusieurs années parmi les plus belles histoires du jazz en France.

La question de sa légitimité ne se pose donc évidemment pas.

Mais pour autant ce statut privilégié s’il en est (j’aurais voulu écrire statue), permet-il à cet illustre, à ce monument, à ce consensuel du jazz de porter un jugement docte et sans appel sur la musique qui n’est pas la sienne, à l’heure où il est si difficile pour de jeunes musiciens d’avancer avec intégrité et de vivre de leur musique. Et surtout quelle serait cette sorte de légitimité si celle-ci lui permettait de balancer aux lecteurs de la Dépêche du Midi quelques « vérités » sans être le moins du monde obligé de les justifier un seul instant.

Citation :

 « Marsalis, c'est toujours structuré, ça tombe jamais dans le free, c'est très honnête. Une rythmique magnifique. Avec Paco de Lucia, c'est la même chose. (…) Je dis toujours que la musique doit aller avec la danse. On doit donner envie de danser. Le bal est aussi important que le conservatoire. Je ne suis pas un ayatollah, mais j'ai écouté Emile Parisien sur la place, qui singe un peu John Zorn et Michel Portal. C'est leur histoire, mais ce que j'ai entendu, c'était un peu de la musique inutile, et j'ai peur qu'ils aillent dans le mur avec çà. La révolution doit être porteuse de message, là c'est une révolution dans le vide. C'est pas parce que l'on joue quelque chose de moderne que l'on doit se couper du passé. »

 

La Dépêche du Midi : Galliano rhabille Parisien

 

 

Mais il y a derrière les propos de l’accordéoniste une notion qui mériterait de sa part quelques éclaircissements tant nous avouons êtres un peu perdus: il s’agit de la notion de musique « utile ». Car là j’avoue, je pige pas. Zero. Le voile blanc. No comprendo. Si M’sieur Galliano ou tout autre lecteur d’ailleurs pouvait éclairer notre lanterne ce serait fort aimable.

Car faut-il penser, en filigrane que ce jazz utile serait celui si consensuel qui remplit les salles ? Serait-ce celui qui vend des disques ? Celui qui fait danser ? Cela voudrait-il dire qu’il y a une finalité sans laquelle la vacuité de l’art serait non signifiant voire insignifiant ? Quand au message que la musique véhicule, quelle devrait en être la teneur pour trouver grâve aux yeux de l’accordéoniste.

Et si la musique s’achève pour celui qui l’écoute par une forme d’interrogation, cela la rend elle moins utile qu’une musique disons, plus prévisible.

 

Admettons alors que Richard Galliano se soit un peu gonflé d’orgueil devant les journalistes. Qu’il se soit senti, dans son jardin de Marciac et avec la position magistrale qui lui était réservée sur cette édition, obligé de remettre à l’heure des pendules qui tournent de toute façon sans lui.

Admettons et écoutons la belle musique de Galliano et d’Emile Parisien. Chacun a tant de choses à dire  à travers sa propre musique que nous pouvons toujours rêver les voir bientôt réunis sur scène. Du passé de l’un et de l’avenir de l’autre peut naître l’inutilité essentielle de la musique.

JMG

 

 

 

 

 

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 10:10


ECM 2010

Norma Winstone (vc), Glauco Weiner (p), Klaus Gesing (clb, ss)

SORTIE LE 30 AOUT 2010

norma-winstone.jpg Il y a avec Norma Winstone cette poétique, cet art de la littérature chantée qui vient de la profondeur qu’elle parvient à donner aux textes et qui fait d’elle, bien plus qu’une chanteuse de jazz, une musicienne de la parole. Avec le pianiste Glauco Weiner et le sublime clarinettiste Klaus Gesing, la chanteuse anglaise forme le plus magnifique des trios de « story tellers ».

Ces trois-là, se sont rencontré il y a déjà 10 ans ont enregistré leur premier album (Chamber Music) en 2002. Mais on surtout encore en mémoire le précédent album « Distances » paru en 2008 chez ECM et qui avait été encensé par la critique     (Prix de l’Académie du Jazz, nomination aux Grammy Awards). Ici, ils viennent prolonger le conte, raconter la suite de ces histoires tout à tours charmantes ou émouvantes. Un peu comme s’ils nous invitaient à revenir dans l’intimité de leur cottage anglais à l’heure du soleil couchant.

On connaît à peu près tout de ces histoires, comme si on les avait déjà entendus maintes fois. Elles parlent de l’amour, elles parlent de l’absence, elles parlent de la vie, chantent des comptines pour enfants ou reprennent quelques ballades traditionnelles. Mais elles nous captivent toujours. Comme le merveilleux parle à l’âme. Norma Winstone a cette gravité flottante qui véhicule une émotion un peu mélancolique et suave que seuls quelques chanteurs possèdent. Marianne Faithfull a cela. On pense aussi à Léonard Cohen. On pense à Suzanne Abbuehl ou à Thierry Péala. Ces chanteurs qui se situent entre le ciel nuageux et les racines de la terre. Dans ces flottements de la voix, dans cette évanescence entre histoire réelle et souvenirs flous,  Norma Winstone chante la mélopée avec l’air et le velours et la sagesse des conteurs qui ont trouvé une sorte d’indicible secret.

Les trois musiciens, qui par ailleurs composent ensemble sur plusieurs titres, atteignent la perfection de l’intime et  exaltent la musicalité de ces histoires, sorties de leur écrin sublime. Klaus Gesing que l’on avait entendu dans le dernier album d’Anouar Brahem (The Astouding eyes of Rita – ECM 2010) y est ici absolument exceptionnel. Dans sa façon d’accompagner et de se glisser dans la voix de Norma Winstone. Dans son art du crescendo. Dans la force qu'il donne à l’expression Winstonnienne. Dans cet Among the clouds rempli de complicité entre les deux ou encore dans cette sublime introduction sur Ballo Furlano. Klaus Gesing avec une pureté cristalline du son dessine autour de la voix flottante de Norma Winstone de somptueuses arabesques.  Et entre Klaus Gesing et Norma Winstone, le pianiste  italien Glauco Venier magnifie l’histoire et ponctue chaque phrase de la chanteuse, lui donne souffle de vie et cœur battant.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 20:08

brazier.jpgCELP/ Allumés du Jazz

Article paru le 27 septembre 2010.

Sortie de disque le 30 septembre au Sunside à Paris.

 

 

Christian Brazier (b, comp), Perrine Mansuy (p, Fender Rhodes), Christophe Leloil (tp, bgl), Jean-Luc Di Fraya (dm, voc)


La sortie de Circumnavigation par le quartet de Christian Brazier - à l'habituel Sunside de la rue des Lombards ce 30 septembre - est la meilleure occasion de vous dire que la musique de Brazier est véritablement enthousiasmante et sort quelque peu des formats actuels.

Christian Brazier signe ici son sixième album, le quatrième chez CELP, le label d'André Jaume. Le précédent,  Sazanami, paru en 2007 avait été chroniqué sur votre webzine. Ce contrebassiste est un musicien discret sur la scène jazz, déterminé et structuré: il sort un album tous les trois ans, avec chacun son âme. Probablement par éclectisme artistique, il enregistre avec des groupe différents pour se projeter dans une aventure musicale nouvelle (André Jaume et Philippe Deschepper sont tout de même des figures récurrentes dans les groupes de Brazier). Amoureux de la mer, il rend ici hommage à l'écrivain et navigateur-vagabond Bernard Moitessier avec Circumnavigation.

La mer est une inspiration récurrente chez Brazier. L'espace, le calme, l'immensité. Il règne une sérénité étonnante dans ce très bel album: on « perçoit » la mer sans fin, on rentre en contact avec elle, on s'y sent présent même. Un peu à l'image de Moitessier et ses aventures sportives et humaines, Brazier nous surprend à nouveau, lui qui avait enregistré un premier album free avec Sunny Murray en 1997.

Une partie du talent de l'artiste réside bien sûr dans les neuf compositions originales aux grands écarts de styles. Mais son plus grand talent est de donner la vie à une musique organique et cohésive tout le long de l'album à partir d'un groupe constitué de musiciens aux styles divers et aux savoir-faire différents. Jean-Luc Di Fraya, batteur funky, emmène le groupe sur un mode jungle avec « Manège » et vocalise superbement sur « Vox Populi », une pièce qui étonne par son atmosphère quasi-cosmique. Le très grand Christophe Leloil, qui le prouve à nouveau, et sa trompette claudicante s'est parfaitement glissé dans la peau d'un « soliste accompagnateur » qui ne se surexpose jamais. Et Perrine Mansuy, qu'on découvre ici, livre une poésie rare au piano et Fender; on pense à « Saveur nomade » qui ressemble à une petite fugue. Brazier est, quant à lui, juste, très discret tout en étant terriblement présent dans l'atmosphère.

La musique de Brazier sonne simple, évidente, comme si il allait tout droit sur la mer et son immensité. Ce n'est qu'une illusion, le compositeur écrit des pièces aux contours complexes avec des structures à tiroirs, faites de doux sauts d'humeurs, de câlins malicieux et de soubresauts taquins. Une belle musique organique.

Pronostiquons que l'année 2013 sera l'année du prochain album de Christian Brazier; en attendant, il nous reste  les opus précédents.

 

Jérôme Gransac

 Myspace

 

"Saveur Nomade" sur youtube:

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 07:36


Zig-ZAg 2010

François Couturier (p), François Mechali(cb), François Laizeau (dm)

couturier mompou

C’est un des « choc » de cette rentrée. La plongée dans l’album de ce trio composé du pianiste François Couturier, du contrebassiste François Mechali et du batteur François Laizeau révèle  à la fois un trio rare mais aussi un superbe projet dont la charge émotionnelle ne faiblit pas un seul instant de la première à la dernière note. Il y a donc choc sur la forme mais aussi choc sur le fond. Choc sur le verbe et sur la phrase. Choc sur le « dit » et le  « dire ».

Car  ce  qu’ils  nous  proposent  ici  c’est la découverte (pour certains) ou la redécouverte (pour d’autres) de l’œuvre d’un compositeur relativement méconnu et pourtant essentiel du XXème siècle, Frederico Mompou [1893-1987], auteur entre autres  des  Musica  Callada  et  des  Cancions  y  Danses. Ceux qui ont en tête les belles versions des Cancions données par le pianiste espagnol Jordi Maso pour le label Naxos comprendront l’évidence de cette matière précieuse, formidable matériau  pour faire vivre un trio de jazz sur la base des mélodies sublimes créées par le compositeur catalan. On  sait combien les jazzmen se sont inspiré de Debussy ou de Ravel. Il est évident qu’un compositeur comme Mompou leur offre la même liberté d’appropriation par de structure même de sa musique. A l’instar de Darius Milhaud, il y a en effet chez le compositeur espagnol quelque chose d’une évidente simplicité mélodique, entre accords majeurs et mineurs, résonance des harmoniques,  espaces silencieux d’une musique légèrement égrenée, presque contée à la manière des berceuses douces ou au contraire d’une profondeur presque mystique. Ce qui rend la musique de Frédrico Mompou unique et terriblement émouvante.  Et ce qui, à l’inverse l’oppose à une certaine école classique plus prompte à suivre les voies  du dodécaphonisme cher à Arnold Schoenberg que celles des mélodies juste simples et belles de Chopin, de Satie ou de Frederico Mompou.

 

Dès  l’ouverture  de  l’album  l’introduction  en  forme  de  délimitation de l’espace musical permet ainsi au trio de prendre ses marques, de définir l’aire de jeu pour rendre finalement le trio vibrant, frémissant dans toute sa plénitude. L’imbrication  des thèmes composés par le trio plus axés sur la pure improvisation jazz et des thèmes de Mompou se fait naturellement, comme le prolongement du geste. Le continuel retour continuel aux Musica Callada et aux Cancions comme un fil  conducteur  de  l’album apparaît comme la mise en évidence de l’extrême beauté des formes simples des mélodies de Mompou et agit comme un véritable révélateur mettant en lumière leur poésie poignante, presque enfantine. La musique de trio  est  alors  la  continuation des espaces crées par celle du Catalan, la prolonge et en révèle la dramaturgie peut être poignante.

Et pour que le miracle se produise il fallait un trio vivant pleinement cette musique. Un trio fusionnel et cohérent. Couturier/Mechali/Laizeau c’est alors une autre évidence.  Les trois hommes se connaissent parfaitement. Couturier et Laizeau parce que jadis associés dans Blackmoon. Couturier et Mechali parce qu’ils ont eu aussi l’occasion de travailler plusieurs fois ensemble ( associés notamment dans

l’album  Archipel  paru en 1995). Mais surtout c’est la réunion de trois immenses talents. La mise en commun d’une science et d’une passion vibrante. Couturier, maître dans l’improvisation c’est l’alliance du grave et du léger, un dénicheur d’espaces  harmoniques  sublimes.  Mechali est assurément l’un des nos très grands contrebassiste. Jadis associé à Braxton, Mechali impose ici un jeu d’une force magnifique, portant la structure sur ses larges épaules, lui donnant à la fois vie  et  âme.  Jamais  tout à fait derrière il s’offre par ailleurs quelques solis de pure beauté. Et enfin François Laizeau, indispensable c’est le relief et la couleur de la pièce dont il dessine patiemment et savamment les contours. A la fois coloriste et polyrythmicien toujours inspiré. Le souffle du trio.

De cet alliage là naît une musique juste belle. D’une beauté rare.

 

Jean-Marc Gelin

Album sorti le 26 août 2010

 

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 18:47

Voici les meilleurs moments, et on en oublie forcément, de cette édition 2010 de Jazz sous les Pommiers à Coutances.

Toutes les photos par Patrick Audoux, Vues sur Scènes.

 

Les Festival Jazz sous les Pommiers a lieu chaque année au moi de mai.

Cette année, il faisait frais mais beau. Alors le jazz, sous les pommiers, quand il fait beau, c'est encore plus beau.

Nous avons sélectionné quelques moments, ceux qui nous ont marqués avec les très belles photos de Patrick Audoux.

 

Le concert où il fallait être, s'il y en avait qu'un seul, était celui de Matthew Herbert et son big band.

 

Matthew Herbert Big BandMatthew Herbert Big Band ©Patrick Audoux

 

Musique très écrite, (trop bien peut être) sans pour être autant novatrice, agrémentée de solis brillants (trop aussi?), le Matthew Herbert Big band étonne autant par sa musique que par la mise en scène. Humour décalé oblige, l'anglais Herbert prend un malin plaisir à destructurer, saboter la musique parfaitement exécutée de son big band.
Par exemple, tous les musiciens du big band s'emparent d'un exemplaire du figaro du jour et le chiffonnent, le lisent à l'envers (vous savez... lire le français chez les anglais, c'est un peu comme parler l'anglais chez les français. Comme disait John lennon: "le rock français, c'est comme le vin anglais"; 1 partout quoi).

 

Matthew HerbertMatthew Herbert ©Patrick Audoux

 

Puis, ils le découpent en morceaux, lancent des pages en lambeaux et s'esclaffent. Herbert ne joue d'aucun instrument connu. Son travail consiste à enregistrer à la volée ce que joue son band et colle par dessus des samples bruitistes ou rythmiques drum'n"bass. festif et jubilatoire, Herbert est dans la provoc' avec l'aide de sa chanteuse d'origine africaine qui se fout du protocole broadway, très anglais pour le coup, et de l'ambiance latine désuète que cherche par moments à nous faire goûter le band.

 

Matthew HerbertMatthew Herbert ©Patrick Audoux

 

L'improvisation du big band réside dans le travail de traficotage exécuté par Herbert: sons décomposés, voix démultipliées, trombones éléphantesques, extraits de sax et trip-hop. Mise à part la musique, amusante avec cette déstructuration parfois déroutante, c'est le message. Sur une ballade mélancolique et émouvante, Herbert ajoute un bip, répété de manière continue, qui devient obsédant et anxiogène puisque chacun de ces bips représente 100 personnes mortes en Irak entre 2003 et 2006. Le morceau dure près de dix minutes et on pourrait laisser ce bip encore 10 minutes, dixit le traficoteur en chef. D'autres messages sont aussi lancés un peu comme une bouteille à la mer, car on a du mal à les décrypter alors que les inteprétations restent nombreuses: les musiciens mettent un sac sur la tête et ... puis c'est tout.


Le concert de Dhafer Youssef avec Tigran Hamasyan et Marc Giulliani a bénéficié d'un son totalement exceptionnel dans le Théatre municipal de Coutances pour une musique décevante. Coup de coeur du festival, c'est un peu pour cela que nous sommes allés voir ce trio qui "envoie". Mais la beauté attendue s'est fait discrète et se noie dans la performance absolue, certes enthousiasmante pour le public, des trois artistes qui s'oublient un peu. Le hic!

 

Dhafer Youssef Quartet

Dhafer Youssef ©Patrick Audoux

 

 

Une autre surprise venait du sextet de Christophe Leloil.

 

Christophe LeLoiL SextetChristophe Leloil sextet ©Patrick Audoux

 

Entouré, entre autres, de Thomas Savy (cl) et Raphaël Imbert (sax), le trompettiste propose une suite intitulée "E.C.H.O.E.S.". Si la géométrie du groupe de Leloil est fixe, sa musique est à dimensions variables. En effet, et c'est bien là l'intérêt principal de cette oeuvre, la suite qui dure un peu plus d'une heure permet de part sa structure une densité évolutive, des soli guidés par l'humeur des interprètes, une musique changeante qui vit au fur et à mesure des interprétations. C'est peut être là la révolution du jazz de demain qui satisfera la nécessité excessive des programmations qui se doivent d'être innovantes et créatives en permanence. Avec Leloil, vous avez toujours le même groupe, le même projet mais pas la même musique.

 

Une découverte qui n'en est pas une: le trio d'Emmanuel Bex qui rappelle le trio BFG avec Simon Goubert et Glenn Ferris au trombone. Ferris a laissé place au saxophoniste italien Franceso Bearzatti, très expansif, autour d'un Bex très en forme sur le plan musical avec le sourire aux lèvres. La musique était simple, sans fioritures, avec l'envie de donner le meilleur des compositions de Bex et de procurer un véritable plaisir du son.

 

Emmanuel Bex TrioEmmanuel Bex trio ©Patrick Audoux

 

Fidèle à son humeur sympathique et au fort succès de sa musique métissée et intelligente, Denis Colin et ses Arpenteurs ont donné un concert au plaisir manifeste qui a enchanté son public. Un grand moment de musique et un très beau souvenir.

 

Denis Colin & La Sté des ArpenteursDenis Colin et la Société des Arpenteurs ©Patrick Audoux

 

 

Une vraie et belle découverte, c'est le quartet du hollandais Eric Vloemans.

 

Eric VloeimansEric Vloemans ©Patrick Audoux


Ce trompettiste, qu'on a vu au North Sea Jazz festival en juillet dernier, est doué.

Que ce soit avec son trio (tp, cl, acc) ou avec ce quartet, il offre des prestations musicales aux ambiances variées et aux formats inhabituels. Ce soià là au Magc Mirror de Coutances, salle nomade, il explore les trèfonds de notre âme groove et électro. Sa musique voyage au plus profond de nos sensations,: groove inexploré, sonorités cachés, résonance transcendée. Sa trompette trafiquée se mélange aux claviers électrisés et légèrement électro, aux rythmiques jungle.
Tout se mélange et se confond pour prendre la forme d'un bonbon qui explose en bouche.
Un moment superbe de musique inspirée qui vous reste en mémoire longtemps.

 

Pour conclure sur cette édition 2010 du festival de Coutances, dont nous présentons qu'un petit florilège, il nous est apparu une programmation variée et malicieuse alternant grosses formations, soli (Malouf, Thuillier, Llado), petites formations aux ambiances firieusement opposes. Pour finir dans une ambiance de fous avec l'acid-jazz de l'excellent groupe de James Morton à la Cave des Unelles. Mortel!

James MortonJames Morton ©Patrick Audoux

 

Jérôme Gransac

 

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:52

 

Jean Sylvain Cabot et Philippe Robert

Le mot et le reste

2009

 hard-n-heavy.jpg

Hard ou Heavy rock ? Vous donnez votre langue au chat? Il n’y a pas que AC/DC, Metallica, Iron Maiden, Mega Death, Deep Purple, Led Zep, Scorpions…

Vous saurez tout justement sur ce sujet en lisant le livre de deux passionnés, éminents spécialistes

qui rendent intelligible cette musique pleine « de bruit et de fureur » dans le contexte

d’une époque  fantastiquement énergique qui avait une « soif (inextinguible) de décibels ». (1)

La «décade prodigieuse» (1966 à 1978) est l’objet d’étude de ce premier tome, intitulé « Sonic attack». Pendant ces années culte qui précédèrent l’arrivée du Punk, fleurirent d’innombrables groupes de rock qu’on eut vite fait de diviser en des « ramifications tribalo-claniques », une jungle de genres et de sous-genres où l’amateur, même un peu «éclairé», perd son latin. D’autant que les fans et journalistes de la presse spécialisée n’ont pas toujours contribué à défricher ces sentiers touffus et  très fréquentés. Les éclaircissements de la préface (parfaite), comme souvent les introductions des bouquins des éditions LE MOT ET LE RESTE, remettent les idées en place : on découvre avec stupeur que certains de nos groupes chéris font partie du « heavy metal ». A moins que ce ne soit du « hard rock » ?  Comment s’y retrouver ? (1) Car les fondateurs du hard rock ne se résument pas aux seuls Led Zep et Deep Purple que tout un chacun  connaît à présent, avec les (souvent) dérisoires tentatives de reformation récentes –avec ce qu’il reste des musiciens « originaux ». Aujourd’hui les jeunes générations adoptent  un grand ancien en général, pas plus, loin de la relation fusionnelle de l’époque, où chaque groupe restait proche de son public.

Avec une présentation toujours aussi claire, simple et néanmoins précise, les auteurs ont constitué une anthologie en 101 albums de Hard‘N’Heavy music, justifiant leurs choix par leurs commentaires affûtés. En feuilletant cette bible, on  retrouve des noms familiers (tant mieux), des univers inoubliables avec des albums emblématiques comme le « métallique » Jeff Beck Ola-Beck avec la pochette inspirée de Magritte, l’intense live The Who at Leeds, le grand-guignolesque Killer d’Alice Cooper, l’éruptif Disraeli Gears des Cream. Quel régal,on plonge dans un bain nostalgique en lisant

la chronique de chaque album. Mais même si vous avez quelques bases, car vous avez aimé The Who, Cream, Aerosmith, Jeff Beck, Alice Cooper, Lynyrd Skynyrd, Iron Butterfly (le In-a-gadda-da-vida de toute une génération ), Iggy Pop and the Stooges, Johnny Winter, Ten years after, Hot Tuna, Robin Trower (parti du suave Procol Harum), vous n’avez pas toujours idée de la production pharaonique et de l’inventivité débridée de cette décennie.

Si Led Zeppelin est un monument ayant rapidement conquis ses lettres de noblesse, dès le volume II du « brown bomber », en 1969, existaient d’autres formations plus éphémères mais tout aussi excitantes : plus pop, psychédéliques, brassant les influences les plus diverses et des univers allant des « marvels » à la S.F comme  Hawkwind, Pink fairies, Budgies, Thin Lizzy ou Captain Beyond.

 

Le rock a sa place à présent dans le panthéon des musiques reconnues « sérieuses », il s’est institutionnalisé, a gagné en respectabilité sauf pour les extrêmes, considérés avec dédain par les «ayatollahs» encore trop nombreux dans cette musique. Certes, les avant-gardes actuelles  aident à ouvrir des voies, à se frayer un passage sur un chemin pourtant balisé d’ornières : un Mike Patton avec son Mr Bungle, le très recherché John Zorn -il se produit à Marciac, c’estdire- Sonic Youth se revendiquent de cette mouvance ou du moins y vont puiser des sources d’inspiration.. 

 

Voilà le livre qui aidera à se constituer une discothèque idéale quand on est un brin collectionneur et que l’on ne se veut pas sectaire. C’est toujours une mission impossible que de sélectionner des albums: il faut en enlever de sa liste, pécher par omission, ce que l’on finira par vous reprocher forcément. Cet ouvrage est plus que nécessaire pour comprendre autrement  ces mouvements musicaux souvent dédaignés, reconstituer certains liens, faire que les marges rejoignent aussi leur centre.

Ajoutons que la bibliographie est soignée, et que la liste d’addenda à écouter, en plus des albums retenus, mérite d’être examinée. Le MOT ET LE RESTE constitue aujourd’hui une référence des plus sérieuses avec un catalogue passionnant pour amateurs de musiques libres et décomplexées.

 

 

(1 ) Certains font démarrer le hard rock avec Led Zep et le heavy metal avec Black Sabbath , deux courants prallèles nés du blues rock  

(2 ) Les Who se voulaient le groupe le plus assourdissant de l‘époque, rivalisèrent avec Jimi Hendrix et ses murs d’ampli Marshall à Monterey

 

Sophie Chambon

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 21:56

flyer D+M

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 11:06

Trois Couleurs – Hors Série

 

Doors-couv.jpg 

Certes c’est un peu éloigné du jazz. C’est pourtant un coup de coeur pour ce numéro spécial édité par le journal Trois Couleurs (du groupe MK2) autour des Doors, à l’occasion du film que Tom Dicillo  ( When you’re strange) que nous voulions vous faire partager.

 

Une très belle opération promotionnelle et surtout un vrai regard décalé sur le groupe de Los Angeles. Des angles d’attaques originaux par les lieux, les thématiques transversales, une vraie recherche artistique et une mise en contexte bien faite, sans oublier les influences et les traces actuelles des Doors  voilà les ingrédients d’un numéro qui propose une approche assez rare dans le domaine de la presse musicale.


Il y a bien sûr les interviews des héros rescapés comme celle, de Ray Manzarek (le clavier céleste du groupe) et de John Densmore ( le batteur),  comme celle de Henry Diltz ( le photographe de « Morrisson Hotel ») et bien sûr celle du réalisateur ou encore de Jim Jarmusch.

L’iconographie du magazine est superbe, illustrée par les magnifiques clichés de Diltz, par les affiches sublimes, hallucinées et psychédéliques (notamment celles de Victor Moscoso, figure emblématique du pop art).

Les articles sont signés par des plumes importantes de la sphère culturo-musciale : François Bégaudeau (auteur d’Entre les murs), Christophe Conte (Les Inrockuptibles), Étienne Greib (Magic !), Wilfried Paris (Chronic’art, Standard), Ève Beauvallet (Mouvement), Jérôme Momcilovic (Chronic’art), Clémentine Gallot (Les Inrockuptibles), etc

Des éclairages inédits sur les influences des Doors (Bertolt Brecht, Antonin Artaud, Frank Sinatra, Arthur Rimbaud, Aldous Huxley, etc.), leurs principaux rivaux (Love, The Rolling Stones), leurs héritiers (Nico, The Stooges, Joy Division, etc.).


Une plongée remarquable qui ne manque ni de documentation ni de poésie dans l’univers des Doors. Une approche qui évite le piège de la chronologie et permet de surpasser  la traditionnelle figure mythique de Jim Morrisson.


Ce collector disponible en kiosque constitue pour tous ceux qui iront voir le film de Tom Dicillo, une préface jubilatoire.

Du beau travail à écouter avec Break on Through dans les oreilles.


Jean-Marc Gelin

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 08:57

 

Le Jazz

Exposition du 30/9 au 23/10
Peintures, photographies

 

L’Espace Carpeaux de Courbevoie reste fidèle à sa tradition musicale, et du Cabaret, et présente une exposition sur le thème du Jazz : photographies des plus grandes légendes, peinture, diversité des techniques…Trois artistes plasticiens célèbrent à leur manière les plus grands jazzmen. Venez les découvrir à l’Espace Carpeaux du 30 septembre au 23 octobre inclus.

 

FlyerCarpeaux

 

 

Frédéric Khan :

Ses œuvres figurent déjà dans plusieurs collections d’art contemporain. Il rend hommage au Jazz à travers une alchimie subtile des couleurs, gestuelle spontanée, fouetté virtuose du pinceau, flouté de l’aérographe, richesses des matières et des idées, diversité des techniques. Son œuvre éveille en nous une résonance entre souvenir et avenir, passé, présent et futur, d’une moderne actualité.

 

Nicolas Hérault:

« Les gris de Glenn »

Fondation Taylor

Prix Eddy Rugale Michaïlov 2009

La beauté de la matière triturée, presque pétrie séduit tout d’abord et puis il y a la palette aux accords nés dans l’harmonie éclairée d’une lumière stimulante ou exultante entre ombre et clarté, pour un clin d’œil à la musique de Glenn Gould.

 

Patrick Audoux(L'Oeil des DNJ)

Pour tous les amoureux du jazz... Il tourne son objectif vers les musiciens et artistes le plus souvent durant les concerts. Ses photos sont visibles sur le site du collectif vues sur scènes, dont il est membre fondateur, et régulièrement publiées sur le website citizenjazz.com et bien d’autres supports papiers.

 

Du 30/9 au 23/10/10 - Entrée libre du mardi au samedi de 14h à 19h.

 Espace Carpeaux 15 Bd Aristide Briand 92400 Courbevoie

 

Patrick Audoux : photographies,

Frédéric Kahn et Nicolas Hér ault : peintures

 

jazz.jpg

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 14:30

 

Aux Dernières Nouvelles du Jazz, nous souhaitions rendre hommage à cette grande chanteuse de jazz qu'était Abbey Lincoln. Pour cela, nous vous proposons de la retrouver, chanteuse vivante, lors d'un magnifique concert impromptu enregistré en 1967 à la Maison de la Radio, avec un quintet de circonstances composé de Max Roach, Johnny Griffin, Maurice Vander et Gilbert Rovère.

 

 

 

 

 

 

Le NY Times lui a consacré un bel article.

 

 

lincoln3-popup.jpgAbbey Lincoln, 1991. (Jack Vartoogian/FrontRowPhotos)


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