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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 15:55

Milan 2010

Kristin Asbjornsen (vc),  Käre Nymark Jr (tp), Tjord Gustavsen (p), Mats Eilertsen (cb), Kenneth Ekornes (dm)

 nymarkcollective

C’est à l’occasion de deux concerts donnés à Oslo et à Bergen que ces enregistrements ont été réalisés. Autour du jeune trompettiste Käre Nymark, son quartet Norvégien est réuni avec le pianiste Tjord Gustavsen ( qui signe au passage une belle composition et quelques arrangements efficaces) et surtout l’incroyable jeune chanteuse Kristin Asbjornsen qui joue de sa voix rauque et cassée comme une superbe blueswoman que l’on croirait sortie d’un rade du Delta. Et c’est d’ailleurs un peu le but voulu pour cet hommage à la plus grande chanteuse de blues de tous les temps, Bessie Smith.

A partir de là, c’est en se donnant des airs de Joe Cocker au féminin que la chanteuse gravit quelques montagnes sacrées sans complexes donnant même à la gravité du blues une certaine légèreté frôlant parfois le contresens comme par exemple sur ce Mourn the Mourners dont la gouaille rafraîchissante nous plonge dans un autre univers. Pourquoi pas finalement adhérer à cette lecture là, qui assimilerait plutôt la grande Bessie à une chanteuse de bar ou de quelques cabarets pour ivrognes de bouges. Toutes les grosses ficelles du blues sont là et ça joue simple et straight et sans chi-chi et ça s’encanaille juste comme il faut. La chanteuse assurément dégage. Qu’il s’agisse d’une sensualité à fleur de peau ( l’érotisme du blues ?) ou de ses mauvaises manières de chauffeuse de salle ou encore de son charisme vocal indéniable. Mais là où Bessie Smith donnait dans le subtil, dans la faille humaine cachée mais visible, dans l’histoire du peuple noir qui etait sa propre histoire portée sur les épaules, la version qu’offre Kristin Asbjornsen est décidément blanche et bien plus lisible au premier degré.

Mais l’ensemble est efficace, ça joue straight sans aucune fioriture. Ca marche en tout cas assez pour convaincre et faire le show.

Pourquoi pas.

 Jean-Marc Gelin

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 12:32

MeTal-O-PHoNe.jpg

Coax Records - 2010

 

Benjamin Flament (vib), Joachim Florent (cb), Elie Duris (dr)

 

On les savait jeunes, curieux de tout, avides de connaissances, cherche-partout. Voilà le premier album de la paire Flament/Florent accompagné d’Elie Duris à la batterie.

MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe … Ca sonne aride et éclatant comme le métal, ça en dit long sur le projet. Tout a été précautionneusement étudié pour ce projet : les directions et techniques musicales, le visuel, le choix des instruments et leur utilisation. C’est brillant. Comme le métal.

D’abord le visuel : la couverture nous montre un amas de métal ; le dos : une tour de métal raide et complexe, probablement rouillée par le temps, sur un fond rouge qui fait penser aux Hauts-fourneaux d’Usinor avec ces coulées de plomb à 1000 degrés qui, croyez moi car j’y étais, vous glacent le dos; l’intérieur : une clarté bleue aseptisée avec une présentation minimaliste du groupe et des intervenants dans le projet.

La richesse des sonorités. Benjamin Flament fait éclater son xylophone à travers de nombreuses expressions sonores : sèches ou longues, xylophone monté sur des effets sonores distordus durs ou malléables. La contrebasse grinçante et vibrante (avec un long et bon chorus à l’archet virevoltant sur « Karter »), souvent fulminante, de Joachim Florent est le lien le plus directe avec le métal industriel que nous évoque le visuel. La batterie, bondissante et ordonnée, est un joyau de sonorités métalliques aux cymbales et le jeu sûr et précis, léger et appuyé à la fois nous montre qu’Elie Duris est un travailleur acharné de l’instrument en passe de devenir un maître en la matière. Quelle maitrise rythmique que ces trois là !

La musique. C’est une musique sonnante et ferme, haletante, parfois rude mais travaillée, expressionniste. « Roms » et « Papouilles » font penser aux explosions magmaiennes de l’époque de Üdü Wüdü avec un xylophone trafiqué et une contrebasse heavy-metal. Le travail sur la rythmique est permanent, en témoigne « Steve Reich in Babylone » où le trio travaille un drumming reichien martelé au xylophone qui se délie, avec le soutien des cymbales éclatantes et nerveuses, dans une ambiance rock sur une rythmique tout en déphasage. On se souvient avoir entendu ce son de cymbales dans l’œuvre improvisée « Sons / Neheh » enregistrée dans une chambre d’hôtel réunissant Jannick Top et Christian Vander.

La musique encore. C’est une musique de transe, planante et envoutante ; une musique comme « Improvisation Zen » que l’on écoute allongé, le corps en suspension. Il ya beaucoup d’influences dans cette musique : des formules traditionnelles ancestrales (« Tahiti ») aux musiques contemporaines les plus recherchées en passant par des clins d’œil jazz comme « Bama » à la rythmique très fournie, des morceaux rock progressif très réussis, comme « Robotsticks », qui nous évoquent certains moments zappaien ou crimsonien. Sur les douze compositions du trio, quatre pièces courtes temporisent les élans brulants et les déserts éthérés ; ce sont des petits exercices de styles (« Vision 1 » et 2,  « Mutation 1 » et 2) qui tracent le sillon pour les autres morceaux plus longs et fouillés.

MeTal-O-PHoNe, ce n’est pas à proprement parler du jazz, du rock ou de la musique minimaliste, c’est la résultante de tout cela et de bien d’autres encore. C’est un travail essentiellement basé sur les Rythmes, avec un R majuscule, exécuté par trois jeunes musiciens doués, bûcheurs et très créatifs. Une grande bouffée d’air en cette fin d’année, une goulée métallique !

 

Jérôme Gransac

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 11:20

Swing 21 - Brizemur

Autoproduit

Caroline Cartier (g), Romain Brizemur (g), Luc Desroy (g)

 

Il y a des fois où des projets nous surprennent par leur originalité et la tendresse qu'elle nous évoque. Avec Swing XXI, le guitariste manouche Romain Brizemur se dévoile et pas sans un certain trait d'humour. En quelque sorte , Swing XXI serait un album-concept où Brizemur propose un swing manouche modernisé et hétéroclite du 21-nième siècle; c’est aussi le moyen pour lui de nous faire travail ses compositions pour guitares en musique contemporaine.

Le principe de cet album est basé sur seize duos joués par Romain Brizemur et, alternativement, Luc Desroy et Caroline Cartier. Swing XXI « fonctionne » comme le fait une « play-list » de lecteur mp3 : en déroulant de manière aléatoire des chansons qui n'ont à priori rien en commun. On saute du coq à l’âne, de Bob Marley à Frank Zappa, de Shakyra à Snoop Dog... en effaçant définitivement la notion d’album et son atmosphère.

Le concept-album prend toute sa forme dans cet esprit « play-list » avec son enchainement de pièces manouche/contemporaines: huit duos de standards écrits par Django sont intercalés avec huit duos de guitares contemporaines, composés par Brizemur. L’un des intérêts de cet enchainement incongru est de nous faire apprécier la qualité des jeux respectifs, un autre est de nous montrer que Brizemur change de guitares comme de styles.

Par ailleurs, les compositions du guitariste sont des pièces de guitare fort bien écrites et interprétées, mélodieuses, à peine délurées mais extravagantes (« Bourrée »). Elles sont contenues dans un canevas dense et court et sont dotées d’un véritable propos synthétique et imagé (« Gigue »). Le duo Cartier/Brizemur a plus à voir avec la guitare classique que jazz, aussi bien dans le jeu que dans la prise de sons. Et on serait tenté d’écrire que le très plaisant duo Brizemur/Desroy, celui qui interprète les compositions de Django, est dans un registre manouche tout à fait classique si la fin de leurs interprétations ne se terminaient pas dans des explosions bruitistes et des dérapages et distorsions sonores contrôlés (« Swingtime in Springtime », « Tears ») dont le but est d’ouvrir la voie à la pièce contemporaine qui fait suite. C’est sûr, côté manouche, Brizemur déroge aux règles strictes du genre.

A vrai dire, on avait crainte que la gadgétisation de cet album-concept en soit … une. Mais grâce aux interprétations de haute facture et aux toutes très bonnes compositions, l’album y échappe sans peine. L’audace un peu transgressive de Brizemur et son naturel revêche apportent une fraicheur nouvelle au regard des productions actuelles, de plus en plus formatées. Bref, Swing XXI ne provoque pas de haut-le-cœur et n’est pas un véritable album-concept au sens qu’on donne habituellement, mais plutôt une construction à tiroirs qui s’ouvrent sur de belles surprises du présent passé.

 

Jerome Gransac

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:45

Abalone production 2010

Denis Badault (p), Régis Huby (vl), Tom Arturs (tp), Sébastien Boisseau (cb)

 h3b.jpeg

Totalement déconcertant. A tout le moins iconoclaste. On cherche, parce que c'est pratique et toujours réducteur (donc facile à faire), dans quelle case on pourrait ranger cet album du (trop rare) pianiste Denis Badault sans jamais y parvenir réellement. La musique est écrite et improvisée, c'est du jazz mais Régis Huby y apporte des sonorités parfois très classiques, ça part parfois à la limite du free, c’est expressif et parfois poétique, c’est mystérieux sans l’être tout à fait. C'est en tout cas toujours surprenant dans la forme.

A la base, la formation est originale et basée sur un quartet à trois cordes (piano, contrebasse et violon) + une trompette. À partir de là les procédés d'écriture nous donnent une lecture à angles multiples jouant sur des formats à géométrie variable. Les musiciens dialoguent, se croisent, s'intervertissent, changent de place dans des propositions qui vont du duo au quartet réuni. Denis Badault peut déplacer les lignes comme il l'entend et  ajouter ou retirer un élément à sa guise sans jamais que l'ensemble ne perde en homogénéité (comme c'est le cas par exemple sur Doubles Cordes). Mais si le partage et l'échange de rôle peuvent se produire facilement c'est que chaque musicien est totalement impliqué dans le projet avec une formidable énergie qui circule de l'un à l'autre ( Rage en ut).

L'écriture de Denis Badault se fait parfois ténébreuse (comme dans Jon B) ou s'éclaircit avec cette Contine des Hauts Part 2. Et si l'on apprécie cette complémentarité du quartet composé de fortes personnalités musicales qui jamais ne se diluent, on apprécie aussi les (trop rares) incursions de Denis Badault , selon nous un peu trop cantonné au rôle rythmique, mais qui, lorsqu'elles émergent apportent une réelle clarté à l'ensemble. Regis Huby et Tom Arturs (remarquable trompettiste anglais) font montre quand à eux d'une admirable complicité et la paire s'associe autant par le contraste de leurs sonorités que par leur approche musicale radicalement  différente. La paire Badault +Sébastien Boisseau assurant le liant entre les deux.

Reste que cet ensemble original ne laisse de nous perdre. Au point que l’on a du mal parfois à accrocher réellement au propos. Pas de fil mélodique auquel se tenir, des structures originales et surprenantes ce qui en soit est toujours une aventure, mais dont on sort sans savoir réellement où Denis Badault souhaitait nous mener. Ainsi en est-il du dernier thème, L'arbre à Quinte qui dérive de "Tenderly" et qui achève de nous perdre dans l'univers mystérieux d'entrelacs de Denis Badault.

S'il y a chez le pianiste-compositeur des airs de Braxton ou de Threadgill, il y a surtout dans son écriture cet art de susciter l'interactivité. Et ce qui peut s'entendre comme une réelle "Suite" musicale doit forcément trouver une suite logique sur scène.

La musique de Badault en est en tous cas un formidable prétexte.

Jean-Marc Gelin

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 17:09

 

 

Le joli Théâtre municipal de Nevers est en phase de rénovation active, pour plusieurs années. Habitué depuis plusieurs années à irriguer la ville dans différents espaces comme le Pac des Ouches, l’Auditorium Jean Jaurès, le Café Charbon, le festival a dû déplacer à la Maison de la Culture les « grands concerts » qui se tenaient habituellement au théâtre, en tentant de tenir compte de la jauge beaucoup plus importante de cette dernière. Et le public a une fois encore témoigné de sa fidélité. Une constatation, d’abord : le jazz aujourd’hui ne cesse de rendre des hommages à des anciens, de surcroît venus le plus souvent du monde du « rock ». Ce qui est le signe, me semble-t-il, d’une certaine dégénérescence de la création musicale et d’une grave crise du « jazz ». Ainsi l’O.n.j. de Daniel Yvinec témoigne de son admiration pour l’univers de Robert Wyatt, le Z’tett de Bernard Stuber pour celui de Zappa, le trio de Jef Lee Johnson est dans l’ombre de Dylan, Marc Démereau lance une ode à Gato Barbieri et Das Kapital s’empare du répertoire d’Hanns Eisler. Mais dans ce cas, convenons-en, la démarche est radicalement différente. Ce trio réunissant Daniel Erdmann, Hasse Poulssen et Edward Perraud est un groupe d’impro qui soutient ici la gageure de jouer des chansons, tout en conservant son identité propre. Eisler était un compositeur allemand (1898-1962), élève de Schönberg, soucieux de marier les musiques populaire et savante, qui a écrit avec Bertold Brecht dans les cruciales années 30-40 de nombreux chants de lutte, comme Einheitsfrontlied (que Charlie Haden a intégré au programme de son premier Liberation Music Orchestra). La profonde originalité de leur projet est de réussir à jeter un pont entre ce répertoire particulier de chansons politiques aux parfums de cabaret berlinois à leurs volcaniques saillies improvisées. Hotelzimmer en calypso, l’intensité dramatique de la ballade Die Moorsoldaten et Solidaritätslied sur rythme de marche furieuse sont quelques unes des perles des interprétations de ce répertoire « habité » et lyrique, qui trouve d’étranges résonances aujourd’hui. « Puissent ces morceaux vous donner le courage de combattre notre société injuste », lança Edward Perraud au public en fin de concert. Pour sa part, le trio de Marc Ducretavec Bruno Chevillon et Éric Echampard compte l’air de rien quinze années au compteur. On parle généralement, dans le cas d’une telle longévité, de sagesse et de sérénité. Ce qui n’est nullement le cas pour ces mousquetaires sans cesse engagés dans un corps à corps très physique au sein de ce laboratoire d’expérimentation en constante évolution. De ces échanges brillants, tout le monde en sort groggy, le public et les musiciens. Leur trio demeure un ovni dans la jazzosphère hexagonale. A l’opposé, la démarche foncièrement écologique du père et du fils Gibert, Alain (tb) et Clément (bcl) au sein de Kif Kif, est une sorte de merveilleux repas familial à la campagne, autour d’un canon de rouge, où l’on parle d’Auvergne et de bourrée, de Pannonica, de Fauré, de Maurice Merle et de la Descendance de l’homme. Une musique faite à la main où l’on reconnaît la patte d’un arrangeur délicat.

Difficile d’être entièrement satisfait par le trio de métissage post-moderne constitué de l’accordéoniste Luciano Biondini, du violoncelliste Ernst Reijseger et du tubiste (serpentiste et bassiste) Michel Godard. D’abord, Reijseger n’a pas un très beau son (c’est sans doute la faute à l’ampli) et il en fait trop dans l’animation de salle, au détriment de la musique pure. Et puis Godard n’en fait pas assez (me semble-t-il), donnant l’impression d’avoir du mal à trouver sa place, avec ses trois instruments, ce soir-là. Reste le lyrisme de l’accordéoniste italien et son attirance atavique pour la mélodie et les musiques méditerranéennes. Depuis ses nombreuses apparitions au coté de Denis Colin et de beaucoup d’autres, au sein de NOHC et Wormholes, j’étais curieux d’entendre Didier Petit dans un concert solo « préparé » au violoncelle, c’est-à-dire non (totalement) improvisé, largement pavé de mélodies, de « ritounecelle » et autres « interludes rituels », réunis en suites. C’est évidemment le violoncelle qui est au cœur de ce programme « Don’t Explain » — désacralisé et « désaristocratisé », frotté, pincé et percuté, presque érotisé — mis en scène dans des mélodies d’un impétueux lyrisme et, si je suis moins fan de l’utilisation de la voix, l’ensemble a l’allure d’un voyage intérieur où l’auditeur se laisse guider, concluant par une version particulièrement émue de la chanson de Billie. Médéric Collignon avait une sciatique et ne pouvait être présent pour le spectacle « L’instrument à pression » de David Lescot, autour de la trompette comme on l’aura deviné. Il a fallu que ses complices Jacques Bonnaffé(jeu, tp), Odja Llorca (chant, jeu) bonnafeet Lescot (tp, jeu) inventent quelque chose, autre chose, au pied levé. Ils décidèrent d’inviter Bernard Lubat, étonnant de pertinence et de discrétion au piano, et d’improviser, reprenant ici et là des éléments du spectacle et laissant l’immense Bonnaffé prendre possession de la scène et s’occuper de l’opération de sauvetage. Du grand art. Qu’écrire sur le trio Arco, mis sur pied par Claude Tchamitchian (b) avec Guillaume Roy (alto) et Vincent Courtois(cello) ? Cette association d’instrumentistes hors pair, en situation totalement acoustique, frôle les cimes dans leurs entrelacs fragiles et passionnés de textures abstraites et de grooves, dans la plus grande concentration et une envoûtante qualité de son.L

courtois

 

Le sommet incontestable du festival aura été pour moi le concert du quartet Sylvie Courvoisier/Mark Feldman, pourtant prétendument difficile, intello ou anti-jazz pour certains, autour des compositions aux structures ouvertes des deux leaders. On avait déjà pu les entendre avec bonheur en duo sur des scènes françaises, mais leur choix de s’entourer ici de Thomas Morgan (b) et de Gerry Hemingway (dm) contribuait à élever encore davantage l’entreprise. Le contrebassiste, un inconnu pour moi, n’affiche pas une éloquence folle mais choisit précisément ses notes, avec un son très boisé et peu amplifié, et un tempo suggéré en communion totale avec le batteur, lui aussi délicat et d’une belle discrétion (un solo magnifique). courvoisierfeldman.jpgCette manière de laisser deviner le tempo (dans la tradition d’un Paul Motian), sans le marquer arithmétiquement, est l’apanage des jazz(wo)men qui ont su tirer les héritages du free et de l’improvisation libre. Et la grande force du quartette est justement de concilier la richesse d’une certaine musique savante occidentale (Feldman tout à fait passionnant d’inspiration et de légèreté au violon ce soir-là) et les libertés rythmiques, l’ouverture à tous les possibles, de l’improvisation. Il était alors difficile, selon moi, d’entendre le trio du pianiste Yaron Hermanleur succéder sur la scène, pas tellement le pianiste lui-même du reste, mais plutôt ses deux rythmiciens dont on ne retint que la rigidité. Quant au Quatuor Manfred, qui intervenait de temps en temps derrière le trio, ainsi que l’invité de dernière heure, le trompettiste Ambrose Akinmusire, ils ne m’ont pas semblé essentiels dans cette histoire. On ne peut pas ne pas évoquer le trio du contrebassiste Arild Andersen(lui-même hyper amplifié avec racks d’effets à ses cotés, la parfaite antithèse de Thomas Morgan) avec le saxophoniste Tommy Smith (au son de ténor, quelque part entre Michael Brecker et Jan Garbarek, totalement désuet), seul le percussionniste Paolo Vinaccia s’en sort honorablementtommy smith. La dernière soirée était assurée par un grand orchestre français et un quintet de jazz américain. Le Surnatural Orchestra (dix-neuf musiciens) affiche ouvertement un plaisir de jouer et une gourmandise de s’amuser qui constituent déjà un atout. Alternant avec fougue compositions très précisément structurées, séquences de conduction (ou sound painting), plages entièrement dévolues à l’improvisation libre, son instrumentation singulière (deux flûtes, deux soubassophones, un clavier avec effets s’ajoutent à la structure du big band traditionnel) permet d’introduire non sans humour certaines combinaisons sonores insolites et de présenter un répertoire original et hétérogène tout à fait réjouissant. Présenté comme le « jeune lion » de la trompette de jazz, Roy Hargrove enflamma avec son quintet néo hard bop le public de la Maison de la culture, ravi de la conclusion de cette 24e édition du festival. Sans ouvrir une nouvelle fois le débat de la légitimité créative de la reprise de cette forme ancienne (le hard bop) en plein 21e siècle, je me contenterai de louer les qualités du saxophoniste Justin Robinson, ballotté dans son envie de jouer par les coups d’œil incisifs de son leader. Vivement les 25e rencontres D’Jazz de Nevershaegrove.

 

Gérard Rouy

 

 

 

 

 


 
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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 09:35

 

 

Sun Ra is in the place!

 


SUN RA - Space Is the Place (1974)

En 1974, Sun Ra est le héros d'un film surprenant "Space Is the Place" réalisé par John Coney. Ce film commence par le retour de Sun Ra et son orchestre sur notre bonne vieille planète. On se souvient que Sun Ra avait été porté disparu en 1969 pendant sa tournée européenne. De là commence l'histoire qui dit que de Sun Ra qui aurait découvert une planète que raconte ce film. Avec son prêche philisophico-cosmique, Sun Ra s'adresse à la jeune communauté noire d'Oakland pour la convaincre de le suivre sur cette planète, par la téléportation dont le support est la musique. Ce film de 82 minutes contient nombre d'ambiguités à caractère racial et des métaphores difficiles à interpréter que Sun Ra tenta de gommer en réduisant la durée du film à 63 mn lors de sa réédtion en VHS.

 


SUN RA & his Arkestra - Concert Berlin en 1986

 


Solo de Sun Ra aux claviers en 1980 - Un moment extrême, rangez les enfants et les oreilles fragiles...

 


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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 22:26

JAZZYCOLORS : Benzine & Soo-Bin Park au Centre Culturel de Serbie

Le 22 novembre 2010

 

Magnifique soirée hier soir au Centre Culturel de Serbie dans le cadre du multicolore festival de jazz de paris, Jazzycolors qui réunit dans les différents centre culturels de la capitale des formations issues du monde entier.

Hier soir se tenait une rencontre franco-Coréenne sous l’égide du batteur Franck Vaillant et de son groupe, Benzine avec la chanteuse coréenne Soo-Bin Park. Rencontre étonnante s’il en est mariant le jazz et le rock des plus modernes à la tradition du chant Pansori et des rythmes Samulnori.

Contraste et surtout véritable fusion entre ces deux univers sous l’emprise d’une polyrythmie où l’étonnant Franck Vaillant mêle sa batterie Heavy et fourmillante d’idées et de sons aux scansions étonnante des tambours. L’ensemble se développant sur les effluves superbes d’un Stéphane Payen plus « Steve Colemanien » que jamais, charmeur et félin à la fois. Jozef Dumoulin au fender et Jean-Luc Lher posent leurs nappes lunaires sur cette musique décidémment bien étonnante.

La transe s’installe, portée par la voix grave et parfois caverneuse de la chanteuse décidemment étonnante dans ce rôle de feu follet qui distribue à tout le groupe une sorte d’influx un peu tribal et d’énergie galvanisante. Franck Vaillant impose sa présence incroyable, véritable créateur en mouvement, imaginatif et prolixe, improvisateur et artificier à la fois.

Au final une soirée superbe et srtout une rare découverte que ce groupe qui n’aurait pas pu mieux illustrer combien l’avenir du jazz est bien dans la rencontre et la fusion des cultures. Preuve ici éclatante. ON ne pouivait rêver mieux que Jazzycolor pour la témoigner.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 21:52


bd - bye bye blackbirdBande dessinée + 2CD
Bande originale collection de BD MUSIC
www.bdmusic.fr
octobre 2010
Sortie 22 octobre 2010

Une nouvelle graphique sur une bande originale très jazz

Il y a toujours du neuf dans le noir. Témoin la dernière livraison de l’impeccable collection de Bruno Théol chez Bd music qui une fois encore, selon l’approche choisie opère une sélection parfaite.
Dès l’ouverture de ce nouveau numéro de la collection Bande Originale  (BD Fiction) qui en est à son quatrième opus, ce « Bye Bye Blackbird »  éveille bien des souvenirs :  on est absolument soufflé par la présence de ce « Buhaina Chant »  du 7 mars 1957 où officient quelques uns des meilleurs batteurs et percussionnistes de l’époque dans cet Art Blakey / Orgy in Rhythm  Art Blakey, Jo Jones, « Specs » Wright, Sabu, Potato Valdez, Jose Valiente  Ubaldo Nieto…On rêverait de réunir aujourd’hui pareil « all star » de batteurs percussionnistes !  
C’est Marc Villard l’auteur de romans noirs, de policiers troublants que les lecteurs de Jazzman connaissent bien (Nouvelles noires)  qui illustre ce numéro avec un petit poème en prose sur New York, la ville tentatrice et inspiratrice des  musiciens de jazz. Ce texte fort  ne pouvait s’écrire ailleurs qu’en cette ville, dépeinte avec plus de détails, de perspicacité, de sensibilité qu’un simple décor.  Un New York où les paysages sont comme des artifices montrant une certaine déréliction - la mort qui plane autour de toutes les choses humaines.   
La fascination qu’il éprouve pour cette ville d’acier et de verre se nourrit aussi de mystère. On comprend que le jazz ne peut vivre et se développer que dans cette jungle urbaine, dans cette obscurité troublante et  cette poésie qui ne se réfère qu’à elle même. Un monde où même l’air que l’on respire est à nul autre comparable, épais et poisseux comme les traits des portraits de Joe.G Pinelli qui a concentré la force expressive  dans un graphisme gras et cerné, rehaussé de noirs bitumeux. On pense à Rouault  sans le mysticisme du peintre ou pour certains nus charbonneux à Auguste Chabaud.
 Billie Holiday évidemment, figure en couverture, coiffée de son gardenia,  emblématique de ce blues tragique comme dans « Gloomy Sunday », ou « Strange fruit ».
Cette histoire dans laquelle se retrouvent des figures de légende et d’autres du quotidien, se lit, s’éprouve, se traverse comme au volant d’un « yellow cab » qui sillonne les avenues tirées au cordeau. Le rythme est nerveux, haletant, assorti à la violence sèche et à la « photo » somptueuse de ce décor cinématographique. On est plus proche de  Taxi driver dont la musique est de Bernard Herrmann que du Manhattan de rêve, en noir et blanc de Woody Allen, tourné en 79 avec en arrière fond,  cette musique « rétro » de l’ère du swing et des big bands.
On pense aussi à Kerouac et à son approche allumée, instinctive. La vie glisse dans le glauque et chaque matin est comme un coup de matraque : plongé dans un profond chaos émotionnel, s’abandonnant à l’appel de l’ombre et des puissances de l’irrationnel.
Pour la bande son, il ne s’agit pas précisément d’une énième compilation mais d’un album thématique qui choisit ce tournant extraordinaire du jazz, à l’orée des années soixante : Charles Mingus, Art Blakey, Art Pepper, Gerry Mulligan, Horace Silver, Miles Davis, Yuseef Lateef côtoient encore Coleman Hawkins ou Armstrong et sans renier leurs pères impriment une autre impulsion à cette musique.   Si on suit avec intérêt et même passion l’évolution de cette musique aimée, reconnaissons que cette période qui anticipait le free jazz et ce bouleversement absolu des règles et de l’écoute est formidable. Elle nous semble étonnamment moderne, c’est à dire intemporelle.

Sur deux Cds, 29 titres du « Black and Blue » d’Armstrong en 1929 au « Jazz Heat, Bongo Beat » de Buddy Colette, en 1959.
C’est une alchimie particulière que de constituer un montage sonore qui fait découvrir le son du jazz , sa quintessence : de l’émouvant « Lonely Woman » d’ Ornette Coleman (The shape of jazz to come), à l’impeccable « Jordu » enlevé par Clifford Brown et Max Roach.
Coltrane est dans la liste sur le « So what » de Kind of Blue du quintet de Miles en mars 1959, et sur « Blue Train » mais, entre 1956 et 1959, il cherchait et se préparait à  la dernière décennie qui allait le faire entrer dans la légende.

Si vous vouliez faire connaître le jazz de façon assez précise, sans viser l’exhaustivité, c’est tout de même la quintessence qui figure sur ces deux albums. Avec  maîtrise et virtuosité- l’un des éléments clés pour comprendre le jazz et son développement- on s’abandonne à la fascination envers ces légendes du jazz, dans un tour de la question des générations et des styles d’une période particulièrement faste.
A découvrir rapidement !

Sophie Chambon

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 13:58

 

domancich.jpg© Patrick Audoux

 

Pourquoi le Jazz ? 

Au départ  : pour la batterie , la contrebasse et les compositions de Charles Mingus , les sonorités de l'orchestre de Duke Ellington .

 

Quelle est ta principale influence musicale ? 

La vie .

 

Qu’aimerais tu transmettre ?

 La curiosité .

 

Crois-tu à une révolution possible du jazz et existe-t-il de nouvelles expériences

qui t’ intéressent ?

Pas de révolution sans révolutionnaires ...

Nouvelle expérience ? jouer pendant trois mois en club , partir en tournée pendant un bon mois , et enregistrer un disque dans la foulée  tout ça avec le même groupe dans lequel on se sent bien ,  ... DAG  par exemple ? et voir où irait la musique .

 

Sur une île déserte qu’emporterais-tu  ?

Tout ou rien .

Peux-tu rédiger la dédicace de ton prochain album

je viens juste de rédiger celle de mon dernier album .

 

Peux tu  citer 3 artistes que tu détestes ?

J'arrive pas à choisir .

 

Qu’est ce qui te fais lever le matin ?

une raison , bonne ou mauvaise .

 

 

A retrouver dans les bacs

 

Sophia Domancich : " Snake and ladders"

 

sophia-domancich-snakes-and-ladders.jpg

 

En concert le 9 décembre au Triton


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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 07:30
Jean-Marc Gelin michelportalbailador

 

onj

     

 Jérôme Gransac

moussayonair.jpg

brazier

     

 

Alex Dutilh

 onj

Youn su nah

 

     

 

Lionel Eskenazi

 IyerSolofront001

 em live

     

 

Pascal Rozat

 To-the-Moon--cover.jpg

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Sophie Chambon  Youn su nah

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