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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 06:12



  Ajmiseries novembre 2008

Bernard santa cruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper, jean-Luc Capozzo

www.jazzalajmi.com

www.allumesdujazz.com

 

Infatigables acteurs de la scène des musiques actuelles, Bernard Santacruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper se livrent toujours à des expérimentations sur les textures et les sons,  à une exploration très personnelle de la musique d’improvisation . Le résultat est à écouter sur le petit label indépendant courageux et volontaire de l’Ajmiseries : une série de courtes pièces, vives, subtiles servant de base à des improvisations plus longues, colorées comme «  roc et sable »  délicatement impressionnistes « un défilé bleu ».

Suivons les investigations de ces musiciens de métier, constamment à l’ouvrage, absolument solidaires qui se cherchent, se répondent par solos interposés, en conversations subtiles et souvent humoristiques, en  échanges sans le moindre cliché. 

Entièrement composé sur le vif , cet album ne se présente pas comme une navigation au long cours, périlleuse , mais nous réconcilie (si besoin était) avec la complexité des sons et rythmes libres : une configuration souple, ouverte, sans batterie nous soulage d’une tension constante, d’un pilonnement continu. S’ introduit alors une dimension plus insolite et mélancolique parfois. Aucune violence si ce n’est celle douce, plus mystérieuse de la pianiste ou du guitariste au son rauque, immédiatement reconnaissable, alors que les traits élégants de la basse réchauffent.

 Les instruments font entendre leurs vocalises, et aussi parfois leur stridences : traversé de fulgurances souvent dues à l’invité ami, le trompettiste Jean Luc Cappozzo, toujours présent pour l’aventure de l’improvisation,  l’album fait entendre un chant mélodique profond, libéré et finalement heureux.

Aucune règle ne détermine ce qui se produit là si ce n’est la complicité alliée au travail le plus sérieux, exigeant : ce Récifs est baigné d’une poésie lunaire, intimiste et se déguste pour peu qu’on prenne le loisir de se laisser aller à autre chose qu’à la précipitation

Loin de tout académisme le quartet se nourrit de musiques glanées dans un espace ouvert aux quatre vents, où s’ entend la quintessence du souffle, où les frottements, chuchotements et autres bruissements remplacent souvent  l’expression habituelle de chaque instrument.

On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante sans brisants de  près de 50  minutes.

A écouter d’un trait, presque goulûment.

Sophie Chambon

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:43

De Leon Gast

Gravity 2009





Ce fut un événement disons… planétaire. 1974, le match tant attendu entre Muhammad Ali et George Foreman. Un match qui restera dans les annales. Kinshasa 1974. Plusieurs jours de spectacles autour de ce match annoncé (comme toujours) comme le match du siècle. Et parmi les stars qui, dans la capitale zairoise se succèdent devant un public de 80.000 personnes, un héros du blues, l’inusable BB King accompagné de fidèle Lucille (sa guitare).

Pour ceux qui ne connaissent pas la légende, qu’il nous soit permis ici de vous raconter l’histoire de Lucille. Un jour alors qu’il était encore jeunot, BB King se trouvait dans un rade qui prit feu. Le jeune homme, comme tout le monde dans l’immeuble prit ses jambes à son cou. Sauf qu’il avait oublié sa guitare à l’intérieur. Intrépide, BB King ne fit ni une ni deux et retourna à l’intérieur de l’immeuble en flammes chercher sa bien aimée, c’est à dire sa guitare, manquant à un poil cramé près, d’y passer. Plus tard il apprit que l’immeuble avait prit feu à la suite d’une bagarre intervenu au sujet d’une fille, une certaine Lucille. BB King appela alors sa guitare du nom de la donzelle pour lui rappeler toujours, de ne jamais agir inconsidérément.

Mais revenons en à ce concert de 1974. 80.000 personnes disais-je.  BB King a alors 49 ans et est déjà un grand routard du blues. Un increvable des scènes du monde entier. BB King est là,  et bien là. Il livra ce soir là un très très grand concert autour de ses titres fétiches ( Sweet 16, Why I sing the blues, The thrill is gone). Le guitariste à la limite de la transe, faisait totalement corps avec son instrument, grimaçant avec sa guitare. Derrière Sonny Freeman, son fidèle batteur lui donnait un change explosif.

 

Ce concert fut filmé avec les moyens de l’époque, avec ce grain si typé qui nous rappelle aujourd’hui les 70’s. Aux manettes, Léon Gast qui couvrait alors l’événement sportif pour la réalisation d’un film qui devint mythique (When we were kings) et qui en profita alors pour capter les évènements de ces trois jours de liesse africaine. Quelques plans serrés nous permettent de saisir au plus près les expressions du guitariste, la caméra cherche aussi quelques plans larges du public, capte Ali dans la salle et accompagne le guitariste en loges à la sortie du concert. En fin de DVD, un « bonus » très court d’à peine 3’30 mn (tu parles d’un bonus !) d’interview express de BB King datant de 1981.

 

Plongée dans l’histoire d’une légende, ce DVD présente un intérêt historique évident. Il y avait de l’électricité dans l’air ce soir là. Quelque chose d’impalpable dans cette atmosphère incroyable. De la fièvre certainement. Celle de la musique, de la boxe, de l’Afrique au plein cœur de l’Afrique.

Document rare.

Jean-marc Gelin

 

 

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:06

Personnel détaillé sur la pochette. Half Note Records. 2009.

Cet album relance une question : ça sert à quoi un « all-star » ? Car s’il n’est pas commercialement     (voire affectueusement) surprenant de voir ressurgir des avatars du big band de Dizzy Gillespie, comme ce fut le cas de celui de Basie, assez peu de celui d’Ellington (demandez-vous pourquoi), musicalement l’interrogation, dans certains cas, demeure : perpétuer une mémoire ? Réinterpréter un corpus ? Réaffirmer certains critères musicaux ? A l’écoute, on n’aura certes pas l’outrecuidance, en pareil cas,  de douter du travail des sections (voyez par exemple « One Bass Hit ») ; avec un « musical director » de la trempe de Slide Hampton et des calibres tels James Moody, Jimmy Heath, Antonio Hart, Gary Smulyan, Claudio Roditi (à créditer d’un beau chorus intense sur « Birk’s Works »), Roy Hargrove, Cyrus Chestnut ou Lewis Nash, la cohésion orchestrale est garantie. En revanche, au fil des plages, l’impression se renforce d’un bop qui n’est même plus classicisé mais banalisé, é-nervé (cf. « Una Mas »). On est loin, même si l’on comprend bien que l’heure n’est pas à la copie servile, de l’intuition géniale de Dizzy Gillespie qui, faute d’une sensibilité écorchée, avait compris qu’il pouvait électriser - et rendre ainsi éminemment actuelle - une musique déjà plongée pourtant dans l’expressivité la plus débridée en raison d’une virtuosité posée en principe et d’un humour décalé, presque grinçant, qui en était le complément naturel.…La version bien ronronnante de « Manteca » avec un son de guitare basse (John Lee, également producteur du disque) complètement « old fashion » pour ne pas dire « has been » (où est passée la révolution des Pastorius, Alphonso Johnson et autres Marcus Miller ?!) dit assez bien le déphasage de ce all-star par rapport aux exigences de son temps déboussolé. Voilà ça sert à cela, souvent, un all-star : marquer négativement l’écart par rapport à ce qui fut un temps splendidement étoilé…

Stéphane Carini.

 

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 06:51
interview à retrouver sur All About Jazz


The world of jazz guitar has long been filled with some of the most storied names in jazz history. Artists such as Charlie Christian, Johnny Smith, Wes Montgomery, Pat Metheny and John Scofield have all become recognized as some of jazz's greatest innovators and most prolific performers.

In a day and age when it seems that jazz, and jazz guitar, has been through just about every transition, amalgamation and innovation possible, there are still new voices emerging to take the music forward into unexplored and exciting territory. One of the guitarists that is leading this charge is New York-based picker Jonathan Kreisberg. With a strong foundation in the jazz tradition, and a personal vision of the genre's future, Kreisberg is winning over crowds and critics alike with his albums and concerts held around the world.

 

Kreisberg's playing is not easily categorized, as it draws upon a diverse background of influences, and is constantly challenging the defined conception of modern jazz. His solos portray a player dedicated to absorbing the traditional vocabulary and vernacular of the jazz idiom, skills honed through a solid musical education and by studying on bandstands across the globe. Drawing the listener in with a healthy dose of swing and traditional vocabulary, Kreisberg acts as a skillful guide as he leads his audiences into new and entrancing harmonic and melodic territory, without ever sounding abrasive or disjointed.

This ability, to smoothly transition between established and inventive sonic ground, has helped raise Kreisberg to the upper echelon of today's jazz guitarists, and has firmly established his position one of the genres leading voices.

Apart from being an accomplished improviser and band leader, 2009's Night Songs (Criss Cross) is his sixth outing under his own name, Kreisberg is also a composer and arranger of merit that is continually exploring the possibilities of small group jazz. Kreisberg's albums, like his improvisations, contain a mixture of tunes drawn from the jazz tradition and his own original compositions.

Even when an album contains tunes that are one or the other, such as Night Songs which is a collection of jazz ballads or Unearth (Mel Bay Records, 2005) which is all original compositions, there is still a sense of Kreisberg's dual approach to writing and arranging found within his work.

When approaching a jazz standard, Kreisberg is rarely content to play the track in its original context. Instead, he is constantly looking for new ways to interpret many of the genre's classic tunes, such as his odd-meter rendition of "Stella by Starlight" from the album South of Everywhere (Mel Bay, 2007). On the other side of the coin, Kreisberg's original compositions will often have a sense of the jazz tradition weaving in and out of more modern sounding harmony and melodic phrases, such as the hard-driving composition "Fever Vision" from his 2004 release Nine Stories Wide (Criss Cross, 2005).

With such an array of accomplishments behind him, Kreisberg is showing no signs of slowing down. He is continuing to tour in support of Night Songs and is already at work on his next recording project. With such a busy schedule of performing, writing and recording, it's no wonder that Kreisberg has become one of the genre's young stars, a status that is sure to stick as he moves forward into his musical future.

All About Jazz: You began playing guitar at 10 years of age. How were you introduced to the instrument and had you always been interested in playing guitar?

I initially picked up a guitar after hearing Eddie Van Halen's playing on "Eruption." I was blown away by that great "other worldly" sound he was getting out of his guitar.

It's funny because years later I would realize that Eddie was reaching out for the sounds he'd heard from Allan Holdsworth, who was in turn channeling Coltrane. One of my childhood favorites was Coltrane's album "My Favorite Things," so I guess it all makes sense in a weird sort of way.

lire la suite ......

http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=34225&pg=1

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 05:26

Enja 2009

Pascal Schumacher (vib, glockenspiel), Franz von Chossy (p), Christophe Devisscher (b, gong), Jens Düppe (dms, gong et glockenspiel).

Ils ne sont guère nombreux, sur la scène actuelle, les musiciens qui s’attèlent à renouveler l’esthétique du vibraphone, que beaucoup associent encore à des ambiances d’ascenseur ou de salle d’attente. De formation classique (il est passé par la fameuse classe de percussions du Conservatoire de Strasbourg), le Luxembourgeois Pascal Schumacher sait faire sonner l’instrument à sa manière, en tirant le meilleur parti de cette vibration caractéristique, de ce halo de mystère scintillant qui nimbe chaque tintement des mailloches sur les lames métalliques. Tout en s’inscrivant dans la lignée de Gary Burton, il a aussi su développer une musique personnelle et originale, grâce à un quartet particulièrement soudé. « Here We Gong » témoigne d’une esthétique très contemporaine, qui doit autant au minimalisme répétitif de Steve Reich (dont Schumacher a interprété les œuvres par le passé) qu’à une certaine pop d’aujourd’hui (on relève ainsi une reprise du groupe écossais Travis). Bien qu’il n’y ait pas de chanteur et que la quasi-totalité du répertoire soit signée des différents membres du groupe, il y a là quelque chose qui fait parfois songer à Radiohead : une certaine mélancolie assumée sur fond de rythmiques obsédantes, plus binaires que swinguantes, mais non moins complexes ; et aussi un même intérêt pour les musiques électroniques créatives, dont les musiciens (et en particulier le batteur) parviennent habilement à reproduire les effets avec des moyens essentiellement acoustiques. Ajoutez à cela une production très soignée et un bel équilibre entre densité et espace, et vous obtenez un album pop-jazz original qui a tout pour plaire.

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:06

Tzadik 2009

Joe Lovano (ts), Dave Douglas (tp), Uri Caine (p), Greg Cohen (b), Joey Baron (dms), John Zorn (composition, as sur un titre).



 Au commencement, Masada était d’abord un formidable quartet. Avec le temps, c’est devenu un concept compositionnel que Zorn décline avec divers interprètes au fil de sa série « Book of Angels », dont voici déjà le douzième volume. En apparence, on a affaire ici à un retour aux sources partiel, puisque ce nouveau quintet comprend trois des membres du groupe original (Dave Douglas, Greg Cohen et Joey Baron). Mais la comparaison s’arrête là. En effet, l’arrivée du piano de Uri Caine et surtout du ténor de Joe Lovano – nouveau venu dans l’univers de la « radical jewish music »  – change totalement le son d’ensemble, en le tirant vers un registre plus explicitement jazz. Au premier abord, la formule semble séduisante. Servie par des musiciens d’exception, cette relecture cool et décontractée de l’univers de Masada enveloppe l’auditeur dans un confort d’écoute peut-être un peu trop douillet… jusqu’à la plage six (Rahtiel), où Zorn se décide enfin à sortir son alto de l’étui. Et là, on se réveille et on se dit : Bon sang, mais voilà ! Masada, c’était ça : cette plainte venue du fond des âges, ce cri de fureur, cette étincelle de folie, ce déferlement d’énergie… Las, Zorn remballe bien vite son biniou (ça finit par devenir agaçant, à force, ces apparitions en guest star sur ses propres disques…), et par comparaison, la suite de l’album nous paraît d’un coup bien fade. On n’y entend plus qu’un super group de jazz un peu mollasson, chez qui les influences klezmer et orientales, loin de toucher à la substance même de la musique, se résument à des gimmicks exotiques souvent un peu facile. Il n’est qu’à comparer la composition finale, Rigal, avec la version déchirante qu’en donnèrent Mark Feldmann et Sylvie Courvoisier dans le volume 3 de la série. Comme dirait l’autre, y a pas photo ! Et une fois le disque terminé, on ne peut s’empêcher de se poser la question : y aura-t-il un jour enfin un nouvel album du Masada Quartet qui demeure, malgré certaines réussites incontestables du « Book of Angels », la référence absolue de cette « nouvelle musique juive » que Zorn appelle de ses vœux ?

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:03

DREYFUS JAZZ 2009

ROCKY GRESSET (g), MATTHIEU CHATELAIN (g), DIEGO IMBERT (Cb), COSTEL NTESCU (Vl), JEREMIE ARRANGER (Cb), THOMAS DUTRONC (g)



On serait tenté parfois de comparer le jazz manouche à la peinture Egyptienne. Celle qui durant deux millénaires représentait toujours les mêmes les personnages de profil, avec talent certes mais avec aussi une certaine obstination dans la constance ( et réciproquement). Rocky Gresset, jeune guitariste, issu d’une famille gitane où l’on élève les enfants au lait et à Django, aurait pu tout aussi bien tomber dans les travers d’une tradition « ancestrale » qui, disons le tout net fige un peu la musique dans un marbre dont on ne se lasse pas mais bon quand même….. Et pourtant ce jeune guitariste qui signe là son premier album chez Dreyfus apporte réellement quelque chose de nouveau dans le paysage (et j’ai bien conscience en disant cela qu’à chaque nouveau guitariste manouche qui apparaît sur la scène, on dit strictement la même chose). Pourtant force est de constater que Rocky Gresset, 29 ans au compteur,

s’impose d’emblée à la fois comme un immense guitariste de la trempe de Bireli lorsqu’il était jeune mais aussi comme un guitariste qui va bien au-delà des clichés du jazz gypsy, capable de réinventer le style en empruntant autant au maître mais en allant chercher aussi d’autres références de la guitare électrique chez Wes Montgomery ou George Benson. En quelque sorte le rêve de Django lui même lorsque ce dernier s’aventurait à l’électrique. Il y a là une sorte de continuité de l’histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1953.

Sur les standards Gresset affirme une virtuosité qui est tout, sauf… virtuose. Pas de vélocité démonstrative chez lui, juste le sens de la musique, de la mélodie qui s’exhale et du swing qui la fait vivre. Une façon de faire chanter l’instrument, de lui donne ses petites inflexions, cette petite touche de triolets toujours finement ajoutées  comme autant de petites frises. A côté du real book ( Just one of those things, Polka dots and Moonbeams, Darn that dream, Blue skies), Rocky Gresset va aussi chercher du côté de Wes Montgomery pour aligner un superbe Jingles passant ainsi de l’acoustique à l’éléctrique sur lequel il affiche une toute autre personnalité sans y perdre en élégance et en sensibilité (dommage toutefois que parfois la prise de son y soit très étouffée - Looking up -).

Une fin d’album avec Thomas Dutronc en invité sur Time on my hands,  nous laisse sous le charme de cette heuresue révélation.

Avec Rocky Gresset c’est un nouveau génie de la guitare qui émerge sur cette scène dont il éclaircit les horizons. Lorsqu’un musicien parvient avec autant d’aisance  de naturel et presque de détachement à nous transmettre ainsi son amour-passion pour la musique on sait que de toute évidence on a affaire à un très grand. Déjà.

Jean-Marc Gelin


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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:16

un DVD de Claude Santiago

La Huit 2009-10-12

Abiodun Oyewole, Dahveed Nelson, Felipe Luciano, Jalal Mansur Nuridin, Umar Bin Hassan, Babatunde, Ronald Shannon Jackson, Jamaladeen Tacuma, Robert Irving III, Kenyatte Abdur-Rahman

Co-production Banlieues Bleues,

 

 

Nous vous parlons ici d’un temps que les moins de vingt ans etc…… Le temps de Black Panthers, le temps d’avant, le temps où les Noirs américains croyaient à la révolution par les armes, écrivaient des poèmes et inventaient alors un rap soluble dans le jazz et la funk. Les pères fondateurs du slam et du spoken word.

En 2008, à l’occasion de Banlieues Bleues ( la Huit décidément fonctionne en joint venture avec le fameux festival), Claude Santiago profitait de la reformation occasionnelle du groupe mythique The Last Poets pour faire se raconter et refaire l’histoire de ce groupe légendaire. Sans faux-semblants, ces papy’s révolutionnaires, malgré leur séparation et leurs querelles intestines gardent encore aujourd’hui le poing fermement levé, s’insurgent toujours et encore contre un monde à refaire, appellent aux armes avec un peu moins de véhémence mais rêvent toujours d’un lendemain qui chante. Ce n’était pourtant à l’époque qu’une histoire de gosses des rues qui sans en avoir conscience détournaient les prêches pour faire avec leurs mots, leur slang, une arme contondante. En 1960 Abiodun Oyewole ( né Charles Davis Jr) n’avait pas 19 ans et Felipe Luciano en avait tout juste 22 ans lorsque sorti la bande son de «  Right on ». « On se sentait partie prenante d’une révolution  mondiale » dit l’un.  «  à l’époque c’était du brut, du cash » dit l’autre.

Et c’est à l’occasion d’un concert donné à Banlieues Bleues et filmé le 11 avril 2008 à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers,  ainsi que lors des séances de répétition et d’une master Class ( où l’on y voit David Murray en spectateur attentif) que Claude Santiago a laissé tourner la caméra, laissant chacun de ses membres d’exprimer et revenir sur l’histoire de ce groupe.  Mais si l’ouvrage est assez louable, plutôt bien réalisé ( sauf ces sempiternelles images filmées en taxi que la Huit ne cesse de nous resservir à tout bout de champ), privilégiant un graphisme très 70’s, il reste cependant dans une démarche très statique. Si le montage est très bien fait et apporte un réel rythme, on aurait cependant  aimé une approche un peu plus interactive avec l’interviewer. Mais surtout il est dommage que ce film n’ait pas été la base d’un vrai travail rétrospectif et documentaire sur le groupe, avec mise en perspective et images d’archives. Il est dommage aussi qu’en pleine campagne électorale et à la veille de l’élection du premier Président Noir de l’histoire des Etats-Unis ils n’aient pas été amenés à s’exprimer sur le sujet, les enfermant ainsi dans une sorte de vision autiste de l’histoire. De leur histoire.

Il n’en reste pas moins que ce travail de mémoire, cette plongée dans l’histoire des Last Poets montre que les banditos ont bien  gardé en eux cette fraîcheur juvénile intacte, cette même envie de foutre encore le feu et surtout la même énergie à faire damner la moitié des groupes de rap d’aujourd’hui. Et la rencontre renouvelée de ces pères fondateurs (à l’exception de Gylan Kain et de Suliaman E-hadi décédés) et de ces immenses musiciens que sont le batteur Ronald Shannon Jackson ou le bassiste Jamaladeen Tacuma ne trahit pas ses promesses. Au delà des textes, mis en valeur par leur sous-titrage (indispensable), la musique se revèle l’expression du climat d’une époque, d’une esthétique du black power que l’on retrouve avec délectation.

Les héros ne sont pas fatigués. Juste terriblement lucides sur l’histoire de ce monde qu’ils ont pourtant contribué à leur manière à changer un peu. Pourtant, en fin de DVD, ce constat amer et poignant de la part de ces grands pères poètes-combattants qui de guerre lasse laisse poindre leur amertume de l’après, du rap d’aujourd’hui, des gangs et des trafics des cités : «  On ne peut pas leur en vouloir puisqu’on ne leur a rien laissé ». Le cercle des poètes n’a finalement pas disparu.

Jean-Marc Gelin

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 08:25

CHRIS POTTER Underground : « Ultrahang » *****

ArtistShare 2009

http://www.artistshare.com/home/featured_releases.aspx

Chris Potter (ts, clb), Craig taborn (fder), Adam Rogers (g), Nate Smith (dm)



 Il y a de ces débats j’vous jure ! Se demander s’il faut autoriser la circulation du shit ou légaliser le chichon ! J’vous jure ! Y a pas à se poser de question et à tourner autour du pot’ : ce qu’il fut faire c’est mettre Chris Potter en vente libre, que ce soit remboursé par la sécu et tout ça. On devrait le trouver dans toutes les bonnes pharmacies ! Car avec cet album-là le saxophoniste qui avec Artistshare s’est affranchi des labels signe là l’un de ses meilleurs albums. Un truc avec une envie de jouer grosse comme ça ! Certes, il y a bien chez Chris Potter ce côté ultra-perfomer, « ultrahang » qui peut agacer plus d’un ronchon, mais que voulez-vous, moi au contraire j’adore ces saxophonistes qui ont enterré leurs complexes Post-Shorterien, toute la clique New-Yorkaise des timorés, sûrement trop intelligents pour moi. Ici avec Potter on se croirait plutôt à Kansas City il y a 50 ans.  Parce que Chris Potter c’est du physique, c’est du corps à corps. Parce que Chris Potter c’est une relation virile avec l’instrument dépoussiéré de toutes les évanescences très à la mode. Pas de ça avec lui. Debout avec son sax et sa bande de bandits pas manchots pour un  sou (l’association du guitariste Adam Rogers et de Nate Smith !), le quartet, cet Underground qui ne vole pas son nom et que l’on suit depuis longtemps passe aux choses sérieuses, entre sur le ring avec des manières de mauvais garçons de quartier. Ce n’est pas d’une incroyable nouveauté, mais ça « envoie » comme on dit, sans retenue. C’est crade à souhait, ça balance des riffs, un groove à perdre la tête. Chris Potter peut ainsi passer dans le même irrépressible élan, du ténor à la clarinette basse (Facing East) avec la même férocité maltraitant son instrument, le faisant rendre gorge jusqu’à aller chercher des notes dans un extrême aigu furieux. Sur un fond funky-groove furieux, Chris Potter nous rappelle un peu Maceo Parker mais en 1000 fois mieux (Rumples). Mais Chris Potter peut aussi s’emparer d’une ballade avec une superbe sensibilité jusqu’à la faire pleurer comme sur cet it ain’t be me, babe pris à la clarinette basse où Potter apporte la chaleur de son timbre à la ligne mélodique qui traîne quelques accents un peu country. Bien sûr il y a chez le saxophoniste le son projeté mais il y a aussi cet art de l’improvisation qui relève d’un flow puissant que rien n’arrête avec sa métrique intégrée et ses sinuosités qui ne se perdent jamais en chemin et savent le chemin avec une précision diabolique. Ce n’est pas un hasard si Potter joue avec le sax ténor ayant appartenu à Michael Brecker.

Pas de doutes comme dirait l’autre, le jazz bande encore. Ce jazz qui perpétue cette  autre tradition où le rock émerge toujours.

Avec Chris Potter et son Underground c’est un jazz farouchement indépendant, le jazz des hautes plaines, le jazz à l’état sauvage.

Jean-Marc Gelin

 


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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 07:35

Chant du Monde 2009

Denis colin (clb), Benjamin Moussay (fder), Julien Omé (g), Stéphane Kerecki, Arnault Cuisinier (cb), Eric Echampard, Tony Raberon (dm), Antoine Berjeault (tp, bg), Sylvaine Hélary (fl, vc), Fabrice Thueullon (bs, ss), guest Tony Malaby (ts)



La sortie du nouvel album de Denis Colin ne manquera de marquer les esprits. Tout simplement surprenant et émoustillant ! Dense et fort à la fois.

Denis Colin que l’on avait laissé avec la chanteuse Gwen Matthews revient ici avec ses fameux Arpenteurs, un nonet survitaminé galvanisé par la présence d’une double rythmique ( 2 contrebasses et 2 batteries). Avec eux, Denis Colin s’engage à fond dans une musique protéiforme où la présence exceptionnelle de Tony Malaby en invité surprise ne fait qu’ajouter à la délectation immédiate. Intégralement composée par le clarinettiste, sa musique offre une forme malléable, qui passe naturellement du trio au nonet sans rupture de « son », ce son épais et dense qui envoie de bout en bout un groove terrible et n’hésite pas à se délester de toutes bonnes manières pour venir se vautrer dans un son parfois un peu sale. Se jouant des structures polyrythmiques Denis Colin balance ce swing entre funk, rythmes africains et rock-jazz avec un sens compact de l’engagement collectif. Sans compter, sans se ménager, ces gars-là « mouillent le maillot » comme on dit ailleurs. Antoine Berjault éclatant, Benjamin Moussay décisif, Colin au plus près de son texte, étonnant dans la palette d’émotions qu’il charrie, et enfin Tony Malaby qui porte cette musique à haute incandescence avec des talents exceptionnels de caméléon. Rythmiquement, le cœur du sujet ici, qu’il s’agisse de transcender les tourneries ou d’installer parfois un climat plus sombre, plus lunaire, la double section tient la baraque à haute température, avec brio.

Il est alors question dans cet album de parler à cette zone qui se situe quelque part du côté de notre cerveau, quelque part au niveau de nos orteils et quelque part au plus profond des tripes, quelque part  où résonne l’évocation des rythmes primaires et sauvages. Cette musique explose et s’expose sans pudeur, parle à nos propres instincts, ceux de la danse et du rythme qui effleure les peaux. Cette vérité qui s’exprime par la musique nous transforme tous en pygmées Aka. La musique de Denis Colin explore avec force cette part indicible de nous-même et sans arrière-pensée et nous renvoie à nos propres origines.

Jean-Marc Gelin

 


 

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