Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 07:12

Yolk 2009

Matthieu Donarier ( saxophones), Manu Codjia (g), Joe Quitzke (dm)




Matthieu Donarier signe avec son trio habituel, son deuxième album après, « Optitopic » largement salué par la presse en 2004. Ce nouvel opus en « live » à Saint Nazaire et à Angers témoigne à nouveau de la très forte intimité entre ces trois musiciens habitués à jouer ensemble depuis leurs années d’école et de CNSM. C’est avec eux que Matthieu Donarier, que l’on connaît dans d’autres collectifs ( avec Daniel Humair, Alban Darche ou Patrice Caratini) se révèle à la fois comme un saxophoniste total mais aussi superbe compositeur.

Pour Matthieu Donarier, grand dévoreur depuis l’enfance de musiques de toutes sortes, tout est prétexte au jeu (aux jeux) et aux détournements. Il peut aussi bien s’agir d’une musique inspirée du jazz New-Yorkais, de chansons françaises de Charles Trenet (Il pleut dans ma chambre) à Georges Brassens ou encore des gnosiennes de Satie, Matthieu Donarier peut tout faire avec tout. Adversaire de toute linéarité et adepte d’une musique à tiroirs et à surprises, tout lui est prétexte à la construction de larges espaces d’improvisation. Où l’on entend le travail de Donarier sur les tensions harmoniques (Abrakadabra), sur les lignes mélodiques (Au refuge) et les atonalités. Prenons l’exemple de Brassens. ....


lire la suite  sur MATTHIEU DONARIER TRIO : « Live forms »

 


Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 11:35

ECM 2009

Anouar Brahem (oud), Klaus Gesing (clb), Björn Meyer (b), Khaled yassine (darbouka, tabläs)

 

Les albums de l’Oudiste tunisien se suivent et… se ressemblent un tout petit peu. Ici un nouvel album réalisé sous les auspices de Manfreid Eicher et de l’écurie du label allemand. On y retrouve donc un habitué des studios ECM, le magnifique clarinettiste basse Klaus Gesing déjà entendu par ailleurs dans le dernier album de Norma Winstone. L’alliage de l’oud et de la clarinette basse n’est pour autant pas une nouveauté et avait déjà été mis en avant par Anouar Brahem dans une précédente production avec Jon Surman. Mais c’est ici d’une autre inspiration dont il s’agit et qui s’inscrit dans une couleur résolument plus grave. Avec Brahem on retrouve ici la même  poétique du conte et l’invitation au voyage. Au centre de ce travail, beaucoup d’écoute entre les musiciens et cette façon qu’à Brahem d’imprimer sa couleur à l’album en étant tout à la fois très présent et aussi très discret, se plaçant souvent en recul derrière les autres musiciens. Cependant Brahem reste confiné dans un système musical qui, pour s’ancrer dans la musique arabe dite « savante » montre rapidement ses difficultés à sortir de son propre système musical. Un thème comme «  The Astrounding eyes of Rita », parce que justement il donne au clarinettiste un espace plus sauvage, peut montrer une voie d’évolution intéressante. Mais l‘essentiel de l’album reste confiné dans une musique de chambre, très belle au demeurant, à écouter à l’heure du thé ( à la menthe), en lisant les poèmes de Mahmoud Darwish  (1941/2008), poète palestinien dont s‘inspire Brahem dans cet album.

 

Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 18:40
À l’occasion de la sortie du nouvel album de l’Oudiste tunisien Anouar Brahem, les DNJ ont rencontré l’une des figures les plus marquantes du label ECM. Anouar Brahem ne cesse de jeter des ponts entre les différentes cultures. Il a contribué à cette ouverture de la musique savante arabe à d’autres horizons musicaux et ses rencontres avec les musiciens venus du jazz restent aujourd’hui encore comme des modèles de syncrétisme auquel il imprime une  forte dimension poétique. A 57 ans Anouar Brahem qui vit à côté de Carthage, pas loin de Sidi Boussaïd, fait déjà figure de légende dans son pays.

 

DNJ : Le choix des musiciens dans votre nouvel album : choix librement consenti ou choix imposé par le label ?

 

Anouar Brahem : Ce n’est absolument pas un cahier des charges et en même temps ce n’est pas non plus librement. C’est ce qui m’est imposé par la musique qui surgit. Quand je commence à travailler sur un disque, je ne pars pas avec une idée d’orchestration préétablie. Cela vient à mesure que la musique surgit. Je commence toujours par des ébauches, des premiers jets et c’est au fur et à mesure qu’elle se met à sonner que cela me donne des idées d’orchestration

 

DNJ : Vous partez au départ de trames mélodiques ?

 

AB : Oui c’est généralement  la seule chose que je peux ou que je sais faire : partir de fragments de thèmes. Et c’est en commençant par là que je peux arriver à l’instrumentation. Et l’instrumentation c’est la chose que je mets le plus de temps à décider. C’est pour moi comme l’étalonnage dans le cinéma et les instrumentistes sont comme des acteurs. Quand on me demande, dans un festival par exemple de jouer avec untel ou untel, je suis dans l’incapacité d’écrire pour une formation donnée ou imposée.

 

DNJ : Vous parlez de cinéma, et au cinéma il y a des castings. Est ce qu’il y a des musiciens avec qui vous avez essayé de livrer votre musique et avec qui la  magie ne s’est pas produite ?

 

A.B : C’est vrai il y a beaucoup de musiciens avec qui je souhaiterai travailler et cela ne marche pas forcément parce que je n’ai pas ressenti que leur rôle était important dans ce que je voulais jouer. Mais lorsqu’il s’agit de faire un album cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs on a pas le droit à l’erreur avant de rentrer en studio. Lorsque l’on fait appel à des musiciens on fait appel à des personnalités très différentes. De gens qui ont un vrai background et c’est cela qui est très stimulant, les choses peuvent ainsi sonner de manière différente.

 

DNJ : pourquoi avoir choisi la clarinette basse en l’occurrence ?

 

lire la suite …


 
Partager cet article
Repost0
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 17:30

Miguel Zenon (as, voc), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dms), Hector « Tito » Matos, Obanilu Allende, Juan Gutiérrez (perc, voc).

Marsalis Music 2009.

 

La direction prise par Miguel Zenon sur ce nouvel opus est à la fois très attendue et très surprenante. Car si ce dernier n’a jamais renié ses origines portoricaines, la présence d’influences latines dans sa musique demeurait jusque là discrète, sous-jacente, intégrée dans une conception plus large du jazz qui devait tout autant à Steve Coleman et à la scène new-yorkaise actuelle. Même sur son album « Jibaro » (2005), déjà dédié au folklore de son île natale, la composante latine était pour ainsi dire « digérée » par un quartet résolument ancré dans le jazz d’aujourd’hui. Et voilà que Zenon fait le choix de revendiquer explicitement ses racines, en s’adjoignant les services de trois percussionnistes chanteurs portoricains. Comme son titre l’indique, le disque entier est un hommage à la plena, style traditionnel rythmé et dansant où les vocalistes s’accompagnent de tambours et de panderos, sorte de gros tambourins que l’on peut admirer sur la pochette. Et la surprise vient du fait que, cette fois, le saxophoniste a choisi de rester au plus près des fondamentaux de cette musique : « Je me suis dit que j’allais garder ce rythme intact, et que j’allais écrire autour, en restant le plus fidèle à cette tradition. » (interview dans Jazzman N°152, décembre 2008) Ainsi, on pourrait dire qu’« Esta Plena » est le premier vrai disque de latin jazz de Miguel Zenon. Son disque le plus festif, aussi. Sur ce tapis de percussions endiablées, les solos de l’altiste font merveille : vif, tranchant, débordant d’invention rythmique, son style pourtant si moderne reste décidément bien enraciné dans ces grooves latins. Le pianiste du quartet, Luis Perdomo (originaire pour sa part du Venezuela), n’est pas en reste et déploie avec aisance des chorus à l’architecture parfaitement contrôlée. Plus en retrait que d’ordinaire, le tandem contrebasse/batterie se fond avec aisance dans les rythmes portoricains, tout en y apportant des accentuations inattendues. Au final, « Esta Plena » relève sans doute d’une démarche moins personnelle et originale que « Awakening », le précédent album de Zenon. Long de 72 minutes, le disque aurait peut-être aussi gagné à être plus resserré dans son propos. Mais l’énergie et l’engagement total des musiciens suffisent à balayer ces quelques critiques.

Pascal Rozat

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 09:26

Avec Christophe Monniot, Emil Spanyi, Michel Massot, Eric Echampard et le quatuor de saxophones Arcanes. Enregistré en juillet 2007.

 

 

On vit une drôle d’époque ! La pochette de ce disque nous montre une girafe sur un iceberg en train de fondre qui finira par se retrouver les pattes dans l’eau ! On appelle ça le dérèglement climatique ou le réchauffement de la planète, comme vous voudrez, mais c’est tellement grave que le pauvre Antonio Vivaldi s’en retournerait dans sa tombe s’il se rendait compte que trois siècles plus tard, le cycle des quatre saisons est complètement chamboulé. C’est ce qui a intéressé le génial saxophoniste-compositeur-arrangeur Christophe Monniot : dérégler et déranger les quatre saisons de Vivaldi afin de les réarranger dans une version jazzistique avec une vision à la fois poétique et politique. Le projet de rendre actuelle et vivante l’œuvre de musique classique la plus célèbre du monde (jusqu’à s’immiscer dans les attentes téléphoniques, les parkings ou les aéroports) est ambitieux et pleinement réussi. Le propos est sérieux et si l’on ressent une menace, de l’angoisse ou de la peur dans cette œuvre, on remarque aussi beaucoup de digressions, d’humour et de folle poésie dans cette façon unique (chère à Monniot) de pratiquer un jazz décalé à la fois festif et profond. La formation se compose d’un double quartette, le premier comprend Monniot (au sax sopranino, alto ou baryton), son fidèle acolyte Emil Spanyi au piano (et différents claviers), Eric Echampard à la batterie et dans le rôle du bassiste, Michel Massot au tuba. Le deuxième quartette est un quatuor de saxophones (le quatuor Arcanes, réputé dans le monde de la musique contemporaine) qui se distingue par son homogénéité, semblable à celle d’un quatuor à cordes, au service de cette œuvre conçue à l’origine sous la forme de mini-concertos pour violon. Du baroque au jazz, il n’y a qu’un pas à franchir, celui de l’ouverture harmonique qui s’apparente à un travail sur l’improvisation. La façon unique de déranger les thèmes de Vivaldi, de les cacher, puis de jouer avec eux en improvisant des chorus est absolument stupéfiante. Enfin la grande idée de Monniot est d’avoir utilisé une bande-son constituée de lectures du rapport d’évaluation du groupe d’experts sur l’évolution du climat, entrecoupée de poésie de Baudelaire ou de Pasolini et de témoignages de paysans. Cette bande-son s’intègre à merveille à la musique grâce au talent de la réalisatrice-productrice Sylvie Gasteau, qui utilise des procédés qui rappellent l’utilisation du son dans les films de Jean-Luc Godard. Vivaldi + Godard + Monniot, trois bonnes raisons de ne pas rater la saison 5 de ce Vivaldi Universel. Lionel Eskenazi

 

 

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 08:03

 

Sophia Domancich (p), Dave Liebman (ss), jean-Jacques Avenel (cb), Simon Goubert (dm)

Cristal 2009

 

 

Fallait-il vraiment que ce trio déjà presque mythique, demande au saxophoniste Dave Liebman de venir les rejoindre pour enregistrer 4 titres ensemble ? Peut-être par crainte de se répéter, Sophia Domancich, Jean-Jacques Avenel et Simon Goubert ont en effet choisi de rompre leur face-à-face (pourrait-on dire) pour apporter un autre relief à leur musique. Mais c’est  précisément tout le contraire qui se produit ici où la présence de Dave Liebamn affadit le propos ne mettant que plus en valeur les plages où le trio piano-basse-batterie se retrouve seul. Peut-être trop respectueux de la personnalité de Dave Liebman tout se passe comme si DAG laissait le sopraniste jouer, se contenait d’assurer une rythmique pas trop envahissante et l’observait avec une certaine déférence. Le sopraniste quant à lui, habitué ces derniers temps à multiplier les sessions un peu partout dans le monde, fait ce que l’on attend de lui avec toujours autant de métier. Il devrait bien sûr y avoir du contraste entre le son grave de ce trio et les arabesques lumineuses de DAG. Mais c’est surtout lorsque le soprano disparaît et que le trio se met en marche, en interaction totale et porté ici par un Jean-Jacques Avenel dont la présence conforte cette extrême gravité que le trio révèle tout, se dévoile en toute intimité, à la fois  rythmique exceptionnelle et corps en action, dans une sorte de trialogue fécond. Chacune des plages en trio met en valeur la grande force de DAG qui navigue entre Andrew Hill, Cecil Taylor ou encore Martial Solal parfois. Un trio powerful qui ne cesse d’affirmer l’urgence de l’essentiel. La présence de Dave Liebamn, en opposition avec les 8 autres morceaux en trio, apparaît alors comme une présence contraignante où les énergies ne se libèrent qu’une fois le saxophoniste parti, à la seule exception toutefois, du très Coltranien Tursiops de Simon Goubert où les 4 semblent trouver là leur dénominateur commun.

Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0
3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 07:05

Laborie Jazz 2009


Murat Öztürk (p, fder), Laurent Gauther (cb), Olivier Strauch (dm), jean-Pascal Boffo (g)

Le pianiste turc prend son temps : 3 albums en 7 ans et 4 années depuis son dernier opus ( « Candies » ) et celui qui sort ces jours-ci chez Laborie, voilà qui est une façon bienvenue de mûrir sa propre musique et de signer les 13 compositions qui figurent au programme de ce nouvel album. Murat Öztürk assez peu connu sur la scène parisienne est un jeune pianiste, Turc par son père et Italien par sa mère qui a grandi au jazz en Lorraine ( d’où il vient plus précisément ) nourri par ses rencontres avec Bernard Maury, Michel Petrucciani ou encore Clare Fisher et dans les jam sessions dans le fameux caveau des trinitaires à Metz dont il est l’invité régulier.

De quoi se forger un caractère bien trempé. Et du caractère ce jeune pianiste n’en manque pas si l’on juge par les premières notes de cet album d’où émerge un phrasé à la fois sensuel et grave, profond et fluide. Un jeu tout en retenue qui exalte un swing élégant et discret. Bien sûr rien qui ne vienne révolutionner l’art du trio piano-basse-batterie mais juste un façon de l’exprimer avec une belle sincérité. Une incroyable densité de jeu. S’appuyant sur une rythmique « qui tourne » (comme on dit habituellement), Murat özutürk livre ici des compositions basées sur des mélodies simples, prétextes à de délicieuses digressions qui ouvrent des horizons  personnels dans lesquels le pianiste ne se laisse jamais aller à l’introspection. Le fender n’est utilisé que sur deux titres et vient apporter un autre relief.  Le thème éponyme, Crossing my bridge nous fait témoin d’une sorte de miroir intérieur, évoquant à touches d’une infinie discrétion un horizon délaissé emprunt d’une poignante nostalgie. Nostalgie légère porteuse de d’espoir, de danse ( dédé’s dance) et d’amour ( Anna Thème). Thèmes ouverts. Véritables « passages ». Le jeune pianiste transmet son amour de l’orient et de l’occident, de la musique dite et suggérée, sa vision douce et forte de la musique. Avec quelques interludes posés ça et là et des raccords de sons de rues venus de l’extérieur, Murat Öztürk franchit un pont derrière lequel le monde qui s’ouvre est généreux et sa beauté poignante.

Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 06:01

Small Town SuperJazz 2009- 2 cds

 

 

 

Mats Gustafsson (bs, as, electronique), Ingebrigt Haker Flaten (cb, électronique), Paal Nilssen-Love (dr)




« Bag It! » est un album absolument renversant !

Mats Gustafsson nous racontait à Göteborg, pour la remise de son prix aux JazzKatten 2009, que The THING était le projet qui tournait le mieux! Quand on sait ce que contient la musique du groupe et ce qui se passe en concert, ce n'est pas une surprise. The Thing est constitué du suédois Gustafsson et des norvégiens Flaten et Nilssen-Love. Ces trois musiciens sont un peu les petits-enfants d'Albert Ayler qui aiment le rock'n'roll/punk/jazz déjanté et terrien aux aspérités saillantes. Un peu à l'opposé côté structure musicale, Mats Gustafsson a travaillé avec le trio AALY dont la musique est dure aussi, bigrement technique et terriblement structurée. Le point commun des deux trios est qu'ils servent d'exutoire à Mats Gustafsson le déchiré et que sur scène la musique est monstrueusement magnifique.

A partir de Live at Blå et Garage, The THING affirme son style Free Jazz Garage; sous entendu pour les malentendants: une bande de djeuns qui jouent leur musique dans le garage des parents au grand dam de ceux-ci.

Édité par le label suédois Smalltown SuperJazz, comme les précédents cds, « Bag It! » a dépassé ce cadre jubilatoire post-adolescent et présente des particularités significatives du succès de The THING. Question « démonstration d'énergie et de férocité », The THING joue des morceaux qui font son succès comme « Hidegen Fujna a Szelek » du groupe hollandais punk familial The Ex et « Drop the Gun », morceau rock-a-billy, du groupe punk japonais 54 Nude Honeys. Mais le groupe a gagné en patine et en maturité. « Bag it! » de Gustafsson est en effet une mélodie enivrante dont l'interprétation montre la profondeur émotionnelle du trio. De même, « Hot Doug », signée par le groupe, touche par sa tension et sa fébrilité. Sur le subtil « Angel » de l'inévitable Ayler et la version enlevée de « Mystery Song » d'Ellington, le groupe ramasse le discours free pour un résultat percutant et touchant. L'utilisation d'électronique en arrière-fond et les cris off-micros des musiciens sont aussi pour beaucoup dans la réussite de la musique de ce cd: ces bruits flous, souvent à peine audibles, enregistrés live ou ajoutés au mixage, apportent du trouble à la musique, la consolident et rendent plus mat les explosions caverneuses du sax de Gustafsson et les fusillades de la rythmique en(g)(r)agée. Le deuxième cd est une improvisation libre d'une demi-heure qui s'intitule « Beef Brisket » (qui nous fait comprendre clairement que ces garçons là les aiment saignants) où la multiplication des densités, des nuances sonores et des transitions rythmiques montrent le niveau d'intelligence du trio dans l'improvisation. Enfin, la musique a été enregistrée à l'Electrical Audio Studios de Chicago par Steve Albini qui a signé des noms du rock américain comme PJ Harvey, Nirvana et les Pixies. Ce producteur et vétéran des studios, qui a exprimé son dégout pour le jazz par le passé, a réalisé un travail important pour rendre la musique du trio intelligible et sonore et lui donner une identité propre.

Bref, ce disque est un must, un poids lourd de musique de la scène free européenne, à ne pas mettre entre toutes les oreilles.



Jérôme Gransac

Pour vous faire une idée:

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 06:30

Editions records 2009

 

La meilleure surprise de cette rentrée jazzistique nous vient du Pays de Galles : il s’agit du quintette du jeune pianiste-compositeur-arrangeur Dave Stapleton avec l’album «  The House Always Win ». Un an après sa sortie au Royaume-Uni, il est enfin distribué en France pour le bonheur de tous ceux qui se passionnent pour un jazz à l’écriture soignée avec des arrangements raffinés et de brillants et convaincants solistes. Une bien belle découverte que cet orchestre qui n’en finit pas de nous éblouir au fil des huit morceaux, continuant après plusieurs écoutes à distiller de grands moments d’euphorie, de plaisir et n’ayons pas peur de le dire, de jouissance !

Dès l’intro de piano en ostinato de « Second Life » qui ouvre le disque, on est plongé dans un groove irrésistible porté et par les talents de solistes du saxophoniste Ben Waghorn et du trompettiste Jonny Bruce. Une musique profonde et sublime, toujours surprenante par ses couleurs, ses timbres et ses contrastes. Une variété de sources d’inspiration, qui va de l’Afrique (les riffs cuivrés de « Dedication Song »), à l’Inde (« Cascade » avec la présence en invité du joueur de tabla Aref Durviesh) en passant par Cuba (la deuxième partie de « Zonk »). Une section rythmique très dynamique et soudée conduite par les obsédantes tournures pianistiques de Stapleton, qu’il soit au piano acoustique ou au fender rhodes. Après sept pépites instrumentales, l’album va finir en beauté par une poignante chanson « Aquamarine »,  divinement chantée par Julie Tipetts, qui en a écrit le texte. Précisons que Dave Stapleton a publié cet album sur son propre label Edition Records, un label qui compte déjà treize références en un an et demi d’existence, dont la publication de First Weaving du Tapestry Orchestra de Keith Tippett, enregistré au Festival du Mans 1998.

 

Lionel Eskenazi

 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 06:11


Bee Jaz Records 2009.

 

Edwin Berg (p), Eric Surmenian (cb), Fred Jeanne (dr)


Le croirez-vous ? Edwin Berg a écouté aussi attentivement que passionnément Bach, Rachmaninov, Satie, Ellington, Chopin, Jarrett, Meldhau, Mozart, Hancock, Peterson et Garner (on en oublie sûrement…) d’après le généreux encart promotionnel sur lequel on vient de loucher chez nos confrères de Jazzmag / Jazzman. En dépit de cet amoncellement de références ou plutôt derrière lui, force est de constater que cet album n’a que très peu à voir avec le jazz. Le swing ? Absent (soulignons d’emblée la lourdeur du drumming de Fred Jeanne, confronté il faut bien le dire à ce « binarisme vagabond » de plus en plus envahissant dans la production actuelle). L’improvisation ? Souvent sacrifiée à un statisme déroutant (l’ostinato de Perpetuum Prairie), à des développements presque sirupeux rappelant davantage la musique de films ou de variétés plus ou moins anonyme des années ’70 et ’80 (Ben, la deuxième partie de Perpetuum, Remembering You) que le lyrisme vibrant des décennies précédentes. L’inventivité mélodique ? Peu convaincante tant, au-delà de quelques thèmes habiles et accrocheurs (tel Jaana), elle est noyée sous des références classiques détournées de leur esprit et de leur respiration jubilatoires (Bach, Mozart – cf. Prelude BWV 847 de Bach). Plus grave peut-être le travestissement de deux incunables du répertoire jazz : la version alanguie, modalisée avec joliesse, de Parisian Thoroughfare là où l’original, par on ne sait quel miracle, déclinait une sorte de suspension fragile du temps et de l’instrument, et la variation prétentieusement énigmatique de All The Things You Are. Alors que retenir de tout cela ? Au-delà des qualités de toucher du leader, survalorisées pour elles-mêmes, le plus solide sans doute : le talent du contrebassiste, Eric Surmenian, qui s’exprime dans l’architecture et la dynamique de ses fréquents choruses. Pour le reste, il faut y insister au regard de l’exposition médiatique de ce album, il y a là un véritable enjeu identitaire : si le jazz, cet arrachement de la singularité indissociable d’un art vigoureux de la syncope qui s’est toujours ressourcé, doit être phagocyté par de tels albums, comme déjà dans les années ’20 le faisait le jazz dit « symphonique », alors oui, il faudra reparler de ce qui meurt et de ce qui revit, de l’identité trop souvent bafouée du jazz et de ses héros et des douteux lauriers de ses lointains suiveurs et peut-être surtout de ses promoteurs.

Stéphane Carini


 


 

Partager cet article
Repost0