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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 06:30

Editions records 2009

 

La meilleure surprise de cette rentrée jazzistique nous vient du Pays de Galles : il s’agit du quintette du jeune pianiste-compositeur-arrangeur Dave Stapleton avec l’album «  The House Always Win ». Un an après sa sortie au Royaume-Uni, il est enfin distribué en France pour le bonheur de tous ceux qui se passionnent pour un jazz à l’écriture soignée avec des arrangements raffinés et de brillants et convaincants solistes. Une bien belle découverte que cet orchestre qui n’en finit pas de nous éblouir au fil des huit morceaux, continuant après plusieurs écoutes à distiller de grands moments d’euphorie, de plaisir et n’ayons pas peur de le dire, de jouissance !

Dès l’intro de piano en ostinato de « Second Life » qui ouvre le disque, on est plongé dans un groove irrésistible porté et par les talents de solistes du saxophoniste Ben Waghorn et du trompettiste Jonny Bruce. Une musique profonde et sublime, toujours surprenante par ses couleurs, ses timbres et ses contrastes. Une variété de sources d’inspiration, qui va de l’Afrique (les riffs cuivrés de « Dedication Song »), à l’Inde (« Cascade » avec la présence en invité du joueur de tabla Aref Durviesh) en passant par Cuba (la deuxième partie de « Zonk »). Une section rythmique très dynamique et soudée conduite par les obsédantes tournures pianistiques de Stapleton, qu’il soit au piano acoustique ou au fender rhodes. Après sept pépites instrumentales, l’album va finir en beauté par une poignante chanson « Aquamarine »,  divinement chantée par Julie Tipetts, qui en a écrit le texte. Précisons que Dave Stapleton a publié cet album sur son propre label Edition Records, un label qui compte déjà treize références en un an et demi d’existence, dont la publication de First Weaving du Tapestry Orchestra de Keith Tippett, enregistré au Festival du Mans 1998.

 

Lionel Eskenazi

 

 

 

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 06:11


Bee Jaz Records 2009.

 

Edwin Berg (p), Eric Surmenian (cb), Fred Jeanne (dr)


Le croirez-vous ? Edwin Berg a écouté aussi attentivement que passionnément Bach, Rachmaninov, Satie, Ellington, Chopin, Jarrett, Meldhau, Mozart, Hancock, Peterson et Garner (on en oublie sûrement…) d’après le généreux encart promotionnel sur lequel on vient de loucher chez nos confrères de Jazzmag / Jazzman. En dépit de cet amoncellement de références ou plutôt derrière lui, force est de constater que cet album n’a que très peu à voir avec le jazz. Le swing ? Absent (soulignons d’emblée la lourdeur du drumming de Fred Jeanne, confronté il faut bien le dire à ce « binarisme vagabond » de plus en plus envahissant dans la production actuelle). L’improvisation ? Souvent sacrifiée à un statisme déroutant (l’ostinato de Perpetuum Prairie), à des développements presque sirupeux rappelant davantage la musique de films ou de variétés plus ou moins anonyme des années ’70 et ’80 (Ben, la deuxième partie de Perpetuum, Remembering You) que le lyrisme vibrant des décennies précédentes. L’inventivité mélodique ? Peu convaincante tant, au-delà de quelques thèmes habiles et accrocheurs (tel Jaana), elle est noyée sous des références classiques détournées de leur esprit et de leur respiration jubilatoires (Bach, Mozart – cf. Prelude BWV 847 de Bach). Plus grave peut-être le travestissement de deux incunables du répertoire jazz : la version alanguie, modalisée avec joliesse, de Parisian Thoroughfare là où l’original, par on ne sait quel miracle, déclinait une sorte de suspension fragile du temps et de l’instrument, et la variation prétentieusement énigmatique de All The Things You Are. Alors que retenir de tout cela ? Au-delà des qualités de toucher du leader, survalorisées pour elles-mêmes, le plus solide sans doute : le talent du contrebassiste, Eric Surmenian, qui s’exprime dans l’architecture et la dynamique de ses fréquents choruses. Pour le reste, il faut y insister au regard de l’exposition médiatique de ce album, il y a là un véritable enjeu identitaire : si le jazz, cet arrachement de la singularité indissociable d’un art vigoureux de la syncope qui s’est toujours ressourcé, doit être phagocyté par de tels albums, comme déjà dans les années ’20 le faisait le jazz dit « symphonique », alors oui, il faudra reparler de ce qui meurt et de ce qui revit, de l’identité trop souvent bafouée du jazz et de ses héros et des douteux lauriers de ses lointains suiveurs et peut-être surtout de ses promoteurs.

Stéphane Carini


 


 

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 08:02

Rencontre avec le génial pianiste américain d’origine indienne, pour la sortie de « Historicity » enregistré en trio pour le label Act.

 

DNJ : Vous avez enregistré beaucoup d’albums en leader ou co-leader depuis « Memorophilia » en 1995 avec diverses formations, mais avec « Historicity », il s’agit de votre premier disque en trio, pourquoi avoir attendu si longtemps pour enregistrer en trio ?

 

V.I : En fait, on peut trouver dans chacun de mes disques et dès le premier, des passages ou des morceaux en trio. Mon quartette actuel comprend les mêmes musiciens que mon trio, avec en plus la présence du saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa et dans « Tragicomic » l’année dernière, j’avais enregistré quatre titres en trio (« Comin’Up » de Bud Powell, ainsi que « Age of Everything », « Window Text » et « Becoming »). Il est vrai que j’avais peut-être un peu peur d’occuper tant d’espace en tant que pianiste et que je n’étais pas encore prêt pour y consacrer un album entier.

 

DNJ : Parlez-moi de l’interaction qu’il y a entre vous, le contrebassiste Stephan Crump et le batteur Marcus Gilmore.

 

V.I : Je suis très heureux et j’ai beaucoup de chance de jouer avec ces musiciens. L’interaction, nous l’avons développée à travers les années, nous nous connaissons bien et jouons ensemble depuis neuf ans avec Stephan et cinq ans avec Marcus. Il se crée entre nous une véritable alchimie et nous avons pu au fil des ans, développer notre propre langage, travailler ensemble sur la texture et la dynamique. C’est vrai qu’avec la connivence qu’il y a entre nous, c’était le bon moment pour concevoir ce projet d’album entièrement en trio.

 

DNJ : Vous avez une approche particulièrement rythmique du jeu pianistique, est-ce lié à vos origines et aux rythmes spécifiques de la musique indienne ?

 

V.I : Absolument ! Je suis très influencé par la dimension rythmique de la musique de l’Inde du sud. C’est une musique très élaborée, formelle et mathématique et en même temps elle est vivante, spontanée et organique. C’est l’association, la globalité de ces deux aspects que je recherche en musique, que ce soit du jazz, de la musique indienne ou autre chose. En ce qui concerne le jazz, j’ai été fortement marqué par les pianistes percussifs qui ont travaillé sur la résonance de l’instrument comme Ellington, Monk, Randy Weston ou Andrew Hill.

 

DNJ : Votre album tourne autour du concept de « l’historicité » de la musique, c'est-à-dire à la fois de son histoire, mais aussi de son authenticité et de son impact. On y trouve une majorité de reprises issues de la musique pop, soul ou jazz, ainsi que certaines de vos  anciennes compositions que vous avez « réactualisées ». Pourquoi ce choix de répertoire ?

 

lire la suite de l'interview......




 

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 07:25

Jean-marie Villemot, Yannis Perrin

Ed. les beaux Jours, 191p. 

7,90 euros



Le jazz à la sauvette. En 300 questions totalement aléatoires comme ça pour rire, pour voir si  finalement vous vous y connaissez vraiment, hein ! Genre petit livre à laisser traîner aux cabinets pour se challenger soi même avec ses questions à deux balles et ses réponses à deux balles cinquante.

22 thèmes inégaux : les racines / blues/la famille bop /free jazz / la côte ouest / duos,trios, quartet et plus encore/ vents et cordes / claviers/  fûts / chanteuses / chanteurs / surnoms et sobriquets /  standards éternels / un air de bossa / des sons venus d’ailleurs / la touche française / le jazz , la télévision et les ondes / le jazz et le cinéma / le jazz et la scène / bêtes de scène / abréviations / un êu de technique/ petits pièges / anecdotes et petites phrases / grands d’aujourd’hui.

Les érudits piègeront les petites erreurs glissées dans les réponses, les autres s’amuseront avec Jean-Marie Villemot (que les amateurs de la série Rivages Noirs connaissent pouur ses polars et ses enquêtes d’Abel Brigand, prêtre détective) et avec Yannis Perrin animateur du blog de kazz Akcentuate the positive.

 

Comme on dit : pour apprendre en s’amusant …..

Nb :

Moi y en a une que j’adore :

En montant sur scène avant le concert pour faire la balance du son, le pianiste aveugle George Shearing constate à l’oreille, que quelqu’un est déjà au piano. Il s’agit de Thélonious Monk en train de répéter. Que dit Shearing ? *

A « Je ne savais pas que Satan jouait du piano. »

B « Je reviendrai quand l’accordeur aura terminé »

C « Je me sens débutant »



* reponse b
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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 06:42

John Medeski (claviers), Billy Martin (dm, perc), Chris Wood (basses)

Indirecto records 2009




 Le troisième volume des Radiolarians de MMW a été enregistré en décembre de l’année dernière, en studio à New York avec le grand sorcier du moment, David Kent aux manettes qui réalise comme à l’accoutumée un gros boulot au mix. Ce trio qui semble vouer le groove à un culte suprême (on se souvient de leur formidable album réalisé avec Scofield – « Out Louder ») a rôdé son répertoire lors de ses inusables tournées où la musique est prétexte à faire tourner des riffs à danser. Depuis sa création il y a moins de 20 ans, ce trio enchaîne les albums de l’autre côté de l’Atlantique avec toujours autant de verve que d’allant. Trois trublions qui ne s’endorment pas sur leurs lauriers et font parler la poudre en allant chercher du côté de la soul, du funk, des tourneries africaines ou latino ensorcelantes (Jean’ scene) jusqu’à des atmosphères que ne renierait pas John Zorn (avec qui ils ont d’ailleurs travaillé à l’occasion du Book Of Angels vol.11). Mais dans cette ouverture à tous les courants, MMW intègrent aussi une pop façon Radiohead avec une aisance toujours jubilatoire. Ces trois-là n’entendent pas pour autant se limiter à faire groover des thèmes un peu faciles, mais se complètent dans l’art de jouer avec les sonorités, triturant chacun à leurs manières leurs instruments pour leur faire rendre gorge. Magnifique travail sur le son de ces jeunes musiciens qui ne renient en rien l’héritage qu’ils doivent à Jimmy Smith. A ce jeu-là on notera les inspirations de Medeski qui redonne à l’orgue ses lettres de noblesse d’une musique post-soul ou encore un Chris Wood qui extirpe de ses basses des univers aussi prolixes que variés. Et c’est bien là l’intérêt de cet album que d’entendre un groupe en  totale empathie qui manie le groove comme d’autres parlent leur langue maternelle. On pourrait y trouver en eux les continuateurs de E.S.T si ce trio s’arrêtait un peu plus sur la construction de leurs compositions assurément bâties pour tourner sur scène et plaire à un public tout acquis à la cause de cette musique sans grande finesse mais remarquablement efficace. Puissent des programmateurs avoir l’excellente idée de les faire venir en France. Histoire de jubiler un bon coup ! Jean-Marc Gelin

 

Mention particulière aussi pour les superbes illustrations de ces albums tirées des planches de Ernst haeckel dans « The Radiolarian Atlas de 1862 »
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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 05:23
Effendi 2009

Jean Christophe Béney (ts, ss), Frank Lozano(ts, ss), Alexandre Grogg (p), Alain Bédard (cb), Pierre Tanguay (dr)

 

 

  Myspace


 

 

Avec Sphere Reflexion, Alain Bédard quintet avait signé un album hommage très réussi et inspiré à Thelonious Monk. Une œuvre sans faute de goût qui avait gagné ses jalons grâce à ses compositions justes dans l'esprit monkien, un jeu classieux et une motricité solide qui imprimaient la vénérable identité de cet auguste quintet. Avec Bluesy Lunedi, troisième album en leader de Bédard chez Effendi, label québécois dont il est le co-fondateur (avec Carole Therrien) et directeur depuis près de 10 ans, l'impression de réussite n'est pas garantie. Les compositions sont toujours de Bédard mais ont moins de relief que celles de Sphere et les harmonies manquent un peu d'originalité à l'oreille. L'Auguste quintet est un peu transformé mais ce n’est qu’au bénéfice du groupe. L’excellent Jean-Christophe Béney et son sax ténor ont pris la place de l'altiste Michel Côté. Fidèle parmi les fidèles, Frank Lozano est à ses côtés. Le hic est que les deux musiciens jouent des mêmes instruments: ténor et soprano. Malheureusement, il est quasi-impossible de distinguer l'un de l'autre lorsqu'ils jouent. C’est bien dommage pour les musiciens et pour l’auditeur car l’oreille ne parvient pas à se défaire de cette sensation de redondance dans les textures des instruments à vent.

On se délecte pour autant des chorus somptueux à deux sopranos sur « Double vue », la bonne motricité de « Simplement », le swing monkien de « Monky ». De manière générale, les compositions sont bien écrites et le groupe joue un jazz robuste avec une motricité solide. Mais « Archange » est une ballade un peu molle et la mélodie mièvre de « Nécessité » est dispensable, justement, à cet album. En fait, il manque un tant soit peu du mordant à cet auguste quintet, un peu plus d'envie dans le jeu et de conviction. Par ailleurs, à l’écoute des compositions et à la lecture du livret, on en vient vite à penser que l’écriture, l'enregistrement et la production se sont faits trop rapidement. En témoigne la présence de la clarinette basse, peut être de Lozano, que l’on entend en arrière-fond sur « Double vue » - on croit aussi distinguer un alto sur ce même morceau, sans certitude – alors que l’instrument n’est pas référencé dans le line-up du livret.

Voilà un album qui n’est pas mauvais, loin de là, il est plaisant et très bien joué. Mais il lui manque la témérité des instrumentistes dans le jeu et l’audace du compositeur Bédard. Dommage.

 

 

Jérôme Gransac

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 23:57

Ed. Le mot et le reste

208 p, 23 euros.

 

 

« Kind of Blue »… On pourrait croire que tout a été dit sur le chef-d’œuvre de Miles Davis, qui demeure toujours considéré, soixante ans après sa création, comme LE disque de jazz incontournable. Et pourtant, hormis quelques on-dits et rumeurs plus ou moins invérifiables, que savait-on vraiment sur ces légendaires séances du printemps 1959 ? Finalement pas grand-chose. C’est là qu’intervient le livre d’Ashley Kahn qui, publié dès 2001, trouve enfin sa traduction française grâce aux éditions Le mot et le reste.

Fort d’un travail de recherche approfondi reposant sur des sources de première main souvent inédites (notamment l’intégralité des bandes master), cet ouvrage vous dira tout, tout, tout ce que vous avez toujours voulu savoir cet album culte. On y trouve une foule de détails et d’anecdotes qui n’intéresseront guère que les jazzomaniaques que nous sommes (Vous le saviez vous, que Cannonball Adderley mettait du substitut de sucre dans son café ?), mais aussi beaucoup d’informations vraiment essentielles. Ainsi, on apprendra que contrairement à une légende tenace, aucun des morceaux n’a vraiment été enregistré en une seule prise. Après une sympathique préface de Jimmy Cobb (le seul survivant parmi les musiciens), Ashley Kahn adopte un plan chronologique simple et efficace. Les bons connaisseurs de la biographie de Miles pourront sauter sans trop de dommage les deux premiers chapitres retraçant la carrière du trompettiste à partir de 1949, pour se jeter à corps perdu dans le récit détaillé des séances du 2 mars et du 22 avril 1959. L’ordre d’enregistrement des morceaux (Freddy Freeloader en premier, Blue In Green pour finir), les différentes prises, les rapports entre les musiciens (mais pourquoi diable Wynton Kelly ne joue-t-il que sur un titre ?), mais aussi les événements ayant marqué les six semaines séparant les deux dates, rien n’est omis. L’auteur n’élude pas non plus l’épineuse question de la paternité des compositions, en faisant la part entre les apports de Bill Evans et de Miles (sans oublier Gil Evans, qui a peut-être écrit le prélude de So What). La dernière partie du livre explore le destin de l’album (avec des passages très intéressants sur les techniques de marketing en œuvre dans l’industrie du disque des années 50), et surtout sa postérité. Ashley Kahn y donne la parole à nombre de musiciens prestigieux (Herbie Hancock, Gary Burton, Brad Mehldau…) et défend avec brio une série de thèses plutôt iconoclastes. On retiendra notamment que : 1. « Kind of Blue n’a déclenché aucune révolution musicale » dans le jazz ; et 2. que le funk endiablé de James Brown découle tout droit de cet album pourtant si serein et contemplatif. Bref, un livre enrichissant à tout point de vue.

Pascal Rozat

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 09:45



Phineas Newborn (p), Calvin Newborn (g), Oscar Pettiford ou George Joyner (b), Kenny Clarke ou Denzil Best (dms). Mai 1956 et mars-avril 1958. Réédition : Jazz Beat 2009.

Comme Miles Davis ou Wes Montgomery, Phineas Newborn avait la chance de porter un prénom immédiatement identifiable, source d’innombrables titres de disques. En l’occurrence « Here is Phineas » et « Fabulous Phineas », respectivement premier et cinquième album de sa carrière de leader, opportunément réédités en un seul CD par Jazz Beat. On y découvre les premiers pas bien assurés d’un monstre du piano, qui se distinguait déjà par une technique surhumaine (indépendance des deux mains, vélocité et puissance « à la russe »), une imagination débordante et un swing indéfectible. « Here is Phineas » le présente flanqué d’une rythmique superlative (Oscar Pettiford et Kenny Clarke) et d’un guitariste à peine audible, son frère Calvin. Si les influences bop et hard bop sont bien présentes (avec des compositions de Charlie Parker, Bud Powell ou Clifford Brown), c’est surtout le génie d’Art Tatum qui plane sur ce piano ébouriffant de fantaisie : il n’est qu’à écouter sa relecture d’All The Things You Are ou son fabuleux Newport Blues en solo, où il joue avec maestria des contrastes de registres. Dans « Fabulous Phineas », le frangin Calvin Newborn sort enfin de l’ombre pour occuper une place d’authentique soliste. Considéré par Pat Metheny comme « l’un des meilleurs guitaristes de jazz de tous les temps » (citation tirée du livret), il séduit par un son limpide, une attaque tranchante et un phrasé des plus agiles. Quant à Phineas lui-même – plus mûr peut-être – il semble jouer avec un peu plus de retenue et de profondeur, notamment sur Sugar Ray, superbe ballade interprétée en solo. Ces deux albums sont donc une entrée en matière idéale pour découvrir l’œuvre de ce pianiste majeur encore trop méconnu.

Pascal Rozat

 

 


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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 07:34

Edition Parenthèse, coll. Eupalinos

256p , 11,40 euros

 

C’est en 1997 que l’ouvrage de Christian Béthune consacré à Sidney Bechet a été publié la première fois et sa réédition aujourd’hui est une véritable aubaine pour tous ceux qui ne parvenaient plus à se le procurer.

Fort belle et indispensable synthèse biographique en effet, de la vie du maître du soprano depuis sa naissance dans la Cité du Croissant en 1897 (du moins le croit-on) jusqu’à ses dernières heures en France en 1959. En 160 pages à peine Christian Béthune nous livre, avec une grande lucidité et sans lecture agiographique aucunes toutes les clefs pour découvrir son œuvre. Un condensé aussi efficace qu’un chorus de Bechet.

Pas de vrai scoop. Ce que nous savions déjà sur le côté sombre, peu sympathique et plutôt coléreux de Bechet n’en est que renforcé. Bechet n’était pas un musicien à l’aise dans le rôle du soliste solitaire comme cela se pratique dans le jazz dit moderne. Il souffrait peu de partager la vedette. Avec Bechet, toujours soucieux de tirer la couverture à lui, les rencontres ne se fon jamais, en témoigne malgré plusieurs essais, les rencontre peu concluantes avec Louis Armstrong (p. ex).

Pourtant, privilégiant un jeu inséré dans un ensemble plus large (ce que Béthune nomme  l’Hétérophonie), Bechet, qu’il joue avec les Feetfwarmers dans les années 30/40, avec les Noble Sissle’s Swingsters ou encore plus tard avec les Lorientais, s’impose toujours comme le maître absolu du contre-chant au milieu d’autres solistes. Bechet qui témoigna toute sa vie d’une ardeur à jouer et d’une vigueur exceptionnelle (à peine deux mois après une ablation quasi totale de l’estomac, Bechet entre en studio sans faiblir un seul instant), impose toujours l’extraordinaire puissance de son jeu à la manière d’un leader des fanfares comme l’analyse fort justement Béthune. Et puis il y a Le « Son » Bechet jamais égalé avec ce vibrato qui agacera certain mais qui témoigne toujours chez Bechet d’une maîtrise époustouflante ( écouter Dear Old southland, un pur chef d’oeuvre).

Et si l’on a reproché à Bechet d’avoir reproduit un peu toujours le mêmes enregistrements  (Vogue ayant multiplié les sessions plus ou moins bonnes), et même si l’on a pu lui reprocher aussi le succès commercial de sa Petite Fleur ou des Oignons ( 1.350.000 disques distribués par Vogue !), on ne doit pas oublier ce que lui doit le jazz moderne. Un morceau comme Shag enregistré le 15 septembre 1932 est un modèle du genre qui ne cessera d’inspirer des générations de musiciens obsédés par la question de l’émancipation du cadre. Ce n’est pas un hasard si un saxophoniste comme Roland Kirk ne cessait de rendre hommage à Bechet (on aurait bien aimé d’ailleurs que Béthune n’mete pas les influences de Bechet sur certains saxophonistes de la dimension de Coltrane par exemple)

Remarquablement documenté, sans jamais donner dans l’érudition absconse, l’ouvrage de Christian Béthune donne aussi de très bonnes références bibliographiques ainsi qu’une remarquable discographie classée par titres de morceaux.

Un ouvrage-référence que, pour notre part nous conseillons de lire en écoutant le beau coffret paru chez Fremeaux «  Sidney Bechet , The quintessence, New-York-Glovesville-Chicago 1932/1943 »

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 06:26
 

Dans la région des Pouilles, au sud de l’Italie, deux manifestations importantes avaient jadis retenu l’attention, l’Europa

Jazz Festival de Noci où fut créé, entre autres, l’Italian Instabile Orchestra, et le festival Talos de Ruvo di Puglia,

le village natal de Pino Minafra. Pour diverses raisons, ces deux événements internationaux ont périclité, et un

troisième est venu prendre le relais, Bari in Jazz, placé sous la direction artistique du saxophoniste Roberto Ottaviano.

 

Photo: Gérard Rouy

 

 

Après avoir accueilli dans le passé des musiciens aussi divers que Karl Berger, Carlos Zingaro, Bobby McFerrin,

Kenny Barron, Kenny Wheeler, John Greaves et une grande partie de jazzmen transalpins, Bari in Jazz a choisi cet

été de placer sa cinquième édition sous le signe du « sacré » et du « profane », avec une distribution quasi

essentiellement italienne, dans différentes églises de la ville (et elles sont nombreuses !) ainsi que dans la cour en

plein air du Castello Svevo.

 

Photo: Gérard Rouy

 

 

Originaire des Pouilles, la chanteuse Gianna Montecalvo n’est guère connue chez nous, si ce n’est par son très bel

album “Steve’s Mirror“ (Soul Note) consacré à diverses compositions de Steve Lacy, en compagnie entre autres de

Roberto Ottaviano et de Gianni Lenoci. Avec sa consoeur chanteuse Rossella Antonacci, elle présentait le quintette

vocal Sussurri, spécialement mis sur pied pour le festival, sur un répertoire de pièces originales se situant entre le

classique, le jazz, le gospel, les musiques du monde et préservant de grands espaces ouverts à l’improvisation, d’où

se détachaient notamment ses grandes qualités vocales et son invention. Rossella Antonacci proposait pour sa part un

quatuor autour des chansons d’Edith Piaf, chantées en français sur des arrangements audacieux, accompagnée

d’un piano, d’un violoncelle et du saxophone de l’Andalou Javier Girotto. Il ne s’agit pas là d’une version « jazz »

de ces classiques (connus ou moins connus) de la chanson française (seul le saxophoniste se permettait parfois des

choruses basés sur la mélodie des thèmes), mais d’une relecture personnelle et souvent émouvante des chansons

de Piaf. Rossella Antonacci a publié en 2007 le CD “La foule“ sur label Dodicilune.

 

Photo: Gérard Rouy

 

 

 

Zappa et Monk, tels sont les sources d’inspiration auxquelles le contrebassiste et compositeur Furio di Castri a choisi

de s’atteler au sein d’un sextette aux couleurs contrastées et vives, avec notamment le guitariste Nguyên Lê, le batteur

Joël Allouche et l’excellent clarinettiste Mauro Negri. Zappa et Monk, deux musiciens totalement visionnaires et

imprévisibles, dont il ne s’agit pas d’offrir ici de simples reprises (hormis le Twenty Small Cigars de l’un et un pot-pourri

des compositions de l’autre) mais au contraire une appropriation ambitieuse du langage des deux maîtres à travers des

pièces originales, dans un jeu savant de références croisées, de citations et de chevauchements instrumentaux au cœur

d’une mosaïque bariolée de timbres.

 

Photo: Gérard Rouy

 

 

Après l’excellent quatuor de saxophones Arundo Donax, après le singulier quintette du saxophoniste soprano sarde

Gavino Murgia qui mêle le jazz à des éléments de musique traditionnelle méditerranéenne suscitant un déploiement

de couleurs en compagnie entre autres du tuba de Michel Godard, de l’accordéon de Luciano Biondini et du

vibraphone de Franck Tortiller —, place au quintette new-yorkais de Tom Harrell.

 

Photo: Gérard Rouy

 

 

Il est évidemment toujours troublant d’observer le trompettiste américain replié sur lui-même, comme absent,

quand ses sidemen s’expriment sur scène, et l’assurance et la maîtrise qu’il prodigue dès qu’il se met à jouer.

Aussi à l’aise sur les tempos les plus rapides et sur les ballades, évoquant ainsi à la fois Clifford Brown et Chet Baker,

il se joue des harmonies et des mesures les plus complexes avec une précision et une sonorité exceptionnelles,

superbement soutenu par le bassiste Ugonna Okegwo et le batteur Johnathan Blake.

Gérard Rouy

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