JJJJTEDDY CHARLES TENTET : « Vibrations »
Rééd Fresh Sound 2007
Art Farmer (t), Billy Butterfield (tuba), Gigi Gryce (as), J.R Monterose (ts), George Barrow, Sol Schlinger (bs), Teddy Charles (vb), Mal Waldron (p), Jimmy Raney (g), Teddy Kotick (cb), Joe « Chiz » Harris (dm)
S’il y a des idées salutaires dans le monde de l’édition musicale, celle de rééditer cet album de Teddy Charles, est assurément de celles là. Car il faut bien dire ce qui est, le vibraphoniste qui pourtant est véritablement un immense compositeur- arrangeur est largement et très injustement sous estimé voire même totalement inconnu pour un grand nombre. Cet album a le mérite de remettre les choses à leur place et remettant au goût du jour ces sessions de 1956. 7 des neufs titres proposés dans cette réédition ont été enregistrés en janvier alors que les deux dernières plages additionnelles ont elles été enregistrées quelques mois plus tard.
Ce que l’on entend alors est une musique franchement en avance sur son temps qui propose à l’auditeur qui s’attendrait à un certain formatage, une forme à laquelle peu alors sont habitués et des structures compositionnelles très surprenantes pour des musiciens habitués généralement jouer plutôt dans le style bop. Et l’on comprend alors que rien ne naît de rien et que cette musique trouve ses connections avec celle d’autres génie de l’époque et notamment son contemporain, George Russell qui la même année signait un album culte, Ezz-thetic. Mais il n’y a pas loin non plus de Teddy Charles à la révolution de Mingus avec qui justement le vibraphoniste a beaucoup travaillé par la suite. Car formellement cette musique là est alors d’une incroyable modernité s’appuyant sur des renversements, des ruptures harmoniques et rythmiques brutales, des séquençages multiples qui font qu’à l’intérieur d’un même s’en trouvent deux ou trois autres révélés. Et cette musique qui ne rompt pas avec le bop au point d’en livrer des morceaux à l’inspiration très New Yorkaise (The Emperor p.ex) , dépasse le propos et s’accorde de beaux moments de liberté formelle. Et c’est tout le talent d’arrangeur de Teddy Charles de s’emparer ainsi de thèmes composés par Mal Waldron, Jimmy Giuffre ou encore ce merveilleux tromboniste, Bob Brookemeyer. Comme quoi liberté ne veut pas forcément dire émancipation sauvage….. C’est parfois déroutant et presque dans l’inspiration d’une Nouvelle vague qui commence à éclore un peu partout. Et puis c’est aussi l’occasion d’entendre de merveilleux musiciens. Art Farmer ou Gigi Gryce bien sûr mais surtout, à tout seigneur tout honneur Teddy Charles lui même qui livre là une version d‘anthologie de Nature Boy. Où l’on voit bien que Teddy Charles qui précède Bobby Hutcherson et Gary Burton pour ne citer qu’eux s’impose comme une référence incontournable des mailloches dont l’inspiration a su créer après Lionel Hampton une voie nouvelle pour l’instrument. Il n’est que d’entendre cette version d’anthologie de Nature Boy pour s’en convaincre et se laisser aller au plaisir de (re)découvrir un musicien à qui il est grand temps aujourd’hui de rendre l’hommage qu’il mérite enfin.
Jean-Marc Gelin

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