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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 07:42

JJJ Stefano BOLLANI:” Piano Solo” ECM 2007  

 

 

Et si la liberté naissait de la contrainte ? C’est ce que l’on est en droit de se demander à l’écoute de cet album réalisé, non pas sur son label habituel (Label Bleu) mais sur ECM. Dans un paysage submergé par l’exercice du piano solo, Stefano Bollani cède à l’envie bien légitime de ce coup de projecteur proposé par le label de Keith Jarrett. Alors le pianiste italien nous livre un magnifique album témoignage autant de son art que de sa grande sensibilité. Mais aussi de son profond respect pour le pianiste « maison ». Entre improvisations jaretttiennes (la série des Impro I à IV), le retour à l’école du piano classique (Antonia) et l’exploration de quelques standards (For all we know, On the street where you live ou encore un ragtime comme Maple leaf rag), Stefano Bollani montre qu’il est un grand pianiste. Néanmoins un peu tétanisé par l’enjeu nous semble t-il. Tout se passe comme si, ce pianiste si volubile et si imaginatif perdait là, seul face au piano dans cet exercice incroyablement impudique,  toute la spontanéité habituelle de son jeu au profit d’une approche bien plus académique à laquelle il ne nous avait guère habitué. Parfois on perçoit quelques discrets balancements qui le ramènent à la danse (A media Luz) où l’on sent poindre une touche d’italianité resurgir. Mais, sous le contrôle de Manfred Eicher, Bollani n’extériose pas l’essence même de son jeu. Un peu comme si l’exercice d’un piano solo chez ECM était une sorte d’accession à la respectabilité éternelle. Bollani a donc livré un très bel album dont l’académisme lui ressemble peu. Il nous tarde de retrouver Stefano.

Jean-Marc Gelin

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:04

Non mais des fois, elle exagère Anne Montaron ! Elle devrait être bien contente d’avoir eu le privilège de réaliser une des émissions musicales les plus stimulantes du PAF. Alors de quoi se plaint-elle ? Que son émission « à l’improviste » qui laissait un espace de création dédié à la musique improvisée, où les concerts étaient enregistrés en public et diffusés ensuite en différé sur France Musique soit menacée de disparition en plein milieu de saison ? Et alors quoi, la chaîne a eu l’immense bonté d’accorder cette plage horaire à cette émission qui, disons le tout net n’intéresse absolument personne, en dehors de quelques mélomanes, des amoureux de la musique sous quelque forme que ce soit, des érudits, des curieux de la culture, des démangés de la création et de quelques camés qui ne croient qu’au spectacle vivant et enfin last but not least de ceux qui osent prétendre que la musique peut être un espace de liberté et de création instantané. Non franchement, elle exagère Anne il y a des maisons pour ça ! Il est temps aujourd’hui de passer aux choses sérieuses et de recadrer la grille des programmes autour des émissions qui fonctionnent. Tenez tous les soirs de la semaine à 21h France Inter propose les trompettes d’Aida et Frédéric déboule au carrefour de « Lodeon », pour une heure de musique bien comme il faut. Voilà l’exemple à suivre si Radio France veut reconquérir ses parts de marché. Les émissions audacieuses et originales, les espaces de créations uniques, l’ouverture aux musiques non officielles et à la culture musicale ça intéresse qui d’abord ? Non franchement elle exagère Anne Montaron ! Quoi, est ce que c’est à Radio France et surtout à France Musique de prendre le risque de proposer des programmes exigeants et innovants ? Et voilà qu’on va encore une fois demander au service public de proposer des programmes que le privé ne veut pas proposer à ses auditeurs. Comme si c’était son rôle au service public ! Non, elle exagère Anne Montaron, et puis quoi encore, pourquoi pas des émissions d’ethnomusicologie sur France Musique tant qu’on y est ? On est pas à la Radio Suisse ici, ni sur Aligre, ici c’est le SERVICE PUBLIC madame  ….

 

 Et d’abord la musique improvisée est-ce de la musique ? On est en droit de se poser la question si l’on en croit les déclarations du directeur des programmes de Radio France. Selon lui, pour la musique improvisée il y a déjà les émissions de jazz. Et c’est déjà assez généreux de la part de France Musique de laisser quelques plages au jazz dans sa grille des programmes. Si en plus il faut laisser de l’espace à la création de trucs difficiles qu’on comprend pas ! Moi je vous le dis le chanteur Bénat Atchiary, allez ouste ! La théorie du chaos, à la trappe ! Non mais des fois pour qui elle se prend la Montaron  !

 

Mais dans tout cela il y a franchement une bonne nouvelle. Et là je voudrais m’adresser aux jeunes désoeuvrés qui ne savent pas encore ce qu’ils peuvent faire dans la vie. Je vous le dis tout net, cette affaire nous rend farouchement optimiste pour vous les jeunes. Car il s’avère que, oui on peut aujourd’hui être Directeur des programmes de France Musique et considérer que la musique improvisée c’est le jazz et donc inversement que le jazz c’est forcément de la musique improvisée. Ainsi nous découvrons que les chants Aka, la musique pygmée c’est pas de la musique, la musique contemporaine plutôt une déviance et que Duke Ellington n’est en fait que de la musique classique moderne. Comme on sait bien que penser cela bien évidemment est une totale bêtise et que personne au monde ne pense cela sauf …… le directeur des programmes musicaux de Radio France, cela nous rend guillerets pour les jeunes d’aujourd’hui : car oui je vous l’assure le plus cancre d’entre vous pourra un jour devenir…..  Directeur des programmes musicaux de Radio France.

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:01

JJJ FILM NOIR
BANDE ORIGINALE VOL 02 – LOUSTAL  Belle idée que celle que nous propose les éditions Nocturne : consacrer un long box au film noir dont l’esthétique qui prolonge celle du roman policier, celle des ouvrages de Dashiel Hammett, est si souvent proche du jazz. Remarquable réalisation autour de cette idée où, une fois n’est pas coutume, les dessins (ici de Loustal) partagent l’affiche avec la remarquable sélection discographique, elle même servie par un texte analytique et  didactique sur le film noir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant à la BD elle est signée Loustal, auteur que l’on ne présente plus et qui s’était signalé dans le jazz par des livres comme « Barney et la Note Bleue  » ou encore «  La nuit de l’Alligator ». Ses dessins sont coupés au couteau et derrière le trait incisif ( presque cubique) ressort l’univers glauque des ruelles sombres, l’érotisme jamais sous jacent et cette ambiguïté des relations faites de violence et de charme. Derrière le dessin de Loustal s’égrène assurément un chorus de trompette

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 Nocturne BD Music 2007  

 

 Remarquablement constitué cet ouvrage restitue ces brumes nocturnes, ces « privés » à la Boggart naviguant en eaux troubles, cet érotisme ambiant où la femme est toujours sublime  et fatale et bien sûr ces décors de club de jazz.

 

Deux CD sont proposés. Le premier «  Music there were murdered by » présente des musiques de films sur lesquels un meurtre a été commis. Très astucieusement, les auteurs associent à ces musiques, les vrais dialogues des films où l’on retrouve la vraie voix de Humprey Bogart, de Lauren Baccall et des autres sur des extraits du faucon Maltais, de Casablanca, Boulevard du Crépuscule etc.….. Où l’on entend en fond sonore ces inimitables bandes sons des orchestres hollywoodiens à qui prêtaient leurs plumes des auteurs comme David Raskin (Laura) , Anton Karas etc…. On y entend aussi la célèbre chanson, sommet de l’érotisme au cinéma « Put the blame on me » où l’on entend moins la doublure  (Anita Ellis) que l’on ne voit Rita Hayworth éffeuiller son gant ( hyper symbole sexuel dans Gilda).

 

Le deuxième CD qui s’intitule «  Music to be murdered by » qui suggère des musiques de cet âge d’or du film noir présente des musiques sur lesquelles on aurait tout aussi bien pu concevoir un film noir. Choix beaucoup moins probant faisant certes appel à ces musiciens de la West Coast qui gravitaient autour des orchestres des studios de Hollywood (mais alors pourquoi Benny Carter ?) et qui laisse une place excessive à Leith Stevens, chef d’orchestre  de la côte ouest et qui monopolise 1/3 des titres proposés par ce 2° volume. On aurait préféré déborder un peu sur l’époque suivante et entendre du Lalo Schiffrin ou du Henry Mancini, deux autres compositeurs chef d’orchestre mythiques de Hollywood.

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:00

JJJ ALEXANDRE CLERISSE : « JAZZ CLUB »

Ed. DARGAUD – Collection Long Courrier 2007

 

 

 Alexandre Clerisse est un jeune dessinateur de 27 ans qui avec Jazz Club est sorti diplômé l’an dernier de l’École Supérieure d’Angoulême avec les félicitations du jury. Les Éditions Dargaud lui donne aujourd’hui la chance de voir son travail publié dans la collection Long Courrier.

 

 

Un travail qui raconte l’histoire d’un personnage attachant, saxophoniste de jazz ayant connu la gloire sur la West Coast vers la fin des années 60 et confronté à l’abîme de la création, à l’impasse artististique lorsqu’il n’est plus possible au musicien d’émettre le moindre son, de jouer la moindre note. Exil du musicien en France, exil en lui même, flash back et retour sur ses derniers instants de scène. On est convaincu par le mal être, le désenchantement du musicien en errance, désabusé par lui même. Tournant à vide jusqu’à refuser une jam session avec Miles Davis, Herbie Hancock et Wayne Shorter. Le récit hésite alors entre Los Angeles années 60 et un petit village de France en 1999 sur fond d’atmosphère apocalyptique à l’approche du fameux passage à l’an 2000 lorsque le vent souffle les prémisses d’une tempête menaçante. Dommage qu’il greffe alors à son histoire celle d’une secte d’illuminés de l’apocalypse dont l’irruption ne s’imposait absolument pas.

 

 

On est en revanche séduits par le dessin presque naïf et un poil décalé de Clerisse, refusant tous les clichés des jeux d’ombres et de pluie mouillée du dessin des BD jazz.  Clerisse donne une alors une vision attachante de ses personnages comme ces retrouvailles très émouvantes de ces anciens amants après 30 ans de séparation. Clerisse, enfant d’Aurillac, sa ville natale convainc beaucoup moins lorsqu’il croque Los Angeles des années 60 que lorsqu’il parvient, très simplement et avec grâce à capter la lumière de l’automne, les couleurs ocres, les sapins des forêts d’auvergne.

 

 

Du bon et du moins bon donc dans cet auteur à qui l’on reconnaîtra d’avoir déjà trouvé son style et d’imprimer une marquée réellement originale. Une vraie patte en somme. Un auteur à suivre. 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:50

JJJJ MICHEL PORTAL: «  Birdwatcher »

 Universal 2007

 

 

Cela fait déjà quelques temps que Michel Portal flirte du côté de Minneapolis. Depuis le début du millénaire en fait.  Portal y a en effet noué de réelles amitiés avec quelques uns des musiciens de là bas au point d’y avoir réalisé déjà deux albums (Minneapolis et Minneapolis, We insit en 2001 et 2002). Et pourtant voilà 6 ans que Portal n’avait plus enregistré un seul album et se concentrait exclusivement au plaisir d’être sur les scènes du monde entier, affichant au compteur près de 20 scènes par mois ! 6 années qui ne l’ont pas éloignées de sa bande de copains de Minneapolis et de son festival dont le producteur, Jean Rochard (Nato) n’est autre que le producteur du présent album. Le plaisir toujours renouvelé de retrouver régulièrement Sonny Thompson, Michael Bland, Tony Hymas ou Jef Lee Johnson était intact et il était donc logique que cela aboutisse sur un troisième volet des aventures de Portal en Minnesota et sur un nouvel album que les musiciens ont donc eu le temps de mûrir .

Et pour cela Portal et Rochard ont eu l’idée géniale d’élargir la bande à quelques invités de renom qui par leur très forte personnalité musicale étaient capables d’apporter un sang réellement neuf. A cet équipage de base l’idée formidable a donc été d’ajouter quelques pièces essentielles : Tony Malaby, jeune prodige du saxophone ténor, une belle idée rythmique avec l’incroyable batteur JT Bates (Impatience) , François Moutin (Nada Mas) absolument impérial tout au long de l’album et last but not least Airto Moira le percussionniste surnaturel jadis rencontré du côté de Weather Report.

Si l’on a coutume de dire qu’avec l’âge, les musiciens tendent à épurer leur jeu, à l’espacer beaucoup Michel Portal qui nous revient ici plus fougueux que jamais ne fait assurément pas le sien. Dans cet album mûri depuis 6 ans et enregistré en une semaine, Portal trouve ici une véritable nouvelle jeunesse transcendant véritablement son instrument de prédilection (la clarinette basse) au point de pouvoir le dompter et le tordre à l’envie. Totalement affranchi des contraintes de l’instrument au point aussi de s’imposer comme le maître incontournable de l’instrument que seul (et encore) un Bennie Maupin peut concurrencer sur ce terrain là. Une clarinette basse emmenée aussi bien sur les terrains de l’errance un peu mystérieuse et feutrée ( Blue lightouse) mais surtout débridée aux limites d’un free jazz ou free rock déchaîné mais toujours totalement maîtrisée. Et là Portal nous surprend en nous emmenant là où on ne l’attend pas. Certains ont pu comparer les compositions de Portal avec celles de Miles.  A l’entendre pourtant on se prend à imaginer un autre univers, celui qu’aurait pu être le prolongement de Weather Report si ce groupe avait poursuivi sa route. Une écriture shorterienne mêlée à un tropisme qui mène cette musique vers une sorte de jungle sud américaine ou africaine (Lake Street), des percussions latines, des motifs prétextes à l’improvisions, des mises en scènes privilégiant des crescendis et une rythmique au dynamisme irrésistibles.  Projet totalement emballant dont les faux excès ne s’expriment jamais au détriment de la finesse du propos. Sérieux coup de fouet pour ceux qui cultivent certains poncifs sur le jeu de Portal loin de ce que l’on a l’habitude d’entendre chez lui. Peut être est ce dû à la direction  artistique de Jean Rochard et à la délectation avec laquelle Portal se plaît à jouer le jeu de ses camarades.  Tony Malaby tout en délicatesse est là parfaitement à l’aise pour marcher dans les pas de Portal. A moins que  durant ces sessions , il ne soit finalement agit de l’inverse.

 

 

 Jean-Marc Gelin

 

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:47

JJJ David Patrois Trio plus 2 : «  Il Sogno di Diego »

 Abeille 2007

 On  reconnaît tout de suite la manière virtuose, sensible, énergique et rebondissante de cet ensemble où chaque instrumentiste possède un son superbe et unique et l'on se laisse embarquer dès la première mesure, dans un tableau sonore des plus plaisants. Ils ne sont pas trois mais «  trois plus deux », c’est d‘ailleurs le sous-titre de l’album -  du moins sur neuf des treize compositions.

 Reposant sur des contrastes de volumes et de lignes, de textures et de timbres, l’alchimie de cette musique tient au  subtil dosage des interventions de solistes généreux  qui savent aussi se fondre à merveille dans le collectif.

 Le leader David Patrois  a un incontestable talent de compositeur  et s’il ne joue pas seulement  des  vibraphone et marimba (dont on se réjouit qu’ils reviennent à la mode), sa musique a une qualité délibérément chantante, avec des crescendos nombreux qui entraînent dans un vertige enivrant. Une grande partie du  plaisir vient de ce son d’ensemble qui donne toute sa cohérence à l’album ainsi que de la nervosité frémissante qui le parcourt depuis l’inaugural «Au quatrième top» jusqu’au final «Quazar», y compris dans les titres en trio « Ptit bout ».   Une formule colorée, à l’assise généreuse (les baguettes expertes de Luc Isenmann, sans être trop envahissantes, répondent et relancent de façon décisive), sans contrebasse.  Les seules cordes entendues sont celle de Pierre Durand, et on ne peut que louer le choix d’une guitare doucement électrisée comme dans «St Barnabé».  Seb Llado, le tromboniste de l’ONJ de Barthé, que l’on retrouve toujours avec plaisir, signe une composition « Dernières danses » aux sensuelles envolées et offre au sopraniste  Jean Charles Richard qui barytone aussi  avec conviction, une belle échappée, avant d’imposer entre cuivre et souffle, une mystérieuse liaison, un son  retenu ,velouté ou vibrant dans son attaque.

 Un disque réjouissant, élégant, qui nous tient en éveil, une mise en jeu du corps et du plaisir.

 Sophie Chambon,

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:45

JJJJ JEF NEVE : « Nobody is illegal »

 Universal 2007

 

 

 Il y a peu de chances que vous ne connaissiez ce jeune pianiste belge qui signe pourtant là son troisième album. Déjà considéré à Bruxelles comme une véritable star du jazz nous ne le connaissons pas ici. Mais désormais et maintenant qu’il  a été repéré par Universal il y a peu de chance, si vous aimez le jazz, que vous passiez à côté de ce nouveau bolide lâché avec génie sur les claviers. Car ce pianiste qui arrive sur la scène est une véritable bombe. Mettez le disque de Jef Neve et vous verrez ! Ou plutôt vous entendrez ! Vous entendrez un mélange de Brad Meldhau et de Jason Moran et vous y entendrez aussi la résurrection de Bud Powell et celle de Bach. Car ce pianiste affamé des claviers est un adepte du piano total. Dévorant les claviers comme un mort de faim Jef Neve ne donne pourtant pas dans la caricature du boulimique des notes. Et Jef Neve n’a pas que la manière, il a l’art aussi. L’art de la construction des morceaux, l’art des arrangements qui derrière le déchaînement de notes furieuses laisse apparaître une grande subtilité dans l’irruption très discrète d’une section de cuivre apparaissant ici ou là comme de petites touches harmoniques. L’art des revirements incessants. Jef Neve est insaisissable !

 Après un premier morceau très court et très classique, Jef Neve nous laisse totalement abasourdis par un Nothing but a Casablanca turtle Sideshow for diner  ( !) qui commence comme un prélude de Bach pour se poursuivre par un crescendo absolument é-pous-touf-flant ! La suite est à l’envie. Bien cadré sur le plan de la direction artistique, le petit génie de Universal instille de petits interludes intelligemment posés en cours d’album. Change les climats. Dans Abshied, Jef Neve nous montre qu’il a retenu les leçons d’une certaine forme de romantisme Meldhien même si on le souhaiterait parfois un peu plus caressant. Mais peu importe. Dans Second Love le pianiste se montre habile arrangeur.  Là encore les cuivres surgissent pour souligner la mise en tension harmonique. Dans sa construction le morceau évoque le passage aux différents sentiments amoureux. Le crescendo est ainsi interrompu par un solo de contrebasse alors que l’arrivée des cuivres sonne comme la renaissance d’un second amour exalté. Dans le titre éponyme, Nobody is illegal on remarque aussi l’incroyable présence de son batteur Teun Verbruggen qui montre une réelle science du contre temps qui comme sur Nothing but… se cale admirablement sur la main gauche du pianiste. Il est étonnant de voir comment tout au long de cet album ce jeune pianiste parvient non seulement à assumer l’héritage (si on peut dire s’agissant d’un jeune quadra) de Meldhau qu’il perpétue avec respect (Until now, abshied) mais plus encore à le transcender à l’amener vers une voie nouvelle.

 Car Jef Neve, anti-thèse des pianistes minimaux, innove. Dans ces morceaux tant de revirements, d’accélérations, de ralentissements, de brusques virages, de piano préparé ou non, de jeux d’ombres et de lumières avec toutefois une ligne acoustique toujours fidèle. Alors que l’on pensait l’exercice du piano jazz un peu figé, Neve bouscule l’auditeur, le désarçonne et nous apporte la démonstration brillante qu’il se passe toujours quelque chose dans cette musique en perpétuel renouvellement. Une démonstration plus qu’enthousiasmante de la vitalité de cette musique. Une preuve magistrale ! La preuve par Neve !

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:41

JJJ Jean Philippe Muvien : « Trio Live »

 

 

Allgorythm 2007

 

 

 « Commencer par quelque chose qui finit », Jean-Philippe Muvien aime ça. C’est  ainsi  que débute ce trio live, sur l’apaisement d’une impro de plus d’un quart d’heure, pendant un concert enregistré au Triton, salle des Lilas. 

 

 

Jean Philippe Muvien sort son quatrième album, le deuxième sur son label Allgorythm, capté en novembre 2005. L‘aventure continue donc pour le jeune guitariste qui s’est recréé une famille, du grand ordonnateur, Daniel Humair, rencontré au CNSM en 1999, au  maître  Jean-Paul Celéa , contrebassiste proche du batteur, jusqu’au concepteur de la pochette Philippe Ghielmetti, dont on reconnaît le graphisme.

 

 

Jean Philippe Muvien depuis son  inaugural « Vive les jongleurs » (un des titres fétiche qu’il joue régulièrement) continue à travailler sur les textures sonores. Il avoue en souriant que le son est aussi important que le phrasé, que le travail commence avec le retour par l’ampli, véritable mise en abyme sonore. Inspiré  (comment   pourrait il en être autrement ?) par les distorsions, buzz et autres fuzz qui rendirent la guitare électrique maîtresse des seventies, il parvient à nous faire entrer dès la première écoute dans son univers, aux réminiscences aimées.   Sans piano, ce trio au son unique, illustre le niveau de maîtrise  auquel sont parvenus ces musiciens. L’espace ne manque pas dans cette musique à la fois construite et ouverte. On  aime toujours les irisations de la guitare de Jean Philippe Muvien, sa vivacité cinglante, le jeu des harmonies décalées.
Sept compositions particulièrement enlevées, souvent co-écrites par le guitariste et le batteur, tiennent sur une longueur idéale de 46 minutes. Comme dans le précédent album, « Air libre », enregistré à la même période, Jean Philippe Muvien parvient à donner consistance à son projet de concilier l’invention de l’instant et le respect des règles du rebondissement comme dans  « Complètement, complètement ». Un travail de funambule plus encore que de jongleur, mais le spectacle est  présent. Avec cet humour un peu potache qui transparaît dès les titres « Couscous purée », « Lou et le pote âgé », on sent bien que le trio s’amuse mais avec une légèreté sérieuse : une musique qui respire, électrisante, impatiente, mais aussi tendre et lancinante (« Autre motif »). On écrivait pour Air libre que le guitariste avait  trouvé en Daniel Humair un partenaire idéal. On persiste  à le direavec ce nouvel album : si ces deux là font la paire, Jean Paul Celea tire son épingle du jeu, troisième homme d’un  trio un peu fou. Les entendre jouer de concert est un régal, ils ont tous les trois  l'art et la manière  de nous entraîner dans un tourbillon vivant et ludique.

 

 

Sophie Chambon

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:38

JJJ JEAN-MARIE MACHADO : «  Sœurs de sang »

 

Chant du Monde 2007 

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:55

JJJJ ROBERTO FONSECA : « Zamazu »

 Enja 2007

 

 

 Que les amoureux du boléro et de la salsa passent leur chemin. Car ce pianiste là tout cubain qu’il soit pratique un art différent. Et pourtant celui qui joua longtemps avec Ibrahim Ferrer ne rejette pas la musique des anciens. Il n’est que d’entendre la sonorité de son piano, ses attaques puissantes et légèrement chaloupées pour comprendre d’où il vient. Écoutez ce Llego cachaito qu’il déploie avec son ami, le légendaire Cachaito Lopez et il ne vous sera pas difficile de voir qu’il vient du même pays que Bebo et Chucho Valdès. Sauf que Roberto Fonseca des leçons des maîtres en fait quelque chose de neuf et de très personnel. Déploie avec un mélange d’énergie et de douceur sa propre musique originale qui puise autant chez lui qu’en Afrique ou dans des thèmes moyen orientaux. Un morceau comme Congo Arabe montre un pianiste mordant comme un mort de faim dans le clavier, flirtant avec la musique Klezmer, arabo andalouse ou flamenca. Dans Zamazu, Roberto Fonseca emprunte même au rock et à la pop musique. C’est dire à quelles antipodes on est des poncifs de la musique cubaine. Il faut dire que ce pianiste rare possède aussi un sens aiguisé des arrangements, un sens du tourbillon frénétique duquel émerge (effleure devrait on dire) un pianiste d’une très grande et rare sensibilité. Ses vocalises posées comme un instrument supplémentaire lui permettent de conjuguer avec un subtil équilibre la puissance rythmique de son jeu avec le chatoiement de la ligne mélodique. Roberto Fonseca affiche là le talent des grands, de ceux à qui il faut très peu d’espace pour imposer leur marque. Et dans cet album où le pianiste met surtout en avant un art affirmé de l’orchestration, ses arrangements sur un morceau comme Ishmael du pianiste Sud Africain Abdullah Ibrahim est un acte de dépassement et d’ancrage aussi. Ses compagnons de route ne sont pas en reste à commencer par Javier Zalba au jeu d’une infinie délicatesse à l’alto et surtout à la clarinette. Tout sauf conventionnel Roberto Fonseca est alors incontrôlable. Et lorsqu’il passe devant, quelle attaque ! Quel son cristallin et grave à la fois ! Quel phrasé mêlant le legato au jeu piqué de celui qui failli être percussionniste. Au pays de la Havane Roberto Fonseca exprime sa jeunesse révolutionnaire tout en assumant parfaitement son dû. Et les quelques concessions qu’il semble faire à la tradition sont plus des marques de révérences superbes (Suspiro, Triste Alegria). Le magnifique duo avec la chanteuse Omara Portuando, que l’on connaît ici depuis Buena Vista en est un témoignage éclatant autant qu’émouvant. Car Roberto Fonseca reconnaît ses pères et ses mères. Ce qu’ils lui ont transmis c’est cette force précieuse de devenir lui-même. De s’émanciper ailleurs.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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