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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:47

JJ MANU DIBANGO : «  Hommage à Sydney Bechet »

 

 

Cristal 2007

 

 

 C’était en 1957 ! en 1957 le sénat américain votait la Loi sur les droits civiques, Jack Kerouack publiait «  On the Road », John Coltrane sortait son «  Blue Train »  et Paul Guth écrivait dans le Figaro « Sydney Bechet avec sa trompette ( sic) était pour moi un vieux conteur noir au pays des fables » ! En 1957 un jeune saxophoniste venu de Douala au Cameroun débutait alors sa carrière professionnelle, il avait 24 ans. Aujourd’hui, 50 années plus tard  Manu Dibango est devenu une véritable figure légendaire du jazz. Son fameux «Soul Makossa »  (souvenez vous : Mamako, Mamasa, Mama Makossa…) est devenu un tube planétaire et l’homme peut s’enorgueillir d’avoir joué avec les plus grands depuis Miles jusqu’à Herbie en passant par l’immense Fela. Celui dont on repère la raucité du saxophone à mille lieux comme le prolongement de sa fameuse voix caverneuse à la sensualité sauvage, nous revient donc aujourd’hui fêter son jubilée. Après 6 ans d’absence phonographique Manu Dibango a choisi de célébrer Sydney Bechet dans un album résolument joyeux, prétexte à la fête mais aussi tout simplement dans un hommage (assez surprenant par rapport à ses atavismes musicaux) à la Nouvelle Orléans. L’idée toujours séduisante sur le papier séduisante de l’Afrique et de la Nouvelle Orléans réunis.

 Le saxophoniste qui a choisi pour l’occasion de s’appuyer sur les services de Danny Doriz aux mailloches y déploie à l’alto le jeu d’un très grand. Véritablement impressionnant de groove, de phrasé, de souplesse rythmique à l’alto il joue comme Bechet des trucs à vous donner une banane immense.  Quel son !  A écouter  Si tu vois ma mère ou encore son chorus sur Strutting with some Barbecue Manu transpose la même maestria à l’alto que celle de Bechet à la clarinette. Sur les tempi lents ou medium Manu impressionne (Don’t you know what it means to miss Orleans). Et Manu malgré cette excellence y est toujours attachant, s’amuse, chantonne (Petite fleur) se fait hâbleur (Les Oignons). Hommage est parfaitement réussi tant dans l’esprit que dans la lettre.  Cependant lorsque l’on entend par moment Manu Dibango laisser échapper ça et là quelques raucités bien senties dans la pure verve Dibangienne, on se prend à regretter que l’exercice fût aussi respectueux du maître empêchant à la rencontre des genres, tant attendue de se produire. Un peu d’irrévérence n’aurait pas fait de mal. Car ceux qui comme nous aiment Manu auraient souhaité entendre Dibango. Et l’on se prend à imaginer alors ce qu’un Rollins aurait pu faire d’un répertoire comme celui là.

Quand au DVD qui vient s’ajouter à l’album il est épouvantablement mal réalisé (shame on Art Studio et son réalisateur !) et n’apporte pas grand chose à l’affaire si ce n’est s’offrir ce luxe totalement inutile sur seulement 3 titres qu’il contient de passer deux fois le même ! Le travail vidéo est totalement bâclé (cochonné devrait on dire) et indigne d’un artiste qui ne méritait pas d’être traité de la sorte. Et qui nous rend tout triste de quitter ainsi cet immense saxophoniste que l’on aime tant.

 

 

Mais au final on laissera ses pieds fourmiller Dans les rues d’Antibes car l’on sort de cet album avec des pépites de joie dans les oreilles, heureux d’avoir croisé un jour cette musique là qui à nos yeux c’est sûr ne prendra jamais la moindre ride.

 

 

Jean-Marc Gelin

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:45

JJJJ LAURENT COQ: « The thing to share » Cristal 2007 Laurence Allisson (vc on 1 et 10), Laurent Coq (p), Olivier Zanot ( as), David El Malek (ts)

 

 

 

Ce que nous dit Laurent Coq dans ce deuxième album, relève de l’intime. Dès les premières notes de l’album ou plutôt dès les premières paroles (puisque le premier et le dernier morceau sont chantés par Laurence Allison) il apparaît effectivement que cette « chose à partager » nous est proposée avec une très grande proximité et une grande pudeur aussi. Un peu comme si entre amis nous nous retrouvions là, évoquant les choses graves et légères avec pour lien complice, celui de la musique. La musique comme moment de partage. Et Laurent Coq nous surprend et nous émeut aussi avec une écriture totalement neuve dans le paysage. Nous l’avions entendu il y a six mois dans un club parisien lorsqu’il présentait cette formation et nous avions déjà alors été totalement conquis et transportés par le charme irrésistible de cette musique. Son format de trio original (sans basse ni batterie) privilégie le rapprochement des formes. On est là très loin des clichés des trios pour piano qui tendent si souvent au narcissisme introspectif dans lequel inévitablement le pianiste se met en avant d’un bout à l’autre. Ici parce que le volume naturel des saxophones les place rarement derrière le piano et parce que les compositions de Laurent Coq jouent sur une constante mise en valeur de l’échange des trois nous en sommes aux antipodes. On se laisse alors captiver par ce superbe Seaweeds Dance ou par les souvenirs de 257 Church Street. Derrière l’exposé de thèmes simples, c’est tout l’art des contrepoints et des unissons qui se met en oeuvre. Les voix se chevauchent, dialoguent, s’écoutent et se répondent avec toujours cette élégante réserve, celle du dialogue chaleureux entre amis. Cette grâce captivante qui parfois réinvente Monk. Cette entente fusionnelle, au sens propre du terme qui émerge entre Olivier Zanot à l’alto et David El Malek au ténor y révèle alors une extrême finesse.

Jean Marc Gelin

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:39

JJJ FRANCK CARLBERG: « The State of the Union  »

 

 

 

Fresh Sound New talent 2007-02-05

 

 

 

Frank Carlberg (p), Chris Cheek (ts), Christine Correa (vc), John Hebert (cb), Michael Sarin (dm), gests : Andrew Rathburn (as), George Garzone et Paul Lichter (spoken word)

 

 

 

 la musique du pianiste Frank Carlberg est irrésistiblement ancrée dans la littérature. Voici plusieurs années en effet que ce pianiste finlandais fait les beaux jours de la scène New Yorkaise et  travaille avec sa femme et chanteuse Christine Correa autour des grands textes de la poésie sur une musique au format assez original. Sorte de jazz and poetry. Leurs sources d’inspiration sont multiples. Dans cet album par exemple une partie de son travail (The Presidential suite) prend pour base le texte des déclarations de Bill Clinton lors de l’instruction de l’affaire Monica Lewinsky. Le propos politique y est alors repris de façon ironique et l’on suit avec amusement les deux sax dialoguer comme s’il s’agissait finalement de quelque chose de pas très sérieux .

Dans un autre moment des extraits du « Bill of right » lus par un acteur sont mélangés avec des bribes de textes de Allan Ginsberg et sonnent comme une sarcastique dénonciation de la guerre. Plus loin le propos politique s’éloigne (s’éloigne t-il ?) pour aborder les rivages d’une poésie pleine de sous entendus. Ginsberg  est, avec d’autres écrivains de la beat generation (Kerouac) une source d’inspiration constante qui revient souvent dans un esprit flirtant moins avec le psychédélisme qu’avec un sens du surréalisme Lewis carrollien que l’on pense retrouver dans la déstructuration des morceaux et dans l’atonalité de la forme. Avec Frank Carlberg c’est un peu comme si on poussait les portes d’un café littéraire de San Francisco dans les années 70. D’où une théâtralité dans cette musique jamais improvisée mais ressentie parfois comme une sorte de happening. Un propos dans lequel on verrait le prolongement d’un travail engagé comme on pu le développer en leur temps Max Roach et Abbey Lincoln. Un travail post monkien  (Red piano) dans lequel l’ironie n’est jamais très loin. Avec Carlberg, les textes prennent une autre dimension, une sorte de relief où le surréalisme se confond dans une musique très écrite, jamais improvisée mais toujours très libre finalement. Ce qui exige de la part de ses camarades musiciens et chanteurs une très grande musicalité pour s’adapter à l’ensemble de contraintes fixées par Carlberg. La manière avec laquelle Chris Cheek  se coule dans ce jeu expressionniste est étonnant ( Disembloweled babies ou State of Union ou encore Sight is Just dust). A ses côtés le batteur Michael Sarin soutient et souligne toujours le propos. Christine Correa est quand à elle de ces chanteuses dans la ligné des Abbey Lincoln ou des Jeanne Lee. Son exercice quasi hypnotique de répétition des thèmes dans sa forme presque théâtrale invite à une toujours à une seconde lecture (écouter A very valentine plus poignant qu’il n’y paraît de prime abord)

 Si toutes le compositions n’emportent pas la même adhésion, il n’en reste pas moins que dans le paysage du jazz actuel qui souffre d’un formatage aseptisé, ce travail est d’une très grande originalité. Il invite à l’intelligence de l’auditeur. Ce qui en soit est absolument remarquable.

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:36

JJJ RABIH ABOU-KHALIL: “Songs for sad women”

 

 

"Songs for sad Women" est le fruit de la précieuse rencontre entre Rabih Abou-Khalil, le virtuose libanais du oud (luth arabe) et le musicien arménien Gevorg Dabagian, maître du duduk en son pays. Les sonorités de ce hautbois fait de bois d’abricotier associées au oud, au serpent (un cor ancien) et à la batterie, nous envoûtent et nous plongent dans une douce rêverie. Toutes les compositions sont de Rabih Abou-Khalil et s’entendent comme une longue mélopée entêtante et méditative d’une extrême modernité aux confins de l’Orient et de l’Occident, du jazz et de la tradition musicale arabe, du présent et du passé. La recherche d’un dire universel. C’est bien de cela dont il s’agit dans cet album comme dans les précédents albums d’Abou-Khalil, qui s’appuie ici sur la recherche rythmique et sur l’exploration des sonorités modales, par delà les cultures et les traditions, par delà les conflits. Car cet album se veut aussi message de paix et hommage à la terre natale en guerre. Rabih Abou-Khalil a grandi dans le Beyrouth cosmopolite des années soixante et soixante-dix où il a appris le oud auprès de Georges Farah. En 1978, année de la guerre civile, il quitte le Liban pour Munich, où il étudiera la flûte à l’Académie de musique de la ville. Il a multiplié depuis les rencontres et les échanges avec des musiciens de tous horizons. Son « Voyage au centre d’un œuf » en compagnie du pianiste de jazz Joachim Kuhn était fascinante. Rabih Abou-Khalil est un passeur diront certains, il est avant tout un poète humaniste

 

 

Régine Coqueran

 

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 06:58

JJ ALAIN GERBER : « Paul Desmond ou le côté féminin du monde »

 Fayard 2007

 

 

 Avec Alain Gerber cela revient régulièrement. L’animateur de l’émission « Le jazz est un roman » revient avec un nouveau livre de fausse autobiographie romancée. Après Chet (Baker), après Louie (Arsmtrong) et après Billie (Holiday), Alain Gerber nous propose le même exercice sur Paul Desmond avec ce titre magnifique : «  Paul Desmond ou le côté féminin du monde ».

 Rendre hommage à celui qui fut certainement l’un des plus grands saxophonistes alto de tous les temps, au plus gracieux (gracile) de tous est en soi une  magnifique idée. Mais Dieu que c’est long ! Même si une fois n’est pas coutume Alain Gerber réduit son format et passe sous le seuil des 400 pages sa narration n’en finit pas de digresser autour des mêmes idées. Alternant les chapitres où Alain Gerber parle de Desmond et ceux où il fait parler Desmond lui même, il s’allonge toujours sur le divan de l’analyste. Insatiable mangeur et dévoreur de mots Alain Gerber écrit bien et même magnifiquement bien mais tourne trop en rond autour de son sujet.  Les rapports entre Desmond et Brubeck ( logique), ceux entre le saxophoniste et Joe Morello ou avec Chet Baker donnent lieu à des pages superbes mais trop digressives.

Soit on prend cet ouvrage pour un roman mais alors il lui manque une véritable construction romanesque. Soit on le prend comme un ouvrage sur le saxophoniste mais alors on lui préfèrera largement la belle somme qui lui a été consacrée par le journaliste Doug Ramsey auteur d’un ouvrage remarquable sur Paul Desmond (Take five, the public and private lives of Paul Desmond – Ed° Parkside Seattle).

On le lira en tous cas en écoutant en même temps la belle réédition de sessions Victor (1961-1965) récemment publiée.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 06:54

JJJ  ZEPHYR QUARTET + 3 - "Au gré du Vent"

 

 

Poésie subversive aux odeurs bretonnes, ce conte musical appelé à juste titre « Au gré du vent » est le fruit d´un énorme travail du Zéphyr quartet. Sur ce disque sont présents 3 solistes aux énormes coeurs, capable de joutes magistrales. La beauté des arrangements séduit dès les premières secondes, malgré un accordage imparfait des instruments. S´enchaîne sur ce disque les visites de plusieurs atmosphères différentes, par delà les montagnes et les ruisseaux. La guitare Jean-Pierre Le Guen est quasi-omniprésente, passant du coté électrique au coté acoustique en gardant parfois un effet de reverb trop affirmé. La danse se met quand même en place par le groove des rythmiciens du Zéphyr, Yoram Rosilio et Jean-Luc Carminati. On y trouve un d´ailleurs le coté électrique de Miles. Les choix d´accompagnements du guitariste sont parfois étonnants de fébrilité. Il y a là une trop grosse place au hasard, la dramaturgie du contexte ne mérites pas tant d´à peu près. Il aurait peut être fallu un équilibre entre les rôles. Le silence est parfois plus difficile à réaliser que la Musique. Il est  impossible de passer inaperçu à coté du discours haut en couleurs du trompettiste Olivier Laisney, un musicien de grande valeur. Sans pour autant négliger la « cool-issante » attitude d´un trombone aussi gai qu´agile. Le reste demeure grossièrement des esquisses instantanées d´idées parfois confuses. Nous sommes manifestement confronté à un disque de compositions, arrangés de façon concrète et innovatrice, malgré un mauvais équilibre sonore. L´apparition de la guitare acoustique, en introduction de plusieurs titres, accentue la valeur du projet, par la profondeur et la majesté de son timbre. Certaines couleurs, manifestement africaines, sont assez souvent organisées de façon alternative, entre joies et interrogations. Ce jeu modal nous transporte par effets de glissements entre plusieurs thèmes du même morceau. Il y a manifestement un esprit de suite à plusieurs chapitres, comme si le voyage était jonché d´étapes. A noter aussi l´apparition de deux
solistes intéressants, Stéphane Thomas et John Knight, respectivement flûtiste et tromboniste. Leur assortiment est dû à une attention toute particulière aux combinaisons d´instruments, chaque fois différente
suivant les mélodies ou les improvisations collectives. Hélas, il manque peut être une certaine lucidité du coté de l´accompagnement harmonique des solistes. La Nature à parfois des caprices incompris, que la Musique
retranscris de façon aléatoire. Et si nous maîtrisions tout ?

 

 

Tristan Loriaut

 

 

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 21:19

Notre coup de coeur ce mois-ci ne nous est pas venu d’un Cd qui aurait fait l’actualité. Il y aurait pourtant matière à se réjouir tant les livraisons reçues sont abondantes et pourraient témoigner d’une incroyable vigueur de l’industrie phonographique si l’on avait en tête les chiffres alarmants venus du Midem. Curieux paradoxe tout de même : alors que la vente de disque connaît une crise sans précédent on a jamais eu autant de production de nouveaux albums. Forcément quelque part quelque chose doit coincer. Sans compter certains gourous sortis de nulle part et qui nous promettent que dans un futur proche la musique sera carrément gratuite. Faut voir.

 

Non, notre coup de cœur ce mois-ci est venu d’ailleurs. Il nous est venu de la photographie avec cette sublime réedition chez l’éditeur d’art Taschen de ce formidable travail réalisé par William Claxton et Joachim E. Berendt sur la Nouvelle-Orléans dans l’amérique des années 60. Intelligent travail de réédition qui un an après l’Ouragan Katrina restitue ce territoire dans son époque mais aussi dans la permanence de ses douleurs. Mais surtout elle aboutit à la prise de conscience du travail de ce photographe légendaire qui pense ses photos au-delà de la simple recherche d’une esthétique (souvent figée dans le jazz) pour aboutir à une vraie contextualisation sociale.

 

Le photographe comme témoin d’un phénomène social plus que comme portraitiste. D’où la prise de conscience du caractère essentiel de ce travail dans notre univers du jazz, témoin non seulement d’un événement donné (un concert, un festival) mais aussi du moment de son occurrence. Au-delà de la photo de jazz, le témoignage de ce que cette musique porte en elle.

 

Ce travail est aujourd’hui indispensable et reste en grande partie à faire si l’on veut décristalliser la musique que nous aimons et lui rendre sa force sociale au delà de son seul impact culturel. C’est ce qu’on su faire les acteurs de la musique hip hop. A force non seulement de musique mais aussi de témoignages culturels et presque ethnographiques, de reportages télé et d’images qui allaient chercher au delà des simples salles concert ( au risque d’ailleurs de tomber dans d’autres caricatures), cette existence aboutit aujourd’hui à la création d’une maison du Hip Hop à Paris quand la maison du jazz est elle contrainte de fermer ses portes.

 

Dans la musique que nous aimons il y a autre chose que des simples clichés ( au double sens du terme) couchés noir et blanc dans les volutes des fumées. Certains ont su voir cela  comme Claxton ou comme le Querrec. Mais on n’en mesure pas moins tout le chemin qui reste à parcourir. Inventer un autre regard. Formidable défi pour cette profession.

 

Si seulement un grand lieu d’exposition ouvrait ses portes à une retrospective de l’œuvre de William Claxton, la profession dans son ensemble y trouverait là le signe d’un formidable encouragement. Qu’il nous soit permis d’y rêver un peu.

 

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 10:58

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 10:57
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 07:47

JJJJJ   WILLIAM CLAXTON – JOACHIM E. BERENDT

 

NEW ORLEANS 1960

 

Editions Taschen

 

  

En 1960, le musicologue allemand,  Joachim E. Berendt proposa au photographe William Claxton de voyager avec lui à bord de sa Chevrolet Impala, à la rencontre du  jazz des États-unis. Claxton était jeune alors et n’avait encore acquis sa notoriété de photographe de jazz. Au cours de ce long périple l’une des étapes les emmena naturellement à la Nouvelle Orléans. Là dans ce travail qui s’apparente plus une véritable recherche ethnomusicologique, c’est un véritable choc pour le photographe alors que Berendt y voit autant de sujet de fascination qu’un formidable matériau pour le chercheur qu’il est. Car en pénétrant en Nouvelle Orléans, les deux hommes pénètrent au cœur d’un territoire à part entière dont les codes, le mode de fonctionnement et les mœurs ont tout pour stimuler l’intelligence et exciter le regard. Ils entrent dans ce territoire comme on entre dans un pays inconnu, en l’occurrence celui du Bayou. Et c’est alors l’occasion pour le photographe de saisir en pleine ère Kennedy et sur le vif ces clichés sublimes.

Territoire spécifique, autonome dans ses codes sociaux, ancré à la fois dans sa créolité que dans les réalités de l’Amérique raciste, ce pays presque autonome dans ses us et coutumes a pour lien social  la musique. Le jazz et le blues. Pays pauvre et misérable où la peine des jours rudes est transcendée dans de grands éclats de rires et de danse, magnifiée dans sa créolité joyeuse. C’est la Nouvelle Orléans des enfants traînant dans les rues une guitare ou un harmonica à la main, dansants pour d’invisibles badauds, pour le bonheur aussi gratuit que l’air que l’on respire, pour la frénésie du jeu libérateur du fardeau. Plus que nulle part ailleurs on y voit la musique alors exalter cette force de vie. Libérer l’homme. Dans cette Amérique créole de vieilles mamas habillées comme au sortir de la messe poussent encore le blues dans de vieux rades et jouent du piano bastringue le sac à main posé sur les genoux. Lien social invisible qui rapproche. Des enfants jouent de la trompette devant la maison de Louis Armstrong. Des figures légendaires, encore en vie lorsque les deux auteurs ont réalisé ce livre, hantent encore les rues de la Nouvelle Orléans. On y croise le vieux George Lewis, on y croise Kid Thomas, on y croise la chanteuse Lizzie Miles qui pose dans son salon, Jim Robinson et Slow Drag Pavageau errent encore dans les rues de Dumaine Street et l’on y croise aussi tout ceux qui n’ont pas de nom mais qui écoutent avec des flammes aux fond des yeux. Et puis bien sûr les fanfares et les enterrements auxquels la foule se mêle indistinctement puisque tous savent bien qu’une fois le mort mis en terre, cette fanfare déchaînera la liesse dans toutes les rues du quartier, que les gens descendront, qu’ils se mêleront les uns aux autres et qu’ils danseront derrière ces fanfares mythiques comme le George Williams Brass band, le Tuxedo ou le Eureka Brass band.

Pour un peu on regarderait ces images avec nos oreilles. Pour un peu on serait dans la peau du jeune Louis sur le perron de sa maison et l’on entendrait presque Buddy Bolden passer au loin avec son cornet.

Mais les auteurs, dans leur travail de recherche savent que cette Nouvelle Orléans est aussi le produit étonnant de sa créolité et d’un environnement profondément marqué par la ségrégation. Cette Nouvelle Orléans où quelques clubs de strip tease ont remplacé les clubs de jazz dans les rues du Vieux Carré reste profondément marquée par la violence raciste. L’auteur remarque avec le candide du chercheur cette fontaine d’eau où il y a deux robinets et sur le mur écrit à la main «  For White only / Coloured » et de s’étonner qu’il s’agisse pourtant de la même eau qui coule. Les deux reporteurs- chercheurs trouvent encore quelques illuminés comme le trompettiste blanc Nick La Rocca qui, quand il pose pour le photographe trouve encore le moyen d’affirmer que le jazz est une affaire de blanc « qu’il a crée avec l’Original Dixieland jazz Band » (NDR : premier groupe de jazz à avoir enregistré un disque). Peu importe puisque l’on voit bien en regardant ces clichés sublimes que le jazz est inventé tous les jours dans ces rues, qu’il est affaire collective et que de sombres imbéciles ne peuvent pas se l’approprier.

L’ouvrage se conclut sur la rencontre de nos deux auteurs avec un célèbre jouer de blues enfermé à la prison d’Angola. Rencontre poignante. Saisissante. Textes magnifiques qui disent la détresse. Photos incroyables de ces hommes qui chantent ou écoutent comme pour trouver refuge. Là encore on est au bord d’une émotion saisissante.

Les photos de Claxton sont prises en noir et blanc ou en couleur, comme pour montrer l’ancrage profond de la Nouvelle Orléans dans cette tradition que la modernité bouscule. Elles montrent des visages ou des foules. Ces photos sont belles car elles ne trichent jamais.

A l’appui de ces clichés, les éditions Taschen ont eues la lumineuse idée de joindre les textes de Berendt particulièrement éclairants dans leur dimension ethnomusicologique.

Un an après l’ouragan Katrina la publication de ce livre magnifique est salutaire. Cette (re)découverte de la Nouvelle Orléans nous bouleverse. Car nous savons aussi que la dimension sociale de cet ouvrage nous projette moins dans le passé que dans cette cruelle actualité. Celle que les caméras cette fois nous ont transmises. Celle qui montre que lorsque tout change, rien finalement au fond  ne change vraiment.

Jean-Marc Gelin

 

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