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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 23:10

CAMJ7793-2b2.jpgJJJ SCOTT COLLEY : « Architect of the Silent moment »

cAM jAZZ 2007

 

A 44 ans, Scott Colley est aujourd’hui l’un des contrebassistes les plus demandé de la scène d’Outre atlantique. Ceux qui ont suivi son parcours ont pu l’entendre avec Chris Potter, Dave Biney, Goeffrey Keezer, Fred Hersh, Greg Osby ou Adam Rogers parmi tant d’autres qui sont l’incarnation d’une nouvelle génération dorée du jazz américain que l’on retrouve en partie ici pour un casting de rêve qui, sans faire de name dropping regroupe une base solide avec Ralph Alessi à la trompette ( qui fait un peu figure de vétéran), Craig Tanborn au piano et Antonio Sanchez à la batterie ( ce dernier, un sacré client !). Et pour autant alors qu’un tel all-stars pourrait faire craindre un certain endormissement sur de si jeunes lauriers, tous les acteurs de cet album démontrent à l’envie qu’ils ont bien d’autre chose  faire qu’à s’assoupir. Au premier chef, Scott Colley lui même dont on a eu l’occasion d’apprécier maintes fois le jeu si discret et solide et qui s’est attaqué ici à l’écriture de thèmes à la construction remarquable dont la maître mot, l’architecture, n’est point savante mais ici redoutablement efficace. Car s’il est des contrebassistes qui lorsqu’ils font des albums sous leur nom n’ont de cesse que de vouloir toujours passer devant pour devenir un peu soliste, Scott Colley affiche une toute autre conception. La sienne repose tout entière sur l’assise rythmique qu’il partage avec Antonio Sanchez dans des formes au cerescendi irrésistibles, toujours en assise de soliste qui atteignent avec eux une rare mise en lumière. Une sorte de rythmique éclairante ! Et à ce jeu la prestation de Antonio Sanchez à la batterie (le batteur de Metheny que les français ont pu récemment entendre avec Manuel Rocheman)  est proprement ébouriffante. Véritable batteur caméléon capable de se mouvoir du percussionniste au coloriste fin.

De cet album on retiendra quelques beaux moments. Comme les envolées de Grégoire Marret à l’harmonica

Qui rappelle ses chorus inspirés lorsqu’il joue avec Metheny. De même que l’on a eu un coup de cœur absolu pour ce merveilleux trompettiste qu’est Ralph Alessi dont les incises démontrent toujours une rare chaleur de l’instrument et une énergie fougueuse. Tous forment corps dans cette musique qui puise autant dans l’esprit de la musique de Weather report, de Metheny ou encore du Miles de l’époque Wayne Shorter mais en donnant à cette musique toujours acoustique un sérieux coup de booster comme en témoigne l’admirable From Within qui donne l’occasion à David Binney de délivrer un incroyable solo de Soprano ou à un Window of time, véritable pièce maîtresse de l’album de faire tourner des pattern irrésistible et de terminer sur le son trop rare dans l’album du guitariste Adam Rogers toutefois un peu timoré. Et c’est peut être le seul regret  l’écoute de ce vivifiant album. A entendre l’inhabituelle réserve de Jason Moran on aurait peut être attendu des solistes invités qu’ils mordent un peu plus dans leur instrument, se lâchent et suivent d’une même voix celle tracée par Ralph Alessi et par cette belle rythmique. On aurait alors atteint des sommets que l’on a pourtant avec bonheur, approchés ici de très près.

Jean-Marc Gelin

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 22:28

jean-pierre-fourment.jpgJJJ JEAN-PIERRE FOURMENT : « La danse du papillon »

Cristal 2007


Le propos poétique de l’album de Jean Pierre Fourment est évident. Un propos qui privilégie une couleur à la fois douce et tendre. Un parfum de nostalgie légère. Le contrebassiste Jean-Pierre Fourment privilégie en effet un jeu d’archet qui met la mélodie en avant. Chaque acteur de ces longues pièces improvise derrière Fourment qui, à tout seigneur, bénéficie d’une prise de son qui lui est très favorable. A l’exception d’un tromboniste pas toujours à son aise, rien à dire sur cet album. C’est très joliment exécuté et totalement maîtrisé. Everything under control pourrait on dire. On aime l’énergie de Jean-François Angles au ténor qui apporte à cet album sa couleur aux contours plus nets, à la chaleur toute méditerranéenne. Les 5 acteurs de cette pièce en 7 actes s’amusent beaucoup à jouer sur les variations de tempos et gardent sous jacent un swing pas débridé mais plutôt contrôlé. Car fil directeur de cet album, c’est une sorte de grande pudeur qui semble s’en dégager et qui les empêche peut être se livrer totalement. De mordre dedans un peu plus.

On aurait peut être aimé aussi un peu plus de concision pour ce premier album. A la fin du 3° morceau il s’est déjà passé plus de 20mn sur un mode assez linéaire. Mais il est vrai que cette lenteur si elle n’est pas extrêmement pesante est parfois inutile. Ainsi la conclusion de  Makiguchi (12’18) sur un solo de batterie rajoute certainement quelque chose dans l’esprit du compositeur sans que l’auditeur en comprenne réellement la logique compositionnelle ni même l’intention littéraire. Il n’empêche que cet album bien joliment exécuté et dans la forme et dans le fond est un album sans risque que vous aurez le plaisir à entendre. Le doux plaisir d’une rêverie innocente.

Jean-Marc Gelin

 

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 22:31

wonderfu-world-006.jpg

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 23:11

Quel silence !

 

 

 

 

C’est incroyable, dans tout ce vacarme on entend rien. Les candidats ont beau  se battre et se débattre, donner même le coup de poing sur les retraites, sur l’Europe, sur la violence à l’école, sur le chômage, sur les 35 heures, pas un mot sur la culture. Le sujet est définitivement clos comme si l’on avait décrété une fois pour toutes que la culture n’intéressait pas les Français et qu’il ne s’agissait en aucune façon d’un enjeu de société.
Et le pire c’est que ce silence est consensuellement partagé. Prenez par exemple les instances représentatives du jazz. Elles ont eu le grand mérite de se distinguer durant toute cette campagne par une absence assourdissante publiant (après le 1er tour !) et confidentiellement une lettre ouverte mise en ligne on ne sait où.

 

 

Quel Silence !

 

 

 

 

Ces mêmes instances à  qui nous avons proposé d’ouvrir nos colonnes pour qu’elles s’expriment auprès de vous, n’ont pas souhaité utiliser cette possibilité. Ils en assumeront la responsabilité auprès de vous.
Quel silence assourdissant, vraiment ! Nous avons publié sur le site des DNJ le tableau comparatif des propositions des  deux candidats « finalistes» en matière de culture. Nous sommes carrément estomaqués par tant d’audace, de courage politique des candidats sur le sujet : gratuité des musées nationaux pour l’un, renforcement de l’enseignement artistique à  l’université pour l’autre, création d’une haute Autorité pour le pluralisme pour l’une, augmentation des obligations de diffusion culturelle…sur les chaînes publiques pour l’autre. On sent bien que la révolution culturelle du XXIème siècle est en marche ! Tant d’audace culturelle nous laisse sans voix. Le silence de la consternation.

 

 

Et pourtant à  y regarder de plus près c’est au travers de la culture bien plus qu’un  vrai choix de société qui s’offre à  vous. Car enfin, vous qui allez bientôt voter et qui par définition êtes intéressés par la Culture mais qui ne savez pas trop vous déterminer, posez vous simplement ces quelques questions : êtes vous plutôt culture de masse ou culture savante ? Etes vous RTL ou France Inter ? Etes vous Star Ac’ ou Spectacle vivant ? Etes vous Universal ou Harmonia Mundi ? Etes vous Jack Lang ou Donnedieu de Vabre ? Etes vous Verdi à  Bercy ou Martha Argerich à  Pleyel ? Etes vous Théâtre de l’Odeon ou Théâtre de Marigny ? Et finalement puisque c’est bien de cela dont il s’agit, lorsque vous aurez répondu à  ces questions demandez vous juste si la culture s’accommode du libéralisme ?

 

 

Nous ne répondrons pas ici à  votre place. Ce n’est pas le lieu et si le jazz n’est pas que binaire ce n’est pas pour être bipolaire, fort heureusement. Mais si l’on pense à  ceux qui répondent à  propos de cette question sur l’éducation : «Si je veux faire de la littérature ancienne, devrais-je financer mes études ? Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à  payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes ». S’impose alors avec évidence pour tous ceux qui comme nous veulent défendre le savoir, l’intelligence et partant l’art comme rempart aux assauts de l’homo economicus sacrifié volontaire sur l’autel de la sacro sainte règle de la rentabilité, l’idée que l’enjeu culturel n’est pas un débat anodin.  Mais une véritable question de civilisation.

 

 


Une question suffisamment grave en tous cas pour éclairer en ce qui me concerne mon choix devant l’urne,
 et rompre à ma manière, dans l’isoloir un peu de cet assourdissant silence

 

 

 

 

 

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:10

JJJJJ GETACHEW MEKURYA and The Ex : “ Moa Anbessa

 TerP records 2007

 Attention à vous, c’est du brutal ! Un bon gros son comme ça, c’est pas fait pour les mauviettes ! On  vous aura prévenu. « Mais de quoi qu’il cause » disent ils ? Tout simplement de cette rencontre incongrue organisée un jour entre des anciennes gloires néerlandaises de la musique punk, «  The Ex » et du roi, que dis je, de la légende vivante, du Négus du sax éthiopien, Getachew Makurya qui doit aujourd’hui afficher pas loin de 80 piges au compteur. Et Getachew n’est chez nous totalement inconnu pour ceux qui ont suivi les magnifiques éditions des Éthiopiques qui permirent il y a quelques années de découvrir les gloires fameuses du jazz du côté d’Addis-Abeba. Ces gloires qui explosèrent dans les années 70 à peu près en même temps qu’à l’autre bout du continent émergeait le phénomène Fela.

Rencontre en tout point étonnante qui naquit le jour où ces petits gars, alors invités à Banlieues Bleues entendirent Mekurya chevaucher son saxophone tel on dresse un cheval en liberté. Alors de ce son rauque à gros grain ils se dirent qu’il y avait quelque chose à faire. Ils perçurent l’évidence de la rencontre pourtant  curieuse sur le papier. Ils perçurent que dans les deux cas il s’agit du même art brut, de la même animalité voire de la sauvagerie tripale. Car il y a du cri et du grincement parfois, de la rage souvent mais jamais de violence. Bien au contraire. Des tourneries païennes qui peuvent renvoyer autant aux plaines d’Afrique qu’aux docks de Londres. Terrie et Andy donnent alors dans la guitare saturée et à plusieurs moments le chanteur de « The EX », GW Sok brandissant un mégaphone porte sa voix entre chant et parlé chanté. Getachew Mekurya habitué aux fanfares dans sa jeunesse, a peut être trouvé dans ce brass band néo-punk (aux accents lointainement Ska) une source de jouvence. Toujours est il que c’est avec une terrible force Aylérienne qu’il trace les sillons dans lesquels la bande des «  Ex » semble se régénérer à son tour.

Enregistrée pour partie en studio et pour partie en «  live » lors d’un concert à Tourcoing, cette rencontre vous prend aux tripes, bouscule vos repères, décoiffe le bourgeois assoupi qui d’habitude d’une oreille distraite se demande avec un  air distingué, entre deux volutes de sa cigarette de quoi donc sera fait l’avenir du jazz.

Ce n’est pas là qu’il trouvera forcément la réponse. Peut être pas dans la perpétuation du gros son d’Albert Ayler ou dans l’énergie de Fela. Mais certainement dans la confrontation face à face de ces deux cultures musicales, dans le travail en commun qui, croyez moi en l’occurrence n’a rien d’un métissage. Car vous ne ressortirez pas de cet album avec le sentiment d’y avoir vu un mélange des couleurs qui trop souvent se traduit par l’affadissement de l’une d’entre elle mais plutôt à une sorte de rapprochement au terme duquel, et c’est là toute la magie de cet album, aucun vraiment aucun n’a perdu son identité mais sort grandi de cette expérience commune.

Une leçon de vie en somme qui, en ce début de XIX° siècle traduit une incroyable modernité. Et nous rend optimiste sur l’avenir du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:01

JJJJ Dee Dee Bridgewater : « Red Earth (A Malian journey)»  De la terre rouge de Memphis (Tennessee), sa ville natale, à Bamako (Mali), Dee Dee Bridgewater part à la recherche de son identité. Comme un enfant perdu rentrant enfin à la maison, comme elle l’écrit en introduction à l’album qu’elle consacre à la terre rouge du Mali (Red Earth), à l’Afrique... Rarement au cours de sa prolifique carrière, Dee dee Bridgewater nous avait-elle ainsi subjugué. Quel groove ! Avec une liberté totale, la chanteuse américaine sans renier sa propre culture blues rentre en dialogue avec les rythmes maliens, improvise, joue, ose…et le résultat est éblouissant. La rencontre se fait communion alors que chacun reste profondément fidèle à sa propre identité. Une gageure ? Sans aucun doute, non ! Une vraie rencontre… Dee Dee Bridgewater est allée se frotter à la tradition malienne et les musiciens maliens lui ont grand ouvert leurs espaces d’improvisation et d’inspiration. Avant d’enregistrer ce disque à Bamako ils ont multiplié ensemble les occasions de travail à travers des jam sessions au Mali ou des répétition en public au New Morning : ceux qui ont assisté à ces concerts parlent de magie. Les duos entre vocalistes maliens qui chantent en bambara et Dee Dee Bridgewater en anglais sont d’une extrême intensité et d’une incroyable contemporanéité. De manière excessivement troublante, ce chant résonne dans notre plus profonde intimité. Gage sans doute de sa sincérité.  D’abord et avant tout saluons le talent des musiciens maliens sélectionnés pour ce projet par Cheick Tidiane Seck : l’extraordinaire vocaliste Ramata Diakité (écoutez le remarquable Mama don’t ever go away), les deux chanteuses traditionnelles Oumou Sangaré et Tata Bambo, stars en leur pays, le joueur de kora Toumani Diabaté, Adama Diarra au djembé. Le pianiste malien Cheick Tidiane Seck qui connaît parfaitement la culture nord-américaine et le jazz et sans lequel ce projet n’aurait pas pu voir le jour, a ensuite veillé avec brio au choix du répertoire et a lui-même arrangé la plupart des titres. Notons la superbe tournerie Children go round (Demissenw) dans laquelle l’incantation mandingue d’Ami Sacko se confond avec la prière blues de Dee Dee, sur un accompagnement endiablé de Bassékou Kouyaté au ngoni, luth à 3-4 cordes pincées à l’origine du banjo. Même les standards (et en particulier Footprints de Wayne Shorter accompagné par une flûte peul traditionnelle) sonnent « mandingue ». Un album baigné de lumière.

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 DDB Records 2007

  

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:00

JJJJAndy Emler MegaOctet – « West in Peace »

 

Nocturne 2007

 

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Argh ! Certains groupes portent très bien leur nom ! Impossible, non mes amis, impossible de rester de marbre face au MegaOctet du pianiste Andy Emler. C’est un saut que l’on fait à pieds joints dans une flaque d’eau, vous savez bien, ce genre de saut qui est censé faire des dégâts autour de vous. Ce nouvel opus du groupe est manifestement la suite du disque précédent, « Dreams in Tune ». Parmi ces neufs musiciens, on retrouve de drôles d’oiseaux comme Laurent Dehors et Médéric Collignon. Sans parler de la tout aussi étrange ressemblance de Thomas de Pourquery avec un certain Éric Dolphy. Guillaume Orti est le second altiste. Le « tuyau » du groupe est en la personne de François Thuillier, un adorable tubiste capable d’acrobaties digne d’un coléoptère en période d’accouplement. Dans le mot adorable, n’y voyez pas là d’amitié entendue, mais intéressons nous plutôt au fait d’être plus ou moins attendri par tel ou tel instrument, et en l’occurrence, le Tuba. Éric Echampard et Claude Tchamitchian donne l’énergie à l’ensemble, par leur complémentarité tout-terrain (on dit aussi la CTT !). Parce que c’est de ça qu’il s’agit, une passionnelle suite d’évènements, de scènes, d’épisodes, avec à chaque fois une nouvelle surprise au coin d’un passage. Un album irrésistiblement complet. Un florilège de beaux mouvements, de bons moments, forts et intenses. Avec ce coté expérimental qu’à plaisir à exercer Andy Emler, aussi bien dans son écriture que dans l’esprit de son entourage. Ce disque débute sur un ostinato avec le sampler et les cris déstructurés de Médéric, qui nous offre au bugle, un peu plus loin dans le disque, un phrasé très pertinent. Il y a là tant de styles abordés, magnifiés. Cet esprit collectif est vastement ouvert et repousse les limites de la Musique. François Verly use par exemple des tablas dans la pièce majeure du disque, West in Peace. Le groove bestial au thème modal menaçant, la douce poésie du chant de la contrebasse. Certains gestes invoquent le « free style », ce sont ces gestes qui transfigurent le « skate- boarder » en artiste. On penserait presque à un scénario dont le pianiste serait le gourou, l’arbitre, le maître, celui qui libère les enfants terribles à l’heure de la récré. Plus sérieusement, en suivant cette trame musicale, on pense à Debussy, en allant jusqu’à Gustav Mahler. Les cornemuses sont même de la partie ! Quel bouquet de fleur ! Une originalité sans limite, un avant-gardisme comme on les aimes. Et tout ce tintouin organisé est capté à la Buissone par le Gérard De Haro national. Nos oreilles sont kidnappées, emmenées dans un rêve sur tapis volant, voyageant dans les airs au-delà des paysages les plus divers. Époustouflant, renversant, ingénieux, enivrant, ce disque est incontournable de vérité, de fraîcheur aussi. Les commentaires littéraires inscrits dans le livret témoignent des sentiments du compositeur sur sa propre musique, comme pour mieux transmettre ce qu’il a de grand à offrir. Merci qui ? Merci Monsieur Emler.

Tristan Loriaut

 

 

Dans la lignée du précédent album Dreams in Tune mais encore plus captivant,  West in peace nouvel opus du Megaoctet, réunit toujours une distribution de rêve. On se réjouit de retrouver le spectaculaire nonette du pianiste Andy Emler, en grande grande forme. La machine rutilante, puissante, démarre très vite, tout de suite, et très fort. Difficile de faire autrement quand on dispose d’ une section rythmique superlative ( Eric Echampard et Claude Tchamitchian, sans oublier le percussionniste, ami de longue date, François Verly) et de soufflants déchaînés autant que brillants (Laurent Dehors au ténor et aussi à la cornemuse, diable d’homme, Thomas De Pourquery et Guillaume Orti, souverains à l’alto, Méderic Collignon toujours aussi doué au bugle  comme dans « Les neuf cents lunes »).

Quand on lit les notes d’introduction du pianiste, qui constituent  son credo artistique, on comprend pourquoi on aime tant le musicien.

Ce n’est pas seulement une question de génération et d’éducation musicale.  Emler allie de façon délibérée, une musique savamment composée,  à une énergie  très actuelle qui déborde tout en restant à sa place. Sans oublier l’intelligence mélodique des grands groupes pop des années 70 et l’étude admirative du travail de géniaux perturbateurs, comme F.Zappa. Ce qui explique en partie une démarche qui explore avec humour, impertinence et précision, certains territoires musicaux actuels : ruptures de tempos, suspens harmonique et rythmique, faux arrêts et donc faux départs, ostinatos souples et rebondissants ; par instant, une douceur de prélude suivie d’ envolées qui n’en seront que plus étonnantes. Des interventions plus « sauvages », chantées, marmonnées, ou hurlées aux saxophones, exaltent certains dérèglements assumés avec le plus sérieux.

Ce que le pianiste arrive à faire avec ce groupe de surdoués tient d’un véritable projet collectif dans lequel chacun reste à sa place, concourant à cette impression de joyeux chaos.

Voici donc une formation soudée prête à se lancer dans une aventure permanente sous la férule du chef. L’ improvisation collective malmène le travail soigné de composition, avec une tendance impulsive à rechercher un certain désordre que l’on met en scène. Un embrasement que l’on partage sans que cet enchaînement ne laisse de côté les moments plus  tendres et rêveurs comme ce passage doux  qui se glisse dans la première composition « Les ions sauvages »  que domine au tuba, le trop rare François Thuillier.

C’est qu’Andy Emler  compose très soigneusement, en fonction de « ses » hommes, en recherchant les combinaisons insolites ou intéressantes de timbres, de  textures et de couleurs : du « cousu main » qui donne aussi sa pleine mesure en live.

Mais pour ceux qui achèteront le disque  (oui, cela vaut encore le coup d’acheter un album), mention particulière à l’ « objet » conçu avec soin, de la poétique photo de graminée, en couverture aux  explications révélatrices de la conception de chacun des titres (5 pièces longues et un court interlude, ludique, « Hugs » avant le final).

S’il fallait choisir un seul titre, « West in peace » aurait notre préférence : doux, tendrement nostalgique, et terriblement émouvant. Guillaume Orti dont on admire depuis longtemps déjà, la démarche, discrètement  tenace, est saisissant dans ce chant de désir ou aveu d’une plainte, c’est comme on voudra,  une ballade au cœur de la mélancolie, le climax d’un disque qui ne peut laisser indifférent.

Sophie Chambon

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 23:09

Jazz IMAGE  « lES GRANDS PHOTOGRAPHES DE JAZZ »

 

Lee Taner

 

SEUIL – 40€

 

 

La photo de jazz est un art que l’on croyait bien codifié. Une sorte d’esthétique obligée dont les règles ont longtemps contribué à établir l’esthétique du jazz. L’ouvrage du photographe Lee Tanner en propose ici une sorte de best of puisée auprès de 27 photographes (dont un français dans le lot Guy Le Querrec) qui de 1935 à 1992 ont traversé l’histoire du jazz et de ses figures légendaires. Mais Lee Tanner en propose surtout 150 clichés sublimes choisis avec un œil qui privilégie, avec un certain regard, celui de l’amour du photographe pour les photographes. Ses frères d’armes en sorte.

Et l’on comprend à feuilleter ce livre qu’en photo comme peut être en musique tout est affaire d’angle. Angle d’attaque, angle de vue. L’angle de vue qui dévoile ce que la photo de l’homme immobile ne dévoile pas toujours. Prenez une photo de Billie Holiday ou de Mary Lou Williams par exemple. Vous en avez vu des centaines. Mais il suffit que le photographe se place de ¾, qu’il surélève un peu son objectif et alors apparaît un bout de la scène et aussi

 

du public révélant plus qu’un portrait, un moment de la vie du club. Par un léger  décentrement de l’image tout est dit différemment et l’artiste déstatufié prend une autre vérité (Gjon Mili – 1943 – p.19 et p.30). Ou alors il peut s’agir d’un autre angle que celui de la photo de face.

 

Regardez ces photos prises de profil depuis les loges comme cette photo célèbre de Duke Ellington prise en 1958 par le grand Herman Leonard ( P.41) ou la chanteuse Dinah Washington dans une danse nègre par William Claxton (p.51). On pourrait parler du photographe Chuck Stewart qui semble en embuscade aux cotés de l’organiste Jimmy Smith. Et pour ce qui me concerne un penchant tout particulier pour Louis Armstrong et Velma Middleton prise en 1960 par Herb Snitzer. Là encore violant les lois florentines de la perspective, le photographe décentre et laisse les deux protagonistes sur la gauche du cadre, l’espace central étant occupé par la trompette de Louis Armstrong qui devient alors véritablement incarnée ici.

Et puis il y a aussi ces moments impudiques pris dans l’intimité des artistes comme cette photo de Sarah Vaughan prise derrière le rideau de scène, celle de Clifford Brown et ses copains répétant torse nu dans une chambre d’hôtel ou celle encore d’une balance avec Ornette Coleman dans un moment où le photographe saisit au plus près la vérité d’un instant non dit

     

en musique mais réellement exprimé. Et l’on pourrait multiplier à l’envie les exemples de ces clichés rares et magnifiques.

Le livre donne aussi quelques repères biographiques sur ces photographes légendaires  ainsi que quelques repères bibliographiques. La préface est signée du légendaire critique Nat Hentoff.

Plus qu’un regard ou qu’un témoignage sur une époque du jazz ce livre est un véritable geste d’amour qui salue avec émotion ces musiciens aimés et avec un tendre respect, ces chasseurs d’images de jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 23:07

JJJJ Sophia Domancich et Simon Goubert : « You don’t know what love is » Cristal records

 

Entre les textures  affranchies du trio DAG et les  envolées excitantes de Pentacle, quintette plus cuivré qui s’abandonne aux Triana moods, Sophia Domancich et Simon Goubert tentent pour la première fois un album en duo.  Sur un répertoire largement original  (ils composent et improvisent  également à deux), voilà une autre tentation/ tentative  décidément  réussie pour une oreille capable de goûter les nuances de leur musique. C’est que leur double univers confondu ici, sans excessive fusion est singulièrement excitant pour qui a commencé à s’y aventurer.

Tout est ici soigneusement conçu et exécuté même si tout n’est pas véritablement écrit. Et l’album a une couleur originale vite reconnaissable, due à la personnalité de la pianiste Sophia Domancich. Elle s’abandonne toujours aussi élégamment  à ses propres rêves, entretenant la surprise par des changements abrupts de rythme, des interruptions, ou des reprises abondamment répétées. Une conception intimiste de la musique,  une poétique du jazz portée à un rare degré avec des sonorités plutôt sombres dessinées par le duo, sur un arrière plan de  mélancolie, dépourvue de sensiblerie. Une émotion plutôt froide, une sensibilité qui affleure mais  jamais ne déborde, aucune évanescence.

Simon Goubert accompagne, soutient, habille parfois en fond sonore, comble les vides ou recrée, souligne les lignes de force de sa partenaire. Si leurs rôles sont assez finement répartis, on ne peut pas vraiment dire qu’il s’agisse d’une pianiste accompagnée d’un batteur, il serait plus juste d’évoquer de solistes construisant de pair leur interprétation. Simon Goubert pense aussi en termes mélodiques tout en s’inscrivant dans la grande tradition  des batteurs de jazz. Mais son jeu  à la variété infinie ( un vrai festival sur caisse claire, grosse caisse, cymbales) sait s’accommoder des discontinuités évidentes, recherchées par sa pianiste. Et de toute façon,  la mélodie ne fait pas loi. Ce qui l’emporte au fond est infiniment plus subtil, une manière d’être et de jouer ensemble, de poursuivre un dialogue engagé hors scène.  C’est que ces deux là se connaissent parfaitement. Eux seuls peuvent nous dire « You don’t know what love is ». 

On ne s’étonnera donc pas de les voir reprendre avec succès  le « Lonely Woman »d’Ornette Coleman , qui est une sorte de passage obligé pour beaucoup de musiciens actuels , mais aussi le beau  thème de Mal Waldron  « Seagulls from  Kristiansund »:  ils s’ancrent  ainsi  dans la lignée de ce pianiste de l’épure qui savait créer une véritable fascination par d’abondantes répétitions tout à fait compulsives («All alone »). Sophia Simon, Simon Sophia, un duo à suivre assurément de tout cœur.

Sophie Chambon

 

 

 

 

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 23:06

JJJJ GUILLAUMEE DE CHASSY :  PIANO SOLO.

Bee Jazz 2007

 Guillaume de Chassy, dont on appréciait déjà la sensibilité dans les albums « Chansons sous les bombes » ou « Wonderful world » (avec entre autres le contrebassiste Daniel Yvinec pour complice), nous livre maintenant son premier opus solo… Pari osé, car il est impossible de tricher ou se reposer sur la moindre forme d’interaction dans la pure solitude, pari obligé, car il faut bien un jour montrer tout ce que l’on a dans le ventre in fine… mais pari ô combien brillamment relevé !

 

 

Tous les disques de piano solo ne sont pas passionnants, loin de là, et l’on sombre souvent dans une certaine monotonie ou lassitude, un je-ne-sais-quoi de récurrent ou stérile… Rien de tel ici.  Il y a dans le jeu de Guillaume de Chassy et dans les 10 titres de ce disque une telle charge d’émotions qu’il me semble impossible à tout mélomane de passer à côté… De l’extrême douceur, parfois teintée de nostalgie, à la révolte flamboyante, on passe insensiblement des sanglots à l’effroi, de l’inquiétude à la plus grande sérénité, sans pathos excessif, sans une once d’artificialité ou de maniérisme… Bravo !

 

 

De Chassy a reçu une formation classique, et bien sûr cela s’entend. Il y a une composante « néo-romantique » dans son approche artistique, une sorte de background impressionniste, souvent à découvert... Mais après tout, ne trouvait-on pas déjà des réminiscences brahmsiennes ou debussystes chez Bill Evans, pour ne citer que lui ? Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien de Jazz qu’il s’agit, et du grand ! Cet homme improvise depuis son plus jeune âge, et croyez-moi, on sent quelques heures de folle liberté au compteur, une maturité exemplaire dans sa musique !

 

 

On dirait que De Chassy prend d’ailleurs un malin plaisir à brouiller les pistes, à jouer la surprise, susciter l’étonnement… Incontestablement, c’est un maître du contraste, autant que de la transition ! La première pièce est déjà hautement symbolique et révélatrice… « Slava » est une de ses compositions, basée sur un thème de Serge Prokofiev (Concerto pour violon N.1)… Et d’une certaine façon, tout y passe ! Quelle synergie, quel onirisme !… Mood nocturne façon club embrumé, envolées lyriques et « concertantes », cadence be-bop, pulse incroyable… Difficile de décrire l’alchimie souveraine qui naît ici, avec une maîtrise du clavier (indépendance MG – MD incroyable d’aisance et de densité) et des timbres exceptionnelle… Chaque titre vaudrait à lui seul une analyse minutieuse et approfondie, tant cela regorge de pétites, de moments rares et intenses… Le raffinement à l’état pur ! 

 

 

L’écoute ne peut laisser indemne, on a affaire à une musique de l’absolu, exigeante et sans compromis, musique du passage, de la frontière, et qui ose, jusqu’au vertige… Prenons en exemple cette « Valse bulgare » au beau milieu du disque, très douce et musicale, introduite par 40 secondes pour le moins galopantes… Rupture de style qui force le respect ou questionne… Cela pourrait agacer mais montre un tel brio et une telle sincérité, qu’on a pour le coup l’impression de voir naitre une musique sous ses yeux, échappant aux carcans, faisant fi des standards et autres cloisonnements ! On sent vraiment ici qu’une musique personnelle se fait, nourrie par des idiomes variés, et surtout parfaitement assimilés…  Sa version d’«Ugly beauty», thème moins connus que d’autres parmi ceux écrits par Monk, est si personnelle qu’on n’a plus du tout l’impression d’une « reprise »… Il y a un aspect intemporel dans ces solos, et l’on croise aussi l’ombre d’autres géants, Paul Bley en tête… Cette profondeur des silences et des respirations, ces relances, ces subites éclaircies…  Tout cela fait merveille dans « Lune », dont le trope lancinant et obstiné est particulièrement touchant ou encore dans le sublime « Récapitulons », dont la furieuse dispute cède la place à une intense harmonie… L’énergie parfois bouillonnante dans ces pages est (tonalement et totalement) contenue, feline et racée, elle retombe pour ainsi dire toujours sur ses pattes, on ne dérive jamais vers certains écueils du free jazz : point de véhémence gratuite ici !  L’élégance de la forme et du phrasé, l’articulation et la poésie de l’instant priment… qui s’en plaindrait ? Dans le fond, échappant aux clivages, on a quasiment l’impression d’entendre ce qu’on appelait à une époque une « musique à programme », sauf que là il s’agit d’un programme libre, d’histoires imaginaires, ouvertes…

 

 

Libre à vous d’entendre ces ruptures, ces réconciliations et de les habiter de votre vécu…

 

 

Ce piano solo magique et unique, est une formidable passerelle entre le meilleur des mondes…

 

 

Jean Denis Gil

 

 

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