Dans la jazzosphère, on l’appelait « le roi René », titre de la biographie écrite à quatre mains avec Agnès Desarthe (Editions Odile Jacob.2016).
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Décédé le 16 juillet à Mortagne au Perche (Orne) où il résidait quelques jours après son 92 ème anniversaire, René Urtreger, pianiste émérite, revendiquait, haut et fort, son identité de jazzman. Le be-bop fut sa première école et Bud Powell sa première idole (René Urtreger joue Bud Powell. Barclay.1955).
Tout au long d’une carrière de sept décennies – dernier album, en 2020, (Piano solo, douze minutes en trois titres. Edition limitée de 500 exemplaires chez LP345 Record), il n’a jamais cessé de vénérer et de mettre en pratique les valeurs fondamentales du jazz, sens du rythme, liberté de l’improvisation, au point d’accepter les fausses notes au nom du droit à l’erreur. « Le jazz est parfaitement imparfait », aimait à confier le pianiste parisien qui se rêvait interprète de Chopin.
Ses qualités avaient impressionné Miles Davis, déjà une star, qui l’engage en 1956 pour une tournée européenne avec Lester Young. Le baptême du feu. Tout naturellement, Miles l’invite pour enregistrer la musique d’Ascenseur pour l’échafaud en décembre 1957. Une alliance parfaite de l’image et du son, un double succès cinématographique pour Louis Malle et musical pour Miles Davis. René Urtreger en tire profit évidemment même s’il s’agaçait (en souriant) que l’on résume son parcours à cette séance nocturne de quelques heures. (« Tout le monde me bassine (sic) depuis 50 ans avec Ascenseur pour l’échafaud »).
Peu après, il forme un trio, HUM (avec Daniel Humair, batterie et Pierre Michelot, contrebasse) qui séduit la critique et lui vaut en 1960 la suprême récompense de l’Académie du Jazz pour le jazzman de l’année, le Prix Django Reinhardt.
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Arrive le free jazz qui désoriente et comprime (déprime même) le gros du public des amateurs. René Urtreger ne s’y retrouve pas. Il offre ses services aux chanteurs de variété -comme certains de ses confrères alors, François Jeanneau, Henri Texier…-. On l’entend auprès de Claude François, Sacha Distel, Serge Gainsbourg. Il ne le regrettera pas, reconnaissant y avoir appris les règles de professionnalisme et de rigueur du métier.
Le retour au jazz sonnera dans les années 70 avec le concours de sa sœur aînée, Jeanne de Mirbeck, productrice et son label Carlyne Music. Un nouvel album du trio HUM sort dans les bacs. La jeune génération (re)découvre un maître du be-bop qui a su adapter son jeu en restant fidèle à ses racines. Passionné par les échecs, il établissait une comparaison : « La musique et les échecs sont une science, un art, un combat ». Dès lors, René Urtreger va reprendre son chemin de jazzman, sollicité en permanence par les clubs et les festivals, garant d’une certaine idée du jazz, messager d’une certaine vision exigeante et envoûtante, servies par un phrasé sobre et élégant.
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Il choisit le plus souvent de se produire en trio, le format le plus classique pour un pianiste avec les fidèles Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu(batterie), ce dernier laissant de temps en temps ses caisses et cymbales au fils de René, Philippe Urtreger.
Pour René Urtreger, le jazz est aussi une affaire de famille. Son épouse, Jacqueline qui l’éloignera des paradis artificiels. Son cousin, Georges Kiejman, l’avocat des intellectuels, qui l’avait encouragé dès ses jeunes années à suivre sa propre voie dans la musique alors que refusé au Conservatoire de Paris, il devait gagner sa vie chez un tailleur à faire des boutonnières. C’est lui, l’ancien ministre de la Justice de François Mitterrand qui remettra à René les insignes de chevalier de la Légion d’honneur le 6 mai 2010.
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Une décoration dont n’était pas peu fier le fils du boucher juif polonais de la rue d’Enghien, à quelques encâblures du New Morning, où « le roi René » connaîtra, devant une salle comble (et comblée) un des ultimes succès en public le 5 décembre 2017 aux côtés d’Agnès Desarthe, chanteuse improvisée.
Jean-Louis Lemarchand.
©photo Fonds Chevrier (Coll.F. Capeau), JLL et X. (D.R.)

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