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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 19:01
Sonny Troupé Quartet Add 4      Evy Danse

EVY DANSE Sonny Troupé Quartet Add 4

Contre-courant Prod/ L’autre Distribution

Sonny Troupé

Sonny Troupé Quartet Add 4 - Limyè

 

 

Sonny Troupé Quartet  Jonathan Jurion (piano, rhodes, choeurs), Sonny Troupé (batterie, percussions, sampler, création samples, choeurs), Mike Armoogum (basse, choeurs), Andy Bérald (tambour ka, choeurs)
Add 4  Violon 1 : Verena Ruiling Chen, Violon 2 : Pauline Denize, Violon alto : Valentine Garilli , Violoncelle : Guillaume Latil
Artistes invitésLucien Troupé: chant sur 5, voix sur 2 Lou Tavano : chant sur 8, Laurent Lalsingué: steel pan sur 3, Christian Laviso : guitare sur 10 , Raphaël Philibert : sax alto sur 2, 10

 

Sonny Troupé a pour ambition de rafraîchir la musique de ses racines guadeloupéennes en mettant en valeur les vibrations du cru, les rythmes et rituels africains. S’il explore cette tradition depuis ses débuts, il en est à son cinquième album et avec cette Evy Danse, il boucle un triptyque commencé en 2013, devenant ainsi l’un des meilleurs représentants du gwo ka à la suite de son père, le saxophoniste Georges Troupé, chantre du « gwo ka moden » qui lui fit découvrir d’autres musiques comme le jazz, la salsa.

On se souvient du deuxième volet, son album précédent Reflets denses vu sur scène à Jazzèbre en 2019, “un reflet si dense qu’il en devient une autre réalité”, les sons de l’Afrique de l’ouest et le gwo ka traditionnel se confrontaient au jazz d’Art Blakey et Max Roach. Chez ce batteur, percussionniste et tambouyé, le mélange détonant de puissance et de douceur est remarquable, doigts virtuoses et esprit joueur selon les rythmes et les figures afro pop, ne dédaignant pas les dissonances.

C’est une forme de retour à la tradition qu’il réaménageait déjà dans son quartet où il joue de la batterie, menant la danse aux baguettes d’une frappe continue, sèche (solo sur « Ka Sanka »). Aux musiciens fidèles de cette formation ADD ( Jonathan Jurion aux claviers, Mike Armoogum à la basse et Andy Bérald aux tambours ka ) il joint cette fois un quatuor à cordes guidé par le violoncelliste Guillaume Latil. En frottant la musique traditionnelle Gwo ka de son quartet à un quatuor classique, il emmène ailleurs ces deux formes musicales « typées » vers tout autre chose. Et cette hybridation est parfaitement réussie, bien qu’il ne s’agisse pas dans son esprit de fusion. Il adapte les rythmes caribéens avec le jazz, les musiques créoles, le métal (!) et l’électronique avec pour base le Gwo ka auquel il revient toujours. Car il est un tremplin, une source d’inspiration qui l’emmène loin. 

Sans doute est-ce un projet d’une grande ambition, mais Sonny Troupé a les moyens techniques et artistiques pour le mener à bien. Compositeur et instrumentiste doué, ce maître du tambour ka, inscrit dans la tradition depuis son plus jeune âge, sait jouer de toutes ces filiations multiples dans un esprit « roots » (« Une étoile toujours sera la bienvenue » du poète Robert Oumaou). Quand il reprend le traditionnel « Léòno » comme le faisait son père avec son groupe, il se veut passeur en rejouant la musique des anciens.

Sa musique ambitieuse est très écrite, selon les normes, codes et carrures du gwo ka, mais il entend faire jouer du gwo ka à la formation par excellence de la musique classique, le quatuor.

Comme Sonny Troupé a su choisir son équipage, chaque musicien parvient à jouer ka sur son instrument, en particulier le pianiste Jonathan Jurion (solo sur « Dansé Vi »), les violons mais encore les invités comme le guitariste Christian Laviso ou le saxophoniste alto Raphaël Philibert choisis pour compléter la palette sonore, mieux jouer des timbres et de l’alliance de tous les instruments.

Le titre " Evy Danse" découle t-il de l’« evidence » de Monk ? Il doit y avoir de cela évidemment mais Sonny Troupé nous raconte avant tout une histoire, celle d’un personnage féminin imaginé, une femme éternelle, une black magic woman, Evy qui traverse les compositions du disque, fil conducteur de cet arc narratif ; je l’imagine volontiers de «San mélé » ce qui donne droit au chant mélancolique de la rousse Lou Tavano, singulière diseuse d’histoires.

La danse peut être aussi un indice car les danseurs guident le maké, le tambour qui imprime la mélodie. Cette troupe de musiciens donne généreusement une musique libre, en expansion, axée sur le chant, la danse.

Enfin il est aussi question de poésie, de poésie créole  La créolisation c’est le métissage des cultures qui produit de l’inattendu disait Edouard Glissant. Même sans être au fait des musiques caribéennes, c’est toujours à l’écoute et encore mieux dans les soirées en live la surprise d’une matière mouvante, éruptive. Déroutante.

C’est que Sonny Troupé cherche à se surprendre, tentant une nouvelle voie pour approfondir ce traditionalisme progressif, sans frontières, à la suite de Gérard Lockel (« Léwoz n°3 ) qui a collecté des thèmes propres, comme Alan Lomax pour le blues, ou Bartok pour les folklores. On retrouve alors sur les différentes compositions divers samples, bandes sonores, témoignages. Un labo gwoka jazz en somme. La matière première devenant objet de réinterprétation dans cette écriture en devenir, de la lumière qui ouvre l’album (« Limyè ») aux luttes pour la libération (« An bwa matouba ») par la danse et la poésie (« Evy danse ») sans oublier un long final tout à fait ensorcelant.

 

Sophie Chambon

 

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 15:00
Bruno ANGELINI                  Alone Together !

 

Bruno ANGELINI Alone Together !

Bruno Angelini ( piano, électronique )

 

 

Sortie le 27 Mars

(illusions)

angelini_alone_together – Open Ways Productions 


 

 

Avec Alone Together ! Bruno Angelini inscrit son troisième album de piano solo sur une proposition de Philippe Ghielmetti et Stéphane Oskéritzian pour le label Illusions. Le pianiste a travaillé ce nouveau répertoire fin 2024 et l’a enregistré comme il se doit à La Buissonne, réinterprétant avec audace des pièces emblématiques associées au combat pour les droits civiques des Afro-Américains. Se rappelant de l’indignation de Coltrane, Billie Holiday, de la colère de Max Roach, Charles Mingus, Gil Scott-Heron, des cris de rage de Nina Simone, il a choisi de revisiter « Meditations for Integration », « Strange fruit », « Alabama », « Tender Warriors » ... thèmes et chansons écrits à l’époque par les grandes figures de cette musique, créant un corpus de « Protest Jazz ».

 Une musique grave, voire sombre mais ouverte au monde, un propos militant autour d’une histoire qui hélas bégaie trop souvent et se reproduit, faisant frissonner notre mémoire collective. Que peuvent les artistes si ce n’est résister en faisant entendre une voix ferme et assurée ? Ici un pianiste « all alone » cherche à rassembler par la force de sa musique, tout entier dans le titre de cette chanson auquel il rajoute un ! Il arrive à déconstruire ces mélodies, se les réapproprie de façon parfois déconcertante transformant ces originaux sublimes en une version personnelle, toujours actuelle comme l’est malheureusement le combat contre le racisme. Car il interprète librement une musique des lisières, ni tout à fait dans le registre du contemporain dont il s’inspire pourtant, ni dans celui du jazz malgré un formidable travail sur l’improvisation, signant un goût affirmé pour l’espace et les silences. Par des ostinatos, suspens, des ruptures  ou des emballements soudains, le pianiste favorise le discontinu, l’impalpable, chaque note à sa juste place, chaque son dosé. Le piano transformé, un dispositif électronique travaillent en outre les sons acoustiques ainsi que leurs résonances. Car il en joue drôlement bien de ces résonances, chaque titre se prolongeant de surcroît par un long silence révélateur.

S’il évite la reprise du thème, le fredon trop immédiatement accessible, il façonne son rendu de sorte à éviter le risque afférent de l’illustration. On reconnaît dans son jeu fragmenté et étiré, dans sa discontinuité même « Alabama », « Why ? The King Of Love Is Dead », « Come on Sunday » de la suite « Black, Brown and Beige ». Et pour le reste, l’un des mérites de l’album est de nous inciter à réécouter ces originaux choisis avec talent.

Ainsi ce concert de près d’une heure a une cohérence certaine. Mais Bruno Angelini pousse plus loin la cohérence car ses divers projets constituent eux aussi une suite logique bâtissant une œuvre depuis plus de trente ans. Son travail s’inscrit en continuité artistique avec les thèmes socio-politiques (dans Transatlantic Roots il évoquait déjà le destin de Rosa Parks (« Rosa and the Thorns »), écologiques (Lotus Flowers) abordés dans des disques très souvent thématiques ( Leone solo, Open Land...)
Si ce projet fait la part belle au pianiste, à un homme engagé dans son temps, derrière la performance réside tout le talent d’un producteur inspiré, qui depuis l’aventure éphémère mais splendide du label Sketch dont l’une des marques de fabrique soulignait l’art du piano solo.

Philippe Ghielmetti poursuit l’aventure proposant à l’interprète choisi de réaliser son fantasme sur la voie postmoderne, de travailler sur la mémoire de ce passé politique douloureux. Laissons-lui le dernier mot : « Et quand on voit (entend) comme Bruno s’est approprié le projet, il aurait pu y penser lui même dès le début, non? ».

Il faut imaginer une fois encore un producteur heureux.

 

Sophie Chambon

 

 

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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 00:11

Traduction française de Yoann Gentric.
Editions Actes Sud, 376 pages.  
Paru le 26 mars.


     Fondée il y a 20 ans par deux entrepreneurs suédois (Daniel Elk et Martin Lorentzon), Spotify s’est imposée comme la première plateforme de streaming musical.  Selon les derniers chiffres connus, 290 millions d’abonnés dans le monde ou environ 1/3 du marché du streaming ou 20 % du marché de la musique enregistrée.


     Quels sont ses méthodes de travail, les clés de sa "réussite", quels "avantages" en tirent les artistes ? Journaliste américaine, Liz Pelly nous livre une enquête de plusieurs années qui décortique le système de fonctionnement du géant du streaming et ses implications dans la vie des artistes et la diffusion de la musique.
 


     Pour Spotify, l’objectif initial était d’utiliser la musique comme « une source de trafic pour ses produits publicitaires », affirme Liz Pelly. Les résultats se sont fait attendre, Spotify n’étant devenu bénéficiaire qu’en 2024.  Pour les auditeurs, la stratégie de markéting conduite par le géant suédois se traduit, souligne l’autrice, par « une uniformisation totale de la musique » secrétée par la multiplication des playlists et le recours aux algorithmes. Quant aux créateurs-compositeurs, interprètes leurs revenus -calculés de manière opaque- se révèlent médiocres sinon ridicules pour une grande majorité d’entre eux. Enfin l’essor de l’intelligence artificielle a accéléré ce mouvement de standardisation de la musique diffusée et de paupérisation des artistes. Chaque jour des dizaines de milliers de titres générés par l’IA sont mis en ligne par ces « artistes-fantômes ».

 

     Conclusion sans concession de Liz Pelly : « La façon dont le streaming a réagencé la musique est déprimante, mais ce n’est que la manifestation d’une industrie qui dessert les artistes et le public depuis des générations ». 

 

     L’alerte lancée par Liz Pelly a-t-elle été entendue ? Depuis la publication de son livre aux Etats-Unis en 2025, Spotify, précise Actes Sud dans son communiqué de presse, a décidé de faire retirer de ses playlists soixante millions de titres produits par l’IA.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

 

 

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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 11:19
JOHN TAYLOR      THE BAUER SESSION

JOHN TAYLOR THE BAUER SESSION

 

Cam jazz www.Camjazz.com

L’Autre Distribution

 

Deer On The Moon from "The Bauer Session" - John Taylor


 

Quand il enregistre ce solo en septembre 2014 à Ludwigsburg le pianiste John Taylor n’a pas même un an à vivre. Il aura un malaise cardiaque sur scène lors d’un concert du quartet Nouvelle Vague de Stéphane Kerecki aux Saveurs Jazz Festival de Segré. Le pianiste était devenu un partenaire de jeu privilégié du contrebassiste dans leurs échanges vifs, immédiatement complices et intenses, la basse puissante et résolue, souvent chantante, s’accordait à merveille à un piano coloriste.

Avec The Bauer Session ce Mancunien (natif de Manchester ) revient à la tradition du solo, exercice difficile où il sut se portraiturer le long des plages. Je me souviens entre autre de son  Insight de 2003 sur le label Sketch et des deux titres « Ambleside » et « Evans Above »).

Huit petites pièces en 37 minutes, nous voilà revenu au format idéal où on s’abandonne, de ballades rêveuses en modernes dissonances, de cadences fluides en dérives mélodiques dans une alchimie secrète du verbe pianistique. Sophie le premier titre très evansien de son complice de toujours le trompettiste Kenny Wheeler donnera suite à des variations stylées étourdissantes alors qu’ Impro 6/8 contraste, plus heurtée, saccadée. Par ses harmoniques et ses couleurs, ce piano superbe déploie ses irisations ("Phrygian", "Three") en laissant ouvertes les marges de l’exploration. D’une sensibilité et d’une intensité immédiatement perceptibles, le pianiste  dévoile son art du piano dans un style très personnel, exaltant la circulation d’une poésie qui lui est propre. Dans « Fifteen », « Deer On The Moon » domine dans l’espace de jeu une vivacité bien tempérée. S’ impose une ligne claire, une fluidité plus nostalgique que mélancolique, parcourue par une énergie rythmique souterraine. Dans de très précises notes de pochette, le journaliste écossais Brian Morton invite dans le cas de J.T ( c’est ainsi que tous l’appelaient) à regarder attentivement ses pieds jouant sur les pédales, la façon de retenir la note (sustain), d’amortir un ton. Avec les seules ressources de son « métier », ce dialogue fervent avec lui même a une beauté qui ne trompe pas. Cet album est providentiel.

Sophie Chambon


 

Remercions le label CAM Jazz qui suivit la dernière décennie de la vie de John Taylor et ressort des albums en hommage au pianiste : il est d’autant plus précieux ce Close to Mars , toujours enregistré aux studios Bauer de Ludwigsburg en octobre 2006, par un trio familier que l’on n’entendra plus hélas. Le contrebassiste Palle Danielsson et le batteur Martin France, fidèles complices du pianiste nous ont quittés en 2024. Ainsi va le temps, ainsi va la vie. On écoutera donc avec regret ce trio plutôt équilatéral qui partageait avec le « leader » une même vision de la musique.

Xavier Prévost en avait rendu compte dès la réédition en mars 2025 rappelant quelques jalons du beau parcours d’un John Taylor trop méconnu,  en Angleterre même. Le non moins fidèle Brian Morton, rédacteur de ces notes de pochette drôles et toujours originales, rappelle un peu ironiquement qu’en googlant John Taylor (nom des plus répandus dans le royaume) sort en tête le bassiste homonyme du groupe New Wave Duran Duran. Nul n’est prophète...

JOHN TAYLOR – PALLE DANIELSSON – MARTIN FRANCE «Close To Mars» - les dernières nouvelles du jazz

Ce que souligne l’Ecossais une fois encore c’est la versatilité (une qualité pour les Anglo-Saxons) du pianiste que l’on retrouve dans sa musique : des rythmes inattendus, décalés qui ne contreviennent en rien à la qualité première de swing, une qualité percussive qui n’a rien à envier à l’autre Taylor (Cecil) celui-là américain, une approche harmonique qui reflète autant le goût d’un piano classique qu’une certaine prédilection pour les musiques folk du Nord .

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15 mars 2026 7 15 /03 /mars /2026 17:12

C'etait samedi dernier sur Jazzland (Aligre FM 93.1m 93.1) et c'est à réécouter ici
https://aligrefm.org/podcasts/jazzland-avec-catherine-delaunay-et-maxime-perrin-3471


Lorsque la musique rencontre la littérature.
D'abord avec la clarinettiste Catherine Delaunay pour ce superbe double album consacré à l'incroyable Octave Mirbeau, écrivain, poète, ami des impressionnistes et anarchiste ( "L'homme des Damps" Nato). Plus qu'un album de musique, un véritable travail de recherche.


Et ensuite avec l'accordéoniste Maxime Perrin par son requiem en hommage au poète Kosovar , Ali Prodijma ( "Requiem for Ali"), œuvre ample et somptueuse où les codes du requiem convoquent d'autres formes musicales dans le même souffle.



C'etait samedi dernier sur Jazzland pour un moment de musique, d'intelligence et de savoir.
Passionant !

 

 

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13 mars 2026 5 13 /03 /mars /2026 00:14

       Une saxophoniste, Hanna PAULSBERG, succède au pianiste Tord Gustavsen au palmarès du Prix du Musicien Européen, dévoilé le 9 mars à Montrouge par l’Académie du Jazz pour l’année 2025.
      Deux artistes issus de l’école norvégienne, illustrant le dynamisme du jazz scandinave qui brille au palmarès du prix attribué par la Commission Europe de l’Académie du Jazz forte de seize membres et co-présidée par Arnaud Merlin et Alice Leclercq.

          Fille du jazzman et chanteur folk bien connu à Oslo, Hakon Paulsberg, Hanna a débuté au saxophone à 16 ans après, dit-on, avoir entendu Stan Getz. Diplômée du conservatoire de Trondheim en 2011, elle sort son premier album l’année suivante (Walts For Lilli).
           Saxophoniste ténor lyrique et sobre, compositrice, Hanna Paulsberg (38 ans à ce jour) se produit principalement à la tête d’une petite formation, le ‘’Hanna Paulsberg Concept’’, qui a invité la chanteuse norvégienne Elin Rosseland dans son cinquième disque publié en 2025, ‘Himmel over Hav’ (ciel au-dessus de l’océan, Grappa Records).

 

          Depuis sa création en 1993, la Commission Jazz Europe de l’Académie a ainsi distingué quatre artistes scandinaves, trois pour la Norvège, (Paulsberg en 2025, Gustavsen en 2024 et Arild Andersen, contrebassiste, en 2008) et un pour la Suède, Bobo Stenson, pianiste, en 2001.

            Un rappel : sont éligibles les musicien(ne)s des pays européens à l’exception de la France qui est récompensée par deux prix exclusifs (Prix Django Reinhardt et Prix du Disque Français). Au classement général des pays européens récompensés par la commission, l’Italie détient la première place (7 lauréats dont deux jazzmen bien établis en France, Aldo Romano et Riccardo Del Fra, qui ont conservé leur nationalité natale) devant la Suisse (6), l’Allemagne (5) et ex-aequo Angleterre et Belgique (4).

 

            L’Académie du Jazz a distingué également au cours de ces dernières années des artistes scandinaves dans d’autres catégories de prix, tels que le batteur Snorre KIRK (Prix Jazz Heritage en 2024 avec ‘What a day !’ Stunt Records) ou encore la chanteuse Sine EEG, (lauréate du Prix du Jazz Vocal en 2014 avec ‘Face The Music’ chez Stunt Records).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 23:26


     L’Académie du Jazz a remis le 9 mars sa plus haute distinction, le Prix Django REINHARDT (attribué au musicien français de l’année), à Gautier GARRIGUE qui devient ainsi le quatrième batteur récompensé par la noble Institution depuis sa fondation en 1954, après Bernard Lubat (1971), Simon Goubert (1996) et Louis Moutin, qui partagea le diplôme en 2005 avec son frère jumeau François, contrebassiste.


     Au Beffroi de Montrouge, le président Jean-Michel PROUST a rappelé, lors d’une cérémonie très musicale (neuf prestations avec les lauréats) que Les 72 membres de l’Académie ont tenu à récompenser le parcours d’un musicien de Jazz, sideman réputé, qui s’est affirmé compositeur avec son premier album en leader « La TRAVERSEE » paru à l’automne 2024 (Pee Wee !).


     Gautier Garrigue (38 ans), catalan formé au conservatoire de Perpignan, ayant fait ses classes auprès d’Henri Texier et Eric Barret, avait déjà été distingué par l’Académie du Jazz en 2024 avec le groupe FLASH PIG, Prix du Meilleur Disque Français pour ‘In the Mood for Love’, arrangement de la bande-son du film du metteur en scène Hong Kar Wai. Actif depuis une quinzaine d’années, le quartet constitué avec Florent Nisse (contrebasse), Adrien Sanchez (saxophone ténor) et Maxime Sanchez (piano) prépare actuellement un sixième album.
 


     La soirée de remise des prix 2025 de l’Académie aura été l’occasion de rendre hommage à l’un des monstres sacrés de la musique, Michel PORTAL récemment disparu, notamment par la projection d’une sélection de photos de son camarade de trente ans Guy Le Querrec.
     Le clarinettiste-bandonéiste-saxophoniste (1935 - 2026) aura été récompensé à quatre reprises par l’Académie : Prix Django Reinhardt en 1967, Prix du Meilleur Disque Français en 1973 (pour ‘Michel Portal Unit à Chateauvallon’), Prix Avant-Garde en 1980 pour ‘Dejarme solo’ et à nouveau Prix du Meilleur Disque Français en 1997 pour ‘Blow Up’ en duo avec Richard Galliano.


     Le palmarès 2025 (neuf prix) met à l’honneur deux pianistes et compositrices françaises, déjà titulaires du Prix Django Reinhardt :
     - Leila OLIVESI, Prix du Meilleur Disque Français pour ‘African Rhapsody’ (Attention Fragile), qui nous invite à un périple planétaire avec son nonet (quatre saxophones !),


      - Sophia DOMANCICH, Grand Prix de l’Académie du Jazz -qui a devancé dans le scrutin final le pianiste Sullivan Fortner (‘Southern Nights’. Artwork)-, avec ‘Wishes’ (Peewee !), à la tête d’un trio franco-américain constitué avec Mark Helias (contrebasse) et Eric McPherson (batterie).

 

     C’est également une voix féminine du jazz, mais instrumentale, qui a été couronnée par le Prix du Jazz Européen : Hanna PAULSBERG, saxophoniste ténor norvégienne qui succède au palmarès à un compatriote, lauréat en 2024, le pianiste Tord Gustavsen.

 

     Distinction toujours très attendue -compte tenu de l’impact auprès du grand public-, le Prix du Jazz Vocal a été attribué à une nouvelle étoile de la scène américaine, Tyreek McDOLE (25 ans) pour « Open Up Your Senses » (Artwork Records). Lauréat du concours Sarah Vaughan en 2023, le baryton crooner avait séduit dans les festivals de l’été passé (Marciac, Nice, Toulon).

 

     L’Académie du jazz veille aussi à détecter les nouveaux talents en décernant son Prix Evidence (la révélation de l’année) au groupe ABYSKISS, formation française de poche se définissant comme « rétrofuturiste », co-dirigée par Camille MAUSSION (saxophoniste et compositrice), et Pierre Tereygeol (guitariste), avec Victor Auffray (euphonium, flugabone, voix) et Illya Amar (vibraphone, marimba, glockenspiel, tambour chamanique) pour son album ‘Big Dipper’ (Saä).

 

     Défendre et illustrer le patrimoine constitue une autre des missions de l’Académie du Jazz. A ce titre le Prix Jazz Héritage (jazz classique) a été attribué au trompettiste Jean-Loup LONGNON, lui aussi Prix Django Reinhardt (1990), pour ‘Istanbounce' (Continuo Jazz) où son big band évoque l’atmosphère cosmopolite de la métropole turque. 

 

     L’histoire est également au cœur du documentaire ‘Soundtrack to a Coup d’Etat’ du réalisateur belge Johan GRIMONPREZ qui a obtenu le Prix du Patrimoine : un retour sur l’assassinat du leader Patrice Lumumba au Congo ex-belge en 1961 propulsé par une bande-son percutante (Abbey Lincoln, Max Roach, Eric Dolphy, Ornette Coleman …).

 


     Enfin, avant le Jazz, il y avait le Blues, et les académiciens ne l’ont jamais oublié tout au long de leur histoire, entamée en 1954 avec Jean Cocteau et André Hodeir, André Francis, Georges Auric ... Dans leur palmarès 2025, Ils ont choisi comme lauréat du Prix Blues et Soul un vétéran, Buddy GUY pour son dernier album ‘Ain’t Done with the blues’ (je n’en ai pas fini avec le blues) publié par RCA le 30 juillet 2025, le jour de son 89 ème anniversaire !

 

Jean-Louis Lemarchand.

Francis Capeau

Membres de l’Académie du Jazz.

 

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 15:06

 

Alban Darche (saxophone ténor, composition), Nathalie Darche (piano), Chloé Cailleton (voix), Geoffroy Tamisier (trompette), Jean-Louis Pommier (trombone)

Bagneux, mars 2025

Yolk Records J 2105 / l’autre distribution & Believe

 

Un disque singulier, ou plutôt une œuvre très singulière, au carrefour du jazz, de la musique du chambre, et de toutes les sources artistiques qui gouvernent LA musique, comme c’était le cas dans le premier opus, ‘Hypnos & Morphée’, enregistré en 2019. Des compositions d’Alban Darche (et quelques textes de sa plume), un thème signé Geoffroy Tamisier, et aussi le mouvement lent du Concerto en sol de Ravel, avec réduction de la partition d’orchestre à la nomenclature du groupe. Lyrisme intense, voire incandescent, subtilité des textures et des couleurs, harmonies chantournées, solistes au plus près de l’intimité même de la musique : on se laisse emporter vers ce monde d’ailleurs dont on ressent qu’il vient de l’humanité tapie en nous. Les textes nous parlent de ce monde souterrain où se tissent nos émotions. Les lignes chantées par Chloé Cailleton serpentent dans un dédale d’intervalles tendus que l’expressivité rend familiers. En résumé, comme un certain nombre d’aventures musicales de ces dernières années, qui s’éloignent du centre de gravité du jazz pour en mieux servir la singularité, ce disque est hautement recommandable aux mélomanes de toutes obédiences, jazzophiles inclus, évidemment.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert à Paris, au théâtre de l’Ile Saint-Louis, les 4 & 5 mars, et à La Baule le 7 mars

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 15:32
Jérôme Sabbagh    Stand up!

 

Jérôme Sabbagh Stand up!

 

Jérôme Sabbagh saxophone

Ben Monder guitare

Joe Martin contrebasse

Nasheets Waits batterie

 

Analog Tone Factory www.analogtonefactory.com

 

 

About — Jerome Sabbagh

Stand Up! — Jerome Sabbagh

 

Revenons sur cet album du quartet américain de Jérôme Sabbagh, figure de la scène contemporaine new yorkaise, sorti en octobre dernier, dont le concert aura lieu à l’Ecuje à Paris le 19 mars prochain.

Quel plaisir de « renouer » avec un saxophoniste trop rare en France qui a fait carrière aux Etats-Unis. Du plus loin que je me souvienne, ce potentiel était audible sur North de 2004 sur le label Fresh Sound. Si le saxophoniste a su parfaitement s’acclimater là-bas, est-il devenu américain ? En musique sans doute et avec ce quartet formé il y a plus de vingt ans !

 

Huit compositions originales du leader sur près de 40 mn, voilà le format idéal ! Réussit-il dans le toujours délicat montage de compositions à casser la « cohérence »  parfaite de l’album qui pourrait même sembler "lisse" à première écoute ? Et pourtant engageant dès l’ouverture. Car tout semble familier dès le premier titre, ce « Lone Jack » lascif dans un sud caniculaire où s’entend subliminalement le chant de Ray Charles à qui ce titre est adressé. Reprenant le thème d’abord exposé par Jérôme Sabbagh, le guitariste Ben Monder est irrésistible dans son solo le plus long de l’album : il étire les lignes, partenaire délicat, subtil, en place dans la musique du saxophoniste qui fait la part belle aux guitares électriques teintées de rock. Indéniablement il y a alchimie entre ces deux musiciens qui se connaissent bien, « frères de son », le velouté du saxophone s’accordant aux souples ornements de la guitare.

 

S’il ne cherche pas à « faire avancer » la musique, Jérôme Sabbagh est attiré par tout ce qui tourne autour du son d’où l’intérêt d’enregistrer en analogique Stand up ! sur son label indépendant Analog Tone Factory , tous les musiciens jouant ensemble dans les conditions du concert.

 

Ce Stand up! est plus que jamais de résistance en cette période sombre. En suivant les dédicataires de chaque composition se dessine un portrait des musiques aimées, des influences avouées (il n’y a pas que du jazz) pour préciser son identité dans le souvenir, la mémoire affective en s’appuyant sur ces échos amis. Cela revient à réintroduire dans ses paysages sonores toutes ces belles figures absentes.« High Falls » traduit par exemple l’admiration du saxophoniste pour Stan Getz (The Sound) et évolue sur un rythme de bossa décontracté.

Va-t-on trouver une marque distinctive dans chaque titre de l’artiste qui l’a inspiré ? C’est toute la question des exergues qui incitent à comprendre d’où « ça joue ». Un petit jeu troublant évidemment qui peut entraîner faux-sens, voire méprises. Ce n’est pas dans leurs échappées respectives sur « Lunar Cycle » en pensant à Sam Rivers, figure incontournable du free, que la musique se déchaîne le plus. Contre toute attente c’est le thème le plus court « Mosh Pit » pour Trent Reznor du groupe Nine Inch Nails qui évoque un esprit free jazz, bruitiste et  underground.

Retombée plus calme sans être vraiment sereine pour ce « Vanguard » souvenir du batteur américain Paul Motian au Village Vanguard justement où le sax se fait insistant, caressant sur les affleurements sablonneux de la batterie avant de laisser place dans un espace comme dilaté à son alter ego guitariste qui duettise à son tour en douceur. Quand on sait que tous deux ont formé avec le batteur un trio éphémère en 2001 peu avant sa disparition, la musique a un caractère plus émouvant encore.

Références, citations en bribes, fragments se glissent ainsi dans l’inspiration de Jérôme Sabbagh, fredons obsessionnels qui sont aussi sa signature sur lesquels il ne peut s’empêcher de revenir. S’il ne perd jamais ses repères, il sait aussi composer des thèmes qui inspirent ses camarades et en particulier le batteur Nasheet Waits qui joue depuis peu dans le quartet.

Stand up ! finit en beauté avec  "Unbowed" , un autre souvenir de Kenny Barron cette fois, l’immense pianiste avec lequel le saxophoniste a joué et enregistré pour son premier album avec piano, un mémorable Vintage en 2023.

Avec Jérôme Sabbagh tout l’héritage de cette musique remonte dans ses compositions finement ciselées, habiles à installer un climat propre. Avec une grande liberté de ton, un sens de l’envol bien à lui, un phrasé souple et élégant, il impose une musique sensible qui se risque dans le souffle. Un album au charme certain, fraternel qui sait conjuguer le mot réminiscence à tous les temps.Et cela est bien. 

 

Sophie Chambon

 

 

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 16:02

 

Maëlle Desbrosses (alto, voix, composition), Paco Andreo (trombone à piston, euphonium, voix), Clément Mérienne (piano, synthétiseur, électronique, voix), Samuel Ber (batterie, voix), Isabel Sörling, Blumi, Marco Van Baaren (voix)

Murdange / Inouïe distribution

 

Une musique entre deux mondes, ou plutôt entre tous les mondes musicaux. Le texte d’accompagnement revendique l’influence de l’idée d’une fécondité de la tension entre les contraires. Et ces mondes sont nombreux dans ce que l’on peut percevoir des sources de cette musique. La musique classique (au sens le plus large, jusqu’à la contemporaine, tant par le langage que par l’instrumentation) ; d’autres formes également : en tenter l’inventaire serait au risque de l’oubli, voire du contresens ; et aussi le jazz, bien évidemment, pour le parti pris de liberté, et la faculté de cette musique de s’inspirer des autres univers pour en faire son bien propre. Le résultat force l’adhésion : qualité de l’écriture et des improvisations, maîtrise instrumentale au service d’un certain projet esthétique, en d’autres termes d’une certaine idée de la beauté. Des voix très différentes, conviées avec pertinence pour des titres qui mettent en valeur leur expressivité. Autant dire qu’il s’agit d’un très très bon disque, qui réjouira le mélomane jazzophile comme les partisans de ‘la contemporaine’.

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert le 27 février à La Dynamo de Pantin

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=E-6DFccVdi8

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