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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 11:28

    « Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Le saxophoniste Jean-Louis Chautemps (1931-2022) avait parfaitement saisi la raison d’être et de jouer de Theodore « Sonny » Rollins, son contemporain, décédé le 25 mai à Woodstock (Etat de New-York) à l’âge de 95 ans (il était né le 7 septembre 1930).


     Retiré dans sa maison de Woodstock depuis des années, ayant délaissé le saxophone ténor depuis 2014 pour des problèmes pulmonaires, donné son dernier concert en 2012, Sonny Rollins se consacrait à la méditation, lisant des ouvrages sur Bouddha, le yoga, et parfois jouait quelques phrases sur le clavier d’un Fender Rhodes. Dans un entretien avec le New York Times paru en 2020, le saxophoniste confiait : « Physiquement je souffre en permanence mais spirituellement je ne me suis jamais senti aussi bien ».


     La spiritualité aura été centrale dans la vie de Theodore Rollins, que son grand-père dénommait affectueusement « Sonny » (fiston) et qui s’inspira des mélopées chantées par sa maman, originaire des Iles Vierges, dans « Saint Thomas », calypso le plus célèbre de l’histoire du jazz, ou encore « Don’t Stop the Carnival ».


     Le saxophoniste, talent précoce se produisant auprès de Thelonious Monk, Bud Powell, sur la scène new-yorkaise dès la fin des années 40 en pleine période du be-bop, avait choisi de faire retraite après avoir acquis la célébrité avec deux albums de 1956, « Saxophone Colossus » et « Tenor Madness », seul enregistrement disponible avec son comparse –à tort présenté comme son concurrent- John Coltrane. C’est l’épisode, devenu historique, de Rollins s’entraînant seul sous le Williamsburg Bridge de New-York dont il témoignera dans « The Bridge ».


     Le saxophoniste au son majestueux, qui vouait grande admiration à Coleman Hawkins (Sonny meets Hawk, 1963) ...

...se libère de toutes les contraintes stylistiques. Il fait un séjour en Inde, c’était « tendance » alors, et ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Rollins accède au rang des stars, au même titre que Miles Davis, remplit les salles, se produit dans le monde entier. Chaque concert est une performance, Rollins va au bout de lui-même de son improvisation dans des envolées lyriques et fougueuses : près de trois heures un soir d’été de la fin des années 90 devant 8.000 spectateurs rassemblés dans l’amphithéâtre antique de Vienne.

 

     En juin 2010, à l’approche de ses 80 printemps, au festival de Montréal, c’est un Rollins à la démarche hésitante, à la stature un peu voûtée et à la chevelure couleur de neige, très chic dans sa tunique rouge que nous voyons entamer son concert par un solo intégral de dix minutes.


     Sa renommée dépasse les frontières du jazz. Réticent au début –ce n’est pas au niveau du jazz, dit-il- Rollins accepte, sur l’instigation de son épouse, l’influente Lucille (39 ans de mariage, décédée en 2004), de participer à un album des Rolling Stones (Tattoo You. 1981).


     Musicien engagé dans la lutte contre le racisme, reçu à la Maison Blanche par Barack Obama, Sonny Rollins aura toujours témoigné d’une générosité sans borne, ne s’interdisant rien, porté par une imagination, une passion de l’improvisation qui constitue l’essence même du jazz.
Ironie de l’histoire, il quitte définitivement la scène la veille du centième anniversaire de la naissance de Miles Davis.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Jean-Louis Lemarchand et X. (D.R.)

 

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23 mai 2026 6 23 /05 /mai /2026 09:15

DENIS LE BAS : l’envie de jazz et le bonheur en plus !

@maxime françois

retrouvez l'interview en podcast ici

https://aligrefm.org/podcasts/jazzland-le-podcast-216/jazz-sous-les-pommiers-rencontre-avec-denis-lebas-3606

Le 13 mai, alors que le festival Jazz sous les pommiers  était à mi-chemin de sa 45eme édition, nous sommes allés rencontrer Denis Lebas , le responsable de JSLP.

Denis Lebas c’est simple lorsque vous allez à Coutances au moment du festival, vous ne pouvez pas le louper : il est partout, discute avec tout le monde, avec les musiciens, les bénévoles, les medias, le public ! Toujours dispo ! Partout sa chemise aux mille couleurs se promène de la salle marcel Helie, au théâtre, au Magic Mirrors. Partout !

Denis Lebas a cette énorme envie de jazz et la foi chevillés au corps pour offrir au public une semaine d’une formidable diversité et de création.

Un grand manitou en quelque sorte.

Rencontre avec le boss !

 

Jazzland

Merci beaucoup DENIS LEBAS pour Jazzland Aligre fm 93.1 à l'occasion de cette nouvelle édition du festival Jazz sous les Pommiers. Denis, vous êtes le patron du festival qui dirige la programmation. Denis, on est à mi-chemin du festival, comment allez-vous ?

 

Denis Lebas

On est au 6e jour et il y a une espèce d'adrénaline par ce que nous envoient les musiciens et le public. C'est sans doute samedi dernier que cela a été un petit peu plus dur puisqu'on a ajouté une journée (avec le 8 mai qui se trouvait férié), mais non c'est quand même une semaine de bonheur. Donc, on n’ne va pas se plaindre.

 

Jazzland

Vous avez l'habitude de ce festival qui en est à sa 45èlme édition. Vous êtes jamais blasé ?

 

DENIS LEBAS

Ah non !  Comme vous d’ailleurs.  Les musiciens sont des sources infinies de projets, de plaisir et d'invention. Ça se renouvelle tout le temps et donc ce n'est pas comme si on devait répéter un peu la même chose. On accueille des musiciens différents, soit on les connaît, mais alors c'est un nouveau projet, soit on les découvre. La matière est extrêmement riche. On essaie de balayer tous les jazz, comme j'aime bien le rappeler, et un peu les cousins aussi. La matière est riche et l’inventivité des artistes, incroyable.

 

Jazzland

On vous voit partout dans le festival, courir à droite ou à gauche. A croire qu’il y a 25 Denis Lebas. Est-ce que vous ressentez encore du stress après toutes ces années d’expérience ?

 

Denis Lebas

Oui il y a une charge mentale liée d’abord à la réussite des concerts mais aussi de tout ce qu’il y a autour, la gestion d’une énorme équipe, la technique, la sécurité, les partenaires qui viennent sur le festival. Cela fait partie du job et à mon niveau ce n’est pas que de la musique.

 

Jazzland

Sur ces 6 premeirs jours, vous avez eu des moments qui vous ont marqué.

 

Denis Lebas

Il y a juste eu un concert qui n’a pas été à la hauteur de ce que j’attendais. Mais en revanche le concert de Joshua Redman a été un incroyable concert !  On savait qu’il faisait partie des bons mais là il a dépassé un stade. Il fait partie du tout petit cercle du haut de l’affiche.

 

Jazzland

Pour un concert comme celui-ci, la jauge est évidemment complète. Mais pour les autres ?

 

Denis Lebas

On se rend compte que même pour des choses un peu plus confidentielles, certes on a un peu moins de monde mais on a quand même un bon taux de remplissage. C’est le fruit de 45 ans de programmation. On a la chance d’avoir un public curieux et éduqué pour certains et ouvert pour d’autres. Ils ne connaissent pas forcément mais ils sont là, prêts à découvrir et à ouvrir grand leurs oreilles. C’est vrai que pour un programmateur c’est très satisfaisant d’avoir un public aussi cool que le nôtre.

 

Jazzland 

L’an dernier le festival affichait un taux de remplissage exceptionnel. Qu’en est-il cette année ?

 

Denis Lebas

Oui l’an dernier on avait atteint les 97%. On ne l’atteindra pas cette année mais le contexte est différent sur le plan mondial, économique, le prix de l’essence et enfin la météo qui n’est pas très clémente. Mais bon, on avait fait une édition exceptionnelle l’an dernier il faut donc relativiser car on va faire encore un très très bon score de fréquentation. Il est un peu tôt pour le dire précisément mais je peux dire que le jazz attire du monde quand cela repose sur des choix de programmation réfléchis, éclectiques et une belle ambiance de festival.

 

Jazzland

Est-ce qu’il y a eu des nouveautés sur cette édition ?

 

Denis Lebas

Non pas vraiment de grandes révolutions. Le festival a atteint son format et on ne veut pas tout changer. En revanche quelques expérimentations comme le concert de Robinson Khoury à 360° avec la scène installée au milieu du public salle Marcel Helie. Ou encore des évènements pour marquer notre implication dans la transition écologique comme la journée sans voiture. Mais pas de grands bouleversements.

 

Jazzland

Focus sur quelle région du monde cette année ?

 

Denis Lebas

Dans les découvertes on a eu pendant quelques jours un cœur Sud-Africain ( Thanda Choir). On a aussi un groupe de jazz coréen ( Bando)…..

 

Jazzland

Comment les trouvez-vous ?

 

Denis Lebas

On va dans quelques festivals, on échange avec les collègues et on a aussi quelques « grandes oreilles » qui nous remontent ce qu’ils entendent. Mais surtout j’essaie de bouger aussi parce qu’il n’y a pas de meilleur arbitre que le live. C’est bien d’écouter les albums mais pour savoir si cela peut marcher dans un festival, il faut aller voir comment cela se passe sur scène. Donc j’essaie d’aller voir un maximum de choses.

 

Jazzland

Vous travaillez avec les autres festivals ?

 

Denis Lebas

Oui absolument. Par exemple le projet de Clement Janinet est un projet soutenu par plusieurs festival. De la même lanière on a travaillé en coproduction avec les Bozar de Bruxelles sur le projet d’Helene Duret. On essaie de monter ensemble sur des projets, ce qui rend leur faisabilité plus facile puisque chacun participe. Et puis c’est intelligent de travailler ensemble. Le jazz reste une petite famille et il faut que l’on apprenne à se serrer les coudes. Ça va aider tout le monde.

 

Jazzland

Denis, Lundi 18 mai : vous dormez toute la journée ?

 

Denis Lebas

Et bien non ! Pas encore ! Parce qu’il y a encore plein de choses à faire. Des gens qui ont perdu leurs clefs, des problèmes d’intendance etc….Le lundi je laisse les collègues dormir. Ils ont bien donné durant tout le festival.

 

Jazzland

Vous lancez un peu la saison des festivals. On aura la chance de vous y croisez ou bien est ce que vous passez à autre chose ?

 

Denis Lebas

Non, au contraire. C’est là que tout se prépare et je vais vous dire : c’est le moment le plus sympa pour moi !

 

Propos recueillis lors du festival Jazz sous les Pommiers à Coutances le 13 mai 2026 par Jean-Marc Gelin

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 10:17

Vendredi 15 mai

D'abord un petit déjeuner face à la mer du côté d'Agon Coutainville, à peine à 15km de Coutances avant de démarrer la longue journée du festival.

 

Hélène Duret avec Nils Wogram (Magic Mirrors)
Hélène Duret (clb, cl), Nils Wogram (tb), Sylvain Debaisieux (ts), Benjamin Sauzereau (g), Fil Caporail (cb), Maxime Rouayoux (dms)

@jeanmarcgelin


La clarinettiste est une habituée de JSLP et de la salle du Magic Mirrors. Surtout Hélène Duret est une artiste qui ne cherche ni à tricher ni la facilité. Elle fait avec audace le pari de l’intelligence du public en lui livrant une musique exigeante, forçant l’écoute attentive pour saisir les évolutions de la musique entre jazz, free et musique contemporaine. Rt ce pari là, elle le gagne haut la main car le public (qui n’est pourtant pas initié et pas du tout au courant de ce qu’il va entendre) est conquis. Il est vrai que l’association d’Hélène Duret aux clarinettes et de celui qui a accompagné un temps Michel Portal et qui fut lauréat du prix du musicien européen de l'académie du Jazz est assez remarquable. Aucun des musiciens n’en fait trop et chacun est au service de la musique. L’impression après ce concert d’avoir assisté à un moment d’intelligence musicale. Brillant !

Marion Rampal ( Magic Mirrors)
Marion Rampal ( vc, g), Matthis Pascaud (g), Simon tailleu (cb), Raphael Chassin (dms), Thibault Gomez (p), Aurelien Tomasi (cl, saxs), Isabel Sörling (vc, g), Eric Allard-Jacquin (accdn)
Nous étions très curieux de venir assister à la création de la chanteuse pour sa dernière année en résidence à JSLP. Du moins c’était ce qui était annoncé sur la programme et ce qu’attendait le public. Au lieu de cela, une série de reprise d’anciennes chansons. Frustration.

Jean-Pierre Como et Javier Girotto ( cathédrale)
Jean-pierre Como (p, Javier Girotto (bs,ss)

@jeanmarcgelin


Sublime ! des lignes mélodiques qui s’envolent et tournent dans la cathédrale. Deux sculpteurs de l’air en action. La musique comme moment de grâce qui passe de l’un à l’autre. Une émotion toujours présente dans chaque morceau. Dans chaque note. Une écoute continuelle. Un saxophoniste à l’expressivité inaltérable, totalement perché très haut dans son monde de musique qu’il semble vivre intérieurement, prêt à la faire exploser au su de tout le public.

Monty Alexander (salle Marcel Helie)
Monty Alexander (p), Luke Sellick (cb), Jason Brown (dms)
Arrivé avec un poil de retard Salle Marcel Helie (pour cause du concert précédent). D’emblée : la classe absolue ! Moanin’ sublimé et puis tout qui s’enchaîne avec une fluidité de dingue. Un groove irrésistible et toute l’histoire du jazz au bout des doigts d’Erroll Garner à Ahmad Jamal. Monty Alexander à 81 ans nous donne une leçon de jeunesse. Sa musique n’a pas pris une seule ride et garde intacte sa capacité à ressusciter un jazz qui n’est en fait jamais mort. Ses phrases sont émaillées de multiples citations. Bien sûr les gimmicks reviennent comme à chaque concert , comme ce No Woman no cry qui marque ses racines jamaïcaines et qui fait chanter le public. 
Avec Monty Alexander on est typiquement dans le concert dont on voudrait qu’il dure toute la nuit !

@jeanmarcgelin


Et pour conclure notre venue à Coutances, direction le théâtre pour le concert d’Andy Emler Onztet ( le temps est parti pour rester).

@jeanmarcgelin


Andy Emler (p, compos), Claude Tchamitchian (cb), Eric Echampard (dms) + Louis Sclavis, Catherine Delaunay, Thomas Savy, Laurent Dehors, Elodie Pasquier, Nicolas Fargeix, Florent Pujuila, Emmanuelle Brunat 
C'est le projet ambitieux d'Andy Emler de réunir sur scène 8 clarinettistes. la crème de l'élite de la clarinette pour une musique aussi savante qu'exigeante. C'est brillantissime et même bluffant tant les clarinettistes (toutes les formes - ou presque- de clarinettes) se succèdent avec brio.  On en a le tournis et l'on sait que la nuit venue, nos rêves seront peuplés de solos de clarinette. 
De quoi finir en beauté ce festival.

Un peu triste de devoir partir demain matin. C'est une autre musique qui nous guette : un petit air de blues.

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 09:58


      « Tout le livre de Mezzrow est un morceau de bravoure, stimulant, exaltant, enivrant », commentait le 29 juin 1950 dans « Combat », Maurice Nadeau (1911-2013) chroniqueur littéraire sept ans durant du quotidien issu de la Libération.


      La publication d’une sélection de ces chroniques ce printemps nous donne l’occasion de redécouvrir l’ouvrage majeur du jazzman (« le plus grand clarinettiste blanc » selon Hugues Panassié ») écrit en coopération avec le journaliste Bernard Wolfe, ‘’Really the Blues’’, édité en France sous le titre ‘’La Rage de Vivre’’, avec une traduction de Marcel Duhamel et Madeleine Gautier (compagne puis épouse du "Pape de Montauban") et (excusez du peu) d’une préface d’Henry Miller.

 

       Maurice Nadeau, qui dirigea la revue Les Lettres Nouvelles et La Quinzaine Littéraire, exprime dans cette chronique qui occupe pas moins de cinq pages dans ce livre en format poche, toute son admiration envers « La Rage de Vivre » dont, dit-il, il a bien envie de faire sa Bible.
      Milton « Mezz » Mezzrow (né Mesirow, 1899-1972), note ainsi le journaliste, « y parle de jazz bien sûr, il en fait même l’histoire, la géographie, raconte la vie des quarante rois qui en trente cinq ans, firent le swing ; mais il parle aussi de lui, de l’Amérique, et de la vie, et de la mort et de la création artistique et de tout ce que peut raconter un Américain qui a vécu dans les bas- fonds de Chicago, New-York avec, au cœur, le désir de devenir un grand artiste ».

 
      Voilà pour le contenu. Quant à la langue, laissons la parole à Henry Miller qui s’adresse ainsi aux auteurs avec chaleur : « Vous avez pour le langage triste, éculé de l’Homme blanc, ce que Dante a fait pour la langue italienne, Rabelais pour la française, Shakespeare pour l’anglais classique ».

 

     Soixante ans de journalisme littéraire. Tome 1. Florilège des années Combat, 1945-1951. Maurice Nadeau. Editions Maurice Nadeau, collection Poche. 346 pages. Avril 2026. On y retrouve des chroniques portant sur Georges Bataille, Jean-Paul Sartre, John Steinbeck, André Malraux, Blaise Cendrars, Ernest Hemingway…

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 11:26

Jeudi 14 mai

Mathias Lévy (" chant song")

Mathias Lévy (vl), Lou Tavano (vc), Laurent Derache (accdn), Sébastien Giniaux (g, cello), Jean-Philippe Viret (cb)

@jeanmarcgelin

Il n'y a pas à dire, ce projet de Mathias Levy est une splendeur. Il tourne autour de chansons magnifiques avec des arrangements aériens. Et quel quartet ! Un son de groupe entre les cordes et l'accordéon avec un Mathias Lévy absolument superlatif dont les chorus ont fait littéralement fondre le public du Magic Mirror. La musicalité de ce musicien atteint des niveaux exceptionnels. Et si les arrangements sont aussi bien travaillé dans l’espace qu’il laisse au son et à l’enluminure des mélodies, on a quand même une vraie réserve sur la théâtralisation excessive du chant qui donne une impression de rupture dans la cohésion du quartet. Dommage.

 

Ellinoa : " Mejiro" ( Cinéma)

Ellinoa (vc, glockenspiel), christelle Raquillet (fl), Arthur Henn (mandoline), Heloise Lefebvre (vl), Mathilde Vrech (alto), Juliette Serrard (cello)

Pour ce projet, largement repéré parmi les professionnels, Ellinoa s'est inspirée d'un quartier de Tokyo. Celle qui est compositrice et cheffe d'orchestre est positionnée en avant dans son rôle de chanteuse qui possède par son timbre une grande force d'évocation poétique. Concert sage avec de très beaux moments portés notamment par Christelle Raquillet (habituée des lieux). L’écriture est fine et particulièrement léchée. Jamais dans l’easy listening et toujours dans des progressions à tiroirs, Ellinoa possède une vraie force impressionniste. On voyageait à Tokyo.

@jeanmarcgelin

 

Direction la salle Marcel Helie où tout le monde attend ce qui s'annonce comme un moment fort du festival, le concert de Cecile Mc Lorin Salvant

Cécile Mc Lorin Salvant (vc), Sullivan Fortner (p), Yasushi Nakamura (cb), Kyle Poole (dms)

@jeanmarcgelin

Énorme concert de notre chanteuse préférée !!! Cecile arrive sur scène mutine, détendue sans aucune forme de pression. Vêtue d’une robe déstructurée, elle annonce la couleur : rien ne sera formaté.. Elle et Sullivan Fortner s'entendent comme larrons en foire, plaisantant comme le font des camarades à la complicité évidente. D'emblée le concert s'annonce phénoménal.

La chanteuse reprend une partie de son dernier album en chantant quelques-unes de ses compositions. Par moment on l’entend comme la réincarnation de Sarah Vaughan. Mais non ! Ce n’est pas Sarah Vaughan, c'est Cecile Mc Lorin Salvant et c'est exceptionnel. Tantôt chanteuse de jazz dans la pure tradition, tantôt chanteuse de comédie musicale, tantôt dans la phrase, tantôt dans la gouaille on sent qu'elle peut absolument tout chanter et même tout transcender. Comme lorsqu'elle reprend un classique de la renaissance appris dans ses années d'étudiante au Conservatoire d'Aix. Morceau sur lequel d'ailleurs Sullivan Fortner semble réinventer le piano pour le faire sonner à la manière d'un clavecin. Et puis Cecile embraye sur des chansons en français de Piaf (mon homme) ou Trenet (la route enchantée). La chanteuse dans un moment de générosité invite Marion Rampal à la rejoindre sur scène pour deux chansons. Puis, pour conclure avec audace se transforme en Dancing Queen sur un morceau disco à faire danser tout le public de la salle Marcel Helie.

On avait alors le sentiment d'avoir assisté à un moment de liberté absolue. Cecile Mc Lorin s'autorise tout. Elle n'a définitivement aucune limite. Notre jubilation non plus.

 

Bill Laurance et Michael League ( Théâtre)

Bill Laurance (p), Michael League (g, basse fretless)

Passé ce grand moment du festival, nous nous retrouvons pour une fin de soirée au théâtre pour un duo d'une infinie délicatesse entre les deux fondateurs de Snarky Puppy marqué là encore par l'expérience de la complicité. Un moment d'écoute et de partage en toute intimité auquel ils nous convièrent. Une sorte de dialogue que l'on pourrait croire au coin du feu. Le public se laisse bercer par cette musique a la tendresse évidente. A la fois délicat et d'une grande élégance. On est jhuste bercés par la grâce de ces deux musiciens. Plutôt ces deux dentellières.

@jeanmarcgelin

 

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 11:18

Que c'est bon de revenir à Coutances pour 3 jours du Festival Jazz sous les Pommiers !

Certes il pleut, le vent du Nord rabat sur les festivaliers un vent glacé, il fait froid mais tout le monde a un immense sourire et la place centrale grouille de monde.

Un public que le mauvais temps n'atteint pas, trop heureux d'être là.

 

Mercredi 13 mai

Direction le Magic Mirror pour assister au concert de ROUGE, la formation de Madeleine Cazenave (p), accompagnée de Sylvain Didiou (cb) et de Boris Louvet (dms, machines).

Une musique fascinante qui prend ses sources dans celles de Nick Barsh ou du trio EST. Ce sont des motifs simples qui donnent des boucles sonores comme une matière en création. Un travail autour de la structure sonore qui joue avec des sons métalliques, un piano préparé qui tourne comme un piano mécanique. La musique est hypnotique et dans le même temps, d'une poésie absolue. Madeliene Cazenave a cette faculté de nous embarquer dans un univers à la poésie résolument moderne.

Anat Cohen Quartetinho

Anat Cohen (cl), Vitor Gonçalves (p, accdn), Tal Mashiach (cb, g), James Shipp (percus, vbes)

Un moment de générosité totale pour celle qui certainement aujourd'hui l'une des plus grandes clarinettiste. Avec son quartet où tous les musiciens sont poly intrumentistes Anat Cohen prend la musique comme une rampe de lancement vers les sommets.

Anat Cohen en trois mots : Énergie, flow et joie.

@jeanmarcgelin

Ainsi lorsque sur un morceau dédié à Paco de Lucia composé par son contrebassiste qui se mua pour l'occasion en guitariste particulièrement inspiré a la 7 cordes, Anat Cohen prit son chorus, on sentit alors le public décoller avec elle pour atterrir loin, très loin. Et lorsque le pianiste se transforma en superbe accordéoniste pour un morceau d'Egberto Gismonti, ce fut un festival de couleurs harmoniques qui là encore nimba le théâtre totalement conquis par la clarinettiste. Ils sont 4 mais avec cette façon de convier autant d'instruments (clarinette, soprano, piano, accordéon, contrebasse. guitare, batterie, vibraphone), ce fut un défilé de couleurs harmoniques et une surprise renouvelée à chaque morceau.

Au final ce concert fut un moment rare et exceptionnel de celle que l'on voit bien trop peu en France.

Et comme nous étions quelques-uns sur notre nuage à ne pas vouloir revenir sur terre, nous nous arrêtions donc là pour la soirée, heureux et comblés.

@jeanmarcgelin

( interview d’Anat Cohen par Alex Dutilh à retrouver sur ces pages ou sur Jazzland, Aligre Fm 93.1)

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:28

Fred Pasqua (batterie, voix), Nelson Veras (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Laurent Coq (piano), Marie-Hélène Beignet (voix)

Pompignan, 16-18 juillet 2024

Hanji HJLP003 (vinyle) & numérique / Inouïe Distribution

 

Un nouveau disque du batteur, avec de nouveaux partenaires, exceptés le guitariste et le bassiste. Avec ce trio d’orfèvres, et pour 5 plages, le pianiste Laurent Coq ; et pour deux titres la chanteuse lyrique Marie-Hélène Beignet. Des compositions du batteur, mais aussi un thème d’un comparse du disque précédent, le trompettiste Yoann Loustalot (extrait d’un disque du quartette ‘Aérophone’, dont Fred Pasqua est le batteur), un autre de Mark Turner, ou encore de Milton Nascimento, et un pas de côté (du côté de Ravel) avec Trois beaux oiseaux du paradis , précédé d’une intro très libre. Très belle unité esthétique, défendue par une belle brochette d’artistes qui sont toujours au plus près du cœur de la musique. Des thèmes sinueux, mais qui vont toujours quelque part (et même là où on ne les attend pas forcément). De plage en plage, une musique de haut vol jouée par des personnalités d’exception : autrement dit un régal pour mélomanes, toutes chapelles confondues !

Xavier Prévost

 

Le trio est en concert, le 14 mai à Paris au Jass Club & le 16 mai à Blanzaguet-Saint Cybard (Charente) au Jazz Club Blue Perry

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=27n9Lz542xc

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 05:55
OSCARPICUS                                           Cirque de Passage

OSCARPICUS Cirque de Passage

 

Alice Martinez: chant et compositions Ezequiel Celada: saxophones & clarinette Sylvain Avazeri: trompette & trombone Gabriel Manzaneque: guitare Olivier Lalauze: contrebasse Léo Achard: batterie

 

Label La Clique  la Clique / InOuïe Distribution.

Sortie de l’album le 15 mai

 

Le premier album de l’Oscarpicus ‣ Studio Escobette

 

 

Oscarpicus est un sextet né de la rencontre de musiciens chanteurs de la scène jazz traditionnelle. Formés au Conservatoire d'Aix-en-Provence, de Marseille et à l'IMFP de Salon-de-Provence, ils ont partagét plus de douze années au sein du Shoeshiners Band où ils ont acquis sens du rythme et esprit collectif, une joyeuse interaction que l’on perçoit immédiatement.

Si leur musique est héritée d’une tradition de jazz, de l’era swing au bop, elle se colore subtilement des parcours et influences de chacun. Au coeur d’une création originale, les textes plutôt insolites sont aussi précieux que les mélodies élaborées : chaque composition est prétexte à une chanson, petite histoire qui s’intègre dans le narratif de cet album conceptuel.

Le propos dans ce premier opus du groupe tourne autour d’un cirque de passage qui dresse son chapiteau dans une arène, scène parfaite pour ce 
retour à l’enfance. Perché quelque part entre les branches, un oiseau imaginaire à tête de bois observe cette drôle de ménagerie, passant en revue le personnel, du lion remplaçant aux enfants des coulisses, de l’acrobate au coeur et à la vie suspendues jusqu’à l’homme canon qui a trop fait ripaille et a peur de rester coincé dans le fût du canon... C’est le pivert qui anime ces fabulettes marrantes et bien rythmées, dans ces huit compositions co-signées d’ Ezéquiel Celada, Gabriel Manzaneque, Olivier Lalauz, mises en paroles par la voix fraîche et bien placée d’Alice Martinez, à la scansion précise et gourmande. A la fois conteuse et comédienne, elle a écouté Boris Vian et a su en faire son miel. Et l’on est heureusement surpris de voir combien le français tire son épingle du jeu dans cette interprétation ludique et sensible, adaptant cet esprit potache, onirique et parfois dramatique dans des paroles soulignées d'un accompagnement toujours approprié. Chacun y est allé de sa petite touche créative, humoristique voire métaphorique dans « Le roi des lapsus », « le P’tit Remplaçant », « Cœur suspendu ». Les soufflants font entendre leur bonne humeur cuivrée, endiablée et loufoque dans l’esprit des orchestres de la grande époque, leur modèle navigant entre Chick Webb, Jimmy Lunceford et même un Duke Ellington avec une trompette bouchée vaguement exotique et orientale dans « Le problème de Bernie ». Quelques accents de charleston décalé (« Papy Grognon »), une clarinette qui flirte avec le Dixieland et un trombone coulissant d’aise animent ces petits bibelots sonores .Tout n’est pas qu’allégresse cependant dans ce parcours de vies circassiennes comme le soulignent ces ballades fragiles, mélancoliques où un saxophone sensuel accompagne la voix de funambule dans « Mon Eurydice » ou «Ta vie bien rangée », finale de cet album attachant aux mélodies tendres, entraînantes.

N’oublions pas la rythmique essentielle à l’assise au groupe où guitare, contrebasse et batterie empruntent parfois des couleurs manouches « Cœur suspendu », des walking, un style « Le p'tit remplaçant ».

C'est ainsi que cette musique savoureuse  file allègrement et s’écoute d’un trait. On est même un peu chagrin que cela s’arrête, c’est dire le plaisir procuré par ce sextet qui sonne comme un big band et que l’on aimerait découvrir sur scène. Programmateurs, n’attendez plus pour choisir ce spectacle nostalgique et fantaisiste.

 

Sophie Chambon

OSCARPICUS                                           Cirque de Passage
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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 10:44
   Edward Perraud  Pascal Schumacher Sebastian Studnitzky            SINGÜLAR

SINGÜLAR

 

Edward Perraud (batterie, FX), Pascal Schumacher (vibraphone, claviers électronique), Sebastian Studnitzky (claviers, FX)

 

Label: XJAZZ ! Music

Home

Pascal Schumacher - Musician & Composer | SINGÜLAR

3 minutes of Singülar

 

Voilà un album expérimental dans lequel il est possible de s’immerger très vite... ce Singülar  porte bien son nom avec ce « u tréma » qui accentue la singularité de ce voyage au long cours dans l’espace. Le son devient sensation tissant synthés, vibraphone, trompette, batterie et électronique dans un flux hypnotique.

Dans une salle de concert luxembourgeoise trois Européens, un Français, un Allemand et un Belge, à savoir Edward PerraudSebastian Studnitzky et Pascal Schumacher qui ne se connaissaient pas auparavant ont expérimenté un coup de foudre musical. On le sait le jazz et les musiques actuelles sont prétexte à ces happenings d’un drôle de type entre des personnalités marquées, tempéraments forts et leaders à leurs heures.

Le premier album de  ce nouveau groupe saisit leur partage immédiat en une énergie commune liée à la même pulsation intérieure intense. Une première rencontre-qui ne devrait pas être brève ou accidentelle, où se fondent dans des textures travaillées et sophistiquées, ambient, jazz, électronique. C'est une plongée au coeur du son comme "force cosmique" avec des instruments chanteurs, le jeu sensible, explosif autant que raffiné d’ Edward Perraud, batteur tout à la fois percussionniste et coloriste en harmonie avec  les boucles hypnotiques de la trompette libre de Sébastien Studnitzky. Le son prend peu à peu son envol porté par les improvisations délicates, irréelles au glockenspiel et vibra de Pascal Schumacher. Curieux équipage qui parfois nous leurre quand on croit entendre non pas un trio mais une seule source d’un hydre à trois têtes.

Une vision fugitive, une danse envoûtante du son, avec ces chuchotements imperceptibles, ces bruissements de rêve éveillé, ce éclats de free sons, voilà ce que nous propose ce trio si peu académique. Ces pièces hors norme, il n'est pas évident d’en rendre l’étrangeté et la saveur. Parler de travail sur les timbres et textures n'est pas vain mais banal. Une dynamique audacieuse captée en studio qui jamais ne se répétera ainsi. Autrement dit le trio ne rejouera pas le CD en concert et s’embarquera avec son public vers l’immensité intersidérale pour trouver à défaut de nouveau, un ailleurs du son. Suivant un mantra  que définit Sebastian Studnitzky : il ne s’agit pas seulement de jouer de la musique, mais de ressentir l’instant ensemble. La musique naît de cette expérience partagée : brute, sans fard, mais intensément vivante et habitée.

Dans Singülar, cinq compositions peu nombreuses mais intenses et très longues (18’ pour le titre éponyme) prennent largement le temps de se déployer, « Liaima » au mitan de l’album  est construit entre ordre et dissolution, le trio toujours en évolution naviguant sans relâche entre exactitude assumée et incertitude rêveuse. Sont-ils prêts à disparaître avec « La Fin d’un Monde » ballade méditative sur la transition, le passage vers le début d’une nouvelle ère comme le résume Edward Perraud ?

Nouveau trio, nouveau répertoire mais une constante que vivent les trois musiciens : la force d’un langage rythmique, une écriture contrastée et des intuitions harmoniques. L’improvisation engendre entropie, deséquilibre, ruptures des directions affirmées. 

Quant à la pochette fantaisiste de ce Singülar "vachement singulier",  est-elle dans l' imaginaire poétique et drôle du trio' un clin d’oeil au mythique Atom Heart Mother du Floyd?

 

Sophie Chambon

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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 16:30

 

SIRIL MALMEDAL HAUGE & KJETIL MULELID : " I remember oranges"

Svale records 2026

Siril Malmeda hauge (vc) , Kjetil Mulelid (p) +Matthias Eick (tp), Johanne Flottorp (hardanger)

 

Gros crush pour cette chanteuse norvégienne de 34 ans que nous ne connaissions pas il y a seulement quelques heures et que nous venons découvrir à l’écoute de son dernier album ( « I remember oranges » paru sur le nouveau label Svale records ).

Coup de coeur parce que c’est un peu comme si la chanteuse venait à pas feutrés dans votre salon pour un hug plein de douceur et de tendresse avec cette voix qui vous embarque dans sa propre poésie.

Les versions de what reason I could give d’ornette Coleman et surtout de Feels like home de Randy Newman sont des moments d’émotion simples et veloutés.

La chanteuse a cette capacité, même quand on ne comprend pas la langue (quand elle chante en Norvégien), de vous embarquer dans son imaginaire qui, pour le coup devient le nôtre. Comme une faculté qu’ont certaines chanteuses d’insuffler un supplément d’âme au-delà de leur voix.

Lorsqu’une chanteuse se fait ainsi interprète, sans jamais chercher à forcer le trait, quand elle prolonge la musique ou que cette dernière soit le prolongement de sa voix on ne peut qu’être intimement touchés.

Avec le pianiste Kjetil Mulelid il s’agit d’une collaboration de près de 13 ans qu’ils ont lancé en 2013 et qui s’entend ici par cette complicité de l’instant, par cet air, ce souffle qui circule entre eux deux.

Procurez vous cet album et lorsque la famille sera couché et que le silence aura rempli votre maison, baissez les lumières et laissez vous envelopper dans un océan de tendresse.

Jean-Marc GELIN

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