Inclassable, assurément, et c’est en partie ce qui en fait la valeur. La compositrice et chanteuse signe aussi les arrangements (sauf pour Le Gibet de Maurice Ravel). Et une fois de plus s’impose à nous la singularité de son écriture. Une nomenclature chambriste d’une certaine façon, mais nourrie d’une foule d’univers musicaux, et aussid’un recours à l’improvisation. Une sorte de manifeste des désirs musicaux d’une génération imprégnée des musiques dites savantes (de tous les horizons) et des musiques populaires de tous les mondes. Le Japon est l’une des sources de ce programme, sans qu’il soit le moins du monde asservi à cette influence. Une source d’inspiration, mais comme un tremplin vers la liberté. Source, mais qui n’emprisonne pas dans un piège narratif. Libre comme l’air, comme l’oiseau qui est là, et dont l’importance nous échappe : ainsi chemine la musique d’Ellinoa, et tout l’univers qu’il transporte, comme un rêve. Des textes en anglais qui disent le rythme, une prosodie complice de la musique. Des intervalles tendus dans les phrases musicales, pour nous rappeler que le confort n’est pas forcément l’auxiliaire de la beauté, et des instrumentistes, également choristes, qui font vivre magnifiquement la partition et le texte. Et sur l’admirable Le Gibet de Ravel, orchestré par un complice d’Ellinoa, un texte en français, mais qui n’est pas emprunté au recueil d’Aloysius Bertrand (Gaspard de la nuit ) qui inspira Ravel pour sa fameuse pièce de piano. La chanteuse (sa voix, son expressivité, son aisance dans l’écrit comme dans l’impro) est comme la conception de la musique : au plus haut niveau. Bref un grand disque, tout simplement
Xavier Prévost
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Le groupe sera en concert à Tours (au Petit Faucheux) le 9 octobre, et à Paris (au Lavoir Moderne) le 14 octobre
Quatrième album du contrebassiste mais premier avec ce quartet franco-américain MOBKE (MOntreuil / BrooKlyn / Ensemble) tel nous arrive la Rivière coulera sans effort» que l’on découvre avec un vif intérêt dès le lancinant et hypnotique premier titre « La chose ». Intrigant et terriblement attachant. Un univers poétique que le titre de l’album ne dément pas. Une musique fluide qui coule sans effort mais non sans effet car elle est loin d’être lisse. Une alchimie qui s’installe très vite avant que la machine ne s’emballe, que le son prenne peu à peu son envol et tout l’espace, porté par des improvisations furieuses et fiévreuses. Dans certains moments privilégiés, c'est ce qui advient quand la musique écrite se confond avec l’improvisation. Le quartet s’épanouit dans le jeu collectif que la dynamique d’un jeu ouvert à tous les « accidents » autorise... faisant jaillir des climats aussi captivants qu’énigmatiques.
Quatre voix singulières, chacune que l’on pense identifier dans son univers propre-alors que l’on n’est pas au bout de ses surprises, dont aucune ne semble prédominante dans un échange que seule décèle une écoute attentive. À la contrebasse et à la direction artistique, Théo Girard - fondateur de Discobole I Compagnie & Label a collaboré à des projets aussi éclectiques que Bratsch, accompagné la pianiste Macha Gharibian, Le Bruit du [sign], ou Sibiel. Après la sortie de son premier album 30YearsFrom en 2019, il a écrit pour grand ensemble avec Pensées Rotatives.
Théo Girard est sans nul doute revenu de New York avec chevillé au corps la pulsation américaine, possédé par cette énergie brute, sourde, intense. Avec lui, la batteuse américaine d’origine chinoise Lesley Mok et le saxophoniste new-yorkais Nick Lyons.Sans oublier de ce côté-ci de l’Atlantique la pianiste française Sophia Domancich que l’on ne présente plus, exploratrice aux multiples projets qui se déchaîne sur « On se lève, on se casse » (Référence aux paroles de la comédienne Adèle Haenel aux Césars?).
Emballements brusques, moments de suspens frémissants, équilibre parfait des voix. Piaillement du sax au son autant crissant que prenant sur des fragments rèches et répétitifs, piano percussif obstinément, charnel quand il le faut, aux notes perlées égrénées presque tendrement. La contrebasse très active dont le chant puissant à l’archet peut soudain engager une course poursuite avec le temps… devenir basse obstinée fournissant une assise stable aux autres voix, intelligence d’une batteuse coloriste aux percussions libres, aussi subtile qu’effrénée dans les rythmes les plus accidentés. Plutôt inclassable dans la catégorie post quelque chose après l’incontournable « post moderne » de la fin du XXème… cette musique est néanmoins forte d’une cohérence qui lui donne son ossature. Un enregistrement qui sonne comme un live, c’est dire! Une rencontre franco-américaine qui fera date, n’en doutons pas, tant cette alliance plutôt inattendue fait des étincelles.
Les éditions Frémeaux & Associés ont-elles eu raison de ressortir ces fragments de trois concerts différents d’une longue tournée de ce trio mythique? Elles répondent en tous les cas à leur vocation patrimoniale car ces trois géants du jazz écrivirent des pages décisives de l’histoire de cette musique. Cette suite gris et jaune citron (pochette peinte de DH bien sûr) est le témoignage vibrant d’une époque à jamais révolue : 5 extraits enregistrés sur des pianos et dans des conditions différentes entre le 18 Mai 1992 à Mayence et le 25 Mai 1993 à Chambéry avec une étape messine le 12 février 1993. Trois compositions de Joachim Kühn incises entre le-pour le moins spirituel « India »- de John Coltrane (live au Village Vanguard, 1961) qui, sur ce CD démarre avec un solo décisif de Daniel Humair et l’emblématiquestandard ( s’il en est, bien qu’avec les frères Gershwin ) « Summertime » de George Gershwin.
Les liner notes de Marc Sarrazy, auteur par ailleurs de Joachim Kühn, une histoire du jazz moderne ( Editions Syllepse, 2003) nous rappellent que c’est Gato Barbieri qui favorisa l’émergence de ce trio en 1971 sur la musique du Dernier Tango à Paris de Bertolucci ! Mais il faudra attendre 1985 pour assister à la naissance discographique de ce trio européen dont le succès fut immédiat. Il souligne d’ailleurs que Triple entente est le titre tout à fait justifié de leur dernier album en studio.
Survient assurément une nostalgie à l’écoute de ce jazz indiscutablement free, libre (mais d'une liberté surveillée), « vif » s’il en est aurait dit Jean-Pierre Moussaron. Les qualités d’enregistrement malgré les différences de prises de son sont indéniables et l’on écoute d’un trait cette musique torrentielle qui dévale impétueusement la pente abrupte de l’improvisation, à leurmanière authentique et spontanée...et référentielle d'un temps qu'ils ont vécu de l'intérieur.
Volupté sensuelle et fougueuse, énergie irrépressible du live où chacun se donne à corps perdu. Joachim Kuhn dirige sa rythmique en leader affirmé, entraîne avec une certaine cohésion ce trio dans ses compositions longuement ouvertes, propices à un travail d’équipe, dans une frénésie percussive et néanmoins lyrique mais d’un lyrisme sec. On peut néanmoins dire que ce trio-triangle est parfaitement en place et vraiment équilatéral. Difficile en effet d’en imposer longtemps à Daniel Humair toujours aussi résolu, autoritaire, imposant dans un style personnel son tempo d’acier (Francis Marmande ). La tension est à son comble sans aucune faiblesse d’intensité. On écoute une musique qui n’a besoin que de surgir pour que l’on y croit et se retrouve au coeur de la vague free! Des envolées d’une contrebasse élégante, boisée, vibrante sous-tendant le pilonnement sourd et pourtant nuancé, jubilatoire du batteur dans un échange fructueux « Guylène ».
Traversé de fulgurances, cette compil pas dégoûtante aurait dit Philippe Méziat fait entendre un chant solidaire, libéré et profond. Pas besoin d' attendre le dernier titre, la reprise pour le moins tonique de cette berceuse élégiaque que peut fredonner tout un chacun pour confirmer notre impression et lui assurer une note finale d’excellence. Des multiples versions de « Summertime » le plus souvent chantées, si on ne garde que les instrumentales, gageons que Gershwin aurait apprécié ce que le pianiste a fait de sa mélodie, une variation au parfum résolument coltranien dont on retiendra la relecture… 10’26 que l’on ne voit pas passer. Décidément rien à jeter dans cette musique. Merci Frémeaux& Associés, la librairie de l’éditeur sonore.
Une fois les dog days derrière nous, quoi de plus opportun que de voir revenir les jours de vin et de roses, en écoutant le duo de Robin Nicaise et Alain Soler sorti sur le label Durance (Château-Arnoux) dans leur hommage à Bill Evans, ce « génie décisif » selon Pascal Anquetil (Tana Editions) ? On aime jusqu'à la sobriété de l’objet CD d'après le portrait qu’avait tiré du pianiste, Kim Stewart, un Bill Evans binoclard, cigarette au bec, concentré, réfléchi.
Letter to Bill (clin d’oeil à sa Letter to Evan) est exactement ce que l’on souhaite entendre en ce mois de septembre, un album délicat, apaisé, alors que le pianiste souffrant terriblement disparut brutalement le 10 septembre 1980 après un dernier concert au Fat Tuesday de New York.
Le coup de maître est d’avoir tenté et réussi à rendre ces mélodies si ancrées dans la mémoire de tout amoureux du jazz, indéfectiblement liées au piano de Bill et à son art du trio (piano-basse-batterie) réinventé. Une instrumentation inédite (guitare et saxophone ténor) et tout change... pour que rien ne change. Si Bill aima aussi s'essayer aux duos avec le guitariste Jim Hall, l’harmoniciste Toots Thielemans, il n’expérimenta pas la formule avec un saxophoniste ténor (que je sache).
On retrouve dans cette association duelle de plus de trente ans l’écoute mutuelle, le flux continu avec des accents soulignés qui font tressaillir et plus souvent encore plonger dans une douce mélancolie.
Dans le programme choisi par le duo-et c’était un piège tant la sélection peut s’avérer redoutable, se retrouvent des compositions parmi les plus emblématiques « Very Early », « Time Remembered », « Show Type Tune », « Turn Out The Stars » et « Emily », la délicieuse valse de Johnny Mandel et Johnny Mercer que Bill Evans avait faite sienne. Robin Nicaiseet Alain Solereux se saisissent à leur tour de ces thèmes devenus standards et se les approprient, sans oublier "Nardis", une « curiosité » qui met en valeur chacun des instrumentistes dans une courte variation en solitaire.Alain Soler, toucher limpide et sensuel est tout en nuances et vibrations, travaillant les résonances. Robin Nicaise s’empare de mélodies inoubliables aux couleurs harmoniques dont il joue « Sometime ago », « Turn out the stars », « Very Early ». Hormis le « Funkallero » plus enllevé, on reste sur des tempi doux, des ballades caressantes, enchanteresses. C'est une autre version sans la rupture ni la violence des derniers rythmes evansiens, totalement bousculés dans le dernier trio. Rien n’est vraiment nouveau, rien n'est plus « classique » dans le portrait célébré ici mais voilà un exercice d’admiration où tout est à sa place, incroyablement touchant et tendre.
Dix-huitième album de Miguel Zenón, mais le tout premier enregistré sur le vif du concert, et qui plus est dans l’un des temples du live in New York : le légendaire Village Vanguard
Qu’il joue ses compositions ou des reprises (deux dans l’album), Miguel Zenón se joue des codes musicaux : entre les rythmes et les formules des musiques de Cuba ou d’ailleurs (Porto Rico vu du Bronx pour Willie Colón), forgeant avec ses partenaires (soudés par 2 décennies de collaboration) un jazz souvent aventureux, louvoyant entre les langages, et servi par la cohésion et les talents de solistes de ses comparses. Dans le premier thème Miguel Zenón se saisit d’une matière musicale typiquement cubaine pour la métamorphoser en un jazz jaillissant, qui se faufile entre les rythmes, les tempos et les formes, le sax alto menant la danse jusqu’à un point paroxystique, avant que le piano ne prenne le relais, chauffé à blanc par la rythmique. Un apparent répit au thème suivant, mais la vivacité des phrases, sinueuses, suit toujours le chemin de l’urgence. De plage en plage, la musique se fait tantôt vive, tantôt abstraite. Et le thème titre résume à lui seul toutes les facettes du projet. Bref c’est captivant de la première à la dernière plage. Miguel Zenón et ses partenaires signent ici un grand disque, comme un idéal de l’enregistrement sur le vif : l’Art et la Vie, d’un seul geste. On se précipite sur cette pépite !
On retrouve avec plaisir la chanteuse danoise, toujours dans le format resserré du duo, non plus avec le contrebassiste Thomas Fonnesbaek ( un premier album en 2015 et plus récemment ce Staying Back de 2021) mais avec son fidèle pianiste Jakob Kristoffersen qui la suit depuis près de vingt ans. Shikiori ( littéralement a place where hearts return), enregistré en live au Japon mais mixé et masterisé à Stockholm et Copenhagen est leur premier album en duo : réduit à l’essentiel, le tandem fonctionne très bien, la complicité n’étant plus à établir entre eux, ces deux musiciens étant prêts à se lancer et à graver jusqu’aux imperfections même. Le répertoire des Danois reprend avec intelligence certains standards très connus et toujours risqués « Lush Life » de Billy Strayhorn, un titre de la chanteuse pop anglaise Annie Lennox, pas son grand tube « Sweet Dreams » du duo Eurythmics avec Dave Stewart mais « Cold ». On comprend à quel point Sinne Eeg a pu être fascinée par la voix de l’égérie anglaise des années quatre-vingt.
Des versions remaniées à leur manière, variant le tempo, l’étirant au besoin pour laisser espace et respiration. Reconnue comme une voix qui compte dans le jazz européen, la “sirène” de Copenhagena a la classe des grandes chanteuses américaines d’antan. Elle injecte dans son interprétation (y compris en japonais) une aisance toute remarquable et chante sans forcer sa voix claire avec un bel ambitus, un naturel certain dans un jazz intimisteou scaté légèrement ( « Better than anything » de David Wheat et Bill Loughourough) et s'impose dans le classique des frères Gershwin « But not for me ». Un timbre chaud et rond, des aigus quand il le faut qui ne déchirent ni ne vibrent trop, un swing qui ne trompe pas, jamais dans la performance. Un sens inné du phrasé. Elle ose reprendre sans imiter une quelconque version le « Maria » de West Side Story- elle aurait d'ailleurs l'envergure de jouer dans un musical à Broadway. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux au piano et Fender, lyriquement classique, adapté à chaque titre.
Mais ce sont surtout les propres compositions du duo (quatre originaux du pianiste et trois de la chanteuse) sur les 12 compositions de l’album qui retiennent l’attention. Revenons sur la source de leur inspiration qui unit Japon et Scandinavie, tradition et exploration dans des improvisations sans retouche-ils peuvent se le permettre. Ce studio éphémère, maison dans la campagne japonaise au milieu des rizières, des biches et des sangliers sans oublier les dieux animistes est celle de la grand mère du contrebassiste Seigo Matsunaga restaurée à son retour en 2009 de Cape Town où il avait rencontré un autre contrebassiste Hein Van de Geyn lors de son long séjour loin du pays natal. Un temple de paix sous le regard bienveillant de son mentor, N.H.O.P dont la photo est posée sur le piano droit de sa grand-mère, non loin de la contrebasse et d’un petit autel des « lares » shinto. Ecrin de ce projet, ce lieu de résidence encouragea nos Danois à faire de la musique : découvert en 2013, ils y composèrent des chansons que l’on retrouve sur cet album « Soba » et « Hebi ».
2024 fut en somme un retour à Shikiori. Le résultat produit une grande liberté inscrite dans ce qui n’est pas de la nostalgie (Sehnsucht) puisque les Japonais reviennent passer l’été dans leurs maisons de famille comme l’écrit dans ses liner notes le contrebassiste, Shikiori est a timeless landscape of the soul. Un nouveau sanctuaire à retrouver régulièrement. Un endroit où l’on se ressource dans la tradition millénaire de ce pays clivé entre la plus violente modernité et le respect absolu de la nature et du passé.
De bonnes raisons pour dégustercet album aux nuances délicates et y retrouver une certaine sérénité à l’orée de cette rentrée pour le moins troublée.
Le pianiste cubain de Brooklyn évoque l’émergence d’une culture africaine qui s’affirme dans l’univers européen et états-unien. On croise ici le souvenir de L’étudiant noir, éphémère journal animé par Aimé Césaire et Léopold Senghor au milieu des années trente, et d’autres publications de même nature. Cette renaissance créole trouve aussi sasource dans le mouvement Harlem Renaissance des USA à partir des années 20, avec notamment une allusion à un thème de Duke Ellington. Un parcours musical abstrait, dans une esthétique qui convoque autant les musiques de l’avant garde européenne du vingtième siècle que les sonorités des musiques traditionnelles, et bien sûr toutes les métamorphoses musicales brassées par l’univers caribéen. Mais ici l’abstraction n’occulte pas la sensibilité sonore et musicale. Elle magnifie au contraire la pluralité de ces matériaux dans la singularité de peuples dispersés par l’histoire. Et c’est une formidable excursion dans la mémoire : pas une mémoire courte mais une mémoire longue, qui prend en compte l’essence des cultures plutôt que l’écume des mondes et des modes. À déguster avec tout le soin de l’attention et de la plongée dans la perception la plus fine. Et là le plaisir est considérable
Dans ses notes d’introduction, l’auteure Rolande HUGARD-GOURLEY se rappelle ... Pour la sortie du disque ‘’The Jazz Trio’’ (1983), Alain GERBER écrivait un long article intitulé « Jimmy n'a jamais su tricher » :
« ... la profession de foi de Jimmy tient en peu d'articles : ne jamais tricher ; avoir le courage de « jouer propre », c'est-à-dire de ne jamais sacrifier le « texte » à la mise en scène - ce qui oblige précisément à avoir un « texte », un contenu musical à délivrer ».
Et il ajoutait, sans craindre d'être excessif dans ses propos :
« Ces exigences n'ont l'air de rien. Si chacun les prenait pour des critères, cependant, les trois quarts de la musique que l'on entend aujourd'hui rejoindraient ipso facto leur lieu naturel : le fond des chiottes ».
Au micro de France Musique, il développait un autre aspect du jeu de Jimmy :
« Sa manière a toujours été l’élégance même, une grâce liée, comme chez les danseurs, à une grande sureté de geste. Cela suppose par exemple de ne pas jouer deux notes quand une seule peut suffire, voire un silence. Cela implique aussi que ces deux notes soient définitives. Le dépouillement ne se justifie que par une certaine infaillibilité. On voit qu'il ne faut pas avoir froid aux yeux pour improviser à l'économie ! On comprend qu'il faut avoir les nerfs solides pour faire à la fois le pari du lyrisme et celui de la décantation. Il devient si facile de rater son coup. Si on rate une note, elle est alors très ratée ! Ce n'est pas comme si on en rate une parmi deux cents ! Par son attaque incisive, la puissante découpe des phrases, la netteté des articulations, l'autorité de son énonciation, Jimmy prolonge la tradition qui est celle de Charlie Christian ou d'Oscar Moore ! »
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Voilà, tout est dit ... ou presque, qui révèle 6 décennies de musique, partagée par ce parisien d’adoption, ‘Dictionnaire du jazz à lui tout seul’’ (Francis Marmande, Le Monde, 29 mars 2001), sur les scènes et dans les studios du monde entier avec tous ceux à qui le jazz doit quelque chose et/ou qui doivent quelque chose au jazz : Henri Renaud, Bobby Jaspar, Lee Konitz, Clifford Brown, Gigi Gryce, Bud Powell, Bob Brookmeyer, Roy Haynes, Duke Ellington, Buddy Banks, Chubby Jackson, Lester Young, Lou Bennett, Louis Armstrong, René Urtreger, Eddy Louiss, Stan Getz, Johnny Griffin, Sonny Stitt, André Villéger, René Thomas, Mundel Lowe, Marc Johnson, Vic Lewis et tant d’autres ...
Pour mettre cette biographie* en forme, Rolande, la fidèle compagne, a puisé dans sa mémoire, dans une riche iconographie et d’abondantes archives sonores et écrites la matière à construire un ‘’Jimmy Gourley, Day by Day, Film by Film’’, dont l’idée originale lui avait été soufflée par l’ami constant, Félix Lemerle.
Se reflète donc ici la trame sur laquelle se tisse jour après jour le quotidien d’un artiste musicien de jazz expatrié, et dont elle constitue un peu l’archétype, avec ses faux-départs, ses obstacles, ses emballements, ses passages à vides et ses sommets, en France, Europe, Etats-Unis, Afrique et partout ailleurs ... Bref, tout ce que l’on n’imaginait pas disposer un jour sur l’un des musiciens les plus discrets°, les plus originaux, les plus élégants et ... les plus injustement oubliés de l’histoire du jazz, disciple de Jimmy Raney : Jimmy Gourley, Un américain à Paris !!
En même temps que cet ouvrage, premier et unique à ce jour consacré à la mémoire de Jimmy et qui se lit d’une traite, Frémeaux & Associés édite une anthologie sonore des périodes les plus riches de sa carrière dans un coffret de 3 CDS (1951-1954, 1954-1961 et 1972-2002)** ... l’un n’allant pas sans l’autre !
Pour le reste :
- On consultera avec bonheur la discographie complète de Jimmy, rassemblée par Christian Oestreicher (récemment disparu).
- Jordi Pujol a édité en 2019 sur le label Fresh Sound Records «The Cool Guitar of Jimmy Gourley · Quartet & Trio Sessions 1953-1961» - FSRCD1101, (compilation complémentaire de la présente édition avec peu de doublons).
*Rolande HUGARD-GOURLEY, « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris ». Frémeaux & Associés - FAL3270.
ISBN : 978-2-38283-270-7
** « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris, 1051-2002 »,
Un coffret de 3 CDS Frémeaux et Associés - FA5901
À paraitre le 10 septembre.
°Il est assez stupéfiant de constater que Jimmy n’enregistra son premier album en leader que plus de 20 ans (1972) après son arrivée en France (1951), et que cet album ne sera publié que plus de 10 ans plus tard : « Jimmy Gourley & The Paris Heavyweights », après un enregistrement réalisé avec Lou Levy et Stan Getz (sous le pseudo de Dju Berry) : « No More ».
NDLR : le format éditorial choisi ne rend pas complètement justice à la qualité des documents photographiques sélectionnés (souvent inédits et qui ne représentent qu’une partie du fonds disponible) ... On rêve d’une édition grand format, en souscription par exemple, à l’instar de ce que Jean-Luc Katchouraavait réalisé avec Michele Hyk-Farlow pour la biographie de Tal Farlow, ''Accord Parfait'' (2014, distribué par Paris Jazz Corner).
Après «Shakkei», publié en début d’année, et chroniqué ici, Alexandra Grimal a fait paraître ces derniers mois quatre autres enregistrements, accessibles via bandcamp
«Nekosphere», un solo du guitariste Didier Aschour sur une composition d’Alexandra Grimal, enregistré en 2022 : méditatif, abstrait et mystérieux….
«Souffler sur les nuages en attendant le printemps - climatologie d'une cabane en hiver», inspiré par 31 haïkus d’hiver, composition pour chœur mixte enregistrée en 2024 à l’Abbaye de Fontevraud par l’Institut Musical de Vendée (direction Odile Amosse), la Maîtrise des Pays de la Loire (direction Pierre-Louis Bonamy), et la Maîtrise de la cathédrale de Nantes (direction Julien Buis). Au total un centaine de vocalistes, pour une œuvre en courtes séquences successives où les langages du chœur, toutes époques confondues, s’épanouissent avec une force expressive sans pareille.
«La Ronde», version pour quatre cloches d’une pièce pour six cloches, commandée en 2023 par l’Abbaye de Fontevraud, et enregistrée en ce lieu en 2024 : insondable mystère des sons épars, comme venus d’ailleurs.
Et enfin «Interspaces», solo de saxophone d’Alexandra Grimal, enregistré en juillet et publié tout récemment. Ici les harmoniques du soprano ouvrent encore des champs (et des chants) insoupçonnés
Le tout chaque fois enregistré par l’irremplaçable Céline Grangey, qui excelle dans l’art de magnifier la musique en restituant le son. Et une fois encore la diversité d’inspirations, de pratiques et de nomenclatures révèle avec constance la richesse de l’univers musical de la compositrice, de la saxophoniste (et aussi improvisatrice) : une musicienne qui n’en a pas fini de nous surprendre par l’étendue de son Art musical.
Nate Smith (compos, dirc, dms) + au gré des morceaux, feat : Josh Johnson (sax), Jswiss, Marquis Hill (tp), Lala Hathaway (vc), Lionel Loueke (g), Michael League (b), Säje (vc), Kiefer (rhodes), Carrtoons (b), Ben Williams (b), Jermaine Holmes (vc), Charlie Hunter (g, b), DJ Harrisson (rhodes)
Gros coup de cœur pour cet album de rentrée, du batteur américain Nate Smith.
Avec « live- action », le batteur de Pat Metheny ou de Norah Jones (entre autres) se promène dans un ambiant jazz hyper léché ( certains diront « hyper produit ») où règne en maître une sorte de groove suave porté par des voix superbes. Tout cela entre mélodies, rap et scansions.
Nate Smith qui signe les compositions s’éloigne certes du jazz pour privilégier une approche nettement plus commerciale, à l’instar de beaucoup de talentueux jazzmen (et women) de l’autre côté de l’Atlantique qui ne cessent de lui tourner le dos.
Mais qu’importe. Finalement cet easy listening, on le savoure sans même éprouver la moindre culpabilité, tout simplement parce que ça passe tout seul. Crème !
Nate Smith s’entoure de ce qui se fait de mieux dans la pop culture américaine à l’image de Lala Hathaway (la fille de son père, Donny, auréolée de 5 grammy’s) qui vient prêter sa voix sublime sur un titre (Automatic). Ou encore Charlie Hunter, le guitariste à huit cordes de la néo-soul. Marquis Hill, le trompettiste de l’Illinois, très en vue aux IS est aussi de l’affaire.
Il y a certes un peu de name dropping dans cet album mais (et c’est tout le talent de Nate Smith), sans jamais perdre en cohérence.
Il le dit lui-même, cet album « était une façon d’activer toutes ces relations que j’ai construites ces cinq dernières années »
Entièrement enregistre en live , il a été réalisé en utilisant chaque fois les mêmes instruments. Ce qui contribue justement à cette homogénéité.
Au final, un album rond, un peu mou mais aussi velouté et sucré. Dans lequel on aime, finalement s’y prélasser.