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2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 11:40
NEW VIAGGIO   Richard Galliano

 

 

 

New Viaggio      Richard Galliano

 

Richard Galliano (accordéon, piano, accordina) Biréli Lagrène ( guitares acoustique et électrique) Pierre Michelot (contrebasse) Charles Bellonzi (batterie)

Sortie de l'album le 3 octobre

 

L’accordéoniste Richard Galliano est une légende vivante, à 75 ans bientôt, un innovateur à la voix singulière. Si l’accordéon est reconnu aujourd’hui avec la nouvelle génération et Vincent Peirani, il n’en a pas toujours été ainsi et c’est Richard Galliano qui a ouvert une voie dans les années 90, d’où l’intérêt de cette réédition New Viaggio d’un album initialement paru en 1993, Viaggio, chez Dreyfus, un tournant dans la carrière de ce musicien hors norme.

« Pour la première fois dans l’histoire, cet accordéoniste  vient d’enregistrer un grand disque de jazz. » pouvait on lire sur Télérama à l’époque.

Remastérisé, enrichi d’un bonus inédit « For Lolo » et de quatre « alternate takes » « Coloriage », « Java Indigo », « Little Muse », «Waltz for Nicky » toujours intéressantes pour des comparaisons possibles, cet album rejoint une discographie impressionnante sur les plus grands labels de jazz , Galliano étant le seul à enregistrer du classique sur Deutsche Grammophone ce qui prouve l’étendue de son registre. Il a fait des rencontres décisives, en premier celle de Claude Nougaro-et l’on retrouve ce poignant « Tango pour Claude » ( sa chanson « Vie Violence »), devenant très vite accompagnateur et chef d’orchestre du chanteur. Il a toujours su s’entourer des formations les plus diverses, inoubliable en duo avec Michel Portal, sans oublier l’aventure enivrante du solo possible puisque l’accordéon est un véritable orchestre à lui seul.

 

Sur Viaggio, il était entouré d’une rythmique formidable Charles Bellonzi (c’est lui Lolo) et Pierre Michelot disparus depuis peu ainsi qu’un tout jeune guitariste manouche qui a fait ses preuves depuis, Biréli LagrèneOn retrouve la qualité inaltérable et plastique de la musique de l’accordéoniste vite familière, simple, en apparence seulement. Entre tango et valse, Galliano a su allier jazz et musette dans une ligne claire, éblouissante, bataillant pour redonner une juste place à son instrument. Reprenant le flambeau de l’école française de la valse et du swing musette, des Marcel Azzola et André Astier, du Belge Gus Viseur, des Tony Murena et Joe Privat, il a créé le New Musette sur les conseils de son ami et mentor Astor Piazzola qui avait de son côté initié un New Tango vingt ans plus tôt! Une façon enthousiaste et passionnée de sauver le musette de son image poussiéreuse, une façon non-passéiste d' arracher l'accordéon à ses clichés bon marché.  « Quand le jazz est là, la java s'en va » annonçait l’ami Claude avant de de nous détromper en concluant la java ne se fait pas la malle, il lui laissait en effett les mains pour le bas de son dos. Preuve en est que Jazz et Java, ça doit pouvoir se faire dans ce « Java Indigo ». Ainsi, sous ses doigts, cet instrument si longtemps méprisé des "jazzeux" se métamorphose en une formidable boite à swing, un orgue somptueux aux harmonies chatoyantes et moelleuses.

Les dix pièces de cette nouvelle aventure se divisent en fragments avec suspens, rebonds, intercalant néanmoins des respirations avant des échappées fulgurantes ou des arrêts plus brutaux. L’accordéoniste peut installer la toile de fond sur laquelle, incomparable auteur de « coloriage », il déploie des mélodies enjouées « Waltz for Nicky », virevolte avec une ardeur toute rythmique sur un tempo de plus en plus vif, le bras droit tel un archet, dépliant les soufflets pour leur donner le maximum d’amplitude donc d’intensité. Dans un dérèglement contrôlé, le quartet nous balade sans jamais nous perdre car au tourbillon fou peut répondre l’infinie tendresse d’une berceuse, de mélodies souvent mélancoliques aux textures et tournures subtiles quand il s’agit d’hommages dont il est désormais un spécialiste « For Billie ». Il n’y a donc pas de mal à regarder dans le rétro de temps à autre et il est même conseillé de revenir aux fondamentaux  temps à autre.

 

Concerts au New Morning le 12 Décembre 2025 ( 2 concerts le même soir à 20h et 22h  ) Richard Galliano (Accordéon, Melowtone), Adrien Moignard ( guitare) et Philippe Aerts ( contrebasse) 

 

Sophie Chambon

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29 septembre 2025 1 29 /09 /septembre /2025 00:23

Enregistré au Studio La Menuiserie (93130) les 6 et 7 janvier 2025, sous la direction artistique de Daniel Yvinec.
Trebim Music - TREBMUS069 / L’autre distribution.
Paru le 19 septembre.
Concert prévule 13 novembre au SUNSIDE (75001).

 

 

     Bis repetita placent. Cinq ans après « Interplay, The Music of Bill Evans » (Trebim Music-TREBMUS060), les duettistes Alain Jean-Marie et Diégo Imbert se retrouvent en tête à tête, sous le regard de Daniel Yvinec, directeur artistique très recherché.


     Le pianiste et le contrebassiste passent en revue, sans effet gratuit, quelques-uns de ces standards inoxydables, nous rappelant toute leur grâce éternelle (‘Stardust’, ‘Skylark’, ‘Laura’, ‘If You Could See Me Now’, ‘A Flower is a Lovesome thing’, ‘The Nearness of You’…).

 


     Cette déambulation au pays des ballades s’effectue sans peine, laissant le temps à l’amateur d’apprécier la sobriété –qui ne veut pas dire sécheresse- de jazzmen d’excellence n’ayant plus rien à prouver et se plaisant à deviser avec comme seul objectif de servir la musique. L’espace d’une petite heure, Alain Jean-Marie et Diego Imbert nous offrent là une belle révision de ces classiques du jazz, réussissant à surprendre et séduire.


      Un album qui révèle des secrets à chaque écoute et est fortement conseillé en cette période de fracas en tous genres.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 22:01

John Taylor (piano), Marc Johnson (contrebasse), Joe Baron (batterie)

Birmingham , janvier 2002, ECM / Universal

Enregistré à Birmingham (la ville anglaise des West Midlands, pas celle d’Alabama aux USA), un concert inédit qui méritait de devenir mémorable pour nous qui n’y étions pas, grâce à cet inédit. Sans revenir sur le considérable talent (pianistique et musical) de John Taylor, l’occasion de rappeler l’importance de ce musicien pour la scène européenne (et au-delà….) depuis les années 70, et jusqu’à sa mort en 2015 où, pris d’un malaise au cours d’un concert à Angers, il mourut dans cette même ville le lendemain. Des compositions antérieures du pianiste, mais aussi un thème de Ralph Towner (qui donne à l’album son titre), et Up Too Late de Steve Swallow (Steve l’avait enregistré en 1988 avec Henri Texier, et en 1995 avec John Taylor, entre autres….). Un admirable toucher, qui peut exploser dans des foucades virulentes, un sens de l’interaction qui fait merveille, avec ses deux partenaires (des orfèvres de l’interperlay , et qui graveront avec lui un autre disque, en studio, en avril de la même année). Et la grâce absolue des improvisations aussi libres qu’inspirées. De la première à la dernière plage, un triomphe permanent de la musicalité subtile, sans ostentation ni emphase. On se précipite sur ce très très beau disque !

Xavier Prévost

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=wNy7e--NRq4

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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 09:36
DJANGO CELEBRATION # 01  Stochelo Rosenberg, Rocky Gresset, William Brunard

DJANGO CELEBRATION # 01

Stochelo Rosenberg (Guitare), Rocky Gresset (Guitare),William Brunard (Contrebasse) 

Sortie du CD le 26 septembre 2025

Co-production entre LABEL OUEST (un label Bayard Musique ) et FRAMBOISE PRODUCTION( pour Sunset Records) / DISTRIBUTION : BACO MUSIC

 

 

Ce Django Celebration continue l’héritage de Django Reinhardt en organisant des rencontres entre un musicien reconnu de cette musique et une figure émergente de la nouvelle génération. Label Ouest et le Sunset-Sunside ont mutualisé leurs efforts pour produire ces formations manouche, toutes générations confondues en concerts et sur Cd jusqu’en 2028 (75e anniversaire de la disparition de Django) . Pour commencer cette collection, c’est le contrebassiste William Brunard qui a eu l'initiative de ce projet et en assume la direction artistique avec l’aide du guitariste producteur Max Robin, depuis longtemps engagé à faire vivre le jazz de et d'après Django.  Dans le trio, deux pointures de cette musique, Rocky Gresset qui tourne avec Thomas Dutronc sur scène et en studio, mais que l’on a pu aussi entendre avec Louis Winsberg, Eric Legnini… et Stochelo Rosenberg, son aîné, formé aux rendez-vous du festival de Samois-sur-Seine, adop par Stéphane Grappelli, frère d'armes de Biréli Lagrène ( Gypsy Project ). D’origine néerlandaise, Stochelo Rosenberg est d’abord leader du trio Rosenberg (ses cousins). Le jazz manouche est souvent une affaire de fratrie, de cousinage, voire de dynastie, l’exemple venant des Reinhardt eux-mêmes.

L’album commence d’ailleurs avec « For Sephora » composé par Stochelo Rosenberg pour sa jeune sœur, devenu un classique,  rafraîchi dans cette nouvelle interprétation sur un rythme de bossa nova et se finit sur son non moins célèbre « Double Jeu ». Pirouette inventive du titre sur l’interaction généreuse et brillante des jazzmen. Huit titres que le trio prend le temps de développer (deux compositions de Django moins reprises (« Douce ambiance » et « Webster »), l’immortel « Over The Rainbow » rendu avec finesse sur un tempo lent qui sied à cette chanson et des compositions originales de Stochelo Rosenberg. Voilà donc un trio que l’on écoute avec plaisir que l’on soit ou non connaisseur de ce style de musique tout de même particulier. Les guitaristes mènent le jeu à part égale ( chacun assumant la position de soliste et/ou de guitare rythmique selon la loi du genre)Ces deux là n’ayant plus rien à prouver, ils jonglent dans leurs solos respectifs avec des accords parfois étonnants et leur swing est tout simplement irrésistible. Le contrebassiste tire son épingle du jeu en brossant sa toile de propositions harmoniques. Dans ces compositions l’improvisation ouverte rejoint une structure rigoureuse. Ce qui donne une impression de création continue sans le moindre temps mort. Le public apprécie !

Une formation à la virtuosité élégante qui ne se voudrait pas seulement démonstrative, un phrasé souvent véloce, souple, subtil d’une grande précision pour une musique ancrée dans la tradition et qui coule néanmoins avec une grande liberté. 

 

Sophie Chambon




Prochains Concerts :

22 et 23 octobre 2025 : Release Party Django Celebration #01 au Sunset (Dans le cadre du festival Jazz sur Seine)
Du 20 au 24 janvier 2026 : Semaine Django Celebration au Sunset

Prochainement disponible : #02 avec Tchavolo Schmitt / Fanou Torracinta / William Brunard à paraître le 21 novembre 2025.

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23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 17:38

Ellinoa (voix, glockenspiel,compositions, arrangements),

Christelle Raquillet (flûtes, ocarina, chœurs), Arthur Henn (mandoline, chœurs), Héloïse Lefebvre (violon, chœurs), Mathilde Vrech (alto, chœurs), Juliette Serrad (violoncelle, chœurs)

Arrangement sur Le gibet : Philippe Maniez

Meudon, février 2025

Les P’tits Cailloux du Chemin / Inouïe Distribution

http://www.ellinoa.net 

 

Inclassable, assurément, et c’est en partie ce qui en fait la valeur. La compositrice et chanteuse signe aussi les arrangements (sauf pour Le Gibet de Maurice Ravel). Et une fois de plus s’impose à nous la singularité de son écriture. Une nomenclature chambriste d’une certaine façon, mais nourrie d’une foule d’univers musicaux, et aussi d’un recours à l’improvisation. Une sorte de manifeste des désirs musicaux d’une génération imprégnée des musiques dites savantes (de tous les horizons) et des musiques populaires de tous les mondes. Le Japon est l’une des sources de ce programme, sans qu’il soit le moins du monde asservi à cette influence. Une source d’inspiration, mais comme un tremplin vers la liberté. Source, mais qui n’emprisonne pas dans un piège narratif. Libre comme l’air, comme l’oiseau qui est là, et dont l’importance nous échappe : ainsi chemine la musique d’Ellinoa, et tout l’univers qu’il transporte, comme un rêve. Des textes en anglais qui disent le rythme, une prosodie complice de la musique. Des intervalles tendus dans les phrases musicales, pour nous rappeler que le confort n’est pas forcément l’auxiliaire de la beauté, et des instrumentistes, également choristes, qui font vivre magnifiquement la partition et le texte. Et sur l’admirable Le Gibet de Ravel, orchestré par un complice d’Ellinoa, un texte en français, mais qui n’est pas emprunté au recueil d’Aloysius Bertrand (Gaspard de la nuit ) qui inspira Ravel pour sa fameuse pièce de piano. La chanteuse (sa voix, son expressivité, son aisance dans l’écrit comme dans l’impro) est comme la conception de la musique : au plus haut niveau. Bref un grand disque, tout simplement

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert à Tours (au Petit Faucheux) le 9 octobre, et à Paris (au Lavoir Moderne) le 14 octobre

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Un avant-ouïr sur Youtube

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18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 08:53
Théo Girard &  MOBKE   La rivière coulera sans effort

 

THÉO GIRARD & MOBKE  LA RIVIÈRE COULERA SANS EFFORT 

Sortie 19 Septembre 2025 

Concert Jeudi 6 Novembre au Studio de l'Ermitage.

Sophia Domancich (piano) Nick Lyons (sax alto) Lesley Mok (batterie) Théo Girard (contrebassse)

THEO GIRARD MOBKE | DISCOBOLE

Quatrième album du contrebassiste mais premier avec ce quartet franco-américain MOBKE (MOntreuil / BrooKlyn / Ensemble) tel nous arrive  la Rivière coulera sans effort» que l’on découvre avec un vif intérêt dès le lancinant et hypnotique premier titre « La chose ». Intrigant et terriblement attachant. Un univers poétique que le titre de l’album ne dément pas. Une musique fluide qui coule sans effort mais non sans effet car elle est loin d’être lisse. Une alchimie qui s’installe très vite avant que la machine ne s’emballe, que le son prenne peu à peu son envol et tout l’espace, porté par des improvisations furieuses et fiévreuses. Dans certains moments privilégiés, c'est ce qui advient quand la musique écrite se confond avec l’improvisation. Le quartet s’épanouit dans le jeu collectif que la dynamique d’un jeu ouvert à tous les « accidents » autorise... faisant jaillir des climats aussi captivants qu’énigmatiques.

Quatre voix singulières, chacune que l’on pense identifier dans son univers propre-alors que l’on n’est pas au bout de ses surprises, dont aucune ne semble prédominante dans un échange que seule décèle une écoute  attentive. À la contrebasse et à la direction artistique, Théo Girard - fondateur de Discobole I Compagnie & Label a collaboré à des projets aussi éclectiques que Bratsch, accompagné la pianiste Macha Gharibian, Le Bruit du [sign], ou Sibiel. Après la sortie de son premier album 30YearsFrom en 2019, il a écrit pour grand ensemble avec Pensées Rotatives.

Théo Girard est sans nul doute revenu de New York avec chevillé au corps la pulsation américaine, possédé par cette énergie brute, sourde, intense. Avec lui, la batteuse américaine d’origine chinoise Lesley Mok et le saxophoniste new-yorkais Nick Lyons. Sans oublier de ce côté-ci de l’Atlantique la pianiste française Sophia Domancich que l’on ne présente plus, exploratrice aux multiples projets qui se déchaîne sur « On se lève, on se casse » (Référence aux paroles de la comédienne Adèle Haenel aux Césars?).

Emballements brusques, moments de suspens frémissants, équilibre parfait des voix. Piaillement du sax au son autant crissant que prenant sur des fragments rèches et répétitifs, piano percussif obstinément, charnel quand il le faut, aux notes perlées égrénées presque tendrement. La contrebasse très active dont le chant puissant à l’archet peut soudain engager une course poursuite avec le temps… devenir basse obstinée fournissant une assise stable aux autres voix, intelligence d’une batteuse coloriste aux percussions libres, aussi subtile qu’effrénée dans les rythmes les plus accidentés. Plutôt inclassable dans la catégorie post quelque chose après l’incontournable « post moderne » de la fin du XXème… cette musique est néanmoins forte d’une cohérence qui lui donne son ossature. Un enregistrement qui sonne comme un live, c’est dire! Une rencontre franco-américaine qui fera date, n’en doutons pas, tant cette alliance plutôt inattendue fait des étincelles.

Sophie Chambon

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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 05:23
TRIO KÜHN HUMAIR JENNY-CLARK               ON TOUR 1992-1993

 

TRIO KÜHN HUMAIR JENNY-CLARK   ON TOUR 1992-1993

 

Editions, Galerie et Librairie Sonore Frémeaux & Associés

 

Jazz classique et contemporain

 

 

Les éditions Frémeaux & Associés ont-elles eu raison de ressortir ces fragments de trois concerts différents d’une longue tournée de ce trio mythique? Elles répondent en tous les cas à leur vocation patrimoniale car ces trois géants du jazz écrivirent des pages décisives de l’histoire de cette musique. Cette suite  gris et jaune citron (pochette peinte de DH bien sûr) est le témoignage vibrant d’une époque à jamais révolue : 5 extraits enregistrés sur des pianos et dans des conditions différentes entre le 18 Mai 1992 à Mayence et le 25 Mai 1993 à Chambéry avec une étape messine le 12 février 1993. Trois compositions de Joachim Kühn incises entre le-pour le moins spirituel « India »- de John Coltrane (live au Village Vanguard, 1961) qui, sur ce CD démarre avec un solo décisif de Daniel Humair et l’emblématique standard ( s’il en est, bien qu’avec les frères Gershwin ) « Summertime » de George Gershwin.

Les liner notes de Marc Sarrazy, auteur par ailleurs de Joachim Kühn, une histoire du jazz moderne ( Editions Syllepse, 2003) nous rappellent que c’est Gato Barbieri qui favorisa l’émergence de ce trio en 1971 sur la musique du Dernier Tango à Paris de Bertolucci ! Mais il faudra attendre 1985 pour assister à la naissance discographique de ce trio européen dont le succès fut immédiat. Il souligne d’ailleurs que Triple entente est le titre tout à fait justifié de leur dernier album en studio.

Survient assurément une nostalgie à l’écoute de ce jazz indiscutablement free, libre (mais d'une liberté surveillée), « vif » s’il en est aurait dit Jean-Pierre Moussaron. Les qualités d’enregistrement malgré les différences de prises de son sont indéniables et l’on écoute d’un trait cette musique torrentielle qui dévale impétueusement la pente abrupte de l’improvisation, à leur manière  authentique et spontanée...et référentielle d'un temps qu'ils ont vécu de l'intérieur. 

Volupté sensuelle et fougueuse, énergie irrépressible du live où chacun se donne à corps perdu. Joachim Kuhn dirige sa rythmique en leader affirmé, entraîne avec une certaine cohésion ce trio dans ses compositions longuement ouvertes, propices à un travail d’équipe, dans une frénésie percussive et néanmoins lyrique mais d’un lyrisme sec. On peut néanmoins dire que ce trio-triangle est parfaitement en place et vraiment équilatéral. Difficile en effet d’en imposer longtemps à Daniel Humair toujours aussi résolu, autoritaire, imposant dans un style personnel son tempo d’acier (Francis Marmande ). La tension est à son comble sans aucune faiblesse d’intensité. On écoute une musique qui n’a besoin que de surgir pour que l’on y croit  et se retrouve au coeur de la vague free! Des envolées d’une contrebasse élégante, boisée, vibrante sous-tendant le pilonnement sourd et pourtant nuancé, jubilatoire du batteur dans un échange fructueux « Guylène ».

Traversé de fulgurances, cette compil pas dégoûtante aurait dit Philippe Méziat fait entendre un chant solidaire, libéré et profond. Pas besoin d' attendre le dernier titre, la reprise pour le moins tonique de cette berceuse élégiaque que peut fredonner tout un chacun pour confirmer notre impression et lui assurer une note finale d’excellence. Des multiples versions de « Summertime » le plus souvent chantées, si on ne garde que les instrumentales, gageons que Gershwin aurait apprécié ce que le pianiste a fait de sa mélodie, une variation au parfum résolument coltranien dont on retiendra la relecture… 10’26 que l’on ne voit pas passer. Décidément rien à jeter dans cette musique. Merci Frémeaux& Associés, la librairie de l’éditeur sonore.

 

Sophie Chambon

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13 septembre 2025 6 13 /09 /septembre /2025 07:09
Alain SOLER et Robin Nicaise    Letter to Bill

ALAIN SOLER ROBIN NICAISE LETTER TO BILL

 

www.label-durance.com

 

Une fois les dog days derrière nous, quoi de plus opportun que de voir revenir les jours de vin et de roses, en écoutant le duo de Robin Nicaise et Alain Soler sorti sur le label Durance (Château-Arnoux) dans leur hommage à Bill Evans, ce « génie décisif » selon Pascal Anquetil  (Tana Editions) ? On aime jusqu'à la sobriété de l’objet CD d'après le portrait qu’avait tiré du pianiste, Kim Stewart, un Bill Evans binoclard, cigarette au bec, concentré, réfléchi.

Letter to Bill (clin d’oeil à sa Letter to Evan) est exactement ce que l’on souhaite entendre en ce mois de septembre, un album délicat,  apaisé, alors que le pianiste souffrant terriblement disparut brutalement le 10 septembre 1980 après un dernier concert au Fat Tuesday de New York.

Le coup de maître est d’avoir tenté et réussi à rendre ces mélodies si ancrées dans la mémoire de tout amoureux du jazz, indéfectiblement liées au piano de Bill et à son art du trio (piano-basse-batterie) réinventé. Une instrumentation inédite (guitare et saxophone ténor) et tout change... pour que rien ne change. Si Bill aima aussi s'essayer aux duos avec le guitariste Jim Hall, l’harmoniciste Toots Thielemans, il n’expérimenta pas la formule avec un saxophoniste ténor (que je sache).

On retrouve dans cette association duelle  de plus de trente ans l’écoute mutuelle, le flux continu avec des accents soulignés qui font tressaillir et plus souvent encore plonger dans une douce mélancolie.

Dans le programme choisi par le duo-et c’était un piège tant la sélection peut s’avérer redoutable, se retrouvent des compositions parmi les plus emblématiques « Very Early », « Time Remembered »,  « Show Type Tune », « Turn Out The Stars » et « Emily », la délicieuse valse de Johnny Mandel et Johnny Mercer que Bill Evans avait faite sienne.  Robin Nicaise et Alain Solereux se saisissent à leur tour de ces thèmes devenus standards et se les approprient, sans oublier "Nardis", une « curiosité » qui met en valeur chacun des instrumentistes dans une courte variation en solitaire. Alain Soler, toucher limpide et sensuel est tout en nuances et vibrations,  travaillant les résonances. Robin Nicaise s’empare de mélodies inoubliables aux couleurs harmoniques dont il joue « Sometime ago », « Turn out the stars », « Very Early ». Hormis le « Funkallero » plus enllevé, on reste sur des tempi doux, des ballades caressantes, enchanteresses. C'est une autre version  sans la rupture ni la violence des derniers rythmes evansiens, totalement bousculés dans le dernier trio. Rien n’est vraiment nouveau, rien n'est plus « classique » dans le portrait célébré ici mais voilà un exercice d’admiration tout est à sa place, incroyablement touchant et tendre.

 

Sophie Chambon

 

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9 septembre 2025 2 09 /09 /septembre /2025 22:46

Miguel Zenón (saxophone alto), Luis Perdomo (piano), Hans Glawischnig (contrebasse), Henry Cole (batterie)

New York, 20-21 septembre 2024

Miel Music

https://miguelzenon.bandcamp.com/album/vanguardia-subterr-nea-live-at-the-village-vanguard


 

Dix-huitième album de Miguel Zenón, mais le tout premier enregistré sur le vif du concert, et qui plus est dans l’un des temples du live in New York : le légendaire Village Vanguard

 

Qu’il joue ses compositions ou des reprises (deux dans l’album), Miguel Zenón se joue des codes musicaux : entre les rythmes et les formules des musiques de Cuba ou d’ailleurs (Porto Rico vu du Bronx pour Willie Colón), forgeant avec ses partenaires (soudés par 2 décennies de collaboration) un jazz souvent aventureux, louvoyant entre les langages, et servi par la cohésion et les talents de solistes de ses comparses. Dans le premier thème Miguel Zenón se saisit d’une matière musicale typiquement cubaine pour la métamorphoser en un jazz jaillissant, qui se faufile entre les rythmes, les tempos et les formes, le sax alto menant la danse jusqu’à un point paroxystique, avant que le piano ne prenne le relais, chauffé à blanc par la rythmique. Un apparent répit au thème suivant, mais la vivacité des phrases, sinueuses, suit toujours le chemin de l’urgence. De plage en plage, la musique se fait tantôt vive, tantôt abstraite. Et le thème titre résume à lui seul toutes les facettes du projet. Bref c’est captivant de la première à la dernière plage. Miguel Zenón et ses partenaires signent ici un grand disque, comme un idéal de l’enregistrement sur le vif : l’Art et la Vie, d’un seul geste. On se précipite sur cette pépite !

Xavier Prévost

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 12:57
Sinne Eeg & Jakob Kristoffersen     Shikiori

Sinne Eeg & Jakob Kristoffersen     Shikiori

 

Stunt Records

Sortie le 5 Septembre 2025

 

Soba Flower (そばの花)

 

On retrouve avec plaisir la chanteuse danoise, toujours dans le format resserré du duo, non plus avec le contrebassiste Thomas Fonnesbaek ( un premier album en 2015 et plus récemment ce Staying Back de 2021) mais avec son fidèle pianiste Jakob Kristoffersen qui la suit depuis près de vingt ans. Shikiori ( littéralement a place where hearts return), enregistré en live au Japon mais mixé et masterisé à Stockholm et Copenhagen est leur premier album en duo : réduit à l’essentiel, le tandem fonctionne très bien, la complicité n’étant plus à établir entre eux, ces deux musiciens étant prêts à se lancer et à graver jusqu’aux imperfections même. Le répertoire des Danois reprend avec intelligence certains standards très connus et toujours risqués « Lush Life » de Billy Strayhorn, un titre de la chanteuse pop anglaise Annie Lennox, pas son grand tube « Sweet Dreams » du duo Eurythmics avec Dave Stewart mais « Cold ». On comprend à quel point Sinne Eeg a pu être fascinée par la voix de l’égérie anglaise des années quatre-vingt.

Des versions remaniées à leur manière, variant le tempo, l’étirant au besoin pour laisser espace et respiration.  Reconnue comme une voix qui compte dans le jazz européen, la “sirène” de Copenhagena  a la classe des grandes chanteuses américaines d’antan. Elle injecte dans son interprétation (y compris en japonais) une aisance toute remarquable et chante sans forcer sa voix claire avec un bel ambitus, un naturel certain dans un jazz intimiste ou scaté légèrement ( « Better than anything » de David Wheat et Bill Loughourough) et s'impose dans le classique des frères Gershwin « But not for me ». Un timbre chaud et rond, des aigus quand il le faut qui ne déchirent ni ne vibrent trop, un swing qui ne trompe pas, jamais dans la performance. Un sens inné du phrasé. Elle ose reprendre sans imiter une quelconque version  le « Maria » de West Side Story- elle aurait d'ailleurs l'envergure de jouer dans un musical à Broadway. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux au piano et Fender, lyriquement classique, adapté à chaque titre. 

Mais ce sont surtout les propres compositions du duo (quatre originaux du pianiste et trois de la chanteuse) sur les 12  compositions de l’album qui retiennent l’attention. Revenons sur la source de leur inspiration qui unit  Japon et Scandinavie, tradition et exploration dans des improvisations sans retouche-ils peuvent se le permettre. Ce studio éphémère, maison dans la campagne japonaise au milieu des rizières, des biches et des sangliers sans oublier les dieux animistes est celle de la grand mère du contrebassiste Seigo Matsunaga restaurée à son retour en 2009 de Cape Town où il avait rencontré un autre contrebassiste Hein Van de Geyn lors de son long séjour loin du pays natal. Un temple de paix sous le regard bienveillant de son mentor, N.H.O.P  dont la photo est posée sur le piano droit de sa grand-mère, non loin de la contrebasse et d’un petit autel des « lares » shinto. Ecrin de ce projet, ce lieu de résidence encouragea nos Danois à faire de la musique : découvert en 2013, ils y composèrent des chansons que l’on retrouve sur cet album « Soba » et « Hebi ».

2024 fut en somme  un retour à Shikiori. Le résultat produit une grande liberté inscrite dans ce qui n’est pas de la nostalgie (Sehnsucht) puisque les Japonais reviennent passer l’été dans leurs maisons de famille comme l’écrit dans ses liner notes le contrebassiste, Shikiori est a timeless landscape of the soul. Un nouveau sanctuaire à retrouver régulièrement. Un endroit où l’on se ressource dans la tradition millénaire de ce pays clivé entre la plus violente modernité et le respect absolu de la nature et du passé.

De bonnes raisons pour déguster cet album aux nuances délicates et y  retrouver une certaine sérénité à l’orée de cette rentrée pour le moins troublée

Sophie Chambon

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