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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 05:55
OSCARPICUS                                           Cirque de Passage

OSCARPICUS Cirque de Passage

 

Alice Martinez: chant et compositions Ezequiel Celada: saxophones & clarinette Sylvain Avazeri: trompette & trombone Gabriel Manzaneque: guitare Olivier Lalauze: contrebasse Léo Achard: batterie

 

Label La Clique  la Clique / InOuïe Distribution.

Sortie de l’album le 15 mai

 

Le premier album de l’Oscarpicus ‣ Studio Escobette

 

 

Oscarpicus est un sextet né de la rencontre de musiciens chanteurs de la scène jazz traditionnelle. Formés au Conservatoire d'Aix-en-Provence, de Marseille et à l'IMFP de Salon-de-Provence, ils ont partagét plus de douze années au sein du Shoeshiners Band où ils ont acquis sens du rythme et esprit collectif, une joyeuse interaction que l’on perçoit immédiatement.

Si leur musique est héritée d’une tradition de jazz, de l’era swing au bop, elle se colore subtilement des parcours et influences de chacun. Au coeur d’une création originale, les textes plutôt insolites sont aussi précieux que les mélodies élaborées : chaque composition est prétexte à une chanson, petite histoire qui s’intègre dans le narratif de cet album conceptuel.

Le propos dans ce premier opus du groupe tourne autour d’un cirque de passage qui dresse son chapiteau dans une arène, scène parfaite pour ce 
retour à l’enfance. Perché quelque part entre les branches, un oiseau imaginaire à tête de bois observe cette drôle de ménagerie, passant en revue le personnel, du lion remplaçant aux enfants des coulisses, de l’acrobate au coeur et à la vie suspendues jusqu’à l’homme canon qui a trop fait ripaille et a peur de rester coincé dans le fût du canon... C’est le pivert qui anime ces fabulettes marrantes et bien rythmées, dans ces huit compositions co-signées d’ Ezéquiel Celada, Gabriel Manzaneque, Olivier Lalauz, mises en paroles par la voix fraîche et bien placée d’Alice Martinez, à la scansion précise et gourmande. A la fois conteuse et comédienne, elle a écouté Boris Vian et a su en faire son miel. Et l’on est heureusement surpris de voir combien le français tire son épingle du jeu dans cette interprétation ludique et sensible, adaptant cet esprit potache, onirique et parfois dramatique dans des paroles soulignées d'un accompagnement toujours approprié. Chacun y est allé de sa petite touche créative, humoristique voire métaphorique dans « Le roi des lapsus », « le P’tit Remplaçant », « Cœur suspendu ». Les soufflants font entendre leur bonne humeur cuivrée, endiablée et loufoque dans l’esprit des orchestres de la grande époque, leur modèle navigant entre Chick Webb, Jimmy Lunceford et même un Duke Ellington avec une trompette bouchée vaguement exotique et orientale dans « Le problème de Bernie ». Quelques accents de charleston décalé (« Papy Grognon »), une clarinette qui flirte avec le Dixieland et un trombone coulissant d’aise animent ces petits bibelots sonores .Tout n’est pas qu’allégresse cependant dans ce parcours de vies circassiennes comme le soulignent ces ballades fragiles, mélancoliques où un saxophone sensuel accompagne la voix de funambule dans « Mon Eurydice » ou «Ta vie bien rangée », finale de cet album attachant aux mélodies tendres, entraînantes.

N’oublions pas la rythmique essentielle à l’assise au groupe où guitare, contrebasse et batterie empruntent parfois des couleurs manouches « Cœur suspendu », des walking, un style « Le p'tit remplaçant ».

C'est ainsi que cette musique savoureuse  file allègrement et s’écoute d’un trait. On est même un peu chagrin que cela s’arrête, c’est dire le plaisir procuré par ce sextet qui sonne comme un big band et que l’on aimerait découvrir sur scène. Programmateurs, n’attendez plus pour choisir ce spectacle nostalgique et fantaisiste.

 

Sophie Chambon

OSCARPICUS                                           Cirque de Passage
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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 10:44
   Edward Perraud  Pascal Schumacher Sebastian Studnitzky            SINGÜLAR

SINGÜLAR

 

Edward Perraud (batterie, FX), Pascal Schumacher (vibraphone, claviers électronique), Sebastian Studnitzky (claviers, FX)

 

Label: XJAZZ ! Music

Home

Pascal Schumacher - Musician & Composer | SINGÜLAR

3 minutes of Singülar

 

Voilà un album expérimental dans lequel il est possible de s’immerger très vite... ce Singülar  porte bien son nom avec ce « u tréma » qui accentue la singularité de ce voyage au long cours dans l’espace. Le son devient sensation tissant synthés, vibraphone, trompette, batterie et électronique dans un flux hypnotique.

Dans une salle de concert luxembourgeoise trois Européens, un Français, un Allemand et un Belge, à savoir Edward PerraudSebastian Studnitzky et Pascal Schumacher qui ne se connaissaient pas auparavant ont expérimenté un coup de foudre musical. On le sait le jazz et les musiques actuelles sont prétexte à ces happenings d’un drôle de type entre des personnalités marquées, tempéraments forts et leaders à leurs heures.

Le premier album de  ce nouveau groupe saisit leur partage immédiat en une énergie commune liée à la même pulsation intérieure intense. Une première rencontre-qui ne devrait pas être brève ou accidentelle, où se fondent dans des textures travaillées et sophistiquées, ambient, jazz, électronique. C'est une plongée au coeur du son comme "force cosmique" avec des instruments chanteurs, le jeu sensible, explosif autant que raffiné d’ Edward Perraud, batteur tout à la fois percussionniste et coloriste en harmonie avec  les boucles hypnotiques de la trompette libre de Sébastien Studnitzky. Le son prend peu à peu son envol porté par les improvisations délicates, irréelles au glockenspiel et vibra de Pascal Schumacher. Curieux équipage qui parfois nous leurre quand on croit entendre non pas un trio mais une seule source d’un hydre à trois têtes.

Une vision fugitive, une danse envoûtante du son, avec ces chuchotements imperceptibles, ces bruissements de rêve éveillé, ce éclats de free sons, voilà ce que nous propose ce trio si peu académique. Ces pièces hors norme, il n'est pas évident d’en rendre l’étrangeté et la saveur. Parler de travail sur les timbres et textures n'est pas vain mais banal. Une dynamique audacieuse captée en studio qui jamais ne se répétera ainsi. Autrement dit le trio ne rejouera pas le CD en concert et s’embarquera avec son public vers l’immensité intersidérale pour trouver à défaut de nouveau, un ailleurs du son. Suivant un mantra  que définit Sebastian Studnitzky : il ne s’agit pas seulement de jouer de la musique, mais de ressentir l’instant ensemble. La musique naît de cette expérience partagée : brute, sans fard, mais intensément vivante et habitée.

Dans Singülar, cinq compositions peu nombreuses mais intenses et très longues (18’ pour le titre éponyme) prennent largement le temps de se déployer, « Liaima » au mitan de l’album  est construit entre ordre et dissolution, le trio toujours en évolution naviguant sans relâche entre exactitude assumée et incertitude rêveuse. Sont-ils prêts à disparaître avec « La Fin d’un Monde » ballade méditative sur la transition, le passage vers le début d’une nouvelle ère comme le résume Edward Perraud ?

Nouveau trio, nouveau répertoire mais une constante que vivent les trois musiciens : la force d’un langage rythmique, une écriture contrastée et des intuitions harmoniques. L’improvisation engendre entropie, deséquilibre, ruptures des directions affirmées. 

Quant à la pochette fantaisiste de ce Singülar "vachement singulier",  est-elle dans l' imaginaire poétique et drôle du trio' un clin d’oeil au mythique Atom Heart Mother du Floyd?

 

Sophie Chambon

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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 16:30

 

SIRIL MALMEDAL HAUGE & KJETIL MULELID : " I remember oranges"

Svale records 2026

Siril Malmeda hauge (vc) , Kjetil Mulelid (p) +Matthias Eick (tp), Johanne Flottorp (hardanger)

 

Gros crush pour cette chanteuse norvégienne de 34 ans que nous ne connaissions pas il y a seulement quelques heures et que nous venons découvrir à l’écoute de son dernier album ( « I remember oranges » paru sur le nouveau label Svale records ).

Coup de coeur parce que c’est un peu comme si la chanteuse venait à pas feutrés dans votre salon pour un hug plein de douceur et de tendresse avec cette voix qui vous embarque dans sa propre poésie.

Les versions de what reason I could give d’ornette Coleman et surtout de Feels like home de Randy Newman sont des moments d’émotion simples et veloutés.

La chanteuse a cette capacité, même quand on ne comprend pas la langue (quand elle chante en Norvégien), de vous embarquer dans son imaginaire qui, pour le coup devient le nôtre. Comme une faculté qu’ont certaines chanteuses d’insuffler un supplément d’âme au-delà de leur voix.

Lorsqu’une chanteuse se fait ainsi interprète, sans jamais chercher à forcer le trait, quand elle prolonge la musique ou que cette dernière soit le prolongement de sa voix on ne peut qu’être intimement touchés.

Avec le pianiste Kjetil Mulelid il s’agit d’une collaboration de près de 13 ans qu’ils ont lancé en 2013 et qui s’entend ici par cette complicité de l’instant, par cet air, ce souffle qui circule entre eux deux.

Procurez vous cet album et lorsque la famille sera couché et que le silence aura rempli votre maison, baissez les lumières et laissez vous envelopper dans un océan de tendresse.

Jean-Marc GELIN

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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 15:51

 

Giovanni Mirabassi (piano solo)

Paris, 18-20 août 2025

Jazz Eleven J11018 / Baco distribution

 

25 ans après ‘Avanti !’ (enregistré en novembre 2000, publié en 2001 par Sketch, et disparu des bacs des disquaires au cours des années suivantes), Giovanni Mirabassi en reprend le répertoire de chants de résistance, dans des versions différentes, plus développées ou plus brèves selon les cas. Et My Revolution de la version princeps devient My Permanent Rebellion . On retrouve El Pueblo Unido…., Le Temps de cerises , La Butte rouge, Bellla Ciao , etc.… L’original avait connu une considérable diffusion, et en faire revivre les thèmes et l’esprit s’imposait.. Ici Le Chant des Partisans se limite à 14 secondes, quand à l’origine il était développé en 2 minutes et 44 secondes. Ces nouvelles versions sont musicalement et pianistiquement brillantes, sans ostentation mais avec une grande ferveur. Retrouver ce répertoire à la faveur de cette réinterprétation est un pur bonheur, à déguster comme il se doit : pour paraphrase librement un fameux slogan soixante-huitard : ce n’est qu’un combat, recommençons au début…. pour aller plus loin !

Xavier Prévost

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Giovanni Mirabassi jouera ce programme en concert , le 3 mai à 16h30 en l’Église Saint Martin au Tilleul d’Étretat, et le 11 juin à Paris, au Bal Blomet

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=12HixASEFs4&feature=youtu.be

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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 16:23
GARDEN OF SILENCES    Clément JANINET

GARDEN OF SILENCES

 

Clément Janinet (violon, nyckelharpa, compositions ) Arve Henriksen (trompette, électronique), Ambre Vuillermoz (accordéon). Robert Lucaciu (contrebasse)

Garden of Silences | clementjaninet

www.bmcrecords.hu

 

Sortie le 1er Mai sous le label BMC

Concerts  12/05/ La Dynamo de Banlieues Bleues ( Pantin)

                  13/05/ Jazz sous les Pommiers

 

GARDEN of SILENCES - Teaser

 

Si on écoute seulement la musique de Garden of Silences sans rien lire des notes de pochette toujours très précises de Guillaume Malvoisin, on est en proie dans cette suite mystérieuse à un vertige sensoriel où les instruments mêlent leurs timbres, s’ajustent ou s’échappent dans des impros.

Allons-y-voir de plus près cependant ! On avait aimé Clément Janinet dans l’insolite trio chambriste de la Litanie des Cimes quand il prenait de la hauteur sur la canopée. On l’avait suivi dans O.U.R.S, cette autre formation qui annonçait quelque peu son goût des musiques répétitives (Ornette Under Repetitive Skies) et du free.

On continue à présent à explorer ses territoires musicaux de prédilection qui sont nombreux car le violoniste mandoliniste aime unir styles (musiques de chambre, répétitives, trad...) folklores et époques : il s’est choisi cette fois une nouvelle équipe européenne, des compagnons au solide background respectif pour lesquels il particularise certains thèmes ( les basses de l’accordéon, la précision de la contrebasse), les mettant ainsi en valeur. Sur dix compositions qui prennent le juste temps pour se déplier, huit sont de sa plume de compositeur et d’habile arrangeur.

Le quartet poétise de façon certaine, s’attachant à remonter le temps avec la musique baroque des origines à la suite d’extraits des Lamentations du compositeur italien Emilio de Cavalieri, musicien novateur de la cour de Ferdinand de Médicis à la fin du XVIème, introduisant  ces premières Leçons des Ténèbres baroques. C'est une écriture subtile sur un chemin balisé de références (s)électives en se permettant écarts et pas de côté vers ces musiciens au rayonnement européen du XVIIème par des « transmutations » audacieuses qui gardent souvent la mélancolie des originaux. L’amateur plus « classiquement » jazz découvre un envoûtant et orientalisant "Musette" d’après le gambiste Marin Marais ou une adaptation singulière d'une cantate de Dietrich Buxtehude( Garden Hosts Mystery").

La qualité évidente de la musique vient de ce travail collectif, spontané et complice qui exalte aussi les diverses textures d’un instrumentarium incongru : trompette troublante avec ses effets, accordéon, contrebasse, violon... Et en amoureux des cordes frottées, pincées, Clément Janinet délaisse parfois son violon pour la nyckelharpa suédoise, aimant s’amuser d’alliages nouveaux avec cette sorte de vielle.

S’il a montré par ailleurs son goût pour les rythmiques de musiques traditionnelles mandingues, peul aussi bien que bourguignonnes, ce sont les musiques trad du centre de la France redécouvertes avec le Malicorne folk des seventies, auxquelles il va faire subir des « Transformations » en exaltant le jeu en pizz ou à l’archet du contrebassiste Robert Lucaciu. Ou encore cette Lola inspirée du violoncelliste Mario Boisseau. On retrouve enfin sa fascination pour les minimalistes américains Steve Reich et John Adam qu’il branche sur des harmonies de Dietrich Buxtehude dans ce « Repetitive Cantum » au titre explicite.

Recyclant des thèmes plus ou moins obsessionnels, Clément Janinet y revient en organisant des variations, reprenant par exemple deux thèmes de ses divers O.U.R.S, « In the head » de 2017 arrangé cette fois pour le Norvégien Arve Henriksen et ce « Third meditation » apaisant qui clôt un album somme toute serein. Clin d’oeil très bref comparé à la première mouture dans l’album de 2020 Ornette Under Repetitive Skies qui soulignait la couleur de l’album sur près de 13’ à grands traits d’archet, jets continus introduisant des micro-variations, changements infimes de ces cellules redondantes, aux échos d’un saxophone coltranien de la dernière période.

En dépit de cet éclectisme singulier, ce Garden of Silences finit par révéler  quelques-uns de ses secrets dans ce modèle d'équilibre et de cohérence dans le montage des diverses compositions. Un concert spirituel, “aux tempos lents, aux contemplations harmoniques” sans rupture brutale, ni même dérèglement contrôlé, le free est métaphoriquement présent dans ces libres échappées stylistiques.

On ne peut que reprendre la formule si pertinente d’ «ancient melodies of the future” dans cette assimilation décomplexée de courants divers. Clément Janinet et son fécond imaginaire nomade musical méritent décidément d’être suivis de près.

 

Sophie Chambon

 

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28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 18:41

Ben Wendel, saxophone ténor, compositions I Joel Ross, vibraphone, marimba I Simon Moullier, vibraphone, chromatic balafon I Patricia Brennan, vibraphone I Juan Diego Villalobos, vibraphone, mallet station, percussion

 

Cela fait déjà quelques temps que l’on suit le saxophoniste canadien comme l’un des plus créatif de la scène actuelle. Alors qu’il fête tout juste ses 50 ans le fondateur du groupe mythique Kneebody semble ne jamais se reposer sur ses acquis. Ses compositions et ses productions témoignent d’une remise en cause permanente. D’une prise de risque totale comme exigence de sa liberté artistique.

Pour ce nouvel album, le risque repose avant tout sur instrumentarium particulièrement original puisque Ben Wendel a choisi ici de s’entourer de 4 des plus grands vibraphonistes actuels venus des 4 coins de la planète. Et cette association jamais entendue ailleurs fait mouche tant elle possède en elle une forme de force séductrice irrésistible. Comme une sorte de tapis volant déployé sous les ailes du saxophoniste particulièrement inspiré. Un écrin harmonique soyeux.

De là Ben Wendel offre un univers aux multiples inspirations passant d’un univers proche de l’Afrique des griots (Mimo) à une musique presque carnatique ( Clouds) où le sax de Ben wendel semble s’envoler dans un flow irrépressible. Sur Olha Maria ( seul morceau qui n’est pas signé de  Wendel mais en l’occurrence de Jobim), c’est pareil. Le saxophoniste s’y montre brillant, puissant et fluide à la fois avec ce son qui semble venir autant du ventre que de la tête.

C’est toute la créativité de Ben Wendell qui semble n’avoir aucune limite, qui s’exprime ici avec force accompagnement d’effets electroniques aussi subtils que légers.

Ses camarades de jeu ont aussi l’occasion de montrer l’étentue de leur talent avec une implication égale au service de la musique.

Au final on en sort captivés et séduits par l’univers déployé par Ben Wendel.

A découvrir absolument

Jean-Marc Gelin

 

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 12:03

Mark Tuner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

Perne-les-Fontaines, avril 2024

ECM 2835 / Universal


 

Le titre invite à penser le saxophoniste comme maître de la forme et de l’harmonie, ce qu’il est indiscutablement, et brillamment. La forme, suscitée par le saxophoniste et compositeur (qui signe l’ensemble du répertoire) ; et l’agilité dans les méandres de l’harmonie, qui est assurément l’un des secrets de cette musique. Les thèmes et leur déroulement sont une suite de détours qui pourraient sembler mystérieux, mais qui procèdent en fait d’une logique tant musicale qu’esthétique. Nous suivons le groupe, et ses solistes, dans ce doux labyrinthe qui, loin de nous effrayer, excite notre curiosité, et procure aussi le bonheur immédiat lié à la perception de l’instant sonore. Une illustration peut-être de cette démarche, souvent revendiquée par les plus brillants artistes, qui consiste à poser des contraintes pour mieux exprimer leur liberté par leur franchissement. Le musicien se joue de sa propre mémoire (ses compositions antérieures, et ses admirations). Le genre de disque qui, même s’il procure un plaisir immédiat, n’en finira pas de livrer ses secrets, à chaque écoute : admirable !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://music.youtube.com/watch?v=qKAICcGm6kI&list=OLAK5uy_nU9Yu26-t87W_XryXpDV7gNVTy1mUM208

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 09:11
Conversation             Jan Harbeck Quartet

 

Conversation Jan Harbeck Quartet

 

Label Stunt Records

Sortie le 24 avril

 

Jan Harbeck – saxophonist/composer

 

 

Conversation, voilà un titre bien trouvé pour le cinquième album du quartet (exclusivement) danois de Jan Harbeck qui depuis 2008 est fidèle au label Stunt. Jan Harbeck rencontre le succès dans son pays, jouant régulièrement dans les clubs de Copenhagen et quand le quartet est en tournée, il reste plutôt en Europe. Il s’agit bien d’un échange intime, sensuel, plus soutenu à d’autres moments (« Out of the Blue ») dans ces sept compositions jamais trop longues qui composent un album au timing et montage parfaits.

Comment ne pas remarquer cette communion entre musiciens qui se pratiquent depuis vingt ans ? Ce quartet soudé  cultive en effet cette « Interaction », cette intuition du jeu quasiment télépathique. Comme dans le bon vieil âge d’or du jazz quand les musiciens toujours ensemble, passaient leur temps à jouer, en tournée, sur la route et improvisaient alors en live facilement.

On notera le dialogue fécond entre un ténor inouï et un pianiste Henrik Gunde allumé quand il le faut, plus qu’inspiré dans ses contrepoints sur « Passing Clouds » ( qui rapproche des vers de Baudelaire ),  son échappée dans « Odd One Out » ou le final « Arena ». Cette osmose, j‘avais déjà pu l’observer à Parfum de jazz en 2023 sur le programme de son Balanced tout à fait exceptionnel où le ténor, devant un public admiratif suspendu à ses lèvres, rendait hommage à ses aînés sur un Selmer Balanced Action de 1939 qui avait appartenu au « Sound » lui même, le grand Stan Getz du « ténor en or ». Car Jan Harbeck nous parle en effet, susurre à l’oreille,  enlace inévitablement dans son phrasé. Quel est l’instrument le plus proche de la voix humaine ? J’aurais opté pour le trombone mais après avoir entendu Jan Harbeck, je n’en suis plus aussi sûre.

Instrumentiste délicat, son interprétation transcenderait n’importe quel thème, solidement soutenue par les lignes de basse d’Eske Nørrelykke (« Interaction ») et le tempo toujours juste d’un batteur discret Anders Holm.  On croirait que le quartet rejoue des standards tant ce jazz nous est familier. Or aucun thème n’est revisité sur ce nouvel album : ce sont toutes des compositions de Jan Harbeck mais il a souvent puisé dans le Songbook américain et des références subliminales jaillissent comme dans ce « Sparkle Sight » qui titille notre mémoire en swinguant de la plus belle façon.

Facile d’écoute, cette musique? Oui, si cela signifie que l’on est dedans dès les premières notes, une balade voluptueuse et amoureuse, ouverte et légèrement mélancolique, feutrée comme le souffle de Ben Webster. Pas un hasard s’il a reçu le Ben Webster prize en 2018. Précisons une autre évidence son inscription dans l’héritage du swing avec une inclination particulière pour Paul Gonsalvès. Surtout qu’il a connu la pratique des big bands où l'on attend des ténors et autres solistes de chaque pupitre qu'ils se lèvent et délivrent un solo d’anthologie comme chez Duke Ellington !

Cette musique s’oriente t-elle vers de nouvelles directions ? Peut-on suivre son évolution avec la discographie de son quartet ? Sensible à ce jazz qu’il aime et sert avec ferveur, outre une habileté technique évidente, Jan Harbeck saisit par une profondeur musicale dont on sait d’où elle tire son origine. Son expression seule suffit alors pour nous mettre sous emprise, pour notre plus grande jouissance. Il est irrésistible.

 

Sophie Chambon

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24 avril 2026 5 24 /04 /avril /2026 16:47


Olivier Ker Ourio (harmonica, compositions), Mathis Cordier (guitares), Benoît Sourisse (orgue), André Charlier (batterie). Invité : Andy Narell (steel drums).
Studio La menuiserie, juin 2025.
Continuo Jazz-Baco Distribution/Believe.
Paru le 27 mars.
Concerts prévus les 9 mai à Salon de Provence (13300), 29 mai au Baiser Salé (75001) et 2 août à Meymac (19250).


     Olivier Ker Ourio, le compositeur, est de retour, après une retraite de cinq années. L’harmoniciste, s’il n’a jamais cessé de pratiquer son instrument, a retrouvé le goût du récit. Avec treize compositions, le spécialiste de la musique à bouche ou, pour les québécois, le brise-babines, évoque ses amis, sa famille, ses confrères musiciens (Sylvain Luc, François Raux, François Jeanneau) avec sensibilité, fluidité, inspiration dans un univers toujours empreint de ses racines de l’Océan Indien, de son île natale de La Réunion.


      Les rythmes de l’hémisphère sud, une certaine forme de nonchalance sont omniprésents dans cette heure de musique concoctée par Olivier Ker Ourio avec un tandem soudé comme jamais (Benoît Sourisse à l’orgue et André Charlier à la batterie) enrichi d’un jeune guitariste de 22 ans (aux origines guyanaise, réunionnaise, martiniquaise) Mathis Cordier (à découvrir absolument) et sur deux titres d’un percussionniste des Caraïbes, expert ès steel drums, Andy Narell.


      Pour le concert de sortie de « Life As It Is », seul ce dernier, résidant de Sainte Lucie, manquait à l’appel sur la scène parisienne du Bal Blomet le 22 avril. En revanche, Olivier Ker Ourio avait convié un invité surprise, un complice de trois décennies au moins, le pianiste Manuel Rocheman avec lequel il publia en 2025 un duo (Affinities. Continuo Jazz).


Tout feu, tout flamme, le combo inédit délivra, après deux heures intenses, « A 380 »
(clin d’œil aéronautique), titre clôturant l’album « Life As It Is »... On planait !

 

Jean-Louis Lemarchand.  

 

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23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 12:16
L’histoire du jazz n’est faite que de ça     (Entretiens avec Mourad Benhammou)

 

L’histoire du jazz n’est faite que de ça

Entretiens avec Mourad Benhammou

 

Jazz / Editions Lenka lente

L'histoire du jazz n'est faite que de ça de Sébastien Bertho / Editions Lenka lente

accueil — mourad benhammou

 

 

La dernière publication jazz des Editions Lenka Lente est une histoire de passions : dans ce petit livre délicieusement accessible, dialoguent à bâtons rompus le batteur Mourad Benhammou et Sébastien Bertho, ancien directeur de club, qui, un soir de 2024, en descendant au 38 ‘Riv, a replongé dans son addiction au jazz, entamant une nouvelle phase dans sa relation à cette musique.

Ces échanges édifiants composent L’histoire du jazz n’est faite que de ça articulés autour de trois figures d’exception pour le batteur, trois maîtres qu ‘il appelle « griots » que peu connaissent, même parmi les amateurs : Walter Perkins (1932-2004), Louis Hayes (1937) et Grassella Oliphant. Ce sont des «  seconds couteaux » de l’âge d’or du jazz des années 50-60 que l’on aurait tort de négliger auxquels Alain Gerber a consacré son formidable Dictionnaire incomplet des Incompris : il explore une thématique passionnante sur les oubliés du jazz qui s’illustrèrent comme les acteurs du cinéma américain des séries B, voire Z et nos seconds rôles français d’avant-guerre. On peut aussi signaler Guillaume Belhomme et son anthologie des plus spécifiques Way ahead en cent autres figures.

Ces portraits que dessine Mourad Benhammou en évoquant ses rencontres, discussions et gigs quand il vivait à New York au début des années 2000 sont pour chacun des trois complétés d’une biographie et discographie circonstanciées. Et en dévoilant son approche et ses intérêts pour cette musique, se détache le parcours d’un batteur, musicien de jazz attachant et plus qu’intéressant auquel l’auteur reconnaît inventivité, grande écoute et ...un son ! Trois qualités qui structurent et ont construit la personnalité de Mourad Benhammou.

Le livre développe la démarche du batteur d’une évidence lumineuse. Mourad Benhammou s’est intéressé à ces musiciens découverts en … les écoutant sur les disques : Mes musées ce sont les disquaires partout où je passe... et je rebondis de disque en disque pour me constituer une culture. Son apprentissage s’est poursuivi par une série d’ entretiens auprès de ces « passeurs  » qu’il s’est choisis, avant qu’ils ne disparaissent : une histoire de rencontres provoquées, d’amitiés qui se sont parfois nouées entre eux !

Sa priorité fut Walter Perkins (Baby Sweets), l’un de ces hommes de studio qui ont enregistré dans le temps en sidemen parfois jusqu’à deux séances par jour et dont il retient l’orchestre qu’il codirigeait avec Bob Cranshaw, le MJT+3. Un musicien qui lui fit découvrir les différentes écoles de drumming et qu’il vénère aussi pour le son !

Pour Louis Hayes, un batteur tout en élégance et puissance ( Get the Baby Boy out of Detroit) il se concentre sur la façon dont il a vécu ses plus grandes années avec Cannonball Adderley, et encore les deux ans aux côtés d’ Oscar Peterson, même si sa carrière prolifique s’est poursuivie bien au-delà de ces expériences déterminantes. Epoque formidable où les groupes répétaient tout le temps, sur les routes, dans les clubs et faisaient l’essentiel en live, sans se préoccuper trop des instruments. Pas de geek fétichiste sur le matériel et les effets alors...

Le plus étonnant des choix de Benhammou est celui de Grassella Oliphant(1929-2017) dont je n’avais jamais entendu parler car un nom pareil se retiendrait! Il ne garde de sa très courte carrière que deux albums Soul Willing et Soul Shouting chez Prestige avec Stanley Turrentine, sans négliger ses accompagnements de chanteuses, elles aussi méconnues comme Gloria Lynne I am glad there is you (Everest Record) : totalement disparu du monde du jazz au début des années 2000, Oliphant, de golfeur était devenu gérant puis directeur d’un club de golf pour assurer l’entretien de sa famille. S’il n’a jamais arrêté de jouer, il n’en faisait plus son métier principal car il n’est pas rare chez les musiciens américains de vivre d’une autre occupation autrement plus lucrative. Le trompettiste Eddie Henderson chez Herbie Hancock entre autre était psychiatre.

Après cette partie consacrée à sa rencontre avec des griots, le livre de Sébastien Bertho se termine par un dernier chapitre plus court, jouer avec les griots. Ou comment Mourad Benhammou a mené sa carrière, façonnant son jeu avec des pointures comme Alain Jean Marie, Cedar Walton, James Spaulding, Lew Tabackin qui lui avoue même en confidence, préférer à tous les autres batteurs Billy Higgins.

Outre la (re)découverte de jazzmen et d’albums que l’on a envie d’écouter, on apprend à mieux connaître Mourad Benhammou qui a pu rencontrer ses idoles, apprendre auprès d’eux. Ce sont des musiciens qui ne sortaient pas de conservatoire mais consacraient leur vie à la musique. Cette leçon, Mourad Benhammou l’a retenue et sans doute est-il de ce fait un musicien passionnant à suivre. Qui, parmi les amateurs de jazz, n’a pas eu une fois l’idée d’attirer l’attention sur des musiciens qui lui sont chers mais qui n’ont pas la carte de la presse spécialisée ? Cette subjectivité assumée volontiers, cette façon de mettre en lumière des instrumentistes de talent, soulignent l’intérêt de cet ouvrage.  L’écriture en est plaisante, sensible, faisant saisir ce qui relie le batteur aux musiciens choisis, ce qui devrait justifier l’écriture de monographies consacrées à des musiciens.

A souligner que cet ouvrage édifiant  se termine par un index de bien d’autres « seconds couteaux »avec une discographie adéquate.

 

Sophie Chambon

 

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