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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 11:18

Que c'est bon de revenir à Coutances pour 3 jours du Festival Jazz sous les Pommiers !

Certes il pleut, le vent du Nord rabat sur les festivaliers un vent glacé, il fait froid mais tout le monde a un immense sourire et la place centrale grouille de monde.

Un public que le mauvais temps n'atteint pas, trop heureux d'être là.

 

Mercredi 13 mai

Direction le Magic Mirror pour assister au concert de ROUGE, la formation de Madeleine Cazenave (p), accompagnée de Sylvain Didiou (cb) et de Boris Louvet (dms, machines).

Une musique fascinante qui prend ses sources dans celles de Nick Barsh ou du trio EST. Ce sont des motifs simples qui donnent des boucles sonores comme une matière en création. Un travail autour de la structure sonore qui joue avec des sons métalliques, un piano préparé qui tourne comme un piano mécanique. La musique est hypnotique et dans le même temps, d'une poésie absolue. Madeliene Cazenave a cette faculté de nous embarquer dans un univers à la poésie résolument moderne.

Anat Cohen Quartetinho

Anat Cohen (cl), Vitor Gonçalves (p, accdn), Tal Mashiach (cb, g), James Shipp (percus, vbes)

Un moment de générosité totale pour celle qui certainement aujourd'hui l'une des plus grandes clarinettiste. Avec son quartet où tous les musiciens sont poly intrumentistes Anat Cohen prend la musique comme une rampe de lancement vers les sommets.

Anat Cohen en trois mots : Énergie, flow et joie.

@jeanmarcgelin

Ainsi lorsque sur un morceau dédié à Paco de Lucia composé par son contrebassiste qui se mua pour l'occasion en guitariste particulièrement inspiré a la 7 cordes, Anat Cohen prit son chorus, on sentit alors le public décoller avec elle pour atterrir loin, très loin. Et lorsque le pianiste se transforma en superbe accordéoniste pour un morceau d'Egberto Gismonti, ce fut un festival de couleurs harmoniques qui là encore nimba le théâtre totalement conquis par la clarinettiste. Ils sont 4 mais avec cette façon de convier autant d'instruments (clarinette, soprano, piano, accordéon, contrebasse. guitare, batterie, vibraphone), ce fut un défilé de couleurs harmoniques et une surprise renouvelée à chaque morceau.

Au final ce concert fut un moment rare et exceptionnel de celle que l'on voit bien trop peu en France.

Et comme nous étions quelques-uns sur notre nuage à ne pas vouloir revenir sur terre, nous nous arrêtions donc là pour la soirée, heureux et comblés.

@jeanmarcgelin

( interview d’Anat Cohen par Alex Dutilh à retrouver sur ces pages ou sur Jazzland, Aligre Fm 93.1)

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:28

Fred Pasqua (batterie, voix), Nelson Veras (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Laurent Coq (piano), Marie-Hélène Beignet (voix)

Pompignan, 16-18 juillet 2024

Hanji HJLP003 (vinyle) & numérique / Inouïe Distribution

 

Un nouveau disque du batteur, avec de nouveaux partenaires, exceptés le guitariste et le bassiste. Avec ce trio d’orfèvres, et pour 5 plages, le pianiste Laurent Coq ; et pour deux titres la chanteuse lyrique Marie-Hélène Beignet. Des compositions du batteur, mais aussi un thème d’un comparse du disque précédent, le trompettiste Yoann Loustalot (extrait d’un disque du quartette ‘Aérophone’, dont Fred Pasqua est le batteur), un autre de Mark Turner, ou encore de Milton Nascimento, et un pas de côté (du côté de Ravel) avec Trois beaux oiseaux du paradis , précédé d’une intro très libre. Très belle unité esthétique, défendue par une belle brochette d’artistes qui sont toujours au plus près du cœur de la musique. Des thèmes sinueux, mais qui vont toujours quelque part (et même là où on ne les attend pas forcément). De plage en plage, une musique de haut vol jouée par des personnalités d’exception : autrement dit un régal pour mélomanes, toutes chapelles confondues !

Xavier Prévost

 

Le trio est en concert, le 14 mai à Paris au Jass Club & le 16 mai à Blanzaguet-Saint Cybard (Charente) au Jazz Club Blue Perry

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=27n9Lz542xc

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 05:55
OSCARPICUS                                           Cirque de Passage

OSCARPICUS Cirque de Passage

 

Alice Martinez: chant et compositions Ezequiel Celada: saxophones & clarinette Sylvain Avazeri: trompette & trombone Gabriel Manzaneque: guitare Olivier Lalauze: contrebasse Léo Achard: batterie

 

Label La Clique  la Clique / InOuïe Distribution.

Sortie de l’album le 15 mai

 

Le premier album de l’Oscarpicus ‣ Studio Escobette

 

 

Oscarpicus est un sextet né de la rencontre de musiciens chanteurs de la scène jazz traditionnelle. Formés au Conservatoire d'Aix-en-Provence, de Marseille et à l'IMFP de Salon-de-Provence, ils ont partagét plus de douze années au sein du Shoeshiners Band où ils ont acquis sens du rythme et esprit collectif, une joyeuse interaction que l’on perçoit immédiatement.

Si leur musique est héritée d’une tradition de jazz, de l’era swing au bop, elle se colore subtilement des parcours et influences de chacun. Au coeur d’une création originale, les textes plutôt insolites sont aussi précieux que les mélodies élaborées : chaque composition est prétexte à une chanson, petite histoire qui s’intègre dans le narratif de cet album conceptuel.

Le propos dans ce premier opus du groupe tourne autour d’un cirque de passage qui dresse son chapiteau dans une arène, scène parfaite pour ce 
retour à l’enfance. Perché quelque part entre les branches, un oiseau imaginaire à tête de bois observe cette drôle de ménagerie, passant en revue le personnel, du lion remplaçant aux enfants des coulisses, de l’acrobate au coeur et à la vie suspendues jusqu’à l’homme canon qui a trop fait ripaille et a peur de rester coincé dans le fût du canon... C’est le pivert qui anime ces fabulettes marrantes et bien rythmées, dans ces huit compositions co-signées d’ Ezéquiel Celada, Gabriel Manzaneque, Olivier Lalauz, mises en paroles par la voix fraîche et bien placée d’Alice Martinez, à la scansion précise et gourmande. A la fois conteuse et comédienne, elle a écouté Boris Vian et a su en faire son miel. Et l’on est heureusement surpris de voir combien le français tire son épingle du jeu dans cette interprétation ludique et sensible, adaptant cet esprit potache, onirique et parfois dramatique dans des paroles soulignées d'un accompagnement toujours approprié. Chacun y est allé de sa petite touche créative, humoristique voire métaphorique dans « Le roi des lapsus », « le P’tit Remplaçant », « Cœur suspendu ». Les soufflants font entendre leur bonne humeur cuivrée, endiablée et loufoque dans l’esprit des orchestres de la grande époque, leur modèle navigant entre Chick Webb, Jimmy Lunceford et même un Duke Ellington avec une trompette bouchée vaguement exotique et orientale dans « Le problème de Bernie ». Quelques accents de charleston décalé (« Papy Grognon »), une clarinette qui flirte avec le Dixieland et un trombone coulissant d’aise animent ces petits bibelots sonores .Tout n’est pas qu’allégresse cependant dans ce parcours de vies circassiennes comme le soulignent ces ballades fragiles, mélancoliques où un saxophone sensuel accompagne la voix de funambule dans « Mon Eurydice » ou «Ta vie bien rangée », finale de cet album attachant aux mélodies tendres, entraînantes.

N’oublions pas la rythmique essentielle à l’assise au groupe où guitare, contrebasse et batterie empruntent parfois des couleurs manouches « Cœur suspendu », des walking, un style « Le p'tit remplaçant ».

C'est ainsi que cette musique savoureuse  file allègrement et s’écoute d’un trait. On est même un peu chagrin que cela s’arrête, c’est dire le plaisir procuré par ce sextet qui sonne comme un big band et que l’on aimerait découvrir sur scène. Programmateurs, n’attendez plus pour choisir ce spectacle nostalgique et fantaisiste.

 

Sophie Chambon

OSCARPICUS                                           Cirque de Passage
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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 10:44
   Edward Perraud  Pascal Schumacher Sebastian Studnitzky            SINGÜLAR

SINGÜLAR

 

Edward Perraud (batterie, FX), Pascal Schumacher (vibraphone, claviers électronique), Sebastian Studnitzky (claviers, FX)

 

Label: XJAZZ ! Music

Home

Pascal Schumacher - Musician & Composer | SINGÜLAR

3 minutes of Singülar

 

Voilà un album expérimental dans lequel il est possible de s’immerger très vite... ce Singülar  porte bien son nom avec ce « u tréma » qui accentue la singularité de ce voyage au long cours dans l’espace. Le son devient sensation tissant synthés, vibraphone, trompette, batterie et électronique dans un flux hypnotique.

Dans une salle de concert luxembourgeoise trois Européens, un Français, un Allemand et un Belge, à savoir Edward Perraud, Sebastian Studnitzky et Pascal Schumacher qui ne se connaissaient pas auparavant ont expérimenté un coup de foudre musical. On le sait le jazz et les musiques actuelles sont prétexte à ces happenings d’un drôle de type entre des personnalités marquées, tempéraments forts et leaders à leurs heures.

Le premier album de  ce nouveau groupe saisit leur partage immédiat en une énergie commune liée à la même pulsation intérieure intense. Une première rencontre-qui ne devrait pas être brève ou accidentelle, où se fondent dans des textures travaillées et sophistiquées, ambient, jazz, électronique. C'est une plongée au coeur du son comme "force cosmique" avec des instruments chanteurs, le jeu sensible, explosif autant que raffiné d’ Edward Perraud, batteur tout à la fois percussionniste et coloriste en harmonie avec  les boucles hypnotiques de la trompette libre de Sébastien Studnitzky. Le son prend peu à peu son envol porté par les improvisations délicates, irréelles au glockenspiel et vibra de Pascal Schumacher. Curieux équipage qui parfois nous leurre quand on croit entendre non pas un trio mais une seule source d’un hydre à trois têtes.

Une vision fugitive, une danse envoûtante du son, avec ces chuchotements imperceptibles, ces bruissements de rêve éveillé, ce éclats de free sons, voilà ce que nous propose ce trio si peu académique. Ces pièces hors norme, il n'est pas évident d’en rendre l’étrangeté et la saveur. Parler de travail sur les timbres et textures n'est pas vain mais banal. Une dynamique audacieuse captée en studio qui jamais ne se répétera ainsi. Autrement dit le trio ne rejouera pas le CD en concert et s’embarquera avec son public vers l’immensité intersidérale pour trouver à défaut de nouveau, un ailleurs du son. Suivant un mantra  que définit Sebastian Studnitzky : il ne s’agit pas seulement de jouer de la musique, mais de ressentir l’instant ensemble. La musique naît de cette expérience partagée : brute, sans fard, mais intensément vivante et habitée.

Dans Singülar, cinq compositions peu nombreuses mais intenses et très longues (18’ pour le titre éponyme) prennent largement le temps de se déployer, « Liaima » au mitan de l’album  est construit entre ordre et dissolution, le trio toujours en évolution naviguant sans relâche entre exactitude assumée et incertitude rêveuse. Sont-ils prêts à disparaître avec « La Fin d’un Monde » ballade méditative sur la transition, le passage vers le début d’une nouvelle ère comme le résume Edward Perraud ?

Nouveau trio, nouveau répertoire mais une constante que vivent les trois musiciens : la force d’un langage rythmique, une écriture contrastée et des intuitions harmoniques. L’improvisation engendre entropie, deséquilibre, ruptures des directions affirmées. 

Quant à la pochette fantaisiste de ce Singülar "vachement singulier",  est-elle dans l' imaginaire poétique et drôle du trio' un clin d’oeil au mythique Atom Heart Mother du Floyd?

 

Sophie Chambon

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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 16:30

 

SIRIL MALMEDAL HAUGE & KJETIL MULELID : " I remember oranges"

Svale records 2026

Siril Malmeda hauge (vc) , Kjetil Mulelid (p) +Matthias Eick (tp), Johanne Flottorp (hardanger)

 

Gros crush pour cette chanteuse norvégienne de 34 ans que nous ne connaissions pas il y a seulement quelques heures et que nous venons découvrir à l’écoute de son dernier album ( « I remember oranges » paru sur le nouveau label Svale records ).

Coup de coeur parce que c’est un peu comme si la chanteuse venait à pas feutrés dans votre salon pour un hug plein de douceur et de tendresse avec cette voix qui vous embarque dans sa propre poésie.

Les versions de what reason I could give d’ornette Coleman et surtout de Feels like home de Randy Newman sont des moments d’émotion simples et veloutés.

La chanteuse a cette capacité, même quand on ne comprend pas la langue (quand elle chante en Norvégien), de vous embarquer dans son imaginaire qui, pour le coup devient le nôtre. Comme une faculté qu’ont certaines chanteuses d’insuffler un supplément d’âme au-delà de leur voix.

Lorsqu’une chanteuse se fait ainsi interprète, sans jamais chercher à forcer le trait, quand elle prolonge la musique ou que cette dernière soit le prolongement de sa voix on ne peut qu’être intimement touchés.

Avec le pianiste Kjetil Mulelid il s’agit d’une collaboration de près de 13 ans qu’ils ont lancé en 2013 et qui s’entend ici par cette complicité de l’instant, par cet air, ce souffle qui circule entre eux deux.

Procurez vous cet album et lorsque la famille sera couché et que le silence aura rempli votre maison, baissez les lumières et laissez vous envelopper dans un océan de tendresse.

Jean-Marc GELIN

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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 15:51

 

Giovanni Mirabassi (piano solo)

Paris, 18-20 août 2025

Jazz Eleven J11018 / Baco distribution

 

25 ans après ‘Avanti !’ (enregistré en novembre 2000, publié en 2001 par Sketch, et disparu des bacs des disquaires au cours des années suivantes), Giovanni Mirabassi en reprend le répertoire de chants de résistance, dans des versions différentes, plus développées ou plus brèves selon les cas. Et My Revolution de la version princeps devient My Permanent Rebellion . On retrouve El Pueblo Unido…., Le Temps de cerises , La Butte rouge, Bellla Ciao , etc.… L’original avait connu une considérable diffusion, et en faire revivre les thèmes et l’esprit s’imposait.. Ici Le Chant des Partisans se limite à 14 secondes, quand à l’origine il était développé en 2 minutes et 44 secondes. Ces nouvelles versions sont musicalement et pianistiquement brillantes, sans ostentation mais avec une grande ferveur. Retrouver ce répertoire à la faveur de cette réinterprétation est un pur bonheur, à déguster comme il se doit : pour paraphrase librement un fameux slogan soixante-huitard : ce n’est qu’un combat, recommençons au début…. pour aller plus loin !

Xavier Prévost

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Giovanni Mirabassi jouera ce programme en concert , le 3 mai à 16h30 en l’Église Saint Martin au Tilleul d’Étretat, et le 11 juin à Paris, au Bal Blomet

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=12HixASEFs4&feature=youtu.be

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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 16:23
GARDEN OF SILENCES    Clément JANINET

GARDEN OF SILENCES

 

Clément Janinet (violon, nyckelharpa, compositions ) Arve Henriksen (trompette, électronique), Ambre Vuillermoz (accordéon). Robert Lucaciu (contrebasse)

Garden of Silences | clementjaninet

www.bmcrecords.hu

 

Sortie le 1er Mai sous le label BMC

Concerts  12/05/ La Dynamo de Banlieues Bleues ( Pantin)

                  13/05/ Jazz sous les Pommiers

 

GARDEN of SILENCES - Teaser

 

Si on écoute seulement la musique de Garden of Silences sans rien lire des notes de pochette toujours très précises de Guillaume Malvoisin, on est en proie dans cette suite mystérieuse à un vertige sensoriel où les instruments mêlent leurs timbres, s’ajustent ou s’échappent dans des impros.

Allons-y-voir de plus près cependant ! On avait aimé Clément Janinet dans l’insolite trio chambriste de la Litanie des Cimes quand il prenait de la hauteur sur la canopée. On l’avait suivi dans O.U.R.S, cette autre formation qui annonçait quelque peu son goût des musiques répétitives (Ornette Under Repetitive Skies) et du free.

On continue à présent à explorer ses territoires musicaux de prédilection qui sont nombreux car le violoniste mandoliniste aime unir styles (musiques de chambre, répétitives, trad...) folklores et époques : il s’est choisi cette fois une nouvelle équipe européenne, des compagnons au solide background respectif pour lesquels il particularise certains thèmes ( les basses de l’accordéon, la précision de la contrebasse), les mettant ainsi en valeur. Sur dix compositions qui prennent le juste temps pour se déplier, huit sont de sa plume de compositeur et d’habile arrangeur.

Le quartet poétise de façon certaine, s’attachant à remonter le temps avec la musique baroque des origines à la suite d’extraits des Lamentations du compositeur italien Emilio de Cavalieri, musicien novateur de la cour de Ferdinand de Médicis à la fin du XVIème, introduisant  ces premières Leçons des Ténèbres baroques. C'est une écriture subtile sur un chemin balisé de références (s)électives en se permettant écarts et pas de côté vers ces musiciens au rayonnement européen du XVIIème par des « transmutations » audacieuses qui gardent souvent la mélancolie des originaux. L’amateur plus « classiquement » jazz découvre un envoûtant et orientalisant "Musette" d’après le gambiste Marin Marais ou une adaptation singulière d'une cantate de Dietrich Buxtehude( Garden Hosts Mystery").

La qualité évidente de la musique vient de ce travail collectif, spontané et complice qui exalte aussi les diverses textures d’un instrumentarium incongru : trompette troublante avec ses effets, accordéon, contrebasse, violon... Et en amoureux des cordes frottées, pincées, Clément Janinet délaisse parfois son violon pour la nyckelharpa suédoise, aimant s’amuser d’alliages nouveaux avec cette sorte de vielle.

S’il a montré par ailleurs son goût pour les rythmiques de musiques traditionnelles mandingues, peul aussi bien que bourguignonnes, ce sont les musiques trad du centre de la France redécouvertes avec le Malicorne folk des seventies, auxquelles il va faire subir des « Transformations » en exaltant le jeu en pizz ou à l’archet du contrebassiste Robert Lucaciu. Ou encore cette Lola inspirée du violoncelliste Mario Boisseau. On retrouve enfin sa fascination pour les minimalistes américains Steve Reich et John Adam qu’il branche sur des harmonies de Dietrich Buxtehude dans ce « Repetitive Cantum » au titre explicite.

Recyclant des thèmes plus ou moins obsessionnels, Clément Janinet y revient en organisant des variations, reprenant par exemple deux thèmes de ses divers O.U.R.S, « In the head » de 2017 arrangé cette fois pour le Norvégien Arve Henriksen et ce « Third meditation » apaisant qui clôt un album somme toute serein. Clin d’oeil très bref comparé à la première mouture dans l’album de 2020 Ornette Under Repetitive Skies qui soulignait la couleur de l’album sur près de 13’ à grands traits d’archet, jets continus introduisant des micro-variations, changements infimes de ces cellules redondantes, aux échos d’un saxophone coltranien de la dernière période.

En dépit de cet éclectisme singulier, ce Garden of Silences finit par révéler  quelques-uns de ses secrets dans ce modèle d'équilibre et de cohérence dans le montage des diverses compositions. Un concert spirituel, “aux tempos lents, aux contemplations harmoniques” sans rupture brutale, ni même dérèglement contrôlé, le free est métaphoriquement présent dans ces libres échappées stylistiques.

On ne peut que reprendre la formule si pertinente d’ «ancient melodies of the future” dans cette assimilation décomplexée de courants divers. Clément Janinet et son fécond imaginaire nomade musical méritent décidément d’être suivis de près.

 

Sophie Chambon

 

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28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 18:41

Ben Wendel, saxophone ténor, compositions I Joel Ross, vibraphone, marimba I Simon Moullier, vibraphone, chromatic balafon I Patricia Brennan, vibraphone I Juan Diego Villalobos, vibraphone, mallet station, percussion

 

Cela fait déjà quelques temps que l’on suit le saxophoniste canadien comme l’un des plus créatif de la scène actuelle. Alors qu’il fête tout juste ses 50 ans le fondateur du groupe mythique Kneebody semble ne jamais se reposer sur ses acquis. Ses compositions et ses productions témoignent d’une remise en cause permanente. D’une prise de risque totale comme exigence de sa liberté artistique.

Pour ce nouvel album, le risque repose avant tout sur instrumentarium particulièrement original puisque Ben Wendel a choisi ici de s’entourer de 4 des plus grands vibraphonistes actuels venus des 4 coins de la planète. Et cette association jamais entendue ailleurs fait mouche tant elle possède en elle une forme de force séductrice irrésistible. Comme une sorte de tapis volant déployé sous les ailes du saxophoniste particulièrement inspiré. Un écrin harmonique soyeux.

De là Ben Wendel offre un univers aux multiples inspirations passant d’un univers proche de l’Afrique des griots (Mimo) à une musique presque carnatique ( Clouds) où le sax de Ben wendel semble s’envoler dans un flow irrépressible. Sur Olha Maria ( seul morceau qui n’est pas signé de  Wendel mais en l’occurrence de Jobim), c’est pareil. Le saxophoniste s’y montre brillant, puissant et fluide à la fois avec ce son qui semble venir autant du ventre que de la tête.

C’est toute la créativité de Ben Wendell qui semble n’avoir aucune limite, qui s’exprime ici avec force accompagnement d’effets electroniques aussi subtils que légers.

Ses camarades de jeu ont aussi l’occasion de montrer l’étentue de leur talent avec une implication égale au service de la musique.

Au final on en sort captivés et séduits par l’univers déployé par Ben Wendel.

A découvrir absolument

Jean-Marc Gelin

 

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 12:03

Mark Tuner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

Perne-les-Fontaines, avril 2024

ECM 2835 / Universal


 

Le titre invite à penser le saxophoniste comme maître de la forme et de l’harmonie, ce qu’il est indiscutablement, et brillamment. La forme, suscitée par le saxophoniste et compositeur (qui signe l’ensemble du répertoire) ; et l’agilité dans les méandres de l’harmonie, qui est assurément l’un des secrets de cette musique. Les thèmes et leur déroulement sont une suite de détours qui pourraient sembler mystérieux, mais qui procèdent en fait d’une logique tant musicale qu’esthétique. Nous suivons le groupe, et ses solistes, dans ce doux labyrinthe qui, loin de nous effrayer, excite notre curiosité, et procure aussi le bonheur immédiat lié à la perception de l’instant sonore. Une illustration peut-être de cette démarche, souvent revendiquée par les plus brillants artistes, qui consiste à poser des contraintes pour mieux exprimer leur liberté par leur franchissement. Le musicien se joue de sa propre mémoire (ses compositions antérieures, et ses admirations). Le genre de disque qui, même s’il procure un plaisir immédiat, n’en finira pas de livrer ses secrets, à chaque écoute : admirable !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://music.youtube.com/watch?v=qKAICcGm6kI&list=OLAK5uy_nU9Yu26-t87W_XryXpDV7gNVTy1mUM208

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 09:11
Conversation             Jan Harbeck Quartet

 

Conversation Jan Harbeck Quartet

 

Label Stunt Records

Sortie le 24 avril

 

Jan Harbeck – saxophonist/composer

 

 

Conversation, voilà un titre bien trouvé pour le cinquième album du quartet (exclusivement) danois de Jan Harbeck qui depuis 2008 est fidèle au label Stunt. Jan Harbeck rencontre le succès dans son pays, jouant régulièrement dans les clubs de Copenhagen et quand le quartet est en tournée, il reste plutôt en Europe. Il s’agit bien d’un échange intime, sensuel, plus soutenu à d’autres moments (« Out of the Blue ») dans ces sept compositions jamais trop longues qui composent un album au timing et montage parfaits.

Comment ne pas remarquer cette communion entre musiciens qui se pratiquent depuis vingt ans ? Ce quartet soudé  cultive en effet cette « Interaction », cette intuition du jeu quasiment télépathique. Comme dans le bon vieil âge d’or du jazz quand les musiciens toujours ensemble, passaient leur temps à jouer, en tournée, sur la route et improvisaient alors en live facilement.

On notera le dialogue fécond entre un ténor inouï et un pianiste Henrik Gunde allumé quand il le faut, plus qu’inspiré dans ses contrepoints sur « Passing Clouds » ( qui rapproche des vers de Baudelaire ),  son échappée dans « Odd One Out » ou le final « Arena ». Cette osmose, j‘avais déjà pu l’observer à Parfum de jazz en 2023 sur le programme de son Balanced tout à fait exceptionnel où le ténor, devant un public admiratif suspendu à ses lèvres, rendait hommage à ses aînés sur un Selmer Balanced Action de 1939 qui avait appartenu au « Sound » lui même, le grand Stan Getz du « ténor en or ». Car Jan Harbeck nous parle en effet, susurre à l’oreille,  enlace inévitablement dans son phrasé. Quel est l’instrument le plus proche de la voix humaine ? J’aurais opté pour le trombone mais après avoir entendu Jan Harbeck, je n’en suis plus aussi sûre.

Instrumentiste délicat, son interprétation transcenderait n’importe quel thème, solidement soutenue par les lignes de basse d’Eske Nørrelykke (« Interaction ») et le tempo toujours juste d’un batteur discret Anders Holm.  On croirait que le quartet rejoue des standards tant ce jazz nous est familier. Or aucun thème n’est revisité sur ce nouvel album : ce sont toutes des compositions de Jan Harbeck mais il a souvent puisé dans le Songbook américain et des références subliminales jaillissent comme dans ce « Sparkle Sight » qui titille notre mémoire en swinguant de la plus belle façon.

Facile d’écoute, cette musique? Oui, si cela signifie que l’on est dedans dès les premières notes, une balade voluptueuse et amoureuse, ouverte et légèrement mélancolique, feutrée comme le souffle de Ben Webster. Pas un hasard s’il a reçu le Ben Webster prize en 2018. Précisons une autre évidence son inscription dans l’héritage du swing avec une inclination particulière pour Paul Gonsalvès. Surtout qu’il a connu la pratique des big bands où l'on attend des ténors et autres solistes de chaque pupitre qu'ils se lèvent et délivrent un solo d’anthologie comme chez Duke Ellington !

Cette musique s’oriente t-elle vers de nouvelles directions ? Peut-on suivre son évolution avec la discographie de son quartet ? Sensible à ce jazz qu’il aime et sert avec ferveur, outre une habileté technique évidente, Jan Harbeck saisit par une profondeur musicale dont on sait d’où elle tire son origine. Son expression seule suffit alors pour nous mettre sous emprise, pour notre plus grande jouissance. Il est irrésistible.

 

Sophie Chambon

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