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13 septembre 2025 6 13 /09 /septembre /2025 07:09
Alain SOLER et Robin Nicaise    Letter to Bill

ALAIN SOLER ROBIN NICAISE LETTER TO BILL

 

www.label-durance.com

 

Une fois les dog days derrière nous, quoi de plus opportun que de voir revenir les jours de vin et de roses, en écoutant le duo de Robin Nicaise et Alain Soler sorti sur le label Durance (Château-Arnoux) dans leur hommage à Bill Evans, ce « génie décisif » selon Pascal Anquetil  (Tana Editions) ? On aime jusqu'à la sobriété de l’objet CD d'après le portrait qu’avait tiré du pianiste, Kim Stewart, un Bill Evans binoclard, cigarette au bec, concentré, réfléchi.

Letter to Bill (clin d’oeil à sa Letter to Evan) est exactement ce que l’on souhaite entendre en ce mois de septembre, un album délicat,  apaisé, alors que le pianiste souffrant terriblement disparut brutalement le 10 septembre 1980 après un dernier concert au Fat Tuesday de New York.

Le coup de maître est d’avoir tenté et réussi à rendre ces mélodies si ancrées dans la mémoire de tout amoureux du jazz, indéfectiblement liées au piano de Bill et à son art du trio (piano-basse-batterie) réinventé. Une instrumentation inédite (guitare et saxophone ténor) et tout change... pour que rien ne change. Si Bill aima aussi s'essayer aux duos avec le guitariste Jim Hall, l’harmoniciste Toots Thielemans, il n’expérimenta pas la formule avec un saxophoniste ténor (que je sache).

On retrouve dans cette association duelle  de plus de trente ans l’écoute mutuelle, le flux continu avec des accents soulignés qui font tressaillir et plus souvent encore plonger dans une douce mélancolie.

Dans le programme choisi par le duo-et c’était un piège tant la sélection peut s’avérer redoutable, se retrouvent des compositions parmi les plus emblématiques « Very Early », « Time Remembered »,  « Show Type Tune », « Turn Out The Stars » et « Emily », la délicieuse valse de Johnny Mandel et Johnny Mercer que Bill Evans avait faite sienne.  Robin Nicaise et Alain Solereux se saisissent à leur tour de ces thèmes devenus standards et se les approprient, sans oublier "Nardis", une « curiosité » qui met en valeur chacun des instrumentistes dans une courte variation en solitaire. Alain Soler, toucher limpide et sensuel est tout en nuances et vibrations,  travaillant les résonances. Robin Nicaise s’empare de mélodies inoubliables aux couleurs harmoniques dont il joue « Sometime ago », « Turn out the stars », « Very Early ». Hormis le « Funkallero » plus enllevé, on reste sur des tempi doux, des ballades caressantes, enchanteresses. C'est une autre version  sans la rupture ni la violence des derniers rythmes evansiens, totalement bousculés dans le dernier trio. Rien n’est vraiment nouveau, rien n'est plus « classique » dans le portrait célébré ici mais voilà un exercice d’admiration tout est à sa place, incroyablement touchant et tendre.

 

Sophie Chambon

 

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9 septembre 2025 2 09 /09 /septembre /2025 22:46

Miguel Zenón (saxophone alto), Luis Perdomo (piano), Hans Glawischnig (contrebasse), Henry Cole (batterie)

New York, 20-21 septembre 2024

Miel Music

https://miguelzenon.bandcamp.com/album/vanguardia-subterr-nea-live-at-the-village-vanguard


 

Dix-huitième album de Miguel Zenón, mais le tout premier enregistré sur le vif du concert, et qui plus est dans l’un des temples du live in New York : le légendaire Village Vanguard

 

Qu’il joue ses compositions ou des reprises (deux dans l’album), Miguel Zenón se joue des codes musicaux : entre les rythmes et les formules des musiques de Cuba ou d’ailleurs (Porto Rico vu du Bronx pour Willie Colón), forgeant avec ses partenaires (soudés par 2 décennies de collaboration) un jazz souvent aventureux, louvoyant entre les langages, et servi par la cohésion et les talents de solistes de ses comparses. Dans le premier thème Miguel Zenón se saisit d’une matière musicale typiquement cubaine pour la métamorphoser en un jazz jaillissant, qui se faufile entre les rythmes, les tempos et les formes, le sax alto menant la danse jusqu’à un point paroxystique, avant que le piano ne prenne le relais, chauffé à blanc par la rythmique. Un apparent répit au thème suivant, mais la vivacité des phrases, sinueuses, suit toujours le chemin de l’urgence. De plage en plage, la musique se fait tantôt vive, tantôt abstraite. Et le thème titre résume à lui seul toutes les facettes du projet. Bref c’est captivant de la première à la dernière plage. Miguel Zenón et ses partenaires signent ici un grand disque, comme un idéal de l’enregistrement sur le vif : l’Art et la Vie, d’un seul geste. On se précipite sur cette pépite !

Xavier Prévost

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 12:57
Sinne Eeg & Jakob Kristoffersen     Shikiori

Sinne Eeg & Jakob Kristoffersen     Shikiori

 

Stunt Records

Sortie le 5 Septembre 2025

 

Soba Flower (そばの花)

 

On retrouve avec plaisir la chanteuse danoise, toujours dans le format resserré du duo, non plus avec le contrebassiste Thomas Fonnesbaek ( un premier album en 2015 et plus récemment ce Staying Back de 2021) mais avec son fidèle pianiste Jakob Kristoffersen qui la suit depuis près de vingt ans. Shikiori ( littéralement a place where hearts return), enregistré en live au Japon mais mixé et masterisé à Stockholm et Copenhagen est leur premier album en duo : réduit à l’essentiel, le tandem fonctionne très bien, la complicité n’étant plus à établir entre eux, ces deux musiciens étant prêts à se lancer et à graver jusqu’aux imperfections même. Le répertoire des Danois reprend avec intelligence certains standards très connus et toujours risqués « Lush Life » de Billy Strayhorn, un titre de la chanteuse pop anglaise Annie Lennox, pas son grand tube « Sweet Dreams » du duo Eurythmics avec Dave Stewart mais « Cold ». On comprend à quel point Sinne Eeg a pu être fascinée par la voix de l’égérie anglaise des années quatre-vingt.

Des versions remaniées à leur manière, variant le tempo, l’étirant au besoin pour laisser espace et respiration.  Reconnue comme une voix qui compte dans le jazz européen, la “sirène” de Copenhagena  a la classe des grandes chanteuses américaines d’antan. Elle injecte dans son interprétation (y compris en japonais) une aisance toute remarquable et chante sans forcer sa voix claire avec un bel ambitus, un naturel certain dans un jazz intimiste ou scaté légèrement ( « Better than anything » de David Wheat et Bill Loughourough) et s'impose dans le classique des frères Gershwin « But not for me ». Un timbre chaud et rond, des aigus quand il le faut qui ne déchirent ni ne vibrent trop, un swing qui ne trompe pas, jamais dans la performance. Un sens inné du phrasé. Elle ose reprendre sans imiter une quelconque version  le « Maria » de West Side Story- elle aurait d'ailleurs l'envergure de jouer dans un musical à Broadway. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux au piano et Fender, lyriquement classique, adapté à chaque titre. 

Mais ce sont surtout les propres compositions du duo (quatre originaux du pianiste et trois de la chanteuse) sur les 12  compositions de l’album qui retiennent l’attention. Revenons sur la source de leur inspiration qui unit  Japon et Scandinavie, tradition et exploration dans des improvisations sans retouche-ils peuvent se le permettre. Ce studio éphémère, maison dans la campagne japonaise au milieu des rizières, des biches et des sangliers sans oublier les dieux animistes est celle de la grand mère du contrebassiste Seigo Matsunaga restaurée à son retour en 2009 de Cape Town où il avait rencontré un autre contrebassiste Hein Van de Geyn lors de son long séjour loin du pays natal. Un temple de paix sous le regard bienveillant de son mentor, N.H.O.P  dont la photo est posée sur le piano droit de sa grand-mère, non loin de la contrebasse et d’un petit autel des « lares » shinto. Ecrin de ce projet, ce lieu de résidence encouragea nos Danois à faire de la musique : découvert en 2013, ils y composèrent des chansons que l’on retrouve sur cet album « Soba » et « Hebi ».

2024 fut en somme  un retour à Shikiori. Le résultat produit une grande liberté inscrite dans ce qui n’est pas de la nostalgie (Sehnsucht) puisque les Japonais reviennent passer l’été dans leurs maisons de famille comme l’écrit dans ses liner notes le contrebassiste, Shikiori est a timeless landscape of the soul. Un nouveau sanctuaire à retrouver régulièrement. Un endroit où l’on se ressource dans la tradition millénaire de ce pays clivé entre la plus violente modernité et le respect absolu de la nature et du passé.

De bonnes raisons pour déguster cet album aux nuances délicates et y  retrouver une certaine sérénité à l’orée de cette rentrée pour le moins troublée

Sophie Chambon

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 19:20

Aruán Ortiz (piano)

Cavalicco (Italie), 17-18 décembre 2024

Intakt Records CD 441

https://aruanortiz.bandcamp.com/album/cr-ole-renaissance

https://intaktrec.ch/products/441-aruan-ortiz-creole-renaissance-piano-solo

Le pianiste cubain de Brooklyn évoque l’émergence d’une culture africaine qui s’affirme dans l’univers européen et états-unien. On croise ici le souvenir de L’étudiant noir, éphémère journal animé par Aimé Césaire et Léopold Senghor au milieu des années trente, et d’autres publications de même nature. Cette renaissance créole trouve aussi sa source dans le mouvement Harlem Renaissance des USA à partir des années 20, avec notamment une allusion à un thème de Duke Ellington. Un parcours musical abstrait, dans une esthétique qui convoque autant les musiques de l’avant garde européenne du vingtième siècle que les sonorités des musiques traditionnelles, et bien sûr toutes les métamorphoses musicales brassées par l’univers caribéen. Mais ici l’abstraction n’occulte pas la sensibilité sonore et musicale. Elle magnifie au contraire la pluralité de ces matériaux dans la singularité de peuples dispersés par l’histoire. Et c’est une formidable excursion dans la mémoire : pas une mémoire courte mais une mémoire longue, qui prend en compte l’essence des cultures plutôt que l’écume des mondes et des modes. À déguster avec tout le soin de l’attention et de la plongée dans la perception la plus fine. Et là le plaisir est considérable

Xavier Prévost

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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 13:35

 

     Dans ses notes d’introduction, l’auteure Rolande HUGARD-GOURLEY se rappelle ... Pour la sortie du disque ‘’The Jazz Trio’’ (1983), Alain GERBER écrivait un long article intitulé « Jimmy n'a jamais su tricher » :


    « ... la profession de foi de Jimmy tient en peu d'articles : ne jamais tricher ; avoir le courage de « jouer propre », c'est-à-dire de ne jamais sacrifier le « texte » à la mise en scène - ce qui oblige précisément à avoir un « texte », un contenu musical à délivrer ».
 

     Et il ajoutait, sans craindre d'être excessif dans ses propos :

« Ces exigences n'ont l'air de rien. Si chacun les prenait pour des critères, cependant, les trois quarts de la musique que l'on entend aujourd'hui rejoindraient ipso facto leur lieu naturel : le fond des chiottes ».


     Au micro de France Musique, il développait un autre aspect du jeu de Jimmy :

     « Sa manière a toujours été l’élégance même, une grâce liée, comme chez les danseurs, à une grande sureté de geste. Cela suppose par exemple de ne pas jouer deux notes quand une seule peut suffire, voire un silence. Cela implique aussi que ces deux notes soient définitives. Le dépouillement ne se justifie que par une certaine infaillibilité. On voit qu'il ne faut pas avoir froid aux yeux pour improviser à l'économie ! On comprend qu'il faut avoir les nerfs solides pour faire à la fois le pari du lyrisme et celui de la décantation. Il devient si facile de rater son coup. Si on rate une note, elle est alors très ratée ! Ce n'est pas comme si on en rate une parmi deux cents ! Par son attaque incisive, la puissante découpe des phrases, la netteté des articulations, l'autorité de son énonciation, Jimmy prolonge la tradition qui est celle de Charlie Christian ou d'Oscar Moore ! »

 

                               ============

 

     Voilà, tout est dit ... ou presque, qui révèle 6 décennies de musique, partagée par ce parisien d’adoption, ‘Dictionnaire du jazz à lui tout seul’’ (Francis Marmande, Le Monde, 29 mars 2001), sur les scènes et dans les studios du monde entier avec tous ceux à qui le jazz doit quelque chose et/ou qui doivent quelque chose au jazz : Henri Renaud, Bobby Jaspar, Lee Konitz, Clifford Brown, Gigi Gryce, Bud Powell, Bob Brookmeyer, Roy Haynes, Duke Ellington, Buddy Banks, Chubby Jackson, Lester Young, Lou Bennett, Louis Armstrong, René Urtreger, Eddy Louiss, Stan Getz, Johnny Griffin, Sonny Stitt, André Villéger, René Thomas, Mundel Lowe, Marc Johnson, Vic Lewis et tant d’autres ...

 

 

     Pour mettre cette biographie* en forme, Rolande, la fidèle compagne, a puisé dans sa mémoire, dans une riche iconographie et d’abondantes archives sonores et écrites la matière à construire un ‘’Jimmy Gourley, Day by Day, Film by Film’’, dont l’idée originale lui avait été soufflée par l’ami constant, Félix Lemerle.

 

    

     Se reflète donc ici la trame sur laquelle se tisse jour après jour le quotidien d’un artiste musicien de jazz expatrié, et dont elle constitue un peu l’archétype, avec ses faux-départs, ses obstacles, ses emballements, ses passages à vides et ses sommets, en France, Europe, Etats-Unis, Afrique et partout ailleurs ... Bref, tout ce que l’on n’imaginait pas disposer un jour sur l’un des musiciens les plus discrets°, les plus originaux, les plus élégants et ... les plus injustement oubliés de l’histoire du jazz, disciple de Jimmy Raney : Jimmy Gourley, Un américain à Paris !!

 

   

     En même temps que cet ouvrage, premier et unique à ce jour consacré à la mémoire de Jimmy et qui se lit d’une traite, Frémeaux & Associés édite une anthologie sonore des périodes les plus riches de sa carrière dans un coffret de 3 CDS (1951-1954, 1954-1961 et 1972-2002)** ... l’un n’allant pas sans l’autre !

 

    

     Pour le reste :


- On consultera avec bonheur la discographie complète de Jimmy, rassemblée par Christian Oestreicher (récemment disparu).
 


- Jordi Pujol a édité en 2019 sur le label Fresh Sound Records «The Cool Guitar of Jimmy Gourley · Quartet & Trio Sessions 1953-1961» - FSRCD1101, (compilation complémentaire de la présente édition avec peu de doublons).

 

 

*Rolande HUGARD-GOURLEY, « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris ». Frémeaux & Associés - FAL3270.
ISBN : 978-2-38283-270-7

 

** « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris, 1051-2002 »,
Un coffret de 3 CDS Frémeaux et Associés - FA5901
À paraitre le 10 septembre.

 

°Il est assez stupéfiant de constater que Jimmy n’enregistra son premier album en leader que plus de 20 ans (1972) après son arrivée en France (1951), et que cet album ne sera publié que plus de 10 ans plus tard : « Jimmy Gourley & The Paris Heavyweights », après un enregistrement réalisé avec Lou Levy et Stan Getz (sous le pseudo de Dju Berry) : « No More ».

 

NDLR : le format éditorial choisi ne rend pas complètement justice à la qualité des documents photographiques sélectionnés (souvent inédits et qui ne représentent qu’une partie du fonds disponible) ... On rêve d’une édition grand format, en souscription par exemple, à l’instar de ce que Jean-Luc Katchoura avait réalisé avec Michele Hyk-Farlow pour la biographie de Tal Farlow, ''Accord Parfait''  (2014, distribué par Paris Jazz Corner).

 

Francis Capeau.

 

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2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 17:25

Après «Shakkei», publié en début d’année, et chroniqué ici, Alexandra Grimal a fait paraître ces derniers mois quatre autres enregistrements, accessibles via bandcamp

https://alexandragrimal.bandcamp.com/

«Nekosphere», un solo du guitariste Didier Aschour sur une composition d’Alexandra Grimal, enregistré en 2022 : méditatif, abstrait et mystérieux….

«Souffler sur les nuages en attendant le printemps - climatologie d'une cabane en hiver», inspiré par 31 haïkus d’hiver, composition pour chœur mixte enregistrée en 2024 à l’Abbaye de Fontevraud par l’Institut Musical de Vendée (direction Odile Amosse), la Maîtrise des Pays de la Loire (direction Pierre-Louis Bonamy), et la Maîtrise de la cathédrale de Nantes (direction Julien Buis). Au total un centaine de vocalistes, pour une œuvre en courtes séquences successives où les langages du chœur, toutes époques confondues, s’épanouissent avec une force expressive sans pareille.

«La Ronde», version pour quatre cloches d’une pièce pour six cloches, commandée en 2023 par l’Abbaye de Fontevraud, et enregistrée en ce lieu en 2024 : insondable mystère des sons épars, comme venus d’ailleurs.

 

Et enfin «Interspaces», solo de saxophone d’Alexandra Grimal, enregistré en juillet et publié tout récemment. Ici les harmoniques du soprano ouvrent encore des champs (et des chants) insoupçonnés

https://www.youtube.com/watch?v=adMKqnVSn3s

Le tout chaque fois enregistré par l’irremplaçable Céline Grangey, qui excelle dans l’art de magnifier la musique en restituant le son. Et une fois encore la diversité d’inspirations, de pratiques et de nomenclatures révèle avec constance la richesse de l’univers musical de la compositrice, de la saxophoniste (et aussi improvisatrice) : une musicienne qui n’en a pas fini de nous surprendre par l’étendue de son Art musical.

Xavier Prévost

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2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 11:48

Naïve 2025    

                                                                  

Nate Smith (compos, dirc, dms) + au gré des morceaux, feat : Josh Johnson (sax), Jswiss, Marquis Hill (tp), Lala Hathaway (vc), Lionel Loueke (g), Michael League (b), Säje (vc), Kiefer (rhodes), Carrtoons (b), Ben Williams (b), Jermaine Holmes (vc), Charlie Hunter (g, b), DJ Harrisson (rhodes)

 

Gros coup de cœur pour cet album de rentrée, du batteur américain Nate Smith.

Avec « live- action », le batteur de Pat Metheny ou de Norah Jones (entre autres) se promène dans un ambiant jazz hyper léché ( certains diront « hyper produit ») où règne en maître une sorte de groove suave porté par des voix superbes. Tout cela entre mélodies, rap et scansions.

Nate Smith qui signe les compositions s’éloigne certes du jazz pour privilégier une approche nettement plus commerciale, à l’instar de beaucoup de talentueux jazzmen (et women) de l’autre côté de l’Atlantique qui ne cessent de lui tourner le dos.

Mais qu’importe. Finalement cet easy listening, on le savoure sans même éprouver la moindre culpabilité, tout simplement parce que ça passe tout seul. Crème !

Nate Smith s’entoure de ce qui se fait de mieux dans la pop culture américaine à l’image de Lala Hathaway (la fille de son père, Donny, auréolée de 5 grammy’s) qui vient prêter sa voix sublime sur un titre (Automatic). Ou encore Charlie Hunter, le guitariste à huit cordes de la néo-soul. Marquis Hill, le trompettiste de l’Illinois, très en vue aux IS est aussi de l’affaire.

Il y a certes un peu de name dropping dans cet album mais (et c’est tout le talent de Nate Smith), sans jamais perdre en cohérence.

Il le dit lui-même, cet album « était une façon d’activer toutes ces relations que j’ai construites ces cinq dernières années »

Entièrement enregistre en live , il a été réalisé en utilisant chaque fois les mêmes instruments. Ce qui contribue justement à cette homogénéité.

Au final, un album rond, un peu mou mais aussi velouté et sucré. Dans lequel on aime, finalement s’y prélasser.

Jean-Marc Gelin

 

                                                     

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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 16:14

Orchestre National de Jazz & Ensemble Intercontemporain
direction : Frédéric Maurin

Alain Billard
(clarinette, clarinettes basse & contrebasse),
Catherine Delaunay (clarinettes), Julien Soro (saxophone alto), Christiane Bopp (trombone), Fanny Meteier (tuba), Valeria Kafelnikov (harpe), Bruno Ruder (piano), Samuel Favre & Aurélien Gignoux (percussions), Rafaël Koerner (batterie), Jeanne-Marie Conquer (violon), Guillaume Roy (alto), Renaud Déjardin (violoncelle), Sarah Murcia (contrebasse)

Châlons-en-Champagne, 18 octobre 2024

ONJ Records 524444 / l’autre distribution

https://shop.onj.org/produit/jeux/

Sorti en catimini fin juin (et disponible uniquement en téléchargement numérique - suivre le lien ci-dessus), c’est l’enregistrement de la rencontre entre les solistes de deux ensembles engagés dans la création musicale sous deux bannières distinctes, mais qui se retrouvent sur le terreau commun du désir d’horizons neufs. Le disque a été enregistré en public, lors de la création, à La Comète, scène nationale. Le répertoire est signé Sofia Avramidou, Andy Emler & Frédéric Maurin. Ce même programme avait été donné trois mois plus tard au Conservatoire Pina Bausch de Montreuil-sous-Bois. Et c’est l’ultime projet ONJ de Frédéric Maurin qui cède la place, à la tête de l’orchestre, à la flûtiste et compositrice Sylvaine Hélary (premiers concerts en septembre)

La musique consiste en quatre suites à l’intérieur desquelles les compositions s’enchaînent avec fluidité, même si elles sont issues de différents langages. Mais tout commence par une improvisation collective, laquelle débouchera de manière très naturelle sur une ouverture composée par Andy Emler, puis sur une partition de Sofia Avramidou. La perméabilité des langages est manifeste. Et cela se confirme quand surviennent les séquences imaginées par Frédéric Maurin. Un voyage dans le présent de la création musicale, un présent dont les yeux sont fixés sur le devenir. Totale réussite, à l’usage des tous les mélomanes, toutes obédiences confondues !

Xavier Prévost

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 19:38
Laurent Briffaux    Bill Evans  Le Cercle de Trois

Laurent Briffaux

Bill Evans Trio Le Cercle de Trois

Editions Lenka Lente

 

www.lenkalente.com

 

Bill Evans : Le Cercle de Trois de Laurent Briffaux / Editions Lenka lente

 

 

Si on a beaucoup écrit sur le premier trio de Bill Evans formé de Paul Motian et de Scott LaFaro entre 1959 et 1961, Laurent Briffaux publie sur les éditions nantaises Lenka Lente de Guillaume Belhomme un récit tout à fait étonnant, sensible et poétique, très documenté sur l’émergence de cette formation qui allait révolutionner l’histoire du jazz. Un trio hors norme, trois personnalités vraiment différentes que la musique seule rassembla, association improbable et éphémère, le génial contrebassiste ayant disparu dans un tragique accident de voiture. Musicien, Laurent Briffaux l’est assurément quand on découvre sa façon de décrire le jeu et les moments musicaux, l’atmosphère des gigs. Sa passion pour le trio remonte à loin puisqu’il est déjà l’auteur d’une biographie du contrebassiste aux Cahiers du Jazz. Car on ne peut pas dire que  le pianiste  a les projecteurs constamment braqués sur lui : il est certes le leader mais nous est surtout montrée la création d’un triangle totalement équilatéral où chacun sut rapidement trouver sa place et entrer en résonance avec les deux autres.

Autre originalité : si Bill Evans avait une passion pour la « forme » qu’il voulait imprimer à sa musique, luttant entre l’ordre et l’émotion, trouvant sa liberté dans le cadre et la partition, l’auteur nous livre « a narrative non fiction » sur la ligne de crête périlleuse entre fait et fiction. Ce n’est ni une biographie, ni un récit factuel nécessairement plus sec comme Bill Evans : Portrait d’un artiste au piano dans l’excellente collection Bleu Profond en 2004 d’Enrico Pierannunzi qui s’était livré à un exercice d’admiration d’un pianiste à son modèle et mentor.

Suivant sans doute l’écrivain du jazz Alain Gerber qui écrivit nombre romans du jazz sur les grands de cette musique, en fictionnalisant quelque peu leur vie, Laurent Briffaut imagine et réécrit avec talent la rencontre et la vie du trio de 1959 à 1961 selon les dates précises des concerts et tournées, par touches progressives, dans de courts chapitres qui finissent par dresser un portrait des plus vifs, titrant chaque entrée d’une chanson ou composition du trio. Pour cette reconstitution passionnante, nul doute qu’il s’est livré à un travail considérable de recherches, épluchant tous les types de documents possibles. Il intègre ainsi témoignages, anecdotes essentielles, précisions historiques, réflexions culturelles, sociales, biographiques évidemment et analyses musicales des plus fines. Sur une trame d’utiles points de repère, avec un système astucieux de notes en fin d’ouvrage qui éclairent considérablement le contexte, Laurent Briffaux tisse une toile de fond sur laquelle va se dérouler l’une des plus formidables aventures musicales et humaines du jazz, d’autant plus intense qu’elle ne dura que deux ans. Sans oublier d'établir à la fin du volume une chronologie précieuse et une discographie particulièrement soignée en inédits.

On a l’impression de lire un roman et en cela, l’auteur s’inspire aussi de Jean Echenoz et de son Ravel avec plus de bonheur dans la collecte des faits, car il est plus facile de se lancer dans une véritable enquête sur la vie et l’aventure du trio ( Motian gardait par exemple tous les comptes des concerts). Il réussit à apporter une belle singularité à ce qui aurait pu être une chronique de plus sur un trio même mythique  qui révolutionna l’art du trio justement. Il montre dans une approche sensible et progressive comment ces trois musiciens qui n’avaient pas grand-chose en commun ont réussi à s’apprivoiser et à inventer l’inouï : s’acharnant comme tous les grands à ne ressembler qu’à lui même, toujours à la poursuite de la mélodie, Billy savait pourtant s’abandonner à chaque improvisation que souvent ses acolytes lui rendaient imprévisible.

Véritables personnages de fiction, tenaces mais chahutés par la vie des musiciens de l’époque (et pourtant ils ne sont pas noirs), l’issue nous importe autant que la musique, le fil du suspense n’étant jamais négligé. Un « page turner » en somme.

Le style est enlevé, on découvre enfin une écriture ce qui est plutôt rare dans ce genre de livre « musical ». Et c’est drôlement agréable que de se laisser entraîner, de par la maîtrise narrative et l’érudition musicale dans un  scénario bondissant qui balise deux années folles en d’audacieux travellings.

Sophie Chambon

 

 

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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 20:54

Olga Amelchenko (saxophone alto), Matthew Stevens (guitare), Enzo Carniel (piano), Étienne Renard (contrebasse), Jesus Vega (batterie)

Edition Records EDN 1274

https://editionrecords.com/releases/olga-amelchenko-howling-silence/

 

Pour la musicenne russe devenue parisienne, choisir cet oxymore comme titre (silence hurlant, silence assourdissant….), c’est déjà dire que le projet est celui d’une très forte expressivité, retenue, mais d’une intensité rare. Chacune des compositions de la saxophoniste dresse un possible paysage de cette force d’expression. Mélodies sinueuses, densité harmonique, liberté des lignes qui nous entraînent là où ne savions pas être attendus. Musique mélancolique ? D’une certaine manière oui, mais pas d’une forme de mélancolie dépressive ; ici la réflexion produit de l’action, une action musicale et collective, partagée avec le groupe : un batteur mexicain de Californie, côtoyé par la saxophoniste durant sa période berlinoise ; un pianiste et un bassiste qui sont assurément des orfèvres, insuffisamment reconnus selon moi, de la scène hexagonale ; et un très renomme guitariste canadien de New York, en invité. De cet alliage naît une forme de synergie qui magnifie le propos et l’ambition esthétique. Dès lors on évolue vers les sommets : de musicalité, d’expression, d’interaction et d’invention. Une incontestable réussite musicale, artistique, comme une parole singulière, et collective tout à la fois, qui nous dit : écoutez, le silence parle à haute voix.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr en quartette sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=9wucpGQtOtA

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Le groupe jouera à Paris, au Studio de l’Ermitage, le16 septembre 2025, avec en invité Pierre Perchaud à la guitare

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