Est-ce l’effet du printemps ? Toujours est-il que la semaine passée, l’envie de humer le jazz tel qu’il se joue sur le vif n’est pas restée lettre morte. A chaud quelques impressions naturellement subjectives de ces pérégrinations nocturnes sur la rive droite de la Seine, entre les Halles et les Grands Boulevards.
31 mars. Duc des Lombards. Yonathan Avishai (piano), Yori Zelnik (basse), Donald Kontomanou (batterie). A l’heure où la percussion flamboyante domine bon nombre de trios, l’artiste franco-israélien joue la carte de la sensibilité et de la fraîcheur avec une économie de moyens qui ne veut pas dire sécheresse. Des petites pièces distillées avec grâce qui plongent l’auditoire dans une atmosphère de béatitude.
(Modern Times. Jazz et People/Harmonia Mundi)
1er avril. Olympia. Avishai Cohen (basse), Nita Hershkovits(piano), Daniel Dor (batterie). Temple de la chanson, l’Olympia affiche complet pour un bassiste qui conquit les foules en chantant. Mais ce soir, Avishai Cohen fait seulement chanter sa contrebasse, fortement mise en valeur. Les spectateurs semblent apprécier ce trio qui, sans innover, plaît. Si le jazz remplit les salles, qui s’en plaindrait ?

(From Darkness. Razdaz Records/WEA Music).
3 avril. Sunside. Didier Lockwood (violon), Paco Séry (batterie), Linley Marthe (basse électrique), Jean-Marie Ecay (guitare). Première de trois soirées au club de Stéphane Portet pour l’éclectique Didier Lockwood. Retour au bon vieux jazz-rock avec effets de virtuosité du leadeur et expression survoltée chez ses trois compères. Chaud bouillant. En bis, le violoniste offre un solo acoustique qui rappelle son dernier spectacle, L’improvisible. Moment de grâce.
3 avril. Sunset. Sara Lazarus (chant), Alain Jean-Marie (piano), Viktor Nyberg (basse), Philippe Soirat (batterie). L’hommage à Billie Holiday débute avec Sara Lazarus. Une fois la surprise initiale passée pour ceux qui limitent Billie Holiday à la deuxième partie de sa carrière, l’aspect tragique, on écoute avec intérêt le répertoire classique de Lady Day. Sara Lazarus sait parfaitement traduire –sans trahir- la sensibilité de la grande Billie. Coup de chapeau au trio qui ne fait pas qu’accompagner.
Jean-Louis Lemarchand
Billie Holiday, Lady in Satin : the Centennial Edition. Coffret 3 CD. Livret de 36 pages signé par Sébastien Danchin. Columbia Legacy-Sony Music.
1CD et 1DVD ( a film by Klemens Schiess)
Label BMC www.bmcrecords.hu
Enregistré au Be Jazz Winterfestival 2014 ( Bâle)
Autre expérience pour notre petit Suisse préféré qui, après avoir joué en duo avec son compatriote Lucas Niggli rencontre cette fois une autre équipe, un quartet de cuivres avec presque le même instrumentarium que dans son cher Hildegarde lernt fliegen, le formidable quartet Arte. Ajoutons un bassiste électrique dans cette formation sans batterie, où Andreas fait les rythmes, à sa façon, mais sans « drum beat ». Avec Beat Kappeler au tubax et baryton sax, et Wolfgang Zwiauer à la basse, ils constituent une section rythmique « grooving like hell », sortant un véritable « Klang » (« son »).
Car le quartet est une formation hermétique qui s’enrichit de l’apport de nouveaux membres, même occasionnels et ici de l’apport exceptionnel de ce formidable chanteur, compositeur. La première rencontre qui engendra cette collaboration remonte à 2011 où le quartet « engage » Andreas comme chanteur, fasciné par ses acrobaties vocales et artistiques, la plasticité de sa voix. Il utilise sa voix comme un instrument à part entière, en magnifiant son micro...
Il est un drôle de compositeur qui intègre des parties, des bouts spécifiques du travail des autres musiciens, comme des scans de leurs parties respectives, tous les sons du sopranino au tubax comme un miroir aux différentes facettes de sa voix. Il imagine des effets de trillles, multisons, slaps, effets de respiration ou de souffles. Pas de mélodies à proprement parler, même s’il s’inspire des quartets à cordes de Bartok et Ligeti en tentant de reproduire avec sa voix des effets saxophonistiques ou en imaginant comment sonnait le quartet. Il s’enregistre par fragments sur son téléphone cellulaire et au piano pour les parties harmoniques et les voicings.
Le bonus est particulièrement intéressant car Andreas Schaerer explique avec force détails sa façon de travailler, avouant dans un bonus qu’il a besoin d’une certaine pression pour finir ce processus de création qui ne se réalise qu’en accélérant au fur et à mesure que la date du « live » approche .
N’hésitez pas, écoutez et regardez .... une expérience intense !
Sophie Chambon
Sophie Chambon
Sunnyside 2015
Aaron Goldberg (p), Reuben Rogers (cb), Eric Harland (dms)
« The Now » c’est le titre très paradoxal du nouvel album du pianiste Aaaron Goldberg. Paradoxal puisque c’est dans un style très classique qu’il évoque des pianistes de l’âge d’or du trio piano-basse-batterie comme ceux de Bill Evans ou d’Oscar Peterson s'il ne fallait en citer que deux. On est ici dans une musique qui rompt avec les codes des « power trio » actuel pour revenir à une essence du jazz faite de groove, de drive, de phrasé élégant toujours proche des trames mélodiques.
Enregistré en studio à New-York l’album a la saveur et la spontanéité du live. Kurt Rosenwinkell y passe pour jouer sur un titre et Eric Harland et Reuben Rogers qui tiennent la rythmique sans y être particulièrement expansif font admirablement le job.
Même si ce n’est pas le plus abouti et plus personnel des albums du pianiste de Boston, « The now » est marqué par son style délicieusement décalé, un peu hors du temps. Virtuose mais avec cette virtuosité modeste qui ne donne jamais l'impression de vouloir tout écraser, de vouloir la ramener comme sur Background music où l’on croirait entendre ce bon vieil Oscar sortir de sa tombe. Du grand art assurément.
Chez Goldberg il y a toujours cette maîtrise du phrasé et du son qui le rendent extrêmement lyrique et virtuose mais avec une légèreté gracieuse.
Sans révolutionner les codes, sans retourner la table, ce trio aime le jazz, fait aimer le jazz raffiné, efficace, ce jazz de bonheur simple et d'optimisme frais.
Ne manquez pas son concert le 24 Février au New Morning !
Jean-Marc Gelin
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The Duke Ellington/ Billy Strayhorn Songbook
Collection 10h10 by Cristal Records
Distribution Sony Music Entertainment
Sélection musicale et textes de Claude Carrière
Voilà un coffret qui ravira les amateurs de jazz et rappellera aux moins jeunes qu’à la fin des années soixante dix, sur France Musique, Claude Carrière assurait tous les midis, le feuilleton intitulé TOUT DUKE. Le projet se proposait de raconter en l’illustrant la carrière formidable d’un des plus grands jazzmen. Excellence, élégance, génie, voilà les qualificatifs accolés à cet artiste universellement reconnu et aimé, une icône du jazz comme il n’en existe plus. Son œuvre a fourni l’un des plus grands héritages musicaux du XXè siècle :des musiques sacrées, des suites, des œuvres symphoniques autant que des standards.
Sort aujourd’hui sous la forme d’un coffret classieux et économique question prix, The Duke Ellington/ Billy Strayhorn Songbook. Car il n’est pas question d’ignorer l’alter ego du Duke, un formidable compositeur, auteur de certains des plus beaux standards de l’histoire du jazz. 5 volumes[i] couvrent la longue et fertile discographie du pianiste, compositeur, chef d’orchestre, exceptionnellement créatif et original (1899-1974). L’angle d’approche –car comment traiter de ce monument de l’histoire du jazz, s’intéresse plus particulièrement à l’influence du compositeur sur le Great American Songbook, puisque Duke Ellington a sa place auprès des plus grands : Jérome Kern, Cole Porter, Irving Berlin, George Gershwin....
La sélection musicale de 105 plages, les références discographiques sont soignées. Le livret est conçu avec soin avec des photographies et documents de collections privées sélectionnés par Claude Carrière. Les textes délicieux, aussi documentés que bien écrits sont du maître et proposent des pistes intéressantes : comment fut mené le travail d’équipe avec ce formidable orchestre, quelles furent les porte-voix de cette musique et enfin les mots des paroliers qui accompagnèrent cette entreprise... On le voit, un labeur d’une vie et «a labour of love» que nous restitue un expert du jazz qui fit beaucoup pour développer le goût du jazz sur les ondes dans les années fastes de cette musique....avec entre autre, son Jazz Club tous les vendredis soirs co-animé avec Jean Delmas. Rappelons enfin que cette production est adoubée par la Maison du Duke et Laurent Mignard qui garde la mémoire et entretient le culte d’une certaine façon, aujourd’hui.
Merci de nous avoir concocté ce petit bijou, ce bel objet, qui rappellera aux jeunes et moins jeunes, amateurs ou néophytes, d’où vient le jazz et ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif. Comment l’oeuvre de Duke a enchanté et continue d’enchanter les racines de cette musique.
Hip hip hip hurrah pour la Chanson du Duke, véritable mélodie du bonheur....
[i] Vol.1 It Don’t Mean A Thing
Vol.2 Jump for Joy
Vol.3 Just Squeeze Me
Vol.4 Sophisticated Lady
Vol.5 Satin Doll
Sophie Chambon
Et si on inventait la musique participative ?
Participez via kisskissbankbank au prochain album de Laurent Coq à paraître sur le nouveau label créé par Vincent Bessieres , "Jazz & People"
Prenez 5 mn de votre temps pour regarder la vidéo de présentation et vous serez convaincus....et conquis
Isabelle Olivier : Harpes
Marc Buronfosse/ Larry Gray : Contrebasse/ Basse
Fabrice Moreau/ Paul Wertico : Batterie/ Percussions
Céline Grangey : Electronique
Compositions Isabelle Olivier
Direction artistique version française Bojan Z
Enja / Yellow Bird - distribué par Harmonia Mundi (2015)
De bout en bout, aux ondes de ses cordes, cet album vibre et nous fait vibrer. Nous embarque vers des villes et des rivages. Nous met les sens en éveil. Nous fait nous sentir un peu plus vivants. Jean-Marc Gelin
Isabelle Olivier - Don't Worry Be haRpy!
Voici mon nouveau projet : composer et jouer un Jazz Oper(h)arpe. En écoutant Bobby Mc Ferrin et sa voix extraordinaire, j'ai eu envie de créer un opéra pour des voix à la croisée du Jazz, de la musique classique et des musiques traditionnelles. Il m'a permis d' utiliser le titre "Don't worry, be haRpy!".
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