Label Durance/ Orchêstra
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Joli titre pour ce projet ambitieux, car reprendre Brassens et son univers en le chantant est toujours périlleux. Capucine Ollivier s’y est attelé à la tête d’un trio expressif, accompagnée au bugle et à la trompette par Jean Bernard Oury et à la guitare par Alain Soler, pour l’excellent label Durance, basé à Digne dans les Alpes de Haute Provence. Une instrumentation originale « voix-trompette-guitare » qui sert d’écrin aux chansons éternelles de l’ami Georges.
9 chansons à choisir dans l’intégrale du poète sétois, voilà qui n’était pas chose facile. Celles retenues sont certes parmi les plus connues, mais sans doute ont-elles été sélectionnées pour la capacité d’improvisation qu’elles permettent. Le projet est séduisant car il introduit le jazz dans la grande chanson française à moins que tout simplement la musique de Brassens ne s’y prête. Il est certain que l’un de nos auteurs-compositeurs-interprètes les plus populaires savait rythmer sa prosodie. Brassens swingue sans doute, comme Nougaro, bien plus que Brel ou Barbara. Il aimait le jazz d’ailleurs et Django Reinhardt, ne s’en est jamais caché, et savait ce que la « pompe » veut dire. Il s’accompagnait lui-même à la guitare avec le fidèle contrebassiste Joel Favreau.
Capucine Ollivier parvient à créer un univers très personnel, ce qui est en soi épatant, tant les mélodies semblent coller à la voix de Brassens. Quand Maxime Le forestier reprenait certaines chansons, il agissait en fidèle disciple, en parfait épigone, dans une fusionnelle correspondance de style.
Capucine Ollivier se démarque volontiers : elle chante doucement, d’une voix volontairement neutre, « blanche ». Elle scate aussi comme dans «La mauvaise réputation » et entraîne alors vers des rythmes plus bluesy («L’orage ») voire latin. Sans être adepte de cette forme d’ « élucubration » vocale, il faut reconnaître que le parti pris est juste et convient à cet hommage réel, discret et tendre. Bien entendu même si c’est plus simple pour une femme, vocalement, Capucine Ollivier ne se place pas du tout dans le même sillon. Car pour qui aime, connaît et donc fredonne les chansons de Brassens, revient toujours en mémoire le rythme marqué, la cadence si spécifique. Et l’humour pince sans rire et aussi très « vache » de Brassens qu’elle arrive à rendre un peu tout de même dans l’inébranlable « Le Temps ne fait rien à l’affaire » où on la sent sourire ....enfin. Car elle colore souvent d’une nuance mélancolique comme dans le délicat premier titre « Les passantes ».
Le résultat est très original et au bout de quelques mesures, on ne reconnaît plus vraiment Brassens et cela est bien... elle l’interprète à sa façon. Tous les arrangements et accompagnements instrumentaux sont résolument jazz et le tempo est volontairement cassé, plus lent, très lent même, brisé parfois. Mention particulière aux formidables accompagnateurs qui interviennent en un contrepoint particulièrement réussi comme dans « Je me suis fait tout petit » ou « J’ai rendez vous avec vous » : le trompettiste/bugliste Jean Bernard Oury s’envole généreusement, Alain Soler n’est pas en reste avec une guitare cristalline et perlée.
Au final cet hommage contribue à faire de ces thèmes intemporels des standards jazz, après Les doigts de l’homme ou les Etrangers familiers, Brassens revient ...encore. Et cela est bon.
Sophie Chambon