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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 08:48
Laurent Cugny Une histoire du jazz en France Du milieu du XIXe siècle à 1929

Editions Outre Mesure

Collection Jazz en France

(607pages, 43 euros).

www.outre-mesure.net

Voilà l’étude qui manquait en ce début du XXI e siècle où l’on continue à s’interroger sur le sens du mot jazz et les formes que prend actuellement cette musique. L’excellente maison d’édition OUTRE MESURE dirigée avec passion et compétence par Claude Fabre a sorti en cette fin d’année 2014 une étude transdisciplinaire des plus complètes, parfaitement documentée sur « l’objet jazz » dans toutes ses dimensions : musicale, sociale, culturelle, économique... Ainsi est resituée, dans l’histoire culturelle française, l’évolution de cette forme musicale, tant il est vrai que notre pays occupe une place de choix dans l’histoire du jazz.

La France fille aînée du jazz ? Oui et pour de multiples raisons : les musiciens qu’elle a donnés à cette musique, la diffusion à grande échelle et enfin la mise au point d’une méthodologie reconnue d’analyse, donc de commentaires critiques.

Le projet de cette histoire du jazz en France suit un axe chronologique évident, depuis les débuts jusqu’à la fin du XXè siècle. Un travail de longue haleine qui demandait une réelle expertise. Pour mener à bien cette tâche et déjà un volume introducteur de la première histoire du jazz en France, il fallait un solide chercheur universitaire, musicologue, et musicien évidemment. Tout naturellement c’est Laurent Cugny dont on peut souligner ici les compétences universitaires et l’expérience de chef à l’ONJ, créateur du Big Band Lumière, qui a dirigé les opérations.

Cet ouvrage de grande tenue intéressera les néophytes comme les amateurs éclairés puisqu’il pose de vraies questions de méthode, s’intéresse à la galaxie jazz dans tous ses prolongements et ramifications, empruntant aussi les chemins périphériques. Il évoque aussi bien le racisme que la place des femmes dans l’histoire du jazz, s’intéresse aux échanges internationaux, aux revues de music hall, aux principaux musiciens afro-américains, à la confrontation du jazz et de la musique savante, aux médiations et médiateurs, à la littérature et au commentaire en français...

Vous l’aurez compris, ce premier tome est passionnant et très complet, dans une présentation claire et efficace. Il est doté d’une savante bibliographie qui inclut les sources les plus récentes, d’un index soigné incluant toutes les rubriques possibles (musiques savantes, morceaux, revues, « musicals », opérettes, formations), d’une iconographie riche de documents rares ou inédits. Il devrait répondre non seulement aux interrogations les plus diverses mais éclairer les lecteurs sur l’importance du jazz en France et dans le monde. Une référence supplémentaire dans le catalogue déjà exceptionnel d’une maison d’édition dont la qualité n’est jamais prise en défaut.

Attendant avec impatience la suite qui traverse deux siècles de notre histoire, vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce labeur colossal (« labour of love ») a reçu, et c’est plus que mérité, le prix du Livre de Jazz de la très honorable Académie du Jazz.

Sophie Chambon

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 23:06
Richard Galliano & Sylvain Luc- La vie en rose, rencontres avec Edith Piaf et Gus Viseur.

Milan/Universal. Janvier 2015.

L’accordéon et Edith Piaf ce fut une belle histoire d’amour. En 1940, la jeune parisienne interprétait L’accordéoniste de Michel Emer (1)avec à l’instrument qui était loin du « piano à bretelles » dans les mains de Gus(tave) Viseur. Un belge qui délaissa le musette pour le jazz et donna le meilleur de lui-même avec le Gotha manouche à commencer par Django. C’est justement pour rendre hommage à ces deux artistes de cœur et de caractère, nés il y a exactement cent ans, que Richard Galliano s’est associé au guitariste Sylvain Luc.
Visiblement Richard le méridional a retenu l’ultime conseil que lui donnait le bassiste Jean-François Jenny-Clark (cité dans Jazzman. Décembre 1999) : « Fais attention avec qui tu joues ». Les deux musiciens se connaissent, ne serait-ce que par leur appartenance au label Dreyfus dans les années 1990. Ils s’apprécient et nourrissent la même passion pour ces deux héros de la musique, Edith et Gus. Leur choix se porte sur un répertoire partagé, même si Piaf l’emporte avec douze titres dont les célébrissimes La vie en rose (texte de Piaf et musique de Louguy), Sous le ciel de Paris, La foule ou encore Hymne à l’amour, contre quatre pour Viseur y compris la swingante Flambée Montalbanaise. L’approche est minimale, acoustique, sensible, sans fioritures ni pathos. Ni l’un ni l’autre ne cherche à en rajouter, à étaler sa science. En un mot, le respect mutuel. L’authenticité de Piaf et Viseur nous apparaît dans toute sa force tranquille. L’album devrait plaire aux amateurs de la belle chanson française et aux fans de jazz, ce n’est pas son moindre mérite. Jean-Louis Lemarchand

Richard Galliano et Sylvain Luc en concert le 6 février au Théâtre La Traversière. 75012.
(1). Dans un style différent, on se réfèrera aussi à « Hommage à Edith Piaf » (1994. Barclay-Polygram-Verve) signé par l’accordéoniste Marcel Azzola, qui enregistra en 1954 avec Edith Piaf Sous le ciel de Paris. Dans cet album Azzola donne sa version de L’accordéoniste, La vie en rose, Hymne à l’amour avec des partenaires tels que Stéphane Grappelli, Stéphane Belmondo, Jean-Philippe Viret ou Pierre Michelot.
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 08:39
HUBERT DUPONT Vox XL
Label Ultrack / Distribution Musea/UTK 1003

www.ultrabolic.com

Mike Ladd (rap, slam), Ibrahim Diassé (tassou, tama drums), Hubert Dupont (electric bass), Hervé Samb (acoustic guitar), Naïssam Jalal(flute), Maxime Zampieri (drums), Djengo Hartlap (live sound design)

En ces temps plus qu’agités, il est bon d’écouter une musique autre, au delà des frontières géographiques et musicales, se moquant des styles et des genres, les mixant en un mariage des plus heureux. Hubert Dupont est de ces musiciens qui prennent le monde pour un terrain de manœuvres, pacifiquement musicales sans faire cas des classements et autres étiquettes.

Mais au fait est-il si inclassable que cela, ce nouvel album à la voix majuscule, justement intitulé Vox XL, où deux voix magistrales se mêlent en une joute amicale , celles du slammeur blanc, anglophone Mike Ladd et du Sénégalais Ibrahima Diassé qui scande en tassou, slam traditionnel wolof ? On se laisse très vite embarquer (« multi kutsi ») par le chant particulièrement envoûtant, sans dates, références et figures mythiques évoquées- ce qu’a su très bien faire Mike Ladd dans ses expériences précédentes. Cette fois Mike Ladd s’est plongé dans la musique africaine en réponse à Ibrahima Diassé, pour créer un parcours personnel qu’ils égrènent au fil des titres et improvisations des amis qui l’entourent. Ils orientent différemment leur propos, tirant chacun le fil de leur pelote de mots. Slam, rap, sprech gesang, travail dans les marges, comment ne pas plonger dans ce vertige de mots, de sons qui prennent chair ? Le tempo qu’ils installent est stimulant avec les respirations logiques parfaitement marquées, soulignant rythmiquement l’agilité de la pensée qui court. Les parenthèses même sont pleines de vitalité et les pauses bienvenues pour entendre mieux la mélodie comme dans « Baisse la clim », que reprennent les autres musiciens, excellents dans chacune de leurs interventions ; pour les fragments ou fredons de ces musiques populaires retravaillées, c’est un texte de chair, une langue qui s’incarne dans un corps pensant et non dépourvu d’affect.

Après Jasmine qui évoquait les révolutions du monde arabe, nous nous enfonçons plus au sud, non loin du Timbuktou d’Abderrahmane Sissako. Un dialogue magnifique s’engage entre l’Américain devenu Parisien et le Sénégalais, sans pour autant que les cultures des deux mondes s’affrontent. C’est plutôt du côté des ressemblances et des affinités, bien évidemment électives, que se retrouvent les musiciens, pointures singulières choisissant de se présenter en collectif. Hubert Dupont, contrebassiste raffiné, est aux avant-postes accompagné comme dans le disque précédent de la splendide flûtiste Naïssam Jalal. Les tambours tama se joignent aux fûts virtuoses de Maxime Zampieri sans désordre aucun et la basse électrique s’allie à la guitare acoustique, délicate et sinueuse d’Hervé Samb, complice du contrebassiste jusque dans le final « Juska Juska » où pour une fois, on n’essaie pas de comprendre ce qui se dit, même si on capte quelques mots envoyés d’une bouche gourmande. Contrairement à l’expérience précédente de Ladd sur The waste Land de T.S.Eliot, ce ne sont pas les mots mais les rythmes qui prédominent et le flow qui évidemment swingue puisqu’il est réussi. La musique se déploie dans l’espace, vibrant en expansion, poétique et irrésistible, efficace et douce à la fois.

Ajoutons que cet album qui fut enregistré live aux Musiques au Comptoir en banlieue parisienne y sera également présenté en version concert le 6 février prochain. Un bon conseil, allez y nombreux ! Ce spectacle peu ordinaire mérite le détour.

Sophie Chambon Label Ultrack / Distribution Musea/UTK 1003

www.ultrabolic.com

Mike Ladd (rap, slam), Ibrahim Diassé (tassou, tama drums), Hubert Dupont (electric bass), Hervé Samb (acoustic guitar), Naïssam Jalal(flute), Maxime Zampieri (drums), Djengo Hartlap (live sound design)


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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 14:14
ICHIRO ONOE Wind Child

www.ichiroonoe.com

Promise land

Ichiro Onoe, batteur japonais devenu parisien depuis 17 ans, a longtemps tourné en sideman avec Bobby Few, Chris Cheek, Ron Carter, Makoto Ozone,Frank Lacy, Bruno Angelini, s’est fait remarquer dans le disque de Philippe Le Baraillec, sur le label de l’Ajmi. Des univers musicaux assez différents auxquels il a su apporter sa couleur et sa finesse rythmique.
Il sort son premier album en leader Wind child du nom du premier morceau autobiographique composé au Japon, où il nous livre ses souvenirs et émotions.... Il s’entoure de jeunes talentueux dont on devrait entendre parler, tant il est vrai que l’on dispose ici d’un vivier de musiciens impressionnants qui ne demandent qu’à jouer : Matyas Szandai à la contrebasse, Geoffroy Secco au saxophone ténor et Ludovic Allainmat au piano. Ce Wind Child nous entraîne avec des compositions variées, toutes du batteur, dans le terrain familier du jazz que l‘on joue en club des ballades délicates comme « Recesses of the heart », un « Playground » très fusion ( Ichiro Onoe est fan du saxophoniste des Yellowjackets Bob Mintzer), des giclées de free comme dans « What do you want ». Révélant un véritable talent d’accompagnateur aux capacités inventives, le batteur préfère l’interaction avec ses complices qu’il a même tendance à mettre en avant par son soutien rebondissant, son énergie canalisée finement. Vibrant et charnel, revigorant, cet album jazz dessine une histoire aux couleurs subtiles ; une simplicité apparente, une fluidité maruée mais une authentique déclaration d’amour pour cette musique.

Sophie Chambon
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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 18:14
Sons d'hiver 2015 : Anthony Braxton, l’Alchimist

Anthony Braxton – sax alto, soprano, sopranino, baryton
Mary Halvorson – guitare électrique
Taylor Bynum – cornet, bugle, trompette piccolo, trombone
James Fei – saxophones, effets

Les mots me faisaient défaut à la sortie du concert d’Anthony Braxton ce vendredi 23 Janvier. Comme un véritable procédé alchimique, avant le concert, j’étais matière une heure après, j’étais légère, illuminée.
Et puis l’attraction terrestre et le froid ont fini par me rendre ma chair et les mots.
Mais quels mots pour parler de la musique de Braxton ? Les mots sont bien trop réducteurs !
Appeler son Œuvre « musique » est déjà la réduire. Car c’est bien de cela dont il s’agit, du Grand Œuvre. La musique de Braxton est alchimique.
Ici, il est accompagné par 3 de ses anciens élèves. Sur leurs pupitres, une seule partition et un dessin.
La scène, c’est le laboratoire. Chacun des gestes de Braxton est fait en pleine conscience. Avant de prendre un saxophone, il prend soin de s’essuyer le visage, afin de ne laisser aucune empreinte de la vibration que l’instrument précédemment utilisé ait pu laisser.
Alors que dire de sa « musique » sinon qu’elle est à son image c’est à dire entière, radicale, puissante, sans résistance, vraie. Elle est.
Elle ne joue pas la vie, elle est la Vie.
D’abord elle fait sens. Mais très vite il transcende ce sens, le fait disparaître pour n’en garder que l’essence. Et cette essence relève du divin.
C’est en cela qu’Anthony Braxton est – non seulement un Maître pour les musiciens – mais véritablement un Créateur.

Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 22:11

Académie du Jazz 2014

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) :
AIRELLE BESSON
Finalistes : Cécile McLorin Salvant, Paul Lay


Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :
AMBROSE AKINMUSIRE « THE IMAGINED SAVIOR IS FAR EASIER TO PAINT » (Blue Note/Universal)
Finaliste : Ran Blake « Cocktails at Dusk, a Noir Tribute to Chris Connor » (Impulse !/Universal)


Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :
STÉPHANE KERECKI « NOUVELLE VAGUE » (Out Note/Harmonia Mundi)
Finalistes : Caratini Jazz Ensemble « Body & Soul » (L’Autre Distribution), Thomas de Pourquery « Supersonic Play Sun Ra » (Quark Records/L’Autre Distribution)


Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :
Ex-aequo JOHN TAYLOR, MICHAEL WOLLNY
Finaliste : Samuel Blaser


Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :
Ex-aequo PATRICK FRÉMEAUX pour l’ensemble de ses rééditions jazz, SIDNEY BECHET « IN SWITZERLAND / EN SUISSE » (Coffret de 4CDs United Music Foundation)
Finaliste : “The Keynote Jazz Collection “1941-1947” (Coffret de 11CDs Fresh Sound/Socadisc)


Prix du Jazz Classique :
TCHAVOLO SCHMITT « MÉLANCOLIES D’UN SOIR » (Label Ouest)
Finalistes : Tim Laughlin « The Trio Collection Vol.1 » (Gentilly Records), Preservation Hall Jazz Band « That’s It » (Legacy/Sony)



Prix du Jazz Vocal :
SINNE EEG « FACE THE MUSIC » (Stunt/UnaVolta Music)
Finalistes : Jamie Cullum « Interlude » (Island/Universal), André Minvielle « Suivez Minvielle If You Can » (Le Complexe Articole/L’Autre Distribution)


Prix Soul :
MALI MUSIC « MALI IS… » (ByStorm-RCA/Sony),
Finalistes : Leela James « Fall For You » (J&T), Liv Warfield « The Unexpected » (Property)


Prix Blues :
THE ROBERT CRAY BAND « IN MY SOUL » (Provogue/Wagram)
Finalistes : Dave Specter « Message in Blue » (Delmark/Socadisc), Vaneese Thomas « Blues For My Father » (Segue)


Prix du livre de Jazz :
Ex-aequo LAURENT CUGNY « UNE HISTOIRE DU JAZZ EN FRANCE TOME 1 : DU MILIEU DU XIXe SIÈCLE À 1929 » (Outre Mesure), JEAN-LUC KATCHOURA WITH MICHELE HYK-FARLOW « TAL FARLOW UN ACCORD PARFAIT A LIFE IN JAZZ GUITAR » (Paris Jazz Corner)
Finaliste : Mezzo – J.M. Dupont « Love In Vain, Robert Johnson 1911-1938 » (Glénat)


Ont Participé au vote : ​Jacques Aboucaya
​Reza Ackbaraly​
​Pascal Anquetil
​Pierre-Henri Ardonceau​Philippe Baudoin
​Philippe Bas-Rabérin
​Franck Bergerot
​Christian Bonnet
​Francis Capeau
​Philippe Carles
​Claude Carrière
​Frédéric Charbaut
​Guy Chauvier
​Anne Chepeau
​Pierre de Chocqueuse
​Gilles Coquempot
​Jean-Pierre Daubresse
​Jean Delmas
​Jean-Philippe Doret
​Jonathan Duclos-Arkilovitch
​Joël Dufour
​Alex Dutilh
​Lionel Eskenazi
​Ludovic Florin
​Joe Farmer
​André Francis
​Bob Garcia
​Jean-Marc Gelin
​Frédéric Goaty
​Jean-Pierre Jackson
​Matthieu Jouan
​Stéphane Kochoyan
​David Koperhant
​François Lacharme
​Anne Legrand
​Jean-Louis Lemarchand
​Isabelle Marquis
​Arnaud Merlin
​Philippe Meziat
​Joël Pailhé
​Dominique Perichon
​Jacques Périn
​Bruno Pfeiffer
​Stéphane Portet
​Xavier Prevost
​Jean-Michel Proust
​Thierry Quénum
​Marc Richard
​Pascal Rozat
​Laurent Sapir
​Jean-Jacques Taïb
​Nicolas Teurnier
​Alain Tomas
​Sébastien Vidal
​Philippe Vincent

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 22:00
Académie du Jazz : les lauréats 2014 et hommage à Cabu
Moment fort de la saison jazzistique, la remise des prix de l’Académie du Jazz avait cette année une atmosphère particulière, empreinte de solidarité et de sympathie. Toute la communauté des professionnels du jazz a salué Cabu, une des victimes du 7 janvier, « grand ami de l’Académie » a souligné son président François Lacharme. Une standing ovation a été réservée à Cabu à l’issue d’une présentation de quelques-unes de ses caricatures de jazzmen y compris bien entendu son artiste préféré, le tonique Cab Calloway. L’émotion était palpable également lors de la projection d’un hommage musical- un solo de piano en forme de requiem- aux morts de Charlie Hebdo, adressé par le lauréat du Grand Prix de l’Académie, le trompettiste Ambrose Akinmusire.

Le palmarès 2014, dévoilé ce 19 janvier au Théâtre du Chatelet, confirme l’œcuménisme et la sélectivité de l’Académie du Jazz. La jeune génération –Airelle Besson, prix Django Reinhardt du meilleur musicien français, Sinne Eeg, prix du Jazz Vocal, Stéphane Kerecki, bassiste, prix du meilleur disque français - cohabite avec des artistes confirmés tels le guitariste Tchavolo Schmitt ou le bluesman Robert Cray. Le plus bel exemple en est peut-être donné par le Prix du Musicien européen partagé entre deux pianistes, John Taylor et Michael Wollny : le premier, britannique affichant un demi-siècle de carrière ayant été le professeur du second, brillant soliste allemand découvert en France par un duo avec Joachim Kühn. C’est l’esprit de l’Académie du Jazz, l’illustration du patrimoine et le soutien-éclairé- aux tendances actuelles de « la plus populaire des musiques savantes ».

Jean-Louis Lemarchand

Jean-Louis Lemarchand

Académie du Jazz : les lauréats 2014 et hommage à Cabu
Académie du Jazz : les lauréats 2014 et hommage à Cabu
Académie du Jazz : les lauréats 2014 et hommage à Cabu
Académie du Jazz : les lauréats 2014 et hommage à Cabu
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 07:12
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 07:10
Autour de Nina
1 CD Verve /Universal
www.autourdenina.com
Voilà un album qui rend hommage avec sensibilité et talent à Nina Simone, la grande prêtresse du chant noir, la sauvage, la révoltée, « la maudite du blues » qui ne connut jamais assez, de son vivant du moins, la reconnaissance à laquelle elle aspirait désespérément. Son destin ressemble en effet à un roman tragique, une « mine de malheurs » qu’elle a décrit dans son autobiographie intitulée ‘I put a spell on you’.
Dix artistes se sont essayés à chanter, non pas comme elle, mais avec leur voix qui ne ressemble justement pas à la sienne, au timbre très riche, puissamment expressive, imprimant une grande liberté mélodique aux thèmes qu’elle reprit dans tous les répertoires, folk, jazz, blues et variétés. Sauf peut-être curieusement Keziah Jones qui évoque le plus l’interprétation de Nina dans un de ses tubes, le traditionnel gospel « Sinner man ». a moins que ce ne soit Ben L’oncle Soul dont la voix étonnante évoque aussi Billie Holiday dans « Feeling good ».
Il faut souligner les arrangements superbes du pianiste Clément Ducol ; quant aux musiciens qui accompagnent, ils appartiennent de plus ou moins près à l’univers du jazz et des musiques actuelles : on retrouve avec plaisir dans cette aventure, le pianiste Bojan Z, le percussionniste Cyril Atef, le tromboniste Sébastien Llado sur 2 titres, et on pourra découvrir comme moi le travail remarquable de Christophe Minck à la basse et à la harpe, ainsi que l’ensemble de chambre Archipel .
L’agencement de l’objet CD donne envie de se procurer cet album. Le livret est tout simplement réussi, élégant même dans sa conception. Une introduction sobrement intitulée « Une vie » de David Brun Lambert pose un regard juste sur la diva à la voix et au toucher de piano uniques. Chacun des chanteurs et chanteuses est ensuite présenté avec une photo en regard de laquelle est décrit le contexte, le sens de la chanson choisie, suivi du « line up ». Rien à redire à cette présentation, épatante.
Le choix des interprètes est assez varié pour provoquer la surprise, voire une certaine appréhension. Et puis voilà que le doute se dissipe à l’écoute de l’album qui a tourné, et ce n’est pas fréquent, plusieurs fois de suite en boucle dans le lecteur. C’est qu’il n’y a aucune fausse note dans l’enchaînement des thèmes, l’album atteignant ainsi une cohérence harmonieuse. Les voix sont utilisées avec leur qualités intrinsèques, leur faiblesses aussi peut-être, mais avec sincérité d’où le sentiment de justesse et d’authenticité.
De « Baltimore » composée par Randy Newman en 1977 interprétée par Lianne La Havas qui commence l’album à la surprise finale, le formidable « Lilac Wine » où Camille parvient à faire oublier dans sa sobriété pure, non seulement Nina mais aussi Jeff Buckley qui avait réussi à s’approprier la chanson.
Selon les goûts on aura tendance à préférer l’une ou l’autre de ces chansons mais la sélection est habilement faite dans un répertoire riche et plutôt « casse gueule » pour les reprises des plus gros succès commerciaux. On ne trouve pas heureusement « Ne me quitte pas » mais par contre, certains traditionnels comme le délicieux chant écossais « Black is the color » (...of my true love’s hair) sont magnifiés par la voix gravement sombre et chaude de Gregory Porter sur un tempo ralenti qui sied à ce poème en prose. En background, Mélody Gardot est ensorcelante et l’accompagnement à la harpe fait de cette version l’une des plus saisissantes, totalement adaptées à l’univers de la chanson. Youn sun Nah dans « Plain Gold Rain » et Melody Gardot dans « Four Women » prouvent une fois encore qu’elles ont plus d’une corde à leur arc vocal, intégrant à leur manière leur fragilité. Olivia Ruiz se sort très finement, avec l’impertinence et l’humour qu’on lui connaît, de cette bluette jazzy qui fut, presqu’à son corps défendant, l’un des plus gros hits de l’immense Nina.
Pour le thème délirant de Screamin Jay Hawkins, c’est la Suissesse Sophie Hunger qui s’y colle, dans une version qui fait entendre toute l’étendue(énorme) de ses possibilités vocales et de sa folie, proche de l’original. Elle nous gratifie heureusement d’un bonus « Thandewye », autre traditionnel de la diva nomade et imprévisible.
On vous le redit, voilà l’une des meilleures surprises de la fin 2014 et, en ce début tragique d’année, écouter cet album lumineux peut aider (momentanément) à retrouver une certaine sérénité.
NB : Si vous voulez en savoir plus, lisez Nina Simone, roman de Gilles Leroy qui clôt sa trilogie américaine (dont Alabama Song lui valut le Goncourt en 2007).C’est une œuvre de fiction inspirée de la vie d’ Eunice Kathleen Waymon ( 1933-2003).
Sophie Chambon
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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 08:31
Pour Cabu

Et il y avait toute cette bande de joyeux provocateurs, cette bande d'insolents qui ne respectaient rien sauf l'amour , sauf le cul des jolies filles qui s'appelaient toutes Paulette ou la candeur des grands deguingandés gentils qui s'appelaient tous Duduche. Cette bande qui se foutait de la gueule des cul benis et des sergent kronenbourg.
Car ces hommes qui nous ont quittés sont un peu comme des copains ou plutôt comme la bande d'adolsecents insolents qui viennent foutre le bordel dans les réunions de famille. Et nous, dans ces réunions de famille ont préférait plutôt sortir fumer un pétard avec eux plutôt que de parler de la France qui fout le camp avec les ancêtres attablés devant la dinde aux marrons.
C'est comme si on avait perdu des copains.

Et dans cette bande de joyeux 68ards pour qui 68 était une philosophie, un art de vivre, dans cette bande d'adorables irrespectueux, il y avait Cabu.
Et nous dans le jazz Cabu on l'aimait bien.
On l'aimait tendrement. Sa coupe au bol comme on n'en fait plus aujourd'hui et ses airs d'eternel etudiant, son sourire d'enfant et son humour potache. Cabu aimait le jazz qui bande et qui pétille. Il signait avec Claude Carriere ces formidables séries "Cabu Jazz". Son temps là aussi s'était un peu, délicieusement bloqué a Duke, Cab Calloway et Ella. Il fallait comme dans ses dessins que ça bouge, que ça swingue, que ça rigole. Regardez bien ses dessins, ils dansent commez une nana sur un solo de Paul Quinichette dans l'orchestre de Duke.

Cabu aimait la vie et il aimait le jazz.
Manquerait plus qu'une bande d'abrutis enturbannés essaient de nous empêcher ça aussi, l'amour du jazz et de la déconne. L'amour tout court.
Cabu , Wolin, Charb, Tignous, Maris, Honore, ce sont pas des gars que l'on efface à la Kalach. Ils nous étaient précieux et indispensables. Ils nous sont aujourd'hui éternels.
C'est pour cela et pour que leur courage ne fut pas inutile qu'on sera là, pour eux dimanche et qu'on se dressera devant ces ignobles que l'on méprise aujourd'hui sur un air de jazz un peu comme si à ces abrutis on leur tirait la langue, un peu comme si on leur montrait nos fesses.
Parce que nous ici, comme vous tous, nous sommes Charlie.
Jean-Marc Gelin

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