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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 10:00

 

 

Fidel Fourneyron trombone, Geoffroy Gesser saxophone ténor, et clarinette, Sébastien Beliah contrebasse

www.umlautrecords.com 

www.onj.org

www.fidelfourneyron.com

Concerts  14 novembre  D’Jazz Nevers festival

21 janvier La Dynamo de Banlieues Bleues- Pantin

 

 

un-poco-loco.jpg 

 

 

 

Dès l’ouverture de la pochette, où figure  sur un éclatant fond  jaune, un tableau du peintre renaissance autrichien  Marx Reichlich  « Un fou », on se dit que cette émanation de l’ONJAZZFABRIC  a parfaitement illustré le titre de l’album et de la première composition « Un poco loco » de Bud Powell qui l’était un peu ...fou. Puis on s’aperçoit que logiquement, le trio d’improvisateurs (trombone/sax ténor, clarinette/ contrebasse) a choisi de reprendre dans ce programme le répertoire du jazz des années cinquante, en particulier du bop... C’est en effet la  « redécouverte de ces airs passés qui ont fait en leur temps la folie du jazz » que le trio nous propose. Et s’ils ne paraissent  toujours pas sages, ils sont encore capables d’enflammer un auditoire qui aime le jazz. On est donc content de réentendre ces compositions superbes réarrangées, assez fidèlement cependant  pour que la mélodie soit reconnaissable.  Il est bon de revenir aux compositions de Dizzy Gillespie ....sans oublier Lee Morgan dont il n’existe pas encore de biographie en français.  Et si vous ne vous mettez pas à danser sur la compo « Minor’s holiday » de Kenny Dorham  magnifiée par la contrebasse de Sébastien Beliah, consultez...

En lisant la présentation de l’album, on apprend que  Fidel Fourneyron, membre des très dynamiques et contemporains collectifs  Radiation X, ou Coax  (avec Geoffroy Gesserd’ailleurs) est un amoureux des orchestres swing, soliste chez Laurent Mignard (relecteur passionné de Duke Ellington) et de l’Umlaut big band spécialisé dans la musique de danse...Il y aurait donc des jeunes musiciens qui ne s’affranchissent pas du passé et remontent le temps musical au delà des années 60 ? 

L’un des  atouts de cette démarche est de reprendre ces thèmes gravés dans les mémoires des plus anciens, avec une autre instrumentation. On oublie donc les trompettistes, on écoute une autre «orchestration», des arrangements enlevés car le trio parvient à retranscrire le jus, à garder la sève de cette musique enthousiasmante. Le démarrage nous met dans l’ambiance, tout en payant respect à la mélodie : ça éructe, vrombit, s’interrompt pour mieux rebondir, klaxonne presque...vrille comme un bourdon. C’est rapide et enlevé. Et ça continue avec «Tin Tin Deo » très métallique, chaloupé et lancinant ...quand il le faut. Nos compères arrivent à ajouter encore de la chair à des compositions qui n’en manquaient pas , ainsi du moelleux fondant du trombone sur le moins connu « Rondolet ». C’est souvent humoristique avec changements et variations de tons à la klezmer ou à la Goodman. Dès l’exposition de certains thèmes, on sent une volonté d’en faire autre chose, de casser les attentes, de broder d’autres variations, de déstructurer le morceau. Et cela ne peut se faire que si l’on connaît bien le répertoire et ses chausses trappes (« A Night in Tunisia »). D’autres thèmes donnent naissance à des pépites comme ce « Ca-Lee-So » de Lee Morgan, aux rythmes latins et aux motivations plus commerciales alors, au tournant des années soixante. La version revisitée de ce calypso donne  une composition moins heureuse, plus compliquée, inquiétante et hypnotique par endroits. Quant au thème émouvant de «Poor Butterfly», il est attaqué de façon étrangement lente, étirée pour rendre un peu de la langueur de la mélodie originale... « And then she stopped » de Dizzy Gillespie  devient du jazz de chambre...à la Giuffre quand il ne jouait pas encore free. Ecoutez encore “Back for Berksdale” de Gerry Mulligan, où ça marmonne, “moane and groane”, jouant  sur les citations, allitérations, contrepoints : cela fourmille d’idées, et c’est intelligemment rendu.

On se régale d’un bout à l’autre de l’album qui n’est pas trop long, on aimerait bien les entendre en live, ils vont passer à Nevers et on espère qu’ils feront date...

 

Sophie Chambon

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 00:00

 

Neuklang 2014

Jean-Christophe Cholet (p), Heiri Känzig (cb), Marcel papaux (dms)

 cholet.jpg

 

Revoilà donc pour une 7ème édition le fameux trio suisse Cholet-Känzig-Papaux pour, une nouvelle fois faire vibrer le trio jazz dans sa veine la plus…vibrante.

Car le moins que l’on puisse dire c’est que depuis que ce trio s‘est formé en 2002 il  fonctionne à merveille dans une sorte d’osmose. Et dans cet album on les retrouve dans une veine très poésie qui joue sur les nuances subtiles et sur les interactions télépathiques du trio. C’est comme si chaque membre du trio parlait d’une même voix, tout en réponse et en écoute. On sait Jean-Christophe Cholet gourmand de multiples expériences musicales en passant par son formidable groupe Diagonal ou encore en duo avec le trompettiste Matthieu Michel. Mais avec ce trio, il semble être en famille, dans un univers où les trois musiciens discourent sans cesse entre eux. L’échange (le titre de l’album) c’est à la fois cet art de la conversation mais aussi ce moment où chacun partage l’un des trois piliers (mélodie/harmonie/rythme) ou au contraire échange sa position pour en adopter une autre. Une poésie se dégage et en même temps voyage dans des moments de groove intense. Cette musique vit, palpite, exalte, médite ou émeut.

Cholet ne fait pas dans la facilité, ne flatte pas la mélodie, mais s'en arrange, l'accommode au travers de structures plus ou moins complexes, dissonantes ou pas, rythmiquement élaborée. Des structures où sa très grande culture du jazz se mêle a une éducation d'un piano plus classique ou alors carrément rock.

C’est un album aux nuances riches, digne des plus grands trios.

Jean-marc Gelin

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:30

 

 art_whyistuckwithajunkiejazzman.jpg

 

 

Laurie Pepper a été la dernière compagne du grand saxophoniste Art Pepper.

Ils s’étaient rencontrés au centre de désintoxication de Synanon en Californie en 1969 et ne se sont plus quittés jusqu’aux derniers souffles du saxophoniste en juin 1982. Si Laurie Pepper avait largement contribué à aider Art dans l’écriture de sa célèbre autobiographie ( Straight Life), c’este elle qui aujourd’hui raconte la sienne, sans fard et sans pudeur dans un livre aussi passionnant qu’émouvant.

 

Rencontre avec Laurie Pepper......

 

 

 

 

 

JMG : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ( Why I stuck with a junkie jazzman) ?

 

LP :  En fait c'est un livre que j'ai commencé il y a environ 12 ans. J'y ai donc travaillé dessus sur une période assez longue.

 

JMG :  Vous pensiez que c'était le bon moment pour écrire ce livre ?

 

LP : Oui mais vous savez ce que c'est. Lorsque vous n'êtes pas vous même un écrivain et que vous n'écrivez pas tout le temps, cela prend beaucoup de temps pour arriver à en faire quelque chose de présentable et surtout pour commencer ce travail que bien sûr j'avais en tête depuis la mort d'Art en 1982.

 

JMG : Est ce une sorte de renaissance après tout le travail que vous aviez fait sur « Straight Life » (*) ?

 

LP : Oui, absolument.

 

JMG : Comment vous sentez vous après avoir écrit ce livre ?

 

LP : Je ne peux pas avoir le même sentiment que celui que j'avais après avoir écrit Straight LIfe. Lorsque j'ai écrit ce livre avec Art, j'avais le sentiment d'une petite mort lorsqu'il est sorti parce que, comme je le dis dans mon livre " c'était le meilleur job que j'ai jamais eu dans ma vie". Avec " Why I stuck" c'est autre chose. Je n'ai pas la même impression. D'abord parce que lorsque j'ai écrit Straight Life avec Art, je pensais que ce serait la seule et unique fois que j'écrirais un livre comme celui-là.

 

JMG : Quand vous l'avez rencontré à Synanon, pensez vous avoir sauvé sa vie ?

 

LP : Non, je ne sais pas, je ne peux pas le dire. J'écris dans le livre que si cela n'avait pas été moi cela aurait très bien pu être quelqu'un d'autre. Parce que tout simplement il cherchait quelqu'un qui pouvait sauver sa vie. Mais en fait il a toujours cherché, tout au long de sa vie quelqu'un qui pourrait le sauver. Mais je pense que lorsqu'il m'a rencontré il a pensé que je pourrai le sauver. je ne savais pas à l'époque que c'était le job qu'il avait en tête pour moi. J'ai réalisé cela plus tard.

 

JMG : Pouvez vous nous expliquer l'influence que vous avez eu sur la musique d'Art Pepper après que vous l'ayez rencontré à Synanon pour vivre ensuite près de 20 ans avec lui ?

 

LP :  Je ne sais pas si c'était une bonne chose ou non mais, oui effectivement j'ai eu une grande influence sur la musique d' Art. D'abord parce qu'il y avait certains types de musiques que j'aime et que je lui ai fait partager. Je l'ai influencé aussi au travers de mes encouragements. Je voulais qu'il joue plus de blues et de ballades que j'aimais. Vous savez il était très influencé par Coltrane. Mais de mon côté je trouvais que cette art-1.jpgmusique était dure à suivre. Art etait dans un état d'esprit où il voulait me plaire. Il savait que j'aimais les choses un peu funky, les jolies mélodies et il a répondu à cela.

 

DNJ :Vous pensez donc qu'après votre rencontre, sa façon de jouer a changé ?

 

LP : Je vous l'ai dit je pense que j'ai eu une influence. Maintenant je ne saurai jamais ce qui se serait passé dans l'évolution de sa musique si nous ne nous étions pas rencontrés. Peut être aurait elle été la même. Ce que je sais c'est que Art était très attentif aux goûts de ceux qu'il côtoyait. Particulièrement les femmes à qui il voulait plaire. Et à ce moment là cette femme c'était moi. Je ne sais pas quelle a été mon influence mais je sais bien qu'il a alors commencé à jouer beaucoup plus de blues et de ballades. Dans les albums que j'ai récemment édité, il y en a un en live au Ronnie Scott en 1980. A un moment, à la fin de l'album on entend une femme dans la salle qui crie " joue du blues !". C'était moi.

 

JMG : en fait vous êtes devenue le vrai manager d'Art Pepper

 

Retrouvez ici la suite de l'interview de Laurie Pepper : " why I stuck with a junkie jazzman"

 


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin en octobre 2014

 

 ART: Why I Stuck with a Junkie Jazzman
Laurie Pepper
358 Pages
ISBN: # 978-1494297572
Art Pepper Music Corporation
2014

 

 

 

 

 

(*) Laurie Pepper est en fait celle qui avait largement contribué aux côtés d'Art Pepper à écrire l'autobiographie du saxophoniste, "Straight Life"

 

 

 

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 19:54

 

Invite Glenn Ferris, Boris Blanchet, le Well String quartet

dans   Précious liquids

ICI LABEL

www.nicodritrio.com


Sortie du disque  le 5 novembre au Sunside à Paris  et au Caméléon en ...Picardie le 7 novembre.

 

nicodri.jpg

Une présentation originale, une annonce qui  promet des «liquides précieux » à goûter, à s’administrer différemment par la voie auriculaire.... On est un peu surpris mais pourquoi ne pas essayer ?[i]  L‘album  est accompagné d’un bel objet sous forme de clé USB, créé artisanalement par le pianiste...

Puis on met le disque dans le lecteur et on écoute cette musique réjouissante,  séduisante à plus d’un titre, assurément un jazz vif qui surgit d’une vraie culture musicienne. Le trio qui a démarré son aventure musicale en 2008 a beaucoup joué en clubs et a ainsi acquis une aisance perceptible dès les premières mesures. Avec le temps et l’expérience du terrain, il  s’est créé un répertoire qu’il n’hésite pas  à dévoiler  avec une conviction irrépressible, en plus grande formation, aidé de Glenn Ferris au trombone, Boris Blanchet au sax ténor et soprano ainsi que le quatuor à cordes Well String Quartet. Un beau casting avec des musiciens qui déclinent ainsi  toutes sortes de combinaisons instrumentales qui étoffent le projet, renouvelant élégamment l’art du trio puisque le NicoDri  Trio (il est temps de le présenter) est composé du pianiste leader (qui pratique aussi le Fender) Nicolas Dri, du contrebassiste Sébastien Maire et du batteur Andreas Neubauer. 

Par contre, le rapport à l’artiste plasticienne Louise Bourgeois n’est pas immédiat et se comprend  par le titre qui renvoie à une installation Precious Liquids, présentée à la Documenta IX de Kassel en 1992.[ii] Peut être est-ce pour expliquer quelques excentricités de ce voyage musical. Mais après tout ...  le « dérangement » est l’une des choses les mieux partagées dans le domaine artistique et volontiers accepté comme ici, quand il propose des couleurs nouvelles avec une urgence tranquille...en se tenant au niveau des apports les plus incisifs du phrasé et de l’attaque des sons dans le jazz.

L’album est bien construit, alternant ballades subtiles « Louise Bourgeois » avec des pièces swingantes  « Born to the chapel of sacred mirrors », des accents funky sur F.I.T, un formidable « Yellem » très coltranien avec le soprano Blanchet. Avec« Clara est rentrée », c’est une histoire qui  nous est contée, peut être une suite au « She ‘s leaving home » des Beatles. Le trio élabore une musique raffinée où font retour par infimes fragments ses références. Il semble qu’un peu de la « poussière (d’étoile)du jazz des décennies antérieures se soit déposée à la surface de ces compositions, suscitant un sentiment étrange de (re)connaissance. Ces réminiscences placent en terrain connu, sans que l’on sache  pourtant - et cela est délicieux- où mène le voyage. Ces compositions  révèlent un classicisme un peu ambigu qui renvoie l’amateur de jazz à ses mythes personnels, en prolongeant la mémoire de musiques obsédantes. On traverse avec plaisir ce passage du temps, appréciant la sobriété fluide d’une esthétique volontiers en retrait, tout en hommage, mais qui ne cède rien sur l’essentiel, c'est-à-dire la manière. Ce sont des musiques de rencontres reflétant d’abord trois, puis plusieurs voix qui savent chanter et construire un parcours éloquent par une expression équilibrée. A l’évidence le Nicodri trio a trouvé ses marques sur un répertoire auquel tous contribuent. Les mélodies (du jeune pianiste sauf la dernière) sont clairement  affirmées, avec le phrasé délié, agile, le grain tendre du piano, sans oublier les ponctuations et les élans décisifs de la contrebasse. Quant au drumming ferme mais énergique, il suit le rythme du corps dans ce qu’il a de pulsionnel comme dans ce  « Droit dans le mur ». La nostalgie demeure avec le final, «La chanson d’Hélène » du film Les Choses de la vie de Claude Sautet. Romy Schneider n’en interprète plus les paroles, mais la seule mélodie du trio est un bel hommage à ce grand compositeur de musiques (de films), Philippe Sarde.

Un disque  plus que prometteur, à la fois ambitieux et accessible. Un talent qui ne demande qu’à croître et embellir...

 

Sophie Chambon

 



[i]  Si vous lisez ce message c’est forcément que vous avez choisi de participer à cette nouvelle expérience. Aussi je commencerai donc par vous remercier pour votre curiosité et votre confiance.

Le projet IN medias sensitifs a vu le jour suite à un constat général, fruit de longues réflexions relatives à la dématérialisation de la musique. Il en est émergé l’idée qu’il serait intéressant de recentrer une production artistique dans la peau d’un objet, tout en gardant les possibilités actuelles de connexion. Souvenez-vous de ces belles pochettes vinyles sur lesquelles on pouvait largement s’exprimer. Rognées ensuite au format CD, on perdait déjà énormément. Puis maintenant, à l’ère du numérique (qui n’est pas forcément une mauvaise chose), il devient impossible de « toucher la musique ».

L’idée est simple : associer un bel objet à une production artistique. Une nouvelle ouverture sensorielle s’offrant alors à toutes directions créatives, il était intéressant d’illustrer sous forme de Liquide connecté le nouvel album Precious Liquids de NicoDri Trio.

Merci de participer à cette expérience...

Nicolas Dri

 

[ii] Precious liquids s’intercale entre deux séries de « the Cells » (les  cellules). Espace clos, obscur que l’on peut néanmoins traverser par deux portes, avec un lit, divers vêtements, des récipients en verre...  Il s’agit d’un réservoir d’eau d’immeuble new yorkais cerclé d’un bandeau métallique où l’on peut lire « Art is a guaranty of sanity ». Richesse et diversité d’une œuvre qui résulte d’une position singulière, décalée entre ordre et chaos, organique et géomérique. Une expression très personnelle qui revient toujours à l’enfance et aux relations ambiguës, parfois vénéneuses à la mère, avec certains thèmes obsessionnels déclinés avec des matériaux différents.

 

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 10:59

 

Cam Jazz 2014

 

 antonio-1.jpg

Quoi de neuf ?  Three time three. Trois fois trois, c'est trois trios, 9 titres, trois morceaux par formation.

Mais c'est aussi trois éléments. C'est à la fois la terre, c'est l'air et c'est l'eau. C'est une sorte de dream team avec ce qui se conçoit de mieux en matière de musiciens de jazz. Antonio Sanchez, l'un des batteurs le plus talentueux du moment (nous ne cessons de le dire dans ces colonnes !) est ici accompagné de Brad Meldhau et de Matt Brewer (1er trio) , de Joe Lovano et de John Pattituci (2eme trio) et enfin de John Scofield et Christian Mc Bride (3eme trio).

La terre ce sont ces quelques morceaux enregistrés avec Brad Meldhau dont il ressort cette impression d'un groove ancré en profondeur dans le sol. Chacun des trois membres du trio semble fusionner à un très haut degré d'intensité. On pourrait presque évoquer le trio jarretien tant celui-ci s'élève à un niveau incroyable, Brad Meldhau trouvant là, au-delà de son habituel trio une force supplémentaire tirée de la puissance et de la précision d'un Matt Brewer mais aussi et surtout d'un Antonio Sanchez hallucinant , sorte de résultat d'un mariage métissé d'Elvin Jones et de Jack De Johnette.  Excusez du peu ! L'association de Brad et de Sanchez s'y fait  totalement fusionnelle ( Constellations ! Quel morceau !). Un superbe relecture du thème de Miles ( Nardis réintitulé  Nar-this) au groove intelligent emporte surtout une sorte de flot irrésistible qui balaie tout sur son passage. Une sorte de glissement de terrain puissant.

Avec Scofield c'est tout autre chose. Une vision plus swinguante et limite funkisante du jazz voire même très jazz-rock sur Nooks and crannies avec un Mc Bride débridé. De quoi voir encore l'apport incroyable d'Antonio Sanchez sous un  jour différent.

Puis apparaît Lovano et là c'est encore un autre courant qui balaie tout. Un courant d'air décoiffant ! Lovano dans une forme olympique comme on ne l'a plus entendu depuis fort longtemps. Une version de I mean you qui nous en fait voir de toutes les couleurs. Antonio Sanchez qui dialogue avec le saxophoniste dans une débauche d'énergie et de puissance. Du très très grand Lovano qui s'insère alors dans le dispositif avec autant de fougue que d'engagement radical et tout cela dans la bonne humeur ponctuée par le rire final de Lovano ( ?) visiblement très heureux de faire en bonne compagnie de la très très bonne musique. Ecouter aussi Leviathan avec ce gros son de Lovano cherchant dans des inflexions mystérieuses l'apport à la basse d'un Pattituci incroyable de profondeur et enfin le drive endiablé, endiablant d'Antonio Sanchez. Du très très grand art. Ca joue à un incroyable niveau.


Croyez moi sur mesure, cela fait longtemps que l'on avait pas entendu du jazz de cette qualité-là avec autant d'engagement, de puissance et de télépathie. Il faut des musiciens d'une sacrée trempe pour parvenir à jouer sur de si hauts sommets. Les musiciens dont s'est entouré Antonio Sanchez font partie de la race des seigneurs. Quant au batteur lui même, exceptionnel, il est assurément de celle des heros.    

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 22:25


Impulse 2014

Ran Blake (p), Ricky Ford (td), Laika Fatien (vc)

C'est un album choc. Certainement l'un des évènements majeur de cet automne ( avec celui d'Antonio Sanchez dont on vous parlera plus tard ).

Avec Cocktail at Dusk, le pianiste signe un hommage à la chanteuse américaine Chris Connor dont il fut l'un de ses amies et disparue en 2009. Chris Connor, malheureusement un peu ignorée du grand public était une immense chanteuse de jazz qui eut son heure de semi-gloire àla fin des années 50 lorsqu'elle signa chez le label Bethlehem ou encore pour le mythique label Atlantic sur lequel Creed Taylor signa aussi  de fameuses chanteuses de jazz ( Julie London !!) avant d'aller créer Impulse. Mais ça c'est une autre histoire qui d'une certaine manière se perpétue ici puisque cet album est signé sur le même label repris récemment par Jean-Philippe Allard.

Ran Blake lui rend donc hommage par cet album tout en délicatesse qui mêle à la fois les parties instrumentales en solo ( les plus nombreuses) ou accompagné du sax tenor de Rick Ford sur deux titres mais aussi quelques parties chantées par la sublime Laika Fatien ou encore quelques discrets passages collés où l'on entend la voix de Chris Connor apparaître et disparaître de manière fantomatique.connor

Ran Blake, immense pianiste conversant sans cesse avec lui même et son propre piano dans une relecture souvent très monkienne est amoureux des chanteuses et des chansons elles mêmes. Sa carrière a d'ailleurs véritablement débuté avec un chef d'oeuvre iconique, son duo avec Jeanne Lee ( "The newest sond around "- 1962) qui continue à marquer de son empreinte des générations de chanteuses de jazz, au rang desquelles Laika elle même.

Tout au long de cet album c'est une succession de petits chefs d'oeuvre alignés les uns après les autres. Les interventions de Laika sont proprement renversantes. Sa version de All About Ronnie nous bouleverse. Comme si effectivement l'ombre de Jeanne Lee planait sur la session plus que celle de Chris Connor ( écouter la version de Jeanne Lee et ran Blake de 1963)

Chaque morceau, repris du répertoire qu'affectionnait la chanteuse, est une sorte de relecture très personnelle qu'effectue le pianiste maître dans l'art de la digression, de l'appropriation, de l'acculturation. Toute l'essence du jazz est au bout de ses doigts dans cette façon de relire et d'improviser sans jamais dénaturer. Car même si le pianiste on l'a dit, converse avec lui même, Ran Blake ne donne jamais le sentiment d'être un pianiste introspectif. Sa reprise répétée des motifs mélodiques de ces standards que nous connaissons bien nous aide àgarder pied et à nous sentir sous maîtrise. Sa version un peu sombre de Speak Low par exemple, est un modèle du genre.

Tout au long de cet album Ran Blake impose sa marque et semble nous inviter dans une sorte de confidence intimiste, dans une sorte de conversation évocatrice de quelques tendres souvenirs.

Juste sublime !

Jean-Marc Gelin



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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:25

 

 courvoisier.sylvie.jpg

 

La pianiste suisse était hier à Paris pour un concert qu'elle donnait à la Dynamo à Pantin. Elle y présentait son nouveau projet avec son violoniste de mari, Mark Feldman, Scott Colley à la contrebasse et Billy Mintz à la batterie.

 

 

Les DNJ : C'est une formation originale que vous présentez ici. Un quartet inédit pour vous ?

 

 

Sylvie Courvoisier : Effectivement c'est une toute nouvelle formation. Nous souhaitions avec Mark apporter une couleur beaucoup plus jazz à notre musique. Mark avait déjà en tête de faire quelque chose avec Scott. Il apporte beaucoup de profondeur à la musique et il apporte aussi son sens du blues qui nous manquait peut être. Quand à Billy Mintz, c'est un batteur au feeling incroyable mais trop peu connu ici. Il est d'un très grande inventivité. Nous avions déjà joué en quartet avec lui et Thomas Morgan.

 

 

 

DNJ : Votre précédent album en duo (avec Mark Feldman) a été très bien accueilli par les critiques. Vous jouez avec Mark Feldman depuis de nombreuses années. Qu'est ce qu'il y avait de spécial dans cet album que vous n'aviez pas exprimé avant ?

 

SC : Je crois surtout que c'est la magie du live. L'album a été enregistré en public et nous y avons apporté un soin tout particulier au mixage pour qu'il n'apparaisse justement pas comme un live. Par exemple nous avons cherché à gommer tous les applaudissements. C'est quelque chose qui me fait horreur, quand j'entend ces albums et que l'on entend les applaudissements du public entre chaque morceau. Et puis nous avons fait aussi un gros travail sur le traitement du son. Du coup il y a je crois dans cet album la magie de la scène, la spontanéité de ce que nous disons mais comme si cela avait été enregistré en studio.

 

DNJ : Quelles sont les influences que vous revendiquez aujourd'hui dans votre jeu ?

 

SC : La question des influences est délicate. J'ai bien sûr des gens, des pianistes que j'adore mais que je mets un point d'honneur à ne pas " imiter". Je revendique bien sûr des influences comme celles d'Amhad Jamal. Mais aussi et surtout Keith Jarrett qui est quelqu'un que j'adore absolument. Pourtant j'essaie vraiment de me dégager de son influence. Et c'est cela qui est vraiment difficile.

 

 

DNJ : Quel est l'accueil que votre musique reçoit aux Etats-Unis ?

 

SC: Il est très bon. Mais vous savez nous jouons très souvent à New-York dans quelques lieux comme Le Stone où nous bénéficions d'un cercle de fans absolus, de gentils fous qui  nous sont totalement dévoués. Ils vont même parfois jusqu'à créer leur propre label et à produire eux-mêmes nos propres albums. C'est incroyable parce que ce sont des gens dont ce n'est pas le métier, qui ont un  job par ailleurs....

 

DNJ : C'est la constellation de la planète Zorn ?

 

SC : Oui en grande partie

 

DNJ : cette appartenance à la planète Zorn n'est elle pas être parfois enfermante ?

 

SC : En tous cas moi et Mark nous ne le vivons pas comme cela. Nous adorons jouer avec John ou jouer sa musique tout simplement. Dans le dernier album que nous avons réalisé avec Scott et Billy c'est vrai que vous retrouvez pas mal de compositions qui portent un peu sa marque, son esthétique comme les "3 Cards for capitaine".

 

 

DNJ : Oui et jusqu'au titre de l'album ( "Birdies for Lulu")

 

SC : Ah oui c'est vrai vous pensez à l'album News from Lulu ! Mais en fait figurez vous que Lulu,.....c'est mon chat.

Mais pour en revenir à l'influence de Zorn j'ai l'impression de m'en dégager aussi lorsque je fais mon album en trio avec Kenny Wollesen et Drew Gress.

 

DNJ : Kenny Wollesen est quand même un pilier du dispositif de John Zorn !

 

SC : Oui mais pas du tout Drew. Ni même Scott Colley. C'est comme cela que nous ouvrons notre musique à une autre forme de jazz tout en gardant l'identité de la musique que nous aimons jouer. En intégrant des musiciens qui n'ont rien à voir avec cette histoire et qui apportent une personnalité différente.

 

DNJ : L'album que vous sortez aujourd'hui n'est d'ailleurs pas sur le label de Zorn ( Tzadik)

 

SC : Non il est sur un label suisse (Intakt). Il a été enregistré à New-York par James Farber qui est aujourd'hui l'un des plus grandes références.

 

Intakt records - Birdies for Lulu

birdies.jpg

 

DNJ : Un label suisse ? Justement quel accueil reçoit votre musique dans votre pays ?

 

SC : Pratiquement aucun. Vous savez je suis installée à New-York depuis 1998. Cela fait longtemps que j'ai quitté la Suisse et je ne sais plus trop ce qu'il s'y passe aujourd'hui.

 

 

Propos receuillis par Jean-marc Gelin

 



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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 20:00

 

Label NOME/ L’autre distribution

Concert de sortie au New Morning le 28 octobre

David Enhco (tp), Roberto Negro (p), Florent Nisse (cb), Gauthier Garrigue (dms)

 

encho.jpg

C’est le second album en quartet du trompettiste David Enhco  qui sort sur le tout nouveau label NOME, fondé avec cinq autres musiciens pour gérer de façon plus autonome la mise en place et la promotion des albums du groupe.

C’est effectivement la deuxième couche (traduction de «layer») après l’inaugural  La Horde, sorti déjà en autoproduction chez Cristal Records. Gageons que le jeune musicien et ses comparses sont en train d’édifier un édifice musical qui va durer, un projet collectif cohérent, intègre, combinant rigueur des échanges et appétit de jeu. Le quartet concocte un  millefeuille musical  délicieux, léger et profond à la fois. Composé en courtes séquences que séparent des interludes, Layers constitue un portrait sur le vif de cette génération qui passe  sans problème du classique au jazz, s’aventurant dans la composition d’un univers personnel, toujours mélodique, non dépourvu de lyrisme et d’efficacité.

Deux voix, celles du trompettiste et du pianiste s’élèvent avec bonheur et complicité  dans un registre de mélodies aux harmonies retenues, harmonisant la lisibilité d’un ensemble tout en finesse et en demi teintes. Mais chacun a sa place dans ce quartet équilibré, libre d’exprimer sa personnalité dans un contexte modifiable selon les improvisations. C’est la rythmique souple et rebondissante qui permet au trompettiste de prendre ses envols poétiques, déliés (il est magistral sur « In Waves »). Et Gauthier Garrigue sur « Rude and Gentle » impose lentement et délicatement le chant ininterrompu d’une batterie insistante et frémissante en jouant sur les peaux, le métal, les balais.

C’est sans aucun doute la signature d’un album jazz que dessine cette «story» aux couleurs tendres et fraîches : dès les premières notes de « Nancy With A Laughing Face », on reconnaît  un discours musical référencé, un savoir-faire qui provient d’une solide culture musicale. Cette version réussie de la chanson de Jimmy van Heusen  que Sinatra dédia à sa fille Nancy, fait remonter les effluves d’un jazz d’autrefois, un vrai régal sans mièvrerie, avec le son feutré et doux de la trompette et une contrebasse chantante, évidemment, proche et palpitante.

L’album dans son enchaînement et ses «Séquences » même, nous entraîne de climats percussifs en moments de méditation et de rêve éveillé : une miniature sonore, ce « Childhood Memories » qui laisse la place au pianiste Roberto Negro qui sait depuis sa Loving Suite pour Birdy So ce que conter veut dire. Et d’ailleurs en appui avec le contrebassiste Florent Nisse, il continue sans transition, tout simplement , à jouer une musique désirante avec  cet « Oiseau de Parhélie », arc-en-ciel situé de part et d’autre du soleil. Oiseaux de paradis, oiseaux de parhélie, ces musiciens savent nous faire rêver... avec une facilité apparente, sans recherche d’effets virtuoses. Voilà de grandes qualités qui jouent en faveur d’un album plus que convaincant.

Sophie Chambon

 

 
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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 21:24

 

Just Looking / Harmonia mundi

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Une belle surprise que ce disque qui vient de sortir sur le label Just looking : il réunit de façon fort homogène compositions originales et musiques de films revues par deux formidables virtuoses  qui n’ont pas peur de reprendre des compositions d’autres musiciens. Cet album confirme la tendance plus qu’esquissée aujourd’hui  de prendre pour standards des musiques de films. Le domaine de la musique de films a connu un foisonnement créatif tel que l’on oublie les reproches souvent formulés de parent pauvre de la composition, ou de pis-aller alimentaire.  Si beaucoup de metteurs en scène n’ont pas eu une imagination et une vision musicales  très affirmées, il y eut tout de même des tandems qui signèrent  parmi les plus belles partitions du cinéma.  Les B.O de Bernard Herrmann pour Hitchcock,  de Michel Legrand pour Jacques Demy, Nino Rota  pour Fellini, Ennio Morricone pour Sergio Leone ont enchanté littéralement la mise en scène, modelé le montage. Qu’est ce qu’au juste une bonne musique de film ? Doit-elle se faire entendre ou oublier ?  Est-elle seulement au service de l’image ou a-t-elle son identité propre ?  Le compositeur Alexandre Desplat  (qui a signé la musique des films de Jacques Audiard entre autres)  avoue  avoir écouté les musiques de Nino Rota avant de découvrir les films de Fellini. Car les grandes musiques de cinéma portent en elles une identité forte. Très récemment, le contrebassiste de jazz Stéfane Kerecki (après Stéphane Oliva pour Godard ) a rendu hommage à la Nouvelle Vague en un album concept très réussi.

Ainsi  peut on comprendre la formation d’un couple rare- on n’a pas dit improbable- celui du saxophoniste alto et ténor Stefano di Battista (que l’on est heureux de retrouver) avec le guitariste bayonnais Sylvain Luc. Cette collaboration est particulièrement féconde, créant ici la partition d’un film imaginaire et parfaitement original. Cela commence très fort sur un enivrant rythme funk, celui de  Ray Charles  dans son inoxydable « I got a woman ». Jouant admirablement sur les contrastes Di Battista passe ensuite au soprano pour cette ballade  issue de la musique de Sir William Walton composée  pour le film Henry V de Laurence Olivier,  en 1944, orchestrée à l’époque par Muir Mathieson « Touch her soft lips and part ». Quand la musique est aussi subtile et ... bonne,  pourquoi se priver de la reprendre et d’en jouer une variation ? La guitare cristalline perle et s’ajointe à la douceur exquise et perçante du timbre du soprano. Et puis surviennent ces madeleines sonores que le duo nous propose avec talent, en compagnie (ne les oublions pas) de Daniele Sorrentino (basse et contrebasse) et Pierre François Dufour (batterie et percussions) : « Otto e Mezzo », « Giu la Testa » (Il était une fois la Révolution), « Love Theme for Nata »  (Cinema Paradiso). Notre Michel Legrand octogénaire toujours vaillant et prolifique, a signé aussi en plus de tubes incontournables comme «La chanson des Jumelles », des originaux comme ce « Dingo Rock » des plus percutants.

La force de ces musiques revisitées est qu’elles apportent quelque chose d’inattendu, ont leur vie propre, sont écoutées sans leurs images d’origine, se projettent dans  ce que les auditeurs peuvent demander, espérer, désirer. Ainsi le thème moins connu de Cinema Paradiso a sa force propre et la transition avec « Arrivederci » de Stefano di Battista se fait plus qu’en douceur, dans une parfaite continuité : les deux musiciens  sont de merveilleux  créateurs d‘ambiance et travaillent au delà des images, comme ce très réussi « Sauvage » du guitariste sur lequel s’envole di Battista, qui communique une fièvre à laquelle on ne résiste pas.  

Si on continue à reprendre aujourd’hui Cole Porter, Irving Berling, on revoit aussi les chansons plus « actuelles » de Randy Newman, Joni Mitchell, Radiohead. Et le domaine immense de la musique de films s’avère un répertoire dans lequel puiser sans complexe. Souhaitons que cette tendance perdure avec des créations aussi réussies que celles de ce Giu la Testa : « To pay respect to the melody » disent les Américains, on ne peut que souscrire à cette idée quand l’hommage est rendu avec talent, compréhension musicale , énergie et...sensualité.

Sophie Chambon.

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 01:10

 

Soupir editions

www.jeanlucfillon.com 

www.son9.com

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Sortie le 15 Octobre 2014

Belle invitation que ce Begin the night (en fait une contraction de « Begin the Beguine » et «Night & Day» ) que nous propose Oboman (Jean Luc Fillon) pour son nouvel album en trio après 7 disques en leader. Il s’agit de rendre hommage cette fois au musicien poète de Broadway, Cole Porter qui disparut  il y a juste 50 ans. Et d’ailleurs par une élégance suprême, l’album sortira le 15 octobre, date de la disparition de cet auteur prolifique génial.

Tout le monde connaît Cole Porter, même les plus jeunes et ses chansons  ont fait le tour de la planète, des années vingt aux années cinquante, gravées dans les mémoires dans l’interprétation qui les rendit célèbres, à Hollywood. Prenez Marilyn pour « My Heart Belongs to Daddy » dans Let’s Make Love ou Fred Astaire pour « Night and Day » dans l’une de ses séquences les plus «glamour» avec Ginger Rogers dans The Gay Divorcee. Parfois on ne sait pas qu’il s’agit de lui, mais le plus souvent, le titre est sur le bout de la langue... ce qui est arrivé à Oboman lui-même avant de reconnaître « Easy to love » et d’ajouter non sans humour que  « Love is everywhere » ...chez Cole Porter, même si l’on pourrait ajouter qu’il s’agit aussi d’amour vache, désespéré ou désespérant  comme dans “Love for sale”, “What is this thing called love?”  Cole Porter savait utiliser la musique pour mordre à la réalité qui pouvait lui échapper, se révélant souvent  vulnérable, étrangement familier. Disposant d’une solide formation classique,  Cole Porter a vite aimé le jazz, la musique de l’époque et s’est particulièrement  illustré dans la comédie musicale avec de grands succès à Broadway comme Anything goes.

Douze titres, parmi des centaines de chansons, le choix a du s’avérer difficile pour le trio sans rythmique composé de Joao Paulo au piano, Fred Eymard à l’alto (il s’agit de violon) et Jean Luc Fillon pour le hautbois. « Un trio à l’instrumentation romantique pour servir le lyrisme du poète de Broadway », qui fait résonner le classique dans le jazz, la musique savante du XXème siècle.

Avec le souvenir de ce musicien,  commence une histoire... Même si les mélodies demeurent, les harmoniques sont revisitées et les arrangements sont suffisamment rythmiques pour entraîner sur la piste et inviter à la danse... C’est une des caractéristiques de la musique de Cole Porter, il n’y a donc aucun faux-sens dans ce  parcours impeccablement cohérent, qui transforme les standards coleportiens en les réadaptant au style particulier d’Oboman. Amoureux du timbre si original du hautbois, Jean Luc Fillon a choisi de servir l’instrument - dont il est capable de tout obtenir, en en repoussant les limites, dans un autre contexte que celui du répertoire classique.  Sans rejouer ces chansons en « revivaliste », Oboman réussit à adapter le monde brillant de l’auteur, superficiel en apparence et léger. Pas du tout opposé à la tradition américaine, le trio la fait revivre, mais différemment. C’est beau, c’est autre chose et en même temps c’est encore du Cole Porter, évoqué de façon lumineuse. S’arracher à la continuité du temps, pour mieux s’y replacer. Voilà vraiment une façon de le revisiter dignement. Quoi de plus jazz dans cette attitude ? Respect.

 

Sophie Chambon

 

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