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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 20:24

 

Nouvelle série 10/ 2013

Le JAZZ AUJOURD’HUI

EDITIONS OUTRE MESURE

www.outre-mesure.net 

 les-cahiers.jpg

C’est peu dire que l’on attend toujours avec une certaine impatience la publication des  Cahiers du Jazz, nouvelle série. Et ce numéro 10,  dont le dossier est intitulé Le jazz aujourd’hui, a terminé  l’année 2013 en beauté.  On  y retrouve  la même exigence, la rigueur rédactionnelle qui animent les publications, toujours excellentes,  des éditions Outre mesure.

Isabelle Leymarie  présente en ouverture un panorama de la scène jazzistique actuelle d’une belle vitalité avant de dresser un portrait du regretté  Mulgrew Miller accompagné d’une discographie exhaustive du pianiste. Marilyn Crispell,  Steve Coleman auront droit à des articles circonstanciés  et  Etienne Brunet  lancera  non sans finesse,  que ce n’est pas « le  jazz qui est mort aujourd’hui mais le disque de jazz....»

On peut lire ces cahiers dans tous les sens, en rebondissant au hasard des pages, en se laissant entraîner par le jeu des associations, jouant de l’interdisciplinarité artistique : ainsi, Lucien Malson dans  Gatsby. De l’âge du jazz à l’âge du rap,  compare les deux dernières  versions cinématographiques américaines du(grand) livre de Francis Scott Fitzgerald, espacées tout de même de près de quarante ans [i],  Philippe Frechet  découpe finement  le Jazz dans le roman  noir français de Manchette à  Izzo, Villard ou Pagan ...  

Accompagnant  le dossier traité dans le numéro,  des études « sérieuses »  témoignent de l’essor de la recherche universitaire en musicologie, étudiant  de  très près, un musicien  et son style, ici «La singularité rythmique de Kurt Rosenwinkel », une période de la carrière d’un artiste ou l’évolution d’un  thème avec ses variations....

A la fois accessibles  pour les amateurs et suffisamment techniques pour les professionnels,  ces  Cahiers  s’attachent à la structure de cette musique et  en dévoilent  toutes les  promesses, sans négliger une perspective  historique indispensable de nos jours. On sera ainsi tenté de jeter un coup d’œil  dans le rétroviseur,  dans le miroir que tendait le trompettiste et compositeur Christian Bellest  en 1962,  déjà dans les  Cahiers,  sur  « L’écriture dans le jazz actuel ». Sont évoqués dans ce numéro  des souvenirs de Radio France et du Bureau du Jazz, ainsi que la démarche actuelle, favorisant « la continuité dans le changement », comme le souligne Xavier Prévost.

Passages en revue  est une rubrique où l’on revient sur l’actualité avec deux parutions du confrère  éditeur des Pyrénées Orientales, Alter Ego,  le formidable Hess-O-Hess que l’on se permet de recommander chaudement (à nouveau) et le non moins édifiant  Petit dictionnaire incomplet des incompris d’Alain Gerber[ii] .

Ainsi ces  Cahiers s’avèrent précieux pour  tous ceux qui,  justement, ne s’intéressent pas qu’à l’immédiateté, au « hic et nunc »,  à l’actualité promotionnelle du jazz, mais aiment à resituer inlassablement dans son contexte l’histoire de cette musique aimée.    



[i] On voudrait cependant signaler à Lucien Malson que dans  la version de 1974 de Jack Clayton, Nelson Riddle qui obtint un oscar pour la B.O du film, utilise le  thème d’Irving Berlin de 1923 « What ‘I’ll do » comme un leitmotiv très approprié à l’époque du  livre.   

[ii] Deux livres chroniqués avec enthousiasme  sur les DNJ...

 

Sophie Chambon

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 21:01

Mack Avenue Records. Mars 2014.

 

VisuelAlbum__medium.jpg

Vous connaissez (cela va sans dire) les classiques «  Quizas, Quizas, Quizas » et « Guantanamera ». Les versions ne manquent pas. Il faudra désormais compter avec celles du pianiste cubain Alfredo Rodriguez.

Produit par Quincy Jones- qui le présentera au grand public cet été au festival de Vienne (le 3 juillet sur la scène du Théâtre antique) après l’avoir découvert dans un autre festival géant, Montreux à l’époque de Claude Nobs- le musicien de La Havane apporte une touche sensiblement différente des autres pianistes cubains. Bien sûr il ne cache pas ses origines et s’inspire largement des différents courants s’exprimant à Cuba, comme par exemple la musica guajire (la « country music » de l’île). De formation classique, il a appris tous les styles de musique populaire cubaine en jouant dès son adolescence au sein d’un orchestre de danse animé par son père.

Il avait les bases, il a ajouté une touche de jazz nord-américain, acquise à New York où il réside depuis maintenant cinq ans, et il s’est ouvert également aux autres musiques d’Amérique Latine. Le groupe constitué pour ce deuxième album sous son nom reflète cette diversité : la contrebassiste-star et chanteuse Esperanza Spalding, les percussionnistes portoricains Perdito Martinez et Henry Cole.

Avec « The Invasion Parade », Alfredo Rodriguez explore ses souvenirs de Cuba. Ce titre , « The Invasion Parade » fait référence à une tradition cubaine, la parade annuelle se déroulant  à Santiago de Cuba pour commémorer « l’invasion »des rues de la ville par les citoyens manifestant leur bonheur après la victoire de l’armée de libération conduite par Fidel Castro). Un défilé où danseurs et percussionnistes de batteurs s’en donnent à cœur joie.

Les neuf morceaux sur « The Invasion Parade » comprennent aussi bien des chansons originales de Rodriguez que des standards (« Guantanamerra », « Quizas, Quizas, Quizas. » mais aussi « Veinte Anos») plusieurs compositions personnelles de ce cubain fougueux et délicat.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:57

 

Topologie d’un manège

www.jazzus.fr

 

algebre_cd.jpg

Voilà un titre poétique pour une musique insolite, celle du trio Algèbre constitué de deux soufflants très complémentaires, François Cotinaud (saxophone ténor, clarinette) et Daniel Beaussier (hautbois, cor anglais, clarinette basse, saxophone alto et soprano) et  d’un guitariste exceptionnel,  Pierre Durand. Ils s’amusent à déconstruire et mettre au point des formes libres, ouvertes, avec ou sans algorythmes, se jouant très sérieusement des titres et des formules dans cet album Topologie d’un manège. Adepte de recherches expérimentales, de « sound painting », d’improvisations et de poésie, le saxophoniste François Cotinaud s’est entouré de complices, en phase : en invités, on retrouve avec bonheur le contrebassiste  Bruno Chevillon  sur quatre titres, et deux batteurs formidablement différents qui se partagent l’album, François Merville et Denis Charolles. La musique a une réelle cohérence, une structure narrative dense sans être étouffante, entre jazz de chambre et musique contemporaine. Point de vibrantes démonstrations free mais un accord en demi-teinte, intimiste et rebelle. Ils brossent un arrière-pays à l’élégance savante qui se découvre lentement, au fil du temps dans cette traversée initiatique, clairement exposée et pourtant d’une luminosité ténue. Clair-obscur des textures affranchies du trio aux envolées plus excitantes encore en quintette. Un bien beau parcours, peu balisé qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice. On est au cœur d’une aventure collective dans ces dix pièces méditatives ou ludiques, toutes teintées de ces recherches qui installent une atmosphère poétique, frémissante, lyrique, dans des tableaux sonores complexes mais captivants. La musique, sensible, se risque dans le souffle, tente la déclaration sans affrontement, évite plainte ou stridences. Un album spontané et fraternel qui  exalte la rencontre.

 Sophie Chambon

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:13

 

JOACHIM KÜHN & ALEXEY KRUGLOV : «  Moscow »

Act 2014

Joachim Kühn (p), Alexey Kruglov (ts,ss)

 moscow.jpg

 

JOACHIM KÜHN : “ Voodoo sense”

Joachim Kühn (p), Majid Bekkas (cb), Ramon Lopez (dms) + Archie Shepp (ts);

 Joachim_Kuehn_Trio_Voodoo_Sense_c_Act_Music_Jazz_A_4baa9b0c.png

 

 

A juste titre l’année 2014 sera entre autres marquée par un bel anniversaire, celui des 70 ans du pianiste de Liepzig. Musicien essentiel dans le paysage du jazz et ce depuis les années 70, le pianiste allemand qui fut l’un des compagnons du trio mythique qui l’associait à Daniel Humair et JF Jenny Clark (dont on réédite plusieurs albums aujourd’hui), Joachim Kühn est un sexagénaire étourdissant. Véritable force de la nature le pianiste apparaît dans une forme plus qu’éblouissante.

Le label ACT de Siggi Loch  qui l’abrite depuis quelques temps, ne manque donc pas de lui rendre un hommage appuyé avec la sortie rapprochée de rééditions mais aussi et surtout de plusieurs albums récents qui témoignent si besoin est de l’incroyable vitalité de Joachim Kühn. Et surtout de son absolue actualité.

Toujours à l’affût de nouvelles expériences musicales Joachim Kühn ne cesse en effet de multiplier les rencontres. Ouvert à toute remise en question de ses propres certitudes et de son propre champ d’expression Kühn donne l’image d’un jazzman jamais blasé, jamais à court d’envie ni d’idées. Toujours à l’affût de belles confrontations. On se souvient par exemple de la magnifique rencontre à 4 mains avec le jeune pianiste prodige et compatriote Michael Wollny qui fut éditée sur le même label, témoignage d’un concert assez inoubliable.

Dans le bien nommé «Moscow», Joachim Kûhn à l’occasion d’un déplacement en Russie a accepté la proposition de  l’institut Goethe de Moscou d’enregistrer avec talent de la scène moscovite, en l’occurrence le saxophoniste Alexey Kruglov.  Et c’est avec un sens du dialogue, de l’échange et du partage que le pianiste allemand dialogue avec ce musicien particulièrement expressif et engagé.

Car le saxophoniste qui affiche ici un sens un peu théâtral ne manque pas le rendez vous dans un moment d’une extrême intensité où la posture post aylerienne de Kruglov crie autre chose que la seule musique et insuffle un supplément d'âme parfois déchirant ( Because of mouloud) et presque exténuant. La musique évolue alors entre moments écrits très mélodiques et des libres improvisations free comme les aime le maître de Liepzig où ce dernier accompagne cette sorte de combat avec lui-même que semble se livrer le saxophoniste qui s’emballe parfois dans l'émotionnel. Tellement engagé qu'il en devient parfois théâtral ou à tout le moins mélo. La volonté d'en faire une expression tire-larme agace alors parfois par son côté limite mielleux ( Poet).

 

Mais au final si la rencontre ne porte pas tout à fait ses fruits, le pianiste y étant quand même très en retrait, elle porte à tout le moins la marque de l’extrême générosité de Joachim Kühn et son ouverture vers des horizons plus ou moins connus.

 

 

 

 

 

Avec Ramon Lopez et Majid Bekkas, l’affaire est d’un tout autre niveau. Le trio se connaît depuis de nombreuses années et a déjà à son actif trois albums avant celui-ci. Trio fusionnel s’il en est. Pas de round d’observation, mais plutôt une façon d’emblée de poser la musique sur des sommets exceptionnels. Il faut entendre cette lutte quasiment fratricide avec Ramon Lopez où tout deux parviennent à densifier de manière incroyable la musique, à lui donner vie, à l'animer en pulsation et en vibrations. Avec Majid Bekkas et son jeu très puissant et parfois très orientalisé ils forment là un trio powerful. Un supplément d’âme. Inspiré entre autres par l’album de Coltrane ( « Kulu Sé Mama » enregistré en 1965) dont il est repris le titre éponyme, « Voodoo sense » associe plusieurs invités à l’enregistrement et notamment Archie Shepp.

Le pianiste et le saxophoniste se connaissent bien et avaient l’an dernier scellé leurs retrouvailles en enregistrant un bel album et surtout en multipliant des concerts exceptionnels dans plusieurs festivals. Avec Archie Shepp on est là encore dans une forme d'expression tripale. Sauf que celle-là colle au blues du saxophoniste, colle à une expression qui est à fleur de peau et à fleur de mélodie. Avec la foi d’un enragé Shepp joue comme il chante à moins que ce ne soit le contraire. Avec toujours cet engagement total qui est le point commun à ces deux artistes sans concession.

Tout au long de l’album on frôle et même on atteint des sommets de densité, de groove et parfois même de transe. L’esprit de Coltrane plane dans cette séance ensorcelante. On plonge avec eux dans la moiteur de l’afrique et des racines du jazz.

 

Ces racines que le pianiste et le saxophoniste n’ont jamais cessé d’explorer.

Jean-Marc Gelin

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 07:39

 

Bonsaï Music www.bonsaimusic.fr 

Distribution  Harmonia Mundi/idol

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Concert de présentation  le jeudi 27 mars au Sunset/Sunside à Paris

 

« 20 », pour 20 ans tout rond, c’est le titre du dernier opus du trio chez Bonsaï music, enregistré à Antibes en août dernier. Il fête autant d’années de collaboration musicale et d’amitié entre le batteur André Cecarelli, le pianiste Jean Michel Pilc et le contrebassiste Thomas Bramerie. Ces noces de porcelaine consacrent  une authentique (et belle) vision du jazz avec des reprises réussies, un « Old Devil Moon » très enlevé, « caliente » à point, « On Green Dolphin  Street » lunaire et fantomatique, deux  versions impeccables des « tubes » de Miles Davis «All Blues» et «Solar», une relecture plutôt «allumée» du cultissisme thème monkien «Straight no chaser». Comme le trio est français, il ne va pas se priver d’ajouter Brassens et Brel au répertoire, avec ce «Ne me quitte pas» élégiaque, version très subtile et douce.

          Ce disque doit beaucoup à la plume du pianiste Jean Michel Pilc que l’on retrouve  avec plaisir, même s’il  vit à NYC depuis (bien) longtemps. Ecoutez le titre éponyme où affleure sa sensibilité toujours à fleur de touche. Le trio est la formation musicale essentielle qui a marqué sa signature dans ses divers groupes et le pianiste arrive souvent à (re) créer un sentiment unique, d’un jazz intemporel, par un jeu fougueux,  singulier, vital.

          Un trio classique donc pour une musique qui l’est moins. Une tension constante  affleure sans aller jusqu’à l’explosion ou la cassure, du jazz qui  apparaît presque  atypique aujourd’hui. On se laisse emporter par la fluidité des lignes mélodiques, faites aussi de surprises : une musique de franche affirmation, déterminée et  sans compromis. André Ceccarelli se montre attentif, constamment sur le qui-vive. Thomas Bramerie est toujours formidable, tout en retenue, inventif et complice, le compagnon indispensable.

           Une alchimie travaillée, une musique qui reste dans l’oreille, une alternance élégante de thèmes. Alors, bon anniversaire, messieurs et souhaitons de vous écouter encore longtemps!

 

          Sophie Chambon

               

    

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 11:12

 

Plus Loin Music 2014

Omer Avital (cb), Avishai Cohen (tp), Joël Frahm (ts), Daniel Freedman (dms), Yonathan Avishai (p)

 

omeravital.jpg 

Le contrebassiste israélien Omer Avital a longtemps été le ciment de ce qui se faisait de mieux sur cette scène des musiciens exilés à New-York. Le contrebassiste arrivé là-bas il y a près de 20 ans sur cette terre promise du jazz, en même temps que le contrebassiste Avishai Cohen fut longtemps l’un des piliers du Smalls, célèbre club de jazz de big apple où il venait fédérer les énergies et les rencontres entre les musiciens des deux continents. Et pour autant Omer Avital n’a jamais renié la musique de son pays natal. D'ailleurs tout se mélange allègrement chez lui qui revendique enpmius des racines marocaines et Yéménites. Il en a fait au contraire au fil de sa discographie le point central d’un métissage épatant et heureux qu’il marie avec les codes bien assimilés du bebop dans une sorte de noce festive où la musique est affaire de joie.

Car la musique d’Omer Avital, entre temps revenu en Israël a des fourmis dans les pieds et le groove chaleureux. Il le démontre ici avec ce quintet flamboyant qui nous offre sur un plateau luxuriant une musique gorgée de soleil et de fruits mûrs. Les paysages se mélangent et le taxi jaune de New-York semble nous déposer en au pied du lac de Tibériade. Ecoutez Le blue de Yemen Suite ou encore ce Tsfadina où la musique traditionnelle se mêle au bop et même à la salsa.

Et pour arriver à ce que cette recette savoureuse exhale tout son fumet, il faut une formation de haite volée. Et croyez moi, ça joue et ça joue même grave ! L’association d’Omer Avital avec le batteur Daniel Freedman y est irrésistible et la pulse qu’ils installent emporte tout jusqu’aux plus grincheux des insensibles du dodelinement. Cette musique amène immanquablement à la danse, à battre le rythme des pieds, des mains et de la tête.  Sur le devant de la scène ça étincelle avec deux soufflants de haute volée. Le saxophoniste Joël Frahm met le feu dans la lignée des grands du bop et l’exceptionnel trompettiste Avishai Cohen que nous tenons ici comme l’un des absolus géants de l’instrument explose à chacune de ses interventions.

Voilà bien un album à dévorer tout cru. A mettre sur sa platine ou dans sa voiture le lundi matin avant de partir travailler. Le jazz d’Omer Avital porte en lui la fraîcheur de la musique qui parle aux tripes et donne envie de mordre la vie à pleine dents.

A dévorer absolument !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ps : vous faites quoi le 28 avril ? Le fort bien nommé Café de la Danse ?

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 00:09

 

Nonesuch Records - East West 2014

 mehliana-taming-the-dragon-450.jpg

C'est un album totalement iconoclaste auquel on était bien loin de s'attendre. Brad Mehldau décoiffe et trublionne. Bien loin des chemins sages, le garçon prend ici la tangente vers des horizons bien plus taquins, plus crades, plus voyous.

Voilà quelque chose qui vous réveille les écoutillles, assurément.

On sait que Brad aime bien les duos ainsi qu'il en avait témoigné avec son magnifique album avec Kevin Hays. Ici c'est un corpus fender/ batterie sur un répertoire très original et très électrique sur lequel le génial pianiste de Floride prend visiblement un malin plaisir à créer du son, à créer des formes musicales et à les faire évoluer. Totalement déroutant au premier abord.

 

 

 

Si l’album s’y fait parfois un peu rock (and beyond), Brad Melhdau invente surtout son propre langage et se fixe ses propres codes. Ici la fusée Meldhau se met à décoller avec son double (ou triple voire quadruple) clavier, devant lequel il semble se transformer en gourou lunaire. Meldhau se démultiplie, comme s'il recréait un orchestre à lui tout seul comme sur ce Hungry ghost totalement dévastateur. On y entend un Taming the dragon, le morceau éponyme très sale où le travail sur le son, disons plutôt les mille feuilles sonores est incroyable et très dense.

On y entend aussi des résonances jazz-fusion des années 70 comme Sleeping giant qui sonne comme un blues lunaire à la Zawinul. Dans le même mouvement très spatial, Meldhau ne se contente pas de créer de la musique, il crée aussi des images dérivant dans l'espace (Elegy for amelia E). On connaît les liens d’amitié très fort qui lient le pianiste à Charlotte Gainsbourg. Peut être faut il y voir cet hommage-caméléon qu’il y rend à son chanteur de père.

London Gloaming, magnifique morceau éthéré porteur d’une sourde angoisse révèle toute la richesse de cette association Mehldau-Giuliana.

 

 

Meldhau ouvre alors des voies à un jazz électrique en pleine mutation. On aime, on est totalement sous hypnose de cette musique aux formes nouvelles et incertaines, aux contours flous. Fantomatique et onirique ce jazz là nous emmène loin. Il en ouvre en tout cas de nouvelles brèches.

Passionnant !

Jean-Marc Gelin

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:43

 

Film de Per Fly- sortie le 19 mars 2014.

 

waltzformonica.jpg

Cette suédoise eut son heure de gloire en 1964 quand Bill Evans la convia à chanter sur "Waltz for Debby" (Universal).  Un demi-siècle après, Monica Zetterlund  (1938-2005) se rappelle au bon souvenir des jazzophiles à la faveur d'une biographie romancée filmée, ou biopic selon l'expression (malheureusement) consacrée.

Le cinéaste Per Fly a centré son travail sur une courte période-quelques années- de la vie de Monica Z (le titre original du film). Celle où la chanteuse ambitieuse rêve de percer dans le jazz. Remarquée par Leonard Feather à Stockholm, invitée à New-York pour se produire avec le trio de Tommy Flanagan, elle ne passe pas la première soirée (trop blanche dans un milieu de jazzmen noirs, selon l'explication avancée par le scénario). Le déclic viendra quand  Monica décide de chanter le jazz dans sa langue natale. L'enregistrement avec Bill Evans marquera l'apogée de sa carrière internationale jazzistique. Monica Zetterlund participera à de nombreuses comédies musicales et fera des apparitions dans quelques films avant de disparaître tragiquement dans l'incendie de son appartement.

 

 

 

 

Valse pour Monica ne déroge pas aux règles d'or du biopic en développant largement (longuement) les aspects personnels de la vie de l'héroïne, ses addictions à l'alcool et aux médicaments, ses relations difficiles avec son père, ses amants…. Amateurs de mélos et d’atmosphère rétro (mention au cinéaste intello proche de Bergman), vous serez aux anges. On passera sur les raccourcis simplificateurs et sur cette attitude désagréable prêtée à Ella Fitzgerald (réputée pourtant pour sa gentillesse) pour retenir la performance de la chanteuse Edda Magnason (déjà deux albums à son actif) qui fait ses débuts au cinéma dans le rôle-titre. Edda fait (re)vivre avec son ambition, sa fraîcheur, son caractère Monica, icône suédoise au destin en dents de scie. Le film-bien accueilli en Suède avec 500.000 entrées en trois mois- lui donne l'occasion de reprendre quelques standards américains (Paul Desmond, Bill Evans, Ray Charles) dont plusieurs adaptations en suédois signées Beppe Wolgers, l'homme qui contribua largement au succès de Monica Zetterlund.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:34

 

Sortie le 3 mars 2014-03-10

Concerts : 21&22 avril au Duc des Lombards ....

www.anteprimaproductions.com 

www.naive.fr

sophie-alour-shaker.jpg

On en rêvait elle l’a fait... Il fallait oser reprendre la bluette  «  My favorite things »de La Mélodie du bonheur, sublimée, on le sait par Coltrane et en donner une version décomplexée, librement chaloupée, à la flûte. Comme en son temps Willy de Ville qui avait osé s’attaquer à «Hey Joe » en proposant  une relecture « caliente », des plus exotiques avec mariachis.

C’était plus que risqué mais le résultat est réussi. D’ailleurs, à voir le sourire mutin sur la pochette de son dernier opus, on sent que l’espiègle saxophoniste Sophie Alour s’est amusée à nous secouer dans son Shaker personnel. Alors, ajustez votre casque et montez derrière elle dans une équipée pas sauvage mais des plus agréables, pour une virée dans les années soixante, au cœur du funk avec ce son qui caractérise la décennie, celui de l’orgue Hammond. C’est Fred Nardin qui tient l’orgue admirablement mais Sophie Alour a travaillé avec la grande Rhoda Scott, la prêtresse de l’instrument, aux pieds nus. Les musiciens dont  Sophie Alour s’entoure sont des amis et la rejoignent dans cette exaltation d’une musique heureuse, fraternelle et généreuse. Fred Pasqua  tient la batterie et sur certains titres, interviennent des «guests» formidables, Julien Alour au bugle, Hugo Lippi à la guitare (« Shaker»). Ça groove formidablement tout au long du disque, et on apprécie cette mise en jeu du corps dans une musique régénératrice.  « I wanna move my body » donne le ton de ce programme efficace avec Julie Saury, autre complice inspirée à la batterie.

Sophie Alour a  ce « quelque chose » qui vous fait chavirer, un « son » que l’on aime à retrouver dans ses solos précis, lyriques et  chaleureux :  si, dans cet album, elle reprend quelques unes de ses propres compositions écrites depuis plusieurs années, elle prouve qu’elle joue aussi (fort bien) du soprano. Elle a su multiplier les expériences convaincantes et sa musique nous atteint en plein cœur... Comme le disque est bien conçu, il existe aussi des plages plus élégiaques, des ballades  nostalgiques comme le délicat  « Comptine » ou encore  le poignant « En ton absence » repris en final par la saxophoniste sur un orgue électronique. Elle a raison une fois encore de terminer ainsi son album car le bleu est assurément la couleur du jazz.

Sophie Chambon

 


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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 20:47

 acapumco.jpg

Guitar electric only

Simon HENOCQ : enregistrement, mixage, mastering
Coproduction : Cartons Records & Coax Records | Distribution : Muséa | Graphisme : Heureux les Cailloux |

 
www.facebook.com/ACAPULCOJulienDesprez 


 
http://juliendesprez.blogspot.fr/ 


 
www.cartoncartoncarton.com/acapulco.html 


 
www.collectifcoax.com/acapulco

 

Acapulco ! Avec un tel titre, on pense s’envoler vers un petit paradis à l’exotisme plus ou moins frelaté mais aux rythmes assurément  tropicaux. Un coup d’œil sur la pochette kraft  du label Carton des Coax records vous en dissuade vite. On penche ensuite  pour Haïti avec ses figures crayonnées, colorées à la « Basquiat », qui, au passage, aimait infiniment le jazz et Charlie Parker...

Fausse piste encore quand on lit le nom du guitariste solo qui nous offre ce petit bibelot sonique, cet objet sonore sans cesse en évolution, cet happening  détonant de 18’, en trois titres,  c’est Julien Desprez du collectif Coax, pilier de « Q » que nos oreilles (pourtant rodées) n’avaient pas franchement adoré en live (terribles infrabasses), membre de l’étonnant  Radiation 10,  bien plus « aimable » dans la mutation, ne serait-ce qu’au seul niveau de l’émission sonore. On se retrouve dans les terres foulées par certains collectifs nordistes comme Muzzix, le label Circum, Olivier Benoît, une scène musicale actuelle, complexe et très active que l’on pourrait, s’il faut absolument la définir, apparenter à une recherche protéiforme « industrialo-bruitiste »,  noisy mais pas seulement... Un drôle de magma sonore,  une matière en mouvement qui vous emporte avec un développement  organique, une construction certaine même si elle nous échappe ; pas vraiment de repères  en effet mais en même temps, c’est trop court pour se perdre.

Alors Acapulco ? Un solo électrique plus qu’électrisant, avec des effets recherchés, travaillés, étranges, des trafics d’influence sonores, des fulgurances dans les accélérations, des dérives jamais brutales, des bruits saturés, grésillant doucement, sans véritable fureur ou rage qui font que l’oreille s’habitue vite à ces variations sonores très acceptables sur une chaîne (quid en live ?). Alors, il est un peu inquiétant cet univers dans lequel nous plonge le guitariste, loin des jolies mélodies suraigües où excellaient autrefois les hardeux, métalleux  avec ces envolées juvéniles de guitares électriques.  Times are changin’... Ici, une guitare bien préparée nous fait entrer de plein pied dans un univers personnel vibrant, insolite, post post-moderne, où les décharges électriques d’un arc tendu à l’extrême (bow)  vous accompagnent dans une errance créative, un ailleurs indécis. Des variations actuelles sur le son qui atteignent une dimension poétique, originale et intense. Sans véritable tsunami. Allez, ce n’est pas la fin du monde !  Juste « une sculpture sonore en jaillissement » comme l’écrit fort joliment le batteur  Edouard Perraud : «L’esprit, les mains, l’instrument, l’amplificateur, les traitements, les câbles et le corps ne sont qu’une seule et même chose dans ce solo fulgurant. Ici la musique est inventée/découverte, comme un mécanisme secret qui cache les lois d’un monde encore inconnu, une terra incognita qui surgit d’un coin de ciel en coruscation. »

NB : Fascinant de regarder le « teaser » du musicien en action, sec et précis. Les sons produits vous installent paradoxalement plutôt confortablement dans ce matelas sonore, chaud et douillet au final....

 

 

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