Bande originale du film d’Eric Barbier/ Musique originale de Renaud Barbier
Sortie le 28 AVRIL 2014.
LABEL B Original par Cristal Records
Distribution Sony Music
Lien vers la B.O : www.bit.ly/1pG3FwO
« Un thriller romantique aux multiples facettes ». Le Dernier Diamant est ce que l’on appelle un film de genre et, à ce titre, il prolonge l’esthétique du film de «casse» rendu très populaire en France dans les années 60 et 70 avec les films d’Henri Verneuil. On se souvient de la musique sublime de Michel Magne pour Mélodie en sous sol (1963) ou de celles d’Ennio Morricone pour Le Casse (1971) justement, et de la ritournelle entêtante dans Le Clan des Siciliens.
En France on brûle souvent ce que l’on a aimé et les films de genre ne sont plus tellement à la mode, pourtant nous sommes capables de rivaliser avec les Américains sur ces thèmes. Le réalisateur Eric Barbier avouait qu’il souhaitait revenir à un cinéma d’histoire, un peu disparu aujourd’hui, et en l’occurrence, créer une problématique de casse, c'est-à-dire élaborer un plan méticuleux pour inventer un braquage. Quatrième long métrage d’Eric Barbieret seconde collaboration avec Yvan Attal, voilà un thriller bien ficelé autour d un duo d’acteurs convaincus et convaincants, Yvan Attal et Bérénice Béjo, un couple qui fonctionne.
Sur une trame très codifiée - c’est la loi du genre- le cinéaste a demandé à son frère Renaud Barbier, tout comme pour son film précédent Le Serpent, d’en écrire la musique.
Le travail a commencé en amont ce qui permet à la musique non seulement de jouer la fonction classique d’accompagnement mais de structurer le récit à la façon d’ un puzzle. Et l’originalité, voire l’intérêt de cette B.O est de croiser et lier deux styles musicaux élégamment, du jazz pour illustrer le monde dans lequel évolue les casseurs, un univers sec, nerveux, haletant, l’autre plus romantique et baroque, celui des diamantaires ( le thème de Julia par exemple avec l’aide de l’orchestre et des cordes du Philarmonique de Bruxelles, et la soliste harpiste Karen Peeters.)
Les notes de pochette nous renseignent fort bien sur « la fabrique du film» et de sa musique : on apprend ainsi que le montage fut effectué directement sur les musiques originales. Dix huit musiciens, 70 minutes de création originale avec des solistes épatants (Renaud Barbier au piano, Bijan Chemiraniaux percussions et saz, Lilian Bencini à la contrebasse et basse électrique et Gilles Grivolla aux saxophones soprano et baryton) qui assurent les transitions entre les différents personnages, explorent l’évolution des sentiments (« le doute »).
Une formation de jazz orchestral décrit crescendo l’histoire du gang, décortique l’action, véritable mécanique de précision jusqu’à la scène du casse, la composition 12, point d’orgue du film . On sent la tension monter... et même sans avoir vu le film, la musique est éloquente. Comme le suggérait Godard, il semble que l‘on peut entendre les images et voir la musique. Les timbres graves de la section de cuivres et la prise de son sur 24 bandes analogiques donnent un son particulier, un effet brut, saturé avec du grain, le son des années soixante-dix, selon l’aveu même de Renaud Barbier, prestidigitateur du clavier, qui fait surgir des paysages, entre dans l’univers mental des personnages : leitmotiv de l’horlogerie, du cliquetis fatal du temps qui passe, inéluctable, de l’action et de certains drames ou situations irréversibles.
La musique a été enregistrée au studio Alhambra-Colbert à Rochefort, ancien cinéma désaffecté, fief du label Cristal qui coproduit le disque avec Mandoline Musique Production, tandis que Cristal Publishing en assure la supervision musicale et l’édition.
Ardente et sévère, la B.O du dernier diamant est réussie , car il y a assez de présence musicale pour qu’on puisse se passer des visages. Mais ce sera tout de même un vrai plaisir de réécouter la musique après avoir vu le film.
Sophie CHAMBON











