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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 07:48

La direction de la musique de Radio France ne reconduit pas cette programmation de concerts de jazz en octobre

 



Le bureau du jazz, créé par Lucien Malson en 1961, pris en charge en 1975 par André Francis, puis par Xavier Prévost en 1997, produisait des concerts qui ont toujours reflété la vitalité, et la diversité, de la scène hexagonale. Ces concerts ("Jazz vivant" jusqu'en 1998, puis "Jazz sur le vif"), diffusés sur les antennes de la radio publique (principalement ces dernières années France Musique) étaient également offerts en diffusion aux radios membres de l'UER (Union Européenne de Radiotélévision) et aux membres associés (NHK au Japon, NPR aux USA…), assurant ainsi un rayonnement de la scène hexagonale.

 

Le projet de la direction de la musique est de restructurer ses équipes et de recruter une ou des personnes pour assurer une programmation plus transversales (musiques actuelles, musiques du monde, jazz…). Dans l'état actuel des informations, aucun concert ne serait envisagé avant janvier 2015, au plus tôt. L'un des arguments avancés étant la disponibilité des salles en raison des travaux en cours à Radio France. Mais le studio 105, où se tenaient les concerts "Jazz sur le vif", est encore opérationnel pour la saison 2014-2015, et les services de planification ont d'ores et déjà affecté son usage à des émissions publiques, et à d'autres productions de radio. L'argument de l'indisponibilité ne tient donc pas. Pour mémoire on attendait de la précédente direction, depuis début mars, des informations sur la réalité d'une saison "Jazz sur le vif" 2014-2015, avec le budget afférent, car le budget 2014  s'interrompait en juin, alors qu'auparavant c'était un budget d'année civile, incluant donc le début de la saison suivante. Des dizaines de musiciens et de groupes attendaient depuis mars une réponse à leurs projets et propositions.

 

Voici donc en résumé la situation :

 

- En l'état actuel de nos informations, la grille de France Musique perdra 2h30 de jazz par semaine (suppression de l'émission "Le bleu, la nuit…." De Xavier Prévost -2 h chaque samedi soir-, où étaient principalement diffusés les concerts ; réduction d'horaire pour Arnaud Merlin de 30 minutes, et abandon de la formule du "Matin des musiciens – jazz" dont l'approche didactique était accessible et passionnante). Cela s'ajoute à la suppression l'an dernier d'une heure de programme, celui de Franck Médioni, "Jazzistiques".

 

- Et les concerts "Jazz sur le vif" disparaissent, sans que aucune d'information explicite ni sur ce qui les remplacerait, ni sur le moment où cela prendrait effet.

 

Le rôle du service public de radiodiffusion dans la diffusion du jazz s'en trouve donc gravement altéré.

 

index-copie-1.jpg

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:12

 

Alto Sax legends

Collection OSD

Label Cristal records

http://www.cristalrecords.com/cristalrecords/fr/662

Alto_Sax_Legends__Cristal_Records_250X250.jpg

 Autre numéro particulièrement recommandé de la collection OSD chez Cristal records, celui consacré à cet instrument  du jazz incontournable, le saxophone alto. Il mérite en effet toute notre attention, s’il est moins spectaculaire que le ténor ou la trompette, il n’en est pas moins « sexy », ce que confirme, dans sa nouvelle sélection, Claude Carrière.

Il a choisi une vingtaine de solistes qu’il présente par ordre chronologique de naissance et non d’enregistrement phonographique, ce qui place Jackie McLean, dont nous venons de rendre compte avec la biographie de Guillaume Belhomme, en avant-dernière position, alors qu’il avait débuté très jeune, bien avant Ornette. D’ailleurs, le grand Charlie Parker l’appréciait au point de lui laisser la place de temps à autre.

La transition est toute faite, puisque, indéniablement, c’est « Bird » qui est le musicien les plus emblématique de l’instrument, lui qui bouleversa l’esthétique du jazz. Néanmoins, l’intérêt de cette compilation est de nous faire entendre ceux qui précédèrent l’Oiseau, de Hilton Jefferson, premier alto recherché « à qui l’on confia le rôle principal le temps d’un morceau entier », à Johnny « le lapin » Hodges, l’un des grands solistes de l’orchestre de Duke Ellington, sans oublier Benny Carter, l’un des éléments novateurs dans la maîtrise de l’improvisation.

Et puis tous ceux qui suivirent Parker, de très près, dans tous les sens du terme (mention particulière à Sonny Stitt, éternel second) ou avec révérence mais originalité dans leur parcours : le très « féminin » Paul Desmond, alter ego de Dave Brubeck, le méconnu Gigi Gryce, le tourmenté Art Pepper... Et puis, il faudrait encore citer les maîtres de l’instrument qui ne furent pas vraiment des épigones, Lee Konitz, Eric Dolphy, Ornette Coleman...

Si on réentend toujours avec plaisir le « Lonely Woman » de ce dernier, on appréciera le « Take Ten » de Desmond en quartet sans Brubeck, l’ « Araphoe » d’Herb Geller avec sa femme Lorraine au piano et autre curiosité , Lennie Niehaus, qui fut aussi un grand compositeur- arrangeur du jazz West  Coast, ici  avec son octet  (Shelly Manne et Lou Levy entre autres), avant de devenir le collaborateur des B.O de Clint Eastwood. Clint Eastwood... Bird ? La boucle est bouclée.

Sophie Chambon  

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:09

 

Greatest Songs

Label Cristal records/ harmonia mundi

http://www.cristalrecords.com/cristalrecords/fr/661 

 ColePorter.jpg

C’est dans la collection OSD (Original Sound De Luxe) du label Cristal que nous suivons fidèlement depuis des années que paraissent les meilleures compilations de jazz. Le concept de «compilation » est d’ailleurs magnifié dans cette collection dont le catalogue est concocté avec amour et érudition par Claude Carrière, l’un des meilleurs spécialistes de cette musique. Lire les notes de pochette de chaque album est d’ailleurs un bonheur à chaque nouvelle parution : précises, érudites et engagées, elles constituent un témoignage précieux sur la mémoire de cette musique aimée.

Dans le numéro dont il est question ici, Claude Carrière s’attaque à l’une des plus grandes figures de la comédie musicale à Broadway, auteur de centaines de standards (paroles et musique !) que nous ne savons pas toujours lui attribuer.

 Cole Porter est incontestablement avec Irving Berlin, l’auteur le plus prolifique, des années vingt jusqu’à la fin des années cinquante. Jugez plutôt: “Love for Sale”, “Night and Day”, “Anything Goes”, “Begin the Beguine”, “Easy to love”, “My Heart Belongs to Daddy”, “Every Time We Say Goodbye”, “All of You”. Notons que toutes ces chansons sont souvent gravées dans les mémoires dans l’interprétation qui les rendit célèbres, à Hollywood. Prenez Marilyn pour « My Heart Belongs to Daddy » dans Let’s Make Love ou Fred Astaire pour « Night and Day » dans l’une de ses séquences les plus «glamour» avec Ginger Rogers dans The Gay Divorcee. Pour Claude Carrière, j’ai cru comprendre qu’une de ses « madeleines » est le « All of me » de Silk Stockings où Fred Astaire a pour partenaire cette fois, la belle Cyd Charisse (aux jambes interminables, d’ailleurs plus grande que lui).

La sélection de Claude Carrière permet également aux amoureux du jazz vocal de retrouver des versions d’anthologie avec la fine fleur des jazzmen de l’époque où interviennent Carmen McRae, Julie London, Ella Fitzgerald, Peggy Lee, Billie Holiday, Anita O’Day, et pour les  «male singers» l’inoxydable Mel Torme, (« Get Out of Town ») ou Ray Charles sans oublier Louis Armstrong dans « Just One of These Things ».

 Vous l’aurez compris, cet album qui comporte 21 titres balaie la grande époque où jazz et comédie musicale étaient intimement liés, de 1934 « Miss Otis Regrets » avec Ethel Waters  et l’orchestre de Tommy Dorsey (la seule chanson de Cole Porter qu’elle ait enregistrée, un portrait de la journaliste-commère Elsa Maxwell) à 1962 avec le « Love for Sale » de Shirley Horn.

 Pour les plus anciens, voilà de quoi réveiller la nostalgie et donner une furieuse envie de réécouter ces merveilles. Avec cet opus, vous aurez de quoi cerner les fulgurances coleportiennes et vous en saurez plus qu’avec une longue biographie. Cet hommage est aussi hautement recommandé pour les plus jeunes qui découvriront ainsi d’où viennent certains airs populaires...

 

Sophie Chambon

En rappel, voir aussi le magnifique hommage, très actuel cette fois :

http://www.lesdnj.com/article-maria-laura-baccarini-furrow---a-cole-porter-tribute-98296140.html

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 18:21
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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 21:05

 

Guillaume Belhomme

Jackie McLean

 Editions Lenka Lente

www.lenkalente.com

(117 pages/ 11 euros)

 mc-lean.jpg

 

Ce petit livre des éditions Lenka Lente peut paraître court comparé aux copieuses biographies de certaines maisons d’édition. C’est que son auteur Guillaume Belhomme s’en tient à la seule musique, sans tomber dans les anecdotes plus ou moins sordides sur les démons et autres addictions qui hantèrent les jazzmen. Ce qui l’intéresse, c’est le parcours d’une aventure humaine, avant tout musicale.

De «Don’t explain» à «Closing», en 42 courts chapitres, de deux pages en général, il dresse un portrait sensible du saxophoniste  Jackie Mc Lean et le révèle musicalement sous toutes les coutures, tous les profils.  Une écriture dense, brûlante qui colle au sujet. Guillaume Belhomme ne pouvait que s’intéresser à ce musicien à risques, dont la passion pour le jazz qui défrise, déstructure, l’approche du free, le goût pour les dissonances, lui sont chers. Il aime ce musicien qui a « une sonorité propre, un goût pour l’audace et l’iconoclastie, enfin un mépris des anathèmes ».On comprend de quel côté il se place en lisant par exemple « aux joliesses du trompettiste (Kenny Dorham), Mclean oppose quelques solos récalcitrants sur « Lover Man » ou Let’s Face the Music and Dance »

Les titres de ces courts chapitres ou vignettes, empruntés le plus souvent à la discographie du saxophoniste, sont de précieux repères chronologiques pour baliser le parcours d’une vie bien remplie. (1931-2006).

On voit à l’œuvre le processus opiniâtre d’auto-engendrement de l’artiste, l’histoire authentique d’un musicien qui assuma vite sa singularité, objectant une résistance aussi ferme que discrète, sans cesser d’être bienveillant aux autres. Jackie McLean eut très vite conscience d’un but à poursuivre qui pouvait s’exercer sous diverses formes, d’une œuvre à créer. Il est de ces « seconds couteaux » devenu malgré lui un musicien de légende: « il ne tarda pas à se faire entendre et.... il fit beaucoup pour le jazz à une époque où il y avait encore tant à faire ».  Influencé par Lester Young, Bud Powell, Thelonius Monk, et bien entendu Charlie Parker, il eut le courage, sans renier cet héritage, de s’en affranchir. Il écouta et assimila le travail de Coltrane, Sonny Rollins, Andy Kirk Jr. Il tenta de trouver sa propre voie, stimulé  par des rencontres décisives, celle de Miles Davis[i], et plus encore, de Charles Mingus, musicien hors norme qui le fit sortir de sa réserve et l’aida à s’émanciper de façon irrévocable. Il joua avec tous ceux qui devaient compter à l’époque (Art Blakey entre autre et les hard boppers). Guillaume Belhomme montre bien la belle complexité de son jeu et de son inspiration : il ne perdit jamais de vue les fondamentaux du bop et hard bop aussi straight et clinquants soient ils. Et sortit sous son nom entre 1959 et 1963 les pépites suivantes au titre emblématique Let Freedom Ring, One Step Beyond, Destination Out, It’s time ! Action, Right Now

Il enregistra beaucoup sur Blue Note car les dirigeants du label, le classant très vite dans la catégorie des novateurs, le soutinrent dans sa quête de liberté ». Jusqu’à un certain point d’où son désir d’aller voir  ailleurs sur le label Steeple Chase de Nils Winther ( Dr.Jackle,  A Ghetto Lullaby.)

 Plus encore, il voulait que l’on se souvienne de ses autres réalisations, époux et père, musicien et professeur, activiste et éducateur...  Sorti de la dépendance à l’héroïne (The Connection), il se consacra à l’enseignement avec passion et lutta pour la réhabilitation des toxicomanes par la musique  dans son quartier d’Hartford.

Vous l’aurez compris, ce livre est conseillé à tous ceux qui veulent en savoir plus, avoir les clés de la discographie de Jackie  McLean. Connaître un musicien au plus près, et approcher musicalement une trajectoire singulière et toujours actuelle. Une belle rencontre.

 

Sophie Chambon



[i][i] Mc Lean refusait par exemple de jouer les standards et sortait donc de scène quand Miles attaquait «Yesterdays».

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 22:04

 

Jimmy-Scott-01.jpg

Toute sa vie, longue (il est décédé le 12 juin dernier à 88 ans) et tourmentée, il aura été connu comme « Little » Jimmy Scott.  Sa voix d’ange et ses années de galère lui avaient donné une puissance émotionnelle rare quand il était revenu sur le devant de la scène à la fin des années 80.

Ses débuts dans les années 40 s’avéraient prometteurs. Jimmy a tout juste vingt ans quand le légendaire boxeur Joe Louis arrange son premier contrat à New York. Ce sera ensuite un engagement dans le grand orchestre de Lionel Hampton, avant une traversée du désert de quelques décennies (problèmes personnels) où il survit grâce à des petits boulots comme groom d’hôtel.

Sa voix si particulière était due au syndrome de Kallmann qui avait stoppé sa croissance à la puberté. Il était admiré par ses pairs, les chanteurs, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Tony Bennett. Il devra d’ailleurs son come back à Lou Reed à la fin des années 80. Alors il remplit les clubs, à New York, comme à Paris (La Villa, New Morning), passe à l’Olympia, devient une icône au Japon, acquiert un statut de star auprès d’un public « branché », apparaît dans la série Twin Peaks de David Lynch.

Dans un entretien qu’il nous avait accordé en 1999, à l’occasion de la sortie d’un de ses meilleurs albums « Holding back the years » (Birdology-Wea music  incluant « Jealous Guy  et Slave to Love, « Little » Jimmy Scott résumait ainsi son parcours :« La vie est faite de hauts et de bas, il y a un équilibre qui s'établit. Une seule règle s'impose : il ne faut jamais baisser les bras (….) Quand les jeunes viennent me voir pour me demander des conseils. Je leur dis des choses simples : ne cherchez pas à faire de l'argent facile mettez l'accent sur la sensibilité et accrochez-vous, accrochez-vous ».

 

Jean-Louis Lemarchand

A lire : « Faith in Time », biographie de David Ritz (Da Capo 2002).

A écouter : « All the Way »(Sire-Warner), « Falling in Love is Wonderful » (Rhino), « The Source »(Atlantic).

 

 

 

 

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 11:35

 

Sélection officielle Un certain regard 

Festival de Cannes

 

Musique originale composée et orchestrée par Béatrice Thiriet

Interprétée par le Pop star Orchestra par Mathias Charton

www.beatricethiriet.fr

 

BOriginal

Cristal records/Distribution Sony Music Entertainment

lien Cristal Records

 

 

 

 Pour son dernier film, six ans après le  succès mérité mais inattendu de Lady Chatterley[i], Pascale Ferran revient avec Bird People, film singulier qui flirte avec le fantastique, où la musique joue un rôle de moteur, de «carburant». Elle retrouve Béatrice Thiriet, sa compositrice fétiche depuis leur premier film Petits arrangements avec la mort», il y a 21 ans, qui obtint la Caméra d’or.

 Quelle est la place de la musique dans la bande-son du film ?

Le travail de Pascale Ferran  inspire toujours  Béatrice Thiriet qui essaie continuellement autre chose, crée des pistes, en abandonne et n’a pas peur d’incorporer des zones de silence, avec un goût pour les « musiques trouées » et une certaine qualité de silence quand s’arrête le son.

A partir de diverses matières musicales, la compositrice réécrit,  en recherche de cohérence, de l’hyper-réalisme au fantastique, sans tomber dans le film de genre,  en essayant de ne jamais souligner musicalement l’expérience extra-sensorielle de l’héroïne. Elle n’a pas peur d’user d’une large palette de styles, d’une grande richesse d’instrumentation, du roulement sur une cymbale à de l’électro-symphonique, jusqu’ à une musique entendue dans un bar, « la nuit » que l’on entend dans l’ipod d’un personnage dans un RER.

Pascale Ferran et Béatrice Thiriet osent tout, malaxant des blocs hétérogènes pour ce film composite où règne l’atemporalité avec un éclatement, une facture hybride de sons, où les temps et temporalités se tamponnent. On ne se retrouve jamais dans une  forme homogène pour évoquer le souvenir, entre la rêverie et  l’imaginaire d’un personnage. Peu de théorie donc, plutôt une tentative de faire tenir les choses ensemble : du «Techno choc », des  pulsations fortes,  une partition pour  voix off  (Mathieu Amalric), un récitatif d’opéra qui fait avancer l’histoire dans la narration. Autre surprise de la B.O, le classique de David Bowie « Space Oddity » intervient à un moment-clé où le film semble décoller, dans un rapport assez décomplexé à la mémoire musicale de la cinéaste, jouant sur le plaisir et l’émotion. Des fragments de  « La Javanaise » apparaissent aussi de façon récurrente  avec même des  versions minimales de Julien  Doré, fredonnées  par Anaïs Demoustier.

 

On est dans l’écart entre la musique et les images, en évitant pléonasme ou illustration. «La bulle minimaliste» de Gary dans sa voiture, mixée assez bas, selon les mots même de la réalisatrice, nous aide sensoriellement à être avec lui, à ce moment là. Le spectateur passe sans arrêt par des sensations, la musique doit faire naître quelque chose,  elle n’est jamais commentaire, soutien, ou accompagnement mais elle constitue le chant intérieur du personnage. .

Dans Bird people, Béatrice Thiriet interprète les parties solos de piano, d’autant plus nombreuses que cet instrument est commun aux deux personnages principaux. Tout se raconte sans piano continu ou nappes étales, avec des tâches de couleur comme dans le final de «La campagne à l’aube». A ce sujet, il est intéressant de souligner que le premier morceau de la B.O se retrouve en clôture : il donne la couleur du film, se développe dans le générique de fin, avec le thème principal qui explore la vision du film de Béatrice Thiriet, une marche-balade qui en donne la  synthèse la plus juste.

 

On l’aura compris, Bird people est un film qui échappe aux normes de l’écriture musicale de films , un peu « l’anti score » qui fait sortir le spectateur du territoire habituel, l’arrache à son confort de pur consommateur, le met sous tension. Un film actuel qui cherche et parvient à utiliser un langage contemporain dans la composition musicale. Vivement recommandé, en conséquence.

 

Sophie Chambon

 

Pour aller plus loin :

Réécouter le spécial Cinéma Song  du 05/06 de Thierry Jousse sur France Musique

et ..... cliquez ici

 

 

 


 

 



[i] Avec  Lady Chatterley, Béatrice Thiriet obtint le FIPA d’OR de la musique originale

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 21:58

 

ECM 2014

Keith Jarrett (p), Charlie Haden (cb).

 

 

 lastdance 

EMOTION !

 

Keith Jarrett et Charlie Haden c'est bien sûr une très longue histoire d'amitié. Depuis notamment ce fameux trio qui réunissait le pianiste, le contrebassiste et le regretté Paul Motian à la batterie. Lorsqu’ils enregistrent en duo en 2007, dans le studio de Keth Jarrett, les deux amis de longue date s’étaient éloignés depuis déjà quelque temps. Il s’agissait donc de retrouvailles en musique. Et de ces retrouvailles étaient nées un album magnifique, « Jasmine » que notre confrère Alex Dutilh avait chroniqué dans ces colonnes mêmes en 2010 (http://www.lesdnj.com/article-keith-jarrett-charlie-haden-jasmine-50132971.html)

Tout ce qui s’était joué durant ces trois jours ne figurait bien sûr pas sur cet album. ECM décide donc aujourd’hui d’en publier quelques nouveaux titres.

Et ce sont encore de véritables pépites ! Des traces de moment rares et d’une profonde sincérité. La marque de ce qui indéfectiblement réunit Keith Jarrett et Charlie Haden. Les deux se retrouvent donc sur un répertoire de standards comme ils les affectionnent. Paul Motian certes n’est plus là. Mais c’est comme si on entendait dans notre subconscient, en filigrane le drive fin du batteur new-yorkais planer sur cette rencontre. Chaque morceau est plus bouleversant que celui qui le précède. Une version renversante de Goodbye. Une autre très inattendue du be-bopien Dance of the Infidelsde Bud Powell où Keith Jarrett semble redécouvrir avec une joie non dissimulée le plaisir de jouer bop. Charlie Haden, redevenu clean y est énorme. Sur My Old flame par exemple, il faur entendre cette profondeur mélodique.

 

Assurément l'entente entre les deux hommes est au beau fixe. L'un étant une sorte de prolongement de l'autre dans un grand moment de musique fusionnelle. My ship est aussi un moment de musicalité et d'émotion intense où sous les doigts de ce génie de Jarrett la mélodie est exhalée avec un supplément d'âme, comme jamais. Chaque morceau prend des airs de chefs d’œuvre. Keith Jarrett est à son élément. Avec lui c'est tout l'art de la revisitation, de l'improvisation et du détour comme sur cette version de Round Midnight qui passe par toutes les couleurs et n'en vient au thème qu'au bout de 7 mn. Et puis, et puis, il y a ce moment, cette grâce inouïe sur It might as well be spring où Jarrett semble libéré de quelque chose, totalement aérien dans sa façon de survoler le thème. Avec cet art de pouvoir, par l'impro magnifier la mélodie avec émotion qui prend aux tripes. C’est juste sublime. Keith Jarett et Charlie Haden ont ce don de savoir le temps.

Keith-Jarrett-and-Charlie-009.jpg 

 

 

 

 

 

 

Dans ce last dance, on aime penser qu’il ne s’agit que de la dernière version publiée et qu’il y a aura encore après cet album une suite à cette histoire.

Une suite à ce jazz dont ils témoignent ici, toujours et encore qu’ils en ont écrit des pages exceptionnelles.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 14:28

 

Archiball 2014

Paul Abirached (g), Alain Jean-Marie (p)

 abirached.jpg

Le label Archiball créé par Archie Shepp s'ouvre aujourd'hui à des nouveaux talents avec " Rainbow collection". Pour inaugurer  cette collection, Shepp nous propose daller chercher des choses un peu inattendues, jeunes talents ou moins jeunes mais qui ont pu attirer son attention comme ce deuxième album de ce duo guitare/piano composé du jeune Paul Abirached et du moins jeune et indispensable Alain Jean-Marie. On comprend lorsque lon connaît l’élégance du saxophoniste quil ait pu être séduit par la grande classe de ce duo.

 

Car pour ce qui nous concerne cest un véritable Coup de coeur que nous avons eu pour ce duo qui sort totalement des sentiers battus en la matière. Même si le guitariste revendique son admiration pour la musique de Jim Hall ( cela s'entend vraiment ) on est quand même loin de la référence qui revient toujours concernant les duos guitare/piano, celle de Jim  Hall et de Bill Evans. Car ici les deux musiciens ont une personnalité forte et très différente. La musique est toute autre. Au gré de cet album dune rare finesse, les deux musiciens explorent ensemble des terrtoires très différents à la frontière du jazz, du blues et même parfois de la folk-country. Les deux musiciens délaissent parfois la trame mélodique pour se transformer en dénicheur, en chercheurs d'or à savoir l'harmonie parfaite, l'espace idéal et la respiration. Tous les deux sont là comme des dénicheurs visant à la fois à sa compléter mais aussi parfois à se distancier l'un l'autre, à se tourner le dos puis à se faire face à nouveau. Les deux musiciens atteignent alors des sommets et les chaleurs harmoniques du guitariste trouvent écho dans le phrasé et le sens mélodique dAlain Jean-Marie.

Tout cela avec le sens de l'éhange et de la discussion .

il  y a dans cette musique beaucoup d'écoute ( bien sûr) mais aussi beaucoup de finesses et de d'intelligence du propos musical. Comme la compréhension de chacun vers lautre. Beaucoup de douceur et d’émotion aussi dans leurs échanges, à l'image de ce Down Antigua qui flotte avec légèreté dans l'air des harmonies d'AJ et de PA. Les deux musiciens s'emparent d'un répertoire qui va de Paul Motian à Joe Lovano en passant par Wayne Shorter et jusqu'à un Don't Expliain de Billie Holiday qui vient conclure cet album.


 

Cest un disque bleu qui vous enveloppe dans ses vapeurs suaves et qui révèle une douce poésie. Ce disque à côté duquel on pourrait passer si lon ne vous alertait, tourne en boucle depuis plusieurs semaines sur ma platine et, je ne sais pas pourquoi, me rend

indiciblement heureux. Il m'est devenu totalement indispensable. En ce sens cette rencontre entre le guitariste et le pianiste est dune immense humanité. De celle qui rend le monde un peu meilleur.

Jean-Marc Gelin

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 00:05

 

Eternelle Bossa Nova

 Bossa-Nova-l-ame-boheme-du-Bresil_cdc_big.jpg

Bossa Nova, l’âme bohème du Brésil. 2 CD. Verve (mai 2014).

Juin 1958. Le monde découvrait le football-samba –et le futur roi Pelé, alors âgé de 17 ans -avec l’équipe du Brésil, vainqueur de la Coupe du monde en Suède, après un éclatant score d 5 à 2 contre le pays hôte… et un résultat identique en demi-finale face à la France de Just Fontaine et Raymond Kopa. Les fans de musique allaient peu de temps après faire la connaissance d’une autre expression de la joie créatrice du pays-continent, la bossa nova, ou nouvelle vague en brésilien.  Si ce cocktail de la samba brésilienne et du jazz moderne fit son apparition dans les années 50, les spécialistes retiennent comme date de naissance officielle le 10 juillet 1958, quand Joao Gilberto enregistre « Chega de Saudade », composition d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.

Spontanéité, nonchalance, les ingrédients de la bossa nova vont aussitôt conquérir le monde, bien au-delà du Brésil. Un français lui donnera un coup de pouce, le réalisateur Marcel Camus qui confie en 1959 la bande originale d’Orfeu Negro (Palme d’or à Cannes) à Jobim, de Moraes et Luiz Bonfa. Le son évocateur des plages de Rio, invitation à la détente et à la jouissance, va dès lors déferler sur la planète. A la faveur des musiciens brésiliens et des jazzmen américains, au premier rang desquels Dizzy Gillespie, Paul Desmond, Sonny Rollins, et pour les vocalistes, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra… Le sommet de cette vague sera atteint en 1962 quand Stan Getz enregistre avec Jobim (piano), Joao Gilberto (chant, guitare) et surtout-trouvaille d’un producteur- l’épouse de Joao, Astrud qui chante, en anglais, le tube signé de Moraes, Gimbel et Jobim, Garota from Ipanema.  The Girl from Ipanema (« Féline, elle glisse, elle vient, elle arrive, passante que tente l’aimant de la mer, auréolée d’ambre, elle cambre son corps au soleil d’Ipanema…. ») se hisse au sommet des ventes. Et durablement,  plus de 25 millions de copies écoulées (chiffres de 1995).

La compilation de 32 morceaux sortie fort opportunément ces jours-ci chez Verve, s’ouvre –et c’est justice- avec cette « féline » jeune fille déambulant sur la plage d’Ipanema. On y retrouve tous les grands qui ont assuré le succès de cette musique nonchalante, Gal Costa, Chico Buarque, Elis Regina, Vinicius Cantuaria, Baden Powell, Jorge Ben, Joao et Astrud Gilberto, avec quelques titres que chacun fredonne Agua de Beber, Samba de Una Nota So, O Pato, Essa Moça tà Diferente . Une touche d’originalité vient des interprétations données par des chanteurs français (Pierre Barouh, le plus convaincant, Serge Gainsbourg, Henri Salvador, Nino Ferrer) avec une mention spéciale pour Brigitte Bardot dans Maria Ninguém.

Jean-Louis Lemarchand


Sélection sélective du genre : «Jazz Samba”. Verve 1962. Le 1er album du genre. Stan Getz et Charlie Byrd.

“Getz-Gilberto”. Verve 1964. Le “tube” The Girl from Ipanema.

“Amoroso”. Warner 1976. Joao Gilberto avec un grand orchestre.

« Jobim, Vinicius & Toquinho con Miùcha » RTSI-Sony Music. 1978.

« Antonio Carlos Jobim & Friends ». Verve 1993. Avec Herbie Hancock, Joe Henderson, Shirley Horn, Ron Carter, Jon Hendricks.

“Bossa nova stories ». Eliane Elias. Blue Note-EMI. 2008.

« Novas bossas ». Milton Nascimento & Jobim Trio.  EMI. 2008. « Jazz & bossa ». Ron Carter. Blue Note –EMI. 2008.

 «Carioca ». Stefano Bollani. Emarcy-Universal Music Jazz France. 2008.

«  Orfeu Negro ». Universal Music. 2008. La bande originale du film de Camus avec des inédits.

« Jazz bossa nova ». RCA Victor-Sony BMG. 2008. Tom Jobim, Flora Purim… Paul Desmond.

 

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