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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 15:52

Blue Note 2014

Jon Cowherd (p), Myron Walden (as, clb), Melvin Butler (ss, ts), Marvin Sewell & Jeff Parker (g), Chris Thomas (cb), Brian Blade (dms)

 

 brian blade landmarks

 

Dans la production surabondante d’albums qui nous parviennent quotidiennement, il y a parfois des petites pépites, surprises heureuses dans cette inégale profusion. « Landmarks », le dernier album du batteur Brian Blade fait ici exception.

A 44 ans, à l’instar d’un autre grand batteur, le regretté Paul Motian, Brian Blade , par ailleurs batteur incontournable du quartet de Wayne Shorter, apparaît aujourd’hui comme un compositeur remarquablement inspiré, capable d’insuffler une réelle âme à sa musique et à ceux qui la serve. Acteur et auteur immense de ce nouveau jazz américain, sa musique s’inscrit dans la lignée de celle d’un David Binney où les espaces mélodiques s’étirent, aériens et flottant dans une sorte de clair-obscur mélancolique et rêveur. Quelque chose de l’ordre du travelling, où la linéarité de la route dessinée entraîne vers un horizon très haut perché.

Des morceaux sublimes aux ostinatos très prenants ( Ark.La.Tex) ou à forte densité pop-jazz ( he died fighting) voire aux accents d’un blues gras  ( Farewell bluebird) sous la houlette de Marvin Sewell (le guitariste de Cassandra Wilson) embarquent leur monde dans ce voyage captivant.

Mais il y a aussi chez Brian Blade quelque chose d’Ellingtonien dans ce soin tout particulier réservé dans son écriture à la mise en valeur de ses solistes. Myron Walden, jeune saxophoniste bourré de talent pour lequel All About jazz (1) n’hésita pas il y a quelque temps  parler de l’une des étoiles les plus brillantes de sa génération, explose ici avec ce son torturé et acide.

Mais c’est avant tout une véritable œuvre collective que signe là son Fellowship Band avec lequel il tourne depuis près de 5 ans. Jon Cowherd et Marvin Sewell signent aussi 3 compositions et montrent qu’il y a là une grande implication partagée qui se ressent tout au long de cet album à fleur de peaux où l’émotion et la sensibilité effleurent avec élégance et légèreté.

 

Pour fêter ses 75 ans le légendaire label Blue Note renoue avec ce jazz de très haut niveau qu’il avait un peu délaissé ces dernières années. Avec Brian Blade, il inscrit de nouvelles pages essentielles du jazz. Avec alléresse on s’en réjouit. On s’en délecte.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

(1) "one of the true bright stars of his generation" who "has a very distinctive sharp tone with a rounded nasaly-inflection" and "has shown the ability to develop solos with both an incisive logic and an organic level of invention."[4] Describing his performance on tenor sax, writer John Kelman said that Walden was "as thoughtful yet fiery a player on the bigger horn as he is on alto" 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 21:38

esselieres

 

Connaissez-vous l’Espace Congrès des Esselières à Villejuif ? Si non, c’est bien dommage… Ce lieu sympathique propose chaque mois un concert de Jazz sous l’efficace patronage de l’association « Jazz aux Esselières »[2] et le jeudi 17 avril cette heureuse scène accueillait l’Anachronic Jazz Band. Belle brochette de virtuoses en l’occurrence qui frôlent une moyenne d’âge proche de celle des Rolling Stones. Ici s’arrête la comparaison même si pour certains amateurs on pouvait trouver un côté mythique à l’Anachronic. Le mythe renaît pour une série de concerts pas piqués des mites et ce grâce à Patrick Artero (Trompette) qui a eu la bonne idée de réunir de malicieux complices pour renouer avec la transposition du Be Bop vers le style musical des années 20 et 30.

On retrouve quelques uns des fondateurs de 1976 : Philippe Baudoin (Piano), Daniel Huck (Sax Alto, chant), Marc Richard (Clarinette, Sax Alto), André Villeger (Clarinette, Sax Ténor, Sax Soprano), Gérard Gervois (Tuba), auxquels se regroupent avec bonheur Jean-François Bonnet (Clarinette, C-Melody Sax), Pierre Guicquéro (Trombone), François Fournet (Banjo), Sylvain Clégarec (Batterie).

Comment dire… Les caves de Jazz ont-elles le même effet que celles des crus de Bourgogne ? Il faut croire que oui. Les trente huit ans qui séparent la formation du début de celle d’aujourd’hui n’ont en rien altéré l’enthousiasme des musiciens, la qualité des arrangements, l’originalité des chorus et le plaisir des auditeurs. Les trios de clarinettes, les quatre quatre au cordeau, les envolées des solistes nous plongent dans la joie au-delà même des thèmes originaux totalement réarrangés pour mériter une admission dans ce répertoire anachronique. A l’occasion vous revisiterez : Yarbird Suite, Armando’s Rumba, Blue Monk, Salt Peanuts et le passage savoureux du Take Five de Dave Brubeck au Take Four de Philippe Baudoin dont les accents arabisants sont néanmoins New Orléanesques en diable.

Si vous avez le bonheur de les voir en direct vous retiendrez quelques vannes à deux balles dignes de collégiens (on ne se refait pas…), quelques sourires des uns et des autres à l’audition de leurs chorus respectifs. Vous apprécierez également leur grande culture musicale inspiratrice du choix des thèmes. Vous profiterez enfin d’un énorme moment de complicité non coupable entre musiciens qui se connaissent bien et sont tout au plaisir de s’être retrouvés pour faire un bout de chemin sur une portée commune. Vous vous devez également d’acheter leur dernier disque « Anachronic Jazz Band : Back in Town » et celui réédité en 2009 « Anthropology ». 

Le deuxième, je l’ai déjà… En vinyle…

Bonne écoute.

 

 

 

 

 

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 22:37

 

Paul Bley “ Play Blue”

ECM 2014

Paul Bley (p)

 PaulBley.jpg

En 2008 le pianiste canadien donnait un concert à Oslo. Il s'agissait d'un concert solo (1er anagrame) au cours duquel Paul Bley livrait toute sa science de l'improvisation dans un de ces moments rares où le pianiste semble faire corps avec son instrument. On hésitera pas bien longtemps avant de jeter des ponts entre PaulBley et Keith Jarrett car à entendre cette sublime prestation on sait bien qu’il est évident que le maître du clavier Pennsylvanie s'est souvent inspiré de son aîné canadien. Dans cet exercice de 2008, Paul Bley a oublié le free. Il joue avec les harmonies, ouvre des tiroirs, manie les renversements d'accords avec brio et laisse toujours l'émotion s'installer. La mélodie est sous-jacente, non jouée mais toujours omniprésente. Cet album, jamais introspectif, élève l’art du piano solo à des niveaux  exceptionnels. Pas comme ces longs exercice solitaires où l’attention de l’auditeur tend parfois à digresser. Non, ici Paul Bley semble réinventer à chaque instant, à suprendre de phrase en phrase au point que celui qui écoute ne peut absoluement pas lâcher un seul instant le développement de la pensée du pianiste qui, sous ses doigts devient ici d’une limpide évidence.

 

 

Enrico Pieranunzi : « Plays Morricone 1 et 2 »

Cam Jazz  rééd. (Cam Jazz CAM504425)

Enrico Pieranunzi (p), Marc Johnson (cb), Joey Baron (dms)

 enrico_pieranunzi_marc_johnson__joey_baron__play_morricone_.jpg

 

Cette réédition complète des albums enregistrés en 2001 et 2002 est une véritable démonstration de grande, de très grande classe. Avec ce trio mythique qu’il a formé en 2004 le pianiste reste dans son sillon, celui d'un jazz très classique. Ce jazz dont il porte aux nues son maître absolu : Bill Evans, référence de tout son travail depuis plus de 30 ans. Ici le pianiste romain a choisi comme angle d'attaque les musiques de films signés Ennio Morricone pour s'en inspirer librement et en faire une lecture totalement prétextuelle. Finalement le rapport avec la musique originale importe peu si ce n'est dans l'esprit des films qu'ils relatent. Car ce qui est à l'oeuvre c'est un trio d'exception. il faut écouter un thème comme Nuevo Cinema Paradiso qui atteint des sommets de piano jazz, avec une belle âme lyrique et des harmonies de fous comme les aimaient Bill Evans. Et surtout cet équilibre totalement parfait du trio auquel l’ex bassite de Bill Evans n’est pas totalement étranger. La musique est belle et avec intelligence amène Morrricone au jazz qu'il n'avait certainement pas envisagé au départ.

Leur sens du swing est renversant. C’est celui qui fait bouger les pieds, celui qui ne résiste pas au dodelinement, celui qui vous prend aux tripes et vous emporte.

 

 

KARTET : "Grand Laps"

Songline recordings 2014

Guillaume Orti, saxophones - Benoît Delbecq, piano - Hubert Dupont, basse - Stéphane Galland, batterie

 kartet.jpg

C'est un peu l'album où il ne se dit rien, où il ne se passe rien mais qui est en fait riche d'une multitude de microscopiques évènements. Éloge de l'indicible, de la lecture de l'entre-deux lignes pour pénétrer dans un monde à la fois mystérieux et délicat. Ça joue dans l'atonalité, dans les rythmiques impaires, dans les ostinato décalés, tout cela entre errance et groove pulsé par un Hubert Dupont hyper solide (X).

L'expression de Guillaume Orti semble hors du temps. Hors de toute mode.

pas forcément à la recherche du "son" mais simplement d'une émotion juste. Il faut écouter avec quelle économie de moyen sur I.E.S, il parvient à toucher. En même temps, avec une sorte d'infinie patience dans le traitement de la note il aborde un langage presque mathématique, très Steve Colemanien.

Il y a du télépathique dans ce groupe où la musique se conçoit comme une sorte de construction intellectuelle qui aide à la divagation des esprits mais aussi parfois à l'ancrage du groove. Entre ciel et terre pourrait-on dire.

 

 

 

Laurent Robin : «  Movie’zz »

Dixiefrog 2014

Laurent Robin ( compos, dms), Benjamin Moussay (p, kybds, machines), Vincent Laffont (p, kybds, machines), Camille Lebrequier (tp sur un titre)

robin.jpg

Si les daft punk faisaient du jazz il feraient peut être du Laurent Robin !

La musique électrique du batteur s'y fait en effet interstellaire, lunaire entre comics et B.O d'un James bond futuriste. Movie’zz : tout est dans le titre. Il n'y a qu'a regarder cet pochette d'acier aux couleurs de thriller. Le jazz prend avec Laurent Robin des allures d'anticipation dans un monde limite angoissant parce que terriblement froid.

Les boucles rythmiques tournent, les nappes sonores se tuilent et se superposent.

Et décapent les oreilles les plus averties.

 

 

Bad Plus : «  The rite of Spring »

Okeh 2014

Ethan Iverson (p), Reid Anderson (cb), David King (dms)

 the_bad_plus_the_rite_of_spring_1.jpg

Une interprétation fidèle de l’oeuvre de Stravinsky du Sacre du Printemps mais emmené sur le terrain d’un heavy jazz ? Pari carrément audacieux que se lance le trio de Minnéapolis. Et pari qui s’avère d’une rare complexité dès lors que ces trois-là veulent rester au plus près de l’original. Et d’autant plus périlleux qu’au milieu de ce trio décoiffant se trouve un batteur plutôt rentre-dedans, David « Boum-Boum »-King. Si dans l’oeuvre originale les cuivres ont leur importance, David King parvient en efet à les remettre au centre de leur dispositif donnant ainsi un éclairage fascinant à l'oeuvre que l'on avait rarement entendue comme cela avec à la fois une telle liberté mais aussi un vrai respect pour l'oeuvre originale. Car elle pourrait tout aussi bien être présentée devant un public classique que devant un public rompu à la musique contemporaine. The Bad Plus gardent à l'esprit la dimension de la suite orchestrale et surtout du développement, du ballet qui vit ici autrement. A trois ils parviennent à donner une véritable ampleur orchestrale assez exceptionnelle. Il ne s'agit pas de révolutionner mais d'introduire des développements différents, des instrumentations en incises, des inspirations rock parfois lourdes mais qui font sonner ce printemps comme un appel à quelques forces telluriques, à des forces vives, scandées et rituelles, au plus profond de la terre qui s’éveille avec violence et liberté.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 15:49

NIUNIGHT_flyer_JeanlouisChautemps_WEB.jpg

 

Il se fait rare Jean-Louis Chautemps. Raison de plus pour ne pas manquer son prochain concert parisien, en petite formation. Un quartet avec Eric Le Lann (trompette), délicat interprète auquel on doit un récent hommage à Chet Baker, et une rythmique formée de Donald Kontomanou (batterie) et Sylvain Romano (basse). C’est la particularité de la programmation de ce nouveau lieu parisien dédié au jazz, la péniche La Nouvelle Seine, théâtre « flottant » de 120 sièges : des petits groupes et (contrainte due au lieu, la cale du bateau) sans piano. On peut faire confiance à Jean-Louis Chautemps pour tirer le meilleur parti de cette donne.  Musicien aux talents multiples, qui sait passer du free au cool et vice-versa avec toujours cette distanciation élégante, il s’exprime au saxophone ténor, fort d’une connaissance encyclopédique de l’instrument. Par les hasards du calendrier, Frémeaux & Associés sort un double album dédié à la période cool en Europe dans les années 50 (« European Cool Jazz. 1951-1959) qui s’ouvre sur le All Stars d’Henri Renaud (le « grand genre » au piano, selon Claude Carrière) enregistré le 10 avril 1953  où l’on retrouve Jean-Louis Chautemps au saxophone baryton sur « Paris, je t’aime », l’un des tubes de Maurice Chevalier. Sur scène le 28 avril, Chautemps « le sage » aux 80 printemps devrait démontrer une fois encore combien il est capable d’un grain de folie.

 

 

 

Jean-Louis Lemarchand

 

Jean-Louis Chautemps quartet, avec Eric Le Lann (trompette), Sylvain Romano (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Lundi 28 avril ; Péniche La Nouvelle Seine. 3, quai de Montebello. 75005. Concert à 20h30. Réservations 0143540808.  Après Didier Lockwood le 30 mars et Daniel Humair, le 14 avril, les Niu Night, programmées deux lundis chaque mois sous la houlette de Jean-Jacques Pussiau (Owl, Night Bird, OutNote Records) proposeront d’ici la fin du mois de juin, le groupe After in Paris, Emile Parisien-Vincent Peirani, Leila Martial, Jean-Paul Celea trio.

 

 

 

 

 

 

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 15:40

 

 

 JAZZARAMA.jpg

Une fois de plus, le festival Jazz à Ramatuelle se place au top des lieux où tout jazz fan est en droit d’écouter du bon jazz cet été.

Toujours soucieux de la qualité de sa programmation, son directeur artistique Denis Antoine a mis tous les jazz à l’honneur.

Notons tout d’abord une rareté : le célèbre pianiste allemand Joachim Khün, qui viendra le 17 août présenter son album « Chalabas », enregistré avec le chanteur et joueur de oud Majid Bekkas et le batteur Ramon Lopez. Le pianiste virtuose, improvisateur de génie, a su marier le chant arabe et le jazz dans ce projet on ne peut plus original.

Le voyage ne s’arrêtera pas là puisque le 19 août, le festival accueillera le pianiste cubain Omar Sosa. Ce dernier vient d’enregistrer un album intitulé « Eggün (The Afri-Lectric Experience) », célébrant les 50 ans de la sortie du fameux « Kind of Blue » de Miles Davis.  Plutôt que de réarranger les morceaux de Miles, Omar a préféré s’inspirer de certains de ses motifs musicaux et de son atmosphère, pour en présenter sa quintessence personnelle. Il viendra accompagné par Childo Tomas à la basse et au chant, Ernesto Simpson à la batterie et Leandro Saint-Hill aux saxophones, flûte, percussions et voix.

Le Jazz contemporain ne sera pas en reste avec la venue d’Antonio Faraò le 18 août. Le pianiste italien sera accompagné du grand saxophoniste Dave Liebman, pour jouer notamment les morceaux de son dernier album « Evan ».

La clôture du festival sera assurée par Jack Schwartz-Bart, saxophoniste antillais très en vogue, qui présentera son projet « Haitian Jazz Roots », album pour lequel son inspiration a puisé dans les chants et rythmes vaudous d’Haïti. Il sera accompagné notamment par Grégory Privat au piano, Claude Saturne aux tambours Haïtiens et Stéphane Kerecki à la contrebasse,  Encore un voyage !

Mais ce n’est pas fini : le festival n’a pas oublié les enfants (y compris ceux qui, avec bonheur, le sont « restés »). L’ouverture des festivités (le 16 août) sera confiée à « The Amazing Keystone Big Band » qui interprétera  une version jazz de « Pierre et le Loup » de Sergueï Prokofiev. Une « ré » création  rafraîchissante destinée à tous les amoureux de la musique.

A l’heure du Pastis si cher aux gens du Sud, la buvette sera chaque soir le lieu du Festival Off, mettant en avant les jeunes talents du jazz. Notez que ces concerts sont entièrement gratuits !
Une 29e édition fort prometteuse, qui, à coup sûr, fera vibrer d’émotions le magnifique amphithéâtre en plein air où il n’est pas rare d’entendre également le joyeux chant des cigales de la Provence se mêler à celui du jazz.

 

Yaël Angel

 

 

Site du Festival : www.jazzaramatuelle.com

16 août : The Amazing Keystone Big Band  -  21h

17 août : Joachim Khün - 21h

18 août : Antonio Faraò - 21h

19 août : Omar Sosa - 21h

20 août : Jack Schwartz-Bart - 21h

 

Concerts OFF tous les soirs à 19h à la buvette.

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 15:35

 

1Cd BLUE NOTE/UNIVERSAL

Sortie nationale le 24 mars

ambroseakinmusireimaginedsavior

 

Voilà que paraît le troisième opus du jeune prodige de la trompette Ambrose Akinmusire, son second album sur le prestigieux label Blue note, après The heart emerges glistening.

 

 

Au-delà de son titre poétique, The imagined savior is far easier to paint, il confirme qu’Ambrose n’est pas seulement l’un des plus brillants trompettistes post bop de sa génération, un coloriste dans l’âme, un compositeur fécond mais aussi un humaniste préoccupé par les combats sociaux actuels.

Certains des invités ont écrit les paroles de leurs « chansons » puisque l’idée générale qui sous-tend la conception de cet album est de dresser des portraits précis, de tracer un contour, une esquisse que les  musiciens s’approprient et font évoluer. On est vraiment dans la vérité du jazz, dans la volonté d’inscrire cette musique dans son temps, plus encore que dans l’abstraction, même impeccable d’un jazz de chambre mâtiné de musiques actuelles. 

 

Le trompettiste franchit une étape supplémentaire  en invitant sur cet album des chanteurs formidables. Théo Bleckmann  stratosphérise  à merveille dans « Asiam  (Joan)» : comment ne pas être séduit par la beauté de la voix qui s’enroule autour du chant de la trompette, à moins que ce ne soit l’inverse, puisque l’un et l’autre ne font qu’un ?  Cold Specks est exceptionnelle, sa voix grave, rauque nous plonge dans une soul  gothique, spectrale dans « Ceaseless Inexhaustible Child » qui traite de prison et d’enfermement à vie. Les paroles des chansons de l’album traitent de sujets graves (des sans-abri  de « Our basement» de Becca Stevens) aux jeunes victimes des armes à feu « Rollcall for those absent »),et témoignent, comme dans le passé de l’inscription des jazzmen dans leur temps.

Par ailleurs, le plus béotien d’entre nous reconnaîtra la virtuosité du trompettiste, la beauté classique.de son travail. On croirait entendre Maurice André dans certaines attaques de solos, d’autant plus qu’il s’adjoint l’Osso string quartet  dans « The Beauty of Dissolving  Portraits ». Ambrose Akinmusire se laisse traverser par la musique, tentant l’aventure d’une création collective, aidé de son quintet et d’invités nouveaux comme le guitariste Charles Altura dans « Vartha ». La section rythmique se signale par une précision et une finesse non exemptes d‘intensité, Harish Ragavan est à la contrebasse et Justin Brown à la batterie, sans oublier  le saxophoniste  Walter Smith III ; au piano Sam Harris brosse l’arrière-plan  ou  joue en solo avec élégance. Le trompettiste, lové au creux de son quintet, s’avère d’un calme et d’une retenue impressionnantes, laissant la musique s’installer. L’ensemble fonctionne admirablement.  On vous disait « Une vraie réussite »...

 

Sophie Chambon

 


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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 20:24

 

Nouvelle série 10/ 2013

Le JAZZ AUJOURD’HUI

EDITIONS OUTRE MESURE

www.outre-mesure.net 

 les-cahiers.jpg

C’est peu dire que l’on attend toujours avec une certaine impatience la publication des  Cahiers du Jazz, nouvelle série. Et ce numéro 10,  dont le dossier est intitulé Le jazz aujourd’hui, a terminé  l’année 2013 en beauté.  On  y retrouve  la même exigence, la rigueur rédactionnelle qui animent les publications, toujours excellentes,  des éditions Outre mesure.

Isabelle Leymarie  présente en ouverture un panorama de la scène jazzistique actuelle d’une belle vitalité avant de dresser un portrait du regretté  Mulgrew Miller accompagné d’une discographie exhaustive du pianiste. Marilyn Crispell,  Steve Coleman auront droit à des articles circonstanciés  et  Etienne Brunet  lancera  non sans finesse,  que ce n’est pas « le  jazz qui est mort aujourd’hui mais le disque de jazz....»

On peut lire ces cahiers dans tous les sens, en rebondissant au hasard des pages, en se laissant entraîner par le jeu des associations, jouant de l’interdisciplinarité artistique : ainsi, Lucien Malson dans  Gatsby. De l’âge du jazz à l’âge du rap,  compare les deux dernières  versions cinématographiques américaines du(grand) livre de Francis Scott Fitzgerald, espacées tout de même de près de quarante ans [i],  Philippe Frechet  découpe finement  le Jazz dans le roman  noir français de Manchette à  Izzo, Villard ou Pagan ...  

Accompagnant  le dossier traité dans le numéro,  des études « sérieuses »  témoignent de l’essor de la recherche universitaire en musicologie, étudiant  de  très près, un musicien  et son style, ici «La singularité rythmique de Kurt Rosenwinkel », une période de la carrière d’un artiste ou l’évolution d’un  thème avec ses variations....

A la fois accessibles  pour les amateurs et suffisamment techniques pour les professionnels,  ces  Cahiers  s’attachent à la structure de cette musique et  en dévoilent  toutes les  promesses, sans négliger une perspective  historique indispensable de nos jours. On sera ainsi tenté de jeter un coup d’œil  dans le rétroviseur,  dans le miroir que tendait le trompettiste et compositeur Christian Bellest  en 1962,  déjà dans les  Cahiers,  sur  « L’écriture dans le jazz actuel ». Sont évoqués dans ce numéro  des souvenirs de Radio France et du Bureau du Jazz, ainsi que la démarche actuelle, favorisant « la continuité dans le changement », comme le souligne Xavier Prévost.

Passages en revue  est une rubrique où l’on revient sur l’actualité avec deux parutions du confrère  éditeur des Pyrénées Orientales, Alter Ego,  le formidable Hess-O-Hess que l’on se permet de recommander chaudement (à nouveau) et le non moins édifiant  Petit dictionnaire incomplet des incompris d’Alain Gerber[ii] .

Ainsi ces  Cahiers s’avèrent précieux pour  tous ceux qui,  justement, ne s’intéressent pas qu’à l’immédiateté, au « hic et nunc »,  à l’actualité promotionnelle du jazz, mais aiment à resituer inlassablement dans son contexte l’histoire de cette musique aimée.    



[i] On voudrait cependant signaler à Lucien Malson que dans  la version de 1974 de Jack Clayton, Nelson Riddle qui obtint un oscar pour la B.O du film, utilise le  thème d’Irving Berlin de 1923 « What ‘I’ll do » comme un leitmotiv très approprié à l’époque du  livre.   

[ii] Deux livres chroniqués avec enthousiasme  sur les DNJ...

 

Sophie Chambon

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 21:01

Mack Avenue Records. Mars 2014.

 

VisuelAlbum__medium.jpg

Vous connaissez (cela va sans dire) les classiques «  Quizas, Quizas, Quizas » et « Guantanamera ». Les versions ne manquent pas. Il faudra désormais compter avec celles du pianiste cubain Alfredo Rodriguez.

Produit par Quincy Jones- qui le présentera au grand public cet été au festival de Vienne (le 3 juillet sur la scène du Théâtre antique) après l’avoir découvert dans un autre festival géant, Montreux à l’époque de Claude Nobs- le musicien de La Havane apporte une touche sensiblement différente des autres pianistes cubains. Bien sûr il ne cache pas ses origines et s’inspire largement des différents courants s’exprimant à Cuba, comme par exemple la musica guajire (la « country music » de l’île). De formation classique, il a appris tous les styles de musique populaire cubaine en jouant dès son adolescence au sein d’un orchestre de danse animé par son père.

Il avait les bases, il a ajouté une touche de jazz nord-américain, acquise à New York où il réside depuis maintenant cinq ans, et il s’est ouvert également aux autres musiques d’Amérique Latine. Le groupe constitué pour ce deuxième album sous son nom reflète cette diversité : la contrebassiste-star et chanteuse Esperanza Spalding, les percussionnistes portoricains Perdito Martinez et Henry Cole.

Avec « The Invasion Parade », Alfredo Rodriguez explore ses souvenirs de Cuba. Ce titre , « The Invasion Parade » fait référence à une tradition cubaine, la parade annuelle se déroulant  à Santiago de Cuba pour commémorer « l’invasion »des rues de la ville par les citoyens manifestant leur bonheur après la victoire de l’armée de libération conduite par Fidel Castro). Un défilé où danseurs et percussionnistes de batteurs s’en donnent à cœur joie.

Les neuf morceaux sur « The Invasion Parade » comprennent aussi bien des chansons originales de Rodriguez que des standards (« Guantanamerra », « Quizas, Quizas, Quizas. » mais aussi « Veinte Anos») plusieurs compositions personnelles de ce cubain fougueux et délicat.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:57

 

Topologie d’un manège

www.jazzus.fr

 

algebre_cd.jpg

Voilà un titre poétique pour une musique insolite, celle du trio Algèbre constitué de deux soufflants très complémentaires, François Cotinaud (saxophone ténor, clarinette) et Daniel Beaussier (hautbois, cor anglais, clarinette basse, saxophone alto et soprano) et  d’un guitariste exceptionnel,  Pierre Durand. Ils s’amusent à déconstruire et mettre au point des formes libres, ouvertes, avec ou sans algorythmes, se jouant très sérieusement des titres et des formules dans cet album Topologie d’un manège. Adepte de recherches expérimentales, de « sound painting », d’improvisations et de poésie, le saxophoniste François Cotinaud s’est entouré de complices, en phase : en invités, on retrouve avec bonheur le contrebassiste  Bruno Chevillon  sur quatre titres, et deux batteurs formidablement différents qui se partagent l’album, François Merville et Denis Charolles. La musique a une réelle cohérence, une structure narrative dense sans être étouffante, entre jazz de chambre et musique contemporaine. Point de vibrantes démonstrations free mais un accord en demi-teinte, intimiste et rebelle. Ils brossent un arrière-pays à l’élégance savante qui se découvre lentement, au fil du temps dans cette traversée initiatique, clairement exposée et pourtant d’une luminosité ténue. Clair-obscur des textures affranchies du trio aux envolées plus excitantes encore en quintette. Un bien beau parcours, peu balisé qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice. On est au cœur d’une aventure collective dans ces dix pièces méditatives ou ludiques, toutes teintées de ces recherches qui installent une atmosphère poétique, frémissante, lyrique, dans des tableaux sonores complexes mais captivants. La musique, sensible, se risque dans le souffle, tente la déclaration sans affrontement, évite plainte ou stridences. Un album spontané et fraternel qui  exalte la rencontre.

 Sophie Chambon

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:13

 

JOACHIM KÜHN & ALEXEY KRUGLOV : «  Moscow »

Act 2014

Joachim Kühn (p), Alexey Kruglov (ts,ss)

 moscow.jpg

 

JOACHIM KÜHN : “ Voodoo sense”

Joachim Kühn (p), Majid Bekkas (cb), Ramon Lopez (dms) + Archie Shepp (ts);

 Joachim_Kuehn_Trio_Voodoo_Sense_c_Act_Music_Jazz_A_4baa9b0c.png

 

 

A juste titre l’année 2014 sera entre autres marquée par un bel anniversaire, celui des 70 ans du pianiste de Liepzig. Musicien essentiel dans le paysage du jazz et ce depuis les années 70, le pianiste allemand qui fut l’un des compagnons du trio mythique qui l’associait à Daniel Humair et JF Jenny Clark (dont on réédite plusieurs albums aujourd’hui), Joachim Kühn est un sexagénaire étourdissant. Véritable force de la nature le pianiste apparaît dans une forme plus qu’éblouissante.

Le label ACT de Siggi Loch  qui l’abrite depuis quelques temps, ne manque donc pas de lui rendre un hommage appuyé avec la sortie rapprochée de rééditions mais aussi et surtout de plusieurs albums récents qui témoignent si besoin est de l’incroyable vitalité de Joachim Kühn. Et surtout de son absolue actualité.

Toujours à l’affût de nouvelles expériences musicales Joachim Kühn ne cesse en effet de multiplier les rencontres. Ouvert à toute remise en question de ses propres certitudes et de son propre champ d’expression Kühn donne l’image d’un jazzman jamais blasé, jamais à court d’envie ni d’idées. Toujours à l’affût de belles confrontations. On se souvient par exemple de la magnifique rencontre à 4 mains avec le jeune pianiste prodige et compatriote Michael Wollny qui fut éditée sur le même label, témoignage d’un concert assez inoubliable.

Dans le bien nommé «Moscow», Joachim Kûhn à l’occasion d’un déplacement en Russie a accepté la proposition de  l’institut Goethe de Moscou d’enregistrer avec talent de la scène moscovite, en l’occurrence le saxophoniste Alexey Kruglov.  Et c’est avec un sens du dialogue, de l’échange et du partage que le pianiste allemand dialogue avec ce musicien particulièrement expressif et engagé.

Car le saxophoniste qui affiche ici un sens un peu théâtral ne manque pas le rendez vous dans un moment d’une extrême intensité où la posture post aylerienne de Kruglov crie autre chose que la seule musique et insuffle un supplément d'âme parfois déchirant ( Because of mouloud) et presque exténuant. La musique évolue alors entre moments écrits très mélodiques et des libres improvisations free comme les aime le maître de Liepzig où ce dernier accompagne cette sorte de combat avec lui-même que semble se livrer le saxophoniste qui s’emballe parfois dans l'émotionnel. Tellement engagé qu'il en devient parfois théâtral ou à tout le moins mélo. La volonté d'en faire une expression tire-larme agace alors parfois par son côté limite mielleux ( Poet).

 

Mais au final si la rencontre ne porte pas tout à fait ses fruits, le pianiste y étant quand même très en retrait, elle porte à tout le moins la marque de l’extrême générosité de Joachim Kühn et son ouverture vers des horizons plus ou moins connus.

 

 

 

 

 

Avec Ramon Lopez et Majid Bekkas, l’affaire est d’un tout autre niveau. Le trio se connaît depuis de nombreuses années et a déjà à son actif trois albums avant celui-ci. Trio fusionnel s’il en est. Pas de round d’observation, mais plutôt une façon d’emblée de poser la musique sur des sommets exceptionnels. Il faut entendre cette lutte quasiment fratricide avec Ramon Lopez où tout deux parviennent à densifier de manière incroyable la musique, à lui donner vie, à l'animer en pulsation et en vibrations. Avec Majid Bekkas et son jeu très puissant et parfois très orientalisé ils forment là un trio powerful. Un supplément d’âme. Inspiré entre autres par l’album de Coltrane ( « Kulu Sé Mama » enregistré en 1965) dont il est repris le titre éponyme, « Voodoo sense » associe plusieurs invités à l’enregistrement et notamment Archie Shepp.

Le pianiste et le saxophoniste se connaissent bien et avaient l’an dernier scellé leurs retrouvailles en enregistrant un bel album et surtout en multipliant des concerts exceptionnels dans plusieurs festivals. Avec Archie Shepp on est là encore dans une forme d'expression tripale. Sauf que celle-là colle au blues du saxophoniste, colle à une expression qui est à fleur de peau et à fleur de mélodie. Avec la foi d’un enragé Shepp joue comme il chante à moins que ce ne soit le contraire. Avec toujours cet engagement total qui est le point commun à ces deux artistes sans concession.

Tout au long de l’album on frôle et même on atteint des sommets de densité, de groove et parfois même de transe. L’esprit de Coltrane plane dans cette séance ensorcelante. On plonge avec eux dans la moiteur de l’afrique et des racines du jazz.

 

Ces racines que le pianiste et le saxophoniste n’ont jamais cessé d’explorer.

Jean-Marc Gelin

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