Sélection officielle Un certain regard
Festival de Cannes
Musique originale composée et orchestrée par Béatrice Thiriet
Interprétée par le Pop star Orchestra par Mathias Charton
www.beatricethiriet.fr
BOriginal
Cristal records/Distribution Sony Music Entertainment
lien Cristal Records
Pour son dernier film, six ans après le succès mérité mais inattendu de Lady Chatterley[i], Pascale Ferran revient avec Bird People, film singulier qui flirte avec le fantastique, où la musique joue un rôle de moteur, de «carburant». Elle retrouve Béatrice Thiriet, sa compositrice fétiche depuis leur premier film Petits arrangements avec la mort», il y a 21 ans, qui obtint la Caméra d’or.
Quelle est la place de la musique dans la bande-son du film ?
Le travail de Pascale Ferran inspire toujours Béatrice Thiriet qui essaie continuellement autre chose, crée des pistes, en abandonne et n’a pas peur d’incorporer des zones de silence, avec un goût pour les « musiques trouées » et une certaine qualité de silence quand s’arrête le son.
A partir de diverses matières musicales, la compositrice réécrit, en recherche de cohérence, de l’hyper-réalisme au fantastique, sans tomber dans le film de genre, en essayant de ne jamais souligner musicalement l’expérience extra-sensorielle de l’héroïne. Elle n’a pas peur d’user d’une large palette de styles, d’une grande richesse d’instrumentation, du roulement sur une cymbale à de l’électro-symphonique, jusqu’ à une musique entendue dans un bar, « la nuit » que l’on entend dans l’ipod d’un personnage dans un RER.
Pascale Ferran et Béatrice Thiriet osent tout, malaxant des blocs hétérogènes pour ce film composite où règne l’atemporalité avec un éclatement, une facture hybride de sons, où les temps et temporalités se tamponnent. On ne se retrouve jamais dans une forme homogène pour évoquer le souvenir, entre la rêverie et l’imaginaire d’un personnage. Peu de théorie donc, plutôt une tentative de faire tenir les choses ensemble : du «Techno choc », des pulsations fortes, une partition pour voix off (Mathieu Amalric), un récitatif d’opéra qui fait avancer l’histoire dans la narration. Autre surprise de la B.O, le classique de David Bowie « Space Oddity » intervient à un moment-clé où le film semble décoller, dans un rapport assez décomplexé à la mémoire musicale de la cinéaste, jouant sur le plaisir et l’émotion. Des fragments de « La Javanaise » apparaissent aussi de façon récurrente avec même des versions minimales de Julien Doré, fredonnées par Anaïs Demoustier.
On est dans l’écart entre la musique et les images, en évitant pléonasme ou illustration. «La bulle minimaliste» de Gary dans sa voiture, mixée assez bas, selon les mots même de la réalisatrice, nous aide sensoriellement à être avec lui, à ce moment là. Le spectateur passe sans arrêt par des sensations, la musique doit faire naître quelque chose, elle n’est jamais commentaire, soutien, ou accompagnement mais elle constitue le chant intérieur du personnage. .
Dans Bird people, Béatrice Thiriet interprète les parties solos de piano, d’autant plus nombreuses que cet instrument est commun aux deux personnages principaux. Tout se raconte sans piano continu ou nappes étales, avec des tâches de couleur comme dans le final de «La campagne à l’aube». A ce sujet, il est intéressant de souligner que le premier morceau de la B.O se retrouve en clôture : il donne la couleur du film, se développe dans le générique de fin, avec le thème principal qui explore la vision du film de Béatrice Thiriet, une marche-balade qui en donne la synthèse la plus juste.
On l’aura compris, Bird people est un film qui échappe aux normes de l’écriture musicale de films , un peu « l’anti score » qui fait sortir le spectateur du territoire habituel, l’arrache à son confort de pur consommateur, le met sous tension. Un film actuel qui cherche et parvient à utiliser un langage contemporain dans la composition musicale. Vivement recommandé, en conséquence.
Sophie Chambon
Pour aller plus loin :
Réécouter le spécial Cinéma Song du 05/06 de Thierry Jousse sur France Musique
et ..... cliquez ici
[i] Avec Lady Chatterley, Béatrice Thiriet obtint le FIPA d’OR de la musique originale