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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 08:37

 

Cristal records 2014

Nicolas Folmer (tp), Dave Liebman ( ts, ss, fl), Michel Portal (clb, ss), Daniel Humair (dms), Emil Spanyi (p), Laurent Vernery (cb)

 folmer.nicolasspherelive_w.jpg

 

Nicolas aurait pu dire : «  Entre moi et Daniel, c’est du sérieux ». Notre national trompettiste et notre helvétique et génial drummer ne se quittent plus, enchaînant concert après concert et variant les plaisirs et les formations.

Pour ce nouvel album pris en live, les deux musiciens convient à leur table une formation de rêve, invitant au passage et à l’Opera de Lyon Dave Liebman et Michel Portal. Excusez du peu.

Stratosphère, un premier morceau de l’album met en place les différents acteurs. Où il est question surtout de chercher le son, de faire tourner dans l’espace. Après ce premier morceau le groupe commence véritablement à entrer dans le vif avec un Daniel Humair qui fait office de plaque tournante. Et puis lancé sur orbite par un Dave Liebman toujours aussi impressionnant, Nicolas Folmer prend le relais avec une envergure et une densité qu'on lui a rarement connu. Il faut l'entendre sur ce Volcano tout en maîtrise et en puissance. C'est du lourd. La musique exigeante se joue à très haut niveau quel qu'en soient les acteurs. Écouter Emil Spanyi sur Tumulte et Fracas, héroïque Spanyi, sorte de rythmique à lui tout seul qui entraîne basse et batterie dans un même mouvement où se confondent Cecil Taylor et Andrew Hill. A la suite, il y a un Dave Liebman qui prend le relais et donne au tumulte et au fracas toutes leur raisons d'être. La partie " Lunaire" vient un peu casser cette dynamique avec notamment une partie jouée à la flûte qui ne s'imposait pas réellement mais qui laisse place à quelques moments de flottements à la Miles, dans une sorte de vapeur modale sur laquelle les brumes de Nicolas Folmer font merveilles dans une ambiance très shorterienne. Un peu plus loin c'est une explosion de gnaque et de mordant acéré sur Bulles d'amour où Nicolas Folmer jette tous les habits du garçon gentil pour se faire bad boy avec un sacré mordant. Mordant dans le vif, mordant dans le lard du son, mordant dans le vif du groove.

Car cet album est avant tout et surtout un album remarquable du trompettiste que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Galvanisé par l’événement, Nicolas Folmer montre et démontre si besoin en était qu’il est un très grand.

Il nous a ici littéralement scotchés !

Jean-marc Gelin

 

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 12:02

la-rage-de-vivre.jpg

Buchet Chastel rééd 2014

 474p; 24 euros

 

C’est un classique de la littérature jazz. Le classique des classiques. Le livre incontournable que tout amateur de jazz se doit d’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Je dis bien au moins une fois car il faut en effet régulièrement revenir à cette autobiographie écrite par le clarinettiste Mezz Mezzrow pour en découvrir toute son incroyable richesse. Non pas seulement pour ce qu’il raconte sur le jazz.

Car «  La rage de Vivre » que les éditions Buchet Chastel viennent de rééditer, n’est pas seulement un livre de jazz, c’est aussi tout simplement une grande oeuvre littéraire.

Editée pour la première fois en 1972 sous le titre original “ Really the blues” et avec la traduction de Maurice Duhamel, cette oeuvre a certainement inspiré pas mal d’écrivains au premier titre desquels Henry Miller qui en signait la préface.

Pas la peine de vous raconter ici la vie du clarinettiste qui participa à la Nouvelle Orléans mais surtout à Chicago à l’émergence de cette révolution musicale que fut le jazz. Pas besoin de vous raconter non plus par le menu ce que fut la ville dans les années 20, ce que furent les relations très troubles des musiciens avec la prohibition et les bordels de Capone. Pas besoin de vos raconter cette rage de jouer «  jazz ». Cette rage d’exploser la musique comme celle de Louis Armstrong dont Mezz Mezzrow en fit assurément son idole avant qu'il ne devienne son ami. Pas besoin non plus de vous raconter la découverte de ces drogue venues de Chine ou du Mexique. L’expérience de la muta mais surtout celle de l’Opium qui donne à ce livre l’une des plus belles expériences psychédélique qu’il m’ait été donné de lire .

Pas besoin de vous le raconter, car il vous faut le lire.

 

La rage de vivre c'est aussi la rage de survivre chez Mezzrow. La rage de vivre sa musique, cette musique qui le prit un jour en entendant la grande Bessie Smith. C'est aussi la rage de devenir noir. La rage de se savoir blanc dans ce pays de "Jim Crow". Et Mezz Mezzrow dans son désir d'oublier sa condition de blanc comme s'il s'agissait d'une préalable pour acquérir le sens de swing, frôle la folie d'un racisme à l'envers, rigolant presque du bon tour fait à ses geôliers en leur demandant d'être incarcéré dans les cellules des noirs !

 

Il faut lire la "Rage de vivre" comme l'un des témoignages les plus poignants sur la condition de musicien, sur le désir de vivre sans limite et sans concession aucune son rêve de musicien d'un jazz des origines. La vie de Mezz Mzzrow nous prend aux tripes et à la gorge.

La rage au cœur.

Il faut lire " La Rage de vivre"

Jean-Marc Gelin

 

PS : il faut saluer les éditions Buchet Chastel pour leur excellent travail sur le jazz. C’est à eux notamment que l’on doit le sublime “ les musiciens et les trois voeux”, encore un magnifique témoignage sur la diffciile condition des musiciens de jazz noirs américains.

 

 

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 19:31

Pierre Millet ( tp, cnt, flgh...), Yann Letort (ts), François Chesnel ( p, clesta), Antoine Simoni (cb), Guillaume Dommartin (dms)

Le Petit Label 2014


l_amicale_des_sphinx.jpg

On s'était précdemment enflammés pour cette formation au sein de ces colonnes ( RENZA BO 2011).

Car ces garçons ont un talent fou et ce nouvel album ne fait que confirmer ce que nous savions déjà.

On aime en effet cette formation originale qui flirte autour de grands classiques, avec l'esprit du quartet d'Ornette Coleman autant que de Mingus.

Il faut écouter comment un thème comme Pour Thomas évolue de l'épure au trop plein, du silence à l'afflux mingussien dans une sorte de folie collective.  Evoluant entre hard bop , free jazz et jazz moderne voire contemporain.

Mais Renza Bô est surtout devenu avec le temps un vrai groupe. De ceux qui se connaissent depuis plus de 10 ans et qui ont pris le temps de façonner cette belle pâte homogène et cette énergie circulaire avec cet enthousiasme jamais altéré dans leur façon de concevoir la musique. On sent la liberté d'improvisation bien présente. A fleur de peau. Elle s'exprime dans l'explosion des énergies savamment encadrée. Encore une fois, comme sur le précédent album on est bluffés par les éclats de Pierre Millet absolument époustouflant à la trompette, dans un registre aigu à faire pâlir un Booker Little par exemple. Trompettiste de la gnaque et du mordant, de ces trompettistes de la Nouvelle-Orléans à l'image de ce I remember I qui sied bien au trompettiste qui se livre là à un numéro exceptionnel d'une technique ébouriffante sur une rythmique de marching band presque funky.

On ne peut pas dire que Renza Bô cultive véritablement sa marque de fabrique, tant cet album est différent du précédent. Ils arrivent iciavec un gros travail et de très belles idées de compositions. Ce que l'on aime chez eux c'est qu'ils ne sacrifient jamais la joie de jouer à la qualité de ce qu'ils jouent.

On pourrait juste leur reprocher de ne pas toujours savoir se tenir à une idée, comme s'ils se sentaient obligés presque à chaque fois de faire évoluer le morceau en passant du vide au plein, de l'explosion au calme absolu. Le procédé d'écriture devient un peu répétitf et que sur ce I Rembember I par exemple où l'on se serait bien contentés de l'idée de base sans avoir à en rajouter. Idem sur Célèbre inconnu où ils zappent d'une idée musicale à une autre. C'est qu'ils cherchent à surprendre, à créer du son, à créer de la musique, des pêches inattendues, des progressions harmoniques et rythmiques, des musiques à tiroirs qui s'ouvrent et se renferment, comme la déambulation dans un vaste espace où se nichent plusieurs pièces plus ou moins étranges (Belak). On assiste aussi à un superbe moment modal à la Miles sur Fur Ray. Mais messieurs les jeunes musiciens, ayez le sens de la synthèse car à mi-parcours de l'album on a parfois le sentiment d'avoir déjà achevé un cycle. C'est long. Comme un roman qui se perdrait dans quelques méandres en plein milieu au risque de lâcher son lecteur.

Comme dirait mon ami Alex, il manque certainement à Renza Bô une vraie direction artistique.

Jean-Marc Gelin

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 22:31

 

Gaya 2014

Arnold Lee (s), Ben Solomon (ts), Etienne Deconfin (p), Kush Abadey (dms), Géraud Portal (cb)

 geraud portal

Attention gros choc !

Pour un coup d'essai c'est un coup de maître absolument magistral ! Du genre "prends-toi cette claque en pleine poire, juste entre les deux oreilles ! "

Geraud Portal disons-le d’emblée n'a rien à voir avec son célèbre homonyme. Même si, il faut bien le dire, cela doit créer quelques prédestination à se jeter dans le jazz à cœur perdu. Nous le suivions déjà depuis quelque temps, alertés que nous fûmes par Jérôme Gransac , Dnj' master à ses heures et qui nous avait conseillé d'aller jeter une oreille sur le gars qui à l’époque s’occupait de la grand-mère de Gael Horellou (1). Et puis nous l’avions perdu de vue. Il faut dire que le garçon s’en allait fourbir son (joli) coup outre-manche avec quelques jeunes furieux du jazz rencontrés à New-York à l’occasion d’une résidence chez le contre-bassiste Bill Lee. Il y avait là quelques jeunes allumés du jazz qui jouaient alors sous la houlette du fameux trompettiste Wallace Roney. Et voilà tout ce petit monde qui s’entend à merveille et décide de monter un groupe. C’est aussi bête que cela. Cela s’appelle la magie des rencontres que seule une ville comme New-York berceau de tous les jazzmen permet parfois.

Et voilà que nous arrive alors ce premier album totalement décoiffant dans une veine coltranienne carrément assumée de bout en bout. Un quintet explosif est à l’œuvre avec une fougue et une envie d’en découdre qui nous ferait presque revivre les heures de gloire du quartet magique Coltrane- Tyner – Garrisson – Jones (même s’ils sont ici 5 ). Car ici les jeunes garçons ont tout assimilé jusqu’au bout des ongles. Dans le lot ils embarquent avec eux un jeune saxophone soprano absolument stupéfiant, Arnold Lee, fils émérite de son père Bill ! Impressionnant de lyrisme, de puissance de précision et de swing. Je vous jure que ce gars-là m’a littéralement scotché au mur. Du jazz de haute volée moi j’vous dis. Et j’ose à peine vous parler du ténor, c’est tout pareil. Quand à la rythmique elle est explosive. On a l’impression que les garcons jouent ensemble depuis plusieurs années pour en arriver à une telle cohésion collective. Ça sent l’envie de jouer, de mouiller la chemise, de se faire plaisir, de faire vibrer le jazz ! ça veut pas révolutionner les codes mais juste perpétuer ce jazz coltranien comme musique générique à part entière.

Etienne Deconfin a cette énergie de Mc Coy absolument déjanté et faisant bouillir le groove attisé par ailleurs par Kush Abadey à la batterie.

A tout seigneur tout honneur Géraud Portal y est énorme, assénant sa rythmique avec une rondeur et une précision diabolique. De la marque des très grands, déjà.

Rien à jeter dans cet album qui va d’abord vous en mettre une sérieuse entre les deux oreilles pour ensuite tourner en boucle sur votre Iphone.

Retenez bien le nom de ces jeunes garçons : le jazz de demain naît sur les racines de celui d’hier. Et il est entre de bonnes mains.

A consommer absolument sans aucune modération !!!

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

(1)  qui sort aujourd’hui un album sublime tiré d’un concert non moins sublime avec Abraham Burton au Duc des Lombards

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 22:17

 

Laborie Jazz 2014

Paul Lay (p), Antonin Tri Hoang (ts, clb), Clement Van Der Feen (cb), Dre Pallemaerts (dms)

 

paul-lay.jpg        

Deuxième album pour ce jeune pianiste sous la houlette de Jean-Michel Leygonie , découvreur de talents et expert s'il en est en matière de pianistes jazz. On doit à Mr Leygonie pas moins que la découverte sous nos cieux de Yaron Herman, Shai Maestro, Perrine Mansuy etc . C'est dire s'il connaît son sujet.

Et pour ce 2e album de Paul Lay on peut à nouveau se fier à son flair infaillible.

Car le jeune pianiste, aujourd’hui bien intégré à la scène parisienne, affiche ici autant de l'autorité du leader que de souffle épique dans ses compositions.

Epaulé par un trio de talents au titre duquel on notera la très grande classe du jeune Antonin Tri Hoang ( ancien de l'ONJ d'Yvineck), Paul Lay sait donner de l'ampleur à sa musique. Les reliefs se succèdent dans cet album qui respire et prend le large comme sur ce Dolphins à l'improvisation superbe du pianiste succédant à un moment très poétique sur Voices.

Le quartet joue sur la proximité et Paul Lay avec l'assurance de sa parfaite maîtrise soutient son petit monde avec, on l’a dit, une belle autorité. L'énergie conjuguée de sa main gauche et de sa main droite, la façon de faire respirer la musique, de marquer des stop chorus et de partir ensuite dans un très beau lyrisme de soliste mais aussi cette façon d'asseoir son accompagnement au centre du dispositif, en plein coeur d'une musique à la structure délicieusement complexe comme dans ce Workaholic morceau de très grande envergure permet au pianiste de montrer qu'il sait jouer dans la cour des grands. Qu’il y joue déjà.

Magnifique et émouvant moment ensuite sur Chao Praya , moment d'une infinie tendresse où le groupe joue en trio avec une totale fusion et sur un drumming ultra délicat de Dré Pallémaerts.

Tout au long de cet album en clair obscur, pas un moment d'ennui ne ternit ce très beau moment qui révèle toute la richesse de la musique de Paul Lay.

Une vraie réussite.

Encore une.....

Jean-Marc Gelin

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 07:14

 

Dominique Pifarély (violon, compositions) et l’ensemble Dédales : Guillaume Roy (violon alto), Pascal Gachet (trompette), Christiane Bopp (trombone), Vincent Boisseau (clarinettes), François Corneloup (sax baryton), Julien Padovani (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Éric Groleau (batterie)

Poros Editions AC26DP / L’autre distribution

www.pifarely.net

dominique-pifarely-time-geography.jpg

Infatigable acteur de la scène jazz et musiques improvisées, le violoniste Dominique Pifarély  poursuit avec ce nouvel opus son travail d’écriture en creusant la notion de labyrinthe. Et le moins qu’on puisse dire est que cet ensemble ne tourne pas en rond, tant il maîtrise collectivement l’exploration d’un matériau intemporel, recyclable, toujours actuel en fait. A l’exemple du premier titre « Ordinary chaos »  que conduit un Icare fiévreux et incandescent, le batteur Eric Groleau. Cette musique ardente dans ses commencements, souvent nerveuse, entraîne au delà de la sensibilité et du lyrisme, sans produire une excitation violente, tant on la sent contrôlée, presque mesurée dans ses dérèglements. La sensibilité de chacun s’accorde à l’esprit de l’ensemble. C’est la force de cette écriture que décrivent les notes de pochette expertes de Denis-Constant Martin.

Pourtant, on ne voit guère l’ensemble Dédales programmé dans les festivals Afijma ou autres... Frank Bergerot  révélait sur le blog de Jazz Magazine, il y a déjà quelque temps, que la formation n’avait joué ce programme que quatre fois en deux ans...Bigre c’est vraiment peu !

Peu de rodage donc entre les membres de ce nonet éclectique et pourtant ça circule entre eux. Ils réussissent, avec des ruptures, des alliances ou alliages qu’ils tordent, combinent, font et défont  à explorer le temps et ses échelles, cette géographie si particulière: voilà de la belle ouvrage, une mécanique de grande précision- le moins que l’on puisse attendre d’un travail sur le temps. Même s’il faut se plier, se déplier, passer « per angusta » par la voie étroite, voilà une mise en place redoutable qui donne une grande lisibilité à l’ensemble, une cohérence parfaite avec des transitions souples et subtiles entre les compositions qui se suivent avec une science consommée.


Les musiciens partent de la partition concoctée par leur leader qui a pris soin de mettre en valeur chacun d’entre eux  et en quelques solos, avec des duos et parfois des unissons, beaucoup de contrepoints, aboutissent à des combinaisons inouïes, regroupant ou dissociant les pupitres. Indiscutablement, le caractère organique de l’écriture est perceptible, avec tout un jeu de motifs, en miroirs déformants ou non. Des solis ébouriffants du trompettiste  Pascal Gachet  ou de la  tromboniste Christiane Boppqui ne vient pas du jazz ( !) mais de la musique contemporaine et  de la musique ancienne. Le grand écart en somme, que pratique aussi l’autre complice de cordes de Dominique Pifarély, l’altiste Guillaume Roy, à l’articulation exacte entre musique de chambre et improvisation. Des cordes et des vents, du souffle... ça joue sur de nombreux registres et instruments, sur des nuances atmosphériques, des climats, ça décolle avec les échappées du baryton de François Corneloup, la pulsation souple et musculeuse, follement élégante de la contrebassiste Hélène Labarrière. Quant au pianiste Julien Padovani,  il est à la fois délicat, obsédant, percussif quand il le faut,  dans le final qui ordonne le chaos.

HD-Pifarely-124913-c-Eric-Legret.jpg

 N’hésitez pas à écouter d’un trait cette œuvre dense et passionnante. Vous prendrez plaisir à y revenir car la musique exigeante finit par s’abandonner à ceux qui en manifestent le désir. On ressent étonnamment la prise en compte du corps dans tous ces cheminements personnels, ce parcours labyrinthique, jamais effrayant ni carcéral. Au contraire, il nous semble que le résultat magnifie l’intelligence du corps entier, redirige vers la lumière avec une délicatesse sensible au plus fort des éclats. La musique n’a aucune difficulté à occuper l’espace, et l’on est vite captivé par son éloquence brûlante. Cet album est tout sauf une musique de l’instant, il est donc définitivement convaincant.

On espère bientôt entendre cet ensemble en direct tant leur travail profond et engagé marque l’empreinte d’une musique porteuse de sens et de vertus formelles.

Sophie Chambon

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 18:24

 

Galliano_Vivaldi.jpg

En 1998, Richard Galliano confiait lors de la sortie de « Passatori » (Dreyfus Jazz), où il jouait, entre autres de ses compositions, avec l’orchestre des solistes de Toscane : « Je réalise un rêve d’enfant, jouer avec un orchestre symphonique et de plus sur une composition personnelle, un concerto en trois mouvements : le premier sur des thèmes d'Europe centrale, avec une influence de Bartok, le deuxième reprenant l'atmosphère de Montmartre, des films de Jean Gabin, et le troisième dans l'esprit de « New York Tango », le mariage du jazz et du musette. ».

En ce début d’année 2014, l’ancien élève du conservatoire de Nice, qui avait étudié le trombone avant l’accordéon, franchit une étape supplémentaire dans son parcours « classique », en décrochant, la Victoire de la musique classique dans la catégorie Composition avec « Fables of Tuba », donné en 2013 en première à Marseille avec le tuba solo de l’Opéra de Marseille Thomas Leleu. Le compositeur-interprète niçois n’était pas à Aix en Provence ce 3 février pour recevoir sa récompense en direct sur France 3 mais il pourra être entendu lors d’une tournée qui le conduit ce mois-ci en Allemagne avant de retrouver la France.

Une telle récompense n’est pas pour surprendre quand on sait que la star de l’accordéon-jazz, en contrat désormais avec le label Deutsche Grammophon a consacré ses récents albums à Bach et dernièrement (cf chronique dans les DNJ au printemps 2013) à Vivaldi et ses célébrissimes Quatre Saisons.

 Jean-Louis Lemarchand

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 18:10

 

Motema 2014

Jacques Schwarz-Bart (ts), Erol Josué (vc), Rozna Zila (vc), Stephanie Mc Cay (vc), Etienne Charles (tp), Alex Tassel (flgh), Milan Milanovic (p), Gregory Privat (p), Ben Williams (b), Regie Washington (b), Obed Calvaire (dms), Arnaud Dolmen (dms), Gaston «  Bonga »nJean-Baptiste (perc), Claude Saturne (perc)

 JSB-JRH.jpg

JSB raconte des histoires créoles. Des histoires venues de cet Haïti- pays meurtri, pays des raconteurs d’histoires, pays d'envoûtements, pays de ceux qui parlent haut et chantent avec âme.

Avec un jazz très marqué 80’s mariant un esprit funky et une rythmique gwoka le saxophoniste donne à ces histoires une réelle densité. Un réel ancrage au cœur d’un volcan haïtien qui fait vibrer au tréfonds de nous-mêmes que l'on soit ou non natif des îles. Parce qu’il y a dans ce discours, un cri sous-jacent, une douleur lancinante et récurrente, parce qu’il y a une humanité, spirituelle et révoltée aussi, parce qu’il aussi une fierté antillaise qui frappe au coeur. Une fierté finalement universelle.

JSB sait donner à ce discours une incroyable densité. D’abord avec ce son des (très) grands ténors qui expriment cette virilité féminine. On pense à Michael Brecker par exemple. Aussi un peu à Joe Henderson. A tous ceux qui ont su donner au sax tenor de l'après-Coltrane une puissance expressive radicale. Ce son d'une totale puissance maîtrisée tant dans les graves que dans les aigus, ce son qui sait manier l'agilité du placement et la félinité du déplacement. Ce genre de son qui traverse les corps et les esprits. Et surtout ce son qui porte autre chose que la seule musique.

Avec lui Jacques Schwarz-Bart embarque un vrai collectif particulièrement soudé dans cette urgence à dire. On notera au passage la présence de ce grand trompettiste, Etienne Charles et la présence puissante de Reggie Washington à la basse. Et pour raconter ces histoires créoles, JSB fait aussi appel à des chanteurs qui ancrent leur voix exceptionnelles dans la tradition du chant antillais, dans les racines caribéeennes. 

Les rites vaudous émergent de ce ballet puissant et finalement nous emportent dans le flot de ce qu’exprime ici l’un des plus grands jazzman de sa génération.

Jean-Marc Gelin

 

Reyrouvez ici le concert donné à Banlieues Bleues

http://concert.arte.tv/fr/jacques-schwarz-bart-jazz-racine-haiti-au-festival-banlieues-bleues

 

 

 

 

 

 


 

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 21:08

 

ECM 2014

Arild Andersen (cb), Paolo Vinaccia (dms), Tommy Smith (ts, fl, shakuhachi)

 arild.jpg

 L'ouverture de l'album est ….désespérément ECM. On a le sentiment que l'on a entendu cela des milliers de fois malgré la qualité du son projeté du saxophoniste ténor anglais Tommy Smith qui, il faut bien le reconnaître n'a pas beaucoup d'équivalent sur la scène européenne aujourd'hui.

Mais c'est aussi plus exactement la rencontre de deux sons, celui du saxophoniste justement mais aussi celui du célèbre contrebassiste norvégien habitué du label.

Il y a là une rencontre de personnalités fortes comme sur ce Blussy où tout en maîtrise, les trois protagonistes laissent traîner le son et le tempo et montrent le genre de défi qu'ils aiment relever. Juste un peu sale ma non troppo. Il y a de la gravité dans cet album-là. Il y a des moments de pur classicisme comme sur cet Aifie composé par ce génie de Burt Bacharach où l'on est (c’est un clin d'oeil) dans une inspiration du saxophoniste très Rollinsienne où en remontant plus loin dans la lignée de Coleman Hawkins. Il y a une belle musicalité dans cette rencontre très élégante. Peut-être en revanche un poil monotone. Peut-être aussi un peu trop lissée parfois. Tommy Smith y fait chanter son instrument alors qu’Andersen a cette façon de faire sonner la note en lui donnant la résonance nécessaire au soutien harmonique et rythmique. C'est quand même pas du jazz pour faire la révolution avec.

Mais c'est du sérieux et un poil neurasthénique à force mais cela reste la trace d’une belle rencontre entre trois musiciens de l’intime, trois musiciens de l’indicible.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 15:33

 

Bee Jazz 2013

Sashin Novrasli (p), Nathan Peck (cb), Ari Hoenig (dms)

 novrasli-cover.jpg

 

Shashin Novrasli est un pianiste  azerbaidjanais jusqu'ici totalement inconnu au bataillon. Il nous arrive aujourd'hui en pleine poire, à la tête d'un véritable power trio qu'il a constitué autour d'une musique exigeante et terriblement forte. On pense à l'entendre à de pianistes de la trempe de Jean-Michel Pilc dans leur art consommé de fusionner les renversements harmoniques et les pulsations rythmiques. La musique de Sashin Novrasli c'est l'envie de jouer, l'envie de proposer, ce sont des idées plein la tête et un talent fou au bout des doigts.

Loin des écoles du trio jazz classique, ce pianiste qui possède véritablement déjà tout des grands est impressionnant de maîtrise, enchaînant les triolets et les renversements d'accords. Il faut écouter comment il part du Prélude en Mi mineur de Chopin pour en faire un thème de jazz à part entière. C'est véritablement de haute volée.

Sans compter que derrière, Ari Hoenig est à lui tout seul un fin mélodiste de la batterie, multipliant les reliefs, les coups de grosses caisses, les feulements vibrants  ou les pulsation polyryhtmique. de quoi donner une très sérieuse la densité à la musique du pianiste.

shahin-novrasli.jpgBien sûr, comme souvent chez les pianistes jazz de l'europe de l'Est on entend à l'instar d'un Tigran hamasyan, parfois quelques inflexions traditionnelles, quelques clins d'oeil discrets puisées dans le patrimoine de ce pianiste azerbaïdjanais. Mais c'est pour mieux aller vers autre chose, plus personnel ( Bayati Shirzaz) où l'on entend que dans sa tête et sous ses doigts tout se mélange, depuis cette musique des traditions jusqu'au jazz et à la musique classique des maîtres du romantisme. Et cette expressivité romantique se marie à merveille avec un sacré sens du swing ( From Mill station) où l'on est assez bluffé par la précision et la puissance des attaques de main droite du pianiste. Et quel moment de grâce sur Elinde Sazin Qubani, morceau traditionnel où le temps est suspendu, où le pianiste fait résonner le son dans l'espace.

Sashin Novrasli, c'est la découverte d'un vrai talent. D'une passion jazz terriblement communicative. Il n'y a aucun doute qu'il va falloir s'habituer à lui et que les plus grands

labels ne tarderons pas à lui faire les yeux doux.

A découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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