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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 23:02

 

 

Label La Buissonne / Harmonia mundi

Sortie le 28 janvier 2014

www.andyemler.eu 

 ete.jpg

 

Cet ensemble de belle facture  a vu le jour il ya dix ans sur le label au titre original  In circum girum, fondé par Olivier Aude et Thierry Pichon et promu par l infatigable Thierry Virolle.  Ce trio est en fait un quatuor, un quartet, appelez-le comme vous voudrez, mais sachez que  cette formation qui n‘a enregistré en fait que trois disques. C’est dire que ces musiciens prennent leur temps, élaborent des projets et une musique soigneusement réfléchis.  Et ce n’est pas seulement parce qu’ils sont engagés ailleurs, mais parce qu’ils sont soucieux de produire du sens : ils présentent une musique en expansion, « expansive » aussi, du jazz contemporain mâtiné de beaucoup d’autres influences. Leur univers est vite identifiable cependant,  une « abstraction lyrique » qui concourt à édifier une histoire, une fiction mentale dont on suit les épisodes à la sortie de chaque album, cette fois sur le label de la Buissonne.  Nos amis  reviennent  cette saison avec Sad and Beautiful que confirme le motif peint  de la pochette,  en belle résonance, comme un rideau de pluie zébrant  un ciel outre-mer,  « outre profond » à la manière d’un Soulages.

“Small and beautiful”, “sad and beautiful”…. On peut sourire de ces expressions  populaires,  si ce n’est qu’elles expérimentent quelque vérité, enfouie au plus profond du collectif et de son imaginaire.

Les musiciens du trio organisent une musique qui appartient à eux seuls, avec un désir et un plaisir communs du jeu : de  véritables voix se font entendre dans cette musique  fluide, étrangement palpitante qui circule entre inquiétudes et révélations,  avec toujours la même subtilité dans les traits et alliages de timbres : « A journey through hope » et un « Try home » sont révélateurs,  après « Tee time » (reprise de l’album éponyme de 2003.)

Fidèle au trio depuis leur création en 2003, ce que j’écrivais alors n’a pas été démenti par la suite : « entre énergie déployée en force, moments d’improvisation ouverte,  jeu de questions-réponses ,  ce TEE crée une voie rigoureuse et poétique  ... les potentialités musicales d’une telle formation semblent inépuisables. »

 La valeur hypnotique qui berce tous les titres ou presque comme « Elégances » provient du piano d’Andy Emler,  soucieux de nombreuses nuances,  impressionnistes entre autres. On sait aussi que Ravel  vient de mobiliser son imaginaire et d’accaparer toute son attention. Au centre de l’attelage, le contrebassiste Claude Tchamitchian  joue de l’archet à grands traits sombres et inspirés, souvent nostalgiques. On reconnaît sa patte, sa palette de compositeur de musiques. Le batteur, c’est évidemment Eric Echampard qui constitue l’une des rythmiques les plus solides  avec « Tcham ». Celui  qui passe souvent avec une vigueur inégalée, ralentit ici, imposant un rythme sûr et léger, aidé, il est vrai, dans sa démarche percussive par les assauts du piano qui se déchaîne comme dans « Tee time ».

On souhaite donc que ce T.E.E nous fasse encore voyager longtemps,  que ce bel   E.T.E persiste dans sa démarche esthétique d’un « solo permanent à trois », pour une musique savante et populaire, actuelle surtout. Séduisante entreprise que l’on aimerait voir programmée très vite....

Sophie Chambon

 

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 21:33

 

www.thomasdepourquery.com

Arnaud Roulin ( p, cl, vc), Edward Perraud (dms, perc, elect, vc), Frederic Galiay (b, elec, vc), Fabrice Maryinez (tp, fch, tuba, perc, vc), Laurent Bardaine (ts, bs, perc, vc), Thomas de Pourquery (dir, arrgts, as, ss) + Theremin (melodica, perc), + Jeanne Added (vc)

 thomas-de-pourquery-supersonic-play-sun-ra.jpg

Gloire soit rendue à ce voleur indélicat qui déroba un jour chez Thomas de Pourquery la 1ere version de cet hommage à Sun Ra et qui obligea alors le saxophoniste à tout réécrire en à peine quelques jours. On ignorera quelle était la première version mais, à l’instar d’un Brassens il y aurait matière à écrire des stances à ce cambrioleur providentiel par le hasard duquel Thomas de Pourquery a accouché d’un petit bijou.

L’exercice de l’hommage est pourtant difficile qui plus est avec un génial compositeur comme Sun Ra. Il ne faut pas copier mais dans le même temps il ne faut pas non plus dénaturer. Thomas de Pourquery relève ce pari avec brio, non pas en imitant mais en amenant la version originale sur un terrain plus actuel et ceci en restant à la fois proche des lignes mélodiques, rythmiques et surtout de l’esprit frondeur du génial jazzmen interstellaire. Qui mieux de Thomas de Pourquery pour s’atteler à la tâche. Qui mieux que ce sympathique et ultra-doué mégalo pour entreprendre de revisiter Sun Ra. Qui, aussi révolutionnaire, aussi gourmand de son époque, aussi moderne comme l’était le patron de l’Arkestra.

Il y a au gré des reprises tirées du répertoire de Sun Ra  pas mal d'humour décalé comme on l'aime souvent chez Thomas de Pourquery qui partage avec lui ce goût de la provocation fantasque. Shadow world tiré de l’album « Nothing is » publié en 1966 et qui ouvre l’album démarre sur un ostinato de piano bastringue avant que toute la mécanique ne se mette en route avec une énergie du chaos qui n'est pas sans évoquer Mingus dont on ne peut nier l’influence qu’il avait sur Sun Ra lui-même. D'emblée Thomas de Pourquery prend le taureau par le casque et promet d'entrer dans le vif du sujet. Mais avec un esprit moderne. Lorsque le Rocket number Nine avait presque des allures post bop lorsqu'il était joué par le Sun Ra Arkestra où l’on y entendait presque du Salt peanuts revisité, avec TdP c'est une version à la fois modernisée mais dans le meme esprit jouissif et décalé. Il faut aussi écouter Love in the Outer space avec la voix d'un superbe chanteur (TdP) flottant dans un espace de miel et de douceur ou cet esprit pop 70's à l'image de cet Enlightement qui respire le bonheur juvénile. Watusi Egyptian march se transforme en énergie festive, en bandas explosif où la marche n'est plus lunaire mais forme une sorte de procession joyeuse et déjantée qui explose en feu d'artifice. Terriblement jouissif ! Puis des sons lunaires et spacieux. Mais aussi l'énergie du free. Les arrangements sont enthousiastes et les musiciens partagent ce mordant communicatif à l’image d’un Fabrice Martinez magnifique trompettiste qui vient entailler le son, lui donner des saillies déchirantes. (Discipline). thomas.jpg

Et il y a toujours chez TdP un reste de pop funky qui colle aux basques de cet ancien rapeur. TdP est lui aussi une sorte de fanfaron céleste pourrait t-on dire à l'écoute de The Perfect man, totalement électrisant. TdP en restant assez proche de la musique originale, démontre les portes que Sun Ra a ouvertes en grand dans la musique moderne.

TdP est  aux manettes de cet album de son premier album avec des arrangements somptueux, un vrai esprit collectif où tout le monde embarqué dans l’aventure chante joyeusement. Avec un art consommé de la direction artistique en pointant du doigt le génie de Sun Ra et sa vision hallucinée de la révolution. Et c’est tout le génie fantasque de Sun  Ra qui avec Thomas de Pourquery prend une saveur nouvelle.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 07:33

 

 

Dévoilé le 14 janvier au soir au foyer du Théâtre du Chatelet, le palmarès 2013 de l’Académie du Jazz se signale par des récompenses attribuées à des jeunes artistes de la scène française, témoignage d’une réelle vivacité créative.

 

 


Vincent  Peirani, accordéoniste, décroche le Prix Django Reinhardt accordé au musicien français de l’année : très présent dans les festivals, les clubs (en résidence cette année au Duc des Lombards) et remarqué dans plusieurs albums dont « Thrill Box »(ACT) ( cf.Chronique des DNJ)

 il participe également au groupe animé par Daniel Humair, tout comme son prédécesseur au palmarès, le saxophoniste Emile Parisien.                 

peirani© Jean-Louis Lemarchand

 

 

Révélation de ces dernières années, la chanteuse Cecile McLorin Salvant, formée dans une école de musique de Provence, et qui inscrit son expression dans la grande tradition notamment de Sarah Vaughan, obtient le Prix du jazz vocal, résultat obtenu dès le premier tour de scrutin par le collège des quelque cinquante académiciens (journalistes, photographes…) avec « Woman child » (Mack Avenue-Universal). ( cf : Chronique des DNJ)Cecile-McLorin-Salvant--WomanChild


 


 

 

 

 

 

Jeune grande formation sous la direction musicale du trompettiste David Enhco, l’Amazing Keystone Big Band s’est vu attribuer le Prix du disque français pour « Pierre et le Loup » (Le Chant du Monde-Harmonia Mundi), adaptation de l’œuvre de Prokokiev. Grande formation forte en cuivres, cet orchestre avait notamment animé la nuit du jazz organisée par TSF en décembre dernier à l’Olympia.

2014-01-14-20.21.30.jpg 

© Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

Sur le plan international, l’Académie du Jazz, présidée par François Lacharme a choisi des « valeurs sûres » en décernant son Grand Prix au duo constitué du clarinettiste Eddie Daniels (venu jouer à Paris pour cette occasion) et du pianiste Roger Kellaway pou r un hommage à Duke Ellington (« Duke  at the Roadhouse. Ipo)  

 daniels

©jmgelin

 

et le prix du Musicien européen au trompettiste polonais Tomasz Stanko, un des sons actuels les purs à la trompette.2304-05_Stanko_1.jpg

Enfin, le prix du livre de jazz a été attribué à une autobiographie du pianiste Hampton Hawes avec Don Asher, « Lâchez-moi » (13ème note editions)(cf.chronique DNJ) , traduction d’un témoignage fort publié aux Etats-Unis voici quarante ans (et chroniqué ici sur le site des DNJ l’été passé). Deux autres ouvrages avaient figuré dans le dernier tour du scrutin, « Hess-O-Hess », chroniques 1966-1971 » (Editions Alter Ego )signé du chroniqueur et bassiste Jacques B.Hess, récit impertinent et savoureux, et « Carla Bley, l’inattendu-e » somme d’analyses et d’entretiens enrichissants sous la direction de Ludovic Florin (éditions Naïve Livre).

 


La soirée de remise des prix de l’Académie du Jazz aura également été l’occasion d’hommages musicaux rendus à Jim Hall (disparu l’automne passé) par le guitariste Christian Escoudé et à Chet Baker (décédé voici 25 ans) par le bassiste Riccardo Del Fra, qui joua longtemps avec le trompettiste iconique, tous les deux bénéficiant d’un accompagnement aérien du pianiste Alain Jean-Marie.


 Jean-Louis Lemarchand

 

Palmarès 2013 de l'Académie du Jazz:

 

   Prix Django Reinhardt (musicien français de l'année):

   Vincent Peirani (accordéon)

   Grand Prix de l'Académie du Jazz (meilleur disque de l'année):

  Eddie Daniels (clarinette) et Roger Kellaway (piano) pour "Duke at the Roadhouse" (Ipo)

   Prix du disque français (meilleur disque enregistré par un musicien français): Amazing Keystone Big Band pour "Pierre et le Loup" (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)

   Prix du musicien européen (récompensé pour son oeuvre ou son actualité récente) : Tomasz Stanko (Pologne, trompette)

   Prix de la meilleure réédition ou du meilleur inédit: "Classic Earl Hines Sessions 1928-1945" (Coffret 7CDs Mosaïc)

   Prix du jazz classique: Tuxedo Big Band pour "Lunceford Still Alive !" (Jazz aux Remparts)

   Prix du jazz vocal: Cécile McLorin Salvant pour "Woman Child" (Mack Avenue/Universal)

   Prix soul: Charles Bradley (chant) pour "Victim ol Love" (Daptone/Differ Ant)

   Prix blues: Eric Bibb (guitare/chant) pour "Jericho Road" (Dixiefrog/Harmonia Mundi)

  BIBB.jpg© Jean-Louis Lemarchand


Prix du livre de jazz: Hampton Hawes avec Don Asher pour "Lâchez-Moi" (13E Note Editions)

 

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 19:01

 

www.triojournalintime.com 

Neuklang  www.neuklangrecords.de

 Sylvain Bardiau (tp), Frédéric Gastard (compositions, sax basse) Matthias Mahler (tb). Arrangement du trio.

journal-intime.jpg

Extension des feux est le nom du dernier opus du trio Journal Intime. Comme dans leur précédent album, Lips on fire, où ils évoquaient Hendrix plus qu’ils ne l’interprétaient, sans volonté de réelle relecture, nos trois compères se frottent à tous les répertoires mais surtout au leur qui ne ressemble à rien d’autre. Un paysage sonore préparé et improvisé, brossé à grands traits quelque fois, par touches empâtées aux couleurs fortes et néanmoins nuancées comme le travail formidable sur la pochette d’Hélène Poignon.

 Les compositions ne sont pas que  prétextes à divagations soniques : avec une approche organique, les musiciens travaillent en profondeur le son et le rythme, triturant, malaxant, mâchouillant la pâte sonore, éructant parfois, hoquetant souvent.

Matthias Mahler est époustouflant au trombone, quand on aime cet instrument. Et c’est mon cas ! On n’est pas en reste avec les saillies du saxophone de Fred Gastard, les fulgurances de la trompette de Sylvain Bardiau : voilà des interventions à souffle continu,  ponctuées de piquetages de guitare, de giclées d’accordéon. A ce trio de vents, Journal intime a  en effet ajouté deux instruments harmoniques, guitare et accordéon. Et leurs invités sont, excusez du peu, Marc Ducret et Vincent Peirani. C’est sans doute l’une des plus intéressantes combinaisons de talents qu’il est donné d’entendre en France actuellement.

Cette extension des feux ne présente peut-être pas beaucoup de disparité ni de changement de « mood » dans les 3 suites qui composent l’album, respectivement intitulées  Orage et Tonnerre, Chroïd, les 38 Lunes, mais indéniablement,  se reconnaît  dans ce concept album, un sens de la mise en route, une façon de conduire l’attelage. Complicité palpable d’autant plus belle que les timbres se marient à merveille : trombone, trompette, sax basse renouvellent assurément l’art de la formation triangulaire, avec une sonorité inouïe de brass band à ...trois. Une musique exigeante qui passe pourtant dès la première écoute. Est-ce dû à la sonorité ronde, chaude, puissante de l’ensemble, la volonté d’aller explorer ailleurs, dans les marges, entre musique de chambre et grooves de basse ? Certes, il faudra y revenir pour mieux saisir la subtilité de cette musique que l’on écoute d’un trait jusqu’à l’épuisement de la galette.

Mais au fait qui drive ? On sait que les compositions sont du saxophoniste basse Fred Gastard qui apporte ses couleurs, son goût de la construction, une profondeur imaginative....Alors peintre, maître de la forge ou les deux à la fois?  La rythmique n’est pas unidirectionnelle  et sans changer vraiment de territoire, on se perd avec bonheur dans un jeu de couches temporelles superposées, un univers délicieusement étrange.  Des moments de recueillement dans la première pièce, à moins que ce ne soit l’attente de l’orage, une lente montée (orgasmique) avant  l’explosion qui est souvent le fait de Ducret, une effervescence ramenée à une dynamique assumée à trois, quatre, cinq. On avance dans cette géographie d’instruments qui se superposent, on flotte dans cet univers en expansion, vers l’inconnu.

 Mais franchement avec de tels musiciens aux commandes, l’aventure est tentante, le plaisir communicatif  jusqu’à la conclusion d’une guitare ailée qui revient aux meilleurs moments du rock progressif, sur ostinatos lancinants et fièvreux. On écoute fasciné ce trio de cuivres, uni et charnel, à la puissance polyphonique : sans rythmique habituelle, on est au creux d’un ensemble orchestral auquel les voix de la guitare et de l’accordéon prêtent tout leur sens.

Au fait, que signifie le titre ? Ce sont  des feux qui s’allument partout dans notre époque trouble et troublante, perdue, mais qui ne se résigne pas pour autant. Indignation,  dénonciation musclée, velue, et embrasement. Un programme auquel on adhère de bon cœur. Vous aussi ?

Journal Intime sort également son vinyle, disponible depuis le concert au Triton en décembre dernier : il s’agit d’un enregistrement analogique pur, en série limitée, issu d'un concert public donné aux  Studios Bauer de Ludwigsburg, en Allemagne, le 17 février 2013, juste avant l'enregistrement d'"Extension des Feux" le  CD.
Avec cet enregistrement le trio inaugurait la nouvelle signature du label Neuklang.

Mais on vous en reparlera...très vite.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 


 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:03

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Okeh 2014

Miguel Zenon (as), Lionel Loueké (g), Jeff Ballard (dms)

 jeff-ballard-trio.jpg

On a tellement d’admiration pour cet immense batteur qu’est Jeff Ballard, depuis peu sous nos contrées, que l’on aurait franchement aimé pouvoir nous enthousiasmer.

L’ex-batteur de Metheny, de Corea et surtout aujourd’hui de Brad Mehldau dont il constitue l’un des piliers indissociable du trio ne manque pas de forcer l’admiration de tous pas son jeu d’une incroyable finesse au drive d’une légéreté et dune aisance polyrythmique absolue. Il y a moins d’un mois nous nous étions emballés sur l’apport du batteur dans le dernier album d’Olivier Bogé.

Alors vous pensez, avec une affiche, comme celle qui réunit Loueké et Zenon, nous partions avec un à priori 100% acquis à la cause.

Et pourtant nous voilà bien obligés d’admettre que nous ne sortons pas toujours convaincus par la musique qui se dégage de cet album. Un album sans véritable nervure, sans véritable ligne directrice et qui semble parfois se chercher un peu à l'image de Mikavpola qui n'a pas réellement de direction et où Lionel Loueké semble un peu perdu sans trop savoir ce qu'il a à faire.  Pourtant dès que ce dernier affiche sa personnalité musicale, avec toute son africanité (Virgin forest), Miguel Zenon lui emboîte merveilleusement le pas avec toute sa latinité. Mais c'est alors Jeff Balard qui semble un peu à l’ouest ne parvenant pas vraiment à s’insérer entre les deux.

Bien sûr, bien sûr il y a le talent immense de Miguel Zenon .../... lire la suite....

 

Jean-Marc Gelin

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 20:32

 

Bill Carrothers

With Peg Carrothers, Matt Turner, Jean Marc Foltz, Nicolas Thys

And  CHOIR

www.visionfugitive.com

www.billcarrothers.com

  carrothers.bill_sundaymorning_w.png

Voilà  une nouvelle idée de Philippe Ghielmetti qui a vu le jour sur son label  Vision fugitive, profitant d’une longue complicité avec le pianiste Bill Carrothers. Reprenant une formation élargie qui nous fait souvenir du superbe Armistice 1918,  sorti  sur le label Sketch, le projet revient cette fois à la source, fouille et entreprend  comme une « psychanalyse musicale », explore les origines. Et pour les Américains, la source est souvent à l’église. Ce n’est pas de jouer du gospel ou du blues qui anime le pianiste du Midwest  (Minneapolis), même si le Mississipi est proche... Il cherche à s’emparer d’un répertoire traditionnel et à’en faire une musique de chambre, en utilisant  comme matérieu, les chants de l’église luthérienne de son enfance.

Pour celui qui s’appuie sur l’histoire de son pays depuis si longtemps, en puise force et  énergie communicative, voilà un exercice de style d’un genre nouveau, une façon d’aborder et d’intégrer les « Hymns et Church songs » à sa vision de l’ « americana » et ainsi de  la compléter aujourd’hui. Un «  story telling » continu qui englobe ce qui l’inspire, la vie de tous les jours, la famille et les grands espaces qui ne manquent pas autour de lui. Une tâche ardue mais enthousiasmante, plus encore que collective,  fraternelle sans tomber dans un communautarisme suspect et souvent dangereux.

Quelle meilleure idée que d’écouter ces chants, un dimanche dans l’entre deux, de Noël et Jour de l’An . Le chœur  fut enregistré à Minneapolis avec  des arrangements soignés, écrits par le pianiste pour l’occasion  comme on peut s’en faire une idée sur « A mighty fortress is our god », ou « Eternal father, strong to save ».  Quant à l’équipe resserrée  autour de lui, elle se  compose des « fidèles », de sa femme Peg, membre de la même chorale , le clarinettiste, l’ami français Jean Marc Foltz, le violoncelliste américain Matt Turner  et le contrebassiste belge Nicolas Thys.

Quelle que soit notre croyance, après les chants laïques de Noël, on peut puiser du réconfort dans cette musique pure, simple et si belle. Pas vraiment légère,  mais  lumineuse, en dépit d’une certaine mélancolie. La voix, par instant légèrement rauque de Peg entonne à la moitié de l’album,  très exactement, sur un rythme jazz « Just a closer walk with thee », et ce swing invité nous ferait presque chavirer de bonheur. Douceur enivrante de ce quintet  chambré à la bonne température. C’est encore Noël mais sur sa pente calme. Se dessaisir de ce souffle vital, le déposer en partage pour le voir renouvelé, avec toujours plus de vie et de musique partagées.  Est-ce se sentir reliés par cet appel à la vie, plus large, qui nous dépasse, nous garde debout, les yeux fixés vers d’autres ?  Le message teinté de spiritualité, sans tomber dans un mysticisme suspect, atteint son  but, quel que soit le degré de croyance. Cette circulation d’être que nous avons en commun,  avec la musique, cette fraternité des voix est- ce là, une forme de transcendance ? Le final boucle cette suite avec un rappel du premier thème emprunté à Bach et que l’on soit ou non athée, « Oh God, Our Help in Ages Past », cela fait sens.

 

Sophie Chambon

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:00

 

YOLK 2014

www.yolkrecords.com

John Hollenbeck (dms), Alban Darche ( ts), Sébastien Boisseau (cb), Samuel Blaser (tb)

 jass.png

Jass ! La référence est évidente : il pourrait s’agir d’un clin d’œil au premier enregistrement de l’original Dixieland Jass Band qui marqua en 1917 le premier enregistrement de l’histoire du jazz. Mais il s’agit ici avant tout de la superbe rencontre entre 4 musiciens au talent fou : J pour John Hollenbeck / A pour Alban Darche / S pour Sébastien Boisseau et S encore pour Samuel Blaser.

Le batteur américain John Hollenbeck et le tromboniste Samuel Blaser vivent tous les deux à Berlin où ils se sont rencontrés. Hollenbeck c’est notamment le maître d’oeuvre de ce formidable Claudia Quintet qui depuis plus de 10 ans réunit entre autres Drew Gress et Chris Speed. Blaser est pour sa part l’un des tromboniste les plus doués de sa génération. ll s’est distingué avec la jeune scène new-yorkaise ou encore avec Paul Motian mais aussi plus récemment aux côtés de Marc Ducret ( voir ici l’interview de SB par les DNJ). Alors forcément lorsque ces deux-là trouvent sur leur route les deux piliers hypra-talentueux du label Yolk que sont les Nantais Alban Darche et le contrebassiste Sébastien Boisseau, on sait que l’on peut s’attendre à une musique de très haute volée.

Et de fait ce quartet pianoless est énorme. L’énergie est ici à fleur de peau pour cette musique où l’écrit et l’improvisation se mêlent allègrement. La musique est tonale et atonale, rythmique et arythmique. On pense aux combinaisons à la Braxton par exemple. Il y est question d’une sorte de dynamique des échanges, de contre chant et d’espace aux contraintes libérées où cette musique ralentit, s'accélère, trouve des espaces puis les comble.

Deux associations majeures marquent l’album. Celle d’une du batteur John Hollenbeck aux reliefs subtils et prolixe à la fois, véritable inventeur de sons et de relances inattendues avec la puissance et la rondeur chantée d’un Sébastien Boisseau à la contrebasse. L’autre association est celle des soufflants tout aussi exceptionnels l’un que l’autre. Dans le cadre dessiné par Boisseau et Hollenbeck, qui délimitent un espace mobile, Blaser et Darche ont des allures de façonniers, dans cet art de pétrir ensemble la masse sonore. A force d’écoute et d’interaction. Samuel Blaser comme à son habitude y est juste gigantesque. Apportant le feulement furieux, la grogne râpeuse et l'explosion étincelante. Un tiers cabotin / un tiers  dramaturge / un tiers acteur de sa musique. Il faudra bien qu'un jour l’on se rende compte de l'importance en Europe de ce musicien exceptionnel ( No D).  Alban Darche quand à lui c’est toute l’histoire du sax ténor entre ses mains rappelée à sa modernité. Dans chacune de ses interventions une incroyable créativité toute en maîtrise. Avec Alban Darche c’est comme si la saxophone s’affranchissait de toutes les étiquettes stylistiques, jazz ou classique dans un syncrétisme de grande envergure.

Mais « Jass » c’est aussi le nom d’un jeu de cartes ancestral qui se pratique en Suisse entre quatre joueurs. Et ces quatre-là montrent qu’en musique un quartet c’est aussi une multiplication indéfinie de combinaisons possibles. Et que de ce chant des possibles arvient parfois à naître la surprise, qui se révèle à l’auditeur attentif très vite embarqué dans cette aventure aux constructions passionnantes.

Jean-Marc Gelin 

 

 

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 20:25

 

Christian Gaubert /André Ceccarelli/Jannick Top

+Thomas Savy

Cristal Records/ Harmonia Mundi

www.christian-gaubert.com 

www.lignesudtrio.com

www.cristalrecords.com

 gaubert-ceccarelli-top_lignesud_w.jpg

Beau palmarès que celui du pianiste Christian Gaubert, né en 1944 : 50 années d’écriture, d’arrangements dans la chanson (chef d’orchestre de Bécaud et Aznavour entre autres) et les musiques de films (plus de 150 partitions[i]). Cela fera peut-être reculer les « puristes » en jazz qui n’apprécient pas souvent les musiciens dits « de studio ». On y verrait plutôt la preuve d’un bel éclectisme et une raison supplémentaire pour écouter la musique de ce trio Ligne Sud. Car Gaubert se souvient qu’il aime aussi le jazz, tout comme ses copains : ses compositions sont rehaussées du savoir-faire du bassiste Jannick Top qui fit, un temps équipe avec Christian Vander et Magma, sans négliger de travailler lui aussi pour de nombreux artistes de variétés dont Michel Berger, Jacques Dutronc... Quant au troisième larron, ce n’est autre que le batteur niçois André Ceccarelli qui, lui aussi s’est illustré dans de nombreux styles, ayant rencontré Jannick Top en 1971 et formé un trio de fusion nommé TROC... Le clarinettiste saxophoniste Thomas Savy est le « jeune » invité que l’on ne présente plus, mais qui contribue par la grâce de son phrasé à la réussite de nombreuses pièces dont « Lumières citadines » . 

Ligne sud est revenu à Marseille - deux des trois membres sont en effet originaires de la cité phocéenne- lors de l’année « capitale ». Un concert fut donné en novembre dernier dans le cadre de l’opération Jazz sur la ville, labellisée MP 2013, à la Bibliothèque régionale à vocation multiple ( BMVR) l’Alcazar (partenaire incontournable du festival Jazz des cinq continents).

 Pas de nostalgie ni d’hommage particulier cependant dans cette musique d’une grande fluidité: profondeur veloutée du piano (« Bill Nostalgie »), drive énergique et continu. La lumière du sud (belle pochette monochrome) brille sans aveugler  comme dans « Un beau jour de novembre », tant il est vrai que c’est alors une des meilleures saisons à vivre dans le sud.

Il ya une réelle cohérence dans cet album qui s’écoute en tendant l’oreille, car, sous le chant feutré de ces mélodies, sous le style tranquillement voluptueux, s’impose un parti pris aussi simple qu’efficace, non dénué d’une certaine émotion.

A écouter chez soi entre amis, ce sera assurément un bon moment partagé.

Sophie Chambon



[i]  Dans sa discographie très riche, on relève  Une ville, une vie  chez Trema  et Les grands compositeurs français de musiques de filmschez Fremaux.

 

 

 

 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 22:00

 

Disparu le 23 décembre à son domicile dans le Massachusetts à l’âge de 93 ans, Yusef Lateef aura marqué l’histoire du jazz en introduisant des mélodies africaines et orientales. Saxophoniste ténor, il se sera illustré également en jouant différents types de flute.


Né le 9 octobre 1920 à Chattanooga (Tennessee), William Huddleston fit ses débuts à Detroit sous le nom de William Evans et rejoignit à la fin des années 40 l'orchestre de Dizzy Gillespie. Converti à l'Islam, il prend le nom de Yusef Lateef et, après des études de composition et de flute se fait remarquer en 1961, en publiant deux albums, "Into Something" et "Eastern Sounds" (dont le célèbre "Love Theme from Spartacus").

Multi-instrumentiste (flûte, saxophone, hautbois, basson), Lateef ajoutera alors d’autres instruments employés en Asie et commence à enseigner. Ouvert à toutes les influences, soul- blues- funk, il obtient en 1987 le Grammy Award du "Meilleur album New Age" avec "Yusef Lateef's Little Symphony".

Compositeur d’une œuvre pour orchestre et quartet, "African American Epic Suite", sur le thème de l'esclavage aux Etats-Unis, Yusef Lateef va connaître un renouveau de popularité en France ces dernières années en tant qu’invité des frères Belmondo (Lionel, saxophoniste, et Stéphane, trompettiste) sur "Influence" (B-Flat Recordings / Discograph). Se produisant régulièrement sur les scènes françaises, il jouera notamment avec Archie Shepp (à la Cité de la Musique) et Ahmad Jamal (à l’Olympia en juin 2012).

Yusef Lateef avait obtenu en 2010 une consécration en recevant le National Endowment for the Arts Jazz Masters, distinction rare aux Etats-Unis.

 

Jean-Louis Lemarchand à l'occasion du concert qu'il avait donné avec Ahmad Jamad en juin 2012 l'avait rencontré.

 

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Ils se sont connus dans les années 40 mais il aura fallu attendre 2011 pour que Yusef Lateef et Ahmad Jamal ne se retrouvent sur scène au festival de Marciac. Une rencontre de l’architecte des sons, pianiste brillant, et du saxophoniste-flûtiste porte-parole de la grande musique black afro-américaine qui s’est renouvelée le 27 juin à l’Olympia en baisser de rideau du festival Jazz à Saint-Germain des Prés-Paris.
Sobre, respectueux de son aîné, Ahmad Jamal aura contribué à cette demi-heure de grâce distillée par Yusef Lateef, au saxophone ténor (un peu), aux flûtes (beaucoup) et à la voix (surprenante, profonde) qui s’est achevée par un bouleversant « Trouble in Mind ». De belle facture, reprenant plusieurs titres de son dernier album (« Blue Moon »-Jazz Village-Harmonia Mundi), la prestation du quartet d’Ahmad Jamal (Reginald Veal, basse, Herlin Riley, batterie, Manolo Badrena, percussions) qui constituait l’essentiel du concert, en paraissait même (un comble) des plus classiques.
A la veille de ce concert unique, les deux sages du jazz ont fait quelques confidences aux Dernières Nouvelles du Jazz. Assis simplement sur des chaises, Yusef (91 ans) et Ahmad (82 le 2 juillet) se sont montrés attentifs et souriants tout au long de ce (trop) bref entretien.


DNJ : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour jouer ensemble ? 
Ahmad Jamal : Nous avons été toujours été très occupés (rires), Yusef qui a beaucoup enseigné aux Etats-Unis mais aussi au Nigeria, et moi en jouant avec mes différents groupes. Cette idée de rencontre est venue de mon producteur Seydou Barry et s’est concrétisée au festival de Marciac l’an dernier.  Yusef est une légende. Je me suis préparé pour jouer avec lui. Je suis perfectionniste…. Et lui aussi.

 
DNJ : Quelle est la principale qualité de votre partenaire ?
Yusef Lateef : Ahmad est un musicien qui se remet toujours en cause. C’est très encourageant de jouer avec lui.
AJ : Yusef fait autorité dans chacun des instruments qu’il pratique. C’est un monument pour moi qui marque son époque par son jeu, ses compositions, son enseignement, sa philosophie. J’ai beaucoup de respect pour lui.


DNJ : Vous avez une longue carrière. Quel est le moteur de votre travail ?
YL : Plus je travaille sur des compositions, plus je fais des découvertes dans le monde des sons. Comme aimait à le dire Stravinski, il reste beaucoup plus à découvrir qu’il n’a été découvert jusqu’à présent.  La créativité, je pense, est la mère de l’invention.
AJ: Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit-on. Nous ne créons rien mais nous pouvons toujours découvrir quelque chose de nouveau. Chaque jour j’apprends quelque chose… même lors des interviews (rires).
YL : C’est la sagesse. Toujours chercher à savoir, du berceau au tombeau.

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©Photo Jean-Louis Lemarchand


DNJ : Vous jouez avec des musiciens d’une autre génération, avec une approche, une culture différente. Cela représente un défi pour vous ?
YL : Les jeunes musiciens aussi contribuent au développement du jazz. Depuis des décennies, les jazzmen jouent jour après jour, nuit après nuit. Le fruit de beaucoup d’efforts, de beaucoup de pratique. Les saxophonistes jouent le même instrument que Coleman Hawkins et Lester Young mais ils le font évoluer. Souvenez-vous aussi par exemple de ce que Fats Navarro et Dizzy Gillespie ont apporté à la trompette dans les années 40-50 !
AJ : Mon principal défi, ce ne sont pas les jeunes musiciens, c’est moi (rires). Si je peux relever mes propres défis, il n’y a pas de problèmes. Mais quand je me prépare, j’essaie de découvrir ce qu’il y a en moi. Je ne prends pas d’appels téléphoniques, je me concentre sur moi-même.


DNJ : Quelle est votre définition du jazz ?
YL : J’ai lu dans un magazine : le jazz c’est n’importe quoi, des fadaises ! Ces questions de définition sont toujours ambigües. Je parle de musique auto-physio-psychique. Pour moi c’est tout simplement  l’expression sous forme musicale de mon esprit, de mon cœur. Ce n’est pas le jazz, c’est la musique de l’homme.
AJ : Je suis d’accord à 100 %. Si vous devez vous demander en écoutant de la musique, est-ce que c’est du jazz, c’est sûr, ce n’est pas du jazz … (rires)


Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand


Ahmad Jamal est en concert cet été avec son trio à Orléans (29 juin), Montauban (3 juillet), Istres (9 juillet), Nice (11 juillet).
 


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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 16:50

 

Vijay Iyer  compositions (1-16),  piano, Fender Rhodes, programming and live electronics , Mike Ladd  (lyrics, 

lead vocals), Maurice Decaul  (lyrics, vc) , Lynn Hill  (lyrics, vc), Pamela  Z (vc), Guillermo E. Brown  (vc), Liberty Ellman  (guitar) Okkyung Lee  (vcle), Kassa Overall  (dms)

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Il y a dans Dreams in color ou dans Mess Hall une atmosphère fantomatique, faîte de récurrence de sons, de nappages sonores et de voix de slam parfois désincarnées ou au contraire remplies d'âme(s).  Cette vapeur onirique qui enveloppe les rêves de ces vétérans noirs américains est la matière première de cet album. Mike Ladd les a  interrogés : vous qui avez vécu les guerres d’Irak ou d’Afghanistan, de quoi sont fait vos rêves ? Il y a alors la voix de Lynn Hill et de Maurice Decaul (deux vétérans) qui, en parlé-chanté disent des textes forts sur leur expérience presque traumatique. Et de ces entretiens qu'ils ont eus avec le chanteur et poète Mike Ladd est résulté cet album étrange totalement iconoclaste de slam, de rap, de rock et de jazz à la fois.

Depuis 3 ans qu’ils travaillent ensemble, Vijay Yer et Mike Ladd se sont engagés dans plusieurs projets bâtis chaque fois autour de la parole et du témoignage de noirs américains anonymes. Aujourd’hui la parole est donnée (entre autres) à Lynn Hill, militaire basée à Las Vegas chargée de piloter des drônes américains bombardant l’Afghanistan ou à Maurice Decaul, poète noir ancien des Marines en Irak.

Et c’est de leurs récits qu’émerge parfois cette étrange douceur ( celle des rêves), cette obsession lancinante et fatalement, cette violence aussi. Les textes retranscrivant ces rêves sont parfois hallucinants mais aussi parfois incroyablement banals ou donnent matière à des poèmes superbes de Mike Ladd. Pour autant Vijay Yer et Mike Ladd n’avancent aucun jugement politique mais donnent force à ces témoignages toujours bouleversants. La musique est dense, palpable, au coeur de la chair et de l'âme. Car ce projet exprime autre chose que de la musique. La place est parfois prise par la parole, par la voix, par le rythme, par les nappes électriques, par le clavier et parfois par tout cela ensemble. A la fois les textes sont admirablement mis en valeur mais aussi mais ils laissent la place à la musique où le jazz s'exprime sous les doigts de cet admirable pianiste qu’est Vijay Iyer ( écouter sa puissance lyrique sur Requiem for an insomniac). Les arrangements sont exceptionnels et créent ainsi une sorte d’atmosphère réellement envoûtante et toujours d’une force émotionnelle rare ( Capacity)

Mais il est clair que cet album s’appréhende dans sa globalité et doit s'appréhender textes à la main au risque de passer totalement à côté. Distingué par l'Academie Charles Cros "Holding It Down" est une réflexion parfois effrayante, et une combinaison exaltante de poésie et de musique qui émerge de la guerre, du fantasme et du traumatisme dicible ou indicible.

Œuvre psychanalytique, œuvre fascinante, œuvre choc !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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