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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 11:36

 

Fresh Sound New talent 2013

Michael Blake (ts), Samuel Blaser (tb), Russ Lossing ( fender), Michael Bates (cb), Jee davis (dms)

 bates-blaser.jpg

Voilà plus de 10 ans que Michael Bates et Samuel Blaser se connaissent. A l'époque où ils jouaient dans les mêmes clubs de New York. Le fil ne s'est jamais rompu et ils sortent aujourd'hui un nouvel album avec leur formation + le saxophoniste Michael Blake.

Autant le dire tout de suite : ça joue à très très haut niveau dans ce quintet. Les compos vont dans plusieurs directions,  balancent entre l'esprit Ornette, celui de Mingus, de Cecil Taylor, un peu de hard bop, de climats coltraniens et d'espaces plus pop. Mais c'est Russ Lossing surtout qui apporte avec ses nappes électriques et lunaires au fender où il se montre l'égal d'un Larry Golding, l’originalité de cet album semblant porter à lui seul sur ses épaule le quintet. Ce garçon est absolument bluffant aux claviers ( écouter son intervention sur le titre éponyme) par son intelligence de la musique, par son sens de l'accompagnement par ses tuilages, assurant le liant entre des personnalités musicales assez différentes. Si les compositions manquent parfois d'accroche,  elles sont cependant empreintes d'une réelle profondeur. Climat clair-osbcur soutenu par une rythmique de haut vol. Le jeu y est totalement interactif et le niveau des solistes y est exceptionnel. Samuel Blaser comme à son habitude joue avec autant de fougue que de passion mais aussi affichant une technique hallucinante quant à l'étendue de son registre. Et l’on découvre aussi Michael Blake que l'on ne connaît pas beaucoup de ce côté-ci de l'hexagone : Sax ténor dans la lignée des anciens ( Hawkins, Lucky Thompson).

Bref , un album totalement réussi qui révèle en tous cas la qualité de ses interprètes. Ceux-ci sont assurément bourrés de talent. A suivre….

Jean-Marc Gelin

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 21:13

A_FOND_DE_CALE.jpgMICHEL SAMSON & GILLES SUZANNE
Avec Elizabeth Cestor

A Fond  de cale
1917-2011 Un siècle de jazz à Marseille

Editions Wildproject 2012

Les auteurs Michel Samson (ancien correspondant du journal Le Monde à Marseille), Gilles Suzanne (maître de conférence en esthétique à l’université d’Aix Marseille) et Elizabeth Cestor, (chargée de mission au Mucem) ont écrit la saga de Marseille en jazz en 8 chapitres chronologiques.
Comment raconter le jazz à Marseille ? Qui y joue, qui fait quoi et quelle structures existent ?  Voilà des questions élémentaires auxquelles ils répondent en menant une enquête journalistique sérieuse, s’appuyant sur de nombreux entretiens avec les principaux acteurs du jazz à Marseille. 

Ville pauvre, populaire, rebelle, dépourvue de tout esprit  patrimonial, Marseille reste avant tout un port, même si les dockers sont  beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’à la grande époque. En roue libre, cette ville d’immigration qui n’a jamais cessé de brasser des arrivants venus du monde entier, était capitale du « musical hall » dans les années trente. Marseille a compté dans l’implantation mondiale du jazz, devenant même une scène d’avant-garde, avec de nombreux activistes promoteurs de la diffusion de cette musique, dont le Hot Club à ses débuts.  C’est une musique vivante ‘à consommer sur place’, depuis son arrivée dans cette ville-monde, à fond de cale. Marseille, à la Libération, est nommée « capitale française du jazz » ( Hugues Panassié), «ville noire» avec son quartier historique du Panier, où circulent G.Is et big bands. Puis, sans jamais perdre de vue l’évolution du jazz, la ville est devenue un « conservatoire à ciel ouvert », où s’est ouvert la première classe de jazz en France, sous la houlette de Guy Longnon. L’apport de Marseille au jazz est considérable, même s’il n’existe pas un jazz marseillais. Par contre, des cycles s’imposent à chaque tournant décisif de l’histoire de cette musique et ainsi se mesure l’attachement de chaque génération à «sa » musique. Plus de trente ans après leur création révolutionnaire, des structures créatives existent encore,  cherchant à briser les frontières musicales ou intellectuelles comme le GRIM fondé en 1978 par André Jaume, David Rueff, Gérard Siracusa et Jean Louis Montera (actuel directeur), ou  le GMEM (Groupe de Musique Expérimentale de Marseille).  Autre association indispensable pour implanter cette musique durablement, Le Cri du Port, seule véritable scène de jazz ( avec Michel Antonelli toujours en poste)  a longtemps fonctionné sans salle, quasiment sans budget pour monter des concerts, avec pour vocation de faire vivre le jazz dans la ville.
A chaque époque, son regard, ses filtres, ses affrontements, ses oublis et ses désillusions. Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs jeté l’éponge et quitté la ville, rêvant d’ailleurs. Car, côté culture, la ville a souvent mauvaise réputation, alors qu’elle déborde d’énergie artistique. Le jazz s’est  constitué un public à Marseille en dépit de la richesse des discours musicaux : la dynamique collective qui s’était d’ailleurs un peu essouflée avec l’apparition d’autres musiques plus « modernes », comme le hip hop ou le rap (que Marseille se vante d’avoir ‘inventé’ en France), revient en force. Le jazz aujourd’hui est particulièrement à l’honneur dans les deux derniers chapitres « Le jazz encore possible » et « Jazz XXI ».
 
C’est une navigation passionnante que propose ce travail collectif autour d’un phénomène que chacun a voulu s’approprier, sans que le dernier mot ne soit dit. Peut-être parce que l’on ne viendra jamais à bout du jazz. L’approche est pertinente et suffisamment critique, les choix éclairants et le lecteur pourra se plonger à loisir dans le chapitre qui l’intéresse. La perspective historique est essentielle dans cette étude : on découvre les biographies des principaux acteurs de cette musique, qu’ils soient musiciens (André Jaume, Hervé Bourde, Gérard Siracusa, Michel Zenino…), patrons de boîtes ou clubs de jazz (l’incontournable Jean Pelle qui fit et défit le « jazz côte sud » sur trois décennies au Pelle Mêle ), politiques comme Roger « Goliath » Luccioni, contrebassiste, professeur de médecine et cardiologue, « affreux jojo du jazz », adepte d’un anti-jacobinisme ardent, directeur de la revue JAZZ, membre du Jazz Hip Trio, à l’origine du premier festival phocéen Jazz des Cinq Continents qui fait le plein actuellement.
Paradoxalement, aujourd’hui, continue « ce lent décrochage entre un public toujours plus large pour le jazz et son peu d’attrait pour la scène locale », certains amateurs pouvant satisfaire leur passion en ignorant tout ou presque des musiciens qui se sont souvent installés dans la ville, sans en être originaires.
Ces néo-arrivants jouent dans les clubs, bars du quartier de la Plaine, de Longchamp, du Panier…ou les théâtres : ils ont pour nom Raphael Imbert, Christophe Leloil, Perrine Mansuy, Eric Surmenian, Christian Brazier, sans oublier les plus jeunes Simon Tailleu, Cédric Bec, Cyril Benhamou

Travaillée par tant de mémoires, la ville n’aura jamais manqué d’inspiration, toujours prête à mixer les courants et les genres. Ecrit avec le recul suffisant pour une œuvre nécessairement subjective, analyse lucide non dénuée d’émotions, A fond de cale est le roman du jazz marseillais que doivent découvrir non seulement les « étrangers » à la cité phocéenne, mais encore les Marseillais eux mêmes. Nul n’est prophète en son pays…


NB : Ajoutons un index des plus sérieux, des notes soignées faisant référence à de très nombreuses publications et articles dans la presse spécialisée, sans oublier un interlude rare (le cahier de photos du fonds Paul MANSI, promoteur doué, dès 1947, pour trouver des concerts aux jazzmen de passage.)



Sophie Chambon

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 11:07

 

Chris Cheek (ts), Cuong Vu (tp), Benjamin Moussay (p, fder), Steve Swallow (b), Chrisophe Marguet (dms)

Abalone 2013

marguet-christophe-sextet_constellation.jpg

 

Certains ont eu la chance d’assister à ce magnifique concert donné à Coutances en mai 2012 qui lançait ce projet, un an avant la sortie officielle de l’album. Nous l’avions chroniqué ici et rangé parmi les plus beaux concerts de l’année. Il y eu ensuite celui donné à la Villette quelques mois plus tard. Toujours avec cette formation franco-américaine surprenante et atypique mais aussi si difficile à réunir.

Côté français, le batteur-compositeur associe Benjamin Moussay aux claviers à Regis Huby au violon. De l’autre côté de l’Atlantique, Chris Cheek au ténor, Cuong Vu (le trompettiste américano-vietnamien entendu dans plusieurs groupes majeurs outre-atlantique et notamment aux côtés de Pat Metheny) et Steve Swallow à la basse se sont associés à ce voyage interstellaire.

C’est donc un sextet totalement inattendu et inédit que Christophe Marguet a réuni pour un album qu’il a composé de bout en bout avec l’art d’un façonnier (sauf After the rain de Coltrane). Et puisque ce sextet est inédit, Christophe Marguet a eu à coeur d’écrire tant pour chacun de ses membres, ayant en tête leur personnalité musicale qu’avec l’idée des multiples associations possibles parvenant à créer, au delà de ces multiples combinaisons une véritable homogénéité de groupe.

On aime l'inventivité de Régis Huby dont l'apport au son de groupe est exceptionnel. On aime cet incroyable trompettiste, Cuong Vu dont chacune des phrases déchire l'espace avec passin. On aime la souplesse et l'agilité du son de Chris Cheek porteur d'incandescence oyeuse. On aime le jeu de Swallow entre basse et guitare dont la pulse essentielle se mêle toujours à la ligne harmonique avec le sens de l'essentiel et du superflus. On aime Benjamin Moussay entre piano et fender dont chaque intervention est une véritable enluminure. Et enfin on aime Marguet, coeur batteur d'un drive subtil et prolixe.

Ce que propose Christophe Marguet ici est un véritable voyage, ouvrant des fenêtres superbes, se basant sur un système de progressions harmoniques d’une incroyable richesse ou laissant place à l’improvisation maîtrisée des solistes tous exceptionnels. Le soyeux du discours de Chris Cheek, le mordant étincelant de Cuong Vu auquel Regis Huby associe parfois un son magnifique portent en soi un langage universel et dense. Parfois ces constellations sont lunaires comme sur ce satiric dancer où le discours de Benjamin Moussay au fender apporte une sorte d’apesanteur sensuelle. Parfois elles puisent dans une inspiration plus classique dans une sorte de suspension du temps. Il faut écouter Agripouli  comme un voyage rêvé sur la mer italienne où les interventions de Régis Huby empreintes de swing mêlé puis de profondeur donnent au thème une dimension onirique auquel se joignent les cordes de Swallow puis les cuivres de Cheek et Vu. Ou encore Benghazi porteur d’une tension sous-jacente s’appuyant sur la ligne de basse, sur le drive et sur les nappes flottantes de Moussay et de Huby avant que la mélodie magnifiquement portée par Chris Cheek nous laisse avec une sorte de nostalgie. Un voyage du côté du hard-bop sur Old road permet d’entendre aussi une autre facette de cette constellation jazzistique où la pulse emporte tout sous le groove d’un Steve Swallow en grande forme.

La musique de Marguet n’est jamais stéréotypée. Créatrice de sensations et d’émotions. Que ces émotions passent par l’émergence de nappes harmoniques, par l’installation de pulsations irrépressibles ou par l’urgence qu’expriment les solistes dans l’énergie de leurs discours, il y a une force vitale incroyable qui s’en dégage. Un vrai collectif. C’était le rêve de Christophe Marguet de réunir ces musiciens qui tous se sont investis dans ce projet. Ce qui passe alors entre ces musiciens exceptionnels, ce courant continu qui circule pour donner le meilleur de la musique nous transporte et nous élève. Et ce rêve se transforme en voyage merveilleux qui nous embarque du premier thème jusqu’à la dernière note de ce superbe After the rain de Coltrane. Et nous laisse la tête dans les étoiles et le rêve en bandouillère.

Jean-Marc Gelin

 

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 22:35

AVISHAI COHEN QUARTET
FESTIVAL JAZZ A JUAN
16 JUILLET 2013
 
Avishai Cohen : contrebasse/chant
Nitai Hershkovitz : piano
Eli Degibri : saxophone
Ofri Nehemya : batterie
 
Découvreur de talents, Avishai Cohen l’est indubitablement, comme le fut en son temps Miles Davis. Ainsi, c’est accompagné notamment par deux très jeunes prodiges, qu’il s’est présenté le 16 juillet 2013 sur la scène mythique du festival "Jazz à Juan". Nitai Heshkovitz au piano, 23 ans - avec lequel il vient d’enregistrer son dernier opus "Duende" - et Ofri Nehemya à la batterie, 19 ans, sont propulsés grâce à lui sur les plus grandes scènes du monde, comme le furent également Shai Maestro et Omri Mor.

  

Avishai Cohen Jazz à Juan 2013.1 Avishai COHEN - Photo Gilles LEFRANCQ

 

 

Sur ce point, on peut reconnaître à Avishai Cohen la générosité d’offrir son soutien et sa confiance aux jeunes musiciens qui feront le jazz de demain !
Durant le concert, le quartet jouera principalement les compositions du contrebassiste, aux formules rythmiques et mélodiques parfois un peu répétitives : notamment "El Capitan And The Ship At Sea", "Ballad For An Unborn", "Ann’s Tune" ou encore "Yagla". Le relief sera principalement apporté par certains soli qui enflammeront la pinède. Avishai Cohen improvise différemment qu’à l’habitude, ponctuant ses lignes mélodiques comme il le ferait d’une phrase, utilisant la contrebasse comme un outil linguistique et créant ainsi un véritable discours où l’on entend la reprise du souffle de son instrument. Eli Degibri jouera ardemment, dans un style hard bop, faisant balancer les spectateurs sur leur chaise. Le jeune Nitai Hershkovitz, remarquable pianiste, prendra une place particulière dans l’ensemble. Après le départ de Shai Maestro en 2011, Avishai Cohen s’était tout d’abord associé à Omri Mor, lequel partira également. Nitai, avec lequel il a enregistré l’album "Duende" et avec qui il échangera des regards de connivence tout au long du concert, semble être le compagnon de musique qu’il cherchait depuis longtemps.
Malgré le talent de chacun des artistes, la cohérence du quartet est encore à parfaire. Avishai Cohen opère de fréquents changements dans son équipe et cela finit peut-être par ralentir la construction d’un ensemble homogène, ce que les musiciens appellent "le son".

 


En dépit des moments forts du concert, je n’ai pas retrouvé l’émotion qui me tenait lors du concert d’Avishai Cohen sur cette même scène en 2010, sur la scène du Nice Jazz Festival en 2011 ou encore celle du Moods à Monaco en 2008.
Les fans se lèvent pour l’applaudir après le dernier morceau, une reprise de "Besame Mucho", qu’Avishai Cohen affectionne et joue comme un message de terre promise à son public.


Yaël Angel
 

 Avishai Cohen Jazz à Juan 2013

   Avishai COHEN - Photo Gilles LEFRANCQ

 

Prochains concerts en France :
28/07 – Festival de Carcassonne – Carcassonne, France
12/10 - Nimes, France
13/10 - Tourcoing Jazz Festival, Colisée - Tourcoing, France
15/10 - Schiltigeim, France
16/10 - Théâtre Carpeaux - Courbevoie, France
17/10 - Nancy Jazz Pulsations - Nancy, France

 

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 20:52


charmasson.r-jaume.a-gress-d-rainey.t_flybabyfly_w.jpgAjmiseries
www.allumesdujazz.com
www.jazzalajmi.com
Distribution Abalone Socadisc

Voilà un disque qui a pris son temps avant de paraître. En 2004, un quartet franco-américain se retrouve à l’AJMI (Avignon). Le guitariste Rémy Charmasson est le lien avec le duo américain Gress /Rainey, bien que jamais le saxophoniste André Jaume ne soit en reste, toujours prêt à se lancer dans de nouvelles aventures. Ce souffleur« branché free » de son propre aveu est un musicien de jazzs avec un « s ».
Voilà un groupe improvisé, un projet de rencontre particulièrement convaincant qui fait œuvre collective,  dans un partage à deux, trois, quatre, l’entente inconsciente, étant la condition première de toute création improvisée.
Compromis entre écriture et improvisation, cet album élégant se prête à l’exercice de formes ouvertes, rythmiquement complexes qui restent heureusement immédiates, « organiques » comme le suggérait lors de l’enregistrement le batteur Tom Rainey : écoutez donc le formidable « Rock me » de Charmasson au riff inoubliable et toxique. Une musique qui évolue de climats labyrinthiques en ambiances plus engagées et percussives avec le duo rythmique superlatif de Drew Gress et Tom Rainey, cœur d’un quartet des plus toniques qui manie l’audace dans ces rythmes volontairement fragmentés « Oubliés ».
Une formation qui joue d’évidence ses propres compositions mais sans exclusive puisque, parmi les belles pièces de cet album, se trouve le morceau inaugural « Fuchsia Norval » du saxophoniste Frank Lowe (de la Great Black Music), le « White Horses » toujours inspirant de l’ami contrebassiste Bernard Santacruz, un superbe « Cassavetes » du guitariste un peu oublié aujourd’hui, Gérard Marais.
   
La cohérence dans le jeu est telle qu’il semble difficile de reconnaître l’auteur de certains thèmes d’autant que tous les intermèdes sont des créations collectives à 2 ou 3, prédelles d’exposition, à la manière d’Alechinsky qui brodent et bordent le centre dur de la représentation.
Aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est une complicité intelligente alliée au travail le plus rigoureux. Ces quatre-là savent s’écouter, se chercher, se trouver par mini-solos interposés, échanger questions-réponses, dialoguer dans une virtuosité réjouissante, avec le goût de la mélodie au besoin déconstruite. Peut-être pourrait-on avancer que la brillance, l’extravagance sont la marque du guitariste qui ne tombe pas dans le piège attendu du lyrisme alors qu’ il en a toutes les possibilités, les compositions plus lentes, mélancoliques telles ce « Fumaccia » du fait d’un souffleur, capable d’une douceur extrême du jazz de chambre à la Giuffre.
Un album que l’on aime pour ce qu’il éveille dans notre imaginaire, à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés, dans un chatoyant travail de textures : clarté  et élégance de la mise en place, agencement finaud de petites pièces, pas si faciles et de compositions plus élaborées.
 Exigeant sans être jamais déroutant, pénétrant enfin, pour peu que l’on se laisse happer par ce lyrisme étrangement sinueux.

Ce bel objet au graphisme de Gianfranco Pointillo, designer fidèle aux Ajmiseries,  a vu le jour en 2013 : Jean Paul Ricard  raconte comment cet enregistrement a pu enfin paraître, traduisant une « forme de résistance à une sorte de fatalité  dans une période qui s’inquiète peu de reconnaître à sa juste valeur ce type d’expérience dès lors qu’elle n’est pas le fait de personnalités plus ou moins starifiées par les medias dont la seule préoccupation consiste à amplifier des événements qui font déjà l’unanimité d’un anonyme grand public ».
Le public aime reconnaître plus que connaître.

Si Frank Sinatra nous exhortait de sa voix de velours à le suivre dans son  « Come fly with me », le jazz étant, de surcroît, né à l’époque où se réalisait le rêve de voler, n’hésitez pas vous embarquer dans cette rutilante machine et…bon vent de toute façon !

Sophie Chambon

 

 

 

Souvenir d’un enregistrement  longtemps retardé

Work in progress de FLY BABY  FLY  printemps 2004
Chronologie de l’opération
La création s’est échelonnée sur une semaine .
•    Vendredi 5 et samedi 6 mars : Répétitions dans le but d’établir un programme, d’essayer différentes combinaisons en se faisant plaisir.
•    Dimanche 7 mars :  Départ pour l’Hérault  et concert- test à L’archipel au Lauret .
•    Lundi 8 mars et mardi 9 mars : Enregistrement au studio Lakanal de Montpellier sous la vigilance de Boris Darley, dans le studio sans piano qui correspond parfaitement à la structure de cette formation.  Départ de  Drew Gress  pour Séville où il jouait le soir suivant
•    Mercredi 10 mars : Relâche
•    Jeudi 11 Mars : Attente du retour mouvementé du contrebassiste ( son vol fut retardé à Madrid à cause des événements tragiques d’Atocha ).   21 heures : Concert à l’Ajmi comme prévu  .
•    Vendredi 12 et Samedi 13 mars :  Masterclasse  sur le rythme donnée par les musiciens, encore une occasion de jouer certaines compositions.  Perrine Mansuy se joint au groupe ravie d’être entourée par une rythmique de choc.
Vendredi 5 mars : Premier jour des répétitions
10 heures : Les Américains, toujours très ponctuels,  attendent devant l’ Hôtel de l’Horloge (sur la place du même nom, à cinq minutes du Palais des Papes qu’on vienne les chercher pour les conduire à l’Ajmi. Arrivée à « l’atelier », le travail va pouvoir commencer .
Rémi Charmasson propose des titres, Drew  Gress et Tom Rainey suivent les indications, le quartet commence à jouer.
 Rock me (babe) composition plutôt funk à la James Brown : tout de suite  le ton est donné, on est dans l’ambiance.  Indications sur la dernière phrase qu’il s’agit de faire tourner .
Souvent les échanges, interrogations, reprises concernent la façon de sortir du thème, proposent des solutions pour éviter une succession de solos, ou la répétition trop systématique de certaines phrases. C’est que visiblement les musiciens prennent du plaisir à jouer et veulent transmettre ces sensations.
 Tom propose de partir de façon totalement improvisée pour construire peu à peu l’édifice. Au lieu de se constituer un ordre des solos, il s’agirait de les rendre collectifs au contraire. Il devient vite évident que le batteur s’interroge tout particulièrement sur l’architecture des morceaux, tente en permanence de rendre plus vivante les structures .
André Jaume propose ensuite  Pour Buddy  (Collette),  autre souffleur avec lequel il joua et qui fut, pour l’anecdote, le premier musicien noir californien à jouer pour la télé :  c’est une autre esthétique, un thème plus classique  qui entraînera une discussion sur la structure des thèmes AABA de 32 mesures. Les musiciens s’interrompent, marquent au crayon quelques indications, sur les  mesures…
11h 30  A la pause, Drew Gress qui parle un français très correct feuillette le dernier exemplaire des Allumés du jazz , André Jaume sirote son café, content de la tournure des événements et de la belle vitalité de l’ensemble alors que Tom et Rémi continuent à s’entraîner sur une phrase, un accord.
On reprend ce thème plusieurs fois jusqu’au déjeuner.
12h30 Déjeuner au Grand Café qui fait partie de La Manutention : c’est la « cantine » de l’Ajmi, de très bonne qualité . Echanges  sur des souvenirs de concerts, anecdotes de la vie de musiciens, évocation de Claude Nougaro qui vient de tirer sa révérence.
14h00 Reprise avec un morceau de Frank Lowe Fushsia Norval qui « se veut étrange mais tourne bien  » . Certains  suggèrent à Tom d‘être encore plus libre,  puisque Drew et André tiennent la cadence.  Tom  toujours phlegmatique  assure sa volonté de jouer «  organic ». Ah les subtilités de la traduction. « Play it organic » est une expression essentielle en américain qui pourrait se traduire……. En tous les cas, rien à voir avec « fonctionnel ».
La partition sert à proposer, à rassembler mais tout reste ouvert à ces improvisateurs. Il n’y a jamais de version définitive. La plupart des reprises, en début d’après midi,  se feront sur tempo plus rapide. Mais le travail important est la mise en espace . Les Américains se coulent tout de suite dans les compositions et ne font des suggestions qu’à la fin de chaque pièce. C’est dire que l’interaction est rapide, pertinente.
15H 00 Un troisième thème plus free de Rémi  Charmasson Sans Histoire introduit une discussion sur la coda.
 Puis les musiciens enchaînent avec :
Valse habile (à BILL) d’André Jaume : le thème joué à la flûte induit encore un changement de rythme,de style, le A  étant plus long (16 mesures) le pont ne constituant qu’un interlude de 8 mesures…la discussion s’engage encore sur la façon de finir le morceau, retourner sur le si bémol….
 Partir au loin :  André Jaume assure que sa composition  ne sera pas retenue nécessairement, mais qu’il aimerait l’entendre avec ce quartet,  « il n’y a personne pour jouer ça en Corse… » Repris finalement dans une version plus rapide,  il conclut,  ravi : « ça sonne comme je veux ! » on a ainsi ce son chaleureux, ample, charnel.
16H 30 : Pour finir Oubliés, un hommage à Django splendide joué sur un tempo rapide .
17H30 Fin de la première journée. Les musiciens s’estiment satisfaits du travail réalisé.
Avec de tels professionnels, le travail semble  facile, tant cela se passe bien , sereinement et efficacement. Les thèmes entendus laissent présager que le disque qui n’a pas encore de titre sera un petit bijou .


Samedi 6 mars : Dernier jour des répétitions

Poursuite des répétitions sur le même rythme et choix des morceaux pour le concert du lendemain au Lauret. On prendra un autre thème de Frank Lowe (Gepetto) et Cassavetes de Gérard Marais . Discussion sur les films et aussi sur la série de Johnny Staccato qui vit débuter le réalisateur alors acteur, série culte dont la  musique était signée Elmer Bernstein.

Laissons au guitariste Rémi Charmasson le soin de finir l’article en nous donnant son « bilan » de l’opération :


CODA :
« Les morceaux joués en concert le dimanche soir ont été retenus pour l'enregistrement...
La première prise en studio chez Boris Darley  au Studio Lakanal s'est faite le lundi à 11h....
Le même jour à 18h, 80% du futur cd était dans "la boîte".
Le lendemain, 3 nouvelles versions de 3 titres étaient enregistrées pour finir la séance à 15h...
André a joué fabuleusement bien pendant cette aventure. Il est incontestablement un des meilleurs improvisateurs de sa génération avec un son et un jeu de ténor inimitable ...et Boris a une fois de plus prouvé qu'il est un des meilleurs ingénieurs du son de la planète... 
16h  Batterie et guitare chargées dans mon break, Boris sur le trottoir nous salue et nous réaffirme admiratif, qu'il n'a jamais vécu une séance aussi rapide et efficace. »

Les titres:

`

Fushia Norval ( Franck Lowe).


Sans histoire ( Rémi Charmasson)


Cassavetes ( Gérard Marais)


Oubliés ( Rémi Charmasson)


Rock me ( Rémi Charmasson)


White horses (Bernard Santacruz)


Gepetto( Franck Lowe).


Valse habile (André Jaume)

Pour Buddy n'est pas retenu pour des questions de cohérence ...
Entre les titres ont été prévus de courtes saynètes, une dizaine d’impros, des duos très courts, créent les enchaînements , les transitions 
Le titre du cd n'est pas encore arrêté, mais l’album devrait sortir dans moins d'un an.
Le quartet  tournera  en France et en Europe en mai 2005.
Qu’on se le dise !




A J M I ( Association pour le Jazz et la Musique Improvisée.)
La manutention 4, rue escaliers Sainte-Anne
84000 Avignon (France).

Email: info@jazzalajmi.com  Website: www.jazzalajmi.com



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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 11:31



C’est à moins de trois heures de TGV de Paris mais les Français se comptent quasiment sur les doigts de la main. Plus grand festival de jazz indoor –le titre en plein air est détenu par Montréal- le North Sea Jazz Festival, sis à Rotterdam après un quart de siècle à la Haye, reste une affaire néerlandaise. Sur les 75.000 spectateurs présents (1) du 12 au 14 juillet-la première édition sold out en huit ans mais il est vrai que c’est une année sans compétition internationale de foot-ball - un petit 10 % de non nationaux !

 

festivalentree.jpg

Entrée de l'In-door - Photo Jean-Louis Lemarchand

Les absents avaient tort. Le plateau était somptueux, même si Sonny Rollins avait déclaré forfait, affaibli par des ennuis respiratoires. En l’espace de trois jours, de 17 h à 1h30, cent cinquante concerts proposés sur onze scènes réparties sur trois étages d’un parc des expositions à proximité du port de Rotterdam. Le royaume du superlatif assurément. Comment éviter l’overdose, c’est bien la question-clé pour ces amateurs qui ont déboursé 86,90 euros/jour et 199 euros pour les trois jours, forfait grimpant à 319 euros en incluant les concerts de stars (Diana Krall, Chick Corea, Dee Dee Bridgewater…). A titre d’exemple le 12 juillet entre 21 h et 23 h, on se voyait proposer Diana Krall, Monty Alexander, Santana, Steve Coleman, Anat Cohen, Lianne La Havas, European Sunrise (formation de jeunes talents de l’Union Européenne avec pour la France Airelle Besson et Guillaume Perret)…

 

P1020430--2-.jpgRotterdam à l'heure du festival - Photo Jean-Louis Lemarchand

 

Une fois le choix personnel (et naturellement déchirant) effectué, les choses se passent plutôt bien. Excellentes conditions acoustiques même dans les grandes salles, public respectueux (trop peut-être pour un latin, l’exubérance n’est guère de mise ici), fluidité remarquable pour se rendre d’une salle à une autre. En un mot, grand professionnalisme de l’organisation forte de 3000 personnes.

 

peterking.jpgPeter King - Photo Jean-Louis Lemarchand

 

Sur le plan artistique, nos impressions les 12 et 13 juillet, pour les raisons invoquées ci-dessus, sont évidemment parcellaires. Au niveau des « chocs », on retiendra en tout premier lieu la soirée complète de John Zorn-cinq concerts en cinq heures- revue de sa carrière, avec en vedette Joey Baron(batterie) et Marc Ribot(guitare), spectacle mis sur pied pour ses 60 ans et qui sera présenté à La Villette début septembre. Yaron Herman s’est mis en valeur au sein de son quartet (avec un brillant Emile Parisien aux saxophones) et en trio pour une brève prestation-hommage à Esbjörn Svennsson (disparu voici 5 ans) avec ses deux ex-comparses Dan Berglund (basse) et Magnus Öström (batterie). Mention bien aux deux chanteuses-pianistes Diana Krall (style rétro et pop) et Eliane Elias (bossa-nova et hommage à Chet Baker).

 

corea2.jpgChick Corea & The Vigil - Photo Jean-Louis Lemarchand

Minimum syndical pour Chick Corea, dilettante, mais on aura remarqué Marcus Gilmore (batterie), petit-fils de Roy Haynes. Bonne rétrospective be-bop enfin avec un all-stars, les Cookers (Eddie Henderson, Cecil McBee, Billy Harper, Donald Harrison, David Weiss, Billy Hart, George Cables) et un groupe anglo-néerlandais où se distinguait le vétéran alto Peter King (73 ans) qui fit les beaux soirs du Petit Opportun.


Jean-Louis Lemarchand


(1)    La billetterie couvre environ 80 % du budget du North Sea Jazz Festival qui bénéficie par ailleurs du soutien d’une vingtaine de partenaires dont au premier rang le Port de Rotterdam, Grolsch (les bières) ou encore BNP Paribas,banque présente aux Pays-Bas depuis 130 ans. L’an prochain, le festival prendra le nom de Port de Rotterdam North Sea Jazz Festival.   

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:04


Anat Cohen, lauréate du prix Paul Acket au North Sea Festival

La clarinettiste israélienne Anat Cohen s’est vue décerner le prix Paul Acket (1), lors du North Sea Jazz Festival, succédant au palmarès à Craig Taborn, Arve Hendriksen et Christian Scott. Destiné à récompenser un musicien talentueux méritant la reconnaissance du grand public, le prix accordé par un jury international est doté d’une allocation (5.000 euros) attribuée par la Fondation BNP Paribas.
Délégué général de la Fondation BNP Paribas, mécène du jazz depuis 18 ans, Jean-Jacques Goron a salué le 12 juillet à Rotterdam lors de la remise du prix « l’impressionnante vitalité sur scène d’Anat Cohen, son vrai sens du groove et ses interprétations pleines de tendresse ».
Interprète disposant d’un solide bagage technique, Anat Cohen aime à s’aventurer sur les différents territoires de la musique, du jazz le plus classique des années 30, aux sonorités brésiliennes en passant même par la chanson française avec « La Vie en Rose ». Délaissant le saxophone ténor de ses premières années-au conservatoire et à l’armée- elle s’est consacrée depuis à la clarinette en alternance avec le saxophone soprano. Leader de son groupe, installée à New-York depuis une dizaine d’années, Anat participe également au trio 3Cohen avec ses frères Avishai (trompette) et Yuval (saxophones alto et soprano).

 

anatcohen2--2-.jpg

 Photo : Jean-Louis Lemarchand 

 

 

En vidéo

 

 

 


BNP Paribas soutien du jazz depuis 18 ans
La Fondation BNP Paribas apporte son soutien à des musiciens de jazz depuis 1995, un pilier de son engagement mécénal) qui se développe dans cinq domaines : culture, solidarité, éducation, santé et environnement (un budget global de 8,5 millions d’euros en 2012 dont 1,8 million pour les actions culturelles). Cette action en faveur du jazz prend des formes diverses, aide à des enregistrements, promotion de concerts, soutien à des tournées. « Nous souhaitons apporter un accompagnement à des projets, souple, taillé sur mesure pour chaque artiste », souligne Jean-Jacques Goron. Ont ainsi bénéficié de cet engagement Manuel Rocheman, Sophia Domancich, Baptiste Trotignon, les frères Moutin, Thomas Enhco, Ablaye Cissoko…
Dans le même registre, la Fondation BNP Paribas s’investit dans des festivals comme Jazz à St Germain des Prés Paris et Jazz à l’étage à Rennes et à l’étranger, Saint-Louis Jazz (Sénégal), L’Emoi du Jazz à Abidjan(Côte d’Ivoire), Tanjazz (Maroc) sans oublier le North Sea Festival avec un soutien également à une journée dédiée aux enfants… à partir de deux ans.


(1) Paul Acket était le fondateur du North Sea Festival, installé initialement en 1976 à La Haye et depuis huit ans à Rotterdam.
 

 

Jean-Louis Lemarchand

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 22:25

tana_-_le_petit_livre_offrir_un_voyageur.jpgLe petit livre à offrir à un voyageur
 A lire ici ..ou bien ailleurs

Textes Raphaële Vidaling

TANA EDITIONS

« Se perdre pour voyager » écrivait Nicolas Bouvier, l’écrivain-voyageur devenu la référence en matière de voyage. Voilà que  la malicieuse collection des éditions TANA nous propose pour le départ en vacances, la grande migration estivale française, un viatique qui n’est ni vraiment guide, ni essai, à emporter avec soi sur la plage, au bord de la piscine, dans le train, l’avion. On pourra se délecter à sa lecture aléatoire, le picorer au gré de ses envies.
Se perdre pour voyager certes, mais dans une nébuleuse de stimuli, jugez plutôt : petits récits à prolonger, bouts rimés, cadavres exquis, quizz des capitales, savoureux lexique anglo-arnaque des brochures touristiques, éloge du voyage à pied, invitation au voyage à l’heure d’internet, petite typologie du voyageur en groupe, agences recommandées pour les voyages à thème les plus insolites.
Vous saurez tout (ou presque) des fantasmes du voyageur, sans oublier le carnet du voyageur immobile à l’image de Joseph de Maistre. Et encore les dix films qui donnent envie de faire son sac, ou le personnage de fiction avec lequel vous aimeriez vous envoler.
Alors que nous plaçons aux DNJ, dans nos recommandations ce formidable petit livre, vous ne trouverez rien sur la musique du voyage, pas même une petite allusion à l’attraction de Dutronc pour les hôtesses de l’air ?
Alors, amis voyageurs et vacanciers, prenez la plume, transformez-vous en lecteur actif et avisé, à l’image des adeptes du Guide du Routard . Envoyez vos suggestions de voyage en musique… à TANA EDITIONS qui publie cette collection bath….dont nous avons déjà évoqué avec bonheur les thématiques sur le cinéma et le jazz.
D’ailleurs, sort cet été la suite des Portraits légendaires de Pascal Anquetil que nous avions évoqués aux DNJ. Les 35 portraits en noir et blanc du responsable de l’IRMA feront plaisir aussi bien aux amateurs qu'aux fins connaisseurs. Mais nous vous en reparlerons…..

Sophie Chambon

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 22:19


Couv-Hess-web.jpgChroniques 1966-1971

Collections Jazz Impressions
Alter Ego éditions
www.leseditionsalterego.worldpress.com

225 pages


Joël Mettay (Alter Ego Editions)  a eu la bonne idée d’éditer le formidable recueil de chroniques du regretté Jacques Bernard Hess, préfacé par son ami de toujours, Lucien Malson. Cette revue de presse court de 1966 à 1971, avec des textes  publiés à l’origine dans Jazz Hot puis Jazz Magazine et même dans le Rock & Folk premier,  le n° 0 de 1966 (« J’étais l’interprète de Bob Dylan »). En guise de conclusion figure un dernier texte, plus tardif, de 1985, une synthèse intitulée « Les nuits de St Germain des Prés ». D’abord appelée « Le Bloc-Notes », en référence à François Mauriac, cette rubrique fut rebaptisée « Hess-O-Hess » ( on peut aussi comprendre  S.O.S ) quand Jacques B. Hess quitta Jazz Hot pour Jazz Magazine, après un différend avec Michel Le Bris, rédacteur en chef un temps du mythique Jazz Hot de la rue Chaptal. 

Il eut une vie extraordinairement bien remplie, tragique aussi avec la déportation, très jeune, à Buchenwald. Mais dès son retour, il ne gâcha pas des dispositions naturelles plutôt exceptionnelles. Philosophe de formation, musicien de jazz et contrebassiste, traducteur émérite (on lui doit Moins qu’un chien, la traduction sans fard de l’autobiographie de Charles Mingus, Beneath the Underdog, aux éditions Parenthèses), il fait preuve d’un talent d’écriture certain et de sa belle plume journalistique, il livre une version truculente de l’actualité du jazz en France et aux Usa et donne sa vision non édulcorée de la société en pleine mutation des années soixante. J B. Hess s’inscrit d’ailleurs dans la lignée d’un Boris Vian, son aîné de quelques années dont il cite les Chroniques de Jazz qui parurent de 1947 à 1958. D’où un ton léger, spirituel mais critique dans ses papiers que vous découvrirez, sourire aux lèvres et souvent, comme moi, en proie à d’irrésistibles éclats de rire. Sans jamais être scabreux, il nous dépeint allègrement la vie aventureuse d’un musicien de jazz à Paris après guerre.
Lecture nostalgique aussi car Jacques B. Hess, qui avait l’âge de mon père, décrit l’époque de mon enfance. Qui pourra mieux saisir la finesse des allusions, replacées dans le contexte adéquat, apprécier cette revue de presse alerte et politique que les lecteurs de ma génération et de celles qui précèdent ? Souhaitons que les plus jeunes apprécient ces pages à leur juste valeur, même si l’esprit et le ton de l’époque ont changé.  Il peut y avoir « concordance des temps », recul et mise en perspective de notre époque à l’aune de précédentes, comme l’écrivait Racine,  avec le coup d’œil sur un « pays éloigné ».
 A aucun moment Jacques B. Hess n’est « politiquement correct », il ne pratique jamais la langue de bois, et les vérités qu’il assène d’un ton goguenard sont implacables. Il ne sort positivement de ses gonds - cela est rare et d’autant plus marquant- que lorsqu’il est question de racisme, de tous les racismes et discriminations (lire les terribles articles « Lynchburg », « Insurrections », ou « Obviously White ») et là, croyez moi, on ne sourit plus.
 Autre témoignage émouvant, Jacques B. Hess parle souvent d’un pianiste oublié aujourd’hui, Art Simmons qui faisait les beaux jours des clubs parisiens comme The Living Room, le Mars Club et que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de la réédition des albums de la collection Jazz in Paris, chez Universal.
Tout est plaisant dans Hess-O-Hess, jubilatoire, jouissif, affûté. Quand on sait qu’en plus de toute cette activité, l’auteur a initié et animé les premiers cours de jazz à l’université, on se dit que ce devait être un régal d’assister à ses cours : point de chronique érudite et assommante, de ce pointillisme parfois énervant des experts en jazz, tellement pointus qu’ils en deviennent limités. Par contre, notre aimable et disert chroniqueur quand il prend la peine d’analyser un album ou la musique d’un jazzman (Pharoah Sanders par exemple) impose une vision si précise qu’il n’y a pas lieu d’y revenir. Sans indulgence, avec la légitimité d’une véritable analyse, sans promo ni copinage.

Précipitez-vous sur ce livre, chers lecteurs, amateurs de jazz, vous ne le regretterez pas. C’est le portrait d’une époque déjà révolue, de la France des Trente Glorieuses,  un témoignage vif et précieux sur le jazz, écrit par un témoin des plus singuliers,  personnage attachant et véritable musicien.

Sophie Chambon     



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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 15:31

 


MEDIONI-MFT-web.jpgLe Tour du Jazz en 80 écrivains
Alter Ego Editions
 270 pages. 19.50 €
 

La couverture, illustrée d’une affiche du grand Pierre Alechinsky  annonce la couleur : chacun des écrivains pressentis devra indiquer parmi ses « favorite things », l’album de jazz qu’il aime par dessus tout et écrire à son sujet. Soit un tour du (monde) jazz en 80 écrivains de Michel Arcens à Martin Winckler qui nous sauve  Bill Evans et son trio (Sunday at the Village Vanguard, Riverside 1961) .
Frank Medioni, l’auteur producteur sur France Musiques de Jazzistiques, entre autres, a rassemblé les impressions et improvisations de ceux qui aiment le jazz, qui ont un certain goût du jazz. Cette pleïade d’ écrivains (poètes, philosophes, essayistes, auteurs de polars) se raconte ainsi en livrant une expérience intime, essentielle et donne les raisons du choix d’un album de chevet ou à emporter sur la fameuse île déserte.
Bigre, la carte se resserre comme peau de chagrin. Comment rendre raison d’une préférence, nous glisse Yannick Seité dans la préface, « répondre à un disque par des phrases»? Mais le jazz, la littérature, la philosophie se sont toujours associés en toute liberté. On retiendra de ces multiples témoignages que ces auteurs envient aux jazzmen la liberté, l’individualité du timbre, la faculté de se lancer dans l’improvisation.
Sans être experts (il y a cependant dans la liste des critiques confirmés de cette musique), ces fans éprouvés de la Great Black Music projettent leurs élans du cœur et de l’âme dans des mots, des phrases tout ensemble spéculatifs, nostalgiques, intuitifs. Au seuil de cet itinéraire, traversée du pays du jazz, anthologie très spéciale, on entre dans l’intimité de textes, parfois surprenants, souvent émouvants, teintés d’une nuance autobiographique indéniable.
Ainsi, selon l’âge et le vécu des auteurs, s’attache un regard qui filtre évidemment.
Il y aura donc des oublis dans cette liste qui esquisse les contours du « roman » du jazz d’une époque, comme diraient les historiens, de 1928 ( Armstrong in Weather Bird, Odeon) à  2012 (Misha-Fitzgerald Michel in Time of no reply , No Format). 
Les noms jaillissent les uns après les autres comme un chapelet de perles, joli collier à porter cet été.
Qu’est-ce qui peut expliquer ces choix parfois curieux, où cohabitent des albums vinyles essentiellement ( trois  78 tours dans la liste) et très peu de Cds ( nécessairement après 1985). Peu de musiciens français et de jazz européen en général : une seule citation  pour notre Michel Portal avec son Dejarme solo ! (Dreyfus 1980), mais dans la poignée d’albums récents, de vraies surprises comme le Compass de Suzanne Abbuehl en 2001, Colin Vallon (Rruga, ECM 2011),Trombone Shorty, Marc Copland, Thomas Enhco (Fireflies, Label bleu 2012) , Aldo Romano (Il piacere), Marc Ducret tout de même. Très peu de jazz vocal  ( une triade nouvelle composée de Sarah Vaughan, Billie Holiday et…Jeanne Lee), des « classiques » du bop, hard bop et du free avec les inévitables  John Coltrane, Albert Ayler, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Charles Mingus, T.S Monk, Charlie Parker. Si Ole de Coltrane revient trois fois, on ne retrouve pas le mythique Kind of Blue.
Miles Davis et Dizzy Gillespie ne sont pas cités, Louis Armstrong et Bud Powell in extremis.
En choisissant sans regret « seulement » 80 albums,  ce tour du jazz  évite la monotonie de la chronologie, bouscule pacifiquement les genres et époques. Il me reste une suggestion à faire à chaque lecteur, qu’il  fasse à son tour, non pas sa propre liste (trop facile) mais le choix unique de l’ album qui l’a marqué à jamais.

Sophie Chambon 

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