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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:09

 

Marc Cary ( p, fender), Sameer Gupta: Drums, Tabla; Burniss Earl Travis II, Rashaan Carter: Bass

 marc-cary.jpg

 

Des sonorités électriques lunaires ou acoustiques pour un jazz plus straight, l'univers du pianiste Marc cary est aussi foisonnant que si l'on prenait la synthèse d'un Jason Moran croisé avec un Robert Glasper. Il y a chez l’ancien pianiste d’Abbey Lincoln (à qui il a récemment consacré un magnifique album) un vrai savoir faire de la musique avec des machines à groover un peu iconoclaste. Ainsi un morceau spatial comme Todi Blues qui évoque les meilleures heures du jazz fusion côtoie ainsi un Tanktifedqui s'inscrit plus dans une lignée d'un jazz plus classique mais toujours avec ce sens du groove. Avec Marc Cary on bascule entre une musique électrique tapissant les espaces sonores et un groove acoustique plus lyrique et foisonnant à l’image de cet irrésistible et atomique Boom.

Les progressions harmoniques sont étonnantes. Marc Cary navigue sans cesse entre la linéarité de ces progressions et des lignes de brisures à la limite de la dissonance sans jamais pour autant s'approcher trop près de Monk. Il faut justement écouter Boom pour comprendre les filiations et le rapprochement que l'on pourrait en faire avec un Jason Moran dans l'art de la construction-deconstruction.

Marc Cary propose des idées intéressantes et développe un vrai langage personnel.

Il y a des moments de flottements absolument superbe (Open Baby) où l'on peut juste regretter de ne pas y entendre un drumming plus rond, plus en douceur, la rythmique étant d’une manière générale assez timide et en retrait.

Ce qui n’empêche pas l'album d’être passionnant, toujours inventif, toujours créatif sur les propositions. Celui qui accompagne souvent Meschell Ndegeocello n’est jamais enfermé dans un système. Dans ce Outside my window dans une veine assez classique qui fait penser à jason Moran l'on retrouve la patte des maîtres du piano jazz dans un thème étourdissant de virtuosité et de créativité harmonique et rythmique. idem sur Ready or not.

Que Jana Herzen, la patronne du label Motemma qui avait fait le pari, il y a une 10aine d’année de lancer Gregory Porter alors inconnu, peut dormir tranquille. Il est clair que l’on n’a pas fini d’entendre Marc Cary. Pour notre plus grand bonheur.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

A noter que le pianiste sera au Duc des Lombard avec son Focus Trio le 16 novembre. A ne manquer sous aucun prétexte

 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 22:22

 

Cristal Records. Octobre 2013. Sélection de Claude Carrière.

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Voilà une collection qui a gagné ses lettres de noblesse au titre de la vulgarisation et de la connaissance du patrimoine du jazz. Le cahier des charges est immuable : présenter dans un seul album, sur une durée moyenne de soixante-dix minutes, une sélection couvrant un thème, un compositeur, un interprète ou un instrument, en retenant les œuvres entrées dans le domaine public (50 ans après leur publication).

Président honoraire de l’Académie du Jazz, grand érudit devant l’éternel, Claude Carrière jette son dévolu cette fois sur le saxophone ténor. A tout seigneur tout honneur, il lève le rideau avec le « père du saxophone »,Coleman Hawkins dans ce qui deviendra un chef d’œuvre absolu, « Body & Soul » gravé le 11 octobre 1939. Le ténor accède au premier rang des instruments et ses princes de l’ère classique se nomment Herschel Evans (chez Basie), Ben Webster (chez Ellington), Lester Young, Chu Berry, Don Byas (dans son « hit » Laura), Flip Phillips, Illinois Jacquet, Arnett Cobb, Lucky Thompson, Dexter Gordon et Wardell Gray(dans un « combat » de haut vol).

 Galerie des légendes du saxophone ténor, cette sélection limitée à dix-huit interprètes propose naturellement les deux géants des années 50-60, à tort présentés comme concurrents, John Coltrane et Sonny Rollins. Viennent compléter cette introduction au ténor, les duettistes Al Cohn et Zoot Sims, Stan Getz (aérien) et deux vétérans toujours en activité, Benny Golson (l’ancien directeur musical des Jazz Messengers) et Wayne Shorter, qui boucle la revue avec un enregistrement de 1960 sur l’une de ses compositions (Tenderfoot) délivrée par un quartet où s’illustre le batteur Art Blakey.

Enrichi d’un livret alerte et documenté et d’informations précises (dates d’enregistrement, compositions des formations), un album à prix attractif, à chaudement recommander et notamment aux néophytes.

Jean-Louis Lemarchand

 

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:31

Laborie Jazz 2013

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dms)

www.Shai Maestro. com

www.laboriejazz.com


 shai.jpg

 

La musique de Shai Maestro, jeune pianiste israélien issu de la même école pianistique que Yaron Herman (enseignée par Opher Brayer), semble avec ce deuxième opus perdre un peu de la puissance et de la fraîcheur qui émanait du premier. Un peu comme si elle se cherchait. Et c’est vrai qu’on pourrait le croire à l’ouverture de l’album, à écouter Gal, morceau interminable qui ne dit pas grand chose. Pourtant si on l’écoute attentivement l’entame de cet album est tout bonnement remarquable moins par ce qu’il dit que par cette façon de planter le décor. Où l’on comprend vite qu’il est surtout question d’installer les musiciens, de leur donner leur propre espace de jeu.

Car avec  « The road to Ithaca » il faut entendre l’album comme celui de la maturité où il est moins question d’affirmer son jeu de piano que de mettre en évidence la force d'un trio magnifique dans lequel Ziv ravitz et Jorge Roder sont les éléments essentiels. On pense à la rythmique Ballard/Grenadier par exemple.

Dans cet album Shai Maestro s’impose dans la construction des espaces harmoniques et rythmiques où sa personnalité musicale individuelle importe moins que celle d’un groupe qui se construit autour de lui et qui porte sa propre identité.

La musique y est souvent ténébreuse, sombre et presque romantique à la fois. Jouant dans les graves du piano avec autant de maîtrise que de virtuosité, Shai Maestro va chercher dans de multiples influences. Celles classique de Debussy (The Other Road), celles plus dans le jazz de Jamal (Gal), celles un peu pop (Paradox) et souvent, celles issues de sa propre culture d’Israël (Vertigo). Peu importe le but qu’il se fixe c’est la route qui importe nous dit Shai Maestro en référence à la route d’Ithaca qu’empruntait Ulysse. Et c’est celle-ci qui justifie alors toutes les digressions et les méandres de ce beau voyage.

Techniquement ce power trio est absolument irréprochable et d’une richesse musicale de très haute volée. Plus encore que sur le précédent album, à otre hmble avis. Les renversements harmoniques instillés par Shai Maestro y sont exemplaires et la puissance rythmique qui porte l’album en fait un réel power trio. Ces trois là jouent avec télépathie, porteurs du même projet, capables de donner à la musique une incroyable expressivité. Mais il faut aussi noter la prise de son exceptionnelle réalisée par Rob Griffin véritable 4èmehomme de ce trio ( Pour info Rob Griffin, primé aux Grammys Awards est notamment l’ingénieur du son du quartet de Wayne Shorter) et qui contribue à donner ce formidable son de groupe.

 

Il y a dans cet album de l’espace, de la maîtrise mais aussi parfois de l’émotion. On pense à Meldhau lorsque l’on entend Untold. Mais au-delà de toutes ces références, Shai Maestro montre surtout qu’avec patience et maîtrise, il prend son temps pour bâtir et tracer sa route. Et cette maîtrise-là mérite à elle seule qu’on l’appelle « Maestro ».

Jean-Marc Gelin

 

 

 

PS : mention toute particulière au graphisme de Maggie Taylor qui signe la couverture de l'album ( Garden 2005 et que nous vous invitons à découvrir ici

 

 

 

 

 

 

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 14:19

 

Nwog records 2013

Hayden Chisholm - alto sax and bass; nils wogram - trombone; matt penman -

double bass; jochen rückert - drums

 

Cliquez ici pour accéder au site de Nils Wogram 

 

cover_riomar_400.jpg

Nils Wogram est une des valeurs montantes du jazz en Europe. A 41 ans le tromboniste allemand qui rafle en ce moment pas mal de prix outre-rhin a déjà une discographie bien étoffée et collabore avec des nombreux grands jazzmens européens dont notamment, plus proche de nous, le pianiste Bojan Z. Son groupe, « Root 70 » est un quartet groupant des musiciens allemands et néozelandais qui  dans le projet présenté ici associe les vents aux instruments à cordes avec un sens très aiguisé de l'écriture et de l'arrangement.

Il y a bien, dans ce que dit Nils Wogram un vrai classicisme au sens jazzistique dans l'écriture, très respectueuse d'une forme de jazz qui puise aussi bien dans la west coast que dans une forme aussi très ellingtonienne. L'utilisation des cordes y est particulièrement intelligente. On y entend une formule orchestrale mais aussi parfois un ancrage dans le blues du delta (Riomar) avec ces accents orchestraux qui remontent à un jazz bien historique. On aime chez le tromboniste cette volonté de ne pas vouloir renverser la table à tout prix, de cultiver ses racines et de développer des idées qui portent une certaine identité du jazz. Et tant pis pour ceux qui veulent de l'électrique, du rock fort ou que sais-je encore. Cette façon d'emmener le jazz sur des terres anciennes, nous la voyons au contraire dans le climat actuel comme une forme de liberté farouche.

Tout l'album qu'il nous propose ici est donc basé sur l'utilisation des cordes. Jamais pompeux ou kitsch, Nils Wogram parvient à en exhaler tout le potentiel swing autant que la richesse harmonique, s'appuyant au demeurant sur un superbe saxophoniste dont les sonorités rappellent celles de Paul Desmond. Les univers de Nils Wogram sont divers et lorsqu'il signe un morceau dédié au Duke c'est avec une approche toute personnelle et sans idée de plagiat ou de copie. Comme un hommage tiré de sa propre culture musicale. Ce qu'il parvient à faire dans sa façon d'écrire c'est aussi de laisser l'énergie intacte au travers de l'intervention des cordes qui apparaissent aussi parfois comme des vecteurs de pulse, ce qui est très rare with strings (Playing the game). Mais en même temps il les utilise aussi très classiquement (a un sens de la musique à cordes classique ) dans des morceaux où le jazz peut apparaître décalé ( Seeing the new in the old). De belles structures sont exposées comme Uniformly Unifromed ou encore Song for Bernhard aux textures harmoniques particulièrement riches. Le problème c'est le dernier tiers de l'album qui tombe un peu comme un soufflé, prenant un parti de plus en plus classique et de moins en moins jazz. Les structures deviennent alors plus académiques et moins intéressantes. Dommage

 

 

 

 

 

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 22:59

 

Salle Pleyel 13 octobre 2013

 

Incandescence

Transcendance

Magnificence

C’est à cela que l’on s’attend lorsque trois grands saxophonistes rendent ensemble hommage à une icône comme John Coltrane.

C’est bien dans cette fastueuse ferveur qu’a démarré le concert du Saxophone Summit à la salle Pleyel le 13 octobre 2013. Le sextet a entamé sa prestation avec une interprétation déchaînée de « Seraphic Light », composition de John Coltrane et également titre éponyme du dernier album du groupe, sorti en 2008.

Sur le devant de la scène on retrouve Dave Liebman, Joe Lovano, et Ravi Coltrane qui les a rejoint récemment suite au décès de Michael Brecker. Ceux-ci sont accompagnés par Cecil McBee à la contrebasse, Phil Markowitz au piano et Billy Hart à la batterie.

Immédiatement, Dave Liebman s’impose comme le leader du groupe, et peut-être aussi le plus coltranien des trois.

Sa présence quasi paternelle permet l’articulation et la cohabitation sur une même scène de trois musiciens affirmés, de trois styles, de trois énergies, dont chacune risque à tout moment de briser l’espace de l’autre.

Le groupe se lancera dans une version originale de « Minor Blues », puis de « Reverend King », et fera suivre une composition de Michael Brecker qui est aussi le titre du premier album du Summit : « Gathering of Spirits ».

Tricycle de Dave Liebman sera finement introduit par Cecil McBee à la contrebasse, qui s’aventurera, à pas feutrés, sur les chemins les plus tortueux qu’il puisse trouver, avant d’entraîner miraculeusement le reste de l’orchestre avec lui. Un morceau tourmenté, mystérieux, qui place l’auditeur au cœur serré dans un univers où le péril l’attend à chaque détour de croche. C’est ainsi avec apaisement que l’on accueille le retour bien amené à une bonne rythmique ternaire, où une ligne de notes se met à courir lestement comme un insecte affolé sur le manche de la contrebasse de Cecil McBee.

Le final sera assuré par l’un des morceaux primordiaux de John Coltrane : Ole, dont l’étrange introduction nous amène non pas sur les rives ibériques attendues mais au pays du soleil levant : accords joués avec les cordes du piano, mélodie japonisante, flutes et silences méditatifs (cf extrait ci-joint).

La salle comble, vibre son plein.

John Coltrane jouait dans cette salle en 1965. Nul doute que sa musique a reçu hier soir l’un des hommages les plus passionnés qui lui ait jamais été donné.

 

Yaël Angel

 

 

Ce concert sera diffusé le 11 décembre 2013 à 20h sur France Musique

 

 

Composition du Saxophone Summit

Dave Liebman (s)

Joe Lovano (s)

Ravi Coltrane (s)

Phil Markowitz (p)

Cecil McBee (b)

Billy Hart (d)

 

 

Discographie du Saxophone Summit :

« Seraphic Light » 2008

« Gathering of Spirits » 2004

 

 

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:11

 

RV poduction – Dist Harmonia Mundi

www.antoineherve.com

 herve.antoine_brubeck_wide_w.jpg

 

Les leçons de piano d’Antoine Hevré sont de véritables petits bijoux d’intelligence et d’érudition ludique. Aucune de ces leçons n’a échappé à ce principe de nous rendre intelligents avec délectation et plaisir.

J’imagine que certains compareront ces leçons de jazz avec les petites leçons de jean-François Zygel. Pourquoi pas. Même amour gourmand à partager comme l’on partagerait entre amis, un gros gâteau dont on connait tous les secrets de fabrication. Comme l’on descendrait dans la cave pour y savourer, entre nous, juste entre nous, l’un de ces millésimes bien cachés que le pianiste accepte de partager avec les néophytes autant qu’avec les amateurs éclairés.

Ces bonnes cuvées vont d’ailleurs se trouver réunies dans un coffret où l’on trouvera notamment Oscar Peterson, Keith Jarret, Bill Evans, Thelonious Monk et, le dernier venu de la liste Dave Brubeck qu’Antoine Hervé a choisi d’intituler «  Dave Brubeck ou les rythmiques du diable ». Sous-tire facétieux et petit clin d’œil à l’un de ses maîtres.

[ Rectifions tout de suite pour ceux qui seraient tentés de briller en société sur ce thème, Take five n’est pas un thème de Dave Brubeck mais de Paul Desmond son magnifique et inégalable compagnon de toujours ( enfin jusqu’à sa mort s’entend…) ].

Moins d’un an après la disparition du pianiste (en décembre 2012 à l’âge de 92 ans), il était logique que dans sa relecture des génies du piano jazz, Antoine Hervé fasse un place toute particulière à celui du pianiste de Concord, Californie. Rien n’est oublié dans cette leçon qui retrace autant la biographie du pianiste que l’analyse critique et musicale de l’œuvre de Brubeck faisant un place toute particulière à la construction rythmique.

C’est Joe Morello, l’un des batteurs les plus exceptionnels de l’histoire du jazz qui a dû manger ses balais et ses baguettes plus d’une fois sur les structures infernales du pianiste. Parce que Brubeck est une sorte de savant fou, testant sans cesse dans son laboratoire de nouvelles formules.

Peut-être parce qu’au départ il aime autant Darius Milhaud, son maître, que Schoenberg et le dodécaphonisme, Dave Brubeck n’est pas du genre à ressasser les AABA des standards du songbook. Alors dans son workshop ( qui deviendra ensuite le  « Jazz brubeck quartet », il s’amuse à mélanger, à essayer, à tenter des choses comme jouer avec les polyrythmies africaines ou mélanger du contrapuntique avec des habaneras cubaines. Et cela donne des tubes planétaires comme le jazz n’en a pas connu beaucoup depuis Guershwin :  Blue Rondo à la Turk, Three to get ready, The Duke etc…..

Il n’en fallait pas tant pour donner à cet esthète du jazz, à ce grand amoureux qu’est Antoine Hervé l’envie et le goût de  nous apprendre avec autant d’intelligence que de passion.

 

 

 

 

Et toujours, derrière ces leçons de jazz, les moments où Antoine Hervé se met derrière le piano comme autant de moments absolument renversants où le pianiste s’inscrit dans la lignée des plus grands et nous offre des moments de piano jazz absolument exceptionnels. Où l’on aurait presque envie de lui demander de faire un simple disque, avec sa rythmique, autour de ces grands thèmes du jazz qu’il connaît par cœur pour en livrer sa propre lecture.

Les leçons de jazz d’Antoine Hervé sont à déguster sans modération, à voir à revoir et à offrir à ses proches. A ceux qui ignorent le jazz comme à ceux qui ne savent pas encore qu’avec Antoine Hervé ils vont peut-être bien finir par l’aimer…. A la folie……

Jean-marc Gelin

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 22:47

DLM Editions 2013 Denis Levaillant (p), Barre PHillips (cb), Barry Altschul (dms)

 

 denis-levaillant.jpg


C’est presque d’une résurrection dont il s’agit ici. Presque, car le double album de Denis Levaillant n’est pas d’une actualité cuisante s’agissant de la réédition de deux enregistrements, l’un en live de 1989 à l’occasion de Banlieues Bleues et l’autre en studio enregistré à Davout deux ans plus tôt. C’est plutôt de redécouverte heureuse qu’il faudrait parler ici. Car il faut bien avouer que le pianiste Denis Levaillant, aujourd’hui âgé de 61 ans avait quelque peu disparu des radars. Au moins de ceux de la scène du jazz hexagonal. Le pianiste, brillant improvisateur et compositeur a pourtant travaillé avec les plus grands jazzmen français, en passant par Portal, Chautemps, Avenel ou encore Levallet. Musicien éclairé et passionné par la rencontre de la musique avec tous les arts, Denis Levaillant a pas mal travaillé pour le théâtre, notamment avec Alain Françon. Seulement voilà, dans le jazz français des années 2000, on ne l’entendait pas. Et notre cécité était bien fautive.

Avec cette sortie des Passagers du Delta, c’est donc une totale redécouverte de pépites qui auraient pu rester enfouies quelque part au fond d’une armoire qui nous sont offertes. Avec le charme d’une musique qui exhale un parfum certes un peu daté mais toujours incroyablement forte. A l’orée des années 90 où le jazz hésitait entre le revival et se frayer un chemin dans l’après free jazz.  Denis Levaillant était, à l’instar d’une Sophia Domancich, d’une Stylvie Courvoisier ou d’un William Parker, de ceux qui s’emparait de cette musique avec une sérieuse envie de la dépoussiérer, en gardant du free la force de l’énergie, la créativité de l’improvisation mais en l’embarquant sur un terrain de compositions construites et déconstruites avec une science accomplie.

Dans ces deux albums de Denis Levaillant, il y a ses compagnons de route, ces passagers embarqués avec lui et qui constituent ce qu’aujourd’hui on aurait tendance à appeler un « power trio ». Deux passagers et non des moindres, Barre Philipps et Barry Altschul deux musiciens de haut vol issus de la scène free jazz américaine des années 70 et qui ont toujours conservé cette rare maîtrise de l’improvisation et de l’écoute. Mais surtout deux personnalités particulièrement fortes et puissantes qui se connaissent bien pour avoir si souvent joué ensemble ( notamment aux côtés de Paul Bley).

Denis Levaillant leur offre ici un ciment, un trait d’union pour faire lever cette pâte unique, ce matériau d’exception. Et ce sont les compositions et le jeu du pianiste qui viennent ici porter la musique à son meilleur. Le trio qu’il nous donne à entendre est en totalement empathie, composé de trois caractères musicaux jouant dans leur périmètre et se retrouvant par magie dans l'architecture d'ensemble. La musique est intelligente. Elle déstructure les rythmes et les harmonies tout en conservant une version énergique. Un esprit proche de Cecil Taylor, d’Andrew Hill (dans une moindre mesure) ou, plus proche de nous de Matthew Shipp  plane au-dessus de cette musique post free. Même des thèmes en apparence un peu légers et anodins peuvent se trouver intelligemment perturbés comme cette biguine détournée,  just arrived qui paradoxalement conclut la partie enregistrée en studio. Les plages improvisées sont vives, alertes, puissantes, intelligentes mais jamais intellectuelles.  Il faut écouter la passion lyrique d’un Pressing On pour apprécier toute la magie de ces grands trios du jazz engagés dans une sorte de course poursuite exaltante. Ou encore ce free mandela (1 an avant la libération du leader de

l’ANC) où Denis Levaillant, bien avant Andy Emler, utilisait le piano comme une véritable Kora, enchaînant les triolets. Si la musique de Denis Levaillant est rythmique ( Dance from Nowhere, Ryhtmic Training…..), jouant avec les structures, les molestant aussi elle se joue aussi de tous les codes harmoniques ( Rythmic training). Le driver de la musique de Denis Levaillant est surtout de faire de la musique une sorte de matériau sonore malléable à souhait.

La musique de Denis Levaillant est généreuse et ce trio s’en empare avec une certaine gourmandise. On écoute et l’on réécoute ces Passagers du Delta sans se lasser.

Le parti pris de livrer des versions live et en studio en 2 Cd distinct est tout de même un peu lourd et ne méritait peut être pas un double album. Il eut peut être mieux valu proposer pour quelques morceaux, la version live juste après la version studio pour nous permettre d’en apprécier les différents reliefs.

Mais quand on aime, on ne compte pas, et la double version de ce magnifique trio prolonge le plaisir de cette redécouverte, l’amertume de ne pas l’avoir entendu en live et le désir absolu qu’ils poursuivent leur beau voyage.

Jean-marc Gelin


 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 21:17

 

  jazzbox.jpg 

 

Jacques Thevenet et Jazzbox donnent la parole au jazz de Taiwan, avec la participation de Sir Ali

sir-ali.JPG

 

Cliquez ici pour télécharger l'émission du samedi 12 octobre 2013

 

Avec plus de 200 millions d'auditeurs dans les pays de langue Chinoise, le jazz de Taiwan rencontre un certain echo que nos " pays du jazz" ont tendance à ignorer de leur superbe. Mais les pays d'Orient commencent à en intégrer les idiomes avec un syncrétisme étonnant.

 

A découvrir......

 

 

Retrouvez Jazzbox tous les samedi de 17 à 18h sur 93.1 Fm

Aligrelogo2.jpg

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 10:47

  

 JazzyColors.jpg

L’édition 2013 de Jazzycolors, Festival International de Jazz aura du 27 octobre au 30 novembre ! 

le festival de Jazz des Instituts Culturels Etrangers de Paris, nouvelle édition parrainée à nouveau par Bojan Z

 

Quelques nouveautés :

Cette année le festival s’est associé avec Automne Nordique, qui tient sa 1ère édition cette année

Association également avec Jazz Sur La Ville (Marseille) : A cette occasion, 6 groupes programmés à Jazzycolors seront aussi programmés à Jazz sur la Ville

 

Avec le succès de la précédente édition, 8 nouveaux centres participent à Jazzycolors cette année :

L’Azerbaidjian, La Croatie, L’Italie, Le Mexique et la Belgique Francophone, le Danemark, l’Islande et la Norvège

 

 

 

 

 

Ici toute la programmation de ce festival qui va vous ouvrir les frontières et les oreilles

 

Immanquable pour tous les curieux et les mateurs d'un jazz nouveau

 

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 10:32

  Rosario-Giuliani-giuliani.jpg

 

Rosario Giuliani est l’un des saxophonistes les plus brillants de sa génération. Son dernier Opus « Images » est un 100% création. Sorti chez Dreyfus Jazz en 2013, il comprend 10 compositions de sa plume qu’il interprète avec Joe Locke au vibraphone, John Patitucci à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Joe La Barbera à la batterie.

 

Nous l’avons joint cette après-midi à son domicile romain. Au cours d’un long entretien, Rosario Giuliani a parlé de sa musique mais aussi de lui, de sa vie, de ce et de ceux qu’il aime car il est, dit-il, « une personne avant tout, avec ses joies et ses douleurs » et veut être connu sous cet aspect par son public.

[propos recueillis le 7 octobre 2013 et traduits de l’anglais par l’auteure]

 

Yaël Angel : Pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré les musiciens qui ont enregistré cet album avec vous ?

 

Rosario Giuliani : La musique que j’ai enregistrée est liée à des moments importants de ma vie. Je l’ai écrite comme la musique d’un film. Elle est liée à des endroits qui m’ont marqué : ma ville natale, des villes où j’ai joué. Elle se réfère aussi à des personnes qui tenu un grand rôle dans mon existence, comme ma mère, Phil Woods ou Francis Dreyfus.

Aussi, lorsque j’ai eu fini d’écrire la musique et que j’ai commencé à chercher des musiciens avec qui l’enregistrer, je me suis dit qu’il fallait que ces musiciens me connaissent, non seulement musicalement, mais aussi personnellement, que l’on ait partagé des moments de vie ensemble.

Joe Locke est le premier à qui j’ai pensé. C’est comme un frère. Il a immédiatement compris ma musique.

Le second fut Joe La Barbera. C’est le batteur le plus extraordinaire que je connaisse et c’est de surcroît une belle personne. Quand il joue quelque chose, ce n’est pas juste pour « jouer ». Il le fait parce que ça apporte quelque chose à la musique. Nous avions déjà joué ensemble lors de ma tou

rnée pour l’album « Lennie’s pennies ». Pendant cette tournée, nous avions partagé des bons moments, mais aussi des peines et cela nous a rapproché.

Roberto Tarenzi est mon ami. Nous nous connaissons tellement bien. Sa participation était évidente.

Enfin, j’ai pensé à John Patitucci. J’avais joué avec lui un an auparavant lors d’un enregistrement avec Enrico Pieranunzi. Nous avions également fait une master class ensemble. Nous nous sommes tout de suite entendus. Cela m’a donné envie de faire cet album avec lui. Bien sûr on pourrait dire que John Patitucci est le contrebassiste de Wayne Shorter, qui est pour moi le « dernier génie ». Mais cette raison n’a pas été prépondérante dans mon choix.

J’ai partagé des moments de vie avec chacun de ces musiciens. Je les apprécie non seulement pour leurs qualités artistiques mais avant tout et surtout pour ce qu’ils sont en tant qu’hommes. Je pense que c’est réciproque. Je me souviens d’un email que John Patitucci m’a envoyé après l’enregistrement de l’album, dans lequel il me dit qu’il a toujours le morceau « Angel at my side » qui tourne dans sa tête. Cela m’a touché.

 

YA : Comment situez-vous cet album au sein de votre discographie ?

RG :  Pour moi, faire un album est comme écrire une page du livre de ma vie. C’est un très gros livre (rires). Chaque album est un pas de plus vers l’avant. Quand je pense à « Luggage », mon premier album chez Dreyfus, je pense immédiatement à la vie que j’avais quand je l’ai enregistré. Il contient ma vie à cette époque. J’ai la même impression quand je pense aux autres albums : Mr Dodo, Lennies Pennies, etc….Et je veux continuer cette œuvre encore longtemps, qu’elle soit de plus en plus profonde, de plus en plus émotionnelle. Mon prochain album contiendra d’autres expériences, une autre partie de ma vie. C’est pour cela que je ne peux pas donner plus d’importance à un album qu’à un autre.

 

YA : Chaque morceau de l’album est inspiré par une photo que l’on peut voir sur la jaquette. C’est ainsi que l’on comprend qu’« Angel at my side » est dédié à votre maman, « Les deux doigts » à Francis Dreyfus et « Woods » à Phil Woods. Sur votre site internet, on peut également voir des photos de votre famille, de vos amis, de moments que vous avez passés avec eux. Est-ce que la famille et les amis prennent une grande part dans votre art ?

RG : Oui réellement. Chacun peut nous apprendre quelque chose. J’ai appris beaucoup de ma famille et de mes amis. Je suis très chanceux en ce sens. Et c’était une manifestation naturelle de ma gratitude à leur égard que de les faire figurer sur mon album et sur mon site. Ils sont une part de ma musique.

Francis (Dreyfus) était comme mon « père artistique ». Son décès fut terrible pour moi. Qui plus est, il est mort deux mois après ma maman. Ce fut une année très difficile pour moi.

 

YA : « Siberian lake » et « L’île des pins » sont les deux premiers morceaux de l’album. Ils sont pourtant si  différents des autres titres que l’on peut se demander pourquoi vous les avez choisis pour démarrer l’album. Comment a été établie la liste des morceaux ?

RG :  A chaque fois que je fais une liste de morceaux, j’essaie différentes formules. Je pense au tempo, au rythme, à la tonalité, aux émotions. L’ordre de l’album est le meilleur que j’aie trouvé. C’est très subjectif. Mais en même temps, je ne voulais pas commencer par un morceau fort comme « Vertical voices ».

 

YA : Parlons justement de Vertical Voices. C’est un morceau rapide, presque agressif, virtuose. Vous rappelez-vous comment vous l’avez composé ?

RG : J’ai pris une photo lors d’un concert au Jazz Club Coca-Cola du Lincoln Center à NYC. C’est le seul jazz club au monde où l’on voit « en vrai » les tours de New York juste derrière la scène. J’étais impressionné et j’ai pris une photo. A chaque fois que je regardais cette photo, j’entendais une phrase musicale dans ma tête, toujours la même phrase…Comme si les tours se parlaient, selon qu’une lumière s’allume depuis une fenêtre en bas, en haut, au milieu. J’ai fini par écrire ce discours vertigineux, en partant de cette phrase qui me revenait inlassablement jusqu’au morceau entier.

 

YA : Certains des titres de l’album sont en français. Vous avez vécu quelques mois à Paris.  Pouvez-vous nous en parler ?

RG : J’ai en effet beaucoup joué à Paris, surtout à mes débuts. Pour éviter trop de déplacements, je m’y étais installé quelques semaines. C’est une ville que j’adore. Si je devais me construire une vie parfaite, je passerais 4 mois à Rome, 4 mois à New York City et 4 mois à Paris.

 

YA : Vous avez récemment joué avec Kurt Elling. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

RG : Nous avions eu l’opportunité de jouer ensemble en Angleterre, en Juin dernier, avec le BBC Philarmonic Orchestra. On s’est immédiatement entendus. Pendant les trois jours de répétition, nous avons été manger et boire ensemble et on s’est beaucoup amusés. Il utilise sa voix comme un instrument et ça me plait. C’est un grand professionnel. Tout était parfait, dès la première répétition. Par la suite, il est venu jouer à Rome à la Casa del Jazz et il m’a invité sur scène ! Il y avait beaucoup d’autres musiciens dans la salle….j’étais heureux que ce soit moi qu’il ait invité.

 

YA : Quels sont vos projets ?

RG : Tout d’abord jouer avec mon quintet. Nous nous retrouverons prochainement pour 5 concerts au Festival Umbria Jazz Winter, du 28 décembre 2013 au 1er janvier 2014.

J’ai aussi un duo avec Enrico Pieranunzi. Nous faisons un hommage à Thelonious Monk. Notre prochain concert aura lieu en Allemagne ce vendredi 11 octobre.

Enfin, je viens d’enregistrer un album avec Fabrizio Bosso, Enzo Pietropaoli et Marcello Di Leonardo. L’album s’intitule « The Golden Circle » et fait hommage à Ornette Coleman. Il sort dans les bacs demain (sourire).

Yaël Angel

 

Extrait de Vertical voices


 

Prochains concerts en France :

Les 19 et 20 novembre 2013 au Sunside (Paris). Rosario Giuliani sera accompagné par Darryl Hall à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Marco Valeri à la batterie. Un concert à ne pas manquer.

 

Site de l’artiste

 

Discographie en tant que leader : 

Images-Rosario-Giuliani.jpg

Images (Dreyfus/BMG 2013)
Lennie's pennies (Dreyfus Jazz 2010)
Anything else (Dreyfus Jazz 2007)
More than ever (Dreyfus Jazz 2004)
Mr. Dodo (Dreyfus Jazz 2002)
Luggage (Dreyfus Jazz 2001)
Jazz Italiano Live 2007 (Palaexpo)
Tension (Scema Records)
Duets for Trane (Philology)
Connotazione Blue (Philology)
Flashing lights (Philology)
Live from Virginia Ranch (Philology

 

 

 

 

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