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24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 10:06
JACQUES PONZIO                          MONK SUR SEINE

 

JACQUES PONZIO MONK SUR SEINE

Editions LENKA LENTE

 

Monk Sur Seine de Jacques Ponzio / Editions Lenka lente

 

Monk encore…. Monk toujours par le spécialiste mondial de l’artiste à savoir Jacques Ponzio qui persiste et signe un nouvel ouvrage sur Monk, le troisième aux éditions nantaises Lenka Lente après son Abécédaire The ABC-Thelonius Monk en 2017, réédité en 2023 et Monk again en 2019. Chez le psychanalyste, pianiste et leader de l’African Express trio, Monk est une obsession. Découvert dans les années 60, il suit le pianiste dans une quête quasi existentielle et un travail d'écriture qui commença avec Blue Monk co-écrit avec François Postif, publié chez Actes Sud en 1995. On peut avoir l’impression entre Blue Monk et le superbe Monk de Laurent de Wilde en 1996 que tout a déjà été dit, écrit. Ponzio lui n’est jamais allé voir ailleurs. Tant il est vrai qu’il n’en finit pas de creuser le même sillon, de tourner dans sa tête certaines interrogations sur le mystère de ce génie musical. En fin limier, il trouve de nouvelles pistes qui justifient ses recherches. Cette fois il s’attaque au premier séjour parisien de Monk, il y a soixante dix ans , en 1954 et s’efface presque devant son sujet, puisqu’il fait appel à des témoins encore vivants comme le galeriste et photographe Marcel Fleiss âgé alors de vingt ans, et s’appuie sur une formidable enquête menée par un autre Sherlock, “addict” à son sujet de recherche, Daniel Richard éminent disquaire à Paris dans les années 70 à l'enseigne de Lido Music où il savait dénicher les introuvables et faire entrer  les imports japonais, puis à la Fnac Wagram, producteur chez Verve, Polygram, Gitanes Jazz, Managing Director chez Universal...quelqu’un qui compte dans le jazz.

https://www.jazzinfrance.com/theloniousmonk.html

Le livre nous fait revivre dans les moindres détails l’aventure parisienne du Moine depuis son départ de l’aéroport d’Idlewild qui ne s’appelait pas encore JFK, le dimanche 30 mai jusqu’au jeudi 10 juin quand il reprit l’avion d’Orly Sud, quelque peu dépité par l’accueil du public pour le moins mitigé. Dix jours avec le compte rendu précis (premier article de fond) de ses concerts salle Pleyel lors du 3ème Salon international du jazz dans un décor Nouvelle Orleans où il était invité avec Gerry Mulligan en quartet et le trompettiste Jonah Jones. Une initiative bienvenue qui voulait faire de Paris le centre mondial du jazz, une foire commerciale et artistique qui hélas n’eut pas de suite pour des raisons financières. Monk va passer de concerts en clubs (Ringside, Club St Germain, Tabou...) vivre soirées et boeufs, se faire trimballer en scooter par le jeune René Urtreger ou guider dans la capitale par Jean Marie Ingrand, le contrebassiste commis d’office pour assurer la rythmique des concerts en trio avec le batteur Jean Louis Viale.

On suit à la trace tout son parcours dans une géographie parisienne orientée jazz jusqu’à une conclusion… jamais définitive puisque Ponzio n’abandonne pas encore la partie, pensant avoir encore des choses à nous raconter sur le sujet.

Si Monk fait aujourd’hui l’unanimité, on s’aperçoit qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Il est une icône dont la vie est romanesque, énigmatique, de ses silences avec les journalistes ( jusqu’à cette fameuse interview d’Henri Renaud en 1969, lors de son second séjour en France, objet du documentaire controversé "Rewind and Play" d’Alain Gomis) jusqu’à la relation étrange avec sa bienfaitrice, la baronne Nica de Koenigswarter.

 Ce n’est pas l’un des moindres intérêts de ce livre que de souligner que Mary Lou Williams est à l’origine de leur rencontre et de dater ce moment au 3 juin 1954. S’il a souvent ravi le public, tant il est spectaculaire à voir et à entendre, bouleversant les codes au sein même du be bop pourtant révolutionnaire dont il est reconnu comme grand prêtre, on comprend lors de ses concerts à Pleyel qu’il divisa les experts souvent sans nuance. Pourtant les disques de cette période vont connaître la reconnaissance Bird and Diz (Prix Jazz Hot 1954 et son premier Thelonius Monk piano solo) alors que pour sa première cérémonie,  le 4 juin, l’Académie du Jazz présidée par André Hodeir choisit Milt Jackson Wizzard of Vibes (avec deux titres de Monk, Criss Cross, Eronel). Mais il y eut toujours des voix pour défendre le style extravagant de Monk, des musiciens éblouis comme Gerry Mulligan, des admirateurs de la première heure comme le pianiste Henri Renaud et sa femme Ny qui signe des papiers pertinents dans Jazz Hot, sous N. Rémy ( déjà l’usage de pseudo), des musicologues comme André Hodeir...

Le livre petit mais dense se présente sous forme de courts chapitres agrémentés d’abondantes photos, vraiment exceptionnelles de Marcel Fleiss mais aussi d' Alain Chevrier (grâce à Francis Capeau), quasiment inédites, regroupées pour l’occasion. Les notes renvoient à une bibliographie, une discographie très précises. L'auteur n'oublie pas  de représenter les principaux acteurs de cet épisode. Et surtout dans ce montage d’archives d’une grande honnêteté, il n’omet aucun point de vue, induisant une complexité certaine mais approchant la vérité du reportage. Ainsi chacun des livres de Jacques Ponzio ajoute une nouvelle pièce au puzzle Monkien dont tous les mystères ne sont pas encore résolus.


Sophie Chambon


 

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22 juin 2024 6 22 /06 /juin /2024 08:48

Christophe Monniot (saxophones, composition), Aymeric Avice (trompette), Jozef Dumoulin (claviers), Nelson Veras (guitare acoustique), Nguyên Lê (guitare électrique), Bruno Chevillon (contrebasse), Franck Vaillant (batterie), Sylvie Gasteau (textes)

Les Lilas, 19-20 mai 2023 et Berlin, 6 juin 2023

Le TritonTRI-23577 / l’autre distribution


 

Un disque-manifeste, qui aborde avec une forme de radicalité artistique la question des migrants, de la migration, de la lutte pour le respect d’autrui, de l’hospitalité…. Toutes choses dont un cruel présent crie, plus fort que jamais, l’absolue nécessité. Un manifeste artistique, pas un prêche édulcoré par une simulation de bienveillance. Les formidables musiciens que l’on écoute ont tous une relation personnelle avec la migration : nés ailleurs, ou de parents nés hors de notre cercle territorial, voire immigrés de l’intérieur, ils se sont retrouvés dans notre capitale cosmopolite. Leur musique parle d’ailleurs et d’ici, de mélange et de singularité. Une aventure née voici plus de 4 ans, dans différents lieux, avec les incertitudes du temps, et des partenaires parfois différents (mais toujours porteurs d’un excentrement par rapport à leur origine). La musique jaillit, elle est forte, presque implacable, et son parcours s’émaille de voix multiples, venues d’ailleurs, qui nous parlent de ces déplacements : subis, forcés ou contraints par la nécessité de survivre. Surgissent des paroles de Martin Luther King, de l’Abbé Pierre, de l’écrivain Abdoul Ali War, de la philosophe Marie-José Mondzain, ou de Bruno Chevillon parlant dans langue de sa mère, italienne…. Et la musique, plus que tout, nous parle avec force, exubérance, violence et conviction. Une très belle réussite artistique conjuguée au présent de l’humanité qui, toujours, doit prévaloir.

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert au Triton, près de la Mairie des Lilas, le samedi 29 juin

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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19 juin 2024 3 19 /06 /juin /2024 18:04
Nell' Italia di Ennio Morricone

 

Vincent Beer Demander    Grégory Daltin

Nell' Italia di Ennio MORRICONE

 

www.labelmaisonbleue.com

Accueil - Compagnie Vincent Beer-Demander & Co (compagnievbd.org)

 

Le mandoliniste Vincent Beer Demander et son ami et complice, l’accordéoniste Grégory Daltin savent faire preuve d’une formidable ouverture musicale. Avec ce nouveau projet Nell’ Italia di Ennio Morricone sorti sur le label Maison Bleue, ils ont voulu enregistrer diverses musiques du maestro mais mettre aussi en lumière ce qu’elles ont pu inspirer à des compositeurs français...Une façon de reprendre des thèmes moins connus et de lui rendre ainsi un hommage plus soutenu encore. Comme ils l’avaient fait pour Lalo Schifrin ( Lalo Schiffrin for mandolin) et Vladimir Cosma avec sa Suite Populaire, ils participent à la création d’un nouveau répertoire avec des commandes passées à François Rossé (à la Calabrese), à Richard Galliano (Umoresca) qui révèle toute son habileté  à faire revivre l'esprit du compositeur.

Ce que l'on connaît d' Ennio Morricone, c’est l’accord parfait avec son copain d’enfance Sergio Leone depuis Per un pugno di dollari jusqu'à l’émouvant et crépusculaire chant de C’era una volta in America   en écho au premier et légendaire Il était une fois... qui finit l'album. Or Morricone est l’auteur de plus de cinq cents musiques de films depuis le début des années soixante, un arrangeur extraordinaire, un compositeur attiré par toutes les musiques, du classique symphonique au contemporain.

Nell'Italia di Ennio Morricone est une façon de montrer la variété d' inspiration du maître avec des reprises qui jouent d’une instrumentation des plus originales, un duo qui “matche” accordéon/mandoline agrémenté accessoirement  de l’apport de complices, à la voix (Petra Magoni) et au piano et aux percussions, Claude Salmieri, auteur d’une Valse di Roma lente et mélancolique. 

L’album commence avec des reprises de colonne sonore de Morricone moins connues comme l’entraînant Viaggio (tout un programme), l’un des thèmes de Stanno tutti bene du Sicilien Giuseppe Tornatore, autre ami de longue date du compositeur qui écrivit la musique si nostalgique de son plus grand succès Cinema Paradiso.

Suivent Variazioni da un tema sereno issu de La Chiave, film érotique de Tinto Brass avec Stefania Sandrelli, un thème baroque, de la musique de chambre où la mandoline se glisse dans le rôle de la flûte, épaulée par un accordéon souverain. Avec Regalo di Nozze du Novecento de Bertolucci en 1976, c'est un changement d’atmosphère plus sombre et entêtante, un inquiétant décompte,  compte à rebours fatal. Le duo alterne les rôles, l’accordéon se chargeant souvent des ostinato de basse dans ce mécanisme d’horlogerie fine. Hundred Yards Dash du film Les Anges de la nuit de Phil Joannon (State of Grace-1990) nous régale d’une montée tout en pizz déchaînés.

Avec Una serenata passacaglia per Cervara, il s’agit de s’amuser comme dans le jazz, avec des variations “rafraîchies” à partir d’une danse d’origine espagnole des XVIè et XVIIème siècles, à l’origine une cantate avec accompagnement de guitare jouée ici par la mandoline, “la petite soeur de la guitare”. L’instrument de quatre cordes doubles se joue sur une corde ou sur les doubles, avec des trémolos tenus ou des notes poussées au plectre, entre pouce et index, à la “plume” comme on disait à l’époque baroque, âge d’or de l’instrument.

On entend dans les quinze petites pièces de l'album une musique solaire aux accélérations brusques, sur un rythme qui jamais ne faiblit comme dans le très insolite  Tango cromatico per il maestro de Régis Campo qui joue d'effets que n'aurait pas renié le maître. Ou comment faire un clin d’oeil à ce qui est aussi l'une de ses signatures, l'utilisation d’instruments des plus originaux guimbarde, sifflets, flûte de pan, hautbois, fouet, enclume...

L’interprétation des musiciens souligne la qualité narrative de pièces témoignant d’une véritable science d’écriture et d’inspiration mélodique comme dans le passionnant A la calabresa de François Rossé, une pièce plus résolument contemporaine,  à l'émancipation parfois dissonante où le duo s’étoffe de percussions et du chant rauque de Petra Magoni. On se souvient de son duo de Musica Nuda avec le contrebassiste Ferrucio Spinetti. Plusieurs lignes mélodiques qui ne s’unissent pas souvent, révèlent cependant toutes les possibilités de la mandoline, si expressive. 

Il y a une réelle cohérence dans cet album car le chant profondément italien, ces rythmes de mélodies populaires se conjuguent avec l’art savant de réharmoniser, le jeu avec la matière musicale pour en faire des miniatures pour mandoline comme dans Il Padrino de Nino Rota (!). Cet arrangement magistral du marseillais Christian Gaubert n’est pas une erreur dans ce programme tant ce thème mondialement connu semble avoir été écrit pour la mandoline qui nous en met plein l’ouïe. 

 

Sophie Chambon

 

Nb: Emouvant aussi à la fin du Cd  cet enregistrement téléphonique de Morricone qui remercie les musiciens pour leur fidélité et justesse d'interprétation. 

 

 

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10 juin 2024 1 10 /06 /juin /2024 20:20

Kosmos 2024 

Robinson Khoury (tb, modular synth & vc) ; Anissa Nehari (perçus, vc), Léo Jassef (p, synth, vc) + Lynn Adib (vc), Natacha Atlas (vc)


Robinson Khoury ne cesse de s’imposer comme l’une des révélations et des talents de la scène hexagonale. Comme tromboniste tout d’abord. On l’avait découvert lors de son premier album ( Broken lines) puis au travers du groupe Sarāb. On a appris ensuite qu’il était un formidable chanteur. Il nous restait à découvrir le compositeur et arrangeur. Et là, nouvelle révélation. Robinson Khoury impressionne en effet par la qualité de son écriture et par ses arrangements. Par une certaine profondeur de style aussi.

Car Robinson Khoury livre dans cet album, Mÿa une écriture sublime qui est à la croisée d’une nouvelle forme de jazz-fusion où se mêlent les fondamentaux de cette musique avec une pop orientale qui invite à une forme de transe électro. L’univers de Robinson Khoury navigue ainsi entre scènes fantasmées et onirisme parfois sombre. Il y a dans cet album une sorte de déambulation fascinante comme dans de longs couloirs où viennent s’entendre des timbres, des sonorités et des couleurs différentes. On est toujours en éveil dans ce dédale où se mêle l’acoustique, l’électrique et l’électro dans ce voyage dans un orient modernisé aux mille facettes. Dans une configuration minimale, c-a-d en trio, Robinson Khoury parvient pourtant à donner une forme vraie orchestrale, pleine et dense où le tromboniste s’y fait vocaliste ( tant à l’instrument qu’à la voix) et où les contrechants se juxtaposent dans un métissage fait de nappes et de timbres.

Il y a définitivement quelque chose de magique dans cette musique de Robinson Khoury qui ancre le jazz dans une forme de modernité syncrétique.

Jean-Marc Gelin

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7 juin 2024 5 07 /06 /juin /2024 16:27

NOUT : « Live album »

Delphine Joussein (fl, fx, vc, dms) ; Raphaëlle Rinaudo (elec. Harp, dms), Blanche Lafuente (dms, dms pad) + invités : Mats Gustafsson ( bs), Benat Atchiary (vc)

 



Voilà une révélation de Jazz Migration qui va vous décoiffer et vous laisser scotchés à votre siège ou à vos casques d’écoute.

Trois musiciennes sur vitaminées, bourrées d’énergie et d’idées musicales à casser la baraque et à ne surtout pas se laisser enfermer dans les schémas musicaux trop contraignants.. Bien sûr dans cette musique inclassable on pense parfois à certaines productions de John Zorn et l’on pourrait même imaginer aux côtés de la folie d’un Benat Atchiary (sur un morceau), un Mike Patton tendance Naked City qui n’aurait pas dénaturé dans cet univers où la musique se fait trash et crade à souhait, allant plonger dans le plus profond des bas-fonds sans jamais céder à l’exigence musicale.

Pour cet enregistrement en live, Delphine Joussein, Raphaëlle Rinaudo et Blanche Lafuente décident d’envoyer du lourd dans le genre « prends toi ça en pleine face ! », « choc au plexus » ou « musique tripale ». Les trois musiciennes nous violentent, nous bousculent dans nos habitudes et même ne manquent pas d’humour non plus (les connaisseurs qui ont des jeunes enfants reconnaitrons le générique d’ « inspecteur gadget » à ne pas mettre toutefois entre toutes les oreilles).

 

« Sauvages » c’est le titre d’un morceau mais c’est aussi ce qui défini Nout : sauvage et formidablement libre.
Jean-Marc Gelin

https://www.youtube.com/live/rJ9T5DWJb0k?si=hAMlgoFVUsSunC7W

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6 juin 2024 4 06 /06 /juin /2024 19:08
HELVETICUS TRIO                OUR WAY

HELVETICUS TRIO      OUR WAY

 

Produit par Samuel Blaser sur le label Blaser Music

www.samuelblaser.com

 

On retrouve avec plaisir le trio Helveticus découvert il y a quatre ans dans le programme de 1291, date de création de la Confédération Helvétique. Ils continuent cette aventure après avoir beaucoup tourné en Europe et on n’est pas déçu du résultat. Sans se réinventer, il poursuivent l’exploration d’un champ musical aussi ouvert que délimité à la reprise de standards du jazz classique de Duke Ellington, Thelonius Monk (Jackie-ing et un Bemsha Swing métamorphosé sur un tempo étiré au maximum), de traditionnels suisses (Traume der liebe) et des anciens titres de Daniel Humair Ira, Genevamalgame.

Le programme de 1291 tournait déjà autour de reprises de mélodies des origines du jazz à partir du Dixie et du Créole néo-orléanais. Les trois comparses tordent le cadre de la tradition, engagés dans un processus de relectures inventives avec des pièces plutôt courtes, intenses, retrouvant l’esprit des fanfares, parsemant leur interprétation de ces fredons qui courent dans la mémoire collective. Chaque pièce est une succession de séquences libres, du jazz toujours vif, saisissant dans l’instant les voisinages et associations libres. Une musique qui n’oublie donc pas d’où elle vient mais sait se dégager des codes et styles trop marqués. Pas de remise en question radicale mais une appropriation intelligente et sensible, intuitive et logique. Sans thématique précise, le trio s’empare des diverses compositions avec cette qualité pas si fréquente dans le monde du jazz, un humour imparable dans les “déconstructionsapparentées à des arrangements. Un patrimoine inoubliable revu à leur goût, à leur manière, in their Own Way, le titre de l' album à la pochette mise en oeuvre par Daniel Humair qui n’a jamais pu choisir entre peinture et musique, aimant autant peindre que jouer des peaux et des fûts, aussi à l’aise avec les brosses et pinceaux que les baguettes. Si cette fois sa palette travaille plus les neutres, on reconnaît bien ses formes fixes et flottantes.

L’expression collective est essentielle dans ce trio “osmotique” à la formule instrumentale originale (trombone/contrebasse/batterie) avec une rythmique jamais surpuissante, qui soutient et propulse un soliste phénoménal, qui ne prend d’ailleurs pas vraiment de solos tant tous trois se rejoignent constamment, s’épaulant dans ces chemins qui bifurquent selon les changements de couleurs, de tempo de phrasé. 

Affranchi depuis belle lurette des contraintes techniques, Samuel Blaser contrôle le sens narratif de chaque pièce car il sait tout faire avec son instrument, du growl le plus attendu aux glissandi acrobatiques et autres stridences atonales. Il a intégré les styles qui ont irrigué l’histoire de son instrument dans un apprentissage qui a bouleversé parfois la chronologie. Il a écouté Jay Jay Johnson et Albert Mangelsdorff avant de découvrir Jack Teagarden avec Armstrong. Et même rendu hommage au reggae et au ska et à Don Drummond dans son dernier RoutesIl ne la joue pas souvent balade moelleuse et caressante à la Lawrence Brown, surtout quand il reprend du Duke jungle dans “Creole Love Call”. On entendrait plutôt le gouailleur Joe Tricky Sam Nanton rauque sans la wah wah. Utilisant tout le registre de son instrument, il nous offre un feu d’artifice d'effets possibles du plus gouleyant au plus vibrant ou au plus rude. Quant au blues il n’est pas oublié sur son “Root Beer Rag” après un désopilant “Tiger Rag”.

Au cours de sa longue et prolifique carrière Daniel Humair a connu toutes les périodes ou presque du jazz, accompagné les plus grands musiciens européens et américains. Gaucher naturel, ambidextre par ailleurs, son style et sa technique travaillent à l’égal des percussionnistes les timbres les plus variés, distribuant de façon complexe et asymétrique les accents tout en conservant la continuité rythmique, sa pratique des balais et des baguettes qui caressent, frottent, cliquètent, transposant le geste pictural en geste musical. Il ne faudrait pas laisser de côté le troisième homme, la gardien de la rythmique Heiri Kanzig. La prise de son remarquable souligne ses interventions d’une précision et d’une intensité rares, une énergie irrésistible dans ses envolées et ses rebonds organiques, son ostinato sur son Heiri’s idea.

Nos Suisses n’ont aucun mal à dépasser les frontières de la création, à plonger dans l’improvisation y compris sur les airs plus traditionnels comme dans cette Mazurka du tessin insolite. Helveticus ou le goût de la liberté non surveillée sans faire table rase de l’histoire du jazz.

 

Sophie Chambon

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3 juin 2024 1 03 /06 /juin /2024 20:24

BRAME DE ZEPHYR : « Afofona »

Mazeto square 2024


Simon Deslandes (tp, fch) ; Raphael Quenehen (saxs), Didier Dufour (kora), Nicolas Talbot (cb), Philippe Boudot (dms)


Dès les premières notes entendues on est immédiatement séduits et l’on comprend aisément que ce jeune groupe de Caen, crée à l’initiative du trompettiste Simon Deslandes ait été lauréat du tremplin Jazz Normand et qu’il se retrouve désormais propulsé dans plusieurs festivals.

Car, en effet la musique est au rendez-vous dans ce quintet à l’instrumentarium original où la Kora se marie avec des textures sonores très ancrées dans un jazz riche. Les liens entre jazz et world music sont anciens et fréquents dans ce grand métissage initié jadis par Don Cherry et poursuivi par d’autres. Mais il y a là, chez ce Brame de Zephyr une autre façon d’intégrer les sonorités mandingues à un jazz plus actuel. Toujours entre écriture et improvisation, la musique de Brame de Zephyr est alerte et vive. Pétillante et malicieuse aussi. Pianoless mais avec cette association judicieuse des cuivres à la Kora qui n’est jamais utilisée dans le cliché auquel l’instrument est souvent renvoyé mais qui prend justement la place ici du piano comme l’instrument à cordes d’une section rythmique, entre soutien harmonique et dépositaire de la mélodie. C’est malin et hyper bien fait.

Il y a de la vie dans cet album qui palpite de bout en bout ( Afofona qui prend des airs de bandas délocalisées), que ce soit sous le souffle de Raphael Qhenehen au sax ( Sisyphe), par les ellipses calligraphique de Didier Dufour (Sirroco) ou encore sous le feu de Simon Deslandes.

Afafona est un mot issu du Bambara ( langue du Mali) et exprime la parole involontaire, impromptue. Une sorte de cri ancestral. C’est assez bien trouvé pour dire la liberté de cette musique qui ne s’enferme pas dans les arcanes d’une musique stéréotypée mais parvient à recréer son univers à la fois errant, voyageur, poétique et festif. Si le jazz est l’expression d’un certain syncrétisme, alors cet album du Brame de Zephyr est bien ancré dans cette musique et contribue à sa foisonnante ouverture.

Un plaisir énorme à l’écouter.

Jean-Marc Gelin

 

Ils seront sur scène

• Au Sunside le 6 juin

• Au Bazarnaom de Caen le 7 juin

• Au D’Jazz de Nevers le 11 novembre

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2 juin 2024 7 02 /06 /juin /2024 19:22

LES MC CANN : «  The Pacific jazz colllection 1960-1963 »

4 CD’s


personnel : Leroy Vinnegar, Ron Jefferson, Herbie Lewis etc….



Le pianiste Les Mc Cann, disparu en décembre 2023 à l’âge de 88 ans n’était certainement pas le pianiste de jazz le plus légendaire ou le plus emblématique de l’ère post-bop. Il est cependant pour nous très largement sous-estimé surtout si l’on en revient à son abondante production discographique des années 60 pour le label de la West Coast, Pacific. Il est vrai qu’Alain Tercinet dans son livre « West Coast » disait du pianiste «  qu’il débitait de la soul music au kilomètre avec une absence totale d’imagination ».

Constat qui, s’il s’approche parfois de la vérité est tout de même un peu sévère si l’on en juge par cette retrospective qui couvre les années 1960-1963.

Car ce que l’on entend c’est surtout un pianiste dans la pure lignée d’un Erroll Garner avec la même fluidité et la même souplesse au travers des standards égrenés avec cette rythmique de Los Angeles ( Leroy Vinnegar et Ron Jefferson). Un sens rythmique exceptionnel, un sens de la mesure dans l’impro et surtout une grande forme d’élégance.

Le pianiste qui a fait, comme beaucoup ses armes dans les choeurs d’église s’y montre surtout empreint de gospel et de soul.


Cette collection est à découvrir car elle nous semble la meilleure du pianiste qui, à partir de la fin des années 70 s’est peut être un peu égaré dans des formes plus commerciales ( chanteur ou joueur de synthé) et moins intéressantes à l’exception peut être de son album avec le saxophoniste ténor Eddie Harris ( « Swiss movement » pour le label Atlantic)

https://youtu.be/lb0FqHNE5no?si=NzKZpgLH1u0vDEfM

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2 juin 2024 7 02 /06 /juin /2024 12:08

Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Nathan Hanson (saxophones ténor & soprano), François Corneloup (saxophones baryton & soprano), Tony Hymas (piano électrique), Hélène Labarrière (contrebasse), Davu Seru batterie). Invitée pour une plage : Billie Brelok (voix)

Langonet & Brest, 2022

nato 5890 / l’autre distribution

https://www.natomusic.fr/actualite-jazz-cd-concert/actualite-detail.php?id=665

 

Collectif, dans tous les sens du terme : communauté des artistes qui se sont engagé.e.s mutuellement dans ce groupe sans leader, sextette qui rassemble des musiciennes et musiciens qui ont souvent joué les uns-les unes avec les autres (tiens : les autres échappent à la pesante tyrannie du genre). Amitiés, goût de faire de la musique (de la porter, de la penser, de l’offrir) en commun. Choix de thèmes empruntés aux admirations collectives, au souvenir des figures marquantes des musiques libres et émancipatrices.

Plaisir d’écouter des compositions qui parlent de légèreté autant que de gravité, de découvrir sous un nouveau jour une musique de Michel Portal pour un film de Jean-Louis Comolli, ou un thème de Beb Guérin pour rappeler ce  contrebassiste  qui fut une sorte d’étoile filante dans l’effervescence des années 60-70. Se souvenir autrement de ce qui ne peut demeurer immuablement même, identique au souvenir arraché au fil du temps : Cinq Hops, du disque éponyme de Jacques Thollot ; Four Women, à jamais marqué par l’aura de Nina Simone ; Charangalila, naguère gravé par Lol Coxhill avec les Melody Four, ou Waste No Tears, inauguré par Sidney Bechet au temps du 78 tours…. Nostalgie ? Que non ! Cri d’amour joyeux et obstiné, avec La Paloma métamorphosée par l’arrangement de François Corneloup ; et salut amical, et posthume, à Jef Lee Johnson, compagnon de route d’Ursus Minor. Avec aussi des compositions originales des membres du groupe, pour célébrer les surgissements de liberté et de révolte. Les textes du livret, signés Jean Rochard, nous en disent plus encore sur ce qui se joue dans la mise en abyme de l’identité et de l’altérité. Et une plage résume peut-être ce qui, précisément, ne saurait être rejoué, et pourtant nous saisit comme le retour d’émotions surgies du passé : la Romance de la Guardia Civil española, ici dans la voix de la rappeuse Billie Brelok, fait resurgir en nos mémoire la façon dont Violeta Ferrer portait ces mots de Federico García Lorca, comme une tragédie immémoriale.

Xavier Prévost

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30 mai 2024 4 30 /05 /mai /2024 17:18

Trevor Watts (saxophones alto & soprano), Jamie Harris (percussions), Veryan Weston (clavier numérique)

Welwyn Garden City (Hertfordshire, Angleterre), sans date

Jazz Now JN-01-S-CD

https://jazznow.bandcamp.com/album/gravity


 

J’avais écouté ce groupe en concert, avec une bonne partie du répertoire de ce disque (c’est le premier du trio, mais la connivence entre eux est ancienne). C’était en juin dernier à Paris, à la Galerie 19 Paul Fort. Et j’avais été conquis, comme tout le public présent. La musique,composée par Trevor Watts, est un effervescent mélange de jazz de stricte obédience et de musique libre (libre mais très syncopée). La pulsation est reine, elle est souvent véhémente. Les thèmes sont structurés, mais ils incitent à l’échappée, et les membres du trio ne s’en privent pas. La musique puise à toutes les sources. En permanence se télescopent une foule de micro-événements musicaux dont le développement est toujours fécond : musique intensément vivante, qui fait bouger nos pieds autant que nos neurones. Un régal en somme.

Xavier Prévost

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Le trio est en concert le samedi 1er juin à Paris à la Galerie 19 Paul Fort

http://www.19paulfort.com/galerie/index.php/concerts/

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