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4 septembre 2024 3 04 /09 /septembre /2024 17:16

Paul Jarret (guitare, composition, direction), Thibault Gomez (harmonium), Élodie Pasquier (clarinette basse), Maxence Ravelomanantsoa (saxophone ténor), Fabien Debellefontaine & Fanny Meteier (tubas), Jules Boittin (trombone), Hector Léna-Schroll (trompette), Alexandre Perrot & Étienne Renard (contrebasses), Bruno Ducret (violoncelle), Fabiana Striffler (violon), Éléonore Billy (nyckelharpa), Maëlle Desbrosses (alto)

Nanterre, 12-13 octobre 2023

Pégazz & L’Hélicon / Inouïe Distribution)

 

Une nouvelle aventure pour le guitariste compositeur, et le choix d’un absolue singularité : un instrumentarium inédit : anches, cuivres, mais aussi deux basses, pas de batterie, des cordes, un harmonium, et l’étonnant nyckelharpa, instrument traditionnel suédois, déjà entendu du côté du jazz avec le ‘Super Klang’ de Sylvain Lemêtre et Frédéric Aurier. Comme l’instrumentation la musique, résolument acoustique, affiche aussi son puissant désir d’ailleurs. Même si Paul Jarret cite parmi ses références les répétitifs américains, un compositeur d’Europe centrale ou un groupe de rock britannique, nous sommes bien en présence d’un objet musical inédit, où se mêlent une formidable étendue de la dynamique, un puissant souci du détail signifiant, un indéniable sens collectif, et un goût de la liberté qui s’épanouit notamment dans les envolées des solistes, qui peuvent surgir dans une atmosphère de musique spectrale. C’est à la fois profondément mystérieux, et ponctuellement d’une évidence désarmante. Il se dégage de l’ensemble (l’ensemble du répertoire, et l’ensemble en tant que groupe) une sensation de ductilité : c’est fluide, ça bouge, c’est vivant et cela se transforme en permanence : ce pourrait être fragile mais chaque nouvelle étape, chaque nouveau paramètre d’orchestration, chaque intervention soliste nous confirme que cette œuvre en mouvement, œuvre ouverte en quelque sorte, est à écouter, à lire, à recevoir dans ce mouvement perpétuel. Instable et pourtant ferme dans son principe esthétique, dans sa force expressive. Audacieux, magistral, et tout simplement beau : beauté singulière, assurément.

Xavier Prévost

.

Le disque paraît le 6 septembre, et le groupe est en concert le samedi 7 septembre à Paris à l’Atelier du Plateau dans le cadre de ‘Jazz under the radar’ pour Jazz à La Villette

https://jazzalavillette.com/fr/evenement/28066/under-the-radar-paul-jarret-acoustic-large-ensemble

Un avant-ouïr sur Youtube, extrait du concert de création en mai 2023

https://www.youtube.com/watch?v=3hjk4lTQx9c

Également en concert le 12 novembre à La Soufflerie de Rezé (Loire-Atlantique), et le 13 novembre au festival Djaz de Nevers

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4 septembre 2024 3 04 /09 /septembre /2024 16:40


MARTIAL SOLAL « MON SIÈCLE DE JAZZ »
Éditions FRÉMEAUX & ASSOCIÉS (août 2024).
ISBN : 978-2-84468-985-6.


       On croyait tout connaître de Martial Solal, sa vie, ses œuvres, depuis deux ouvrages de référence* ... Que nenni ! Le pianiste-compositeur, qui vient de souffler ses 97 bougies (il est né le 23 août 1927 à Alger), s’est mis à son clavier d’ordinateur pour se livrer sans filet sur quasiment un siècle de musique. Sans ordre chronologique, laissant son esprit vagabonder, évoquant ses souvenirs personnels (sa vie privée, sa passion pour le jeu, le train électrique…) et professionnels (ses rencontres, ses coups de cœur, ses coups de griffe aussi). Une autobiographie qui nous donne quelques clés pour élucider « le mystère Solal ».  


       L’auteur nous facilite la tâche et avance cette explication : « Mes auditeurs auront admis mon amour démesuré de la « bougeotte » que j’attribue à mon impérieuse nécessité de changement. Mon excuse ; je m’ennuie très vite. Passer au cours d’une même mesure d’une tonalité à une autre, mélanger, complexifier sans même m’en apercevoir est chez moi depuis toujours ma marque de fabrique ».

 

       Parcourir cette autobiographie au style alerte, spontané, où fait merveille l’humour solalien -fortement teinté d’autodérision- c’est aussi l’occasion de plonger dans la carrière prolifique d’un artiste aux multiples facettes. Martial Solal revendique d’ailleurs la médaille du « musicien le plus actif » : 70 ans de métier, 30 musiques de films, et en premier chef A bout de souffle, des centaines de compositions, et, ce qui n’est pas la moindre de ses particularités, plus de dix ans comme pianiste attitré en club à Paris dans les années 50-60 (le Club Saint Germain et le Blue Note où il joua 3 ans sans un jour de repos !).

 

     Au fil des pages, on retrouve ses plus belles rencontres (Eric Le Lann, Lee Konitz, Stéphane Grappelli, Joachim Kühn, Michel Portal, Toots Thielemans, Didier Lockwood, Johnny Griffin, Jean-Michel Pilc, Manuel Rocheman…) ses plus imprévues aussi (une soirée au château de Rambouillet avec des ministres des Finances à l’invitation d’un fan de jazz devant l’éternel, Jacques Delors), ses récits de tournée (en costume de velours rouge côtelé signé Yves Saint Laurent au sein d’un big band mené par Jean-Louis Chautemps), ses années de galère également, ses déboires personnels, son infinie reconnaissance enfin à André Francis (1925-2019) producteur et l’un des fondateurs de l’Académie du Jazz qui lui fit signer un contrat de 8 ans chez Vogue en 1953 et auquel il dédia « A San Francisco sans Francis ».

 

On l’aura compris, « Mon siècle de jazz » nous invite à découvrir une personnalité rare qui, selon ses propres termes, « ne voulait ressembler à personne ».  

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

     *Martial Solal, compositeur de l’instant, entretien avec Xavier Prévost (Ed Michel de Maule.2005), livré avec un DVD-Rom des 9 heures d’interview; (Ed. Actes Sud. 2008).

*Ma vie sur un tabouret, autobiographie avec Franck Médioni (Ed. Actes Sud. 2008).


   

 

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30 août 2024 5 30 /08 /août /2024 17:07

Act 2024

Jan Lundgren (p), Yamandu Costa (g)

Si vous rêviez de prolonger l’été ou bien si vous aviez envie de mettre un peu de baume à votre cœur avant d’entamer cette rentrée, alors cet album est pour vous. Un vrai bonbon sucré et enchanteur. C’est bien simple l’écouter c’est comme se couvrir d’un ciel rempli d’étoiles.

C’est simple pourtant : la rencontre, tout en acoustique d’un piano et d’une gyuitare autour de mélodies simples. Et surtout ce sont deuxc talents qui se dépuillent de tout pour se mettre au service d’une musique qui vous cajole.

Le pianiste est suédois. Bien établi sur la scène du jazz en Europe, on a pu l’entendre avec des musiciens comme Paolo Fresu ou Richard Galliano ( Mare nostrum). Quant au guitariste brésilien, multi nominé aux Latin Grammy, il excelle dans l’art de sortir mille notes sous ces doigts. Mille notes égrenées avec un attaque aussi franche que délicate.

Ces deux-là se sont rencontrés lors d’un dîner à Malmö en 2019 et la pianiste invita alors Yamandu Costa à venir jouer dans son festival. Puis le plaisir de jouer ensemble, la compréhension mutuelle des choses belles, l’envie aussi de produire un album en duo fit le reste.

Et le talent ! Car pour qu’une telle osmose se produise entre les deux il faut non seulement de l’écoute, de l’intelligence musicale, une même envie de faire vivre la musique mais aussi le talent de lui donner un cœur battant.

Des thèmes qui leur sont chers sont ainsi passés en revue sur la base de leurs compositions respectives : une habanera composée par la pianiste , un hommage à Michel Legrand, un thème de Jobim ou encore et pour conclure le célèbre Manha de carnaval de Luiz Bonfa.

Au final un album qui possède un charme fou. Une sorte de feel-good music au pouvoir de séduction irrésistible qui va tourner longtemps sur votre platine. Parce que la musique livrée ainsi à vos oreilles est en soi une vraie déclaration d’amour.

Coup de cœur total !

Jean-Marc Gelin

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30 août 2024 5 30 /08 /août /2024 10:44

Jazz in Marciac : Deux soirs de rêve sous le ciel gersois de Marciac !

Comme tous les ans, nous avons fait un détour du côté de Marciac pour nouvelle édition du festival. Pour deux soirs seulement malheureusement (c’est bien trop court) mais néanmoins pour deux soirées superbes d’un bel été sous le célèbre chapiteau.

31 juillet : ARTEMIS (1ère partie) et KENNY GARRETT (2ème partie)

La première soirée offrait un plateau bien alléchant avec deux formations bien différentes dans l’esprit.

Tout d’abord celle d’Artemis, un formidable quintet féminin que l’on avait découvert il y a trois ans avec leur premier album éponyme et qui, créé par Renée Rosnes réunit quelques grands talents bien installés sur la scène du jazz aux Etats-Unis et ailleurs.

Artemis c’est donc la pianiste Renée Rosnes au piano et à la direction, la canadienne Ingrid Jensen ( que l’on peut entendre dans la formation de Maria Schneider) à la trompette, Nicole Glover au sax ténor, la japonaise Noriko Ueda à la contrebasse et enfin la batteuse américaine Allison Miller.

Ce qui frappe dans ce quintet c’est qu’il s’agit à la fois de l’addition de personnalités musicales bien affirmées mais qui toutes se mettent à l’unisson d’un vrai son de groupe. D’une formidable cohérence homogène. On est alors dans l’enveloppement d’une musique aux harmonies recherchées, servie par des solistes talentueux dont aucun ne cherche l’esbrouffe.

La pianiste Renée Rosnes s’affirme bien comme la leader de ce groupe qu’elle dirige avec bienveillance et discrète fermeté derrière son clavier

On aurait tout aussi bien pu partir regarder les étoiles, tant cette première partie revêtait tous les atours d’une belle nuit d’été.

Mais….. deuxième partie

Changement radical d’atmosphère avec Kenny GARRETT venu présenter son « Sounds from the ancestors ».

Avec ses airs de sorcier un peu fou et proche de la transe, Kenny Garrett sait y faire pour se faire lever les corps et battre les tempos. Kenny au sax alto bien sûr, accompagné de Keith Brown au piano, Corcoran Holt à la contrebasse, Rudy Bird aux percus et Melvis Santa aussi (aux perçus). Autant de musiciens un peu figuratifs tant le saxophoniste occupe tout l’espace en véritable star d’une musique entre jazz, groove funky et réminiscences africaines. Kenny Garrett nous gratifiait de ses solos absolument époustouflants, à la limite de l’apoplexie. Incandescent comme il sait si bien le faire avec cette incroyable maîtrise du son d’alto qui n’a pas beaucoup d’équivalent. A 64 ans, le saxophoniste du Michigan n’a rien perdu de sa fougue et de son envie d’emballer les foules. A preuve ce tube repris à la fin de chacun de ses concert et qu’il laisse tourner infiniment comme une forme de rappel qui tourne en boucle jusqu’à étourdissement de la foule en délire. Kenny connaît par cœur ses recettes pour se mettre le public in the pocket.

1er Aôut : CHARLES LLYOD (1ère partie) et YOUN SUN NAH ( 2ème partie)

La soirée du 1er août était prometteuse et augurait d’un de ces moments forts dont Marciac a le secret. Pour cette dernière soirée d’antenne de notre confrère Alex Dutilh sur France Musique, on ne pouvait rêver de plus beau plateau.

Et c’est peu dire que cette soirée remplit toutes ses promesses !

En 1ère partie Charles Lloyd venait avec une dream team composée du sublime guitariste danois Jakob Bro et de la plus élégante des rythmiques, composée de Larry Grenadier à la contrebasse et de Eric Harland à la batterie. C’était Charles LLyod et son Sky trio.

Moment de pure grâce, de suspension du temps et de l’âme, de l’envol très haut au dessus du ciel de Marciac. Moment quasi mystique avec un Charles LLyod qui, du haut de ses 86 ans n’a jamais perdu sa flamme et la puissance incroyable de son discours. Qu’il soit au ténor ou à la flute c’est toujours l’expression d’un son d’une maîtrise comparable à celle d’un calligraphe. La précision alliée à la puissance et à l’énergie du geste. Et l’on ne peut s’empêcher de s’émerveiller d’entendre Charles LLyod jouer, malgré son âge sans le moindre vibrato.

A ses côtés, celui qui s’impose comme l’un des guitaristes les plus inspiré de la scène actuelle, le danois Jakob Bro dont chacune des interventions était marquée d’une sorte de science harmonique hallucinante ( ou hallucinée). Créateur de nappes évanescentes. Un Wayne Shorter de la 6 cordes. Une inspiration venue de paul Motian qu’il a longtemps côtoyé.

Après un tel moment d’extase, le public se demandait comment la chanteuse coréenne pourrait assurer la 2ème partie.

Et pourtant !

Youn Sun Nah venait présenter son album « Elles » dédié aux voix de femmes en passant par Piaf, Björk, Nina Simone ou Roberta Flack. Le format proposé est des plus original puisque la chanteuse avait choisi de s’entourer de deux claviers ( et non des moindres), celui d’Eric Legnini et de Tony Paelman alternant chacun à tour de rôle le clavier acoustique ou électrique.

Comme toujours, la chanteuse donne ce sentiment d’incandescence : elle brûle sur scène ! Sur un répertoire varié sur lequel elle chante en plusieurs langues, Youn Sun Nah ne cesse de nous émerveiller passant d’un feeling très jazzy à une sorte de sauvagerie pop. C’est qu’en fait la chanteuse est totalement libre sur scène, sans aucune limite. Elle prend des risques, elle ose et mute en 100 personnalités en une.

Loin d’être démonstrative, Youn Sun Nah est habitée. Juste habitée par une forme d’urgence.

Le public est debout, transporté dans son monde et prêt à la suivre jusqu’au bout de la nuit.

L’heure pour nous de finir la soirée comme il se doit au J’Go où se produisent, comme tous les soirs Leonardo Montana (p), Samuel Adusar (dms) et Thibaud Soulas (cb).

On est bien !

 

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6 juillet 2024 6 06 /07 /juillet /2024 11:42

Deux nouveaux disques pour célébrer les 20 ans du label lillois de création. Deux univers, deux approches, avec en commun le batteur. Système à contraintes voulues et assumées d’une part, liberté du free jazz d’autre part. Mais grande liberté dans les deux cas
 

TERNOY, CRUZ, ORINS «The Theory of Contraints »

Jérémie Ternoy (piano), Ivann Cruz (guitare), Peter Orins (batterie)

Ronchin, 17-19 octobre 2023

Circum Disc CIDI 2401 -2024

https://www.circum-disc.com/ternoy-cruz-orins-the-theory-of-constraints/

 

Il n’est pas ici question de produire une œuvre en s’imposant des contraintes par jeu de l’esprit. On n’est pas dans la revendication de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) cher au cœur de Raymond Queneau. Et pourtant c’est bien le même esprit qui règne : faire œuvre d’art en tissant un réseau de contraintes qui fait que le jeu devient fécond, et que cette fécondité produit un objet artistique que l’on appelle œuvre (d’art), musique, performance…. que sais-je. Je me suis régalé à cheminer dans ce labyrinthe où chaque méandre me dit : là n’est pas le sens. Et pourtant sens il y a : giratoire, signifiant ou auditif. On s’immerge, on s’abandonne, la magie est là


WOO - HOO-HA

Christine Wodrascka (piano), Pauline Owczarek (saxophone alto), Peter Orins (batterie)

Ronchin, 12 décembre & Poitiers, 14 décembre 2023

Circum Disc CIDI 2402 -2024

https://www.circum-disc.com/woo-hoo-ha/


 

Elles-il se sont rencontrés en duo, puis en trio, pour des concerts. Et leurs improvisations font explicitement référence à l’univers du free jazz . Ici les libertés anciennes rejoignent les conquêtes du présent le plus vif. Entrée progressive dans une dramaturgie qui s’élabore, pas à pas, et se construit jusqu’au paroxysme, avec des pleins, des déliés, des foucades, des emportements, des méditations et des replis intimes. Musique libre, vraiment, qui nous saisit, et nous captive.

Xavier Prévost

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2 juillet 2024 2 02 /07 /juillet /2024 17:51
ALVIN QUEEN TRIO      Feeling good

ALVIN QUEEN TRIO      Feeling good

Stunt Records

www.alvinqueen.com

 

 

 

Est-il besoin de présenter Alvin Queen, batteur de légende qui, encouragé par Elvin Jones, a accompagné un soir Coltrane? En sideman ou en leader, il a tourné avec les plus grands Kenny Barron, Horace Silver, Dizzy Gillespie, Nina Simone... dans une carrière de plus de soixante ans.

Pour cet album en leader, il a choisi d’enregistrer en trio-le format classique-un album conçu à l’ancienne, en parfaite synergie avec son pianiste le très doué Carlton Holmes et son contrebassiste Danton Boller qui lui aussi a fait ses preuves.

Le titre Feeling good est une invitation à laquelle on s’abandonne avec plaisir tant le trio sait travailler à sa manière épurée l’héritage de la musique américaine, revoir divers répertoires du jazz, des thèmes de l’American Songbook déployés avec succès sur scène ou dans les films qui sont toujours source d’inspiration. Soit un spectre large composé de six chansons sorties de musicals, de quatre de jazzmen dont deux du pianiste Cedar Walton, deux autres issues de B.O de films dont le fameux Love Theme d’Alex North dans le Spartacus de Kubrick et aussi une chanson pop de 1961 devenue un standard de jazz The Night has a thousand eyes dont on se souvient de l’interprétation magistrale de Sonny Rollins.

Ce nouvel album ne changera pas la donne, au champ ouvert mais délimité puisqu’il enjambe une grande partie de l’histoire du jazz, de l’ineffaçable mais toujours émouvant-quand le piano sonne aussi bien, Someone to watch over me de Gershwin (1926 ) à Bleeker Street ( Cedar Walton 1985).

La science de l’alternance dans le montage confère tout son relief à cet album: loin d’une relecture facile des standards, on suit une progression lente menée de main de maître, un patient travail d’élaboration. Dès le démarrage allègre d' Out of this world d’Harold Arlen et Johnny Mercer, la complicité est immédiate entre ces trois musiciens qui avancent comme un seul homme. It ain’t necessarily so groove joliment. Waltz for Ahmad de Joe Wilson est un thème magnifique qui souligne l’habileté d’un pianiste vraiment talentueux accompagné d'un batteur  des plus caressants aux balais. Que dire de leur version de cette imparable mélodie Love theme de Spartacus qui vous cueille sans crier gare où, après une exposition élégiaque du thème, le pianiste développe une improvisation soignée aux variations recherchées? Changement de style avec Love will find a way, une chanson douce et chatoyante de 1977 de la femme de Pharoah Sanders où le pianiste joue aussi de synthés dans un esprit très pop.

La suite du programme n’en est pas moins réjouissante, le tempo s’accélère avec cette version éponyme de Feeling Good qui n’aurait pas déplu à Nina Simone qui connaissait la chanson et s’en empara dans son I put a spell on you. C’est en effet mérité que Feeling good donne son titre à l’album tant il a de quoi nous plaire réunissant dans un "mash up" réussi un soupçon de bossa, le thème mais aussi des citations de James Bond qui “matchent” particulièrement .

Impérial aux baguettes, stimulant sur les cymbales dans The night has thousand eyes, Alvin Queen entre dans la danse avec son solo (roulements secs sur la caisse claire) introduisant Firm Roots ; sans jamais forcer le ton,  il  sait utiliser toutes les nuances des peaux et des fûts, batteur “quintessential” qui commente, ponctue, rythme avec un drive d' une rare élégance, propice à induire des plages d’improvisation dont une écoute attentive révèle les subtilités.

On prend plaisir à cette balade dans un paysage musical américain éternel où tout part et ramène aux chansons. En cette période tourmentée, il n’y a vraiment pas de mal à se faire du bien avec ce rappel bienvenu de Send in the clowns de Steven Sondheim ou le final Three Little Words léger et rebondissant comme Fred Astaire. Un trio qui enthousiasme par son aptitude à faire revivre loin de toute performance, avec intelligence et conviction, des musiques essentielles.

Sophie Chambon

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29 juin 2024 6 29 /06 /juin /2024 11:21

Ludovic Ernault (saxophone alto),
Pierre Bernier (saxophone ténor),
Jean-Christophe Kotsiras (piano, composition),
Blaise Chevallier (contrebasse),
Ariel Tessier (batterie).
Enregistré en juin 2021 à Paris.
Soprane Records. Paru en juin 2024.


     Quoi de neuf ? Lennie Tristano (1919-1978).

 

     Un brin de provocation assorti d’un retour aux sources en forme de réhabilitation pour la jeune génération. Quand fleurissent à ne plus finir les adeptes de Brad Mehldau, Esbjorn Svensson et autres, se plonger dans l’univers du pianiste-professeur marginal mais central relève de l’exercice salutaire.

 

     « Contaminé par le virus tristanien », selon ses propres termes, le pianiste Jean-Christophe KOTSIRAS nous avait déjà donné un album en duo (Linea Bach with Tristano) avec Alice ROSSET, formation dénommée HASINAKIS, où alternaient titres de Tristano, Lee Konitz, Lennie Popkin, Jean-Sébastien Bach, et ses propres compositions.
      Enthousiaste, Kotsiras vante le jeu de Tristano « très fluide, très lié, d’apparence monotone mais en réalité avec beaucoup de relief un peu comme un dessin en noir et blanc ».


     Un enthousiasme qui incite aujourd’hui Jean-Christophe Kotsiras à proposer un second disque (espérons qu’un troisième interviendra) traitant de la musique de Tristano avec un quintet (deux saxophones et une rythmique), rappelant le groupe qui fit fureur à la fin des années 40 où se côtoyaient Lee Konitz (alto), Warne Marsh (ténor), Billy Bauer (guitare).
    Kotsiras présente des œuvres de Tristano (Wow), Konitz (Lennie’s, It’s You, Palo Alto) Billy Bauer (Marionette) s’ajoutant à trois compositions personnelles (Anamnèse, Emelia, Shining).

 

     Avec « LENNIE’S » (Soprane Records), nous disposons d’un quintet qui tout en sobriété (9 titres pour une durée totale de 43 minutes) propose l’exploration d’un univers envoûtant où l’émotion (sans pathos) se conjugue à la rigueur avec une élégance de classe ... Avis aux programmateurs de festivals et de concerts qui souhaitent sortir des sentiers (re)battus !  

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo X. (D.R.)

 

Cet été, on pourra entendre le duo HasinAkis le 20 juillet  à 19 h dans le cadre d'une résidence au Grand Bain de la Madelaine-sous-Montreuil  (62) et les deux pianistes (en solo ou duo) en Charente-Maritime dans des lieux non encore définis.

 

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29 juin 2024 6 29 /06 /juin /2024 08:20

Claude Barthélémy (guitares & autres instruments)

pour l’instant en numérique sur Bandcamp

https://claudebarthlemy.bandcamp.com/album/panorama

 

Une musique commencée pendant le confinement, avec tout le confort moderne des outils numériques ; mais le virtuel n’évacue pas le concret : des guitares, un peu de batterie et un piano jouet…. le tout mixée ensuite en studio. C’est du Barthélémy pur sucre, mélange de débordements et de finesse, de nuances et d’éclats, de mélodie entêtantes et de constructions musicales vertigineuses, de sons saturés et de sonorités bercées dans leur naturel. Des compositions nouvelles, mais aussi des thèmes qui appartiennent au passé, récent ou lointain, du compositeur-guitariste. On se surprend à écouter cette musique comme si, déjà, elle nous était familière. Comme si nous l’avions guettée, derrière ‘la balustrade du possible’, selon l’expression du poète Bruno Capacci. Le résultat de cette aventure solitaire est assez bluffant. Mais le projet musical n’est pas autarcique : au contraire. Claude Barthélémy veut de cette musique donner une version vivante, incarnée, par des musiciens/musiciennes qui lui donneront une autre vie, un nouvel essor, comme une aventure renouvelée. Bref pour en faire ‘de la musique de musiciens, entièrement faire à la main’, comme aimait à le dire notre Ami Jacques Mahieux, longtemps batteur au côté de Claude Barthélémy. Et en l’écoutant dans cette version princeps, on se prend à rêver de la voir resurgir, sous cette forme de réinvention foncière que l’on appelle ‘le jazz’

Xavier Prévost

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27 juin 2024 4 27 /06 /juin /2024 10:53

Dimitri Naïditch (piano, compositions, arrangements),
Gilles Naturel (contrebasse),
Lukmil Perez (batterie).  
Dinaï Studio, Achères–La-Forêt. Novembre 2023.
 PIANO MA MUSE - SKU 5349237 / L’autre distribution.
Paru le 24 mai 2024.

 

     Dans les années 60, le pianiste Jacques Loussier (1934-2019) atteint l’Himalaya du succès populaire (7 millions d’albums vendus) avec sa version teintée de jazz de Bach. Ce fut « Play Bach », qui bénéficia de la solide maîtrise de piliers du rythme, Pierre Michelot (contrebasse) et Christian Garros (batterie), leur assurant accessoirement un niveau de vie sans commune mesure avec leur quotidien de jazzman.

 

     Cette volonté de transgresser les genres et de tirer la substantifique moelle des compositeurs du grand répertoire classique habite aujourd’hui le pianiste d’origine ukrainienne installé en France, Dimitri Naïditch. « Reconstruire et recomposer », tel est le défi que se lance l’interprète en abordant Bach (Bach Up), Mozart (Ah ! Vous Dirai-je … Mozart), Liszt (SoLiszt) et maintenant Chopin (Chopin Sensations).

 

 

     Dimitri Naïditch entend agir « avec respect et amour » pour Frédéric Chopin dont il souligne « la beauté omniprésente de chaque mélodie, de chaque accord et de chaque détail de son tissu musical ». S’inspirant de thèmes bien connus des mélomanes (Nocturnes, Préludes, Valses…), le pianiste a composé en laissant une grande part à une improvisation maîtrisée.

 

 

    Sur scène, lors du concert de lancement de l’album le 19 juin au Bal Blomet (75015), les trois interprètes -Dimitri Naïditch (passionné) au piano, Gilles Naturel, contrebasse et Lukmil Perez, batterie (impeccables de finesse et musicalité)- suivaient scrupuleusement leurs partitions, contribuant à confectionner une œuvre équilibrée et homogène forte en émotion. L’esprit de Chopin est respecté avec une légèreté dans le jeu et un swing bien tempéré appréciés par un public nombreux, visiblement heureux, en cette période d’incertitude, de cette parenthèse enchantée.

 


Jean-Louis Lemarchand.

 

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24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 10:06
JACQUES PONZIO                          MONK SUR SEINE

 

JACQUES PONZIO MONK SUR SEINE

Editions LENKA LENTE

 

Monk Sur Seine de Jacques Ponzio / Editions Lenka lente

 

Monk encore…. Monk toujours par le spécialiste mondial de l’artiste à savoir Jacques Ponzio qui persiste et signe un nouvel ouvrage sur Monk, le troisième aux éditions nantaises Lenka Lente après son Abécédaire The ABC-Thelonius Monk en 2017, réédité en 2023 et Monk again en 2019. Chez le psychanalyste, pianiste et leader de l’African Express trio, Monk est une obsession. Découvert dans les années 60, il suit le pianiste dans une quête quasi existentielle et un travail d'écriture qui commença avec Blue Monk co-écrit avec François Postif, publié chez Actes Sud en 1995. On peut avoir l’impression entre Blue Monk et le superbe Monk de Laurent de Wilde en 1996 que tout a déjà été dit, écrit. Ponzio lui n’est jamais allé voir ailleurs. Tant il est vrai qu’il n’en finit pas de creuser le même sillon, de tourner dans sa tête certaines interrogations sur le mystère de ce génie musical. En fin limier, il trouve de nouvelles pistes qui justifient ses recherches. Cette fois il s’attaque au premier séjour parisien de Monk, il y a soixante dix ans , en 1954 et s’efface presque devant son sujet, puisqu’il fait appel à des témoins encore vivants comme le galeriste et photographe Marcel Fleiss âgé alors de vingt ans, et s’appuie sur une formidable enquête menée par un autre Sherlock, “addict” à son sujet de recherche, Daniel Richard éminent disquaire à Paris dans les années 70 à l'enseigne de Lido Music où il savait dénicher les introuvables et faire entrer  les imports japonais, puis à la Fnac Wagram, producteur chez Verve, Polygram, Gitanes Jazz, Managing Director chez Universal...quelqu’un qui compte dans le jazz.

https://www.jazzinfrance.com/theloniousmonk.html

Le livre nous fait revivre dans les moindres détails l’aventure parisienne du Moine depuis son départ de l’aéroport d’Idlewild qui ne s’appelait pas encore JFK, le dimanche 30 mai jusqu’au jeudi 10 juin quand il reprit l’avion d’Orly Sud, quelque peu dépité par l’accueil du public pour le moins mitigé. Dix jours avec le compte rendu précis (premier article de fond) de ses concerts salle Pleyel lors du 3ème Salon international du jazz dans un décor Nouvelle Orleans où il était invité avec Gerry Mulligan en quartet et le trompettiste Jonah Jones. Une initiative bienvenue qui voulait faire de Paris le centre mondial du jazz, une foire commerciale et artistique qui hélas n’eut pas de suite pour des raisons financières. Monk va passer de concerts en clubs (Ringside, Club St Germain, Tabou...) vivre soirées et boeufs, se faire trimballer en scooter par le jeune René Urtreger ou guider dans la capitale par Jean Marie Ingrand, le contrebassiste commis d’office pour assurer la rythmique des concerts en trio avec le batteur Jean Louis Viale.

On suit à la trace tout son parcours dans une géographie parisienne orientée jazz jusqu’à une conclusion… jamais définitive puisque Ponzio n’abandonne pas encore la partie, pensant avoir encore des choses à nous raconter sur le sujet.

Si Monk fait aujourd’hui l’unanimité, on s’aperçoit qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Il est une icône dont la vie est romanesque, énigmatique, de ses silences avec les journalistes ( jusqu’à cette fameuse interview d’Henri Renaud en 1969, lors de son second séjour en France, objet du documentaire controversé "Rewind and Play" d’Alain Gomis) jusqu’à la relation étrange avec sa bienfaitrice, la baronne Nica de Koenigswarter.

 Ce n’est pas l’un des moindres intérêts de ce livre que de souligner que Mary Lou Williams est à l’origine de leur rencontre et de dater ce moment au 3 juin 1954. S’il a souvent ravi le public, tant il est spectaculaire à voir et à entendre, bouleversant les codes au sein même du be bop pourtant révolutionnaire dont il est reconnu comme grand prêtre, on comprend lors de ses concerts à Pleyel qu’il divisa les experts souvent sans nuance. Pourtant les disques de cette période vont connaître la reconnaissance Bird and Diz (Prix Jazz Hot 1954 et son premier Thelonius Monk piano solo) alors que pour sa première cérémonie,  le 4 juin, l’Académie du Jazz présidée par André Hodeir choisit Milt Jackson Wizzard of Vibes (avec deux titres de Monk, Criss Cross, Eronel). Mais il y eut toujours des voix pour défendre le style extravagant de Monk, des musiciens éblouis comme Gerry Mulligan, des admirateurs de la première heure comme le pianiste Henri Renaud et sa femme Ny qui signe des papiers pertinents dans Jazz Hot, sous N. Rémy ( déjà l’usage de pseudo), des musicologues comme André Hodeir...

Le livre petit mais dense se présente sous forme de courts chapitres agrémentés d’abondantes photos, vraiment exceptionnelles de Marcel Fleiss mais aussi d' Alain Chevrier (grâce à Francis Capeau), quasiment inédites, regroupées pour l’occasion. Les notes renvoient à une bibliographie, une discographie très précises. L'auteur n'oublie pas  de représenter les principaux acteurs de cet épisode. Et surtout dans ce montage d’archives d’une grande honnêteté, il n’omet aucun point de vue, induisant une complexité certaine mais approchant la vérité du reportage. Ainsi chacun des livres de Jacques Ponzio ajoute une nouvelle pièce au puzzle Monkien dont tous les mystères ne sont pas encore résolus.


Sophie Chambon


 

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