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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 22:57

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©JL Lemarchand

 

 

En vingt ans, ACT s’est hissé parmi les labels indépendants innovateurs. Siggi Loch, patron et fondateur se confie sur la réussite de cette PME de Munich, défenseur du jazz européen et maintenant américain.

 

Debout derrière la console du New Morning, il veille, au côté de l’ingénieur du son, à la bonne tenue acoustique de son all-stars d’un soir, mené par Nils Landgren (trombone) avec  notamment Nguyên Lé (guitare), Michael Wollny (piano), Viktoria Tolstoy (chant) et un duo français de saxos Céline Bonacina (baryton) et Pierrick Pedron (alto). Siggi Loch, le patron d’ ACT qui fêtait ce 25 avril à Paris les 20 ans de son label est comme cela :  attentif à chaque détail et proche de ses musiciens.

Sortant d’un dîner sans façons avec ses artistes dans un bistrot du quartier de la Gare de l’Est, Siggi Loch s’est confié aux DNJ sur cette aventure discographique engagée à Munich –siège également d’ECM- en 1982 et qui s’est traduite par la production de près de 370 albums (358 à la fin 2011) aisément reconnaissables dans les bacs par une identité artistique forte (le slogan d’ACT, The Art in Music).


 DNJ : Quel bilan tirez-vous de ces vingt ans à la tête d’ACT ?

Siggi Loch : (rires) Je n’ai qu’un seul regret. De ne pas avoir lancé ACT dix ans plus tôt. En 1967, alors chez Warner International, j’avais imaginé le logo du label et défini sa ligne artistique. Mais Nesuhi Ertegun (un des patrons d’Atlantic) m’a contacté. Et j’ai du attendre 1982…


DNJ : Vous aviez une idée bien précise….

 SL : Donner leur chance aux nouveaux talents marquants dans les nouveaux courants du jazz. Le premier musicien que j’ai signé a été le guitariste Nguyên Lé, qui vient de sortir son douzième album sur notre label (ndlr : « Songs of Freedom » qui lui a valu le prix Django Reinhardt 2011 décerné par l’Académie du Jazz). Aujourd’hui nous avons vingt artistes en contrat exclusif –dont Nils Landgren, Yaron Herman, Viktoria Tolstoy, Youn Sun Nah…et une dizaine qui collaborent régulièrement –comme Paolo Fresu ou Bugge Wesseltoft.

 

DNJ : ACT est essentiellement un label européen …

SL : Assurément, mais nous avons pris pied aux Etats-Unis en signant ces dernières années le pianiste Vijay Iyer et le saxophoniste Rudresh Mahanthappa.  Les Etats-Unis sont ainsi devenus notre troisième marché après l’Allemagne et la France, prenant la place de la Suède, victime d’un piratage dévastateur.

 

DNJ : Les temps sont durs …

SL : Paradoxalement, alors que le marché global physique du disque a fondu de moitié depuis 1982, l’année dernière aura été la meilleure année de son histoire pour ACT. Le décès accidentel en 2008 du pianiste Esbjörn Svensson, leader du groupe E.S.T. et n°1 de nos ventes, nous avait fortement secoués. Mais nous avons engagé d’autres talents, en Europe et en Amérique. L’an passé ACT a sorti 31 albums alors que nous avions tablé sur seulement 24, en tenant compte de notre moyenne de deux albums par mois. Et les résultats ont suivi : en France, par exemple Youn Sun Nah s’est installée dans les meilleures ventes avec « Same Girl ».

 

DNJ : Vous ne regrettez pas d’avoir quitté des majors pour fonder votre PME ?

SL : ACT, c’est pour moi le label de l’amour (rires). Tous les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise. Je ne m’accorde pas de salaire, mais je ne me plains pas, les années dans les majors ont été généreuses. ACT est une petite PME. Nous avons une très modeste équipe à Munich, quatre salariés à temps plein et ma femme qui traite des finances, et des correspondants à temps partiel sur les principaux marchés étrangers. Soyons clair : nous ne sommes pas des rêveurs !

 

Propos receuillis par Jean-Louis Lemarchand le 25 avril 2012

 

Discographie : The Jubilee album 20 magic years avec Nils Landgren, Youn Sun Nah, E.S.T., Michael Wollny, Nguyên Lé, Bugge Wesseltoft, Joachim Kühn ; Act Family Band, the Jubilee Concert, Hambourg février 2012 avec Nils Landgren, Céline Bonacina, Michael Wollny, Verneri Pohjola, Lars Danielsson….

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:07

Rencontre avec la chanteuse avant un concert donné au Sunside à l'occasion de la sortie de l'album " secret of the wind"

 

 

elisabethkontomanou.jpg

Après lui avoir fait lire une declaration de Linx dans une interview pour Jazzmagazine qui dit que Kontomanou est l'un des rares chanteuses à savoir dompter la chanson .....

 

C'est quelque chose qui te parle cette idée de "command a song" ?

 

E.K : Il ya plusieurs facons de dire cela. Quand quelqu'un chante tu crois à ce qu'il raconte ou tu n'y crois pas. Il faut vraiment être dans la musique. Il y a  des exigences et tu ne peux pas laisser les choses au hasard. Moi ce qui m'interesse c'est vraiment de m'exporter. Je m’identifie à la musique afro-américaine et donc, lorsque je chante ce répertoire c’est normal que je sois vraiment " dedans". Il est en moi.

 

 

Il ya des choses très personnelles dans tous tes albums. Tu sembles nous parler de ta propre histoire même si tes albums sont tous très différents. Tu y mets quelque chose d'intime ?

 

EK : Je m'investis dans ce que je fais. Mon chant et moi c'est la même chose, la même entité. Je ne suis pas une chanteuse le soir et quelqu'un d'autre dans la journée. Je suis un chanseuse tout le temps. Donc si je décide de chanter une chanson c'est vraiment que je l'aime et j'essaie de faire en sorte de vraiment ressentir ce que je chante pour que celui qui l'entend puisse peut être, à son tour ressentir la même chose.

 

Cela veut dire que dans les choix de tes chansons c'est toujours une démarche. On imagine mal Elisabeth Kontomanou chanter quelque chose qui ne lui correspondrait pas juste pour faire plaisir à un producteur.

 

EK : Oui et en même temps j'ai chanté beaucoup de chansons différentes. Souvent mon affinité avec les chansons remontent à l'enfance. Tu vois par exemple le morceau " L.O.V.E" dans le dernier album, avec Geri Allen on s'est dit toutes les deux que c'etait une chanson qui nous ramenait à quelque chose, qui réveillait des souvenirs. Globalement on a choisi des chansons que l'on aimait toutes les deux et que dans nos parcours respectifs, on avait pas forcément joué ou enregsitré.

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“Geri Allen : son jeu est véritablement celui d'une poéte.”

 

 

 

 

Comment s'est faite cette rencontre avec Geri Allen ?

 

EK : L'année dernière on m'a demandé de venir au Canada pour  un concert dans le cadre du festival " Jazz en rafale" organisé par Alain Bédard et le sujet était "les femmes". Alain a eu l'idée de nous réunir moi et Geri. Elle avait un peu entendu ce que je faisais et moi je la connaissais beaucoup mieux, en tant que pianiste de jazz. On s'est mis à jouer et ça a collé immédiatement. On a beaucoup parlé autour des questions spirituelles. Je me suis alors dit que j'aimerais faire un album sur des chansons qui parlent de Dieu et finalement pourquoi pas avec Geri. Je trouve qu'elle sert magnifiquement ma musique. Son jeu est véritablement celui d'une poéte. Tout est tellement facile pour elle. On a vraiment improvisé ces morceaux, quand bien même ils peuvent sembler très travaillés. On l'a fait comme on avait envie de les raconter.

 

 

C'est un album qui parle de Dieu mais aussi beaucoup d'espoir dans le genre humain. Ce sont des messages que tu veux faire passer.

 

EK : Oui, même si ce n'est pas voulu comme cela au moment où je le fais. Mais je sais que c'est perçu ainsi et que l'émotion est ressentie comme cela. Et pour moi cela veut dire que le but est atteint.

 

Dans une interview que tu donnais en 2007 à Alex Dutilh pour Jazzman tu disais que tes grandes influences sont Mahalia Jackson et Curtis Mayfield. Exactement ce que l'on retrouve dans cet album !

 

EK : Et bien tu vois ! Effectivement j'adore Mahalia. C'est une immense chanteuse, l'exemple d'une certaine perfection de la musique classique et du blues ensemble. Je ressens vraiment tout ce qu'elle chante.C'est une chanteuse que j'adore. Quant à Curtis, j'ai un immense respect parce que je trouve que c'est un homme qui, pour le coup, a porté un message. J'aime ses textes, ses chansons et j'aime son implication avec la cause de son peuple. Pour moi il est le Bob Dylan noir.

 

Et toi est ce que tu te sens engagée ?

 

EK : Je suis surtout engagée dans la vie ! Je suis quelqu'un qui donne mais je ne suis pas quelqu'un qui va prêcher. Et je n'ai pas du tout envie de séduire ou de convertir. Par contre c’est vrai que j'ai eu une expérience personnelle avec Dieu, ou du moins ce que j'appelle Dieu et c'est cela que j’exprime, c'est tout.

 

Cela a été un  soutien pour toi dans les moments très durs de ta vie ?

 

EK : Oui bien sûr mais c'est aussi une sorte de révélation. D'ailleurs si tu écoutes bien dans la chanson Secret of the wind c'est exactement ce que je raconte. Cette chanson parle de ma première révélation de Dieu que j'ai eu dans ma vie.

 

 

 

“J'ai besoin de rencontrer des artistes qui sont sans limites et qui donnent tout dans ce qu'ils font. C'est de là qu’il peut naître quelque chose.”

 

 

 

Au début quand tu chantais à Paris, tu étais complètement sauvage sur scène. Tu t'es assagie ?

 

EK : A l'époque je ne pouvais pas chanter des standards. Ce n'était pas possible pour moi. Il fallait que je passe d'abord par une recherche de ma propre identité. Je carburais aux challenges sur le plan vocal. 


Retrouvez ici la suite de l'interview d'Elisabteh Kontomanou

  

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:10

 

Joachim Kuhn-FREE IBIZARomantique, volcanique, Joachim Kühn, musicien précoce - «je savais lire la musique avant de lire les mots» - n’a rien perdu de sa fougue des années 60, l’époque free. Tout en gagnant en sérénité, en sagesse à l’approche de ses 68 ans au printemps. Artiste toujours en quête de nouvelles expériences et de nouveaux univers musicaux, Joachim Kühn dévoile sa personnalité dans son dernier album en solo «  Free Ibiza » (Out Note Records) produit par Jean-Jacques Pussiau (1) auquel le lie une collaboration d’un quart de siècle (Easy To Read », trio avec Daniel Humair et Jean-François Jenny-Clark sorti en 1986 chez Owl). De passage à Paris, où il débarqua en 68 de sa RDA (l’Allemagne de l’Est alors sous le joug communiste) natale, le pianiste-compositeur s’est confié à DNJ.

 

DNJ : L’exercice du solo, c’est le test suprême, le juge de paix pour un pianiste quand il atteint une certaine maturité…
Joachim Kühn : J’ai toujours aimé jouer en solo. Je ne vais quand même pas évoquer le premier concert classique que j’ai donné à l’âge de six ans ! (rires). Mais le premier album de jazz en solo date de 1971 et avait été produit en France. Je me sens comme chez moi à Paris où j’ai été accueilli en 68 et fait la connaissance de Jean-François Jenny-Clark, Aldo Romano, Michel Portal, Martial Solal…


DNJ : C’était la grande époque du free jazz …
JK : Assurément, c’est alors que j’ai rencontré Don Cherry. C’était très free. Plus tard, j’aurai l’occasion de jouer en duo avec Ornette Coleman. Aujourd’hui, jamais je ne me suis considéré comme aussi libre. Je peux travailler comme il me plaît, développer ma propre musique.

 

2010-09-08 Joachim 138 nath

photo: Jean-Jacques Pussiau


DNJ : Mais pourquoi vous êtes vous « exilé » à Ibiza ?
JK : Ibiza n’est pas, il est vrai, une île dédiée au jazz même s’il y a désormais un festival.  En 1992, je suis allé passer des vacances là-bas et je me suis plu. C’est le paradis. De mon piano je vois la mer, je peux jouer et composer sept à huit heures  par jour sans avoir de problèmes avec les voisins (rires). Je n’ai pas d’ordinateur, de téléphone portable, j’aime la modernité… mais dans la musique. C’est d’ailleurs la seule chose qui m’intéresse, la musique, même si je me suis mis à la peinture, prenant exemple sur Daniel Humair.


DNJ : Votre père était acrobate. On a l’impression que vous aussi vous êtes toujours en équilibre et à la recherche de nouveaux défis.
JK : Ces dernières années, j’ai vraiment découvert la musique arabe et africaine et me suis beaucoup investi dans ce trio qui comprend le percussionniste espagnol Ramon Lopez et le joueur marocain d’oud Majid Bekkas. Mais j’ai pris aussi énormément de plaisir à jouer avec un fantastique jeune pianiste allemand de formation classique, Michael Wollny ou un vieux complice, Archie Shepp.


DNJ : Quel est votre prochain projet ?
JK : Un programme dédié à Kurt Weill qui me permettra de jouer avec deux clarinettistes, Louis Sclavis et Rolf, mon frère aîné de quinze ans (2) qui pratique tous les jours son instrument ! C’est très excitant. Et cela me rappelle l’album consacré à l’Opéra de quatre sous qui avait été réalisé en 1996 avec Jean-François Jenny Clark et Daniel Humair (Verve). Un merveilleux souvenir : une heure de répétition avait suffi avant d’enregistrer !


Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

1. Cet album s’intègre dans la collection « Jazz & the city » qui comprend également des disques de Kenny Werner (New-York), Bill Carrothers (Excelsior), Eric Watson (Paris) et Richie Beirach (Tokyo).
2. Avec son frère Rolf, Joachim Kühn a obtenu en 2011 la prestigieuse distinction allemande décernée par The Echo Jazz pour l’ensemble de sa carrière (Lifetime Achievement Award).

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 22:07

Les coulisses de la coulisse

 

 samuelblaser3.jpg

Il paraît que tu as eu envie de jouer du trombone dès l'âge de 2 ans !

 

Samuel Blaser : (rires) C'est en tout cas la légende qui court dans ma famille. Chez moi il y a un carnaval tous les ans avec une fanfare et je voyais ce trombone qui m’impressionnait. Quand j'avais effectivement deux ans, je montrais à ma mère le geste de la coulisse  en essayant de lui faire comprendre que je voulais jouer de cet instrument. Et cette fascination qui m'a pris très tôt ne m'a jamais vraiment lâché. Quand j'ai pris des cours d'initiation musicale, il y avait au fond de la salle un trombone mais je n'avais pas le droit de le toucher. Et je passais mon temps à le regarder. J'étais oui totalement happé par cet instrument. J'ai attendu l'âge de 8 ans pour pouvoir souffler dedans et 9 ans pour pouvoir vraiment commencer à jouer et à prendre des cours.

 

 

Mais qu'est ce qu'il y a dans cet instrument avec lequel on débute rarement, qui a pu te fasciner si tôt ?

 

SB :  Je ne sais pas, je crois que c'est la coulisse. La première chose que j'ai fait lorsque j'ai eu le mien c'était de rentrer chez moi et de faire un superbe glissando !

Au conservatoire il  y a avait un big band. Avec mes frères nous avons intégré le groupe qui commençait à avoir un assez bon niveau et qui même tournait un peu dans la région. De fil en aiguille j'ai été approché par l'école de jazz de Berne  dont le big band manquait de trombone et j'ai alors intégré le Swiss Jazz Big Band qui était alors dirigé par Bert Joris. J'ai joué avec cet orchestre durant 5 ans. On a fait des concerts avec Clark Terry , Phil Woods, Jimmy Heath. George Robert, le directeur de cette école a invité un jour Matthias Ruegg à venir le diriger. Nous avons alors joué la musique du Vienna Art Orchestra et c'est là que Matthias m'a repéré. J'avais 18 ans à l'époque. Il m'a alors invité plusieurs fois à jouer avec le VIenna.

 

C’est le déclic de ta carrière ?

 

SB : Ce qui a marqué mon enseignement c'est surtout qu'à un moment de mes études, sur les conseils d'un ami, je suis venu à Paris pour suivre l'enseignement de Geoffroy de Masure. Et là il s'est vraiment passé quelque chose. Je suis resté avec lui près de deux ans. Il me recevait chez lui, une fois par mois. On s'enfermait durant 4 ou 5 jours et l'on jouait presque 10 heures par jour dans sa maison du côté de Château Thierry. Cela a été la meilleure période d'enseignement que j'ai connu. Une relation de maître à disciple. On passait notre temps à jouer, à faire des relevés de Coltrane, à improviser. Geoffroy est quelqu’un d’absolument incroyable. Quelqu’un qui ne se met jamais en avant, presque autiste. Il m’a vraiment appris à improviser ou à jouer tout seul par exemple. On a aussi beaucoup travaillé sur des rythmes complexes, sur la musique de Steve Coleman par exemple. On passait des heures à inverser les rôles où l’un faisait la basse et l’autre le soliste. Il m’a appris aussi à jouer avec un barillet, ce que ne font que rarement les trombonistes de jazz

 

Tu parlais de jouer seul, tu as déjà fait des concerts en solos ?

 

SB :  Oui d’ailleurs mon premier disque était celui de mon premier concert solo. C’est un exercice totalement flippant. Mon premier concert solo en 2007 a été enregistré par la radio suisse romande et est directement sortis sur disque (Solo Bone, Slam Productions, 2008).

 

Beaucoup de tromboniste se mettent aujourd’hui à jouer de la conque, comme Steve Turre, pas toi ?

 

SB : Non pas vraiment, non. En fait cela prouve que Steve Turre n’a pas toujours bon goût. Il y a eu aussi une période où les trombonistes faisaient aussi du didgeridoo. J’en ai acheté un mais j’ai vite laissé tomber. En fait je trouve qu’il y a assez de choses à faire avec cet instrument non ? 

Sebastien (LLado) va pas se vexer ici j'espère? :) 

 

 

Tu viens d’un univers familial où la musique était importante ?

 

SB : Ma mère qui jouait un peu de guitare nous a toujours intéressé à la musique. Elle nous emmenait mes frères et moi écouter des concerts dans la belle salle de La Chaux de Fonds, là où Keith Jarrett a enregistré certains concerts. Elle était assez classique et nous faisait écouter du Ray Charles, Louis Armstrong, Harry Bellafonte. Mais le vrai choc pour moi cela a été lorsque mon frère a ramené " Atomic Basie" de Count Basie. Il s'est vraiment passé quelque chose lorsque j'ai écouté cet album. Je me souviens qu'avec mon big band on écoutait ce disque, assis en rond avec mes copains. Nous étions subjugués par ce qui se passait et par le swing. Cela m'a sensibilisé à l'idée d’aller chercher le "son", de faire sonner différemment. C’est ce qui me rapproche beaucoup de Marc Ducret sur ce point. 

 

 

Quelles sont tes influences ?

 

SB : Mon premier prof, Jacques Henry m’a donné une cassette, celle de Jay Jay Johnson (« The Eminence vol.1 »). Cela a été le premier album de tromboniste que j’ai écouté. Ensuite c’était Curtis Fuller ( « New Trombone »). Puis Frank Rosolino a totalement changé ma conception du trombone. Il a eu une fin tragique mais c’est quand même un personnage marquant dans l’histoire de l’instrument ( NDR : il s’est suicidé en 1978 après avoir tué ses deux fils). Ensuite j’ai écouté Albert Mangelsdorff mais j’ai d’abord trouvé cela horrible avant d’y revenir bien plus tard. Masi depuis 4/5 ans, en fait depuis mon arrivée à New York j’ai recommencé à beaucoup écouter ce qu’il faisait et j’ai été totalement conquis.

Mais ces dernières années, celui qui m’a le plus impressionné c’est assurément Glenn Ferris qui est vraiment quelqu’un qui est une sorte d’OVNI dans la planète des trombonistes. Quel son ! Son trio avec Vincent Courtois et Bruno Rousselet est une pure merveille. Une fois je lui ai demandé comment il faisait pour avoir cet air dans le son. Il m’a répondu «  je n’ai pas de l‘air dan mon son, j’ai du son dans l’air » ! Il a un truc que les autres n’ont pas. Il joue avec deux barillets. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a dit «  Samuel, cela fait 25 ans que je bouge cette fichue coulisse, j’en ai un peu marre aujourd’hui ». Donc lui et Mangelsdorff sont les deux qui ont bouleversé a conception du trombone.

Cela dit je fais du jazz mais curieusement aujourd’hui, ce qui nourrit beaucoup ma musique c’est surtout la musique classique.

 

 

Qu'est ce qui explique cette formidable vivacité du jazz suisse ?

 

SB : C’est un jazz que l’on connaît mal d’ailleurs, pas bien représenté. Il s’exporte assez difficilement mais il est vrai que c'est un jazz riche. La raison principale a été durant de nombreuses années, la multiplication des conservatoires régionaux. Maintenant cela est un peu derrière nous car le nombre de ces conservatoires a été fortement réduit pour se concentrer autour de Zurich, Lausanne, Genève. Mais toutes ces écoles ont un département de jazz qui compte chaque fois 100 ou 150 étudiants par classe.  Et puis il y a beaucoup d’aides financières qui viennent au jazz pour nous aider à nous exporter. Maintenant qu’est ce qui fait que ce jazz est de qualité, je ne sais pas. Toujours est il qu’en ce qui me concerne, j’ai eu la possibilité, après mon apprentissage avec Geoffroy de recevoir une bourse pour aller l’installer à New York. Ce qui m’a ouvert de nouveaux réseaux mais m’a aussi un peu coupé du jazz Helvétique. 

 

Cette expérience new-yorkaise, elle est essentielle dans ta construction ?

 

SB : C’est sûr, cela a totalement métamorphosé ma façon de voir les choses. C’était un rêve d’aller là bas et je continue à être hanté par l’idée d’y habiter, même si j’ai la chance d’y aller environ tous les deux mois. Arriver à New York c’était pour moi comme vivre dans un rêve. Certes c’était un peu difficile au début de créer des contacts mais de fil en aiguille j’ai réussi à tisser des liens, pas forcement dans des clubs de jazz.  Comme par exemple avec Jay Elfenbein qui joue de la viole de gambe électrique et avec qui on a fait un trio et joué des trucs super bargés dans des rings de boxes. Il y avait Dave Taylor ou John Clark qui joue dans le Mingus Big Band. Rapidement j’ai rencontré Gerald Cleaver avec qui j’ai créé mon premier quartet. Il y avait aussi Scott Dubois. On a fait notre première tournée en 2006.

 

Tu viens de signer un album avec Paul Motian (*) autour de la musique de la renaissance.

SB : Cela a pris beaucoup de temps. D’abord le plus difficile a été de convaincre le label. La musique baroque ou de la renaissance ont été des musiques que j’ai beaucoup travaillé au conservatoire. Quant à ce qu’en faisaient les jazzmen, je n’ai jamais été vraiment convaincu. C’est souvent très proche de la musique originale et du coup, très kitsh. Par exemple il y a le projet de Phil Abraham ( « from jazz to baroque ») mais que je trouve de très mauvais goût même si j’apprécie beaucoup sa façon de jouer. Si Phil lit ce passage, il va me trouver prétentieux :) 

Je suis parti sur l’idée qu’il fallait prendre l’essence de cette musique-là et en faire autre chose. La travailler autrement. Prendre le matériel, l’essence et en faire autre chose. Ensuite j’ai mis 6 mois à écouter tous les airs de Monteverdi afin de trouver les mélodies sur lesquelles je pensais pouvoir utiliser pour ne faire autre chose. Il y a beaucoup d’arias magnifiques mais il faut éviter le piège de choisir ceux qui en aurait fait quelque chose de très kitsh. Il fallait les diluer dans autre chose. Cependant dans certains cas, cette mélodie reste très présente. C’est le cas par exemple de la Passacaille qui est très respectée sur la forme, sur la mélodie et sur les harmonies. Mais il fallait éviter de reproduire strictement les voix. Tout ce travail nous l’avons fait aussi ensemble, à la table, en jouant d’abord le texte à l’identique. C’est grâce à Russ Lossing que nous avons pu amener cette musique plus loin que ce que le papier disait. Il fallait éviter de rentrer dans cette cage qu’est le monde baroque, qui est certes magnifique mais qui ne devait être qu’un des éléments fondateurs de ce que nous voulions jouer.

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© Alex Troesch

Comment s’est faite cette rencontre avec Motian ?

 

SB : C’est une idée de moi au départ. J’ai contacté le label et je lui ai dit que je voulais jouer avec lui. Il me fallait des musiciens que je connais bien mais qui sont aussi des gens avec qui il a déjà joué. J’ai donc tout naturellement pensé à Thomas Morgan et Russ Lossing. J’avais là un trio qui pouvait fonctionner et dans lequel je pouvais m’insérer sans rompre la cohérence.

Pourquoi Motian ? Parce que je savais que dans ce projet il allait pouvoir se placer dans la sonorité du baroque. Et puis surtout pour moi, qui joue assez peu de notes, je savais qu’il était le seul à pouvoir offrir comme cela de l’espace aux musiciens. Surtout quand il joue ses cymbales. A chaque coup de cymbale il sort des mélodies que je n’entend chez aucun autre batteur. Il a une manière de jouer unique. Je l’ai écouté durant toutes mes études et je l’écoute aussi aujour d’hui. Lorsque je l’ai appelé en lui indiquant que c’était sur les conseils de Thomas, il m’a juste dit «  ok, let’s do it ». On a enregistré en décembre 2010. Cela a été un peu sportif parce que,  mon avion a eu deux jours de retard à cause des tempêtes de neige. J'avais planifié une seule répétition que j'ai réussi a faire en sortant de l'avion, la veille de la session d'enregistrement. Je voulais juste arriver deux trois jours plus tôt pour récupérer du jet lag… Du coup…. j’étais assez tendu lorsque nous sommes rentrés en studio. Mais très vite tout s’est détendu, les blagues ont commencé à fuser. La session s’est déroulée en 5 heures et après nous sommes restés tous les deux, un long moment à prendre le temps de parler. Ensuite nous avons aussi fait un concerte en juin à New York avec le même casting. Il a adoré le concert. A la fin il m’a dit «  I didn’t know a trombone could play like this ! ». Je lui ai demandé depuis combien de temps il n’avait pas joué avec un trombone et il a reconnu que cela remontait aux années 80 avec Roswell Rudd. Il a eu l’air d’avoir tellement aimé le concert que je me suis imaginé que si j’habitais New York, peut être qu’il aurait fait appel à moi. 

  

 " Hi Samuel.thanks for calling....I enjoyed the gig very much.........and ...listened to the CD.....loved it......thanks a lot......hope to do it all again sometime.....best....."paul......

Paul Motian

 

 

 


Qui est la doublure de Motian ?

SB : C’est Gerry Hemingway et l’on tourne en février/ mars avec ce projet dans pas mal de villes européennes. Malheureusement les Français ne semblent pas passionnés. Le problème c’est qu’il est entre classique et jazz mais ni vraiment dans l’un ni vraiment dans l’autre. Du coup cela bouscule un peu les cases et ne rentre dans aucune logique de programmation.

 

 

Ton dernier projet, ou plutôt ton nouveau groupe accueille Marc Ducret. Là encore une rencontre décisive . Comment s’est elle produite ?

 

SB : Je voulais constituer un groupe avec de nouvelles personnes pour revenir à un jazz plus… énergique. J’ai pensé immédiatement à Ducret. Comme Marc est dans la même agence que moi, le lien était plus facile. Il a dû certainement écouter ma musique sur internet car il m’a dit oui tout de suite.

 

Peut-être plus que sur Consort in Motion, vous jouez beaucoup plus sur l’improvisation

 

SB : Oui c’est vrai même si dans Consort la part d’improvisation était déjà grande. N’empêche que le nouveau matériel que nous avons avec Marc et avec lequel nous tournons en ce moment est plus écrit. C’est ce matériel qui donnera lieu à une suite « live » à notre précédent album. Avec Marc, il respecte beaucoup mon travail d’écriture. Mais ce qui se passe en concert c’est que l’on traverse les morceaux. On part avec ce qui est écrit mais sans savoir réellement où nous allons. Comme on connaît bien le matériel, chacun dans le groupe peut jouer une note ou un thème et l’on sait qu’il va nous embarquer sur le même chemin.

 

J’ai été fasciné dans cet album par votre façon de vous arrêter tous ensemble, sur ce qui semble être des impros collectives. Avez vous des signes entre vous ?

 

SB : Non, pas de signe mais c’est vrai que parfois on ne se l’explique pas. Pas plus tard qu’hier nous avons eu ainsi une coda fabuleuse où l’on a tous terminé dans le même temps avec la même intention et ça ce sont des moments magiques. En plus il y a une vraie osmose humaine dans ce groupe. Ceci explique certainement cela. Mais nos morceaux en concert peuvent soit prendre une forme très courte soit s’étendre sur des formats des très longs. L’ordre des morceaux n’est pas défini avant et chaque soir c’est un nouveau concert.

 

Dans le disque cette spontanéité a t-elle été conservée ?

 

SB : Absolument. Il n’y a eu aucune coupe, aucun effet et les morceaux sont présentés tels quels, dans l’ordre dans lequel nous les avons joué.

 

Tu vis actuellement à Berlin. C’est une ville qui semble très active sur le plan artistique ?

 

SB : C’est juste. Même si je la connais assez mal dans la mesure où je n’y suis jamais. Quand j’y suis je reste beaucoup chez moi ou alors je vais prendre mes cours de composition. Mais tu sais, pour beaucoup de musicien de jazz, le choix de Berlin est aussi lié au fait que, outre sa jeunesse et son effervescence, c’est aussi une ville qui n’est pas très chère et dans laquelle il est facile de se loger. Je ne crois pas que je pourrai vivre ainsi de mes seuls concerts en habitant en Suisse. Beaucoup viennent ici comme John Hollenbeck, comme Kurt Rosenwinkell, comme Greg Cohen qui vient d’aménager.

Mais oui, c’est une ville culturellement impressionnante. Sur le plan de la musique il y a quand même 7 orchestres classiques, 3 opéras, 2 orchestres de radio, 1 orchestre de chambre. Le jazz y est beaucoup moins développé. Il y a le «  A Train » le «  Bflat », le « Quasimodo » . Trois clubs à peine….

 

 

Tu joues avec des musiciens de jazz là bas ?

 

SB : Pas beaucoup mais là je commence quelque chose avec John Hollenbeck. On a un projet avec lui, Sébastien Boisseau et Alban Darche. On commence en janvier. Cela dit il n’y a aucun Berlinois là-dedans.

 

 

Et à New York, dans tes connexions, aucun Zorniens ?

 

SB : C’est drôle parce que l’autre jour on m’a dit que j’avais une conception très « zornienne » du trombone. Va savoir… mais j’espère le rencontrer car je vais jouer en décembre mars 2012 au Stone. En tout cas je suis un fan de Massada, de Dave Douglas, et Joey Baron je te dis même pas ( en plus Joey serait d’accord mais il m’a dit que mes tournées sont trop longues pour lui). Mais John Zorn, c’est pour moi quelqu’un qui me semble complètement intouchable….

 

 

Tes prochains projets ?

 

SB : Il y a le tome 2 de « Boundless » qui va sortir. J’enregistre aussi un disque avec Stéphane Leibovici qui a écrit pour 2 trombones et un soprano. Ensuite je vais à New York pour enregistrer avec Michael Bates, Chris Speed, Michael Saurin avec Michael Blake, Russ Lossing, Michael Bates et Jeff Davis. Superbe album d'ailleurs. Je me réjouis que tu l'entendes!, . Je participe aussi à un groupe avec un clarinettiste canadien fantastique, François Houle où il y a aussi Benoit Delbeck ( cf. DNJ), Taylor Ho Binum ( incroyable trompettiste) et on enregistre en Mars pour Songlines.

 

 

Qu’écoutes tu en ce moment ?

 

SB : Je me mets souvent les symphonies de Beetoven sur lesquelles j’essaie de travailler. Sinon j’écoute aussi ce tromboniste insensé qui s’appelle Vinko Globokar. Il a développé une technique qui fait que quand tu respires dans ton trombone tu dois aussi produire du son. Et c’est très dur notamment lorsque tu montes dans les aigus.

 

 

 

Propos recueillis par Jean-marc Gelin

 

 A écouter

BLASER BOUNDLESS

 

blaser-in-motion.jpg

 


(*) Cette interview a été réalisée avant la disparition du batteur)

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 20:46

 

 

 

Propos receuillis par Tristan Loriaut pour les DNJ

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 22:58

 

 


  pierrick pedron

Deux ans après « Omry », le cinquième album de Pierrick Pédron « Cheerleaders »  propose  une direction musicale aux confins du rock avec une production qui privilégie un véritable son de groupe. Une belle unité sonore où le saxophone ne domine pas mais se mêle habilement aux autres instruments, proposant une musique originale et novatrice. Un album qui a divisé la rédaction des DNJ et qui nous prouve que le saxophoniste breton sait prendre des risques, qu’il cherche, évolue, et ne reproduit jamais le même disque. Nous avons voulu le rencontrer pour qu’il nous parle de ce nouveau virage musical où le jazz se mêle aux sonorités du rock et aussi pour qu’il dresse un bilan de ses dix dernières années avec ses cinq albums passionnants et résolument différents.

 


Pierrick Pédron se produira au Sunset avec ce nouveau répertoire du 03 au 05 novembre 2011.

 

 

     -      DNJ : « Cheerleaders «  est ton cinquième album et force est de constater qu’au fil de ta carrière tu n’as jamais reproduit le même disque !

 

-       P.P : Oui, car tout simplement parmi les artistes que j’apprécie, je n’aime pas qu’ils fassent deux fois le même disque ! Je trouve que ça ne sert à rien. J’ai fait cinq albums en dix ans, ce qui fait une belle moyenne d’un disque tous les deux ans et j’ai à chaque fois ressenti le besoin de changer de direction et de proposer autre chose. Ce n’est pas un calcul de ma part mais un procédé créatif très naturel, sincère et évident pour moi.


      ...  Lire l'interview. 

 


 


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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 10:58

fred-maurin.jpg                                                    © Christophe Alary
 

 

 

A l’issue du concert de Ping Machine le 2 Juillet dans le cadre du Paris Jazz Festival, les DNJ ont eu un entretien avec Fred Maurin, le leader du groupe. Une occasion pour lui de faire le point sur le succès justifié du Big Band à travers les influences musicales de ce groupe.

 

Les DNJ : 

Pour commencer, j’aimerais que tu nous donnes tes impressions de votre prestation sur la scène du Parc Foral ; le concert était réussi et pourtant le public ne semble pas être celui que vous avez l’habitude de côtoyer ; on y voit beaucoup de familles qui pique-niquent, des jazzfans, des visiteurs ...

 

Fred Maurin :

C’est une première pour Ping Machine de jouer sur la scène du Parc Floral et nous sommes très heureux d’avoir été invités. Le public est très réactif et cela change beaucoup de celui des clubs ou autres salles de concerts. Pour ce qui est de notre prestation, c’est un peu particulier, car le format était beaucoup plus court que sur les concerts que nous donnons habituellement. Nous avons joué à peine plus d’une heure ...

 

Les DNJ :

Je voudrais que tu nous parles du répertoire de Ping Machine. Tu es le leader et le compositeur du groupe ; peux-tu nous en dire plus sur tes influences musicales ?

 

Fred Maurin :

Mes influences sont diverses ; elles vont du classique au rock comme Zappa, Hendrix ou King Crimson. Mon écriture est aussi très influencée par la musique contemporaine comme Ligeti. Je m’attache à faire de la musique tempérée et de la musique spectrale. C'est d'ailleurs pour cela que j'apprécie beaucoup  ce que fait Steve Lehman ou Steve Coleman. Et puis dans mes influences, il y a le Jazz bien sûr, Wayne Shorter, Duke Ellington, Gil Evans ...

 

Les DNJ :

Tu composes plutôt au piano, ou à la guitare, ou les deux ?

 

Fred Maurin :

Je compose plutôt au piano et parfois à la guitare mais maintenant, il y a pas mal de chose que je fais à la tab ; ça dépend : chaque morceau a un parcours différent. Le temps de composition est variable ; je compose certains morceaux en 15 jours et d’autres en 3 ou 4 mois. Ce qui est vrai, c’est que je n’amène jamais des versions ni définitives ni stables au groupe et ça, je crois que leur plait ! Généralement, lorsque je propose un morceau au groupe, je sais qu’il suivra. 

 

Les DNJ : 

Parlons du groupe justement, et notamment du renouvellement des musiciens depuis 2007. Il semble que ce renouvellement ait donné une autre dimension au groupe ?

 

Fred Maurin

C’est vrai que l’on a toujours des limites dans ce que l’on peut réaliser que ce soit pour des questions techniques ou alors parce que l’on a des temps de répétitions limités mais malgré cela, j’essaie toujours d’être sur le fil du rasoir ; je veille à pousser la musique en avant parce que je connais mes musiciens et ce qu’ils sont capables de produire. C’est dans cet esprit que nous avons beaucoup progresser ces 5 dernières années. L’orchestre hier et l’orchestre aujourd’hui c’est le jour et la nuit. Nous avons vraiment avancé ensemble sur des projets ambitieux. Si nous arrivons au bout de ces projets c’est parce que tous les musiciens du groupe s’y impliquent. C’est justement pour ça que ça fonctionne ! Par ailleurs, nous préférons motiver les gens par la musique, que par l’argent : la musique, ça fonctionne !

 

Les DNJ :

Tu es leader de Ping Machine, mais joues-tu exclusivement avec ce groupe ?

 

Fred Maurin :

Je joue avec d’autres formations, mais Ping Machine me prend beaucoup de temps. J’ai encore un projet en quintet radicalement différent qui se nomme Cartel Carnage avec lequel nous allons probablement sortir un disque à l’Automne, le disque est prêt mais nous sommes encore en quête d’un distributeur ; c’est un projet avec Alex Tomaszewski (basse), Rafael Koerner (batterie), Sylvain Bardiau (trompette) et Sylvain Cathala (saxophone). Avec ce quintet, nous avons un répertoire radicalement différent de celui de Ping Machine puisque c’est un répertoire death métal, free jazz expérimental. C’est Alex Tomaszewski qui dirige ce projet. Je dois avouer que depuis deux ou trois ans, j’ai mis un peu de côté les trios et quartets car le temps me fait défaut.

 

DNJ :

J’ai l’impression que tu ne te considères pas vraiment comme un soliste …

 

Fred Maurin :

C’est surtout qu’aujourd’hui, j’ai concentré mon action sur l’écriture et comme je suis perfectionniste, cela me demande beaucoup de travail, j’ai donc moins de temps pour l’instrument. J’essaie tout de même de garder une place dans Ping Machine mais sur scène, il est difficile de gérer en même temps guitare et direction : physiquement je veux dire. On a une espèce d’instrument dissymétrique dans les mains qui complique un peu les choses … et par rapport à cela aussi j’ai dû faire des compromis. Mais j’aimerais beaucoup avoir un peu de temps et rejouer en trio ou en quartet. Mais ça reviendra !

 

DNJ :

2011 est une année chargée, on a beaucoup parlé de vous dans la presse, vous avez eu des critiques élogieuses … vous avez un projet de sortie disque à la rentrée je crois ?

 

Fred Maurin :

En effet, avec Ping Machine, nous avons réussi à mettre en œuvre un projet un peu improbable en début d’année ; nous avons monté une tournée de neuf dates qui nous a permis de roder le nouveau répertoire et à la fin de cette tournée, nous sommes allés directement enregistrer en Allemagne au Studio Bauer où se trouve notre label (Neuklang). Le disque sortira en Septembre 2011. Le concert de sortie de disque avec le nouveau répertoire aura lieu le 12 Octobre prochain à la Dynamo des Banlieues Bleues et puis il y aura ensuite une tournée dans le sud de la France et enfin, un concert au Studio de l’Ermitage en Novembre 2011.

 

DNJ :

Les morceaux que vous avez joués aujourd’hui font-ils partie du nouveau disque ?

 

Fred Maurin :

Les morceaux que nous avons joués cet après-midi font partie du nouvel album mais comme je l’expliquais au début, avec un format plus court ! Il y a plus de morceaux sur le disque. Je précise d’ailleurs que le disque sort en bac en Septembre 2011 mais qu’il est disponible en téléchargement depuis le 1er Juillet sur Qobuz à l’occasion du concert que nous venons de donner au Parc Floral.

 ping-machine.jpg

                                                               ©photo : Christophe Alary

 

Propos recueillis par Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

 

PingMachine desTrucs w

 

 liveweb.arte Ping Machine au paris jazz festival

 


 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:58

 

À l’occasion de la sortie de l’album que le contrebassiste a enregistré en duo avec le pianiste John  Taylor, les DNJ donnent la parole à Stéphane Kerecki pour revenir sur ses choix artistiques et sur le parcours de celui qui est en passe de devenir une des références intournables de la contrebasse en France.  

Passer du sideman au rôle de leader est une trajectoire parfaitement assumée dont il nous livre ici les grandes lignes : du lied au lead.

 

 kerecki1

 ©yves dorison

 



Sur tes deux derniers albums, il s’agit de rencontres, « Houria » avec Tony Malaby et « Patience » avec John Taylor. Est ce un choix systématique d’axer tes projets autour de rencontres et surtout est ce que ce sont les rencontres qui ont suscité les projets ou le contraire ?

 

 

SK : C’est plutôt le projet que j’avais en tête qui, à chaque fois m’a amené aux rencontres. J’avais déjà fait deux disques en trio et du coup pour le 3ème je cherchais autre chose. Je voulais évoluer de manière différente. D’où Tony qui m’avait beaucoup influencé dans mon travail et ce, bien avant que Daniel Humair ne nous mette en contact. J’avais beaucoup écouté le trio de Mark Helias avec Tony et Tom Rainey qui m’avait beaucoup intéressé. Le déclencheur a été Daniel Humair et on a tout de suite eu l’idée de faire un disque en l’intégrant dans le trio. Pour moi c’était logique. Je trouve qu’aujourd’hui on est un peu confrontés à l’obligation de se renouveler. Pour moi, dans ma conception de la musique, il faut que je garde le même noyau, c’est fondamental, mais en ajoutant chaque fois (ou pas) un élément nouveau. Là il y avait Tony et dans le prochain ce sera très certainement avec Tony et Bojan Z. Mais on aura toujours ce même tronc commun. Cela me permet de construire sur la durée, ce qui est important pour moi dans le jazz. Coltrane par exemple avait toujours des invités. Aujourd’hui quelqu’un  comme Texier fonctionne aussi comme ça en faisant légèrement modifier le casting. Et je trouve cela malin car cela permet d’envisager avec le même groupe des choses à long terme tout en se remettant en cause.

 

Mais quand tu joues en duo avec John Taylor, pour le coup, cela n’a plus rien à voir ?

 

SK : L’album avec John Taylor est conçu comme une parenthèse. J’avais fait deux disques en trio plus celui qui est avec Tony et l’idée avait été de faire quelque chose de totalement différent avant de revenir à la formule du trio + invités.

 

Comment s’est passée la rencontre avec John Taylor ? C’est toi qui es allé le chercher ?

 

SK : Cela faisait longtemps que je voulais faire un duo. À un moment il était question de faire un duo avec Nelson Veras et cela n’a pas été possible à cause de problèmes qui nous étaient extérieurs. John c’était quelqu’un qui était venu, il y a 15 ans au conservatoire de Paris et j’avais adoré ce qu’il nous avait enseigné. Je me souviens que nous avions alors joué ensemble en duo, lui bien sûr ne s’en souviens pas du tout. Moi j’avais eu alors l’impression de plonger littéralement dans son piano. Et j’ai gardé longtemps ce projet dans un coin de ma tête.

 

Là aussi, une rencontre de cordes

 

SK : Il y a ce côté très percussif dans le jeu de John qui renforce cela. John est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté et qui est pour moi l’un des plus grands aujourd’hui et l’une des principales influences de nombreux pianistes en Europe. C’est pour moi quelqu’un qui synthétise beaucoup. Techniquement c’est magnifique et rythmiquement c’est quelqu’un d’hyper solide. Il a surtout développé un langage harmonique très riche. Toute la musique qu’ils ont créée avec Kenny Wheeler montre combien ils ont fait avancer certaines conceptions harmoniques. Dans les pianistes français quelqu’un comme Edouard Ferlet me fait penser à lui ou Bruno Angelini ou Guillaume de Chassy. John Taylor fait partie des piliers d’ECM avec Bobo Stenson et Jarrett évidemment. J’ai entendu dire que pour Manfred Eicher il était à certains égards l’égal de Jarrett. Quand il joue en solo, c’est l’un des pianistes qui aujourd’hui me touche le plus.

 

Comment cela se passe lorsque l’on enregistre avec quelqu’un comme lui. On laisse plus d’espaces d’improvisation ?

 kerecki2

SK : Non c’est quelqu’un qui a moins l’esprit libertaire que Tony Malaby. Tony recherche l’impro dans la forme, constamment. John est pour sa part un orfèvre qui cisèle et remodèle un morceau prise après prise. Du coup nous avons justement fait beaucoup de prises pour cet album. Beaucoup de choses se sont construites en studio. On a beaucoup travaillé ensemble. Mais il parle très peu et lorsqu’il le fait, il faut vite saisir toutes les informations. J’ai essayé quant à moi de l’emmener vers des espaces plus free, plus improvisés mais ce ne sont pas des espaces qu’il aime spontanément franchir.

 

Cela doit être difficile pour un jeune musicien d’imposer ses propres idées en studio lorsque l’on joue avec quelqu’un de cette carrure ?

 

SK : Il essayait de comprendre ce que je voulais et c’est incroyable la conscience qu’il a de l’interprétation. Il avait un vrai regard artistique sur tout ce qu’il fait. Ce n’est pas le musicien qui vient en studio, qui fait son truc et qui attend de pouvoir repartir. Il y a au contraire un vrai échange artistique.

 


 

© yves dorison

 

Le fait de développer tes propres projets change t-il ta conception du sideman ? Abandonnes-tu ce rôle de sideman ?

 

SK : En fait non. J’ai redécouvert le rôle de sideman en ayant été moi-même leader. Cela m’a aidé à comprendre ce que voulait le leader. Par ailleurs le fait d’avoir mes propres projets fait que les gens savent ce que je fais, quelle est ma musique. Et du coup les musiciens m’appellent pour « ça » plus que comme un sideman classique. Cela peut être des concepts très ouverts ou très straight, j’arrive maintenant avec ma propre personnalité et je n’ai aucun complexe à la laisser s’exprimer même au service de quelqu’un d’autre, que ce soit en concert avec Jacky Terrasson ou avec Yaron Herman.

 

 

Quelle est ta conception du bassiste ? Le bassiste qui se met sur le devant de la scène, comme Avishai Cohen n’est pas vraiment ton style et en même temps tu sais affirmer ta présence.

 

SK : Ce qui me gêne avec Avishai Cohen n’est pas vraiment sa musique, en plus c’est un contrebassiste énorme.  Mais c’est surtout son sens du show. Je sais qu’aujourd’hui c’est ce que veulent les programmateurs mais je ne suis pas d’accord avec ça. C’est justement la position du bassiste dans son ensemble qui me gêne. Pendant le solo de piano, on voit bien que la caméra reste sur lui et qu’il fait le show en éclipsant les autres. C’est bien d’avoir une présence scénique et de ne pas regarder ses chaussettes durant le concert mais il y a une limite que, moi, je ne veux pas dépasser et qui me gêne vraiment. Par contre musicalement, le rôle que je donne à la contrebasse dépend du contexte. Lorsque je joue avec Jacky, par définition, je suis plus en retrait. Mais je sais qu’avec lui lorsqu’il te donne la parole, il te la donne vraiment et tu peux vraiment t’exprimer. Idem avec Yaron. Maintenant le bassiste qui est là pour assurer la pulse, je ne fais presque plus ça. Il me faut un minimum espace de liberté.

 


 

Tes bassistes de référence ?

 

SK : Il y en a 4 : Scott La Faro, Dave Holland, Charlie Haden et Gary Peacock. Ce sont 4 contrebassistes très différents mais pour qui j’ai une réelle admiration et dont je rêverais de faire la synthèse.

 

Tout en restant attaché résolument à la contrebasse. Pas d’électrique ?

 

SK : Le seul que j’apprécie à ce niveau-là c’est Steve Swallow. Il y a un disque qui vient de sortir, en trio avec Kenny Wheeler, c’est étonnant le son qu’il a !

 

Pas Jaco ?

 

SK : Jaco Pastorius est un bassiste incroyable, mais ce n’est pas quelqu’un que l’on peut avoir comme influence en tant que contrebassiste. C’est quelqu’un dont j’essaie de ne pas trop m‘imprégner. Il n’empêche que pour ma part je ne joue absolument pas de l’électrique, ni en concert ni chez moi pour m’amuser. Peut-être un jour lorsque j’aurais trop mal au dos et que je serai plus vieux ! Non, pour le moment j’aime revenir surtout à la guitare, qui était mon instrument de départ. J’essaie d’en jouer avec un petit groupe de rock.

 

 

Revenons à ta propre technique, tu parlais du son de Swallow, comment fais tu pour travailler « ton » propre son ?

 

SK : C’est sûr que c’est quelque chose de difficile et pour certains incroyable. Quand tu prends quelqu’un comme Charlie Haden, il a le même son quelle que soit la basse. Mais la base c’est souvent l’instrument lui-même. Moi j’ai eu la chance d’avoir d’emblée trouvé l’instrument qui me convenait. Je joue sur une « Pillement Père », c’est une basse qui date de 1820 avec laquelle j’enregistre toujours en studio. En revanche en concert, j’utilise souvent un autre instrument. Cela dit maintenant on voyage de plus en plus sans contrebasse parce que c’est devenu trop compliqué. En revanche je prends mes cordes, mon micro, tout ça pour essayer de faire sonner comme je veux. Un ensemble de grigris….

 

 

Tu es venu assez tard à jouer de l’archet

SK : Oui, c’est JF qui m’a poussé à le travailler, et Tony Malaby qui m’y a incité à l’utiliser sur scène en me disant que si je n’y mettais pas maintenant je le regretterai plus tard. En fait je m’en sers surtout pour créer des climats, moins pour accentuer la mélodie. J’aime bien prendre l’archet dans un concert parce que cela crée quelque chose à la fois quand tu le joues et à la fois quand tu le lâches pour passer à autre chose. J’ai aussi pas mal écrit pour trois voix (2 sax et archet)

 

Tu restes assez classique dans ta relation à la contrebasse finalement

SK : Oui c’est vrai que je ne renverse pas la basse à l’envers, que je ne maltraite pas le bois que j’essaie pas d’en faire des tonnes de trucs extravagants. Je reste assez classique dans mon approche et quand je répète je ne me lasse pas de jouer du Bach par exemple. Cela me plait de travailler des heures comme ça. Je suis aujourd’hui plus dans une phase où j’élimine le superflus et me contentant de choses simples qui me donnent, au niveau sonore, pleinement satisfaction. Et cela se travaille beaucoup par la composition et par le rôle de leader. Mais bon peut être plus tard j’essaierai des trucs. Par exemple aujourd’hui j’utilise une mailloche de plus en plus. Cela me permet d’ouvrir des choses nouvelles.

 

 

Tu es venu à l’instrument assez tard ?

SK : Oui carrément ! En fait c’était durant ma première année de fac où j’ai rencontré des copains qui m’ont fait découvrir le jazz qu’ils écoutaient. Les deux premiers disques  jazz qu’ils m’ont passé c’était « Kind of Blue » et « Sunday at the Village Vanguard ». A l’époque je n’écoutais pas de jazz, surtout du rock. Le jazz était encore bien éloigné de mon univers. J’écoutais un peu Weather report mais cela n’allait pas beaucoup plus loin. J’ai quand même en mémoire un concert de Sixun en 89 donné aux Tuileries à l’occasion du Bicentenaire qui m’avait laissé par terre.

Jeune j’avais fait un peu de conservatoire mais surtout j’ai fait du chant d’assez haut niveau. J’ai fait de la basse électrique, du rock et c’est après avoir rencontré ces copains et avoir écouté ces deux disques monumentaux que j’ai loué une contrebasse. 3 mois après, j’en ai acheté une en décidant de m’y consacrer. 6 mois après je suis allé au conservatoire de mon quartier et tout a vraiment commencé dans ce conservatoire du 5ème.  J’ai alors commencé à acheter tous les disques Blue Note que je trouvais et à me plonger carrément dans le hard bop, dans la période Miles chez Prestige, les premiers Coltrane etc…

Mais il faut te dire qu’en parallèle de tout cela il me tenait à cœur de finir mes études d’économie et d’aller jusqu’à mon DEA. Mais je reconnais qu’à la fin, on ne me voyait pas beaucoup parce que je passais plus de temps au conservatoire qu’à la fac. Le truc c’est que sans toujours tout comprendre, j’apprenais en revanche très vite des tonnes de cours photocopiés. Au moins cela aura fait travailler ma mémoire.

 

 

Le CNSM ?

SK : J’ai eu une chance folle car je suis arrivé dans les derniers mois de la vie de Jean-François Jenny-Clark en 1998. C’était quelqu’un d’exceptionnel. Jusqu’au bout, alors qu’il avait une grave maladie, il est resté impliqué auprès de ses élèves. Il revenait exprès de ses traitements, alors qu’il était épuisé, pour nous enseigner, tous les mercredis. Nous étions juste deux ou trois bassistes, et il était là pour nous. Durant cette dernière année de sa vie, il a tout donné aux autres. J’ai passé 6 mois extraordinaires avec lui. Et pour moi qui venais tout juste de découvrir cette période du hard bop à laquelle il avait beaucoup participé il représentait une vraie référence et une partie de cette histoire. Mais il avait ensuite participé au free avec Don cherry, et Lacy, et côtoyé la crème de la musique contemporaine comme Boulez. Il a été un passeur génial pour ouvrir vers d’autres musiques.

 

Tu enseignes toi-même ?

 

SK : Oui, à Orsay. C’est fondamental. On apprend beaucoup en apprenant. Ça aide à structurer ses idées. Mais ce que j’adore par-dessus tout c’est d’animer des master-class. On en a fait une en Allemagne avec Yaron Herman et là on se trouve face à des musiciens qui sont en demande et qui ont plein de choses à recevoir.

 

 

Tu as beaucoup joué avec Daniel Humair. Que représente t-il pour toi ?

 

SK : C’est une figure emblématique du jazz en France. J’ai beaucoup de chance de le côtoyer et de jouer avec lui. Il a été un des profs du conservatoire mais, au-delà de ça il fait partie des 2 ou 3 qui ont fondé le jazz européen avec le trio Humair-Jeanneau-texier ou avec Kuhn-Humair-Jenny-Clark. Mathieu a beaucoup joué avec lui. C’est un des grands batteurs aujourd’hui dans le monde. On sourit parfois avec Thomas (Grimmonprez) entre nous parce que l’on se rend compte que l’on ressort des trucs qu’il nous a appris et qui restent.

 

Dans le nirvana de tes batteurs ?

 

SK : De Johnette, Motian, Erskine (pas tout mais certaines choses), Humair. Et dans les jeunes, Nasheet Waits, Gerald Cleaver, Fabrice Moreau.

 

 

Il y a des jeunes que tu as repéré sur la scène, voire des jeunes avec qui tu aimerais bien jouer.

 

SK : Par exemple Anne Paceo et son quintet. Elle a beaucoup de talent et dans son groupe il y a Pierre Perchaud, Antonin Tri-Hoang et Leonardo Montana qui sont tous des jeunes talents très prometteurs. Et en ce moment je travaille aussi avec Yaron et Emile Parisien.

 

Qu’est ce que tu écoutes en boucle sur ton Ipod en ce moment

 

SK : Ecoutes, tu vas pas me croire mais c’est justement « Sunday at The Village Vanguard ». Et c’est fou parce que La Faro joue un des solos les plus extraordinaires de l’histoire du jazz que ce soit sur My Romance ou sur Gloria’s Steps  et personne n’applaudit.

 

 

Si tu devais jouer avec un trio de rêve

 

SK : Prendre la place de Peacock dans le trio de Jarrett !!! Si tu écoutes Standard vol 1 et 2, l’intro de Jarrett sur All the things you are est quelque chose d’inouï. J’adore me lever le matin en écoutant ça.

Mais dans l’ordre du réalisable, jouer avec John Taylor et Paul Motian : un rêve !

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin (juin 2011)  

Crédit Photos : Yves Dorison (Site de Yves Dorison)

 

 

STEPHANE KERECKI/ JOHN TAYLOR : "PATIENCE"

Zig-Zag 2011

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  STEPHANE KERECKI TRIO featuring TONY MALABY : “Houria”

Zig-Zag 2009

stephanekerecki_houria_cm.jpg


STEPHANE KERECKI : « Focus danse »

Zi-Zag 2007

 kerecki-focus.jpg


 


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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 20:56

 

Bobby Mc Ferrin sera à Nimes le 27 et à Orléans le 29 dans le cadre de la présentation d’un projet inédit avec le batteur Manu Katché. Ses concerts qui sont toujours d’incroyables moments de communion avec le public qu’il aime à faire participer sont en effet souvent marqués par les échanges et les rencontres avec les autres musiciens et autres artistes. Signe que chez lui, au delà de simples happenings tout est question de transmission et d’inspiration.

 

L’occasion pour nous d’attraper au vol le chanteur de New York. Celui qui a révolutionné l’art du chant, du jazz vocal et de l’improvisation a accepté de répondre brièvement à quelques courtes questions.

 Bobby-McFerrin.jpg

 

 

Manu Katché et vous, c’est une rencontre inattendue. C’est un peu la rencontre de deux drummers jouant ensemble.Comment vous êtes vous rencontrés et avez vous déjà travaillé avec un autre batteur ?

 

BMcF : J’aime utiliser des sons percussifs et je pense que j’ai commencé à explorer cela bien avant les autres chanteurs. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas la mélodie. En sautant de ma voix de tête à ma voix de poitrine je peux tracer l’harmonie. Donc je ne me considère pas en premier lieu comme un chanteur-batteur. Je pense que je peux utiliser beaucoup d’options. Manu et moi pouvons faire soit un duo percussif ou bien être dans un schéma ou je chante sur ses idées rythmiques ou encore s’inscrire dans une forme ou je ferai à la fois la mélodie, l’harmonie et le rythme. Peut-être même que nous chanterons tous les deux ! Tout peut arriver quand deux musiciens inspirés se rencontrent.

J’ai travaillé avec quelques grands batteurs dont notamment l’incroyable jack De Johnette. Et je pense que l’on peut considérer que Savion Glover ( le danseur de claquettes) est aussi un percussionniste.

 

Quels sont les musiciens qui vous ont le plus inspiré durant ces dernières années ?

 

BMcF : Il y a des musiciens qui sont pour moi une grande source d’inspiration. J’ai souvent raconté mon expérience à l’écoute de Miles et de Herbie Hancock et Keith Jarrett a changé à tout jamais ma conception de la musique. Et puis il y a aussi les musiciens avec lesquels je joue. Mais ces dernières années je pense de plus en plus à mon père Robert Mc Ferrin qui était un grand Baryton. Il fut le premier Africain-américain à être signé au Metropolitan Opéra. Il a chanté Rigoletto à l’opéra de New York. C’est la voix que vous entendez  quand vous regardez le Porgy and Bess de Sydney Poitier . La façon dont il écoutait  la musique, la façon dont il chantait, la responsabilité qu’il se sentait dans son travail est pour moi ma plus grande source d’inspiration.

 


Quels sont parmi les autre arts ceux qui vous inspirent le plus ?

 

BMcF : Je trouve mon inspiration dans toutes les formes artistiques quelles qu’elles soient.

 

 

Est ce que l’enseignement représente quelque chose d’important pour vous ?

 

BMcF : C’est la façon de le faire qui est important. Je voudrais que les gens sortent de mes concerts en se sentant un peu différents que lorsqu’ils sont entrés. Je voudrais qu’ils se sentent plus enclins à véritablement entrer dans le chant dans leur vie de tous les jours, plus espiègles plus créatifs, plus en paix. Je pense à cela  chaque fois que je chante. Je crois que l’improvisation nous apprend toutes ces choses. C’est le sens de mon enseignement. Beaucoup de gens viennent me voir pour que je leur enseigne mes techniques de chant. Je préfère les voir apprendre et développer leurs propres techniques et leur propre « son ». Ce que je préfère c’est quand les musiciens sonnent comme eux-mêmes.

 

Quel est votre livre préféré

 

BMcF : La Bible. Je la lis et la relis toujours.

 

 

Ecoutez vous les jeunes musiciens et quels sont les grands talents que vous avez récemment découvert ?

 

BMcF :  En ce moment j’écoute Chick Corea ( avec qui je vais recommencer à partir en tournée à partir de l’année prochaine). Et j’écoute Mozart. Je n’en ai pas encore fait le tour. Peut-être si vous me reposez la même question l’année prochaine je vous parlerai d’un nouveau grand musicien qui m’a inspiré mais pour le moment j’écoute mes vieux amis et je trouve chez eux beaucoup d’idées nouvelles.

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 08:05

 

 Stefano Di Battista était hier soir au festival Jazz à Saint Germain où il donnait en concert au théâtre de l’Odéon son album « Woman’s land ».

L’occasion pour les DNJ de l’attraper quelques instants à l’Hôtel Lutetia et de revenir sur cet album consacré aux femmes avec un grand « F ».

 

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© Jean-Batiste Millot

 

Stefano, j’étais à La Villette à l’automne dernier lorsque vous présentiez cet album en avant première. Plus on vous entend et plus le plaisir que vous avez à jouer semble évident …

 

 

S.B : Disons qu’à 42 ans il faut trouver la clé de ce pourquoi on fait les choses. Bien sûr je fais de la musique parce que c’est mon métier et que cela me permet de gagner ma vie. Mais jouer sur scène c’est aussi un moment particulier où l’on a un privilège, où l’on partage quelque chose avec d’autres musiciens. Alors ça vaut le coup de profiter de cet instant. Quand je joue avec quelqu’un comme Jeff Balard, l’instant est rare et donc je préfère le passer en m’amusant (sans que cela ne soit péjoratif).

 

 

Cette dimension de plaisir gourmand se retrouve aussi dans votre écriture

 

S.B : C’est quelque chose qui me fait plaisir d’entendre ça. Et c’est vrai que lorsque j’écris de la musique, j’essaie aussi de m’amuser. Je trouve qu’avant je me prenais un peu trop au sérieux. Maintenant je laisse les choses aller naturellement. D’ailleurs le disque, je l’ai écrit de manière très naturelle.  Je n’ai pas écrit une seule note sur le papier.  Simplement comme ça, en me baladant avec ma fille, je me mettais à chanter une mélodie ou un scat. En fait ce disque est né d’une sorte de curiosité qui est apparue en même temps que sa naissance, par rapport au monde féminin. Mais techniquement cela ne m’a pas demandé beaucoup de travail. C’est juste des thèmes qui me sont venus comme ça pendant que je la promenais avec la poussette…. Alors comme je n’avais rien pour noter je m’enregistrais en chantant sur mon Iphone.

 

 

Vous avez donc privilégié la ligne mélodique

 

S.B : Oui parce que les thèmes, je les ai créés avec la voix et donc cela devient très mélodique. Je peux faire un scat un peu bop et cela devient le thème qui va s’appeler Ella Fitzgerald et ça c’est plutôt une démarche un peu facile. Mais c’est forcément dans un cadre mélodique parce que je n’ai pas travaillé à la table.

 

Vous êtes donc parti du personnage et la mélodie est venue ensuite ou bien est ce que une fois la mélodie crée, vous avez pensé à telle ou telle femme ?

 

S.B : Non, nous avons d’abord vrai un travail de documentation sur les femmes que nous avions choisi.

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Il y a une vraie fraîcheur liée à cette création instantanée. Ce doit être difficile de ne pas perdre cette fraîcheur lors de l’enregistrement en studio ?

 

S.B : On a essayé de garder cela. J’ai fait ce disque avec un de mes amis, journaliste, Gini Castaldi. Il est intervenu un peu comme directeur

© Jean-Batiste Millot

artistique. Il intervenait comme une sorte de critique de jazz en temps réel. Alors à chaque prise il nous disait «  non ce truc là, ça va pas, faudrait mieux le faire comme ça ». Alors on se voyait avec les musiciens et on se disait «  mais non, il y connaît rien ce type c’était super ». Finalement après l’avoir refait comme il nous le disait le résultat était bien meilleur. Ainsi le morceau Madame Lily Devalier, nous l’avions prise sur un mode New Orléans, mais sur les conseils de Gin0 il s’est totalement transformé pour donner la version du CD qui est beaucoup plus enthousiaste. On est plus dans le registre de la joie.

 

 

Certains thèmes s’imposent d’eux même comme Ella qui part en sorte de scat, Coco Chanel où vous évoquez Sydney Bechet au soprano ou encore Lara Croft sur le mode James Bond girl. D’autres le sont moins comme par exemple ce morceau dédié à Rita Levi, cette chercheuse neurologue prix nobel de chimie. Comment parvenir à écrire sur ce thème ?

 

S.B : C’est particulier puisque c’est justement le morceau où il y a un invité, le chanteur brésilien Ivan Lins qui chante sur ce thème. Je lui avais demandé de mettre des paroles sur ce thème. Du coup lorsqu’il a mis des paroles en portugais, bien sûr, lui ne pensait pas à Rita Levi. Il a pensé à une Rita Levi plus romantique, plus « femme », que celle à qui j’avais pensé et du coup la compo s’est un peu transformée, alors que moi je pensais plus, musicalement à une Rita Levi italienne.

 

 

Dans la conception même de l’album, faire un album sur les femmes, dans le contexte machiste de l’Italie d’aujourd’hui, il faut y voir une arrière-pensée politique ?

 

S.B : Non ! Si cela avait été politique on aurait dû le faire bien avant. Non c’était juste un acte d’amour envers les femmes. Du moins je crois.

 

 

Mais sur ce thème-là vous auriez pu faire un triple, quadruple ou quintuple album …..

 

S.B : C‘est sûr. Chaque fois que moi ou Gianni on découvrait une femme remarquable on appelait l’autre pour lui raconter son histoire. On a beaucoup lu et l’on s’est documenté sur ces femmes, en tout cas sur celles qui étaient moins connues. Après tout est du registre de l’imagination. C’est vrai que d’aller d’un personnage comme Maria Lani ou Luc jusqu’à Lara Croft, c’est assez …ouvert, non ?

 

De toutes ces femmes quelle est votre préférée ?

 

S.B : Dans la dernière composition Woman’s land, il y a un personnage caché, une voix qui parle d’une femme qui se nomme Alda Merini. C’est une grande poète italien. Elle a créee une forme en improvisant des poèmes et son travail est magnifique. A part ça la femme que je préfère c’est……. Hum je ne sais pas trop, Joséphine Baker je crois.

 

 

Choisir c’est renoncer. Il y a des femmes que vous regrettez de ne pas avoir mis.

 

S.B : Non car je garde le format ouvert. Il y a des femmes qui apparaîtront dans des prochains disques ou bien dans des concerts. Et puis c’est un concept qui donne la possibilité de faire du spectacle autrement. Par exemple en projetant des images derrière nous et donner au spectateur une autre conception. J’imagine que quelqu’un sur scène, un journaliste ou un écrivain viendrait expliquer en quelques phrases le personnages et qu’ensuite nous jouerions avec ces images projetées. Je crois que cela stimulerait l’imaginaire du spectateur autrement.

 

 

Parlons des musiciens et notamment de Jonathan Kriesberg et de Jeff Balard. Comment s’est fait ce choix ?

 

S.B : Jonathan cela s’est fait par Reno Di Matteo qui est mon agent. Il me l’a proposé et je suis allé sur internet et j’ai regardé sur Youtube et j’ai vraiment beaucoup aimé de qu’il faisait. Je me suis dit que cela pourrait vraiment le faire sur ce projet. Quant à Jeff, je suis un grand fan de Joshua Redman et je les ai vus jouer souvent ensemble. J’aime son côté sanguin, presque organique dans sa façon de jouer.

 

 

Vous restez très acoustique, pas d’envie d’intégrer de l’électronique dans votre musique ?

 

S.B : Oui pourquoi pas. Mais pour l’instant le format acoustique est celui qui me convient le mieux.

 

 

Avec vous on pense surtout à l’alto et on a tous en tête votre album sur Charlie Parker. Vous vous révélez de plus en plus comme un  grand joueur de soprano. C’est le même rapport à l’instrument ?

 

Non c’est bien sur différent et tout dépend de ce que je veux jouer et de l’intention que je veux donner. Bien sûr lorsque je vouais évoquer Sydney Bechet dans l’album c’est le soprano qui s’imposait. C’est quelque chose qui est important pour moi, être respectueux du style de  mes maîtres. Et je trouve beaucoup de plaisir en passant d’un instrument l’autre, de changer de référence. Le soprano sur Coco Chanel m’évoque le Paris très élégant de ces années-là.

 

 

Est ce que vous travaillez beaucoup l’instrument ?

 

Non, pas suffisamment. Ces derniers temps avec la naissance de ma fille je l’ai un peu délaissé. Je travaille un peu mais c’est vrai que je passe de plus en plus mon temps libre, lorsque je ne suis pas en tournée ou en concert à m’occuper de ma fille. Et le rare temps que j’ai de libre j’aime le passer à travailler le son.

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© Jean-Batiste Millot

 

Propos recueillis le 16 mai 2011 par Jean-Marc Gelin

 

 Dernier album :

"Woman's land"

Discograph 2011

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Stefano Di battista (as, ss), Jeff Ballard (dm), Jonathan Kriesberg (g), Francesco Puglisi (cb), Julian Olivier Mazzariello (p), Roberto Tarenzi (p), Ivan Lins (voc), Fabrizio Bosso (t)

 

 

 

 

 

 

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