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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:04

Hank Jones a décidé d'aller retrouver ses frères. Hank, Thad et Elvin. A 92 ans le pianiste a tiré sa révérence et retrouvé au paradis des musiciens de jazz sa fratrie merveilleuse.

Hank Jones aura joué jusqu'au bout. Il y a un an encore à la Villette il nous aura ébloui avec cette façn si simple de jouer, court, ces standards que l'on aurait presque cru inventés pour lui.

Hank Jones nous en laisse gros sur le coeur.

Je me souviens de ce jour d'été au festival Jazz Baltica près de hamburg. Il jouait avec Joe Lovano. En coulisse j'etais avec Eric Legnini et batiste Trotignon. Nous en avions des larmes aux yeux tant il s'agissait de pure beauté. De cette façon de jouer old style comme plus personne n'ose le faire aujourd'hui.

Hank Jones emporte avec lui, au paradis du jazz, cette hsitoire qu'il a crée et qui, presque centenaire lui donnait encore cette incrable fraîcheur de jeu.

Après ce fameux concert j'etais allé le voir dans sa chambre d'hôtel où il avait bien voulu me consacrer gééreusement du temps.

C'est cette interview que nous avions pubié en septembre que nous vous proposons aujourd'hui.

 

 


 

 

DNJ : Vous et Joe Lovano semblez vous être parfaitement trouvés. D’où vient cette complicité ?

 

H.J : Joe et moi avons fait plusieurs Cd et nous avons fait ensemble une tournée très importante (NDR : en 2008). On se connaît bien tous les deux, nous sommes musicalement sur le même plan. Je ressens les mêmes choses que lui quand il joue et j’essaie de le supporter musicalement autant que je peux quand il prend ses solos. C’est une question de feeling quand on joue ensemble. Je me sens relax et je pense que lui aussi.

 

DNJ : Vous êtes tous les deux ancrés dans les racines du jazz 

 

Je ne sais pas trop ce que cela veut dire mais par exemple si vous prenez Joe Lovano, il a longtemps joué dans les big band. Il a ainsi beaucoup joué dans les big band de Thad Lewis et Mel Jones (rires) euh, Thad Jones et Mel Lewis je veux dire. Et avant il a beaucoup joué avec des gars de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait que, certainement nous partageons les mêmes racines.

 

DNJ : On a le sentiment que votre jeu s’épure de plus en plus. Que vous n’avez rien à prouver. Vous semblez être dans une approche directe au cœur des gens. C’est une démarche volontaire ?

 

Quel que soit l’instrument que vous jouez, vous devez jouer ce que vous ressentez et pas ce qu’un autre joue. Vous ne devez imiter personne parce que si vous faites cela vous perdez votre identité, votre âme. Vous devez toujours être vrai.

 

DNJ : Qu’est ce qui vous motive aujourd’hui pour jouer. Qu’est ce qui vous challenge ?

 

Quand je joue avec d’autres, il n’y a jamais aucune compétition dans mon esprit. La seule compétition qui existe c’est une compétition avec moi-même parce que depuis toujours j’essaie de jouer mieux que ce que je jouais avant. De concert en concert j’essaie de progresser, c’est vraiment ce que je souhaite faire. Et tous les musiciens devraient être dans cet état d’esprit même si parfois je sens qu’il n’en est pas ainsi. Si vous voulez avancer, vous améliorer, progresser techniquement, vous devez faire l’effort qu’il faut pour y arriver. Les choses changent, tout le temps. Je pense que mon jeu a tout le temps changé tout simplement parce que les choses, le monde change. Et même si c’est imperceptible, ma façon de jouer change forcément tout le temps. Je joue différemment maintenant qu’il y a 20 ans. Et je pense que, pour la plupart des musiciens, il en est ainsi tout simplement parce qu’ils essaient toujours de progresser dans leur jeu.

Quant à ma relation avec les autres musiciens, il n’y a jamais eu de notion de challenge ou de compétition. Au contraire je les écoute avec attention. Notamment les jeunes musiciens qui m‘intéressent beaucoup. Je continue à aller les entendre dans les clubs de jazz. Tenez il y a une jeune saxophoniste que j’ai découvert en allant au Smoke à New-York , Eric Alexander (1), c’est l’un des ténors les plus fins que j’ai pu entendre ces dernières années : de belles idées, de l’émotion, une technique rare, précision bref, tout.

 

 

DNJ : Quand vous jouez comme ce soir des standards comme Polka Dots and Moonbeams ou In a sentimental mood, vous pensez pouvoir découvrir encore de nouvelles choses ?

 

Il y a peut-être des choses que je peux découvrir pour la première fois mais en même temps quand vous jouez quelque chose pour la première fois avec quelqu’un c’est aussi la première fois que l’autre joue avec vous. Ce sont donc des occasions où l’on redécouvre tout.

 

DNJ : Quels ont été les moments les plus importants de votre vie, musicalement ?

 

Je crois que c’est lorsque j’ai eu la chance de travailler avec Ella Fitzgerald. Ensuite c’est certainement lorsque nous avons travaillé avec le Jazz At Philarmonic ( JATP). La troisième c’est lorsque j’ai rejoint le personnel de CBS où je suis resté 17 ans. Mais il y a tant de choses. Travailler avec Charlie Parker est aussi une des choses les plus marquantes.

Mais il y a eu tant de choses dans ma vie musicale. J’ai grandi dans une communauté près de Pontiac  où chacun était très religieux. On allait chanter à l’église. On adorait chanter tous ces gospels. Et il y avait des groupes qui venaient de Detroit chanter Swing low swing Chariot et tout ces bons vieux trucs. C’est ça mon background et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué, au départ.

 

 

DNJ : Avez-vous eu, vous et vos frères ( Thad et Elvin) le choix de devenir musicien ?

 

Vous savez, je suis venu au jazz progressivement. J’ai d’abord fait des études musicales, des études classiques. Mais vous savez on me disait aussi qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique pour des pianistes comme nous. Mais à l’époque j’ai vite joué avec des groupes locaux qui venaient tout droit de Detroit, de Pontiac, de Cleveland et bien sûr de New York. Quand j’étais à New York j’ai entendu Lucky Thompson que je considérais comme l’un des meilleurs sax ténors (avec Don Byas qui était d’ailleurs le héros de Lucky Thompson). A cette époque il jouait avec Wardell Gray. Il m’a dit que Hot Lips Page cherchait un pianiste. C’était en 1944 je crois. Je me suis dit, pourquoi pas et j’ai alors rejoins son groupe. J’avais 26 ans. On a tout de suite fait une grande tournée. J’ai appris tout de suite quelque chose à propos de ces tournées «  never do that again ! » : vous voyagez dans des conditions épouvantables, vous passez d’une ville à l’autre, vos vêtements sont toujours froissés ou sales, vous mangez mal. C’est éprouvant !

 

Vous dites qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique lorsque vous avez démarré vos études musicales. Vous est-il arrivé de le regretter ?

 

Non j’ai dû faire un choix et je suis allé dans le jazz et cette décision je ne l’ai jamais regrettée. J’avais mes héros qui valaient bien ceux du classique : Art Tatum, Fats Waller, Teddy Wilson. C’étaient de bons modèles pour moi. Mais je n’ai jamais essayé de les imiter note pour note. Ce n’est pas une bonne méthode. Parce que, comme je le disais, si vous essayer de copier quelqu’un note pour note vous ne pouvez pas être vous même. Vous ne pouvez pas trouver votre propre identité. Mais il faut nourrir ce que vous êtes et ce que vous allez devenir, en écoutant beaucoup les autres musiciens.

Ma mère, qui est morte maintenant, a toujours soutenu mon choix.Quand elle est morte j’étais jeune mais elle a quand même pu m’entendre jouer . Elle a été surprise elle-même. Mais c’est uniquement parce qu’elle  insistait pour que je travaille et travaille encore quand j’étais gamin. C’est pour cette raison que j’en suis là où je pense ou du moins j’espère en être aujourd’hui.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 5 juillet 2008

 

 

 

 

 

 


Hank Jones né à Vicksburg, Mississipi le 31 juillet 1918

Hank Jones est né d’une famille qui a donné naissance à deux autres célèbres jazzmen, le trompettiste et compositeur Thad Jones et le batteur de John Coltrane Elvin.

Hank Jones débute en 1944 à New York dans l’orchestre de Hot Lips Page puis joue avec les plus grands, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (de 1947 à 1953)

Après quelques années durant lesquelles il joua avec Artie Shaw, Benny Goodman, Lester Young, Milt Jackson, Cannonball Adderley, et Wes Montgomery, il rejoignit le personnel de CBS. Vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, Jones continua à enregister énormément, en tant que soliste, en duo avec d'autres pianistes (incluant John Lewis et Tommy Flanagan), ou encore avec différentes sortes de petites formations, la plus connue étant le Great Jazz Trio avec Ron Carter et Tony Williams.

Hank Jones vivait à New York.

Hank Jones est mort dimanche 16 mai 2010.




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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 08:09

                                                                                               

10 ans déjà qu’ils ouvrent la saison des festivals d’été en animant le mythique quartier de Saint Germain des Près. 10 ans que Fred (Charbaut) et Donatienne (Hantin) propagent dans la capitale leur amour du jazz avec la flamme des passionnés. À l’écoute et à l’affût, ces deux-là s’investissent depuis 10 ans dans ce qui est assurément l’une des plus belles réussite festivalières. Avec une générosité grosse comme ça, et une fidélité à toute épreuve Fred et Donatienne ont le jazz gourmand. Pétillants à l’idée des belles rencontres qu’ils suscitent ( on a encore en tête par exemple la belle initiative d’avoir réunit Bojan Z et Petra Magoni autour du Blanc des Beatles), ces deux-là ont aussi à cœur d’être autre chose que de simple programmateurs. Multipliant les lieux du jazz, des plus institutionnels ( académiques presque) au plus populaires ( les Starbucks par exemple), Fred et Donatienne vont à la rencontre des autres (jusqu’à organiser de concerts en milieu pénitentiaire), ouvrent à d’autres horizons du jazz ( jazz et littérature, jazz et Photo) et s’ouvrent aux jeunes talents à qui ils offrent un tremplin. Fred et Donatienne ont le jazz contagieux. Et ce qu’ils nous transmettent, c’est de l’amour du jazz, de la passion et une bonne dose d’amitié. Ouverte à qui veut bien passer la porte.

 


Dona-Fred

                                                                                                 © Jérémy Charbaut

 


 

 

 

Dans quel état d'esprit abordez vous cette 10ème édition  et que représente pour vous ce 10eme anniversaire ?

 

 

FRED ET DONATIENNE : Plutôt sereinement car le stress des premières années a disparu.

Ce 10è anniversaire nous permet de réaliser que plus de 1000 musiciens ont joué au festival avec une majorité de français. Nous bénéficions d'une équipe extraordinaire de personnes passionnées et de très grandes qualité professionnelles, qui n'en sont plus à leur premier festival non plus ce qui permet à la fois une harmonie dans l'organisation et tout le bénéfice de l'expérience. 10 ans est à la fois une longue période mais un éclair au regard des reconnaissances qui se manifestent plus massivement seulement depuis peu : celles du public, des médias et des partenaires. 10 ans marque aussi l'envie d'imaginer de nouveaux projets, non plus comme des rêves repoussés d'années en années, faute de temps, de moyens ou au regard des priorités, mais plutôt comme de futurs événements fondés sur le socle de l'expérience et des moyens réels : introduire la littérature dans le Festival, créer L'esprit Jazz Café où public et musiciens se retrouveraient après les concerts, un peu à l’instar de ce que nous avons découvert à Montreux il y a quelques années.

 

 

 

Les lieux du festival ont changé : quels sont ceux qui restent, qui
 disparaissent et ceux qui apparaissent ?

 

F&D : Pour info, restent la MCM, L’église St Germain des Prés, L’hôtel Lutetia, Le Show Case

Disparaissent pour l’instant L’amphi de Sciences Pô (à cause des examens), l’amphi de la Sorbonne (frayeur après annulation de l’année dernière)

Nouveaux lieux, l’Institut océanographique, l’Institut Pasteur, le théâtre de l’Odéon, l’hôtel Méridien.

 

Ce festival est un véritable apprentissage philosophique de la vie et les lieux qui changent beaucoup en sont une très bonne illustration. Nous installant souvent le temps d'un soir dans des lieux appartenant aux patrimoines historique, culturel, architectural ou intellectuel du quartier, nous prenons les risques des "one shot", car tous ne sont pas destinés à accueillir des concerts live et parfois une seule date s'avère possible ! Cela apporte des découvertes magnifiques comme l'amphithéâtre Richelieu de La Sorbonne, l'Institut Océanographique, construit en 1910 et alors entouré de parcs, l'auditorium en bois de l'Institut Pasteur, construit grâce aux dons de la Duchesse de Windsor, le bouleversant Théâtre de l'Odéon qui fut en rénovation pendant plusieurs années, les salons des hôtels Méridien et Lutetia et des renouvellements impossibles comme Sciences Po, en période d'examens, ou l'église Saint Sulpice en travaux. Nous passons une période à la fois tendue et passionnante de recherche de nouveaux lieux remarquables dans le cadre de la préparation, qui ouvre des portes inimaginables sur des lieux saisissants, auxquels nous renonçons parfois ; toute l'équipe s'y met et des surprises sont encore à venir...

 


Pas de concert en club, à l'exception de ceux du Tremplin. Pourquoi ? Est ce dans un souci de démocratiser le jazz ou est-ce une contrainte ?

 

F&D : Il ne s'agit pas d'une question simple. D'une part, et à notre plus grand regret, de nombreux clubs ont disparu dans le 6ème comme les regrettés La Villa, Le Bilboquet ou le Montana ou le Franc Pinot dans le 5ème, à savoir des établissements consacrés à l'écoute de concerts de jazz et où l'on peut boire un verre. Par ailleurs, les clubs survivants, ou souvent bars, brasseries et restaurants qui programment de la musique live, comme par exemple le Tennessee, le caveau des Oubliettes, le caveau de la Huchette, le Montana, la Rhumerie ou Chez Papa sont indépendants dans leur programmation musicale et souhaitent le demeurer. Enfin, l'inscription dans le cadre du festival peut susciter des frais supplémentaires pour ces établissements pour la rémunération des groupes, qui ne peuvent pas être pris en charge par le Festival sans contre-partie de billetterie, qui est rarement mise en place dans l'année.

En revanche, il est intéressant de noter que le Café Laurent de l'Aubusson, le bar du Lutetia et le Bar du Bel Ami, les hôtels partenaires du Festival, font une programmation spéciale à cette période où l'on pourra écouter de remarquables musiciens comme Christian Brenner et ses invités, Daniel Rocca et son trio accompagné par des chanteurs (ses), ou encore des pianos solos de Manuel Rocheman ou Nico Morelli.

 

Cette année encore les pianistes sont mis à l’honneur. Parti pris de programmation ?

 

F&D : Outre le fait que nous aimons les pianistes, il y a aussi le hasard (heureux) qui fait que la même année se retrouvent Yaron Herman, Jacky Terrasson, Jean Pierre Como, Murat Öztûrk, Edwin Berg ou Giovanni Mirabassi. En revanche, depuis plusieurs années, nous avons institué la Nuit du piano à l’Eglise St Germain des Prés en invitant des pianistes à se produire en solo. C’est ainsi que Brad Mehldau, Yaron Herman, Martial Solal, Kenny Barron ou Jacky Terrasson ont été programmés. Cette année nous aurons le bonheur d’y écouter Michel Legrand et Bojan Z. Et puis comment imaginer un festival de jazz sans pianistes leaders ?

 

Quels sont les chiffres du festival :

 

Nombre de spectateurs l'an dernier ? 

F&D : Entre 12 000 et 15 000.

 

Nombre de concerts ?  

F&D : Une quarantaine

 

Nombre d'artistes ? 

F&D : Environ 200

 

Nombre de spectateurs attendus pour cette année ?

 

F&D : Le plus possible (rires !) Plus sérieusement, nous avons ouvert la billetterie sur Internet dès février cette année et ainsi qu'une boite mail sur le site pas encore en ligne à cette époque. La bonne surprise a été le démarrage des ventes dès la mise en ligne et les nombreuses demandes en provenance de l'étranger (personnes anglophones) sur la programmation et l'achat de places à distance. A ce jour, nous avons déjà deux concerts complets qui sont une immense satisfaction : Richard Galliano au Théâtre de l'Odéon et la nuit Jazz and Soul avec Ben L'oncle Soul, et en première partie Abyale + DJ Funky JV. Les ventes se passent bien dans l'ensemble avec toujours les tête d'affiches internationales qui attirent en priorité. Tout notre travail consiste à gagner la confiance du public et que le Festival JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS devienne un label de qualité et de découvertes bouleversantes (comme Jacky Terrasson en 2001, Norah Jones, premier concert en France au festival en 2002, Mina Agossi en 2004, Yaron Herman en 2005, Ndidi O. l'an dernier, la regrettée Marva Wright en 2006 accompagnée par l’orgue de Lucky Peterson à l’église St Sulpice ou le retour de Sam Moore en 2004 accompagné par un chœur de gospel dans cette même église, la rencontre de Georgie Fame et de Ben Sidran en 2007, cette même année Laurent de Wilde et son trio qui invite Abd Al Malik, etc…) et que ce public ait aussi l'envie et la curiosité de passer la soirée en compagnie de Portico, de Murat Osturk et Jean-Pierre Como ou de découvrir le réjouissant projet de Diane Tell et Laurent De Wilde sur des textes inédits de Boris Vian écrit sur les plus grands standards de l'histoire du Jazz.

Nous prenons vraiment très à coeur de faire découvrir tous les ans, à travers les premières parties ou soirées plus audacieuses, les artistes de demain ; et sans aucune modestie, nous sommes fiers d'avoir compté tant de musiciens devenus de grands talents aujourd'hui. Il est de notre devoir de penser à ceux qui enchanteront les foules d'ici quelques années dans d'autres festival offrant aussi la possibilité d'accueillir un public très nombreux sur des lieux aux capacités que nous n'avons pas sur le territoire du Festival.

 

Comment se finance le festival ?

 

F&D : Le Festival est un alliage, dont nous tendons à équilibrer les proportions afin de minimiser les risques, entre : les partenaires privés, les mécènes, les partenaires public et la billetterie. Il est très composite et cela nous plaît car, bien que cela représente un travail de titan et de longs mois de préparation impliquant beaucoup de personnes, cela reflète l'idée qu'un grand événement est le fruit de la mise en commun de moyens différents dans leur nature et leur montant. N'est-ce pas là encore un clin d'oeil philosophique à nos vies quotidiennes ? Que certes, nous aimerions idéalement simplifier en un seul et (très) gros chèque, mais nous avons appris a faire la part du rêve et de la réalité. Pour ce qui est du financement, nous gardons les pieds sur Terre, laissant les rêves s'exprimer dans l'artistique et cela fonctionne pour l'instant pas trop mal (sourires).

 

Quels seront selon vous les moments forts ?

 

F&D : Difficile de privilégier tel ou tel événement, car tous nos concerts sont mijotés, choisis et attendus avec impatience.  Mais les rencontres et les créations sont toujours très excitantes comme Yaron Herman en quartet inédit (avec entre autre Michel Portal), Térez Montcalm et son quartet qui accueillera en guest David Linx, Géraldine Laurent et un invité surprise. Il n'est toutefois pas possible de répondre à cette question sans citer Richard Galliano et son quintet à Cordes au Théâtre de l'Odéon. Cette soirée réunit tout ce dont nous rêvons pour chaque concert du festival ; un plateau exceptionnel pour une occasion exceptionnelle : la sortie du nouvel album de Richard Galliano, ce maître et pionnier à la fois qui parle de violon dans sa main droite et de violoncelle dans sa gauche à propos de son instrument (l’accordéon), et d'un lieu exceptionnel qui ne s'ouvre que très, très rarement à la musique. Nous voudrions y rajouter tout un étage pour l'occasion !

Le jazz est une culture qui passe, pour nous, aussi par la photographie qui produit des émotions très fortes. Philippe Lévy Stab a mené un travail, comment le qualifier..., à la fois inouï, patient et remarquable auprès des musiciens de New-York "qui SONT le jazz" pour lui et accroche dans le bar et la brasserie du Lutetia leurs portraits. Il a accompagné ces portraits de photographies des ponts de la ville, pour le symbole qu'ils incarnent : ce lien, ces ponts si présents dans la musique jazz, depuis toujours. Outre l'indéniable force esthétique de ses images, tirages de collection qu'il réalise lui-même, les connaisseurs ne manqueront pas d'entendre ces musiciens jouer et respirer depuis leurs cadres.

 

 

 

 

Quelques habitués reviennent régulièrement ( Yaron , Terrasson) : pourquoi ?

 

F& D : Yaron a donné l'un de ses premiers concerts au festival en 2005 et nous étions si fans qu’il est revenu plusieurs fois passant de la première partie à la tête d’affiche. Comme il le dit lui-même « Le festival et moi, nous grandissons ensemble » . Il est bon parfois de laisser s'exprimer nos coups de coeur et d'accompagner sur le long terme des artistes comme Yaron, dont la personnalité séduit autant que le jeu.

Concernant Jacky Terrasson, Joël Leroy qui a créé ce festival avec nous, était un ami des parents de Jacky et l’a donc connu petit et vu évoluer musicalement. Il avait très tôt détecté le futur grand pianiste en lui. En 2001, pour la première édition, Jacky était naturellement invité à jouer. Malheureusement, Joël est décédé quelques jours avant le festival et Jacky, très affecté, nous a demandé ce que nous pourrions faire ensemble car il n’était pas imaginable que l’aventure s’arrête là. En sa mémoire, Jacky a décidé de venir chaque année avec un nouveau projet, comme cette année avec son nouveau trio. Il a été notamment le premier à inaugurer de nouvelles salles, comme l’institut Océanographique cette année.

 

 

Comment choisissez vous les musiciens ?

F&D : En priorité parce que nous aimons leur musique. Nous avons la chance de recevoir une bonne partie des nouveautés des maisons de disques

et d’assister à pas mal de concerts. Nous sommes toujours très heureux de pouvoir découvrir des nouvelles formations et imaginer, en discutant avec les musiciens, des rencontres musicales qui ne sont pas forcément évidentes tout de suite . C’est ainsi, par exemple, qu’en 2008 nous avons imaginé de faire se rencontrer Bojan Z et la chanteuse Petra Magoni pour un hommage au « Double Blanc » des Beatles qui avait 40 ans, ou l’idée folle de mettre sur une même scène Jan Garbarek, Jacky Terrasson, Manu Katché et Rémi Vignolo. La connaissance personnelle avec certains musiciens et le remarquable travail d'accompagnement des agents et managers permet l'échange sur des idées, la meilleure connaissance des choses et l'alchimie se fait ainsi. C'est ainsi que 15 jours de programmation sont le fruit de plus de 25 ans d'écoute et de rencontres. Les propositions sont évidemment toujours les bienvenues et, en particulier, celles provenant des personnes jeunes de notre équipe qui ont des oreilles nouvelles. Il est important de les solliciter.

 

 

Dans le cadre du tremplin jeunes talents, comment sélectionnez vous
 les candidats ?

 

F&D : Chaque formation candidate qui aura répondu aux critères de sélection (pas d’album commercialisé, jouer des compos) est retenue. Ensuite après écoute, neuf groupes se retrouvent candidats. L'information est diffusée auprès des clubs de jazz, des studios et des conservatoires.

Le jury composé de professionnels de la musique (Sacem, compositeur, musicien, journaliste…) constatent avec nous la qualité croissante des musiciens tant artistiquement que techniquement. Ceci donne envie de dire que la relève est assurée.

Les groupes vainqueurs des éditions précédentes (Anne Pacéo trio, S Mos 5tet,  Inama, …) sont suivis et programmés dans le cadre du festival l’année suivante.

 

Votre rêve le plus cher pour ce festival ?

 

F&D : Que le public et les musiciens prennent du plaisir, comme nous, que l’équilibre financier nous permette de pérenniser ce festival ; que Saint-Germain-des-Prés redevienne synonyme de rendez-vous jazz incontournable au moins une fois par an dans le monde entier ; que Paris, dont Miles Davis disait qu'elle est la capitale de la musique (!) soit fière de compter un rendez-vous annuel musical où têtes d'affiches et nouveaux talents se côtoient ; que les médias donnent envie au public d'éteindre la télévision pour retrouver le plaisir de déambuler le soir après un concert-plaisir dans l'un des quartiers les plus agréables de la capitale ; que la musique nourrisse le public en profondeur et qu'aucun d'entre nous ne puisse plus jamais s'en passer, car les musiciens sont des funambules sur un fil d'argent qui ont choisi de délivrer leur empreinte émotionnelle au monde et qu'il est indispensable de ne pas passer à côté de ce partage.

 

et pour ceux à venir ?

 

F & D :  Que nous ayons la chance de travailler avec une équipe aussi sublime le plus longtemps possible car cela a des conséquences indéniables sur le rendu final du Festival. Et que nos partenaires, tous, soient toujours aussi heureux de contribuer à laisser nos rêves s'exprimer, car la réserve en est pleine.

 

 

 

 

 

 

  esprit-jazz-2010.jpg

Propos recueillis le 11 mai 2010 par Régine Coqueran et jean-Marc Gelin

 

 

Le site du festival 

Et la programmation....

 

Premier rendez vous sur la parvis de l'Eglise de Saint Germain à la découverte de les chanteuses de jazz, dimanche 16 mai. Accès libre et gratuit.


 

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:00

 

 

 

On ne peut que saluer le geste. Et un sacré sens du timing ! Que Yann Martin choisisse l’album de Thomas Savy pour fêter le 100ème album du label « Plus loin » n’est  certainement pas dû au hasard. Une pierre, deux coups : sortir dans le même temps cet album magistral du saxophoniste français et s’offrir par là même une assez belle couverture médiatique. Et c’est avec le sourire des modestes que Yann Martin que nous rencontrions ce jour là dans un café de Montparnasse, savourait ce beau coup de projecteur. Rencontre avec un patron de label heureux.

 

 

yannmartin

D’abord il y a le physique qui se marie avec le caractère que l’on devine bien trempé, de ce breton (fier de l’être, comme tous les bretons) qui a volontairement choisi de se tenir éloigné de l’agitation de la capitale pour élire domicile à Rennes. Une gueule de marin qui en a vu d’autres. Physique volontaire et verbe incisif. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne fait aucun évènementiel à Paris pour célébrer ce centième, il fait poliment remarquer qu’un concert a justement été donné au festival « Jazz à l’étage  la Liberté » à Rennes, manière pour lui, transfrontalier convaincu, d’affirmer que le centre de la France doit se déplacer un peu hors des arènes de Lutèce. 

Mais revenons sur ce parcours impressionnant de ce label tout droit issu de l’ancien catalogue Nocturne, autre label qu’il a co-fondé en 2001. Au départ rien ne prédestinait cet hautboïste amateur à se consacrer au jazz, qu’il avoue avoir d’abord découvert par les contraintes du métier. Directeur commercial chez Media 7, il travaille avec Harmonia Mundi distributeur de quelques labels prestigieux comme Sketch (le label de son copain Philippe Ghielmetti), Enja ou Label Bleu. Quelques beaux fleurons du jazz s’il en est. A force des les côtoyer, de les défendre, Yann Martin dont ce n’était pas forcément l’univers au départ, se met à aimer les jazzmen et leur musique et décide de se lancer dans l’aventure en créant Nocturne en 2001 avant de s’en séparer en 2006 pour divergences de vues artistiques. Il fonde alors  « Plus Loin Musique » embarquant avec lui une partie des artistes et du catalogue.  Et c’est avec une équipe réduite, et une foule d’idées galvanisantes que Yann Martin se relance à nouveau dans l’aventure axée essentiellement sur la production de jazzmen français.

Aujourd’hui Yann tourne avec 40/45 artistes dont une 15aine qu’il suit depuis longtemps. Pensez que depuis le début de l’aventure, il a lancé (ou relancé)  des artistes comme Antoine Hervé, Pierrick Pedron, Pierre de Betmann, Christian Escoudé ou encore la très emblématique Elisabeth Kontomanou dont Yann Martin a très sérieusement contribué à relancer la carrière en France.

Quand on lui pose la question de ses choix musicaux, il se défend pourtant bien d’avoir un parti pris esthétique. Ce qui l’intéresse plutôt c’est de se définir comme un label généraliste investi dans des projets d’artistes. Il avoue d’ailleurs ne pas trop se reconnaître dans un label comme ECM qui lui donne parfois l’impression de reproduire le même schéma esthétique. «Ce sont les artistes qui font le label » dit-il. Sous entendu : ce n’est pas son choix d’imposer une sorte de marque de fabrique. L’idée de passer du producteur à celle du directeur artistique n’est pas réellement son truc. Certes il y a beaucoup de discussion en amont avec les artistes qu’il produit. Mais Yann s’interdit d’aller très loin dans ses préférences : «  si l’artiste est pris en main, je m’éclipse aussitôt ». Et en tout état de cause, c’est toujours l’artiste qui choisit son casting. Le principe d’artistes maisons qui tournent en sideman ou en leader n’est vraiment pas pour lui plaire.

Avec un rythme d’une 15 aine de sorties par an, Plus Loin Music reste un label à taille humaine. Yann Martin écoute d’ailleurs avec un peu d’amusement les médias parler de - crise du disque- : «  Cela ne nous concerne pas vraiment. Nous faisons de l’artisanat d’art ». S’il devait faire une sérieuse critique en revanche ce serait envers l’entreprise de banalisation de la musique qui a mené certains majors à vendre les artistes en boîtes de conserve, dans les Pubs TV, les rayons d’hypermarché ou les sonneries de téléphone. C’est là selon lui le vrai facteur déclenchant de la crise du disque.

Il n’empêche que tout artisan qu’il est, le patron du label breton n’entend pas rester enfermé dans son pré carré. Démarche qui  l’amène, dans un monde fortement mondialisé, à aller chercher plus loin, aller trouver d’autres sources d’inspiration. Et le Breton de s’évader au-delà des Côtes D’Armorique pour atteindre celle d’Outre Atlantique où il s’est construit quelques précieuses connexions. Cela fut évident avec ce fameux  album de Pierrick Pedron enregistré au studio System Two sous la houlette de Joe Marciano  gourou de Brooklyn qui présida aussi à l’enregistrement de Thomas Savy.  Car s’il y a bien une idée qui taraude un peu Yann Martin c’est bien celle de jeter des ponts entre le jazz d’ici et celui de New York dont le marché a un impact énorme et qui bien sûr possède toujours un réservoir inépuisable de talents immenses. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine fierté qu’il annonce qu’un saxophoniste aussi surprenant que génial comme Rudresh Mahantappa, a fait appel à lui pour enregistrer sur son label. Sans être un découvreur à la dimension de Jordi Pujol ( Fresh Sound New Talent), Yann Martin a néanmoins jeté des connexions outre-Atlantique, à l’affût de nouveaux talents. On pense à la chanteuse Dee Alexander qui fut l’une des divines surprises présentée au Midem 2009 ou bien sûr ce «  coup de cœur » qui ne doit rien à personne avec Tigran Hamasyan dont Martin avoue qu’il est particulièrement heureux d’avoir eu le nez creux ( ou l’oreille bien avisée) en l’entendant alors que le jeune pianiste qui vivait à Los Angeles, n’avait encore du côté de chez nous aucune notoriété.

Mais en sens inverse l’idée de Yann Martin est aussi de se faire connaître aux Etats-Unis ou en Allemagne par un réseau d’attachés de presse capable d’assurer le relais. Indispensable pour éviter la claustrophobie hexagonale. C’est aussi pourquoi Yann Martin considère que son rôle s’étend bien au-delà de la production et doit inclure le booking en offrant plus aux artistes qu’il héberge. Plus loin. Et si l’on parle de la crise du disque, lui affirme que c’est aussi parce que nombre de labels n’ont pas su s’investir dans le booking de leurs artistes. Presque jusqu’à dire que le producteur a la responsabilité de faire tourner ses musiciens.

Plus en forme que jamais, le label compte bien nous réserver quelques belles surprises en 2010. Que l’on en juge par le calendrier des sorties :

 Janvier : Thomas Savy avec Scott Colley et Bill Stewart

Fevrier : Méderic Collignon

Mars : Sophie Alour / Les Frères Moutin

Avril : Antoine Hervé ( avec un DVD  comprenant ses leçons de jazz sr Oscar Peterson) / Christian Escoudé

Mai :  Emmanuel Bex et Dédé Ceccarelli

Juin :  Barry Harris ( en trio avec Philippe Soirat et Matthias Allamane)

Août : Césario Alvim avec Eddie Gomez /

Septembre : séquence découverte avec Kellyle Evans (vc) avec Marvin Sewell

Octobre : Dee Alexander ( belle découverte du label en 2009) / et surtout le sublime et très étonnant saxophoniste Rudresh Mahantappa qui vient sur le label avec son propre trio américano-franco-irlandais ( Ronan Guilfoyle et Chandler Sardjoe)

Novembre : The Cookers ( avec Bill Harper, Eddie Henderson, David Weiss, Craig Handy, Georges Cables, Cecil Mc Bee et Billy Hart) / David Weiss / et enfin Dédé Ceccarelli avec Jannick Top.

 

Si depuis le début de l’aventure Yann Martin multiplie les succès et les vraies raisons humaines et artistiques de se réjouir, il avoue sans l’avouer vraiment un petit regret : celui très rare de ceux qui s’en vont. Ainsi en est il du départ d’Avishaï Cohen pour  Blue Note ( label- grosse machine qui pour le coup fait tout sauf de l’artisanat). Mais demi-regret puisque c’est aussi la rançon de la gloire et une façon aussi de voir ses propres choix reconnus par les majors.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 20:56
Elise-Caron-.jpg

Nous avons rencontré au mois de janvier la chanteuse et comédienne Elise Caron pour parler de sa brillante année 2009 (l’album « A Thin Sea of Flesh », le film « Un Soir au Club » et sa collaboration au « Midnight Torsion » d’Eric Watson) et aussi pour qu’elle nous dévoile ses projets en cours pour 2010.

Propos recueillis par Lionel Eskenazi le 13 janvier 2010.

DNJ : Tout d’abord j’aimerai que l’on parle de l’album « A Thin Sea of Flesh » publié au Chant du Monde au mois d’avril 2009. Tu l’as co-signé avec le musicien Lucas Gillet. Qui est-il ?

 

E.C : Je l’ai connu par son père Bruno Gillet qui est compositeur de musique contemporaine et que j’ai rencontré en 1981. J’ai souvent collaboré avec Bruno qui a écrit plusieurs choses pour moi. Je me rendais fréquemment à leur domicile et lorsque j’ai rencontré Lucas pour la première fois, il devait avoir 12 ans. Puis Lucas, vers l’âge de 17-18 ans, a commencé à composer à son tour (paroles et musiques) et m’a souvent convoqué pour de fréquents enregistrements à domicile où généralement j’avais à peine le temps de déchiffrer la partition !

DNJ : J’ai remarqué que la plupart de tes projets tournent autour de textes littéraires. Comment t’est venue l’idée de chanter sur des poèmes de Dylan Thomas ? J’imagine que c’est un écrivain que tu apprécies ?

E.C : C’est une idée de Lucas Gillet, c’est lui qui a initié ce projet, il a choisi les textes et écrit la musique. Je ne connaissais pas spécialement la poésie de Dylan Thomas avant cela, mais j’ai bien aimé la profondeur de ces textes, j’ai d’ailleurs essayé de les traduire moi-même et je me suis aperçu que souvent les mots choisis avaient plusieurs sens et pouvaient donner plusieurs significations à la phrase. C’est vrai que je suis souvent associée à des projets littéraires (Sade, Pavese, Poe, Rilke et bien d’autres…), j’aime chanter des textes puissants car ce sont à chaque fois des mini-histoires, des mini-drames, des choses fortes à interpréter.

DNJ : Comment s’est passé l’enregistrement ?

Lucas Gillet m’a confié un rôle d’interprète, c’était assez précis et difficile, car la musique était déjà enregistrée et il fallait que j’arrive à placer ma voix par-dessus. Nous n’avions pas beaucoup de temps et c’était assez frustrant de ne pas avoir pu travailler avant l’enregistrement. Je n’arrivais pas toujours à obtenir ce que je voulais car je ne pouvais pas aller au-delà de la dynamique existante. J’ai dû faire un nombre incalculable de prises pour arriver au résultat que l’on entend sur le disque.

DNJ : Comment définirais-tu cette musique ? Penses-tu que ce sont des chansons pop ?

E.C : C’est de la pop contemporaine mais ce ne sont pas des chansons. La structure des poèmes a été conservée, ce qui fait que l’écriture est basée sur la mélodie, nous ne sommes pas dans un système couplet-refrain, nous sommes dans l’extension permanente de la mélodie. Le côté pop est intéressant, car la musique est presque antinomique avec l’image sonore que l’on pourrait avoir des poèmes de Dylan Thomas. C’est beaucoup plus léger que ce que ça raconte.

DNJ : C’est vrai que les adaptations musicales des textes de Dylan Thomas sont souvent plus graves, plus sombres, je pense en particulier à « Words for the Dying » de John Cale. Connais-tu cet album ?

E.C : Non.


 DNJ : Avec « A Thin Sea of Flesh », nous sommes dans une musique pop très produite, une musique fabriquée en studio, ce qui nous éloigne complètement du jazz et de l’interaction musicale immédiate.

E.C : Oui, c’est un travail de studio particulier qui n’a pas grand-chose à voir avec les enregistrements de jazz où l’on fabrique la musique ensemble. Il y a tout de même un morceau que nous avons joué complètement live (« The force that through the green fuse »), c’est un duo entre ma voix et la flûte de David Aubaile, où il se passe du coup quelque chose de différent, il y a des fluctuations vocales qui sont peut-être plus naturelles. Lorsque nous jouons ce projet en concert, il est forcément beaucoup moins « fabriqué » et c’est passionnant de pouvoir le chanter en live, où je peux donner plus d’épaisseur à ma voix et où je suis entouré de six musiciens. Nous serons d’ailleurs le 13 avril prochain au Studio de l’Ermitage à Paris.

DNJ : Avez-vous avez eu du mal à convaincre une maison de disques pour ce projet plutôt atypique ?



LIRE LA SUITE DE L'INTERVIEW.......

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 05:03

danportraitthum.jpg (photo © Vincent Soyez 09)


Avec la récente sortie de « Duos with Lee » chez Sunnyside, le jeune Franco-Américain Dan Tepfer a rejoint une longue et prestigieuse lignée : celle des pianistes qui, des années 40 à nos jours, ont enregistré aux côtés de Lee Konitz. Le temps d’un blindfold test, nous lui avons proposé d’écouter et de commenter à l’aveugle le jeu de quelques-uns de ses illustres prédécesseurs, au fil d’enregistrements puisés dans l’abondante discographie du grand altiste (et artiste).


Lennie Tristano Quartet feat. Lee Konitz, Ghost Of A Chance

« Lennie Tristano », 1955

Le phrasé est magnifique… Je ne sais pas exactement, cela pourrait être un très jeune Paul Bley. (Une fois informé) Tristano ? Je ne l’avais vraiment pas reconnu. J’ai beaucoup écouté « The New Tristano », mais pas tellement ce disque. En tout cas, c’est très beau. Tristano est toujours incroyable d’un point de vue formel, pour ce qui est de la construction des lignes, mais parfois, il peut sonner un peu forcé, surtout au niveau de l’accompagnement. C’est ce qui peut me déranger chez lui. Là, il est effectivement très présent derrière le saxophone, il joue des triolets pendant que Lee joue swing… Mais sur ce morceau, tout est tellement relax que pour moi, ça fonctionne. La raison pour laquelle je ne l’avais pas reconnu tout de suite, c’est qu’on entend ici un vrai lyrisme, une sorte de romantisme assez rare chez lui.


Lee Konitz/Bill Evans Quartet, My Melancholy Baby (Paris, Mutualité, 3 novembre 1965)

DVD Jazz Icons, « Bill Evans, Live 64-75 »

Ça, c’est Bill Evans ! En fait, je n’aime pas trop son phrasé à cette époque, c’est très saccadé, avec une sorte de swing stéréotypé. Mais en même temps, ça le rend immédiatement reconnaissable, et ça, c’est déjà pas mal. Et puis, ça reste un immense pianiste dans sa façon d’harmoniser les accords. Sa manière d’accompagner, ou au contraire de choisir de ne pas jouer au début du solo de Lee… Il est vraiment compositeur dans l’accompagnement. Il y a une belle citation de Paul Bley là-dessus : « Si une situation musicale n’a besoin de rien, on la laisse comme elle est. Si elle a besoin de nous, on entre. » Et là, on sent bien que Bill Evans s’est posé cette question.


Duo Lee Konitz/Martial Solal, Stella By Starlight

« Impressive Rome », 1968

Je ne connais pas cet enregistrement, mais ça ne peut être que Martial ! Ce genre d’accompagnement, c’est sa marque de fabrique. Et puis, c’est l’un des rares musiciens à toujours garder le sens de l’humour, ce côté extrêmement ludique. Il y a un autre duo avec Lee que j’adore : « Star Eyes » (enregistré à Hambourg en 1983 NDLR). Pour moi, c’est le modèle du jeu en duo : ils se complètent parfaitement, comme le yin et le yang. Quand ils jouent ensemble, ils dépassent tout de suite les stéréotypes, les clichés piano-sax. Ce sont juste deux personnes qui font de la musique ensemble. En même temps, ils sont très différents : Lee reste très constant, quel que soit le contexte ; à l’inverse, Martial est reconnaissable au fait que son jeu est sans cesse différent. Sur ce morceau, c’est lui qui crée la variété en prenant l’initiative de partir dans toute sorte de directions, mais Lee trouve toujours le moyen de rester cohérent avec lui. On n’a jamais l’impression que le piano le gène, ça reste complémentaire. Et puis, quelle virtuosité ! J’ai beau avoir beaucoup écouté Martial, ça me bluffe toujours autant. C’est vraiment quelqu’un qui maximise les possibilités du piano. Une fois, il m’a raconté que, quand il était jeune, il faisait des exercices tout en lisant des romans !

(À la fin du morceau) Je ne sais pas comment il fait, mais Martial trouve toujours la fin parfaite à chaque morceau. Quand on improvise comme ça, conclure est vraiment ce qu’il y a de plus difficile. Et comme le jugement de l’auditeur est souvent basé sur la fin…


Duo Lee Konitz/Gil Evans, Drizzling Rain

« Anti-Heroes », 1980

Gil Evans. Ce doit être « Heroes » ou « Anti-Heroes ». Ça, c’est un pianiste qui pense comme un arrangeur. Du coup, il n’a pas peur de laisser des silences. Moi, j’adore le sax, je joue mal de l’alto, et quand je suis en tournée, après les gigs, je suis toujours en train d’en jouer avec le bassiste qui passe au piano, des trucs comme ça. J’ai aussi un ami guitariste tchèque qui joue du piano comme si c’était une guitare. Gil Evans maîtrise quand même bien mieux l’instrument, mais lui non plus, il ne joue pas comme un pianiste. Il fait juste des sons, et c’est très musical. Et puis évidemment, il trouve des voicings magnifiques. Il utilise souvent la neuvième mineure, une couleur que j’aime beaucoup, mais qui est moins courante chez les pianistes que chez les arrangeurs. Ça me rappelle aussi un album de Bob Brookmeyer où il est au piano, « Holiday ». Il y a beaucoup de similitudes dans leur jeu, tout est très délibéré, très précis, sans rien d’automatique dans les doigts.

Cet enregistrement est aussi l’un des rares où Lee joue du soprano. Avec une justesse parfaite, d’ailleurs, alors même que c’est un instrument extrêmement difficile à maîtriser. Lee est très sensible par rapport à ça, car on lui a souvent dit qu’il jouait faux. Mais en fait, il est très conscient de son intonation. Lorsqu’il attaque une note par en-dessous, c’est toujours volontaire. Il y a aussi des albums où il joue tout le temps aigu, c’est juste un son à lui. Aujourd’hui, il y a toute une catégorie de saxophonistes qui essaient de sonner comme des pianistes, de jouer exactement au milieu de la note. Pour moi, c’est négliger un élément extrêmement expressif de l’instrument. À propos de notre dernier disque, un critique à écrit que Lee pouvait suggérer des mondes d’émotion dans l’intonation d’une seule note. Ça lui a fait très plaisir.


Duo Lee Konitz/Michel Petrucciani, Lovelee, puis I Hear A Rhapsody

« Lee Konitz/Michel Petrucciani », 1982

C’est un peu choquant d’écouter ça après Gil Evans, qui était tellement musical, tellement ouvert. Là, c’est un jeu très pianistique, et c’est comme si tout se refermait. (Une fois informé) Petrucciani ? J’ai eu la chance de le voir peu avant sa mort, à Marciac, c’était très émouvant. C’est quand même un très bon pianiste, mais bon, pour moi, là, ça sonne assez plat. Artistiquement, il n’apporte rien à ce thème, on ne redécouvre pas I Hear A Rhapsody à travers ce qu’il fait. C’est le genre d’enregistrement où on s’est dit : « Je suis pianiste, je vais faire un disque avec Lee, on va jouer des standards… ». On ne sent pas qu’il a vraiment quelque chose à dire, et il ne pousse pas Lee à faire autre chose que ce que ce dont il a l’habitude.


Lee Konitz Quartet feat. Fred Hersch, Nancy, puis Boo Doo

« Round & Round », 1988

Un peu au hasard : Harold Danko ? (Une fois informé) C’est Fred Hersch ? Je le connais très bien, c’est un très bon ami. Mais ça ne sonne pas du tout comme Fred Hersch, ce truc ! Je ne reconnais ni ses phrases, ni ses voicings… Pourtant je connais très bien son jeu, qui est très identifiable. Et puis, Fred est quelqu’un qui est très attaché à avoir le son de piano le plus beau, le plus mélodieux possible. Là, ça sonne assez dur. Ça date de quand ? 88 ? C’est vrai qu’il y a eu une époque où il jouait vraiment hard bop, et son style a beaucoup bougé depuis. Je ne l’aurais jamais reconnu, en tout cas.


Trio Lee Konitz/Brad Mehldau/Charlie Haden, Everything Happens To Me

« Another Shade Of Blue », 1997

Brad Mehldau. J’ai cet album, un très beau disque. Il n’y a aucune formule dans ce que fait Brad ici, il est totalement à l’écoute de Lee, et son accompagnement est très construit, très précis, sans aucune surcharge. En même temps, il joue vraiment dans l’instant, tout en restant très décontracté, bien au fond du temps. Une fois, j’ai parlé avec Brad de cet enregistrement, et il m’a dit qu’au début, ça avait été très difficile pour lui de jouer avec Lee et Charlie. Selon lui, les premiers jours, il n’était vraiment pas bon. La difficulté, c’était de s’adapter à une conception du temps vingt fois plus relax. Et on entend ici qu’il y est vraiment parvenu. Cela dit, il y a quelques instants dans ce disque où on sent qu’il perd un peu la main, qu’il devient un peu moins cool. Il faut dire que ce n’est pas facile de rester cool quand on joue avec Charlie Haden et Lee Konitz !

Ce que je trouve bluffant chez lui, c’est qu’il sonne vraiment moderne, très contemporain. Pourtant, là, ce qu’il fait est assez traditionnel. Mais c’est maîtrisé à un tel point qu’il est capable d’y insuffler une vibe très « génération X ». Parfois, il sort des choses très surprenantes, mais cela ne paraît jamais plaqué par-dessus, comme si on passait tout d’un coup dans un autre style. C’est bien le langage du jazz historique, mais il propose d’autres solutions dans ce langage. Comme Arvo Pärt, qui a étudié le contre-point de Bach et de ceux qui l’ont précédé, et qui utilise cet idiome en proposant de nouvelles directions.

Brad est un peu le Charlie Parker d’aujourd’hui, au sens où il est une référence pour beaucoup de musiciens. À l’époque, Lee a vraiment étudié Parker, il sait d’ailleurs toujours jouer ses solos, je l’ai entendu le faire. Mais il s’est dit très consciemment : « je ne veux pas sonner comme ce gars-là. » Aujourd’hui, c’est le même problème avec Brad : c’est quelqu’un de très fort, avec un style très convaincant. Et pour moi et les gens de ma génération, notre mission, c’est de faire une musique que lui n’aurait jamais faite, tout en étudiant son jeu pour pouvoir se jucher sur les épaules de ce géant.


Duo Lee Konitz/Walter Lang, Way Too Early, puis Monk’s Cottage

« Ashiya », 2007

Le début est joli… Aucune idée de qui ça peut être. (Une fois informé) Walter Lang ? Je ne le connais pas. Là encore, je savais que ce disque existait mais je ne l’avais pas écouté. Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. C’est très joli, très relax, le time est vraiment super, mais en même temps, il n’y a pas la musicalité hallucinante d’un Gil Evans. Comme lui, il laisse beaucoup de silences, mais contrairement à Gil, ça donne une impression de vide. Très honnêtement, je trouve que son phrasé n’est pas très bon : il est un peu sur le devant du temps, et il ne joue pas des lignes particulièrement intéressantes. Dès qu’il commence vraiment à faire des phrases, il n’y a plus de main gauche. C’est très difficile de jouer sur la retenue, il faut qu’elle soit peuplée d’une tension incroyable dans les silences pour que ça marche. Encore une fois, c’est très joli, mais « joli » n’est pas le plus grand compliment qu’on puisse faire en musique.


Duo Lee Konitz/Dan Tepfer, Elande N°1

« Duos With Lee », 2009

(Rires) Qu’est-ce que tu veux que je dise là-dessus ? Bon, je peux en parler si tu veux… Ce dont je suis le plus fier, outre le fait que ça sonne bien, c’est que d’un point de vue artistique, il y a un défi un peu différent : faire de la musique entièrement improvisée, mais consonante. Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve souvent dans la discographie de Lee, alors qu’il est très fort pour ça. Et puis, c’est vraiment un disque d’aujourd’hui, qui n’aurait pas pu exister il y a vingt ans. Sur ce morceau, par exemple, c’est une approche qui, grosso modo, prend en compte l’apport du langage minimaliste dans le jazz. Pour moi, c’est très important d’innover, mais ce qui est encore plus important, c’est que ce soit beau. Là, on entend juste deux musiciens qui ont cinquante-cinq ans d’écart, et il en sort un truc qui est un peu la somme de ces deux époques.


Propos recueillis par Pascal Rozat.


 

Site de Dan Tepfer (http://www.dantepfer.com/)


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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 05:01

Elin Larsson

Nous avions rencontrés Elin Larsson au festival suédois Swedish Jazz Celebration en mars 2009 à Göteborg dans l'ouest suédois. Cette saxophoniste, jeune et fougueuse, et son groupe avait pris la salle à son compte et l'avait renversée comme une crêpe bien saisie.
L'écouter était soufflant, l'interviewer un vrai plaisir.

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 21:37

 

"Nous sommes tous des fils d'Abraham"

 


Nous avons rencontré l’époustouflant clarinettiste américain de passage à Paris, pour la sortie de « Tweet Tweet », un album signé sous le nom de groupe : « Abraham Inc » (regroupant David Krakauer, Fred Wesley et So Called). Cette formation sera en concert le 03 décembre aux Transmusicales de Rennes et le 04 décembre à Amiens.

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi, le 03 novembre 2009.

 

- DNJ : Vous parlez couramment le français, vous avez eu l’occasion d’étudier au conservatoire à Paris. Parlez-nous de votre amour pour cette ville et plus généralement pour la France.

 

-D.K : J’ai passé le concours du conservatoire de Paris et j’ai pu obtenir une bourse pour venir étudier la clarinette pendant un an, c’était durant l’année scolaire 1976-1977. Je parlais déjà un peu le français et j’ai pu ainsi améliorer à la fois mon apprentissage de la langue et ma pratique instrumentale. Depuis j’éprouve toujours une sensation particulière, très sentimentale, quand j’arrive près de la gare de Lyon, car je me rappelle de mon arrivée avec ma grosse valise, j’avais 20 ans et je portais en moi toute la fragilité et l’espoir que l’on éprouve à cet âge crucial où l’on quitte l’enfance pour rentrer dans l’âge adulte.

 

- DNJ : A l’époque vous ne jouiez que de la musique classique ?

 

lire la suite de l'entretien avec DAVID KRAKAUER

 

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 07:19

« Exposer Miles, c’est exposer le jazz »


© Eric Garault

 

DNJ : Pourquoi une exposition aujourd’hui en 2009 sur Miles Davis ?

 

Vincent Bessières : Cette exposition s’inscrit dans une série de célébrations de grandes figures populaires de la seconde moitié du XXe siècle. Elle vient après Jimi Hendrix, Pink Floyd, John Lennon, Serge Gainsbourg. Et la Cité de la musique avait le désir de consacrer l’une de ces grandes expos monographiques à une personnalité-phare du jazz et la figure de Miles Davis s’est imposée comme l’une de celles qui non seulement était populaire, donc susceptible de toucher un certain public, l’un des grands créateurs de la musique du XXe siècle mais aussi comme une personnalité centrale du jazz par le nombre de directions qu’elle a pu donner au jazz. Du coup faire une exposition sur Miles Davis, c’est quand même faire une exposition sur le jazz, même si c’est Miles qu’on prend comme fil rouge. Parler de lui, c’est parler du be-bop, du cool, des arrangements avec Gil Evans, du jazz modal. C’est couvrir un demi-siècle d’évolution du jazz.

L’autre raison qui fait que 2009 est une bonne année, c’est qu’elle marque un triple anniversaire donc symboliquement c’est important. C’est le soixantième anniversaire de la première venue de Miles Davis à Paris, épisode fondateur dans son parcours personnel tant du point de vue artistique qu’affectif. Il quitte les États-Unis en 1949 parce qu’il est invité comme représentant du jazz moderne, non pas dans un club mais dans le premier festival de jazz organisé à Paris après la guerre et qui se déroule à la salle Pleyel, une vraie salle de concert classique. Précisons qu’il n’a alors que 23 ans. Il est accueilli et attendu comme un ambassadeur du jazz moderne puisque avant même qu’il ne soit là, il y a des articles dans la presse, qui sont présentés dans l’expo, qui montrent qu’on a déjà une oreille sur lui. Il est accueilli par l’intelligentsia de  St Germain des Prés, et notamment Boris Vian, comme un créateur et pas simplement comme un musicien qui vient divertir un public de club. Du point de vue affectif, il y a la légendaire amourette avec Juliette Greco qui symbolisera pour Miles une liberté de sentiments et même une liberté sociale que la société américaine de cette époque, à cause de la ségrégation, lui empêche d’éprouver à New York. 2009, c’est aussi le cinquantenaire de « Kind Of Blue », l’un des albums fondateurs dans l’histoire du jazz car il a popularisé le jazz modal. C’est encore à ce jour le disque de jazz le plus vendu au monde. C’est un classique du jazz. Le troisième anniversaire, c’est le quarantenaire de l’enregistrement de « Bitches Brew », l’album qui marque l’avènement du jazz-rock et qui est emblématique de la révolution que Miles Davis a faite dans sa vie. Après avoir exploré un genre, le jazz, il en a fait exploser les frontières en s’ouvrant à des instruments, à des rythmes, à des couleurs, à des influences qui n’avaient pas leur place jusque-là dans le jazz. À partir de là, rien n’a plus été comme avant. Même s’il y a eu des courants de retour aux sources et de traditionalisme dans le jazz, c’est justement en réaction à cette ouverture que Miles a donnée au jazz qui est irréversible et fondatrice pour cette musique.

DNJ : Il y a donc selon vous une rupture dans la carrière de Miles quand il passe à l’électrique en 1968 ?

 

VB : Je préfère parler de virage et c’est ce qu’on voit bien dans l’expo :  on laisse Miles Davis en 1967 en Allemagne, en costume, devant un public assis, dans un film qui est en noir et blanc, devant un public de concert traditionnel. On le retrouve trois ans après et tout a changé. L’environnement sonore : il n’y a plus de piano mais deux claviers électriques, la contrebasse a été remplacée par une basse électrique et il y a un percussionniste complètement allumé dans l’affaire qui amène des couleurs et du groove avec tout un attirail d’instruments. C’est un concert en plein air, devant une foule de hippies. En trois ans, ça a complètement muté et à partir de là Miles ne reviendra pas en arrière. Surtout cela correspond à l’ouverture à un nouveau public et à des critiques très dures du monde du jazz.

 

DNJ : En tant que commissaire de l’expo, comment avez-vous abordé le difficile défi d’exposer la musique ?

 

VB : Avec la Cité de la musique et les scénographes de Projectiles, nous avions le désir de mettre la musique au centre de l’exposition, car c’est ça l’œuvre qu’on expose et c’est à ça qu’il faut rendre justice. On a donc littéralement mis la musique au centre et construit des murs autour en réalisant ces petits auditoriums plus ou moins circulaires dont la forme est inspirée de la sourdine Harmon que Miles a popularisée et qui est une sorte de signature chez lui. Ces auditoriums dans lesquels on peut rester à plusieurs sont des lieux de diffusion de la musique, réglés par un ingénieur du son. J’avais envie d’offrir au visiteur un contact direct, une confrontation avec la musique pour provoquer un choc émotionnel. Il y a également un dispositif d’écoute secondaire pour ne pas brouiller le son et avoir trop de sources de diffusion qui est un système « plug and play » où chacun peut venir avec son casque et écouter s’il le souhaite des interviews, des morceaux…

 

DNJ : Comment avez-vous choisi les objets et documents présentés ?

 

VB : Tout ce qui est présenté dans l’expo, des tableaux aux documents de Teo Macero, en passant par les partitions, les trompettes, les photos, les videos, les costumes, les pochettes de disque sont des éléments de contextualisation de la musique. Tous ont été choisis pour cela. Montrer les partitions devait avoir un sens car le grand public ne lit pas la musique. Ainsi les partitions de « Birth Of The Cool » sont là pour démontrer le vrai travail d’arrangement, le vrai travail d’écriture par opposition au be-bop où les musiciens jouaient sans partition sous le nez. Chaque objet est là comme un élément d’éclairage de la musique, même les tableaux de Basquiat sont pour moi présents de manière à donner la mesure de l’admiration que Miles avait pour Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

 

DNJ : Pourquoi présenter les trompettes de Miles et le sax de Coltrane par exemple ? Ne serait-ce pas un peu fétichiste ?

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 06:51
interview à retrouver sur All About Jazz


The world of jazz guitar has long been filled with some of the most storied names in jazz history. Artists such as Charlie Christian, Johnny Smith, Wes Montgomery, Pat Metheny and John Scofield have all become recognized as some of jazz's greatest innovators and most prolific performers.

In a day and age when it seems that jazz, and jazz guitar, has been through just about every transition, amalgamation and innovation possible, there are still new voices emerging to take the music forward into unexplored and exciting territory. One of the guitarists that is leading this charge is New York-based picker Jonathan Kreisberg. With a strong foundation in the jazz tradition, and a personal vision of the genre's future, Kreisberg is winning over crowds and critics alike with his albums and concerts held around the world.

 

Kreisberg's playing is not easily categorized, as it draws upon a diverse background of influences, and is constantly challenging the defined conception of modern jazz. His solos portray a player dedicated to absorbing the traditional vocabulary and vernacular of the jazz idiom, skills honed through a solid musical education and by studying on bandstands across the globe. Drawing the listener in with a healthy dose of swing and traditional vocabulary, Kreisberg acts as a skillful guide as he leads his audiences into new and entrancing harmonic and melodic territory, without ever sounding abrasive or disjointed.

This ability, to smoothly transition between established and inventive sonic ground, has helped raise Kreisberg to the upper echelon of today's jazz guitarists, and has firmly established his position one of the genres leading voices.

Apart from being an accomplished improviser and band leader, 2009's Night Songs (Criss Cross) is his sixth outing under his own name, Kreisberg is also a composer and arranger of merit that is continually exploring the possibilities of small group jazz. Kreisberg's albums, like his improvisations, contain a mixture of tunes drawn from the jazz tradition and his own original compositions.

Even when an album contains tunes that are one or the other, such as Night Songs which is a collection of jazz ballads or Unearth (Mel Bay Records, 2005) which is all original compositions, there is still a sense of Kreisberg's dual approach to writing and arranging found within his work.

When approaching a jazz standard, Kreisberg is rarely content to play the track in its original context. Instead, he is constantly looking for new ways to interpret many of the genre's classic tunes, such as his odd-meter rendition of "Stella by Starlight" from the album South of Everywhere (Mel Bay, 2007). On the other side of the coin, Kreisberg's original compositions will often have a sense of the jazz tradition weaving in and out of more modern sounding harmony and melodic phrases, such as the hard-driving composition "Fever Vision" from his 2004 release Nine Stories Wide (Criss Cross, 2005).

With such an array of accomplishments behind him, Kreisberg is showing no signs of slowing down. He is continuing to tour in support of Night Songs and is already at work on his next recording project. With such a busy schedule of performing, writing and recording, it's no wonder that Kreisberg has become one of the genre's young stars, a status that is sure to stick as he moves forward into his musical future.

All About Jazz: You began playing guitar at 10 years of age. How were you introduced to the instrument and had you always been interested in playing guitar?

I initially picked up a guitar after hearing Eddie Van Halen's playing on "Eruption." I was blown away by that great "other worldly" sound he was getting out of his guitar.

It's funny because years later I would realize that Eddie was reaching out for the sounds he'd heard from Allan Holdsworth, who was in turn channeling Coltrane. One of my childhood favorites was Coltrane's album "My Favorite Things," so I guess it all makes sense in a weird sort of way.

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http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=34225&pg=1

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 18:40

À l’occasion de la sortie du nouvel album de l’Oudiste tunisien Anouar Brahem, les DNJ ont rencontré l’une des figures les plus marquantes du label ECM. Anouar Brahem ne cesse de jeter des ponts entre les différentes cultures. Il a contribué à cette ouverture de la musique savante arabe à d’autres horizons musicaux et ses rencontres avec les musiciens venus du jazz restent aujourd’hui encore comme des modèles de syncrétisme auquel il imprime une  forte dimension poétique. A 57 ans Anouar Brahem qui vit à côté de Carthage, pas loin de Sidi Boussaïd, fait déjà figure de légende dans son pays.

 

DNJ : Le choix des musiciens dans votre nouvel album : choix librement consenti ou choix imposé par le label ?

 

Anouar Brahem : Ce n’est absolument pas un cahier des charges et en même temps ce n’est pas non plus librement. C’est ce qui m’est imposé par la musique qui surgit. Quand je commence à travailler sur un disque, je ne pars pas avec une idée d’orchestration préétablie. Cela vient à mesure que la musique surgit. Je commence toujours par des ébauches, des premiers jets et c’est au fur et à mesure qu’elle se met à sonner que cela me donne des idées d’orchestration

 

DNJ : Vous partez au départ de trames mélodiques ?

 

AB : Oui c’est généralement  la seule chose que je peux ou que je sais faire : partir de fragments de thèmes. Et c’est en commençant par là que je peux arriver à l’instrumentation. Et l’instrumentation c’est la chose que je mets le plus de temps à décider. C’est pour moi comme l’étalonnage dans le cinéma et les instrumentistes sont comme des acteurs. Quand on me demande, dans un festival par exemple de jouer avec untel ou untel, je suis dans l’incapacité d’écrire pour une formation donnée ou imposée.

 

DNJ : Vous parlez de cinéma, et au cinéma il y a des castings. Est ce qu’il y a des musiciens avec qui vous avez essayé de livrer votre musique et avec qui la  magie ne s’est pas produite ?

 

A.B : C’est vrai il y a beaucoup de musiciens avec qui je souhaiterai travailler et cela ne marche pas forcément parce que je n’ai pas ressenti que leur rôle était important dans ce que je voulais jouer. Mais lorsqu’il s’agit de faire un album cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs on a pas le droit à l’erreur avant de rentrer en studio. Lorsque l’on fait appel à des musiciens on fait appel à des personnalités très différentes. De gens qui ont un vrai background et c’est cela qui est très stimulant, les choses peuvent ainsi sonner de manière différente.

 

DNJ : pourquoi avoir choisi la clarinette basse en l’occurrence ?

 

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