Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 23:18

 

Nous avions envie, aux DNJ de revenir sur l’un des albums les plus passionnants de l’année, celui que Mederic Collignon a consacré à la période électrique de Miles Davis.  (voir la chronique de Lionel Eskenazi  )


Rencontre avec un personnage foisonnant du jazz français qui n’a pas sa langue dans sa poche. Loin de toute langue de bois, Méderic Collignon parle cash et se livre sans fard.

 

 

Mederic Collignon 2009

 

 

 

DNJ : Avant de parler de l’album proprement dit, parle nous un peu de cette pochette incroyable qui évoque si bien l’univers de cette période électrique de Miles

  collignon

Méderic Collignon : En fait j’ai tout conçu de cette pochette même si je ne l’ai pas réalisée moi-même. C’est Etienne Chaize qui me l’a fait exactement comme dans mon rêve. Le Chaos, l’apocalypse, 2001, les tours qui se font réduire par un fou, échec et mat ! La Chrysler Tower pour le côté moderne et la tour de Babel. Et puis le phallus qui viole un ovule. C’est une agression certes mais finalement peut être que c’est cela la nature. Il y  a aussi un côté Caravage, une face obscure.

 


DNJ : Comment as-tu abordé ce projet ? Tu venais de sortir de Porgy & Bess et l’on t’attendait sur un  terrain différent  (comme Don Cherry par exemple). Finalement tu reviens à nouveau à Miles et tu récidives alors que tu t’en étais pris plein la gueule par certains critiques


MC : Oui mais par une seule personne, par Michel Contat.


DNJ : Mais quand tu as fait Porgy, tu avais déjà en tête cet album ?

MC : Je sais toujours ce que je vais faire demain et après-demain. N’oublions pas que Jus de BocSe c’est Juke Box, c’est un groupe de reprise. C’est quelque chose qui ne crée pas. Ou alors c’est toi en regardant l’objet qui tout à coup imagine quelque chose qui va ailleurs. C’est un groupe de reprise, c’est du jazz dans le geste. Le jazzman reprend les choses, il créée rarement à la base. Il est toujours dans la reprise de papa, maman, machin. Miles a fait ça. Charlie Parker a fait ça tout le temps. Certes il a écrit mais cela n’est venu qu’après. Et moi je compose déjà bien avant Jus de Bocse, je compose à côté pour des petits orchestres ou pour le Megaoctet d’Andy Emler. D’ailleurs ils ont eu tellement de mal à la bouffer ma compo que je sais finalement pourquoi je ne compose pas plus. Je sais pourquoi j’arrange et pourquoi ça dérange. Et c’est ça le concept de Jus de Bocse et je ne peux pas composer avec ce groupe sinon j’irai à l’encontre de son concept.


DNJ : Comment aborde t-on de tels monuments ? Avec peur ? Après tout c’est toi qui disais à propos de Kind of blue : « j’y touche pas, c’est un classique ». Exactement ce que te reprochait Contat pour Porgy.


MC : Ben oui, il faut bien affronter ses peurs finalement. Du coup je crée ou je chie. Il m’arrive de chier comme par exemple sur Summertime. A l’époque je ne pouvais absolument pas l’arranger. Page blanche attitude ! J’avais beau écouter j’entendais rien. J’avais les larmes aux yeux parce que j’avais Gil Evans dans la poche. Pas Miles. J’en ai rien à faire de Miles là-dessus. Je suis juste en train de pleurer et d’écouter la création de Gershwin. Mais surtout pour moi il y a Gil Evans. La permanence de cette pâte  qui est unique, taillée dans le diamant et que je n’ai jamais vue autre part.

 

Lire la suite de l'interview

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 09:30

Benny-Golson1.jpgphoto Jean-Pierre Foubert

 

Benny Golson donnait l’autre jour deux concerts au Duc des Lombards. Il a sympathiquement accepté de venir remettre son prix à un jeune saxophoniste (Adrien Sanchez) à l’occasion du Tremplin du Festival de Saint Germain.

L’occasion pour nous de revenir sur la carrière de ce saxophoniste légendaire auteur des plus grands standards du hard bop et figure de proue de cette période foisonnante du jazz.

Along came Benny …..

 

DNJ : Quand vous avez remis ce prix à ce jeune musicien, comme j’imagine vous le faites  souvent, cela vous rappelle,t-il vos jeunes années lorsque vous jouiez à Philadelphie avec John Coltrane

 

BENNY GOLSON :  Oh oui ! Cela me rappelle Coltrane mais aussi Jimmy Heath, Philly Joe Jones. On était des amateurs à l’époque. Il y avait aussi Ray Bryant et Red Rodney. BENNYGOLSON-COVER.jpgMais nous étions si jeune. Il avait 17 ans à l’époque et Coltrane à peine 18. Jimmy quand à lui devait en avoir 19. Je me souviens que John Coltrane venait alors à la maison et se mettait au piano et moi au saxophone. Et puis on changeait et je passais au piano. Mais il était vraiment un très mauvais pianiste. Nous répétions tous les jours mais les voisins en avaient assez et je crois qu’ils auraient bien voulu nous tuer ! C’était terrible….

 

 

 

DNJ : Quelles ont été vos influences les plus marquantes ? Coleman Hawkins ? Don Byas ?

 

BG : Non, non, vous voulez que je vous dise…. Arnette Cobb dans la formation de Lionel Hampton. Arnette Cobb sur Flying home. Mais surtout, avant d’être influencé par les saxophones, je suis passé par les études de piano, durant 6 ans. Je répétais tous les jours . J’aurais voulu faire du classique, m’inspirer de Chopin, Brahms. Et puis c’est alors que j’ai entendu Arnette Cobb avec l’orchestre de Lionel Hampton : ouhhhh !

 

DNJ : Il a eu une grande influence sur votre jeu ?

 

BG : Non, c’est juste qu’il m’a donné envie de jouer du sax. Ensuite sont venus Coleman Hawkins et Don Byas. Mais le premier ce fut Arnette Cobb. Mais ensuite j’ai écouté Coleman et notamment le célèbre Body and soul  !! Un choc incroyable. Bien longtemps après j’ai eu la chance d’avoir un jour un job avec lui.

 

DNJ : Ce ne devait pas être très facile de jouer avec lui ?

 

BG : A ça non. Un killer !

 

DNJ : Vous aviez peur ?

 

Lire la suite……

Partager cet article
Repost0
30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 20:25

 

27-Mai-2010

Festival Jazz à St-Germain-des-Prés.

Concert en solo à l’Eglise de St-Germain-des-Prés.

 

Les DNJ : Le concert de ce soir dure approximativement une heure et demi, et la tension reste à son comble du début à la fin. Comment un musicien, seul sur scène, prépare-t-il physiquement et mentalement une telle prestation ?

 

Bojan Z : Quand tu sais qu’il va y avoir un concert comme ça, il y a évidemment en amont une préparation mentale. Tu essaye un petit peu d’envisager comment te surprendre toi même, comment organiser les choses sans qu’elles soient trop organisées. Et ensuite, le reste est assez simple, il faut surtout se détendre l’esprit, et c’est plutôt là que cela se situe. Les idées et la Musique qui sont en permanence autour de ma tête ont besoin d’une pensée détendue, afin d’être apte à jouer, à les transmettre comme il faut. Donc, au final, je me suis juste « réchauffé » les doigts ce matin au réveil pour être en état de disponibilité totale pour la Musique qui sera là quelques heures après. Evidemment, il faut que quotidiennement soit effectué un travail rigoureux de la technique, cela va de soi pour un soliste. Il y a des moments où on est en bonne communication avec l’instrument et d’autres où on l’est moins. Peu importe, de toute façon je ne suis pas quelqu’un qui est dépendant de la technique pour pouvoir exprimer la Musique que je veux.

 

 

Lire la suite : Une rencontre avec BOJAN Z........

Partager cet article
Repost0
22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 09:09

sophie-Alour.JPG

                                                                                    © Lionel Eskenazi

 

 

La saxophoniste ténor Sophie Alour viendra présenter son très bel « Opus 3 » sur scène au Sunside à Paris les 21 et 22 mai. Nous l’avons rencontré afin de faire le point sur un virage musical recentré sur le jazz, dans la formule sans concession d’un trio saxophone-contrebasse-batterie à la fois explosif et langoureux.

 

 

DNJ : Comment t’es venue l’idée de passer au trio pour ce troisième album ?

 

S.A : C’est à cause des pianistes… (rires…), non plus sérieusement je crois que c’est tout simplement un moment dans ma carrière qui correspond à une certaine maturité. Plus on avance dans le temps, plus on a tendance à aller vers des choses plus simples, plus économes, plus austères aussi. L’austérité, ce n’est pas un mot qui me fait peur, je trouve même que c’est assez beau, d’un point de vue artistique bien-sûr car je ne parle pas de l’austérité économique que nous subissons en Europe en ce moment !

 

DNJ : Plutôt qu’ « austérité », je préfère le mot de « maturité ». Je pense qu’avec ce disque, tu es à un virage important où tu te recentres vers le jazz et où quelque part tu fais un bilan de ta carrière en reprenant presque tout à zéro, d’où ce titre « Opus 3 ».

 

S.A : Effectivement, il y a tout ça à la fois et cet « Opus 3 » correspond pour moi à la fin de quelque chose et au début de quelque chose d’autre. Je ne sais pas encore exactement quoi, mais il est clair que je suis à un virage. En ce qui concerne le retour vers le jazz, c’est une musique que j’aime profondément depuis que j’ai 14 ans et qui a longtemps habité mes rêves, mais j’ai eu une crise d’adolescence assez tardive, une crise d’identité, où j’ai voulu m’éloigner du jazz et chercher autre chose. Ça paraît un peu étrange de le dire, mais aujourd’hui j’ai presque l’impression de redécouvrir le jazz.

 

DNJ : Au moment de « Uncaged », ton deuxième album, tu écoutais beaucoup de groupes de rock comme Radiohead par exemple.

 

S.A : J’en écoute toujours, mais beaucoup moins qu’à l’époque, je voulais me libérer de certains carcans liés aux codes du jazz. J’avais envie de me bousculer, je me sentais enfermé, je voulais sortir de la cage (« Uncaged ») en changeant mes repères artistiques et j’ai cherché du côté de la forme, des sonorités. Il y en a qui ont été beaucoup plus loin que moi dans ce domaine, par exemple j’ai toujours refusé de jouer avec une basse électrique. Je voulais sortir des conventions alors qu’aujourd’hui j’y suis revenu en me réconciliant avec la forme du jazz, avec l’épure.

 

DNJ : Oui et en même temps on sent une tension extraordinaire dans ce disque, une énergie catalysée qui vient du cœur et des tripes.

 

S.A : Je suis quelqu’un de tendu (rires…). Ce qui est curieux c’est que plusieurs personnes qui m’avaient suivi sur « Uncaged » ont eu du mal à rentrer dans ce nouveau projet, alors que pour moi cette musique, même si elle n’est pas forcément accessible, me paraît évidente car elle est assez naturelle, elle vient du cœur et du plus profond de moi-même. Je trouve que le son de l’album (sans l’apport d’instruments harmoniques) oblige à rentrer dedans avec une écoute exigeante car il ne s’agit pas d’un simulacre de quartette.

 

DNJ : D’autant que dans « Uncaged » il y avait sur un tiers de l’album, la présence de la guitare de Sébastien Martel qui amenait un deuxième instrument harmonique à ton groupe, comme par exemple dans le morceau assez rock « Haunted » que tu as voulu reprendre ici en trio, pourquoi ?

 

S.A : C’était un peu ironique, je voulais utiliser cette matière pour en faire quelque chose de différent, comme un peintre qui reprendrait un tableau. Cette relecture m’a semblé intéressante car la forme du trio permet d’aborder plusieurs styles de musique de la même manière, avec le même son d’ensemble.

 

DNJ : Cette formule du trio te permet aussi de mieux t’affirmer comme leader, car sur l’album précédent, la présence de Laurent Coq était assez importante (il avait même signé trois compositions).

 

S.A : Oui c’est vrai, mais je suis fière de l’avoir utilisé à contre-emploi en le poussant à jouer du Fender Rhodes, avec plein de pédales d’effets aux sonorités rock. Ce n’est pas son instrument de prédilection, mais il a bien joué le jeu et y a pris du plaisir.

 

DNJ : Parlons des musiciens de ce trio et de la formidable interaction qu’il y a entre vous.

 

S.A : Oui il y a une très bonne entente et une formidable complicité entre nous. On m’a proposé d’enregistrer avec des musiciens américains, j’ai refusé et j’ai tenu bon car je voulais de partenaires de jeu que je connaissais bien et avec qui je m’entend parfaitement, comme Yoni Zelnik (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie). Ce qui est intéressant c’est qu’ils ne jouent pas de la même façon en trio qu’en quartette, ils se positionnent différemment, ils ont plus d’espace. Yoni (qui n’a jamais voulu être leader d’une formation), est un partenaire de jeu idéal, il est complètement à l’écoute, il joue un rôle pivot et je peux avoir entière confiance en lui. Il sera, si besoin est, très difficile à remplacer. Avec Karl, c’est différent car il est lui-même leader de plusieurs formations, il compose et il a une maturité musicale incroyable. Il a la capacité à voir les morceaux dans leur globalité, il apporte quelque chose de cohérent et de très défini. Il ne cherche jamais, il trouve !

 

DNJ : Qui a eu l’idée de confier la direction artistique de l’album au pianiste Eric Legnini ? N’y a-t-il pas un paradoxe que ce soit un pianiste qui tienne ce rôle alors que tu as justement choisi de ne pas utiliser de piano pour ce disque ? Et quel a été son rôle exactement ?

 

S.A : Oui, on peut y voir de l’ironie et trouver ça amusant, mais il a été idéal dans son approche et il a joué un rôle très important dans la réussite de l’album. Yann Martin tient à ce qu’il y ait un directeur artistique sur les albums Plus Loin Music et nous avons pensé à Eric, qui avait déjà joué ce rôle sur plusieurs disques. Il a été parfait dans son travail car il n’y avait aucune ingérence et en même temps à chaque fois qu’il disait quelque chose, c’était pertinent et utile. Très souvent, c’est lui qui a déterminé la direction du morceau car il percevait très bien ce qu’on voulait faire et il nous a aidé à y parvenir.

 

DNJ : Peux-tu nous dire quelques mots sur chaque morceau du disque ?

 

S.A : L’album démarre avec « Grekerna » qui est une reprise d’un morceau d’un groupe pop suédois qui s’appelle « Loney Dear » (et non pas « Lonely People » comme c’est indiqué par erreur sur la pochette du disque). C’est une idée de Nicolas Moreaux qui est un ami contrebassiste et compositeur, qui est leader de plusieurs formations et membre du groupe franco-espagnol « Beatnick Quintet ». J’ai d’ailleurs repris une composition de lui « Why People Always Laugh About Serious Things », qui est le septième morceau du disque.

 

DNJ : J’aime beaucoup le deuxième morceau de l’album qui s’intitule « Mystère et Boule de Gomme ».

 

S.A : je l’ai écrit à partir d’un mode d’Olivier Messiaen. On ne dirait pas en l’écoutant et pourtant il est joué tel quel au début du morceau.

 

DNJ : Puis vient une « Eloge du Lointain » qu’évoque-t-elle ?

 

S.A : Ce morceau parle de la distance qui m’éloigne des musiciens de jazz afro-américains. On joue leur musique, mais il faut avoir conscience qu’à la base, elle ne nous appartient pas, ce n’est pas nôtre notre musique, ni notre culture. J’ai eu cette idée après avoir lu « Free jazz, Black Power » de Jean-Louis Comolli et Philippe Carles. C’est un livre qui m’a énormément marqué et qui a changé ma vision des choses.

 

DNJ : Qui est l’Arthur Cravan de « Ode à Arthur Cravan » ?

 

S.A : C’est un écrivain du début du siècle que j’ai découvert grâce à l’essayiste Gilles D’Elia de la revue « Relectures » qui est un ami.

 

DNJ : « En ton Absence » est un très beau  morceau, émouvant et tendre…

 

S.A : Je l’ai écrit en hommage à mon grand père qui venait de disparaître. 

 

DNJ : Et « La Pensée Vagabonde » ?

 

S.A : Celui là il m’est venu au sortir d’une sieste, avec un cheminement très vagabond…

 

DNJ : « Caprice » ?

 

S.A : C’est une forme classique très courte (« Les Caprices de Paganini ») qui peut être humoristique ou bien désigner une cadence. Ce titre correspond bien à l’humeur du morceau et puis c’est un trait de mon caractère que je revendique !

 

DNJ : « Karlston » est une composition de Karl Jannuska très ancrée dans le jazz  be-bop.

 

S.A : Je voulais, comme sur le précédent album, une contribution de Karl sur ce disque. Il m’a fait plusieurs propositions et j’ai choisi ce morceau énergique qui est effectivement très jazz et surtout complètement différent de  l’atmosphérique « Snow in May » qu’il m’avait proposé sur « Uncaged ».

 

DNJ : L’album se termine sur la très belle « Petite Anatomie du Temps qui Passe » et nous restons comme en suspension dans l’espace et le temps.

 

S.A : Oui, c’est bien de finir sur ce morceau où nous sommes tous les trois en homorythmie complète. On joue la même chose en même temps, sans remplissage. La batterie ne marque pas le tempo, et la basse ne marque pas l’harmonie.

 

DNJ : Tu vas jouer l’album sur scène et vas-tu en plus arranger d’anciens morceaux pour le trio ?

 

S.A : Non, je vais plutôt faire des reprises et jouer des morceaux que j’aime particulièrement comme « Fleurs Africaines » de Duke Ellington et sûrement un arrangement que j’ai fait pour le trio d’après le « Moderato » du concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Et puis au troisième set, je compte bien inviter des amis musiciens.

 

DNJ : Vas-tu inviter ton jeune frère, le trompettiste Julien Alour ?

 

Oui, j’aimerais bien, surtout que je n’ai pas pu le remercier sur les notes de pochettes du disque, mais c’est grâce à lui et à ses encouragements après un concert, que j’ai pu concrétiser l’idée de réaliser cet album en trio.

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi le 06 mai 2010.

 

retrouvez la chronique de l'album de Sophie sur  SOPHIE ALOUR : « OPUS 3 » ****

 

 

 


 

 

En prime un petit clip de Sophie Alour ( sur un autre projet)

Partager cet article
Repost0
17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:04

Hank Jones a décidé d'aller retrouver ses frères. Hank, Thad et Elvin. A 92 ans le pianiste a tiré sa révérence et retrouvé au paradis des musiciens de jazz sa fratrie merveilleuse.

Hank Jones aura joué jusqu'au bout. Il y a un an encore à la Villette il nous aura ébloui avec cette façn si simple de jouer, court, ces standards que l'on aurait presque cru inventés pour lui.

Hank Jones nous en laisse gros sur le coeur.

Je me souviens de ce jour d'été au festival Jazz Baltica près de hamburg. Il jouait avec Joe Lovano. En coulisse j'etais avec Eric Legnini et batiste Trotignon. Nous en avions des larmes aux yeux tant il s'agissait de pure beauté. De cette façon de jouer old style comme plus personne n'ose le faire aujourd'hui.

Hank Jones emporte avec lui, au paradis du jazz, cette hsitoire qu'il a crée et qui, presque centenaire lui donnait encore cette incrable fraîcheur de jeu.

Après ce fameux concert j'etais allé le voir dans sa chambre d'hôtel où il avait bien voulu me consacrer gééreusement du temps.

C'est cette interview que nous avions pubié en septembre que nous vous proposons aujourd'hui.

 

 


 

 

DNJ : Vous et Joe Lovano semblez vous être parfaitement trouvés. D’où vient cette complicité ?

 

H.J : Joe et moi avons fait plusieurs Cd et nous avons fait ensemble une tournée très importante (NDR : en 2008). On se connaît bien tous les deux, nous sommes musicalement sur le même plan. Je ressens les mêmes choses que lui quand il joue et j’essaie de le supporter musicalement autant que je peux quand il prend ses solos. C’est une question de feeling quand on joue ensemble. Je me sens relax et je pense que lui aussi.

 

DNJ : Vous êtes tous les deux ancrés dans les racines du jazz 

 

Je ne sais pas trop ce que cela veut dire mais par exemple si vous prenez Joe Lovano, il a longtemps joué dans les big band. Il a ainsi beaucoup joué dans les big band de Thad Lewis et Mel Jones (rires) euh, Thad Jones et Mel Lewis je veux dire. Et avant il a beaucoup joué avec des gars de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait que, certainement nous partageons les mêmes racines.

 

DNJ : On a le sentiment que votre jeu s’épure de plus en plus. Que vous n’avez rien à prouver. Vous semblez être dans une approche directe au cœur des gens. C’est une démarche volontaire ?

 

Quel que soit l’instrument que vous jouez, vous devez jouer ce que vous ressentez et pas ce qu’un autre joue. Vous ne devez imiter personne parce que si vous faites cela vous perdez votre identité, votre âme. Vous devez toujours être vrai.

 

DNJ : Qu’est ce qui vous motive aujourd’hui pour jouer. Qu’est ce qui vous challenge ?

 

Quand je joue avec d’autres, il n’y a jamais aucune compétition dans mon esprit. La seule compétition qui existe c’est une compétition avec moi-même parce que depuis toujours j’essaie de jouer mieux que ce que je jouais avant. De concert en concert j’essaie de progresser, c’est vraiment ce que je souhaite faire. Et tous les musiciens devraient être dans cet état d’esprit même si parfois je sens qu’il n’en est pas ainsi. Si vous voulez avancer, vous améliorer, progresser techniquement, vous devez faire l’effort qu’il faut pour y arriver. Les choses changent, tout le temps. Je pense que mon jeu a tout le temps changé tout simplement parce que les choses, le monde change. Et même si c’est imperceptible, ma façon de jouer change forcément tout le temps. Je joue différemment maintenant qu’il y a 20 ans. Et je pense que, pour la plupart des musiciens, il en est ainsi tout simplement parce qu’ils essaient toujours de progresser dans leur jeu.

Quant à ma relation avec les autres musiciens, il n’y a jamais eu de notion de challenge ou de compétition. Au contraire je les écoute avec attention. Notamment les jeunes musiciens qui m‘intéressent beaucoup. Je continue à aller les entendre dans les clubs de jazz. Tenez il y a une jeune saxophoniste que j’ai découvert en allant au Smoke à New-York , Eric Alexander (1), c’est l’un des ténors les plus fins que j’ai pu entendre ces dernières années : de belles idées, de l’émotion, une technique rare, précision bref, tout.

 

 

DNJ : Quand vous jouez comme ce soir des standards comme Polka Dots and Moonbeams ou In a sentimental mood, vous pensez pouvoir découvrir encore de nouvelles choses ?

 

Il y a peut-être des choses que je peux découvrir pour la première fois mais en même temps quand vous jouez quelque chose pour la première fois avec quelqu’un c’est aussi la première fois que l’autre joue avec vous. Ce sont donc des occasions où l’on redécouvre tout.

 

DNJ : Quels ont été les moments les plus importants de votre vie, musicalement ?

 

Je crois que c’est lorsque j’ai eu la chance de travailler avec Ella Fitzgerald. Ensuite c’est certainement lorsque nous avons travaillé avec le Jazz At Philarmonic ( JATP). La troisième c’est lorsque j’ai rejoint le personnel de CBS où je suis resté 17 ans. Mais il y a tant de choses. Travailler avec Charlie Parker est aussi une des choses les plus marquantes.

Mais il y a eu tant de choses dans ma vie musicale. J’ai grandi dans une communauté près de Pontiac  où chacun était très religieux. On allait chanter à l’église. On adorait chanter tous ces gospels. Et il y avait des groupes qui venaient de Detroit chanter Swing low swing Chariot et tout ces bons vieux trucs. C’est ça mon background et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué, au départ.

 

 

DNJ : Avez-vous eu, vous et vos frères ( Thad et Elvin) le choix de devenir musicien ?

 

Vous savez, je suis venu au jazz progressivement. J’ai d’abord fait des études musicales, des études classiques. Mais vous savez on me disait aussi qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique pour des pianistes comme nous. Mais à l’époque j’ai vite joué avec des groupes locaux qui venaient tout droit de Detroit, de Pontiac, de Cleveland et bien sûr de New York. Quand j’étais à New York j’ai entendu Lucky Thompson que je considérais comme l’un des meilleurs sax ténors (avec Don Byas qui était d’ailleurs le héros de Lucky Thompson). A cette époque il jouait avec Wardell Gray. Il m’a dit que Hot Lips Page cherchait un pianiste. C’était en 1944 je crois. Je me suis dit, pourquoi pas et j’ai alors rejoins son groupe. J’avais 26 ans. On a tout de suite fait une grande tournée. J’ai appris tout de suite quelque chose à propos de ces tournées «  never do that again ! » : vous voyagez dans des conditions épouvantables, vous passez d’une ville à l’autre, vos vêtements sont toujours froissés ou sales, vous mangez mal. C’est éprouvant !

 

Vous dites qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique lorsque vous avez démarré vos études musicales. Vous est-il arrivé de le regretter ?

 

Non j’ai dû faire un choix et je suis allé dans le jazz et cette décision je ne l’ai jamais regrettée. J’avais mes héros qui valaient bien ceux du classique : Art Tatum, Fats Waller, Teddy Wilson. C’étaient de bons modèles pour moi. Mais je n’ai jamais essayé de les imiter note pour note. Ce n’est pas une bonne méthode. Parce que, comme je le disais, si vous essayer de copier quelqu’un note pour note vous ne pouvez pas être vous même. Vous ne pouvez pas trouver votre propre identité. Mais il faut nourrir ce que vous êtes et ce que vous allez devenir, en écoutant beaucoup les autres musiciens.

Ma mère, qui est morte maintenant, a toujours soutenu mon choix.Quand elle est morte j’étais jeune mais elle a quand même pu m’entendre jouer . Elle a été surprise elle-même. Mais c’est uniquement parce qu’elle  insistait pour que je travaille et travaille encore quand j’étais gamin. C’est pour cette raison que j’en suis là où je pense ou du moins j’espère en être aujourd’hui.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 5 juillet 2008

 

 

 

 

 

 


Hank Jones né à Vicksburg, Mississipi le 31 juillet 1918

Hank Jones est né d’une famille qui a donné naissance à deux autres célèbres jazzmen, le trompettiste et compositeur Thad Jones et le batteur de John Coltrane Elvin.

Hank Jones débute en 1944 à New York dans l’orchestre de Hot Lips Page puis joue avec les plus grands, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (de 1947 à 1953)

Après quelques années durant lesquelles il joua avec Artie Shaw, Benny Goodman, Lester Young, Milt Jackson, Cannonball Adderley, et Wes Montgomery, il rejoignit le personnel de CBS. Vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, Jones continua à enregister énormément, en tant que soliste, en duo avec d'autres pianistes (incluant John Lewis et Tommy Flanagan), ou encore avec différentes sortes de petites formations, la plus connue étant le Great Jazz Trio avec Ron Carter et Tony Williams.

Hank Jones vivait à New York.

Hank Jones est mort dimanche 16 mai 2010.




Partager cet article
Repost0
14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 08:09

                                                                                               

10 ans déjà qu’ils ouvrent la saison des festivals d’été en animant le mythique quartier de Saint Germain des Près. 10 ans que Fred (Charbaut) et Donatienne (Hantin) propagent dans la capitale leur amour du jazz avec la flamme des passionnés. À l’écoute et à l’affût, ces deux-là s’investissent depuis 10 ans dans ce qui est assurément l’une des plus belles réussite festivalières. Avec une générosité grosse comme ça, et une fidélité à toute épreuve Fred et Donatienne ont le jazz gourmand. Pétillants à l’idée des belles rencontres qu’ils suscitent ( on a encore en tête par exemple la belle initiative d’avoir réunit Bojan Z et Petra Magoni autour du Blanc des Beatles), ces deux-là ont aussi à cœur d’être autre chose que de simple programmateurs. Multipliant les lieux du jazz, des plus institutionnels ( académiques presque) au plus populaires ( les Starbucks par exemple), Fred et Donatienne vont à la rencontre des autres (jusqu’à organiser de concerts en milieu pénitentiaire), ouvrent à d’autres horizons du jazz ( jazz et littérature, jazz et Photo) et s’ouvrent aux jeunes talents à qui ils offrent un tremplin. Fred et Donatienne ont le jazz contagieux. Et ce qu’ils nous transmettent, c’est de l’amour du jazz, de la passion et une bonne dose d’amitié. Ouverte à qui veut bien passer la porte.

 


Dona-Fred

                                                                                                 © Jérémy Charbaut

 


 

 

 

Dans quel état d'esprit abordez vous cette 10ème édition  et que représente pour vous ce 10eme anniversaire ?

 

 

FRED ET DONATIENNE : Plutôt sereinement car le stress des premières années a disparu.

Ce 10è anniversaire nous permet de réaliser que plus de 1000 musiciens ont joué au festival avec une majorité de français. Nous bénéficions d'une équipe extraordinaire de personnes passionnées et de très grandes qualité professionnelles, qui n'en sont plus à leur premier festival non plus ce qui permet à la fois une harmonie dans l'organisation et tout le bénéfice de l'expérience. 10 ans est à la fois une longue période mais un éclair au regard des reconnaissances qui se manifestent plus massivement seulement depuis peu : celles du public, des médias et des partenaires. 10 ans marque aussi l'envie d'imaginer de nouveaux projets, non plus comme des rêves repoussés d'années en années, faute de temps, de moyens ou au regard des priorités, mais plutôt comme de futurs événements fondés sur le socle de l'expérience et des moyens réels : introduire la littérature dans le Festival, créer L'esprit Jazz Café où public et musiciens se retrouveraient après les concerts, un peu à l’instar de ce que nous avons découvert à Montreux il y a quelques années.

 

 

 

Les lieux du festival ont changé : quels sont ceux qui restent, qui
 disparaissent et ceux qui apparaissent ?

 

F&D : Pour info, restent la MCM, L’église St Germain des Prés, L’hôtel Lutetia, Le Show Case

Disparaissent pour l’instant L’amphi de Sciences Pô (à cause des examens), l’amphi de la Sorbonne (frayeur après annulation de l’année dernière)

Nouveaux lieux, l’Institut océanographique, l’Institut Pasteur, le théâtre de l’Odéon, l’hôtel Méridien.

 

Ce festival est un véritable apprentissage philosophique de la vie et les lieux qui changent beaucoup en sont une très bonne illustration. Nous installant souvent le temps d'un soir dans des lieux appartenant aux patrimoines historique, culturel, architectural ou intellectuel du quartier, nous prenons les risques des "one shot", car tous ne sont pas destinés à accueillir des concerts live et parfois une seule date s'avère possible ! Cela apporte des découvertes magnifiques comme l'amphithéâtre Richelieu de La Sorbonne, l'Institut Océanographique, construit en 1910 et alors entouré de parcs, l'auditorium en bois de l'Institut Pasteur, construit grâce aux dons de la Duchesse de Windsor, le bouleversant Théâtre de l'Odéon qui fut en rénovation pendant plusieurs années, les salons des hôtels Méridien et Lutetia et des renouvellements impossibles comme Sciences Po, en période d'examens, ou l'église Saint Sulpice en travaux. Nous passons une période à la fois tendue et passionnante de recherche de nouveaux lieux remarquables dans le cadre de la préparation, qui ouvre des portes inimaginables sur des lieux saisissants, auxquels nous renonçons parfois ; toute l'équipe s'y met et des surprises sont encore à venir...

 


Pas de concert en club, à l'exception de ceux du Tremplin. Pourquoi ? Est ce dans un souci de démocratiser le jazz ou est-ce une contrainte ?

 

F&D : Il ne s'agit pas d'une question simple. D'une part, et à notre plus grand regret, de nombreux clubs ont disparu dans le 6ème comme les regrettés La Villa, Le Bilboquet ou le Montana ou le Franc Pinot dans le 5ème, à savoir des établissements consacrés à l'écoute de concerts de jazz et où l'on peut boire un verre. Par ailleurs, les clubs survivants, ou souvent bars, brasseries et restaurants qui programment de la musique live, comme par exemple le Tennessee, le caveau des Oubliettes, le caveau de la Huchette, le Montana, la Rhumerie ou Chez Papa sont indépendants dans leur programmation musicale et souhaitent le demeurer. Enfin, l'inscription dans le cadre du festival peut susciter des frais supplémentaires pour ces établissements pour la rémunération des groupes, qui ne peuvent pas être pris en charge par le Festival sans contre-partie de billetterie, qui est rarement mise en place dans l'année.

En revanche, il est intéressant de noter que le Café Laurent de l'Aubusson, le bar du Lutetia et le Bar du Bel Ami, les hôtels partenaires du Festival, font une programmation spéciale à cette période où l'on pourra écouter de remarquables musiciens comme Christian Brenner et ses invités, Daniel Rocca et son trio accompagné par des chanteurs (ses), ou encore des pianos solos de Manuel Rocheman ou Nico Morelli.

 

Cette année encore les pianistes sont mis à l’honneur. Parti pris de programmation ?

 

F&D : Outre le fait que nous aimons les pianistes, il y a aussi le hasard (heureux) qui fait que la même année se retrouvent Yaron Herman, Jacky Terrasson, Jean Pierre Como, Murat Öztûrk, Edwin Berg ou Giovanni Mirabassi. En revanche, depuis plusieurs années, nous avons institué la Nuit du piano à l’Eglise St Germain des Prés en invitant des pianistes à se produire en solo. C’est ainsi que Brad Mehldau, Yaron Herman, Martial Solal, Kenny Barron ou Jacky Terrasson ont été programmés. Cette année nous aurons le bonheur d’y écouter Michel Legrand et Bojan Z. Et puis comment imaginer un festival de jazz sans pianistes leaders ?

 

Quels sont les chiffres du festival :

 

Nombre de spectateurs l'an dernier ? 

F&D : Entre 12 000 et 15 000.

 

Nombre de concerts ?  

F&D : Une quarantaine

 

Nombre d'artistes ? 

F&D : Environ 200

 

Nombre de spectateurs attendus pour cette année ?

 

F&D : Le plus possible (rires !) Plus sérieusement, nous avons ouvert la billetterie sur Internet dès février cette année et ainsi qu'une boite mail sur le site pas encore en ligne à cette époque. La bonne surprise a été le démarrage des ventes dès la mise en ligne et les nombreuses demandes en provenance de l'étranger (personnes anglophones) sur la programmation et l'achat de places à distance. A ce jour, nous avons déjà deux concerts complets qui sont une immense satisfaction : Richard Galliano au Théâtre de l'Odéon et la nuit Jazz and Soul avec Ben L'oncle Soul, et en première partie Abyale + DJ Funky JV. Les ventes se passent bien dans l'ensemble avec toujours les tête d'affiches internationales qui attirent en priorité. Tout notre travail consiste à gagner la confiance du public et que le Festival JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS devienne un label de qualité et de découvertes bouleversantes (comme Jacky Terrasson en 2001, Norah Jones, premier concert en France au festival en 2002, Mina Agossi en 2004, Yaron Herman en 2005, Ndidi O. l'an dernier, la regrettée Marva Wright en 2006 accompagnée par l’orgue de Lucky Peterson à l’église St Sulpice ou le retour de Sam Moore en 2004 accompagné par un chœur de gospel dans cette même église, la rencontre de Georgie Fame et de Ben Sidran en 2007, cette même année Laurent de Wilde et son trio qui invite Abd Al Malik, etc…) et que ce public ait aussi l'envie et la curiosité de passer la soirée en compagnie de Portico, de Murat Osturk et Jean-Pierre Como ou de découvrir le réjouissant projet de Diane Tell et Laurent De Wilde sur des textes inédits de Boris Vian écrit sur les plus grands standards de l'histoire du Jazz.

Nous prenons vraiment très à coeur de faire découvrir tous les ans, à travers les premières parties ou soirées plus audacieuses, les artistes de demain ; et sans aucune modestie, nous sommes fiers d'avoir compté tant de musiciens devenus de grands talents aujourd'hui. Il est de notre devoir de penser à ceux qui enchanteront les foules d'ici quelques années dans d'autres festival offrant aussi la possibilité d'accueillir un public très nombreux sur des lieux aux capacités que nous n'avons pas sur le territoire du Festival.

 

Comment se finance le festival ?

 

F&D : Le Festival est un alliage, dont nous tendons à équilibrer les proportions afin de minimiser les risques, entre : les partenaires privés, les mécènes, les partenaires public et la billetterie. Il est très composite et cela nous plaît car, bien que cela représente un travail de titan et de longs mois de préparation impliquant beaucoup de personnes, cela reflète l'idée qu'un grand événement est le fruit de la mise en commun de moyens différents dans leur nature et leur montant. N'est-ce pas là encore un clin d'oeil philosophique à nos vies quotidiennes ? Que certes, nous aimerions idéalement simplifier en un seul et (très) gros chèque, mais nous avons appris a faire la part du rêve et de la réalité. Pour ce qui est du financement, nous gardons les pieds sur Terre, laissant les rêves s'exprimer dans l'artistique et cela fonctionne pour l'instant pas trop mal (sourires).

 

Quels seront selon vous les moments forts ?

 

F&D : Difficile de privilégier tel ou tel événement, car tous nos concerts sont mijotés, choisis et attendus avec impatience.  Mais les rencontres et les créations sont toujours très excitantes comme Yaron Herman en quartet inédit (avec entre autre Michel Portal), Térez Montcalm et son quartet qui accueillera en guest David Linx, Géraldine Laurent et un invité surprise. Il n'est toutefois pas possible de répondre à cette question sans citer Richard Galliano et son quintet à Cordes au Théâtre de l'Odéon. Cette soirée réunit tout ce dont nous rêvons pour chaque concert du festival ; un plateau exceptionnel pour une occasion exceptionnelle : la sortie du nouvel album de Richard Galliano, ce maître et pionnier à la fois qui parle de violon dans sa main droite et de violoncelle dans sa gauche à propos de son instrument (l’accordéon), et d'un lieu exceptionnel qui ne s'ouvre que très, très rarement à la musique. Nous voudrions y rajouter tout un étage pour l'occasion !

Le jazz est une culture qui passe, pour nous, aussi par la photographie qui produit des émotions très fortes. Philippe Lévy Stab a mené un travail, comment le qualifier..., à la fois inouï, patient et remarquable auprès des musiciens de New-York "qui SONT le jazz" pour lui et accroche dans le bar et la brasserie du Lutetia leurs portraits. Il a accompagné ces portraits de photographies des ponts de la ville, pour le symbole qu'ils incarnent : ce lien, ces ponts si présents dans la musique jazz, depuis toujours. Outre l'indéniable force esthétique de ses images, tirages de collection qu'il réalise lui-même, les connaisseurs ne manqueront pas d'entendre ces musiciens jouer et respirer depuis leurs cadres.

 

 

 

 

Quelques habitués reviennent régulièrement ( Yaron , Terrasson) : pourquoi ?

 

F& D : Yaron a donné l'un de ses premiers concerts au festival en 2005 et nous étions si fans qu’il est revenu plusieurs fois passant de la première partie à la tête d’affiche. Comme il le dit lui-même « Le festival et moi, nous grandissons ensemble » . Il est bon parfois de laisser s'exprimer nos coups de coeur et d'accompagner sur le long terme des artistes comme Yaron, dont la personnalité séduit autant que le jeu.

Concernant Jacky Terrasson, Joël Leroy qui a créé ce festival avec nous, était un ami des parents de Jacky et l’a donc connu petit et vu évoluer musicalement. Il avait très tôt détecté le futur grand pianiste en lui. En 2001, pour la première édition, Jacky était naturellement invité à jouer. Malheureusement, Joël est décédé quelques jours avant le festival et Jacky, très affecté, nous a demandé ce que nous pourrions faire ensemble car il n’était pas imaginable que l’aventure s’arrête là. En sa mémoire, Jacky a décidé de venir chaque année avec un nouveau projet, comme cette année avec son nouveau trio. Il a été notamment le premier à inaugurer de nouvelles salles, comme l’institut Océanographique cette année.

 

 

Comment choisissez vous les musiciens ?

F&D : En priorité parce que nous aimons leur musique. Nous avons la chance de recevoir une bonne partie des nouveautés des maisons de disques

et d’assister à pas mal de concerts. Nous sommes toujours très heureux de pouvoir découvrir des nouvelles formations et imaginer, en discutant avec les musiciens, des rencontres musicales qui ne sont pas forcément évidentes tout de suite . C’est ainsi, par exemple, qu’en 2008 nous avons imaginé de faire se rencontrer Bojan Z et la chanteuse Petra Magoni pour un hommage au « Double Blanc » des Beatles qui avait 40 ans, ou l’idée folle de mettre sur une même scène Jan Garbarek, Jacky Terrasson, Manu Katché et Rémi Vignolo. La connaissance personnelle avec certains musiciens et le remarquable travail d'accompagnement des agents et managers permet l'échange sur des idées, la meilleure connaissance des choses et l'alchimie se fait ainsi. C'est ainsi que 15 jours de programmation sont le fruit de plus de 25 ans d'écoute et de rencontres. Les propositions sont évidemment toujours les bienvenues et, en particulier, celles provenant des personnes jeunes de notre équipe qui ont des oreilles nouvelles. Il est important de les solliciter.

 

 

Dans le cadre du tremplin jeunes talents, comment sélectionnez vous
 les candidats ?

 

F&D : Chaque formation candidate qui aura répondu aux critères de sélection (pas d’album commercialisé, jouer des compos) est retenue. Ensuite après écoute, neuf groupes se retrouvent candidats. L'information est diffusée auprès des clubs de jazz, des studios et des conservatoires.

Le jury composé de professionnels de la musique (Sacem, compositeur, musicien, journaliste…) constatent avec nous la qualité croissante des musiciens tant artistiquement que techniquement. Ceci donne envie de dire que la relève est assurée.

Les groupes vainqueurs des éditions précédentes (Anne Pacéo trio, S Mos 5tet,  Inama, …) sont suivis et programmés dans le cadre du festival l’année suivante.

 

Votre rêve le plus cher pour ce festival ?

 

F&D : Que le public et les musiciens prennent du plaisir, comme nous, que l’équilibre financier nous permette de pérenniser ce festival ; que Saint-Germain-des-Prés redevienne synonyme de rendez-vous jazz incontournable au moins une fois par an dans le monde entier ; que Paris, dont Miles Davis disait qu'elle est la capitale de la musique (!) soit fière de compter un rendez-vous annuel musical où têtes d'affiches et nouveaux talents se côtoient ; que les médias donnent envie au public d'éteindre la télévision pour retrouver le plaisir de déambuler le soir après un concert-plaisir dans l'un des quartiers les plus agréables de la capitale ; que la musique nourrisse le public en profondeur et qu'aucun d'entre nous ne puisse plus jamais s'en passer, car les musiciens sont des funambules sur un fil d'argent qui ont choisi de délivrer leur empreinte émotionnelle au monde et qu'il est indispensable de ne pas passer à côté de ce partage.

 

et pour ceux à venir ?

 

F & D :  Que nous ayons la chance de travailler avec une équipe aussi sublime le plus longtemps possible car cela a des conséquences indéniables sur le rendu final du Festival. Et que nos partenaires, tous, soient toujours aussi heureux de contribuer à laisser nos rêves s'exprimer, car la réserve en est pleine.

 

 

 

 

 

 

  esprit-jazz-2010.jpg

Propos recueillis le 11 mai 2010 par Régine Coqueran et jean-Marc Gelin

 

 

Le site du festival 

Et la programmation....

 

Premier rendez vous sur la parvis de l'Eglise de Saint Germain à la découverte de les chanteuses de jazz, dimanche 16 mai. Accès libre et gratuit.


 

 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:00

 

 

 

On ne peut que saluer le geste. Et un sacré sens du timing ! Que Yann Martin choisisse l’album de Thomas Savy pour fêter le 100ème album du label « Plus loin » n’est  certainement pas dû au hasard. Une pierre, deux coups : sortir dans le même temps cet album magistral du saxophoniste français et s’offrir par là même une assez belle couverture médiatique. Et c’est avec le sourire des modestes que Yann Martin que nous rencontrions ce jour là dans un café de Montparnasse, savourait ce beau coup de projecteur. Rencontre avec un patron de label heureux.

 

 

yannmartin

D’abord il y a le physique qui se marie avec le caractère que l’on devine bien trempé, de ce breton (fier de l’être, comme tous les bretons) qui a volontairement choisi de se tenir éloigné de l’agitation de la capitale pour élire domicile à Rennes. Une gueule de marin qui en a vu d’autres. Physique volontaire et verbe incisif. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne fait aucun évènementiel à Paris pour célébrer ce centième, il fait poliment remarquer qu’un concert a justement été donné au festival « Jazz à l’étage  la Liberté » à Rennes, manière pour lui, transfrontalier convaincu, d’affirmer que le centre de la France doit se déplacer un peu hors des arènes de Lutèce. 

Mais revenons sur ce parcours impressionnant de ce label tout droit issu de l’ancien catalogue Nocturne, autre label qu’il a co-fondé en 2001. Au départ rien ne prédestinait cet hautboïste amateur à se consacrer au jazz, qu’il avoue avoir d’abord découvert par les contraintes du métier. Directeur commercial chez Media 7, il travaille avec Harmonia Mundi distributeur de quelques labels prestigieux comme Sketch (le label de son copain Philippe Ghielmetti), Enja ou Label Bleu. Quelques beaux fleurons du jazz s’il en est. A force des les côtoyer, de les défendre, Yann Martin dont ce n’était pas forcément l’univers au départ, se met à aimer les jazzmen et leur musique et décide de se lancer dans l’aventure en créant Nocturne en 2001 avant de s’en séparer en 2006 pour divergences de vues artistiques. Il fonde alors  « Plus Loin Musique » embarquant avec lui une partie des artistes et du catalogue.  Et c’est avec une équipe réduite, et une foule d’idées galvanisantes que Yann Martin se relance à nouveau dans l’aventure axée essentiellement sur la production de jazzmen français.

Aujourd’hui Yann tourne avec 40/45 artistes dont une 15aine qu’il suit depuis longtemps. Pensez que depuis le début de l’aventure, il a lancé (ou relancé)  des artistes comme Antoine Hervé, Pierrick Pedron, Pierre de Betmann, Christian Escoudé ou encore la très emblématique Elisabeth Kontomanou dont Yann Martin a très sérieusement contribué à relancer la carrière en France.

Quand on lui pose la question de ses choix musicaux, il se défend pourtant bien d’avoir un parti pris esthétique. Ce qui l’intéresse plutôt c’est de se définir comme un label généraliste investi dans des projets d’artistes. Il avoue d’ailleurs ne pas trop se reconnaître dans un label comme ECM qui lui donne parfois l’impression de reproduire le même schéma esthétique. «Ce sont les artistes qui font le label » dit-il. Sous entendu : ce n’est pas son choix d’imposer une sorte de marque de fabrique. L’idée de passer du producteur à celle du directeur artistique n’est pas réellement son truc. Certes il y a beaucoup de discussion en amont avec les artistes qu’il produit. Mais Yann s’interdit d’aller très loin dans ses préférences : «  si l’artiste est pris en main, je m’éclipse aussitôt ». Et en tout état de cause, c’est toujours l’artiste qui choisit son casting. Le principe d’artistes maisons qui tournent en sideman ou en leader n’est vraiment pas pour lui plaire.

Avec un rythme d’une 15 aine de sorties par an, Plus Loin Music reste un label à taille humaine. Yann Martin écoute d’ailleurs avec un peu d’amusement les médias parler de - crise du disque- : «  Cela ne nous concerne pas vraiment. Nous faisons de l’artisanat d’art ». S’il devait faire une sérieuse critique en revanche ce serait envers l’entreprise de banalisation de la musique qui a mené certains majors à vendre les artistes en boîtes de conserve, dans les Pubs TV, les rayons d’hypermarché ou les sonneries de téléphone. C’est là selon lui le vrai facteur déclenchant de la crise du disque.

Il n’empêche que tout artisan qu’il est, le patron du label breton n’entend pas rester enfermé dans son pré carré. Démarche qui  l’amène, dans un monde fortement mondialisé, à aller chercher plus loin, aller trouver d’autres sources d’inspiration. Et le Breton de s’évader au-delà des Côtes D’Armorique pour atteindre celle d’Outre Atlantique où il s’est construit quelques précieuses connexions. Cela fut évident avec ce fameux  album de Pierrick Pedron enregistré au studio System Two sous la houlette de Joe Marciano  gourou de Brooklyn qui présida aussi à l’enregistrement de Thomas Savy.  Car s’il y a bien une idée qui taraude un peu Yann Martin c’est bien celle de jeter des ponts entre le jazz d’ici et celui de New York dont le marché a un impact énorme et qui bien sûr possède toujours un réservoir inépuisable de talents immenses. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine fierté qu’il annonce qu’un saxophoniste aussi surprenant que génial comme Rudresh Mahantappa, a fait appel à lui pour enregistrer sur son label. Sans être un découvreur à la dimension de Jordi Pujol ( Fresh Sound New Talent), Yann Martin a néanmoins jeté des connexions outre-Atlantique, à l’affût de nouveaux talents. On pense à la chanteuse Dee Alexander qui fut l’une des divines surprises présentée au Midem 2009 ou bien sûr ce «  coup de cœur » qui ne doit rien à personne avec Tigran Hamasyan dont Martin avoue qu’il est particulièrement heureux d’avoir eu le nez creux ( ou l’oreille bien avisée) en l’entendant alors que le jeune pianiste qui vivait à Los Angeles, n’avait encore du côté de chez nous aucune notoriété.

Mais en sens inverse l’idée de Yann Martin est aussi de se faire connaître aux Etats-Unis ou en Allemagne par un réseau d’attachés de presse capable d’assurer le relais. Indispensable pour éviter la claustrophobie hexagonale. C’est aussi pourquoi Yann Martin considère que son rôle s’étend bien au-delà de la production et doit inclure le booking en offrant plus aux artistes qu’il héberge. Plus loin. Et si l’on parle de la crise du disque, lui affirme que c’est aussi parce que nombre de labels n’ont pas su s’investir dans le booking de leurs artistes. Presque jusqu’à dire que le producteur a la responsabilité de faire tourner ses musiciens.

Plus en forme que jamais, le label compte bien nous réserver quelques belles surprises en 2010. Que l’on en juge par le calendrier des sorties :

 Janvier : Thomas Savy avec Scott Colley et Bill Stewart

Fevrier : Méderic Collignon

Mars : Sophie Alour / Les Frères Moutin

Avril : Antoine Hervé ( avec un DVD  comprenant ses leçons de jazz sr Oscar Peterson) / Christian Escoudé

Mai :  Emmanuel Bex et Dédé Ceccarelli

Juin :  Barry Harris ( en trio avec Philippe Soirat et Matthias Allamane)

Août : Césario Alvim avec Eddie Gomez /

Septembre : séquence découverte avec Kellyle Evans (vc) avec Marvin Sewell

Octobre : Dee Alexander ( belle découverte du label en 2009) / et surtout le sublime et très étonnant saxophoniste Rudresh Mahantappa qui vient sur le label avec son propre trio américano-franco-irlandais ( Ronan Guilfoyle et Chandler Sardjoe)

Novembre : The Cookers ( avec Bill Harper, Eddie Henderson, David Weiss, Craig Handy, Georges Cables, Cecil Mc Bee et Billy Hart) / David Weiss / et enfin Dédé Ceccarelli avec Jannick Top.

 

Si depuis le début de l’aventure Yann Martin multiplie les succès et les vraies raisons humaines et artistiques de se réjouir, il avoue sans l’avouer vraiment un petit regret : celui très rare de ceux qui s’en vont. Ainsi en est il du départ d’Avishaï Cohen pour  Blue Note ( label- grosse machine qui pour le coup fait tout sauf de l’artisanat). Mais demi-regret puisque c’est aussi la rançon de la gloire et une façon aussi de voir ses propres choix reconnus par les majors.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

Partager cet article
Repost0
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 20:56
Elise-Caron-.jpg

Nous avons rencontré au mois de janvier la chanteuse et comédienne Elise Caron pour parler de sa brillante année 2009 (l’album « A Thin Sea of Flesh », le film « Un Soir au Club » et sa collaboration au « Midnight Torsion » d’Eric Watson) et aussi pour qu’elle nous dévoile ses projets en cours pour 2010.

Propos recueillis par Lionel Eskenazi le 13 janvier 2010.

DNJ : Tout d’abord j’aimerai que l’on parle de l’album « A Thin Sea of Flesh » publié au Chant du Monde au mois d’avril 2009. Tu l’as co-signé avec le musicien Lucas Gillet. Qui est-il ?

 

E.C : Je l’ai connu par son père Bruno Gillet qui est compositeur de musique contemporaine et que j’ai rencontré en 1981. J’ai souvent collaboré avec Bruno qui a écrit plusieurs choses pour moi. Je me rendais fréquemment à leur domicile et lorsque j’ai rencontré Lucas pour la première fois, il devait avoir 12 ans. Puis Lucas, vers l’âge de 17-18 ans, a commencé à composer à son tour (paroles et musiques) et m’a souvent convoqué pour de fréquents enregistrements à domicile où généralement j’avais à peine le temps de déchiffrer la partition !

DNJ : J’ai remarqué que la plupart de tes projets tournent autour de textes littéraires. Comment t’est venue l’idée de chanter sur des poèmes de Dylan Thomas ? J’imagine que c’est un écrivain que tu apprécies ?

E.C : C’est une idée de Lucas Gillet, c’est lui qui a initié ce projet, il a choisi les textes et écrit la musique. Je ne connaissais pas spécialement la poésie de Dylan Thomas avant cela, mais j’ai bien aimé la profondeur de ces textes, j’ai d’ailleurs essayé de les traduire moi-même et je me suis aperçu que souvent les mots choisis avaient plusieurs sens et pouvaient donner plusieurs significations à la phrase. C’est vrai que je suis souvent associée à des projets littéraires (Sade, Pavese, Poe, Rilke et bien d’autres…), j’aime chanter des textes puissants car ce sont à chaque fois des mini-histoires, des mini-drames, des choses fortes à interpréter.

DNJ : Comment s’est passé l’enregistrement ?

Lucas Gillet m’a confié un rôle d’interprète, c’était assez précis et difficile, car la musique était déjà enregistrée et il fallait que j’arrive à placer ma voix par-dessus. Nous n’avions pas beaucoup de temps et c’était assez frustrant de ne pas avoir pu travailler avant l’enregistrement. Je n’arrivais pas toujours à obtenir ce que je voulais car je ne pouvais pas aller au-delà de la dynamique existante. J’ai dû faire un nombre incalculable de prises pour arriver au résultat que l’on entend sur le disque.

DNJ : Comment définirais-tu cette musique ? Penses-tu que ce sont des chansons pop ?

E.C : C’est de la pop contemporaine mais ce ne sont pas des chansons. La structure des poèmes a été conservée, ce qui fait que l’écriture est basée sur la mélodie, nous ne sommes pas dans un système couplet-refrain, nous sommes dans l’extension permanente de la mélodie. Le côté pop est intéressant, car la musique est presque antinomique avec l’image sonore que l’on pourrait avoir des poèmes de Dylan Thomas. C’est beaucoup plus léger que ce que ça raconte.

DNJ : C’est vrai que les adaptations musicales des textes de Dylan Thomas sont souvent plus graves, plus sombres, je pense en particulier à « Words for the Dying » de John Cale. Connais-tu cet album ?

E.C : Non.


 DNJ : Avec « A Thin Sea of Flesh », nous sommes dans une musique pop très produite, une musique fabriquée en studio, ce qui nous éloigne complètement du jazz et de l’interaction musicale immédiate.

E.C : Oui, c’est un travail de studio particulier qui n’a pas grand-chose à voir avec les enregistrements de jazz où l’on fabrique la musique ensemble. Il y a tout de même un morceau que nous avons joué complètement live (« The force that through the green fuse »), c’est un duo entre ma voix et la flûte de David Aubaile, où il se passe du coup quelque chose de différent, il y a des fluctuations vocales qui sont peut-être plus naturelles. Lorsque nous jouons ce projet en concert, il est forcément beaucoup moins « fabriqué » et c’est passionnant de pouvoir le chanter en live, où je peux donner plus d’épaisseur à ma voix et où je suis entouré de six musiciens. Nous serons d’ailleurs le 13 avril prochain au Studio de l’Ermitage à Paris.

DNJ : Avez-vous avez eu du mal à convaincre une maison de disques pour ce projet plutôt atypique ?



LIRE LA SUITE DE L'INTERVIEW.......

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 05:03

danportraitthum.jpg (photo © Vincent Soyez 09)


Avec la récente sortie de « Duos with Lee » chez Sunnyside, le jeune Franco-Américain Dan Tepfer a rejoint une longue et prestigieuse lignée : celle des pianistes qui, des années 40 à nos jours, ont enregistré aux côtés de Lee Konitz. Le temps d’un blindfold test, nous lui avons proposé d’écouter et de commenter à l’aveugle le jeu de quelques-uns de ses illustres prédécesseurs, au fil d’enregistrements puisés dans l’abondante discographie du grand altiste (et artiste).


Lennie Tristano Quartet feat. Lee Konitz, Ghost Of A Chance

« Lennie Tristano », 1955

Le phrasé est magnifique… Je ne sais pas exactement, cela pourrait être un très jeune Paul Bley. (Une fois informé) Tristano ? Je ne l’avais vraiment pas reconnu. J’ai beaucoup écouté « The New Tristano », mais pas tellement ce disque. En tout cas, c’est très beau. Tristano est toujours incroyable d’un point de vue formel, pour ce qui est de la construction des lignes, mais parfois, il peut sonner un peu forcé, surtout au niveau de l’accompagnement. C’est ce qui peut me déranger chez lui. Là, il est effectivement très présent derrière le saxophone, il joue des triolets pendant que Lee joue swing… Mais sur ce morceau, tout est tellement relax que pour moi, ça fonctionne. La raison pour laquelle je ne l’avais pas reconnu tout de suite, c’est qu’on entend ici un vrai lyrisme, une sorte de romantisme assez rare chez lui.


Lee Konitz/Bill Evans Quartet, My Melancholy Baby (Paris, Mutualité, 3 novembre 1965)

DVD Jazz Icons, « Bill Evans, Live 64-75 »

Ça, c’est Bill Evans ! En fait, je n’aime pas trop son phrasé à cette époque, c’est très saccadé, avec une sorte de swing stéréotypé. Mais en même temps, ça le rend immédiatement reconnaissable, et ça, c’est déjà pas mal. Et puis, ça reste un immense pianiste dans sa façon d’harmoniser les accords. Sa manière d’accompagner, ou au contraire de choisir de ne pas jouer au début du solo de Lee… Il est vraiment compositeur dans l’accompagnement. Il y a une belle citation de Paul Bley là-dessus : « Si une situation musicale n’a besoin de rien, on la laisse comme elle est. Si elle a besoin de nous, on entre. » Et là, on sent bien que Bill Evans s’est posé cette question.


Duo Lee Konitz/Martial Solal, Stella By Starlight

« Impressive Rome », 1968

Je ne connais pas cet enregistrement, mais ça ne peut être que Martial ! Ce genre d’accompagnement, c’est sa marque de fabrique. Et puis, c’est l’un des rares musiciens à toujours garder le sens de l’humour, ce côté extrêmement ludique. Il y a un autre duo avec Lee que j’adore : « Star Eyes » (enregistré à Hambourg en 1983 NDLR). Pour moi, c’est le modèle du jeu en duo : ils se complètent parfaitement, comme le yin et le yang. Quand ils jouent ensemble, ils dépassent tout de suite les stéréotypes, les clichés piano-sax. Ce sont juste deux personnes qui font de la musique ensemble. En même temps, ils sont très différents : Lee reste très constant, quel que soit le contexte ; à l’inverse, Martial est reconnaissable au fait que son jeu est sans cesse différent. Sur ce morceau, c’est lui qui crée la variété en prenant l’initiative de partir dans toute sorte de directions, mais Lee trouve toujours le moyen de rester cohérent avec lui. On n’a jamais l’impression que le piano le gène, ça reste complémentaire. Et puis, quelle virtuosité ! J’ai beau avoir beaucoup écouté Martial, ça me bluffe toujours autant. C’est vraiment quelqu’un qui maximise les possibilités du piano. Une fois, il m’a raconté que, quand il était jeune, il faisait des exercices tout en lisant des romans !

(À la fin du morceau) Je ne sais pas comment il fait, mais Martial trouve toujours la fin parfaite à chaque morceau. Quand on improvise comme ça, conclure est vraiment ce qu’il y a de plus difficile. Et comme le jugement de l’auditeur est souvent basé sur la fin…


Duo Lee Konitz/Gil Evans, Drizzling Rain

« Anti-Heroes », 1980

Gil Evans. Ce doit être « Heroes » ou « Anti-Heroes ». Ça, c’est un pianiste qui pense comme un arrangeur. Du coup, il n’a pas peur de laisser des silences. Moi, j’adore le sax, je joue mal de l’alto, et quand je suis en tournée, après les gigs, je suis toujours en train d’en jouer avec le bassiste qui passe au piano, des trucs comme ça. J’ai aussi un ami guitariste tchèque qui joue du piano comme si c’était une guitare. Gil Evans maîtrise quand même bien mieux l’instrument, mais lui non plus, il ne joue pas comme un pianiste. Il fait juste des sons, et c’est très musical. Et puis évidemment, il trouve des voicings magnifiques. Il utilise souvent la neuvième mineure, une couleur que j’aime beaucoup, mais qui est moins courante chez les pianistes que chez les arrangeurs. Ça me rappelle aussi un album de Bob Brookmeyer où il est au piano, « Holiday ». Il y a beaucoup de similitudes dans leur jeu, tout est très délibéré, très précis, sans rien d’automatique dans les doigts.

Cet enregistrement est aussi l’un des rares où Lee joue du soprano. Avec une justesse parfaite, d’ailleurs, alors même que c’est un instrument extrêmement difficile à maîtriser. Lee est très sensible par rapport à ça, car on lui a souvent dit qu’il jouait faux. Mais en fait, il est très conscient de son intonation. Lorsqu’il attaque une note par en-dessous, c’est toujours volontaire. Il y a aussi des albums où il joue tout le temps aigu, c’est juste un son à lui. Aujourd’hui, il y a toute une catégorie de saxophonistes qui essaient de sonner comme des pianistes, de jouer exactement au milieu de la note. Pour moi, c’est négliger un élément extrêmement expressif de l’instrument. À propos de notre dernier disque, un critique à écrit que Lee pouvait suggérer des mondes d’émotion dans l’intonation d’une seule note. Ça lui a fait très plaisir.


Duo Lee Konitz/Michel Petrucciani, Lovelee, puis I Hear A Rhapsody

« Lee Konitz/Michel Petrucciani », 1982

C’est un peu choquant d’écouter ça après Gil Evans, qui était tellement musical, tellement ouvert. Là, c’est un jeu très pianistique, et c’est comme si tout se refermait. (Une fois informé) Petrucciani ? J’ai eu la chance de le voir peu avant sa mort, à Marciac, c’était très émouvant. C’est quand même un très bon pianiste, mais bon, pour moi, là, ça sonne assez plat. Artistiquement, il n’apporte rien à ce thème, on ne redécouvre pas I Hear A Rhapsody à travers ce qu’il fait. C’est le genre d’enregistrement où on s’est dit : « Je suis pianiste, je vais faire un disque avec Lee, on va jouer des standards… ». On ne sent pas qu’il a vraiment quelque chose à dire, et il ne pousse pas Lee à faire autre chose que ce que ce dont il a l’habitude.


Lee Konitz Quartet feat. Fred Hersch, Nancy, puis Boo Doo

« Round & Round », 1988

Un peu au hasard : Harold Danko ? (Une fois informé) C’est Fred Hersch ? Je le connais très bien, c’est un très bon ami. Mais ça ne sonne pas du tout comme Fred Hersch, ce truc ! Je ne reconnais ni ses phrases, ni ses voicings… Pourtant je connais très bien son jeu, qui est très identifiable. Et puis, Fred est quelqu’un qui est très attaché à avoir le son de piano le plus beau, le plus mélodieux possible. Là, ça sonne assez dur. Ça date de quand ? 88 ? C’est vrai qu’il y a eu une époque où il jouait vraiment hard bop, et son style a beaucoup bougé depuis. Je ne l’aurais jamais reconnu, en tout cas.


Trio Lee Konitz/Brad Mehldau/Charlie Haden, Everything Happens To Me

« Another Shade Of Blue », 1997

Brad Mehldau. J’ai cet album, un très beau disque. Il n’y a aucune formule dans ce que fait Brad ici, il est totalement à l’écoute de Lee, et son accompagnement est très construit, très précis, sans aucune surcharge. En même temps, il joue vraiment dans l’instant, tout en restant très décontracté, bien au fond du temps. Une fois, j’ai parlé avec Brad de cet enregistrement, et il m’a dit qu’au début, ça avait été très difficile pour lui de jouer avec Lee et Charlie. Selon lui, les premiers jours, il n’était vraiment pas bon. La difficulté, c’était de s’adapter à une conception du temps vingt fois plus relax. Et on entend ici qu’il y est vraiment parvenu. Cela dit, il y a quelques instants dans ce disque où on sent qu’il perd un peu la main, qu’il devient un peu moins cool. Il faut dire que ce n’est pas facile de rester cool quand on joue avec Charlie Haden et Lee Konitz !

Ce que je trouve bluffant chez lui, c’est qu’il sonne vraiment moderne, très contemporain. Pourtant, là, ce qu’il fait est assez traditionnel. Mais c’est maîtrisé à un tel point qu’il est capable d’y insuffler une vibe très « génération X ». Parfois, il sort des choses très surprenantes, mais cela ne paraît jamais plaqué par-dessus, comme si on passait tout d’un coup dans un autre style. C’est bien le langage du jazz historique, mais il propose d’autres solutions dans ce langage. Comme Arvo Pärt, qui a étudié le contre-point de Bach et de ceux qui l’ont précédé, et qui utilise cet idiome en proposant de nouvelles directions.

Brad est un peu le Charlie Parker d’aujourd’hui, au sens où il est une référence pour beaucoup de musiciens. À l’époque, Lee a vraiment étudié Parker, il sait d’ailleurs toujours jouer ses solos, je l’ai entendu le faire. Mais il s’est dit très consciemment : « je ne veux pas sonner comme ce gars-là. » Aujourd’hui, c’est le même problème avec Brad : c’est quelqu’un de très fort, avec un style très convaincant. Et pour moi et les gens de ma génération, notre mission, c’est de faire une musique que lui n’aurait jamais faite, tout en étudiant son jeu pour pouvoir se jucher sur les épaules de ce géant.


Duo Lee Konitz/Walter Lang, Way Too Early, puis Monk’s Cottage

« Ashiya », 2007

Le début est joli… Aucune idée de qui ça peut être. (Une fois informé) Walter Lang ? Je ne le connais pas. Là encore, je savais que ce disque existait mais je ne l’avais pas écouté. Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. C’est très joli, très relax, le time est vraiment super, mais en même temps, il n’y a pas la musicalité hallucinante d’un Gil Evans. Comme lui, il laisse beaucoup de silences, mais contrairement à Gil, ça donne une impression de vide. Très honnêtement, je trouve que son phrasé n’est pas très bon : il est un peu sur le devant du temps, et il ne joue pas des lignes particulièrement intéressantes. Dès qu’il commence vraiment à faire des phrases, il n’y a plus de main gauche. C’est très difficile de jouer sur la retenue, il faut qu’elle soit peuplée d’une tension incroyable dans les silences pour que ça marche. Encore une fois, c’est très joli, mais « joli » n’est pas le plus grand compliment qu’on puisse faire en musique.


Duo Lee Konitz/Dan Tepfer, Elande N°1

« Duos With Lee », 2009

(Rires) Qu’est-ce que tu veux que je dise là-dessus ? Bon, je peux en parler si tu veux… Ce dont je suis le plus fier, outre le fait que ça sonne bien, c’est que d’un point de vue artistique, il y a un défi un peu différent : faire de la musique entièrement improvisée, mais consonante. Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve souvent dans la discographie de Lee, alors qu’il est très fort pour ça. Et puis, c’est vraiment un disque d’aujourd’hui, qui n’aurait pas pu exister il y a vingt ans. Sur ce morceau, par exemple, c’est une approche qui, grosso modo, prend en compte l’apport du langage minimaliste dans le jazz. Pour moi, c’est très important d’innover, mais ce qui est encore plus important, c’est que ce soit beau. Là, on entend juste deux musiciens qui ont cinquante-cinq ans d’écart, et il en sort un truc qui est un peu la somme de ces deux époques.


Propos recueillis par Pascal Rozat.


 

Site de Dan Tepfer (http://www.dantepfer.com/)


Partager cet article
Repost0
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 05:01

Elin Larsson

Nous avions rencontrés Elin Larsson au festival suédois Swedish Jazz Celebration en mars 2009 à Göteborg dans l'ouest suédois. Cette saxophoniste, jeune et fougueuse, et son groupe avait pris la salle à son compte et l'avait renversée comme une crêpe bien saisie.
L'écouter était soufflant, l'interviewer un vrai plaisir.

Lire la suite ...
Partager cet article
Repost0