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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 09:18

Avec  la sortie de l'album " Refocus" comme en echo avec le célèbre "Focus" de Stan Getz en 1961, Sylvain Rifflet, auréolé de ses Victoires du jazz s'est largement exposé.

Prise de risque maximum pour un album que nous avons particuièrement aimé ici.

Avant son  premier concert parisien au Flow le 19 octobre prochain, rencontre avec Sylvain Rifflet qui nous raconte son rêve de gosse.

 

Les DNJ :  Avec ce projet ( « Re-focus ») tu vas sur les terres d’un monument enregistré par Stan Getz ( « Focus »- Verve 1961). Est ce qu’il ne s’agit pas d’un projet totalement mégalo ?

Sylvain Rifflet : Je comprends ta question mais franchement, je ne crois pas. Pour faire ce projet il fallait surtout tous les ingrédients que j’ai eus et qui se sont alignés favorablement. D’abord il fallait impérativement que cela paraisse chez Verve. Je ne l’aurai pas fait si cela n’avait pas été sur le label sur lequel Getz avait enregistré « Focus ».

Les DNJ : Justement , ils ne t’ont pas pris pour un fou ?

SR: Ils ont été un peu surpris, c’est vrai. Mais j’avais mis un certain nombre d’atouts de mon côté. Le fait d’avoir été primé aux Victoires du Jazz m’a quand même un peu aidé et m’a apporté un peu de crédibilité. L’original je le connais par coeur et je savais exactement ce qu’il ne fallait pas faire.
Cet album de Stan Getz, j’avais depuis très longtemps le choix de l’enterrer et de le sortir de temps en temps pour le réécouter. Mais je me suis toujours dit que si un jour je pouvais faire un truc projet qui ressemble à ça, ce serait un rêve. Mais un des choix à ne pas faire aurait été de reprendre les partitions et de rejouer l’album à l’identique. Cela aurait été se tirer une balle dans le pied. Du coup je voulais écrire ma propre musique, personnelle.
J’ai beau travailler mon instrument comme un fou, tous les jours comme un forcené pour avoir le son que j’ai aujourd’hui, je ne lâche jamais l’affaire mais je sais que jamais je ne serai à la hauteur de Stan Getz.

Les DNJ : Quand tu es allé voir Verve tu avais du matériel à leur faire écouter ?

SR : Non, rien.

DNJ : Et ils t’ont dit « banco » ?

SR : Non, cela a été un peu long. J’y suis allé entre les deux tours des Victoires. Et comme j’ai eu le concours de beauté, j’ai pu y retourner juste après. Ils m’ont écouté un peu différemment.

DNJ : Combien de musiciens français ont enregistré chez Verve, ce label mythique de Norman Granz ?

SR : à ma connaissance Thomas Encho récemment et il y a aussi Julien Lourau qui joue sur le label Gitanes Jazz, qui est un sous-label de Verve sur un disque magnifique d’Abbey Lincoln (j’étais d’ailleurs super jaloux de lui)  ( NDLR : «  A turtle’s dream » -2003)
Cela dit quand j’ai proposé le projet à verve et qu’ils l’ont accepté j’y ai mis des conditions. Notamment le fait que je ne voulais pas faire cet album tout seul. Je voulais absolument Fred (Pallem) sur ce projet et du coup le label a compris que je ne m’embarquais pas tout seul dans cet album.

DNJ : Fred Pallem aux arrangements, c’est assez surprenant dans le sens où cela ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude.

SR : D’accord mais regarde Eddie Sauter qui était l’arrangeur de « Focus », ce n’est pas ce qu’il faisait d’habitude. Il était chez Benny Goodman, il faisait des Broadway Shows. Et c’est Stan Getz qui admirait ce mec et qui se désolait de voir ce qu’on lui faisait faire. Bon ce n’est effectivement pas le cas avec Fred qui a toujours fait des projets formidables. Le Sacre ( NDLR : du Tympan) c’est génial mais il est vrai que c’est totalement différent. Fred sait tout faire et il connait parfaitement la musique et pour lui aussi  « Focus » était une vraie référence.
Fred et moi nous nous connaissons depuis longtemps et je lui faisais une totale confiance sur ce projet. Je lui ai donné les clefs et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Ensuite on en discutait ensemble. On a fait tout l’enregistrement en deux jours en prise direct, comme Getz. Entre moi et Fred ça a « matché » parfaitement.
Après tout s’est enchaîné favorablement. On a trouvé un orchestre remarquable et Tessier Du Cros (ingénieur du son) était sur le projet. Bref tout s’alignait pour que Verve adhère totalement au projet. J’en profite au passage pour saluer le travail extraordinaire que Philippe (Tessier Du Cros) a fait sur le son. C’est un fou génial.


DNJ : Comment as tu conçu l’album ?

SR : Je voulais que les deux premiers morceaux (Night Rain et Rue Breguet) soient un vrai clin d’oeil a « Focus » qui sont un vrai rappel de I’m late I’m late et de Her. J’ai pris le thème et je l’ai mis à l’envers en le développant vers quelque chose de plus Steve Reich, ce qui me ressemble plus. Rue Breguet correspond à la période où j’ai découvert le disque. Dans la rue Bréguet il y avait l’appartement du père de Thomas de Pourquery où nous étions tout le temps fourrés. On étaient au lycée à Hélène Boucher et à l’heure du déjeuner on allait dans cet appartement écouter Les Double Six, Eddie Louiss etc…. et Stan Getz. Donc je voulais faire ce titre un peu mélancolique et en même temps un hommage au père de Thomas.
Après j’ai déroulé les compos. Certaines ont des vrais liens ou des citations cachées de « Focus ». Dans d’autres cas nous sommes partis de motifs qu’utilisait Sauter.


DNJ : Avez vous d’autres compos qui ne sont pas dans le disque ?

SR : Non, nous avons tout mis dans l’album. Pour  les concerts nous serons peut être un peu court en temps mais nous avons d’autres surprises à ajouter. Cela dit une heure de musique symphonique, ce n’est pas la même chose qu’une heure de quartet, et cela n’a pas le même poids. Avec « Re-Focus » c’est sûr, je ne vais pas faire trois sets.

 


J’ai fait ce disque par amour

 


DNJ : Tu n’as pas eu peur en sortant cet album que certains te reprochent de toucher à une oeuvre intouchable ?
 
SR: Carrément ! Je suis sûr qu’il y en certains qui vont me tomber dessus. On va sûrement me dire que c’est un monument et qu’il ne fallait pas y toucher. Mais je trouve cela un peu ridicule parce qu’en fait je ne touche pas à «  Focus ». Ce ne sont pas les arrangements de Sauter et je ne suis pas un musicien de revival. Cela m’est arrivé une fois dans ma vie de faire un hommage, avec Moondog mais il faut le remettre dans son contexte. Pour « Refocus » je n’ai pas voulu rendre hommage.

DNJ: Quand même, juste le titre «  Re-focus » c’est quand même un hommage, non ?

SR :  Et bien non ! Je ne le considère pas comme cela.
D’abord « Refocus » est un mot, ça veut dire refaire le point, pour moi ça voulait dire me recentrer sur ma culture première: le jazz, Stan Getz, Focus et toutes les autres choses qui font que je suis musicien aujourd’hui.  
Ensuite, Alex Dutilh a trouvé la bonne formule en disant « C’est un à-propos ».
C’est exactement cela ! Et de fait, à part la forme, l’instrumentation, il n’y a rien de « Focus ». Mais bon, des saxophonistes coltraniens avec des quartet il y en a à la pelle et ça ne gêne personne. Moi j’ai l’habitude de faire des projets avec des formes un peu bizarres et pour une fois que j’utilise un formalisme plus classique, on devrait me tomber dessus en me disant c’est bon il y a déjà un mec qui a fait ça et que t’as pas le droit de refaire.  Soyons sérieux.
Après que cela ne plaise pas, c’est la liberté de chacun. Il y a d’ailleurs un très bon copain musicien qui trouvait que je m’étais travesti pour faire ce disque. Mais c’est faux ! Moi j’ai fait ce disque par amour.

DNJ : Tu t’exposes quand même beaucoup dans cet album. La rythmique n’est certes pas anecdotique mais quand même c’est toi qui est au centre des débats.

SR :  En fait jusqu’à présent je me cachais un peu. Dans Rocking Chair avec Airelle (Besson) je ne faisais presque pas de solos. Avec Mechanics c’est autre chose,  une osmose de groupe très forte et j’étais dans un processus de recherche. Je pense qu’aujourd’hui, je ne vais pas parler de maturité, mais simplement  que je suis enfin arrivé à un son que je cherchais depuis longtemps.

DNJ : Travailler avec un orchestre à cordes, un rêve pour tous les saxophoniste ?

SR : Je ne sais pas si c’est le rêve de tous mais en tous cas pour moi, dans l’absolu, ce n’est pas un rêve.
Par contre, dans le format de « Focus » , oui. Cela étant, j’ai des exemples en tête qui sonnent monstrueusement bien comme « Round around Roma » de Stefano Di Battista. Les cordes font le tapis et Stefano fait le latin lover. C’est sublime. Personnellement je ne suis pas capable de faire cela. « Re Focus » est un autre projet où l’on pourrait retirer mes interventions et la rythmique et laisser jouer les cordes, cela fonctionnerait quand même. Tout , tout comme avec l’album de Getz. En fait je joue peu de plans, je travaille surtout l’interaction avec les autres. Dans ce  projet, j’ai un rapport hyper interactif avec les cordes, je peux jouer, ne pas jouer, répondre et questionner.

DNJ : Y a t-il beaucoup de parties écrites ?

SR: Non, presque pas. Seule la mélodie de base de deux morceaux ont été écrites et je n’avais même pas de partitions en studio. Je me suis juste fait des schémas avant d’enregistrer, et les arrangements n’étaient que pour les cordes. Fred a essayé de me faire jouer des bouts de mélodie mais, c’est pas pour moi. Parfois je joue ce que jouent les cordes, mais uniquement parce qu’à ce moment-là c’est ce que je choisissais.

 

DNJ : Dans ce format, la place de la batterie n’est elle pas difficile à trouver ?

SR : Tu sais Jeff (Balard) peut tout jouer. Parfois c’est un peu compliqué pour les cordes, mais Jeff est tellement bon ! Je voulais quelqu’un capable de vraiment surprendre aux balais, qui pouvait amener  une particularité. Et puis je me suis dit aussi qu’il fallait quelqu’un capable d’apporter aussi le swing. Et il se trouve que je connais bien la femme de Jeff et ce dernier a tout de suite réagi favorablement dès qu’il a eu connaissance du projet. Jeff avait un trou dans sa tournée et il pouvait être là juste un jour, le premier du studio.

 

DNJ : Les rapports entre jazz et classique ?

SR : Ils viennent de la référence à « Focus » et du fait que Sauter a prit la même instrumentation que la pièce de Bartok musique pour cordes, percussions et célesta. Sauf que moi j’ai viré le célesta, le piano et la harpe. On a décidé de ça au fur et à mesure avec Fred, les perçus-claviers (Vibraphone, Marimba, Glokenspiel) c’est sa patte! A partir de là il a fait un boulot de fou. Il a agencé les choses, il savait exactement comment ça allait sonner.

DNJ : tu as le sentiment de perpétuer une tradition du jazz ?

SR : Mais je viens de là ! C’est organique, c’est moi ! C’est MON disque de jazz. Ce n'est pas free, pas barré, c’est juste jazz. Après je ne sais pas si ça s’inscrit dans une tradition ou une autre, j’espère surtout que du ténor tout le long, les gens vont pas trouver cela ennuyeux.

 

 

Propos receuillis par Jean-Marc Gelin

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 06:48
@antonio porcar cano

 

En vingt ans de carrière, Laurent Coq aura toujours maintenu son indépendance, dans ses choix artistiques, comme dans ses prises de position parfois abruptes sur le « milieu du jazz ». Son dernier album «  Kinship », hommage aux musiciens qui forment « sa famille » ne déroge pas à la règle. Le pianiste l’a conçu, écrivant dix des onze compositions présentées (le morceau qui ouvre le disque est une improvisation collective), et produit avec ses deniers personnels. Rencontre avec un jazzman qui, refusant tout esprit de chapelle, affiche sa fidélité aux valeurs fondamentales du jazz –swing, jeu collectif.
 

NJ : Avec Kinship vous effectuez un retour au trio classique mais avec des comparses nouveaux ?
LC : Joshua Crumbly, le bassiste, c’est le saxophoniste Walter Smith III qui me l’avait présenté pour remplacer Joe Sanders sur les tournées Européenne et Américaine de « La Suite Lafayette » (album sorti en 2016). En revanche, je n’avais pas encore joué avec Johnathan Blake même si nous l’évoquions depuis plusieurs années. Quant à Joshua et Johnathan, ils n’avaient encore jamais joué ensemble jusqu’à notre première répétition. C’est donc un trio très frais qui s’est pointé en studio.

DNJ : Cet album peut-il être considéré comme une rétrospective de votre carrière ?
LC : Ce disque rend hommage à onze membres qui forment ma famille musicale (kinship) à New York comme à Paris : Sandro Zerafa, Walter Smith, Bruce Barth, Guilhem Flouzat, Mark Turner, Laurence Allison, Miguel Zenon, Ralph Lavital, Jérôme Sabbagh, Damion Reid, Guillermo Klein. Ils ont chacun eu une influence sur ma musique, mon parcours, et font désormais partie de mon ADN. À mes côtés depuis plus de vingt ans pour certains, ces dix frères et une sœur m’ont inspiré la musique que j’ai écrite et les décisions professionnelles que j’ai prises pendant toutes ces années.

 

« Un climat toujours plus hostile »

 

DNJ : Quelle est votre vision de la scène actuelle du jazz ? Toujours aussi noire ?

LC : La majorité des musiciens évoluent dans un climat toujours plus hostile, coincés entre deux pôles qui ne comptent que peu d’élus : le jazz institutionnel type ONJ qui se doit d’être forcément « radical » et le jazz TV et TSF compatible, toujours plus édulcoré. Deux mouvements contraires ont favorisé cette congestion ces dernières années : La multiplication des lieux d’enseignements et la disparition d’un nombre important de lieux de diffusion pour le jazz. Ni les lieux subventionnés, ni les festivals dans leur ensemble – heureusement, il y a des exceptions - ne relayent suffisamment le travail des jeunes musiciens, et la diversité des esthétiques. Globalement, hélas, c’est une logique soit idéologique, soit mercantile qui l’emporte.


DNJ : La mort du jazz serait-elle annoncée ?
LC : Mais non (sourires). Le jazz est bien vivant, il est même en pleine forme. C’est bien pour cela que la situation est si frustrante.

DNJ : Il prend des formes diverses, s’ouvre aux influences des autres musiques, aurait tendance à se « mondialiser ». Qu’en pensez-vous ?
LC : Pour certains en Europe, il se serait affranchi définitivement de ses racines noires américaines. Pour d’autres, il ne doit son salut qu’au métissage. Pour ma part, le jazz passé et présent que je préfère vient toujours des Etats-Unis, même si j’admire et je suis des musiciens en Europe évidemment. Je suis attaché aux fondamentaux liés à son histoire et son développement, une certaine idée de la pulsation, du swing, du phrasé sophistiqué sans emphases, une sophistication qui vaut pour les échanges aussi, l’interplay, l’expression d’un rebond collectif, quelque chose de très physique avant d’être cérébral. Ce sont des fondamentaux que l’on retrouve dans un grand nombre de styles et d’esthétiques très diverses et nous sommes nombreux en France à y rester attachés.

 


« Tout est beaucoup plus éphémère »

 

DNJ : En 2009, vous disiez : « la musique que l’on ne paye pas ne perd pas seulement de sa valeur marchande, mais de sa valeur tout court ». Votre sentiment a changé ?
LC : Non. Les huit ans qui se sont écoulés depuis n’ont fait que confirmer ce sentiment. La musique est consommée comme l’image. On papillonne, on zappe, on revient rarement sur nos pas. Tout est beaucoup plus éphémère. Les jeunes de moins de 30 ans n’ont pas eu à payer la musique qu’ils écoutent sur leurs portables. C’est une source de revenus qui s’est tarie. Aussi, il faut repenser toute l’économie liée à la production. Pourtant, comme tant d’autres musiciens de ma génération –les plus jeunes aussi et je pense à Ralph Lavital ou à Guilhem Flouzat par exemple – je reste très attaché au format du disque, à l’histoire qu’il raconte, non pas en un seul, mais dans l’assemblage de plusieurs morceaux. C’est un ouvrage fastidieux qui demande du temps et de l’argent. Dans la multitude des propositions sur internet, il est bien plus difficile de le rendre audible aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Il semble également qu’il soit plus difficile d’obtenir l’attention nécessaire à l’écoute d’un disque en entier tellement les écrans ont envahi nos vies.

 

DNJ : Dans ce contexte, pourquoi continuer de faire des disques ?
LC : C’est une question que nous nous posons tous. Si je ne sortais pas Kinship aujourd’hui, vous ne seriez pas venu me voir. Je n’aurais pas pu monter la tournée d’octobre et obtenir les dates de festivals, et je n’aurais pas écrit cette nouvelle musique, pour ces musiciens spécifiquement. Ce travail est maintenant documenté. S’il n’intéresse pas grand monde aujourd’hui, peut-être en sera-t-il autrement dans 40 ans ? Peut-être pas. De toute façon il n’y a rien que je n’aime faire plus faire que ça. Je fais des disques et de la musique pour moi-même et ceux qui m’entourent et que j’aime. C’est une raison bien suffisante pour continuer tant qu’il m’est encore possible de le faire.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
 

 
 


Kinship.

Laurent Coq avec Laurent Coq(piano, compositions), Joshua Crumbly (basse) et Johnathan Blake (batterie). Bunker Studio, New York. 31 octobre et 1er novembre  2016. Jazz & People/ Pias

 

 

 

 

 

En concert :  10 octobre, Jazz sur son 31, Toulouse ; 11 et 12 octobre : Sunside, Paris ; 14 octobre : Sunset Jazz Club, Gérone, Espagne ;16 octobre : Clamores, Madrid, 18 octobre, Jam, Marseille ; 19 octobre : Tourcoing Jazz Festival.

 .

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 06:29


 
André Villeger est l’un de nos plus grands saxophoniste ténor. Attaché à une certaine tradition du jazz, il en a cependant épousé à peu près toutes ses formes, attentif à toutes ses évolutions à l’exception du free. Particulièrement demandé, il tourne encore aujourd’hui dans un grand nombre de formation et peut s’enorgueillir d’avoir joué avec les plus grandes légendes du jazz.
Il publie aujourd’hui un album magnifique avec Philippe Milanta et Thomas Bramerie dédié à la musique de Billy Strayhorn ( «  Strictly Strayhorn »).
André Villeger a beaucoup de choses à dire sur ce jazz qu’il aime passionnément.

Il sera au Sunside le mardi 3 octobre pour la sortie de l'album " Strictly Strahorn"


Rencontre avec un passeur d’émotions.
 


 
Vous signez un  deuxième volet autour de la musique Ellingtonienne avec un hommage à la musique de Strayhorn. Quelle est cette histoire d’amour ?
 
André Villeger : Vous savez c’est une histoire qui remonte à mon premier album en 1984 où il y avait déjà deux morceaux de Strayhorn. Depuis cette date, je me suis juré que dans tous mes albums à venir, il y aurait toujours au moins un morceau de ce magnifique compositeur. C’est un promesse que je me suis faite à moi même il y a bien longtemps. Et récemment Michel Stochitch (Camille Production) m’a proposé de faire un disque entier qui lui serait consacré. J’ai tout de suite sauté sur l’occasion. Nous discutions ensemble avec Michel Stochich de l’album et j’ai suggéré «  Strictly Strayhorn » ,il m’a répondu , je te l’avais déjà dit ? Voila, nous avons eu la même idée.
Pour moi Strayhorn est un personnage fondamental dans le jazz. C’est le premier qui a su de cette manière aussi parfaite faire la jonction entre la musique classique et le jazz.
 
 
Pour cet album vous poursuivez un travail avec le pianiste Philippe Milanta. A quand remonte votre rencontre?
 
AV : C’est le troisième album que nous faisons ensemble. Cela a commencé il y a 20 ans avec un album en duo. En fait notre complicité vient de ce que nous avons partagé la même expérience (bien qu’elle n’ait pas eu lieu en même temps), celle d’avoir tous les deux joué avec le trompettiste Harry «  Sweet «  Edison. Et pour Philippe comme pour moi cela nous a changé la tête, rythmiquement. Parmi les musiciens qui ont un tempo absolu il y a lui, Kenny Clarke, Miles, Clark Terry et pas mal d’autres. Mais jouer avec Harry « Sweets » Edison cela vous fait comprendre que jusque là vos n’aviez rien compris à ce qu’est le swing et l’élasticité du tempo.
Philippe et moi , grâce à notre expérience avec Sweets, n’avons plus besoin de nous attendre rythmiquement, ce qui nous rend très libres.
 
Pourquoi alors avoir rajouté une contrebasse ?
 
AV : C’ est Michel Stochitch qui voulait un  peu changer le son. Alors on a cherché  mais on s’est rapidement mis d’accord sur Thomas. Cela faisait plus de vingt ans que je l’avais pas vu mais à un moment je le voyais souvent lorsque je donnais des cours à Salon de Provence. Thomas cela était un peu évident pour nous.
 
 


Quelle a été la ligne directrice de votre travail d’arrangement sur cet album ?
 
AV : Tout est parti du fait qu’on avait enregistré pas mal de Strayhorn dans d’autres albums. Pour celui-ci on s’est vite retrouvés avec pas mal de ballades. Mon ambition c’était de faire autre chose. J’ai donc transformé des ballades de la façon la plus logique possible musicalement. Sur Lush Life par exemple, je l’avais déjà enregistré deux fois. Là je me suis mis au piano et j’ai cherché une ligne de basse. Pareil pour Satin Doll, je me suis dis pourquoi pas le mettre à sept temps. Mais ce n’est pas un travail intellectuel, c’est juste en le chantant comme ça que je trouvais que ça pouvait sonner. Pour Low key lightky , idem c’est une ballade donc on l’a fait en médium et on termine en ballade. Sur Lotus Blossom j’ai cherché une pédale de basse jusqu’au pont quitte à avoir des frottements un peu grinçants mais au final je sais que ça passe. Il y a deux morceaux que je n’ai pas touché : Sur My little brown book j’ai joué sur les changements de timbre, à la clarinette basse et pareil pour Blood Count, un morceau comme celui-là on ne peut pas y toucher. J’ai simplement choisi de le jouer au baryton pour lui donner une vraie couleur dramatique la plus poignante possible. IL faut remettre ce morceau dans son contexte, Blood Count c’est quand même le goutte à goutte lorsqu’il était à l’hôpital avec un cancer. Et puis sur Passion flower j’ai voulu lui donner un caractère passionné.
 
 
Ellington, c’est comme une seconde peau pour vous ?
 
AV : En fait je ne l‘ai pas aimé tout de suite. J’ai commencé le jazz par le New Orleans et j’ai ensuite tâté de pratiquement toutes les formes de jazz, à l’exception du Free. Au départ ma relation au jazz Nouvelle Orléans s’est faite un peu par accident. Barbara avec qui je parlais beaucoup à une époque, appelait cela «  de faux hasards ». C’est juste que mon copain qui partait à l’armée et qui jouait de la clarinette ne trouvait personne pour le remplacer. J’avais 18 ans et tout est parti de ce « faux hasard »
 
 

Mais vous aviez déjà touché un instrument ?
 
AV : Jamais.
 
 
Et comment fait t-on ?
 
AV : Et bien on s’y met et on se fait mal au pouce, aux lèvres, on cherche les doigtés. J’ai pris des leçons bien après. Je commençais à jouer dans les clubs, au Slow Club notamment et Claude Luter m’a conseillé de voir son prof de clarinette qui était dans le sextuor de la Garde républicaine. Claude, je lui doit ça ainsi que le bec de soprano qu’il m’a donné il y a 45 ans !
 
 
A l’époque cela n’était pas un peu ringard d’intégrer un orchestre de New Orleans ?
 
AV : le passeur me concernant c’était mon premier beau frère qui m’a fait découvrir beaucoup de choses en jazz. Il avait à l’époque pas mal de 33 tours dont un de la guilde du Jazz avec Sidney Bechet avec les Feetwarlmers qui jouaient Jerry Roll Blues (https://www.youtube.com/watch?v=uMlNfMy0eVc). Le solo de clarinette estsomptueux . Mais surtout ce beau frère avait de tout, du Dizzy, du Monk etc….
 
 
Vous aviez quel âge ?
 
AV : 8 ans quand il m’a fait découvrir tout ces trésors. A 20 ans c’est lui qui devant tous les membres de la famille m’a offert ma première clarinette.  C’est vrai qu’à l’époque j’étais un peu bizarre parce que tous mes copains jouaient plutôt de la guitare. D’ailleurs je me suis retrouvé un jour dans un groupe de copains où j’étais tout seul à la clarinette, entouré de…. 5 guitares…..! C’est comme si je m’étais retrouvé au milieu d’un troupeau de bisons…..
 
Mais en 67 quand on a 18 ans on écoute plutôt Jimmy Hendrix, non ?
 
AV : Ah mais rassurez vous j’écoutais beaucoup de rock. J’écoutais Les Chats Sauvage, les Apaches. Et j’écoutais le Rock’n roll français , les disques dans lesquels il y avait Guy Lafitte !
Et puis il y avait aussi des gars comme Georges Arvanitas, qui jouait dans les clubs le soir et sur des trucs de rock dans la journée. C’était un grand pianiste be bop qui travaillait énormément. C’était un musicien incroyable qui arrivait même à faire swinguer le piano pourri de la Huchette. C’est dire !
 
 
 
Qui étaient vos maîtres à l’époque ?
 
AV : Très vite et sans aucun doute, BECHET ! mais aussi simultanément Django, Grappelli, Hubert Rostaing. J’ai eu très vite cet équilibre entre la culture du jazz américain et européen ce qui m’a permis, je pense, ne pas avoir été sectaire.
 
Mais le free, jamais ?
 
AV : Gérard Terronès à l’époque tenait un club rue Sainte Croix de la Bretonnerie. Il m’avait engagé avec mon orchestre de New Orleans qui s’appelait les « Crazy Five Stompers » , groupe un peu foutraque dans lequel il y avait un peu de tout, un psy, un hôtelier, un archi enfin que des gens «normaux». Un soir il y a un gars qui vient me voir et qui me dit, je commence le sax, accepteriez vous de me montrer quelques doigtés. Je lui ai bien volontiers montré quelques trucs et visiblement il était totalement débutant. On étaient en 1967. En 68 je rentre dans l’orchestre de Raymond Fonsèque et l’année d’après, en 69 il y a eu un festival de jazz à Coulommiers qui était patronné par radio France. André Françis juste après notre passage présente un  orchestre de free jazz, et qui je retrouve sur scène comme chef d’orchestre? Mon saxophoniste débutant ! Ca a été répulsif pour moi !
 
Mais entre la jazz classique et le free, il y a un monde quand même ?
 
AV : oui mais par exemple j’ai aussi joué dans des formations plus électrique comme avec « Chute libre » où il y avait  entre autre Umberto Paganini, Olivier Hutman, Patrick Artero ou encore Mino Cinelu  (https://www.youtube.com/watch?v=dc5tr98QRes), ou bien Djoa un orchestre d’ethno Jazz post Coltranien.
 
 
 
Parmi les saxophonistes de votre génération, vous êtes plutôt pas mal demandé…..
 
AV: Il est vrai que je joue pas mal. De ce coté-là je ne me plains pas. Et puis j’ai eu la chance de jouer avec pas mal de grands big band comme celui de Claude Bolling par exemple, qui m’a poussé à  apprendre à lire la musique.
 
Vous ne saviez pas lire la musique avant ?
 
AV: Non, j’ai commencé avec l’orchestre de Claude. Vous savez dans un orchestre de Nouvelle Orléans, la lecture ne vous sert pas à grand chose. Mais un jour, j’avais autour de 30 ans et Bolling cherchait un soprano. Claude Luter était en vacances et a proposé mon nom. Le plan c’était de jouer la musique d’un film hautement mémorable « Deux filles dans un  pyjama » de Jean Girault ! Il a fallu que je m’y mette. Il y avait des pointures, des premiers prix de conservatoire à tous les pupitres comme Badini, Chautemps ou Jacques Nourredine. Du coup il fallait que j’apprenne tout par coeur.
 
Parmi les big band qui comptent, il y a aussi celui de Patrice Caratini
 
AV : Oui d’ailleurs nous allons fêter les 20 ans de l’orchestre le 30 septembre sur France Musique. On a commencé ensemble avec Patrice dans un groupe de Nouvelle Orléans. C’est un belle machine avec des jeunes de très haute volée : Matthieu Donarier, Remi Sciutto etc….
 
 
 
Quelles sont vos grandes influences ?
 
AV :  Guy Laffitte disait «  j’aime pas écouter les autres saxophonistes. Soit ils jouent mal et ça m’emmerde, soit ils jouent bien et ça m’emmerde aussi « .
 
 
 
Vous avez un son qui est assez classique et qui en tous cas n’a pas été emporté par la vague coltranienne
 
AV : C’est vrai je n’ai pas été influencé par Coltrane même si j’ai été fasciné par son jeu. Je l’admirais mais je ne l’ai pas aimé comme j’ai aimé Dexter, Lester, Rollins ou d’autres. Chez Coltrane j’aime les ballades et le début de la musique modale. Et puis il y a Don Byas qui était aussi le dieu de Johnny Griffin. On en a parlé ensemble lorsque l’on a fait le disque avec Hervé Sellin. Griffin estimait à juste raison que jouer vite à l’alto c’était facile mais qu’au ténor cela est très difficile et que Don Byas était un  maître en la matière.
J’ai toujours été attiré par les grands du ténors qui vont très bas dans les graves. Coltrane n’était pas dans ce registre et c’est normal puisqu’au départ c’est un altiste. Dans Kind of Blue il phrase comme Cannon Ball à l’alto mais au ténor. Benny Golson raconte que Coltrane jouait dans un petit orchestre de Philadelphie et il y avait deux altistes dont Coltrane et Eddie Cleanhead Vinson et il y avait un tenor qui s’appelait Louis Georges et à la pause un jour lui et Coltrane s’engueulent. A la reprise du set, le ténor ne revient pas et lorsqu’arrive le moment de son solo, le trompettiste qui menait cet orchestre demande à Coltrane de le prendre à sa place. Et à partir de là, le jeu de Coltrane qui s’inspirait beaucoup de Johny Hodges n’a plus rien eu à voir avec. Quand il venait chez Benny Golson, pour jouer ensemble, la maman de Benny Golson lui disait «  joues moi On the sunny side of the street mais à la façon de Johny Hodges » et c’est seulement après s’être éxécutés qu’ils avaient le droit de faire ce qu’ils voulaient.
 
 
 
Et Getz vous l’avez aimé ?
 

AV : Maintenant oui et avant non. Pour moi à l’époque c’était trop parfait et trop blanc. On entend beaucoup de musique européennes dans ses phrases et moi j’étais plus attiré par le blues. Mon père était un amateur de musique classique fou et obsessionnel et j’en ai tellement été gavé que j’ai mis 60 ans à m’en remettre. Il n’aimait pas que je fasse du jazz. Pour lui tout ce qui n’était pas du classique n’avait pas grâce à ses yeux. Il était un peu violoniste. Pendant la guerre de 14 on l’avait envoyé derrière les lignes allemandes pour faire du sabotage. il y a attrapé un staphylocoque doré qui ne lui a plus permis de jouer, sauf un peu le dimanche à la maison.
 
 
Comment faites vous pour travailler ainsi votre son ?
 

AV : Comme je dis à mes élèves, on passe à peu près la moitié de son existence à savoir qui on est et l’autre à essayer de le rester. Pour le son c’est pareil. Au début on se pose tout un tas de questions. Moi je voulais essayer de descendre dans les graves. Pour tout saxophoniste il y a toujours la nécessité  dans les dix premières notes de descendre au siB grave, pour voir si ça bouche. C’est une obsession chez nous et cela à oblige à travailler la colonne d’air. Et puisque l’on parle de la construction du solo, j’ai été interpellé, jeune,en écoutant le solo de Lester (Young) sur le solo de Lady Be Good en 1936. Ca vient d’ailleurs ! Après pour moi tout s’enchaîne, il y a eu Gonsalves et tous les autres. Mais en fait cela ne sert à rien d’essayer d’imiter ces gens-là, même si au début on essaie, ce qui est parfaitement normal. Ces légendes sont inimitables.
 
 
Vous travaillez beaucoup votre instrument ?
 

A.V : Un peu moins aujourd’hui mais oui, sinon c’est pas possible. Encore ce matin en me levant j’ai pris la clarinette que la famille m’avait offert pour mes 20 ans et je me suis exercé aux doigtés. Pour un musicien c’est un travail sans fin, même si avec la vie, les enfants, les petits-enfants, on a un peu moins de temps. Mais je garde à côté de mon lit cette clarinette et lorsque je me lève le matin le premier truc que je fais c’est de jouer.
 
 
 
Vous enseignez ?
 

AV : Oui. J’essaie avec mes élève de faire de la maïeutique. c’est à dire d’essayer de les faire accoucher d’eux-mêmes. J’ai un copain qui est un ancien élève de Chautemps et qui a passé beaucoup de temps à faire des relevés. Au final cela ne lui a pas servi à grand chose. En cuisine, passer son  temps à regarder la recette pour doser les ingrédients, cela n’aide pas à devenir créatif et à prendre confiance. Les jeunes musiciens c’est pareil il faut les aider et parfois il ne faut pas les aider. Mais c’est assez difficile de théoriser cela. Il faut sentir les choses. Il faut aimer les gens pour savoir à quel moment on peut leur demander l’impossible. Je qualifierai mon enseignement d’ostéopathie musicale. J’essaie de voir où cela coince. Parfois il y a des contractures à un endroit précis, mais cela vient d’ailleurs. Cela me rappelle une histoire que m’avait raconté Raymond Fol. A l’époque j’étais dans son groupe, avec Sam Woodyard notamment. Un jour Fol va voir Dexter jouer. Deux jours après on le revoit et il nous raconte : «  le concert était formidable. La première demi-heure il a fait à peu près tout ce qu’il savait faire. Ensuite, il a joué ». Et c’est exactement comme cela que ça devrait toujours se passer. Mais le truc avec les jeunes musiciens c’est qu’ils sont impatients. J’aimerais les entendre jouer, eux. Le problème c’est qu’ils n’ont pas le temps, ni la chance comme nous nous l’avions de jouer plusieurs soirs d’affilée  dans le même club. Alors on leur demande tout de suite de savoir faire des sauts périlleux arrière. Vous savez dans le temps on donnait aux enfants des feuilles avec des chiffres marqués dessus et il fallait relier les chiffres dans l’ordre et à la fin cela faisait un dessin. Et bien ce n’est pas comme cela que l’on apprend à dessiner. Pour les relevés, c’est pareil.
 
Quel est votre rêve de musicien ?
 

AV :  Vous savez, j’ai eu la chance de faire beaucoup de rencontres dans ma carrière. Alors là comme ça je ne sais pas. J’ai adoré Sonny Rollins mais aujourd’hui ce n’est plus ce que cela a été.
 
 
Des gens comme Barney Wilen ?
 

AV : Ah oui des gars comme lui ou comme Hubert Fol. Barney était un gars totalement déshinibé. Il s’en donnait les moyens. Mais bon il prenait pas mal de choses.
 
Pas vous ?
 

AV : Non, mais je reconnais que cela a été difficile de résister notamment lorsque je rencontrais des musiciens américains. Pierre Boussaguet m’a raconté une histoire sur un grand saxophoniste français. Il était en tournée avec Albert Nicholas. Tous les copains lui proposaient des pétards mais il refusait toujours. Mais une fois il accepte et il fume un joint entier en se haussant du col et en disant « ça ne me fait rien votre truc ». Ensuite il monte sur scène et il commence à jouer et il raconte qu’il se sentait si bien qu’il sent qu’il prend un chorus puis un 2ème, un 3ème jusqu’à 15 chorus d’affilés. A la fin du morceau il va voir Albert pour lui demander comment c’était et Albert Nicholas lui dit «  Oui, c’était bien mais pourquoi, n’as tu pris qu’un seul chorus ? ».
 
 
Comment vous sentez vous dans le monde du jazz aujourd’hui ?
 

AV : vous savez ce qui m’intéresse moi, ce sont ls gens avant tout. Eddy Louiss avec qui je discutait un jour me disait : je me rend compte que j’ai arrêté de faire du jazz le jour où Kenny Clarke est mort. Ensuite j’ai fait autre chose avec Paco Sery
On joue avec des êtres humains pas des machines ou des esclaves.
 
 
Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

- André Villeger sera avec Philippe Milanta et Thomas bramerie au Sunside le 3 octobre pour la sortie de " Strictly Strayhorn"

- et le 30 septembre au Studio 104 de Radio France avec le Caratni Jazz Ensemble pour y fêter les 20 ans de l'orchestre.

- Le 10 Octobre à Eaubonne avec Ramona Horvath.

- Le 13 Octobre à la Souterraine en Quartet.
- Le 21 à Radio France avec Herve Sellin pour Le Tentet de T. Monk.
- Le 8 Novembre a Sceaux avec P Caratini.
- Le 24 Novembre a Bar sur Aube avec Louis Caratini pour les trois vœux
- Et Le 9 Décembre à Reims avec Louis Caratini pour Les trois vœux.

 

 

ANDRE VILLEGER, POUR L’AMOUR DE BILLY

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 21:39

@mark Higashino

 

Après la Nouvelle Orléans (Dee Dee’s Feathers, 2014.), c’est au tour de Memphis d’être évoquée par Dee Dee Bridgewater. La plus populaire des chanteuses de jazz américaines en France effectue un retour aux sources, sur les terres de sa ville natale. Libérée comme jamais, Dee Dee s’offre dans « Memphis »(Okeh-Sony Music) une immersion dans le blues et la musique du Sud des Etats-Unis, passant en revue avec chaleur et spontanéité quelques-uns des morceaux les plus célèbres du répertoire des années 60, « Don’t Be Cruel » et « Hound Dog », titres immortalisés par Elvis Presley, ou encore « Try a Little Tenderness » d’Otis Redding ou « The Thrill is Gone » de B.B. King. S’il en était besoin, Dee Dee vient rappeler qu’elle peut aussi bien exceller dans ce registre du blues et de la soul que dans le jazz vocal le plus classique.

Les DNJ : Comment vous est venue l’idée de consacrer un album à votre ville natale ?
Dee Dee Bridgewater : Depuis 2014, j’avais en tête de faire un disque de blues. De longue date, j’avais envie de retrouver l’atmosphère musicale de ma jeunesse, mon adolescence où j’écoutais le soir après 11 heures la radio locale WDIA qui m’a fait découvrir B.B. King, Gladys Knight, Rufus Thomas et beaucoup d’autres musiciens auxquels je rends ici hommage. Plus tard, j’ai appris, par une confidence de Charles Lloyd, que mon père, Matthew Garrett, trompettiste et enseignant avait été animateur sur cette même station de Memphis.

Les DNJ : C’est un projet que vous avez monté personnellement …
DDB : …Avec le saxophoniste originaire de Memphis, Kirk Whalum, co-producteur, nous avons enregistré dans les légendaires Willie Mitchell’s Royal Studios de Memphis en compagnie des chœurs de la Stax Academy Choir. J’avais vraiment envie de faire connaître au plus grand nombre la musique de ma ville natale.

Les DNJ : La musique de Memphis a marqué votre adolescence ?
DDB : J’ai grandi avec. L’univers du blues et de la soul fait partie de mon héritage autant que le jazz. Et puis j’avais un accent très marqué du Sud que j’ai du corriger (rires) quand je suis allé vivre à Flint dans le Michigan.


Les DNJ : Que représente cet album dans votre carrière ?
DDB : Après toutes ces années consacrées au jazz, j’avais envie de m’amuser, de faire danser. Je suis quelqu’un de très impulsif. A l’avenir j’aimerais bien monter une revue. Mais en même temps, je voudrais aussi retourner au jazz.
Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

 


Sortie de « Memphis » le 15 septembre. En concert à Hem (Nord) le 28 octobre, La Cigale (Paris) les 7 et 8 novembre, Conflans Ste Honorine le 10 novembre et Ste Maxime le 11 novembre.

@mark higashino

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 10:22

Kurt Rosenwinkel est un guitariste qui a inspiré une génération entière de musiciens. Le tournant qu’il prend aujourd’hui en a désarçonné certains et en tout cas intrigue sur le sens de ses nouvelles explorations.

A l’occasion de la sortie de son album Caipi » que le guitariste a sorti sur son propre label, Kurt Rosenwinkel était en tournée de promo. L’occasion pour nous de le rencontrer avant sa venue le 17 juillet au New Morning et de déchiffrer avec lui les lignes de ses nouvelles orientations musicales.


LES DNJ : Caipi a surpris beaucoup de monde à sa sortie. C’est un album très inhabituel par rapport à votre travail jusque-là. S’agit il d’un tournant pour vous ?


KURT ROSENWINKEL : La musique de « Caipi » m’est venue il y a pas mal de temps. Il y a plus de dix ans. Une chanson m’est venue comme ça, puis une autre plus encore une autre et j’ai commencé à réaliser que cela formait un nouveau genre dans mon propre univers musical. Et au bout d’un moment j’ai eu le matériau pour ne faire un album. Comme il y a des influences du Brésil j’ai trouvé que « Caipi » sonnait bien. Cela veut dire «  Caipirinha », comme l’alcool que l’on boit au Brésil. Au fil des années, petit à petit j’ai travaillé dessus mais au départ je n’avais aucune intention à ce sujet. Juste en studio , j’écoutais ces morceaux, en rajoutant un bout par-ci ou retouchant un autre par-là. Par exemple je me suis essayé à rajouter un rythmique avec des oeufs, et je me suis rendu compte que c’était très difficile.

 

Les DNJ : On a le sentiment parfois que le travail de Pat Metheny vous inspire ?


K.R : Non cela n’a rien à voir. J’adore Pat. Mais si vous devez y voir un rapport c’est qu’il a été aussi inspiré par la musique brésilienne. Mais surtout beaucoup de musiciens ont été inspiré par Milton Nacimento qui est un incroyable musicien. La musique de Milton est devenue vraiment une part de ma propre influence. Vous savez on écoute tous beaucoup de musiques mais il n’y en a que quelques une qui font vraiment partie de vous, de votre mémoire, de la façon dont vous ressentez la musique. «  Clube da Esquina » (1972) a été vraiment un album important pour moi. Tout simplement parce que c’est devenu la bande-son de ma vie. « Caipi » est arrivé à un moment où ressortaient toutes ces expériences. Il y a beaucoup d’amour dans cet album. Il y a aussi beaucoup de réflexions métaphysiques. Un de mes amis est mort récemment et une des chansons raconte le passage de l’autre côté. En fait j’ai été très étonné moi-même de ce que ces expériences pouvaient donner dans cet album.


LES DNJ : Mais tout cela marque un vrai changement dans votre musique. Et puis c’est un nouveau son ?

 

K.R : Pour tout vous dire cela m’a surpris moi même. Mais encore une fois cela m’est venu naturellement. Je n’ai pas essayé d’essayer quoique ce soit. Mais vous savez il y a beaucoup de genres différents dans ma musique : straight jazz, modern jazz, chansons, rock. Mais j’ai l’impression qu’avec « Caipi » je montre quelque chose de plus profond de moi-même.

 

Les DNJ : Vous êtes allé au Brésil ?

K.R : Oh oui ! Plusieurs fois. Magique !J’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois dans un super festival. J’ai passé des moments merveilleux à Rio. Il y a tant de choses sublimes dans leur musique.

 

Les DNJ : Dans cet album on entend toutes les influences dont vous parlez mais cela reste fondamentalement un album de Kurt Rosenwinkell ,

K.R : Pour moi « Caipi » est une sorte de renaissance. Mais pas une renaissance pour devenir quelqu’un de nouveau mais pour devenir plus authentiquement moi-même. Pour se connaître soi-même vous devez aussi savoir qu’il vous faudra changer.


Les DNJ : Sur votre album, il y a Eric Clapton qui vient jouer sur deux titres. Quelle en est la raison ?

K.R : En fait Eric est un élément important de l’histoire de « Caipi ». Il m’a vu développer cette musique à Manhattan en 2011 et nous sommes devenus très très proches tous les deux, partageant nos goûts musicaux, jouant ensemble. Il m’a beaucoup supporté lorsque j’ai décidé de franchir cette étape musicale l’an dernier et d’arrêter l’enseignement pour lancer ma propre maison d’édition. Il y a un an j’ai changé beaucoup de choses dans ma vie. Je vis toujours à Berlin mais j’ai arrêté tout le reste pour lancer Heartcore-records et « Caipi ». Et alors que je faisais ce grand ménage, Eric Clapton m’a aidé, matériellement, spirituellement. Lorsque nous avons remixé l’album à Londres, il est venu et je lui ai dit que ce serait super s’il participait, même pour jouer une seule note, juste pour signer et montrer qu’il fait partie de ce projet


Les DNJ : Avez vous déjà en tête les autres musiciens que vous aurez sur votre label ?

K.R : Oui le second album sera avec Pedro Martins. Il est aussi sur « Caipi ». C’est un merveilleux guitariste et multi-intrusmentiste. Nous venons de finir de mixer et c’est un album incroyable.
Ensuite nous aurons un album « Banded 65 » d’impros free avec moi et un autre guitariste Tim Motzer  (1) de Philadelphie et un batteur Gintas  Janusonis. Il y aura aussi un autre album avec un très bon ami qui est un chanteur de blues de Californie. Il y a aussi un album que je voudrais faire avec un guitariste chinois qui joue du blues mais chante de l’opéra chinois


Les DNJ : Vous faites partie, avec Steve Coleman des musiciens qui ont le plus d’influence sur la jeune génération. En êtes vous conscient et n’est ce pas trop lourd à porter ?

 

K.R : On me dit cela parfois mais je ne le le ressens pas. J’essaie seulement d’être moi même.


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin


(1) pour découvrir Tim Motzer https://www.youtube.com/watch?v=R4wKsdtieB4

 

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 08:09

Youn Sun Nah : « la France, ma deuxième maison »

Avec la France, Youn Sun Nah entretient une relation particulière. La jeune coréenne y découvrit le jazz voici deux décennies… et conquit le public, Lento, son précédent album se hissant à la première place des ventes pour le jazz. La chanteuse eut même l’honneur (et le bonheur, selon ses dires) de donner Avec le temps, de Léo Ferré à Séoul pour François Hollande en visite présidentielle. A l’occasion de la sortie de son dernier disque She Moves On, qui emprunte le titre d’une chanson de Paul Simon, l’artiste vocale s’est confiée, dans un français délicieux, avec une fraîcheur toute juvénile.
 

Les Dernières Nouvelles du Jazz : Vous aviez décidé de faire un break, qui aura finalement duré deux ans. Une volonté de vous ressourcer ?


Youn Sun Nah : Cela m’a fait du bien d’être de retour dans mon pays natal, la Corée du Sud, après plus de 500 concerts en deux ans à travers le monde. Là-bas, j’ai assuré la direction artistique d’un festival de musique traditionnelle. Et l’an dernier, j’ai décidé d’aller à New-York : pendant trois mois j’ai écouté de la musique dans les clubs de jazz mais aussi dans les salles de concerts où j’ai entendu Beyoncé, Peter Gabriel…
 

LES DNJ : Ce qui vous a donné l’envie d’enregistrer sur place ?
 

YSN : De retour en Corée, j’ai contacté par mail le producteur Jamie Saft  qui a travaillé avec John Zorn mais qui a un spectre très large et adore les voix, Franck Sinatra, Joni Mitchell. Nous sommes tombés d’accord sur un répertoire après trois semaines d’écoute de musiciens dans sa maison près de Woodstock. Deux jours seulement ont suffi pour l’enregistrement avec des musiciens new-yorkais, y compris Marc Ribot.
 

LES DNJ : Un changement complet donc après  des années à jouer avec des musiciens européens ?
 

YSN : C’était très spontané, alors que ma culture de coréen, c’est vraiment le travail (rires). Ce défi américain représente beaucoup pour moi et j’espère pouvoir « tourner »davantage aux Etats-Unis. Mais l’Europe révèle des richesses musicales incomparables avec des couleurs si différentes, je pense à l’Italie, la Roumanie…
 

LES DNJ : …. Et à la France ?
 

YSN : La France, c’est ma deuxième maison. Là où j’ai trouvé ma voie. Quand j’étais à Paris, en 1995, je ne savais pas du tout ce que j’étais le jazz ! Ici, j’ai reçu tant d’amour, il faut que je leur rende. J’espère leur faire un cadeau avec cet album.
 

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand


She Moves On. Youn Sun Nah.Jamie Saft (claviers, orgue), Brad Jones (basse), Dan Rieser (batterie) et parmi les invites Marc Ribot (guitare). ACT-Pia. Mai 2017.


Youn Sun Nah est en concert au festival Jazz sous les Pommiers à Coutances (50) les 25 et 27 mai (complet) et sera à l’affiche de plusieurs festivals cet été dont Jazz à Sète (17 juillet).

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 18:41
Roberto Fonseca: « la musique cubaine est simple et… compliquée »

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Il a choisi de titrer son dernier album, Abuc, palindrome pour Cuba. Natif de La Havane, Roberto Fonseca entend bien jouer avec la musique cubaine en toute liberté, quitte à secouer les traditions. Le pianiste quadragénaire a mobilisé ses complices de l’Orquesta Aragon, un percussionniste brésilien (Zé Luis Nascimento) et le (remuant) tromboniste néo-orléanais Trombone Shorty pour un voyage musical à sa guise, au fil de ses propres compositions à l’exception (notable) d’un titre-hommage de Ray Bryant (Cubano Chant).
Les DNJ: Comment expliquez-vous que la musique cubaine résiste aux modes ?
Roberto Fonseca: Il y a quelque chose de magique qui n’a pas besoin d’explication (sourire). Nous les cubains venons d’un petit pays mais nous avons une forte tradition rythmique et mélodique. Quand vous mariez ces deux éléments, vous avez la musique cubaine, qui est belle et rend les gens heureux. Pour nous, c’est simple mais pour ceux qui ne connaissent pas le rythme cubain c’est compliqué. C’est un peu comme le reggae, cela paraît simple.
-Vous résidez toujours à Cuba. N’êtes-vous pas tenté  de vivre à New-York, à l’instar de nombreux musiciens cubains dans le passé ?
-Je vis à La Havane où je suis né et je n’ai jamais pensé à m’installer à New York. Mais nous sommes très proches des Etats-Unis. Les relations entre les musiciens cubains et nord-américains ne datent pas d’hier. Et aujourd’hui beaucoup de musiciens cubains vont jouer aux Etats-Unis et nombreux sont les musiciens américains qui aimeraient venir à Cuba.  Quant à moi, actuellement, j’aimerais bien vivre deux-trois mois par an à Paris, une ville plus romantique.  Plus généralement, je suis toujours ouvert à de nouvelles collaborations. C’est la meilleure façon d’enrichir ma musique.
-Quels sont les avantages de la notoriété que vous avez acquise ?
-C’est beaucoup plus facile. Je peux me concentrer sur un projet. Je n’avais pas vraiment l’intention de diriger un groupe mais c’est arrivé comme cela quand Ibrahim Ferrer m’a demandé de devenir directeur artistique du Buena Vista Social Club. En tant que leader, j’essaie toujours d’écouter les autres musiciens du groupe. Se comporter en artiste, c’est être capable de prendre conseil et d’avoir l’esprit ouvert.
-Sur ce dernier album, vous revenez à vos premières amours avec les percussions …
-Dans ma jeunesse, j’ai commencé à jouer des congas mais j’avais un frère qui était déjà percussionniste. Mon père, qui lui-même jouait des percussions, a estimé qu’il suffisait d’un seul autre percussionniste dans la maison où nous vivions à cinq  ! Il m’a convaincu d’apprendre le piano, un instrument plus mélodique et qui m’a permis aussi de pratiquer les claviers. Je dois beaucoup à ma famille qui baigne littéralement dans la musique, ma mère  chante, et j’ai un frère et un oncle musiciens.

Abuc. Roberto Fonseca (piano, claviers, vocal, percussions),Yandy Martinez (basse), Ramsès “Dynamite”Rodriguez (batterie, percussions), Trombone Shorty (trombone), Eliades Ochoa, Rafael Lay Bravo, Roberto Espinosa Rodriguez, Daymé Arocena, Carlos Calunga (vocal), Manuel “Guajiro”Mirabal (trompette), Zé Luis Nascimento (percussions). Impulse-Universal. Octobre 2016.
Roberto Fonseca est en concert à La Cigale (Paris) le 21 mars.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 10:21

@christopheDrukkerL’entretien téléphonique avait été calé à 19 h, heure de Paris. Le premier coup venait à peine de sonner au clocher de l’église voisine qu’arrivait l’appel de Grégoire Maret. De New York où il réside depuis près de deux décennies, l’harmoniciste n’a pas perdu le sens de la ponctualité de sa Suisse natale. Le goût de la mécanique de précision non plus. Il lui en a fallu pour dompter un instrument minuscule (en poids) mais majuscule (en émotion). « Pendant des

@christophe Drukker

 

années, j’ai travaillé huit heures par jour. C’est un instrument très dur à jouer rythmiquement. Trouver une technique personnelle m’a demandé un travail titanesque ».
Tout naturellement, le diplômé du conservatoire supérieur de musique de Genève et de la New School University of New York cite parmi les interprètes qui l’ont influencé Stevie Wonder et –peut-être plus encore- Toots Thielemans, tout récemment disparu. Mais il a su faire entendre sa propre voix, exprimant tout le lyrisme dont est capable l’harmonica chromatique. On l’a entendu dix ans durant dans le groupe de Cassandra Wilson mais aussi auprès de Dianne Reeves, Steve Coleman, Ravi Coltrane, Jeff « Tain »Watts, Terri Lyne Carrington, Herbie Hancock.  
Le sideman d’excellence a pris la musique à son compte en composant des titres qui constituent l’ossature de ce deuxième album « Wanted » sous sa direction. Un disque éclectique  et plaisant qui offre quelques morceaux bien estampillés jazz (comme Blue in Green de Bill Evans-Miles Davis avec Chris Potter à la clarinette basse ou le cultissime Footprints de Wayne Shorter) et permet de saluer une dernière fois un de ses chanteurs préférés, le sensible Jimmy Scott (qui disparaîtra quelques semaines plus tard).
Né d’un père suisse de Genève et d’une mère afro-américaine de Harlem, Grégoire Maret entend inscrire son œuvre artistique dans le contexte politique actuel des Etats-Unis. Après « Wanted » consacré à la situation raciale, le compositeur travaille actuellement à deux autres albums devant finalement constituer un tryptique : prévu pour cette année, le premier sera consacré au système carcéral américain (« une forme moderne de l’esclavagisme avec le régime de travaux forcés appliqué en contradiction avec le 13ème amendement de la Constitution ») ; le deuxième traitera plus généralement de la liberté à travers le prisme du jazz, du gospel (Grégoire tourne actuellement avec un groupe de gospel) et de la musique au sens le plus large.  
Jean-Louis Lemarchand

Grégoire  Maret. Wanted. Grégoire Maret (harmonica), Gerald Clayton (piano, Fender Rhodes) James Genus (basse), Terri Lyne Carrington (batterie) et en invités notamment Chris Potter (clarinette basse), Dianne Reeves, Luciana Souza, Frank Mc Comb, Mark Kibble, Jimmy Scott, Kokayi, Ivan Lins (vocal), Mino Cinelu (percussions). Sunnyside (2016).

@christophe Drukker

@christophe Drukker

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:26
Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud


Il affiche une décontraction qui fait plaisir à voir, Nils Petter Molvaer en ces premiers jours de septembre. Tout à la joie de retrouver ses comparses norvégiens pour donner la musique de Buoyancy (flottement en français), album qui vient de sortir dans les bacs, mais qu’ils n’ont guère eu l’opportunité de jouer sur scène. Le lendemain, le 9 septembre, sur la scène de La Villette, le trompettiste enchaînera les titres avec sérénité et cette légèreté qui constitue sa signature depuis deux décennies.
Les DNJ : Ici même à La Villette, Miles Davis donnait son dernier concert européen voici 25 ans. Ecoutez-vous encore sa musique ?


-Nils Petter Molvaer : J’aime bien On the Corner. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique et surtout pas mes vieux enregistrements (rires). C’est un peu par périodes et pour cela Spotify est formidable.

Les DNJ : Vous considérez-vous comme un représentant de la culture norvégienne ?

Nils Petter Molvaer : Je ne réfléchis pas en termes de culture norvégienne. Je suis très content de jouer avec des musiciens norvégiens. Mais je suis beaucoup plus intéressé par la rencontre des cultures que par la défense d’une seule culture, même si c’est la mienne.

Les DNJ : Vous êtes fidèle à votre pays natal …

Nils Petter Molvaer : Je vis toujours dans une île, Sula, où je suis né. L’air y est très frais et ma famille est là-bas, mes parents et mes enfants. Quand je ne suis pas en tournée, plus de deux cents jours par an tout de même, j’essaye de vivre comme tout le monde, travailler mon instrument, écrire de la musique de 10 h à 15 h, et aussi marcher dans la campagne, aller à la pêche. J’aime beaucoup cet équilibre entre la vie de musiciens itinérant qui est amené à rencontrer des gens partout dans le monde et la vie à la maison en famille pour penser à la musique, composer.

Les DNJ L’envie de vous installer à New-York, comme nombre de jazzmen européens, ne vous taraude pas ?

Nils Petter Molvaer : Je pourrais vivre à Paris, à Berlin mais à New York, ce serait impossible. Tout simplement parce que ce serait un cauchemar sur le plan financier. Vous savez bien que les jazzmen new yorkais viennent gagner leur vie à Paris (rires).

Les DNJ : Depuis vingt ans, et la sortie de Khmer, vous mariez jazz et électronique. Peut-on encore réaliser des découvertes sur ce terrain ?

Nils Petter Molvaer : Il y a toujours des découvertes à effectuer. Dans mon dernier disque, Buoyancy, nous sommes restés une semaine en studio mais j’ai ajouté des sons par la suite, comme par exemple des bruits entendus la nuit dans une île en Indonésie.

Les DNJ : L’an prochain, vous serez à nouveau à l’affiche à Paris pour un projet avec le danseur-chorégraphe Nicolas Le Riche. Vous composez également pour le cinéma. Vous avez crée votre propre label. C’est un plan de carrière ?

Nils Petter Molvaer : Je n’ai jamais pensé à contrôler ma carrière. J’aime bien cette incertitude, la rencontre de gens, le voyage en général. Mais dans le même temps, je veux me montrer aussi précis que je le peux dans l’expression musicale.

Jean-Louis Lemarchand

Buoyancy. Nils Petter Molvaer (trompette, electronique, voix), Geir Sundstol (guitares, banjo), Jo Berger Myhre (basse, electronique), Erland Dahlen (batterie, piano, xylophone). Sony-Okeh.

Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:18
Avishai Cohen, la flamboyance du silence

AVISHAI COHEN : « Into the silence »
ECM 2016

Avishai Cohen (tp), Bill Mc henry ( ts), Yonathan Avishai (p), Eric Ravis (cb), Nasheet Waits (dms)


Mercredi 2 mars. Lendemain de concert à guichet fermé au New Morning.
Il a beau avoir un nom qui est plutôt connu pour être celui de son homonyme qui s’illustre à la contrebasse, Avishai Cohen, le trompettiste commence sérieusement à faire parler de lui en France. On dit de lui qu’il se place aux côtés d’un Roy Hargrove, d’un Ambrose Akinmusire d’un Jeremy Pelt comme l’un des plus grand trompettiste au monde. Opinion que pour ma part je ne suis pas loin de partager.
Les initiés connaissent ses albums avec son groupe familial « Triveni ». Les français l’avaient aussi découvert aux côtés du contrebassite Israélo-New-yorkais ( comme lui), Omer Avital ou encore lors d’un mémorable trumpet summit organisé à Marciac il y a deux ans.
Si on lui connaissait la verve d’un trompettiste post hard bop, saignant et brillant, Avishai Cohen s’était aussi un eu « institutionnalisé » et avait participé, sur le label ECM au sublime album enregistré aux côtés du saxophoniste Mark Turner ( « Lathe of Heaven »). C’est d’ailleurs à cette occasion que Manfreid Eicher, le patron du label allemand était littéralement tombé sous le charme de ce trompettiste exceptionnel.

C’est donc sur le germanique label qu’Avishai Cohen signe aujourd’hui son nouvel album dans une démarche très intimiste et très forte puisqu’elle est liée à la mort de son père. Durant les six mois qui ont suivi son agonie, le trompettiste a écrit, beaucoup autour de la souffrance pour exorciser le silence inéluctable qui allait désormais à présent remplacer la propre voix de son père.
Cet album chargé d’émotion mais toujours sans aucun pathos ni mélodrame est une pure merveille d’écriture, d’osmose et de douce sérénité.


Avishai Cohen : « C’est quelque chose que je voulais exprimer. L’idée de ce silence qui s’installait. Je ne pouvais pas mettre de mots dessus, juste de la musique qui pour moi exprimait au mieux ce que je ressentais alors »

Les DNJ : « comment as tu fais pour faire passer cela aux musiciens qui t’accompagnaient durant ces sessions ? »

A.C : « J’ai un peu parlé individuellement avec chacun. Mais surtout chacun y a mis de ses propres expériences personnelles. Comme Nasheet par exemple qui a aussi vécu la mort du père. Ou encore avec Yonathan Avishai. Tu sais, je le connais depuis l’âge de 12 ans et depuis toutes ces années, nous jouons ensemble. Alors forcément il connaissait très bien mon père et comprenait intimement ce que j’avais écrit, ce que je voulais exprimer. Mais pour revenir à ta question je n’ai pas réuni les musiciens en leur donnant les partitions et en leur demandant de jouer. Il y a forcément autre chose, une part d’eux-mêmes dans ces émotions qui étaient les miennes. Mais ce que je voulais dire, c’est plus que ce que la musique elle-même peut exprimer »

Les DNJ : « tu joues habituellement avec ton frère et ta sœur. Leur as-tu fait écouter l’album. ? »

A.C : « Oui. Je ne sais pas si mon frère l’a fait mais je sais que ma sœur l’a écouté. Elle a trouvé qu’il manquait quelque chose de mon père. Et j’ai aujourd’hui compris ce qu’elle voulait dire »


L’album d’Avishai Cohen surprend par la nouvelle direction que semble prendre le trompettiste. Alors qu’on le connaissait dans l’incroyable énergie que ce familier des jams du Smalls, ce petit club New Yorkais, déploie avec force dans des registres post bop, c’est ici un son, un sens de l’harmonie qui nous enveloppe. Un calme et un silence rempli de musique qui s’installe dans l’album.
Parenthèse dans la carrière d’Avishai ou vraie rupture ?

A.C : « Je crois qu’effectivement cet album correspond à une évolution dans laquelle je souhaite aller et qu’ECM m’offre la possibilité de réaliser. Je me situe dans une démarche dans laquelle je souhaite désormais plus écrire et y mettre plus de moi-même. J’ai adoré par exemple les arrangements que j’ai apporté pour le SF Jazz Collective. Aujourd’hui je sens qu’il est temps pour moi de jouer autre chose, autrement. Je veux aussi donner plus de place à l’écriture pour piano. C’est une autre part de moi qui prend naissance ici ».

Alors que l’on entendait chez Avishai Cohen le mordant des saxophonistes flamboyants, ce que l’on entend ici c’est l’ampleur du son, beaucoup plus relâché, beaucoup plus dans le temps et moins dans l’urgence. Mais au fait quelles sont les grandes influences d’Avishai Cohen.

A.C : « Je peux te citer Lee Morgan, Clifford Brown, Kenny Dorham, Thad Jones, Art Farmer, Don Cherry »

Les DNJ : « Tu as déjà joué avec Roy Hargrove . C’est quelqu’un qui compte pour toi ? »

A.C : « Ma rencontre avec Roy est de celle qui ont changé ma vie. Pour moi jouer à côté de Roy Hargrove a été un choc, une vraie leçon de swing ! Je ne m’en suis jamais vraiment remis »

Les DNJ : « ton père vivait en Israël ou aux Etats-Unis ? »

A.C : « Il a passé 10 ans à New-York mais ensuite il est retourné vivre là-bas »

Les DNJ : « et toi tes racines sont où ? »

A.C : « un peu des deux côtés même si j’essaie de m’affranchir de ces notions »


Les DNJ : « Tu es lié à la scène juive de New York »

A.C : « Absolument pas. Je les connais. je m’intéresse à leur musique. J’adore John Zorn mais je raisonne absolument pas en terme de communauté. Ce n’est pas du tout un référentiel pour moi »

Le père d’Avishai Cohen vivait entre deux mondes. Sans être musicien lui-même, Avishai Cohen nous expliquait que la musique emplissait leur univers. Que le jazz était omniprésent à la maison.
Avec la mort de son père, Avishai Cohen semble s’inscrire aujourd'hui dans une sorte de rupture. Comme si humainement et musicalement l’insouciance de son jeu laissait la place à une forme de maturité musicale.
Il faut absolument se plonger dans cet album. Le chant de la trompette d’Avishai Cohen y est ample et superbe. Sa musique monte au ciel. C’est son plus bel hommage.

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

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