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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 11:32
@Jean-Batiste Millot

 

Franck Amsallem vient de publier un superbe album  ( Gotham Goodbye paru en 2019 chez Jazz & people). Une nouvelle occasion d’entendre un des pianistes et compositeur majeur de la scène hexagonale. Avec le jazz chevillé au corps et une conception sans concession du jazz, Franck Amsallem s’est confié aux DNJ sur le regard qu’il porte sur cette musique et sur sa façon de la vivre. Parce que pour Franck Amsallem, le jazz c’est sa vie. C’est la vie !

 


Les DNJ : Tu es un des plus grands pianistes de jazz français. Ton Cv parle pour toi. Tu as vécu à New-York et joué avec les plus grands (Gerry Mulligan, Maria Schneider, Charles Lloyd, Joshua Redman, Roy Hargrove etc…. excusez du peu) et pourtant on te connaît peu ici, en France. Pourquoi ?

Franck Amsallem : «  En fait tu sais, je ne suis probablement pas très doué pour le lobbying. Je ne dois pas savoir vraiment y faire. Je vois toutes ces soirées de cérémonies autour du jazz mais j’y suis rarement invité. J’aime bien les clubs, mais parfois quand je vois que cela m’est même difficile de remplir totalement le Sunside même après toutes les chroniques spectaculaires de mon dernier cd, cela me désole un peu... C’est un peu comme se heurter à un mur du silence et je dois donc avoir bien des progrès à faire en auto-promotion ! »

Les DNJ : « Et à New-York où tu as longtemps vécu ? »

FA : «  Tu sais il ne faut pas rêver non plus. Même si c’est le pays du jazz, tout le monde rame là-bas pour avoir de vraies dates et se faire connaître. »


Les DNJ : « Mais il n’y a pas que NYC. Aujourd’hui vous, les artistes vous avez tous les réseaux sociaux pour vous faire connaître dans le monde entier »

FA : «  Pour cela il faudrait avoir des relais médiatiques consistants. Et j’avoue que, même si j’ai eu droit à de très belles chronique (dans Jazzmagazine pour mon dernier album  « Gotham Goodbye »), les relais médiatiques, je n’en ai certainement pas assez. »

Les DNJ : «  tu en es amer ? »

FA : «  Pas du tout ! Tu sais, je gagne ma vie très correctement, et j’aime vivre en Europe plus qu’aux USA. Quand on est dans le middle age, bien souvent les medias vous oublient ou vous ignorent. Il y a 30 ans je voyais cela déjà aux Etats-Unis: Richie Beirach, ou Steve Kuhn sont des immenses musiciens qui, dès passés la 50aine ont été un peu oubliés. D’autres sont nettement plus accrocheurs  (les frères Moutin par exemple) ou alors mon pote Stephane Belmondo. Mais lui, c’est très différent car il incarne la trompette jazz en France !


Les DNJ : Tu as une carrière qui est très marquée par le jazz américain et ton album sonne très « américain ». Ton coeur est où ?

FA : « Oui c’est un album qui sonne américain. On ne peut pas renier ce que l’on est, même si aux US on m’a toujours considéré comme ayant un style européen. Certes l’album s’appelle «  Gotham Goodbye » mais en fait il s’agit d’un titre écrit il y a une 10aine d’années lorsque j’ai dû vendre mon appartement de New-York. Quant aux racines américaines de ma musique, la musique parle d’elle-même. On peut toujours essayer de calculer quelque chose mais le fond des choses, c’est que j’aime le jazz qui swing, qui est inventif mélodiquement, et qui est harmoniquement dérivé de la chanson et du jazz des années 50. Je trouve que ce ne sont pas les mêmes repères que le jazz qui se fait bien souvent en France, et qui a le vent en poupe.

Les DNJ : « parle nous du casting de l’album »

FA : « C’est franchement le casting idéal ! J’ai rarement joué avec des musiciens de cette trempe là. Irving (Acao) a ses propres racines cubaines et donc une différente façon de penser. Avec Irving on se connaît, et on joue deux ou trois fois par an ensemble depuis des années, en prenant toujours autant de plaisir. Le bassiste (Viktor Nyberg) est très jeune. J’avais pas mal joué avec lui dans des petits clubs, et je me considère un peu comme son mentor. Quand au batteur (Gautier Garrigue), c’est un jeune batteur mais il est déjà impressionnant. Mais surtout je crois qu’un leader doit savoir faire sonner un groupe. Je crois qu’un répertoire doit faire briller les musiciens qui se donnent la peine de bien le jouer. Ce répertoire doit faire sonner le groupe et aussi réciproquement. Et au final, je crois aussi que cela n’arrive pas si fréquemment ».


Les DNJ : «  tu as une rythmique de haute volée effectivement. Par exemple sur un morceau comme From Two to Five, compliqué à jouer ? »

FA : « C’est effectivement un morceau difficile si les gens n’en ont pas l’habitude. Pour l’écrire ce n’était pas si compliqué, mais il faut y mettre beaucoup de tension pour bien le jouer sans faillir. En fait il faut écrire des morceaux où il n’y a pas de faiblesses. J’avais écrit ce morceau il y quelques années mais il était resté dans la pile des morceaux à améliorer. Dans la pile il y en avait une 40 aine. Je suis retombé dessus un peu dubitatif. Mais j’ai finalement trouvé comment l’équilibrer et comment sortir du A-A-B-A classique : toutes les jonctions devaient être retravaillées. »

Les DNJ : «  Tu écris beaucoup  ?»
 
FA : « Non pas beaucoup car j’essaie de ne pas me répéter. Je ne veux pas que ce soit un exercice sans lendemain, alors je m’autocensure. Si les 4eres mesure ne sont pas bonnes je laisse tomber et je passe à autre chose. Depuis un an je n’ai pas écrit grand-chose d’ailleurs, et je vais donc attendre de voir maintenant comment le disque est ressenti, et ce que je peux apprendre de sa réception. »


Les DNJ : «  tu as choisi le format du quartet »

FA : «  Oui. Je l’avais abandonné ces dernières années, comme on m’avait souvent reproché de jouer dans ce format où les saxophonistes prennent quelquefois trop de place. Au départ pourtant je suis  saxophoniste. Jusqu’à l’âge de 20 ans je n’écoutais que du sax ! Je jouais des deux instruments mais le hasard au fond c’est que je joue du piano jazz parce que personne ne m’a fait suer à apprendre à jouer du Beethoven dans un conservatoire. Au départ je jouais donc du piano jazz en autodidacte. En fait quand je suis allé au conservatoire je suis entré dans la section sax classique pour jouer un répertoire que maintenant j’exècre totalement. A 19 ans, de bien mauvaise humeur, j‘ai arrêté le sax classique pour me concentrer sur le piano jazz mais paradoxalement en commençant l’apprentissage du piano classique car je pensais que cela aller me manquer. Et du coup j’ai totalement arrêté l’instrument le jour où j’ai passé mon diplôme de saxophone classique en 1981. Je n’ai jamais regretté d’ailleurs, considérant m’être fourvoyé dans une démarche pseudo-académique. C’est la vie. »

Les DNJ : «  Quels sont les pianistes qui t’ont influencé (moi j’entends Sonny Clark et Mc Coy Tyner) ?

FA : «  Tu ne te trompes pas trop. J’ai évidemment beaucoup écouté les pianistes des années 50 et 60. Mais il y a certains pianistes comme Hank Jones et Ahmad Jones qui continuent de m’influencer à ce jour. J’ai même un peu contribué indirectement aux derniers enregistrements de Hank Jones en réunissant Darryl Hall et Dennis Mackrel… car Darryl et Dennis se sont rencontrés en jouant avec moi, avant de migrer chez Hank. »

Les DNJ : « Dans ton jeu il y a toute l’histoire du jazz, pourtant on te sens très fidèle à l’acoustique : pas d’électrique ? Pas de fender ou d’orgue ? »

FA : « Je le reconnais, et c’est dommage d’ailleurs. Disons que le piano c’est tout un monde… L’orgue, je n’en ai jamais acheté. Mais effectivement j’adore cet instrument, cela vient de mon côté saxophoniste. Chaque fois que j’en joue c’est la fête. Le fender aussi mais c’est un peu une antiquité, il est difficile d’en trouver de bien réglés, et les autres pianos électriques, c’est pas top. »


Les DNJ : « Jamais tenté par le big band ? »

FA : «  J’ai une formation d’arrangeur/compositeur et j’ai étudié cet idiome en profondeur pendant des années. Mais en France c’est juste ingérable. Le Paris Jazz Big Band a bien essayé et c’était formidable mais trop compliqué. Un big band c’est un métier, une vie à part entière pour trouver des subventions pour jouer seulement quelques concerts par an. Sur ce plan là, on a des années, voire des décennies de retard, à la différence de certains pays comme la Belgique, l’Allemagne, ou la Hollande qui ont réussi à faire jouer professionnellement et pérenniser de grandes formations. C’est fort dommage.»

 

Les DNJ : «  Tu a beaucoup joué et enregistré avec le saxophoniste Tim Ries, pourquoi ne pas l’avoir choisi ? »

FA : « J’ai continué à jouer avec lui quand je suis allé aux US. Mais aujourd’hui il joue avec les Rolling Stones et tu imagines bien que cela lui prend beaucoup de temps. J’ai rejoué avec lui le mois dernier au Mezzrow à NY. Il est resté ce qu’il a toujours été, un musicien pour musiciens, un immense saxophoniste ».


Les DNJ : « Avec qui rêverais tu de jouer aujourd’hui ? »

FA : «  Si les maisons de disques successives m’avaient soutenu un peu, j’aurais aimé enregistrer avec Elvin Jones. Aujourd’hui parmi les musiciens vivants j’aimerais jouer avec Brian Blade ou Patitucci (NDR : la rythmique de Wayne Shorter) . Et puis il y a aussi Greg Hutchinson que je connais depuis des années… on a quelquefois joué ensemble. Je pense qu’il fera partie d’un de mes projets à venir. »


Les DNJ : «  qu’écoutes tu en ce moment ? »

FA : « En ce moment j’écoute des pianistes classiques en me disant que c’est vraiment difficile de jouer comme eux !!!!!! Mais je me dis aussi que s’il y a nettement moins de bons pianistes de jazz que de classique, c’est qu’il doit y avoir une raison et que cela veut dire quelque chose. Quand aux pianistes d’aujourd’hui ? Je ne veux pas y répondre. C’est délicat. Mais bon, quand j’écoute les autres pianistes je me dis toujours: qu’est ce que je pourrais prendre ou emprunter, qu’est-ce que je pourrais en tirer, que pourrais-je adapter, quelles leçons de leur jeu ?

Les DNJ : «  et parmi les musiciens de la scène actuelle ? »

FA : « Concernant la scène actuelle, ce qui m’intéresse vraiment le plus c’est… ce que moi je joue, là, dans l’instant présent. Point barre. C’est cette sensation physique que l’on éprouve lorsque l’on joue sur scène. C’est comme une drogue, comme une drogue dure d’ailleurs. On sait que dans la salle les gens ont un certain lien avec la musique, ils l’ont écouté, ou peut-être aussi un peu joué. Nous, sur scène, on réussit à les faire rêver, à aller en profondeur, à aller plus loin qu’eux. C’est enivrant. »


Propos recueillis par Jean-marc Gelin

 

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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 00:37

Passé maître dans l’art de « déconstruire » les œuvres des autres dans tous les registres (jazz, pop, chansons françaises, musique classique), Jacky Terrasson choisit dans son dernier album « 53 »* (Blue Note) de s’exprimer sur ses propres compositions. Le pianiste assume totalement cette « prise de risque » qui permet de découvrir une autre facette d’un artiste épanoui de 53 ans (depuis le 27 novembre). A la veille d’un concert au New Morning, un de ses lieux parisiens préférés (il y jouait pour les 15 ans du club en 1996 avec Ray Brown, Roy Hargrove et Alvin Queen), et à quelques semaines de ses débuts au cinéma (acteur et compositeur de la bo de La Sincérité**), Jacky Terrasson s’est confié aux Dernières Nouvelles du Jazz.


Les DNJ : Vous mettez un malin plaisir à malaxer les morceaux du répertoire y compris la Marseillaise. Est-ce un traitement abandonné maintenant avec cet album de compositions personnelles ?
Jacky Terrasson : Je prends, c’est vrai, plaisir à déconstruire, transformer les standards, les chansons populaires, la musique classique, jouer une ballade en morceau rapide et vice-versa. J’adore cela. Mais pour cet album-là, je n’ai voulu présenter que des compositions personnelles, sauf le Lacrimosa du Requiem de Mozart, un morceau que je suggère seulement en 84 secondes.

 

DNJ : Est-ce un défi personnel ?
JT : Je pensais à ce disque depuis des années. C’est un peu risqué car on m’aime pour mes reprises. Avec « 53 » c’est un défi, une remise en question, que de jouer un répertoire fraîchement écrit, C’est un disque très personnel où je me raconte, notamment avec cet hommage à ma mère récemment décédée dans Résilience. J’assume mes 53 ans.

 

DNJ : Est-ce plus difficile de jouer ses propres compositions que des thèmes connus des autres ?
JT : Oui, parce qu’il faut vraiment trouver sa propre éloquence. Il faut que cela reste assez simple, que cela raconte une histoire, avec de belles mélodies. Il y a trois ou quatre compositions que j’ai écartées pour cet album, car elles étaient trop compliquées.

 

DNJ : Vous avez déclaré que le trio est la formule idéale où vous vous sentez le plus libre. Ce n’est donc pas le solo ?
JT : En trio, il y a plein de choses à raconter. Ce n’est pas une forme figée, c’est un format où il y a encore beaucoup de choses à découvrir, à explorer. Cela reste un ménage à trois (rires). J’aime cette conversation, cette fusion entre nous trois.

 

DNJ : Dans « 53 » vous rendez hommage à quelques pianistes …
JT : A commencer par Ahmad Jamal auquel je voue une profonde admiration et je ne m’en cache pas dans The Call, avec quelques gimmicks à la clé, mais aussi Keith Jarrett avec Kiss Jannett For Me. Mais d’autres pianistes m’ont inspiré, Bud Powell, Herbie Hancock, McCoy Tyner…

 

DNJ : Y-a-t-il des moments où un artiste peut avoir envie de faire une pause et de se retirer sur une île déserte ?
JT : On y pense mais on ne le fait pas (rires). Si je gagne au loto, je prendrais quelques années sabbatiques, pour voyager véritablement pour le plaisir.

 

DNJ : C’est la vie d’artiste, être sur la route en permanence ? (ndlr : Jacky Terrasson était lors de l’interview sur le point de faire un aller-retour Paris-Vladivostok pour un seul concert).
JT : Je dis toujours que je suis payé pour voyager. Il peut y avoir des voyages très longs, mais même après dix heures de trajet, dès que vous êtes sur scène, vous oubliez le stress, la fatigue.  Jouer du piano, c’était la seule chose que je voulais faire dans ma vie.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Jacky Terrasson ‘53’. 2019. Blue Note – 080819 6 / Universal, enregistré au Recall Studio, à Pompignan, du 12 au 19 juin 2019, avec Jacky Terrasson (piano, clavier, chant) et trois rythmiques différentes selon les titres, Thomas Bramerie, Géraud Portal ou Sylvain Romano (basse), Ali Jackson, Gregory Hutchinson ou Lukmil Perez (batterie), précédemment chroniqué sur les DNJ le 30 septembre 2019.


**La Sincérité, film de Charles Guérin Surville avec Jeanne Damas, Charles Pepin, Marion Palmer, Charleyne Biondi et Annika Stenvall sortira en salle le 8 janvier 2020.


Jacky Terrasson sera en concert le 30 novembre à Ermont (Val d’Oise) au festival Jazz au fil de l’Oise, le 7 décembre à Bordeaux et le 12 décembre au New Morning (Paris).

 

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 13:05

 

Repères biographiques :

 

Né à Bourges en 1987, Géraud est le petit dernier d’une fratrie de trois frères dont les deux premiers étaient musiciens, l’un batteur (futur avocat), l’autre pianiste (devenu chanteur lyrique d’opéra). Voyant Géraud intéressé, le premier lui mit une basse électrique entre les mains vers l’âge de 7 ans et tous deux l’initièrent à la musique des Beatles et autres Deep Purple, Led Zepelin, Doors … et bien d’autres musiques.

Les préférences de Géraud allaient plutôt vers la batterie et les percussions, mais son frère ainé lui fit comprendre que la basse était plus intéressante, en particulier dans le métier, où l’on manquait souvent d’un bassiste.

 

Sa première découverte du jazz : à son collège, à son entrée en 6ème, le professeur de musique avait créé un Big Band avec d’autres professeurs et élèves, et écrivait tous les arrangements (en particulier les lignes de basse), sur de courtes pièces (d’environ 3 mn) de Gleen Miller, Count Basie …. L’essai qu’il lui proposa fut concluant ! C’est là qu’il se liera d’amitié avec le pianiste qui sera l’inséparable compagnon de ses futures aventures musicales : Étienne Déconfin*.

 

Une révélation pour l’adolescent qu’il est devenu : la musique de Miles Davis et John Coltrane (surtout l’époque du quintet et du sextet, de ‘Kind of Blue’), pour laquelle son second frère se passionnât ! Il découvre à cette occasion la beauté de la contrebasse et supplie ses parents de lui en payer une. Par prudence on commencera par lui en louer une et l’inscrire au conservatoire de Bourges (et à son Big Band). Sa fréquentation assez peu assidue du lieu lui permettra cependant d’y suivre une certaine initiation théorique et de découvrir beaucoup de musiciens et de professeurs.

 

De fait, après son bac (passé machinalement), Géraud ne glanera aucun diplôme ou titre musical particulier pendant sa période formatrice, ne fréquentera jamais la Berklee School de Boston ou quelque autre école prestigieuse de musique, le seul titre qu’il ait gagné étant celui d’exploitant forestier, lors d’un épisode Lozérien, sur la terre de ses ancêtres, en 2013, où il répondit à l’appel de la nature, (parenthèse ouverte après son dernier long séjour à New-York et entre les enregistrements de ses deux premiers albums)

 

 

Dernières Nouvelles du Jazz (DNJ) : Peux-tu nous parler de ton expérience américaine ?

 

Géraud Portal (G.P.) :

 

New-York : j’y ai passé deux ans en six ou sept séjours.

 

Pour le premier, j’y étais invité par David S. Ware, sax ténor free décédé il y a quelques années, (protégé de Sonny Rollins, à l’époque des disques au Vanguard), venu donner à Bourges un concert et une master class de 3 ou 4 jours, organisés par le conservatoire. Mon prof. de jazz m’y avait inscrit (j’avais 14 ou 15 ans), et David, constatant ma motivation pour la liberté de la musique qu’il professait, m’avait invité à venir étudier avec lui pendant l’été à Big Apple. Mes parents m’ont payé le billet d’avion et je suis resté un mois et demi avec David, qui m’a fait connaître William Parker, (un disciple de Garrisson) … premières connexions, avec des musiciens témoins de l’époque des Lofts New-Yorkais (Rachid Ali, Cecil Taylor, Cooper Moore … toute cette génération de musiciens d’avant-garde qui idolâtraient Coltrane, Archie Shepp, Albert Ayler).

 

En 2012, je partageais mon temps entre le Berry et Paris, où je jouais avec Gaël Horellou, que j’avais connu, étant lycéen, avec François Gallix, (autre membre du collectif Mû), à un stage de jazz organisé par le Crescent de Mâcon. C’est lui qui m’a mis en contact avec Ari Hoenig qui cherchait un contrebassiste pour l’accompagner lors de ses apparitions européennes. Il m’a d’abord proposé quelques dates dans des clubs new-yorkais pour rôder le répertoire, et c’est au cours de ce nouveau séjour que j’ai fait la connaissance du contrebassiste Bill Lee (le père de Spike), et de trois jeunes musiciens qu’il hébergeait dans le quartier de Fort Greene : Arnold Lee, Ben Solomon et Kush Abadey, (tous trois membres, par ailleurs, du groupe de Wallace Roney).

 

Quand je suis revenu à l’automne pour travailler avec eux, Étienne* est venu nous rejoindre. J’étais à l’époque en pleine période Coltranienne (celle d’A Love Supreme), et c’est à ce moment-là que j’ai écrit plusieurs titres et que tout s’est mis en place pour permettre l’enregistrement en quintet de mon premier album, « Fort Greene Story » (Studio Systems Two -Brooklyn- en janvier 2013).

 

Avant même que la tournée française de promotion ne débute, Etienne et moi nous sommes remis à l’écriture pour un second album, « Brothers », (qui sera enregistré en décembre 2013 avec Kush Abadey à la batterie et Ben Solomon -sax ténor- en invité spécial au studio Peter Karl –Brooklyn-).

 

DNJ : Quelle a été ta principale influence musicale ?

 

GP : Entre 13 et 20 ans, je n’ai pratiquement écouté que la musique du quartet de Coltrane, surtout la période Impulse, (Crescent, A Love Supreme, tous les Live … ).

 

Une curiosité pour ce quartet, l’édition récente (2018) d’un inédit (Both directions At Once, The Lost Album -Impulse-), qui n’est pas un vrai album, mais l’édition de prises de travail de studio.

Il faut se souvenir que Trane n’avait pas autorisé la sortie de « Transition » de son vivant, ne jugeant pas l’album d’un niveau suffisant ! (Je laisse réfléchir sur le niveau d’exigence du Monsieur).

 

Après, ce fut l’intérêt pour le quintet, avec Alice Coltrane et Rachid Ali, contemporain de la période où j’ai travaillé avec David S. Ware.

 

DNJ : Mais encore ?

 

GP : En fait, celui qui m’a fait véritablement découvrir le jazz dans son entièreté, c’est Barloyd**, dont la discothèque est une mine de découvertes ! Tu arrives chez lui : tu ne connais pas ça ? Ni ça ?? Assieds-toi, je te fais écouter ! Des nuits blanches sur le canapé, à écouter des disques, des vinyls … Quel complément à mon intérêt premier pour Coltrane et l’avant-garde américaine, pour Mingus, Roland Kirk et Eric Dolphy !

Et par là, je me suis recentré sur des bases Bop, et adore jouer avec des partenaires comme lui ou Luigi Grasso, avec qui j’apprends tous les  jours. En fait, ce qui est fascinant dans le Bop, c’est toute l’architecture de la musique qu’il véhicule ; c’est comme dans la musique de Bach, et il n’y a pas une si grande différence entre la musique de Parker et celle de Bach. Dans les deux cas, tu as l’impression d’être devant une cathédrale ; la seule différence, avec Bird ou avec Ornette, c’est que tu as en plus le cri des noirs américains, le cri du Blues.

 

Avec Barloyd, donc,  la découverte de l’Histoire du Jazz et de ses monuments (le plus grand musicien de jazz n’est pas un homme : c’est Mary Lou Williams, -voir son évolution des Twelve Clouds of Joy d’Andy Kirk au concert de Carnegie Hall 77 avec Cecil Taylor- … etc) : le jazz est un univers entier, tu y entres par une porte, et tu y navigues en fonction de tes affinités.

 

Cela dit j’aime beaucoup la musique classique et contemporaine, les chants grégoriens (intérêt que je partage avec Luigi) et la musique du Moyen Age, souvent une musique de prière. Il y a de toutes façons une musique pour tous les moments de la vie, une musique pour danser, une pour prier, une pour méditer … d’ailleurs David  S. Ware pratiquait la méditation transcendantale, s’intéressait beaucoup à l’Indouisme et au Bouddhisme, récitait des mantra le matin dans sa salle de musique….

Le grand rêve de Trane, vers la fin, était de monter une fondation pour les jeunes musiciens, dont le titre serait ‘Musique et Méditation’. C’était l’aventure spirituelle centrée sur l’Inde et le Japon, après le rêve africain fantasmé et avorté de nombre de musiciens africain-américains.

Alice Coltrane (disparue en 2007) avait poursuivi sur cette voie et créé un ashram en Californie (qui a brulé récemment).

 

DNJ : Un rêve secret ?

 

GP : Jouer dans le quartet de Trane à la place de Garrisson, avec Elvin et McCoy !

 

 

DNJ : Une réflexion particulière sur l’évolution du monde de la musique ?

 

GP :  les labels ont compris que pour exister, un musicien a besoin  à un ou des moments donnés de créer un, deux ou trois albums, pour marquer sa progression, avoir un coup de projecteur particulier, passer dans une ou des émissions de radio, travailler avec la presse. Ce n’était pas forcément la même chose auparavant, et si tu demandes par exemple à Alain Jean-Marie combien il a enregistré de disques, il ne saurait peut-être pas te le dire : à l’époque, et c’était le truc, les gens venait lui demander d’enregistrer et il y allait.

A l’heure actuelle, le musicien est beaucoup plus impliqué dans la démarche, et ne pense plus qu’à ça pendant les six ou huit mois qui précèdent la production de son projet ; c’est son bébé, qui va jalonner son parcours : c’est une pierre de plus dans l’édifice qu’il construit. Le but du jeu est de progresser, et, à un moment donné, de faire une belle photographie de ce qu’il fait, et aussi , pour l’occasion, d’inviter, de rencontrer un ou des musiciens étrangers que l’on entendrait sinon pas. A l’arrivée, c’est plus une satisfaction de musicien que de businessman, car il se vend beaucoup moins d’albums qu’auparavant.

 

Après il y a une question de catégorie d’instruments : quand tu es batteur ou bassiste, tu n’as pas trop de problème pour travailler si tu as un niveau suffisant, (tu peux même choisir tes engagements). C’est complètement différent pour les soufflants, par exemple, (trompettistes, saxophonistes), qui passent leur vie à travailler leur instrument et à peu ou moins jouer.

 

 

DNJ : Quelques réflexions particulières sur ton troisième album (Let My Children Hear Mingus),  sorti en 2018 ?

 

GP : Pour ce projet, j’ai fait des relevés sur les disques de Mingus, mais j’ai confié toutes les orchestrations à César Poirier, qui sait le faire, et vite, et qui en a beaucoup plus la compétence que moi …

Sinon, cela a été l’occasion  de recréer un son, un propos commun faisant référence à ce qui avait été élaboré dans le workshop de Mingus, au gré des alliances d’identités stylistiques différentes qui en avaient fait la richesse.

 

Le fait d’être entouré de musiciens venant d’horizons divers, Luigi Grasso érudit du bebop, Kush Abadey qui à l’histoire de la batterie afro-américaine avec lui (fils et petit-fils de batteur de jazz), Vahagn Hayrapetyan pianiste Arménien, mentor de Tigran Hamasyan, m’a permis de donner un visage nouveau à l’interprétation de la musique de Mingus.

 

Le maitre mot est : Freedom !

 

DNJ : Depuis la rentrée de septembre, tu fais partie d’un sextet-septet en résidence au Duc des Lombards à Paris ; comment est né ce projet ? En as-tu d’autres sous le coude ??

 

GP :  Ce projet est né en collaboration avec Sébastien Vidal

L’idée est d’avoir un orchestre maison et de jouer 2 soirs par mois la musique de nos héros !

Nous avons commencé avec Cannonball, Woody Shaw…affaire à suivre !!!

 

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* Étienne Déconfin, pianiste.

 

**Barloyd : alias Laurent Courthaliac, pianiste.

 

©photo Philippe LEVY-STAB

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Discographie sélective :

 

En leader :

 

Fort Greene Story (Gaya), 2013.

Brothers ( Gaya), 2015.

Let my children hear Mingus ( Jazz Family), 2018.

 

En sideman :

 

Gael Horellou Trio « Segment » ( Petit Label), 2010.

Gael Horellou Sextet «  Live » ( DTC), 2011.

Etienne Déconfin « Elements » ( Black and Blue), 2014.

Simon Chivallon «  Flying Wolf ( Jazz Family), 2018.

 

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Collaborations :

 

Anciennes :  Gael Horellou, Ari Hoenig, Étienne Déconfin, Ben Solomon, Arnold Lee, Simon Chivallon …

 

Récentes : Kush Abadey, Vahagn Hayrapetyan, Jacky Terrasson, Jazzmeia Horn, Stéphane Belmondo, Ali Jackson, Laurent Courthaliac, Luigi Grasso, Baptiste Herbin …

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 08:31

Michel Petrucciani : « je commence à peine à savoir un peu jouer »
Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand (1)

Disparu à 36 ans à New-York le  6 janvier 1999, Michel Petrucciani n’aura pu mener à bien le grand projet qui lui tenait à cœur, une œuvre symphonique. Quelques parties pour une durée de 25 minutes avaient été présentées en concert le 15 septembre 1997 à La Haye par un orchestre symphonique sous la direction de Jurre Haanstra sur des arrangements d’Anders Soldh (ndlr : musique qui sera publiée en avril 2016). Quelques semaines après, le pianiste-compositeur s’était confié à l’occasion de la sortie de Both Worlds.(Dreyfus Jazz) album qui regroupait musiciens italiens (Flavio Boltro à la trompette et Stefano di Battista au saxophone) et américains (le tromboniste à piston Bob Brookmeyer, Steve Gadd à la batterie et Anthony Jackson à la basse.
-

 

Dans « Both worlds », votre jeu paraît moins fougueux. Michel Petrucciani aurait-il changé ?
 

Michel Petrucciani. - Je vais répondre avec une phrase bateau : avec l'âge on s'assagit (rires).

-Vous partez pour un mois au Japon et en Corée. Votre programme est bouclé pour les dix-huit mois à venir. Une pause ne s'impose-t-elle pas après dix-huit ans de carrière ? –
MP -Le public vous donne une énergie incroyable. J'aime la vie et tant que j'aurai envie de jouer... Le cauchemar, ce serait de ne plus avoir d'idées. Effectivement, le métier demande énormément de travail tous les jours, travailler sur des concepts, essayer de jouer mieux. C'est un travail microscopique. Cela prend des années avant d'être un musicien accompli, dans le classique comme dans le jazz. Je considère que je n'ai pas encore fini. Je commence à peine à savoir un peu jouer (rires).

Certains jazzmen, comme Keith Jarrett, se sont aventurés dans la musique classique. Ce n'est pas une expérience qui vous tente ? –
MP - Je ne fais pas le complexe du musicien de jazz qui veut essayer d'être reconnu comme pianiste classique. On peut être tout aussi grand en improvisant qu'en jouant comme Arthur Rubinstein. Ce sont deux vies, deux cultures, deux façons de travailler différentes.
 

Si vous deviez séjourner seul sur une île déserte, qu'emporteriez-vous ? –
MP -Quelques disques de jazz : Wes Montgomery, Erroll Garner, Bill Evans, John Coltrane (Live at Birdland), Miles Davis et Gil Evans (Porgy and Bess par exemple), Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Deux chanteurs brésiliens, Elis Regina et Joao Gilberto. Dans le classique, le pianiste Arturo Benedetti Michelangeli, Maria Callas. Un livre, Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov, un tableau le Concert inachevé de Nicolas de Staël. Et je demanderais à manger de la cuisine italienne jusqu'à la fin de mes jours, c'est la cuisine la plus variée.
(1) Extrait de l’interview publié dans Paroles de Jazz (Ed Alter Ego 2014) avec l’aimable autorisation de l’éditeur Joël Mettay. Dans ce livre, figurent aussi des entretiens avec Aldo Romano, Joe Zawinul, Ahmad Jamal, René Urtreger, Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater, Melody Gardot.

 

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 18:18
@sylvain Gripoix


Les DNJ : comment te positionnes-tu par rapport à la musique : comme un musicien de jazz (il faudrait déjà définir ce qu’est le jazz pour toi …), comme un musicien tout court ? :

Matthieu Chazarenc : Comme un musicien de jazz je crois..
Pour moi, le jazz et l’improvisation sont deux choses différentes ! Bien sur le jazz appelle à l’improvisation, mais de manière très codée, très structurée, avec une histoire, un langage, une culture extrêmement forte, des bases (le blues, le swing, les standards… ).
On peut en revanche très bien improviser sans faire de jazz !
Une grande partie de ma famille a toujours écouté beaucoup de musique, mon papa était lui même musicien amateur (batteur) et mélomane de la première heure; il y avait à la maison plus de 800 disques (classique, jazz, chanson française …etc).
J’ai baigné là-dedans dès mes 6 ans, les disques du Label Pablo, (Basie, Ella, Flanagan, Peterson, Getz), je suis tombé amoureux de cette musique très rapidement.
La première fois que je suis parti à New York, c’était en 1997 ; Pour une simple raison : je rêvais d’aller dans les clubs et voir les musiciens que j’admirais, au Village Vanguard le lundi soir, pour écouter le Vanguard Orchestra …etc. J’y ai également suivi des Cours à la Drummers Collective, et des cours particuliers avec notamment John Riley.
A mon retour de New York, j’ai finalement intégré le Conservatoire de Région de Toulouse, mes parents insistant pour que je passe des diplômes (fin 97-début 98) ! J’y suis resté deux ans et demi.
Il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mes études, j’ai donc joué dans des contextes très différents les uns des autres : Big Bands, orchestres de variété, de bal, marching bands, batucadas ... etc
Avec le recul je crois que tout ceci a finalement été très formateur.

En Septembre 2000 je suis entré au Conservatoire Supérieur de musique de Paris, dans la classe de jazz et musiques improvisées.
Je n’ai jamais quitté Paris depuis.

Les DNJ : j’ai vu que tu avais travaillé avec David Linx ; tu peux nous raconter l’expérience ?

MC : David fait partie des gens avec qui j’ai travaillé assez rapidement en arrivant à Paris.
J’ai commencé à travailler avec lui sur le projet Heart Land, avec entre autres,  Paolo Fresu, Christophe Wallemme qui joue dans mon projet aujourd’hui, et puis j’ai remplacé quelques fois Stéphane Huchard sur des concerts ici et là.
Sais-tu qu’à l’origine, en Belgique, David était batteur ! Il a une personnalité incroyable, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait.

Les DNJ  : Jusqu’à récemment il n’était pas très habituel de voir des batteurs ou des bassistes enregistrer en leader. Tu as une explication à cela ?

MC : Il est vrai que nous sommes essentiellement des instrumentistes accompagnateurs qui assurons la rythmique des groupes. Il est surement plus difficile aussi de faire des concerts solo à la batterie ou à la basse que des concerts solo au piano ! Mais il y a de plus en plus de batteurs et de bassistes qui composent, arrangent et enregistrent en leader.
Pour ma part, j’ai eu quarante ans l’année dernière, et depuis longtemps, j’écrivais des petits bouts de mélodie, par-ci, par-là, que je jouais et même enregistrais parfois avec des groupes.
On m’a beaucoup encouragé à aller plus loin. J’ai donc décidé de me lancer de nouveaux défis et de voir ce que ça pouvait donner sur un disque.
Ça a pris beaucoup de temps, j’ai joué avec des musiciens très différents depuis de nombreuses années, et petit à petit, çà a muri.
En 2017, je me suis lancé et suis entré en studio en Septembre, avec une formule privilégiant l’acoustique et un rapport je crois très proche avec la chanson.
Cet album que j’ai décidé d’appeler CANTO en référence à la fois à mes racines gasconnes mais aussi à mon gout pour les mélodies, la chanson, est sorti en Février 2018.
Le choix de l’accordéon est venu assez naturellement. J’avais aussi très envie de la douceur, de la couleur du bugle, qu’on peut rencontrer chez des musiciens comme Paolo Fresu ou Stéphane Belmondo pour interpréter les thèmes.
J’ai pensé à Sylvain Gontard (bugle) de façon assez naturelle, pour son rapport au son,  son bagage classique, son gout pour les mélodies fortes, parce qu’on avait travaillé ensemble aussi dans l’orchestre d’Ivan Jullien et d’autres projets.
Idem pour Christophe Wallemme, contrebassiste, très solide, complet, à la fois rythmicien, mélodiste, magnifique soliste et compositeur avec qui j’avais déjà travaillé aux cotés d’Eric Séva, David Linx entres autres..
À l’accordéon, Laurent Derache (30 ans) est une sorte de révélation, même s’il est dans le circuit depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) sans jamais vraiment collaborer.
Il m’a fait découvrir l’univers de l’accordéon, ses compositeurs, son histoire.
C’est une très belle rencontre musicale et humaine.

Je travaille et ai beaucoup joué à l’étranger, en TRIO avec le pianiste américain Benny Lackner (presque 10 ans) au Brésil, en Asie, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans tous les pays d’Europe.
A mon arrivée à Paris en 2000, j’ai participé à de nombreuses tournées en Hollande et en Belgique avec notamment, le contrebassiste Hein Van De Geyn qui occupe une place déterminante dans mon parcours.
Grâce à ma rencontre et des années de collaboration avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, j’ai découverts les musiques et les voyages dans les iles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Madagascar).
Plus récemment des concerts en TRIO avec le pianiste Manuel Rocheman, m’ont emmené jouer dans les centres culturels français (Jordanie, Liban, Bahreïn, Dubaï  …etc)
Depuis Décembre 2017, après un premier concert à Bercy, j’accompagnais Mr Charles Aznavour.
Une expérience unique qui restera gravée dans ma mémoire pour toujours.

 

@ Sylvain Gripoix

Les DNJ  : que penses-tu de l’évolution actuelle du marché du jazz :

MC : Je suis assez optimiste ! i.e. je pense qu’il faut vivre avec le présent, penser loin devant et ne jamais trop regretter le passé.
Ce que je trouve extraordinaire, c’est qu’en me levant le matin, si je vais sur FaceBook ou sur Youtube, je peux passer 1/2h à regarder des vidéos du monde entier.
Ça fait exploser des talents, connaitre des musiciens très jeunes, de plus en plus doués un peu partout.
 Le point négatif, pour moi, dans tout ça, c’est que l’on vit de plus en plus dans une société du « Zapping »…
Quand j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de la batterie, gamin, mon père avait des vinyls, et je jouais dessus.
Je pouvais les passer 5,10 fois jusqu’à comprendre par exemple comment Lolo Bellonzi arrivait à faire un truc derrière Claude Nougaro !
Aujourd’hui, (et moi le premier), on choisit un ou deux morceaux sur un album et les ajoute à une playlist.
C’est différent !

Pour nous musiciens, le concept d’album est primordial.
Il me semble inconcevable de le faire disparaître.
J’ai envie de croire que le disque reste un objet physique, un outil promotionnel, ...un bel objet aussi.

Les DNJ : Par contre, ce qui évolue c’est l’environnement du disque; On ne signe pratiquement plus  d’artistes sur des programmes de plusieurs albums à produire dans un laps de temps défini et le concept de label se dissout petit à petit pour laisser place à l’autoproduction, dont la promotion est plus ou moins assurée par des attaché(e)s de presse : Qu’en penses-tu ?

MC : C’est vrai, Tu as raison. Les temps ont changé.
J’ai la chance d’avoir près de moi une agent formidable (Pierrette Devineau CCProduction) qui a cru en moi dès le départ et a considérablement contribué à l’élaboration de ce premier projet CANTO.
De la même façon, Camille Dal’Zovo, mon attachée de presse et directrice de la maison de disque Jazz Family a su me donner ma chance tout de suite.
J’ai également été aidé par des organismes importants tels que la SPEDIDAM.
Si je m’occupe régulièrement de trouver des concerts pour faire avancer ce projet, je dois dire que je suis très bien entouré.

Les DNJ  : Quelles ont été tes influences, tes modèles, en temps que batteur ?
 

MC : Sur une ile déserte, s’il n’y en avait qu’un à emmener : Elvin Jones !
J’ai eu la chance de le voir sur scène, de le rencontrer à Marciac.
Surement une des plus grandes révélations à ce jour.
Les batteurs qui ont fait l’histoire de cet instrument comme Jo Jones, Roy Haynes, Philly Joe Jones, Art Blakey ou encore Steve Gadd, Jeff Porcaro et beaucoup d’autres m’ont bien sur beaucoup inspiré, mais j’ai aussi beaucoup écouté et continue d’écouter les batteurs français André Ceccarelli, Daniel Humair, Manu Katché, Simon Goubert..
L’importance colossale, la remise en question que çà occasionne aussi, d’avoir été aux cotés des copains durant mes études au Conservatoire de Paris et tous les jeunes musiciens que je croise régulièrement aujourd’hui en master classe ou lors d’interventions au Centre des Musiques Didier Lockwood.

Les DNJ : Avec quels musiciens, quels saxophonistes aimes-tu ou aimerais-tu bien jouer ?
 

MC : A chaque période et chaque rencontre de nouvelles choses se créent.
Je travaille depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Eric Seva qui propose, dans son quartet « Nomade Sonore » une musique très originale, particulièrement riche rythmiquement, aux influences très variées, dans laquelle je me retrouve complètement.
C’est un projet qui me tient très à cœur.
J’ai revu Baptiste Herbin il y a peu de temps, que je trouve très très talentueux.
J’ai collaboré deux ou trois fois avec Stéphane Guillaume pour qui j’ai aussi un immense respect.
L’an passé j’étais invité lors d’un jury à l’Ile de La Réunion et me suis retrouvé à échanger avec Jean Charles Richard présent lui aussi. C’est un saxophoniste que j’apprécie énormément aussi.
Dans le passé j’ai eu la chance de collaborer avec Mark Turner sur deux tournées.
J’aimerais vraiment refaire des choses avec lui..

 

Propos recueillis par Françis CAPEAU

Repères discographiques :

2003 : Harmen Fraanje Quartet Featuring Nelson Veras – Sonatala. ‎  Challenge Jazz  SACHR 70116

2005 : Frank Woeste Trio - Mind At Play. ‎   Challenge Jazz  CHR 70124

2006 : Harmen Fraanje Quintet – Ronja. ‎   Challenge Jazz  CHR70129

2007 :  Frank Woeste Trio - Untold Stories. ‎  Challenge Jazz  CHR70139

2008 : Denis Guivarc'h 4et – Exit. ‎   Cristal Records  CRCD 0812

2009 : Mélanie Dahan - La Princesse Et Les Croque-Notes.    Sunnyside  SSC 1224

2010 : Manuel Rocheman - The Touch Of Your Lips - Tribute To Bill Evans.    Naïve NJ 620911

2010 : Sylvain Del Campo - Isotrope ‎- Aphrodite Recordings  APH106022         
2011 : Frank Woeste - Double You. ‎   World Village  WVF479060

2014 : Olivier Ker Ourio - Perfect Match. ‎ Bonsaï Music BON140301

2015 : Benny Lackner Trio – Siskiyou.  Unit Records (2)

2015 : Nomades Sonores Quartet - Eric Séva - Gaya Music

2016 : Manuel Rocheman – misTeRIO. ‎  Bonsaï Music  BON160401

2018 : Matthieu Chazarenc - CANTO. Sorti le 16 février 2018. Jazz Family.

 

Quelques repères biographiques  :

1977 : Naissance à Agen, dans le Sud-Ouest.

1983 : Premiers cours particulier de batterie à l'âge de 6 ans avec son père, batteur amateur.

1990 - 1995 : Etudie les percussions classiques au Conservatoire de Pau.

1996 : étudier au CMCN (Centre Musical et Créatif de Nancy) pendant presque un an aux cotés entres autres de Richard Paul Morellini, Frank Agulhon et Andrés Charlier. Il obtient le diplôme, Major de sa Promotion.

1997 : Séjour de quelques mois à New York (cours à la Drummers Collective, cours privés avec  John Riley).

1997-2000 : Conservatoire National de Région de Toulouse, dont il sort avec un Premier Prix de batterie et le Diplôme d'Etat de Jazz.

Septembre 2000 : Entrée dans la classe de jazz du Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Etudie la batterie aux côtés de Daniel Humair.
En juin 2003, il obtient le Premier Prix (avec félicitations).

En 2005, retour à New York (cours privés avec Jeff Ballard, Ari Hoenig).

Réside actuellement à Paris, se produit régulièrement en France et à L’étranger, dans les clubs, les festivals et les tournées.


Collaborations régulières :  avec Olivier Ker Ourio/Emmanuel Bex, Manuel Rocheman TRIO, le Quartet "Nomade Sonore" d’Eric Séva, Benny Lackner TRIO, le groupe de la chanteuse Olivia Ruiz en 2013 et 2014, les tournées de Charles Aznavour, après décembre 2017 …..

 

Collaborations passées :

David Linx, Laika Fatien, Youn Sun Nah, Sarah Lazarus, Stephy Haik, Mélanie Dahan, Marcia Maria, Sheila Jordan, Paolo Fresu, Mederic Collignon, Flavio Boltro, Dave Douglas, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer, Eric Lelann, Ivan Julien, Ibrahim Malouf, Bert Joris, Manuel Rocheman, Franck Amsallem, Giovanni Mirabassi, Tigran Hamasyan, Bernard Maury, Dominique Fillon, Georges Arvanitas, Antonio Farao, Alfio Origlio, Kris Goessens, Pierre De Bethman, Robert Glasper, Harmen Fraanje, Guillaume De Chassy, Frank Woeste, Tom McClung, Emmanuel Bex, Jeff Gardner, Thomas Enhco, Alain Jean Marie, Olivier Hutman, Pierre Alain Goualch, Mark Turner, Rosario Giuliani, Pierrick Pedron, Olivier Témime, Stéphane Guillaume, David El Malek, Riccardo Del Fra, Dominique Di Piazza, Darryl Hall, Laurent Vernerey, Hein Van De Geyn, Michel Bénita, Daniel Yvinec, Rémi Vignolo, Jean Marc Jaffet, Frédéric Monino, Sylvin Marc, Christophe Walemme, Frédéric Favarel, Louis Winsberg, Sylvain Luc, Kazumi Watanabe, Jean Marie Ecay, Jérome Barde, Misha Fitzgerald, Michael Felberbaum, Marc Berthoumieux, Glenn Ferris, Denis Leloup,, Frank Tortilier, Magic Malik …

 

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 20:59

Dans la galaxie des chanteuses de jazz, Madeleine Peyroux occupe une place bien à part. Elle revendique son appartenance à ce « mélange des cultures » à l’origine du jazz et défend l’aspect « protestataire »incarné en son temps par Billie Holiday et Nina Simone. Son dernier album, Anthem se présente comme une évocation des problèmes actuels de la société. Quatrième disque produit avec Larry Klein, Anthem constitue une œuvre collective, dix titres ayant été concoctés par Madeleine Peyroux avec ses musiciens, David Baerwald, Larry Klein, Brian McLeod, Patrick Warren. On y retrouve également la composition de Leonard Cohen Anthem, et Liberté, le poème de 1942 de Paul Eluard chanté en Français. Brève rencontre (dans la langue de Balzac) avec une artiste américaine qui connaît bien la France –elle n’a pas oublié ses débuts avec sa guitare dans le métro !- et n’aime guère (euphémisme) Donald Trump.

 .
Les DNJ : Lors d’un précédent entretien, en 2006, vous nous aviez confié avoir « une sensibilité jazz mise au service de la chanson pop et rock ». Vous êtes toujours sur la même longueur d’ondes ?
Madeleine Peyroux : L’esprit du jazz reste en vie. Il évoque une longue histoire, ce mélange entre le blues, la musique classique occidentale, les musiques populaires. C’est cette approche d’inclusion musicale, qui crée une identité américaine.


DNJ : .Avec Anthem, vous exprimez un certain regret de l’Amérique d’avant-Trump ?
-M.P : Ce n’est pas pour cultiver la nostalgie mais pour poser des questions sur notre identité, la démocratie, ouvrir la discussion. Nous sommes un peu cernés. Ces chansons sont des petites vignettes sur des personnages qui existent, qui parlent. J’espère ainsi provoquer des réactions.

DNJ : Maintenir la flamme de la liberté, comme dans le poème de Paul Eluard ?
-MP : Je l’ai découvert quand il a été chanté il y a trois ans par Marc Lavoine pour les Enfoirés. Par la suite les réalisateurs d’un documentaire consacré à la myopathie de Duchenne (maladie génétique provoquant la dégénérescence progressive de l’ensemble des muscles de l’organisme). Il exprime bien ce qui est essentiel dans la vie. (ndlr. Premières paroles de Liberté : Sur mes cahiers d'écolier. Sur mon pupitre et les arbres. Sur le sable sur la neige. J'écris ton nom. Sur toutes les pages lues. Sur toutes les pages blanches…).
 

DNJ: Quels projets aimeriez-vous maintenant réaliser ?
-MP : Un album avec des chansons pour enfants  qui jouerait sur leur imaginaire… et je rêve aussi de faire un disque uniquement en Français. J’ai passé beaucoup de temps à écouter Jacques Brel dont je vais enregistrer (ndlr : l’entretien a eu lieu début septembre) bientôt, lors d’un hommage collectif, la chanson  « Voir un ami pleurer ». Je me sens un peu Française….même si en étant en France j’ai pris conscience de mon identité américaine. Je fumais des Gauloises (rires).


Anthem. Madeleine Peyroux.

 Madeleine Peyroux (voix, guitare) avec notamment  Larry Klein (basse, claviers, percussions, guitar, voix), Dean Parks (guitares, voix), David Baerwald ( guitars, voix), Brian McLeod (batterie, percussions, voix), Pete Kuzma (orgue Hammond, voix), Patrick Warren (piano, claviers, voix), Grégoire Maret (harmonicas), Chris Cheek (saxophones ténor et baryton).  Decca/Universal. Septembre 2018

Madeleine Peyroux est en tournée en France : en novembre Marseille (7), Lyon (9), Andrésy, 78 (12), Vélizy, 78 (29), Villejuif, 94 (30) et en décembre, La Cigale, Paris (5).

 

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 20:47
@Luigi-Dennis Gliksman

 

Venu au monde en 1986, au sein d’une famille modeste d’un petit village de la région napolitaine (Ariano Irpino), Luigi est tombé très tôt dans la marmite … plus précisément lorsque son père lui offrit un album de Charlie Parker pour ses cinq ans dont l’écoute, magique, lui fit dire : c’est ça que je veux faire !!!
La maison était certes modeste, mais les parents, sans être musiciens, étaient amoureux de musique au point d’avoir accumulé une collection de quelques huit cents à mille disques, et le gamin et son frère cadet de deux ans, Pasquale, futur guitariste, ont eu très tôt l’occasion d’affuter leurs oreilles. Et puisque l’on parle d’oreille, c’est son premier professeur (intermittent) de musique, oboïste local, (n’oubliez jamais que nous sommes en Italie, un pays où la musique est dans les gênes !), qui détecta chez lui l’Oreille Absolue, découvrant sa capacité à dire et chanter les notes d’un morceau simultanément à son écoute.
Les deux enfants eurent bien quelques cours théoriques de musique dispensés par de rares professeurs locaux, mais leur seule pratique du jazz pendant de nombreuses années fut autodidacte, se résumant à jouer en solitaires sur les disques du foyer, et Luigi insiste sur l’aspect magique de cette découverte et de cette pratique.

 

Un peu plus tard, La rencontre avec deux musiciens pédagogues sera primordiale :
Agostino di Giorgio, Guitariste américain, (élève de Chuck Wayne), revenu s’installer en Italie, du côté de Rome, qui va lui donner ses premiers cours d’harmonie (Luigi a 10-11ans) et lui recommandera d’aller suivre  l’enseignement du grand pianiste bop Barry Harris. La relation avec ce dernier sera très forte, initiée en Suisse, où ses parents l’emmènent suivre les masters classes du Maître, poursuivie à New York, lors de son premier passage  (1999) puis tout au long des années, Luigi assurant la traduction italienne des masters classes de Barry en chaque occurrence où celui-ci le sollicite.

Entretemps, La participation aux stages (clinics) de l’université de Berklee, dans le cadre de l’Umbria Jazz festival à Pérouse, en 1997, (l’année de ses 11 ans) lui permet d’obtenir une bourse pour aller étudier à la Berklee University de Boston, où on l’accueillera avec tout le respect du à son jeune talent. Mais, pour des raisons familiales et de revenu évidentes, il ne peut encore s’établir aux États-Unis … ce n’est que partie remise.

La théorie le rattrape en 2002, au conservatoire Giovanni Martini de Bologne, où il étudie plus formellement l’écriture, le contrepoint et l’orchestration classiques, complétant sa formation jazz initiale : le parcours est donc un peu atypique, mais petit à petit, toutes les pièces du puzzle se mettent en place.
Partant, il ne peut que remercier ses parents de l’avoir soutenu dans ce long chemin, en suivant leur instinct et leurs intuitions, avec la confiance du cœur, en faisant des choix qui n’étaient pas évidents pour eux, non musiciens.
Lorsqu’il a 16-17 ans, son père lui dit : « Maintenant tu es grand, tu peux évoluer tout seul, tu n’as plus besoin de nous, mais nous serons toujours là, bien sur !’ »

                     _____________________


Son premier instrument d’amour : le saxophone alto, pour lequel, comme il est encore trop petit, (il a cinq ans), son père lui construira un praticable, pour qu’il puisse poser son instrument et en jouer.
De fait, à ce jour, il a pratiquement joué tous les saxophones , se mettant aux soprano, ténor, sax en fa, C-Melody,  à partir de 10-11 ans et plus tardivement, vers 20 ans, au baryton, (instrument onéreux). Le premier amour reste pour l’alto,  peut-être parce qu’avec moins d’efforts (ou plus de facilité) c’est l’instrument avec lequel on est devant. « Le baryton c’est plus compliqué, dit-il, ça permet de t’interroger sur la musique d’une façon différente, complémentaire de l’alto, L’instrument pouvant amener vers une chose ou une autre. Le baryton donne une inspiration sonore très différente, qui est aussi un geste : ce n’est pas évident d’avoir le même geste sur deux instruments aussi différents ».
Vers 15-16 ans, l’étude du piano lui a aussi beaucoup apporté.
                          ______________________

A la question : Quelles sont tes plus grandes influences musicales, toutes confondues ? il répond sans hésiter : ‘Les trois B’ : Bach, Bird et Brahms. Choix forcément réducteur mais qui résume l’essentiel.

Charlie Parker, Le disque de ses 5 ans : c’est l’illumination !

Bach, (pour lequel l’influence formatrice de Palestrina rend Luigi très fier de son pays), pour l’architecture, la profondeur,  et le rôle de passeur de la musique de la Renaissance et du XVIIème siècle vers la musique moderne. La Passion selon Saint-Mathieu est un chef-d’œuvre toutes musiques confondues : c’est intemporel.

Brahms, pourtant grand virtuose du piano, qui a toujours préféré privilégier ses talents de compositeur, à une période où la musique changeait profondément, alliant la tradition et le révolutionnaire, les symphonies, la musique de chambre, le romantisme. À une époque où Wagner transforme le paysage, Brahms reste lié à une forme beaucoup plus classique, mais avec une respiration très romantique, par comparaison à Bach ou Beethoven, son idole – dont il dira même qu’il n’a pu composer de symphonie que très tard, car il avait un monstre sur les épaules ! -.

Et, s’il fallait en rajouter un : Ravel, pour ce son limpide, cristallin, plus latin. Son quatuor est l’une des plus belles pièces écrites de l’histoire de la Musique (un premier thème en fa majeur, un deuxième en ré mineur, très respectueux de la tradition, mais avec une esthétique, une respiration et des choix sonores qui sont très modernes).

En musique (comme disait Proust pour la littérature) on a le plaisir d’apporter son univers, mais en respect de l’Histoire : on ne construit pas sur du sable. Il est très difficile d’inventer quelque chose, c’est réservé aux génies, et surtout … on ne (le)décide pas, ça arrive comme ça : c’est arrivé pour Armstrong, pour Bird, pour Trane, pour Bach, … etc, et même pour Schoenberg, lorsqu’il arrive à cette conclusion de l’épuisement de la tonalité sur 7 notes (la tonalité a été poussée à l’extrême par le Romantisme) et imagine le modèle dodécaphonique, ambitieux, (dont il reconnaît lui-même dans ses écrits tardifs que le monde n’était peut-être pas prêt à ça), dans lequel il détruit le système harmonique tonal, mais de l’intérieur, après avoir épuisé la connaissance presque totale du système : son raisonnement reste basé sur l’historique de la musique.
C’est un peu le même type de mécanisme évolutif que l’on observe entre le Coltrane des débuts, proche du style de Lester Young, puis de Dexter Gordon, puis avec un chanteur de Blues et le Coltrane tardif d’Ascensions’.

                    _______________________

À la question ‘Depuis les années 2010 et ton installation à Paris, tu assures une activité pédagogique tous azimuts, Master Classes en Europe et aux Etats-Unis, Professeur de saxophone dans des conservatoires municipaux de Paris (CMA9, CMA17), au CRR de Paris, au Pôle Supérieur de Paris et Boulogne Billancourt (PSPBB). Tu diriges aussi le projet ‘POP UP THE JAM’ initié par Buffet-Crampon : de quoi y est-il question ?

Ce projet consiste à donner l’opportunité à des jeunes musiciens de profiter d’un environnement plus professionnel, en essayant de créer une communauté, une pépinière de jeunes talents qui se forment, se confrontent, échangent, de recréer une espèce de compagnonnage avec des musiciens professionnels, tel que celui-ci a pu exister dans les années 50 et le jazz d’après-guerre. La note est trop focalisée sur l’individu aujourd’hui. C’est l’occasion de créer un pole d’échanges.
J’ai eu la chance d’habiter New York, longtemps, et puis l’Europe, de côtoyer, jouer avec et partager l’expérience de grands musiciens, pour beaucoup disparus, (Frank Wess, Hank Jones, Ray Brown), pour d’autres toujours présents (Barry Harris …) pour lesquels l’échange, le ‘Sharing’, la transmission, étaient et sont essentiels. Ce contexte est beaucoup plus fort aux USA qu’en France et en Europe à l’heure actuelle (et je vis à Paris depuis presque dix ans maintenant). L’essentiel étant de ne pas se perdre dans un rêve irréalisable, mais de faire en sorte que les choses puissent aller vers notre rêve. C’est aussi dans ce sens que j’enseigne depuis une dizaine d’années dans les conservatoires parisiens, au CRR et au PSPBB, et j’ai pu entrainer beaucoup de jeunes musiciens dans quelques-uns de mes projets (en particulier dans mon dernier disque)  ou des projets d’autres musiciens : c’est un engagement de chaque instant.

        

@Luigi-Laurent Meyer

            ____________________

À la question : La notion d’album a-t-elle encore un sens pour les musiciens ? Et que penses-tu de la consommation musicale actuelle, en particulier celle des jeunes ?

L’album cristallise une période dans l’évolution artistique d’un musicien. Faire un disque c’est une gestation, l’aboutissement d’un projet. Le problème est qu’il est plus difficile aujourd’hui de dire bon, on rentre en studio, deux jours, et on enregistre … parce que les musiciens jouent moins ensembles, et moins souvent !
Par exemple Hank Jones : son bar favori était son bureau où on pouvait l’appeler pour demander s’il était libre pour venir jouer; et s’il ne le pouvait pas, il recommandait d’appeler Tommy, (Flanagan), qui pourrait surement, ou un autre collègue. C’est une époque où c’était possible, où les musiciens jouaient 15 fois par semaine, ensembles ! sur les 15 fois, il y avait au moins 6/7 gigs où c’était le même batteur ou le même bassiste ou les deux.
Les choses sont différentes aujourd’hui, et l’on profite plus d’opportunités de tournées internationales pour se croiser et profiter de l’occasion pour enregistrer.

Le rapport à l’objet disque, vinyl en particulier, est important. Son écoute est aussi importante que l’objet … et pas en musique de fond. Il est essentiel, une fois par jour, de prendre ¾ d’heure/1 heure dans son canapé et  d’ÉCOUTER ! et parfois le même disque pendant tout un mois.
Je n’ai pas d’écouteur chez moi ! Je serais incapable d’écouter de la musique en tranche ou en bruit de fond.


                        ________________________

Avec quels musiciens voudrais-tu ou aurais-tu aimé jouer , vivants ou disparus ???
Mon  trio de rêve :  Monk-Blakey-Pettiford.

Un endroit où tu aimerais vraiment jouer : Carnegie Hall.

Trois souhaits : Etre en bonne santé, dans ma famille et Heureux ! Le reste est accessoire.

                          ______________________

Les principales étapes :

1991 : l’Illumination !
1997 (à 11 ans): les stages de l’université de Berklee, à l’Umbria Jazz festival, puis une victoire à la compétition internationale de jeunes talents ‘Bravo Bravissimo’, qui lance sa carrière jazz professionnelle dans le cadre européen.
1999 : son premier album « A Love Supreme »; l’enseignement d’Agostino di Giorgio et de Barry Harris.
2002 : le conservatoire Giovanni Martini de Bologne.
2007/2009 : l’installation à New-York.
2010 : l’installation à Paris et l’activité pédagogique.
2010 et suivantes : l’Éclosion.

                         ___________________________

Repères Discographiques :

En Leader ou co-Leader :

1999 : Luigi Grasso & Teo Ciavarella Trio, ‘A Love Supreme’. Java Records.

2001 : Luigi & Pasquale Grasso Groups, ‘Dance of The Infidels’. Lp Records.

2006 : Luigi Grasso / Renato Sellani, ‘Introducing’. Phylology.

2007 : Luigi Grasso / Nicolas Dary, ‘The Plain But The Simple truth’. AP.

2008 : Fat Bros Quintet, ‘Wail’. Freecom Jazz

2012 : Luigi Grasso Quartet, ‘Ça Marche’. Echopolite.

2014 : Luigi Grasso Octet, ‘New York All Stars’ EP. AP

2017 : Ignasi Terraza Trio & Luigi Grasso, ‘Looking Back and Moving Forward’. SWIT Records

2018 : The Greenwich Session by Luigi Grasso, ‘Invitation au Voyage’. Camille Production MS042018CD

En Sideman :

2010 : Gaetano Riccobono, ‘Fino a Domani’. Jazzyrecords.

2010 : Giuseppe Venezia and Friends, ‘Let The Jazz Flow’. SiFaRe.

2011 : Attilio Troiano, ‘Something New’. Sony Music.

2011 : DukeOrchestra / Michel Pastre Big Band, ‘Battle Royal’. Sony Music.

2012 : China Moses & Raphael Lemonnier, ‘Crazy Blues’. Universal.

2012 : Les Sourds-Doués, ‘Vol.1’. Chapeau l’Artiste.

2013 : Nicolas Dary Septet, ‘L’Autre Rive’.Gaya Records.

2014 : Pierre Boussaguet Septet, ‘Le Semeur’. Jazz aux Remparts.

2015 : Dominique Magloire, ‘Traveling Light’. Gospel sur la Colline.

2016 : Laurent Marode Nonet, ‘This Way Please’. Sunny Side Up.

2016 : Joan Chamorro, ‘Presenta Juan Mar Sauqué’. Jazz to Jazz.

2017 : China Moses, ‘Nightin Tales. MPS Records

2018 : Géraud Portal, ‘Let My Children Hear Mingus’. Jazz Family JF047

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 10:53

JULIAN LAGE , un ange du jazz au pays du rock’n roll

 


 

@Mack Avenue

 

Julian Lage, sur la route de sa tournée était à Marciac le 29 Juillet pour un concert en trio à l’Astrada. Celui que la presse américaine qualifie de jeune prodige a déjà, malgré son jeune âge joué avec à peu près tout ce que le gratin du jazz compte de célébrités. Avec des yeux bleus clairs et une voix douce, le guitariste nous accueille avec une grande gentillesse pour quelques mots attrapés au sortir de ses balances…..

 

Les DNJ : « Heureux d’être à Marciac ? »

Julian Lage : «  Absolument. C’est un festival très prestigieux et donc c’est un honneur pour moi d’y être programmé. Plusieurs amis musiciens m’en parlaient depuis longtemps »

Les DNJ : «  Julian, il semble que « Morning lore » votre dernier album prend un direction assez nouvelle dans votre discographie ? »

JL : «  Oui, tout à fait. Il s’agit d’une nouvelle interprétation de la musique que je voulais jouer en trio. Il s’agit du rock’n roll des premières années. Cela veut dire des morceaux très courts, très concis, très axés sur la mélodie. L’idée c’est sur une 12aine de morceaux de pouvoir les écouter et les réécouter encore. Avec peut être moins de place pour l’improvisation. Nous avons enregistré cet album très vite, juste en quelques jours mais c’était un vrai challenge ».

Les DNJ : «  Mais ce n’est pas exclusivement rock’n roll …. »

JM : «  Il y a un ou deux morceaux plus jazz…. »

Les DNJ : » Comme Look book ? »

JL : » Oui c’est l’un d’eux. Earth Science est le deuxième. Cela préfigure ce que je voudrais faire ensuite. Quelque chose plus axé sur la façon dont nous pourrions improviser collectivement. Mais là, pour cet album il était important pour moi de faire un album avec ce que j’avais écris moi-même, mon propre matériau »

Les DNJ : « Vous jouez énormément. A quel moment en êtes vous : au début, au milieu ou à la fin de votre tournée  ? »

JL : «  On arrive à la fin. »

Les DNJ : « Hier il y avait Pat Metheny qui jouait. Est il quelqu’un d’important pour vous, dans votre carrière de musicien ? »

JL : » Absolument. A l’âge de 10 ans, je jouais ses morceaux. »

Les DNJ : « Justement beaucoup de médias, parlent de vous comme d’un génie. Comment réagissez vous à cela ? »

JL : «  Je ne sais pas si je le mérite et pour tout dire cela n’a pas beaucoup d’importance pour moi. J’essaie juste de m’améliorer toujours à la guitare. Je pense que ceux qui disent cela parlent plus d’eux-même que de moi. Ils ont besoin de faire de moi un « prodige » mais cela n’a aucune signification pour moi. Je continue de jouer, à essayer de progresser, exactement comme lorsque j’étais enfant »


Les DNJ : «  qui vous a donné l’envie de devenir guitariste ? »

JL : «  Cela m’a été naturel car mon père était lui-même guitariste.Nous avons joué ensemble. Et avec le temps il jouait moins et je jouais plus, mais il était comme un coach. C’est un super musicien et en plus visionnaire. Ma mère aussi m’a inspiré, pas comme musicienne mais dans le domaine de l’art. »

Les DNJ : « En écoutant ce dernier album, j’y ai retrouvé des sonorités à la Bill Frisell. c’est quelque chose que vous aviez en tête ? »

JL : « Pas vraiment même si j’adore Bill. Il nous est arrivé de jouer ensemble. Je trouve que nous sonnons au contraire très différemment »

Les DNJ : « Mais vous avez en commun cette façon de jouer avec les réverbérations et aussi avec les sonorités country ? »

JL : « Le point commun c’est que nous partageons le même patrimoine musical de notre pays. »

Les DNJ : «  Modern Lore est il un album «  américain »  »  ?

JL : «  Très !  Mais il est surtout très lié à la musique des années 50 et 60 quand la guitare est devenue de plus en plus électrique. Des gens comme Jimmy Bryant et les guitaristes texans par exemple m’ont inspiré »

Les DNJ : «  vous faites partie des rares guitaristes qui savent faire sonner en même les lignes mélodiques et les harmoniques »

JL : «  Le maître entre tous, sur ce plan, c’est Jim Hall ! Pat (Metheny) et Bill ( Frisell) aussi »


Les DNJ : «  Quelques mots sur vos nouveaux projets ? »


JL : « Dans l’immédiat il y a une collaboration avec John Zorn qui va être publié dans les mois à venir. Un travail avec le guitariste Gyan Riley. Nous avons déjà collaboré sur plusieurs projets, Book of Angel, Masada, aussi un travail sur Shakespeare. Il y a aussi un quelque chose plus heavy metal. Nous travaillons aussi en trio sur un nouveau projet, mais là je ne voudrais pas trop en parler maintenant »

Les DNJ : «  Merci beaucoup Julian ! »

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 29 juillet 2018 à l’Astrada - Marciac.

 

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:26
@Anna Webber

Au sommet de son art vocal, Kurt Elling se pose des questions sur l’état du monde, la pauvreté extrême côtoyant la richesse énorme, la montée des extrémismes. Le lauréat de l’Académie du Jazz et des Grammy Awards reste influencé par le diplôme de philosophie de la religion obtenu dans sa ville natale de Chicago. Le baryton admirateur de Jon Hendricks et …Jean Sablon apporte sa réponse au climat général anxiogène avec un répertoire allant de Leonard Bernstein à Bob Dylan. A la veille d’une tournée en France pour présenter « The questions » (Okeh-Sony)-dont Jean-Marc Gélin vous a fait un compte-rendu enchanteur- Kurt Elling se confie aux DNJ.
 

 

Les DNJ: Diplômé à l’Université en philosophie de la religion, êtes vous influencé par vos connaissances dans votre expression artistique ?
Kurt Elling. La philosophie de la religion n’a jamais été aussi présente dans mon univers que maintenant. Ce disque, The Questions, traite de la confrontation à laquelle nous devons faire face dans cette époque effrayante et perplexe. C’est un défi politique, idéologique, financier à relever. Depuis la création du monde, nous n’avons jamais eu autant de pouvoir pour détruire et pour créer, ni jamais autant d’incroyable richesse et en même temps une telle pauvreté. En tant que citoyen, j’ai besoin de comprendre ce que je suis supposé faire. Je ne peux être un homme politique, je ne peux être un roi. Je peux à peine me contrôler moi-même, je peux voir et ressentir la souffrance. Et cela, c’est là une question idéologique.

Les DNJ: Ces questions vous ont motivés dans le choix des titres pour cet album ?
 

KE : Tout ce que je savais, c’est que je voulais faire quelque chose qui vaille la peine en cette époque où se posent les questions de la valeur, du sens, de la moralité dans la relation que nous avons avec nous-mêmes et les autres. Nous devons faire face à cet aspect autodestructeur qui se trouve en chacun de nous et qui se manifeste dans tous les extrémismes et fanatismes ainsi qu’on le constate avec l’émergence du fascisme en Autriche ou encore avec les risques de frappes nucléaires, d’un désastre écologique ou même de guerre civile aux Etats-Unis.

Les DNJ : C’est un album que vous n’auriez peut-être pas fait il y a 20 ans ..
 

KE :  Peut-être ! Je ne sais pas. Cet album a été réalisé avec Branford Marsalis, une deuxième collaboration après Upward Spirals (Okeh-Sony)en 2016, et qui reflète une relation forte entre nous. Le fait est que je ne peux ignorer ce qui se passe dans le monde, comme par exemple (et il montre la « une » d’un quotidien) ces massacres d’enfants en Syrie ou en Floride. Quand vous atteignez la cinquantaine (ndlr : il est né en 1967) et que le monde est horrible et dangereux comme il se trouve maintenant, est ce que je dois en prendre conscience ou passer mon chemin et faire comme si de rien n’était ? Je ne suis pas un bon chanteur engagé (“a good protest singer”), c’est donc un véritable combat pour moi de faire référence à ces questions. C’est un gros défi personnel. Je ne chante pas un Requiem mais je dois chanter ce que je ressens.

Les DNJ: Mais vous restez un chanteur de charme, un crooner …
 

KE : La période actuelle est aussi favorable au romanesque. Une des questions idéologiques les plus graves n’est elle pas, qu’est ce que l’amour ? comment nous trouvons l’amour, comment nous manifestons l’amour ? Je veux également divertir le public. Je veux que les spectateurs prennent du plaisir, qu’ils sortent du concert le plus heureux possible, qu’ils gardent un bon souvenir. Je suis très reconnaissant au public qui vient m’écouter, à Paris ou  Copenhague. Je me sens responsable auprès du public. Je pense que le public attend que je poursuive dans cette voie. Je continue à apprendre autant que je peux, à présenter des chansons qui aient du sens et à progresser. C’est mon job. Je sais que je ne peux changer le monde… j’aimerais bien (rires)

Les DNJ: Avez-vous l’intention d’inscrire d’autres chansons françaises à votre répertoire, après des titres de Claude Nougaro et Jean Sablon ?
 

KE: J’aime beaucoup « Je tire ma révérence » de Jean Sablon, c’est agréable, un peu piquant, c’est ok. Mais avec les chansons en Français, il est difficile de rendre les nuances. Je ne connais pas assez bien le répertoire pour être assez précis dans l’expression. J’aimerais bien connaître toutes les langues. Quand je serai au ciel, je serai polyglotte ! (rires)

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

 

Kurt Elling. The Questions. Kurt Elling (voix, producteur), John McLean (guitares), Stuart Mindeman (claviers), Joey Calderazzo (piano), Clark Sommers (basse), Jeff « Tain » Watts (batterie), Branford Marsalis (producteur, saxophones), Marquis Hill (trompette, bugle). 5-12 octobre 2017. New York. Okeh-Sony.

 

En concert en avril en France, le 10 à Schiltigheim (Cheval Blanc) le 11 à Cholet (Théâtre Saint-Louis), le 13 à Caen (Théâtre), le 14 à Saint Nazaire (Théâtre), le 16 à Nice (Opéra Nice Côte d’Azur)et le 17 à Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale) avec Stuart Mindeman, Clark Sommers, Jeff "Tain" Watts, John McLean et en invité à La Seine Musicale Rick Margitza (saxophones).

 

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 20:34

 

 

Le jazz n’a jamais quitté Melody Gardot. La chanteuse du New Jersey l’a rappelé à ses fans (et aux autres) en participant à un disque-hommage à Charlie Parker l’an passé. Son tout dernier album, une sélection de ses concerts donnés en Europe de 2012 à 2016 (dont Paris en 2012 et 2015) confirme sa présence sur scène et sa capacité à improviser sur des standards (Over the Rainbow) et sur ses propres compositions (Baby I’m a Fool, proposé en deux versions, ou encore March for Mingus, morceau de 11 minutes avec force intervention instrumentale et des accents de saxophone « à la Roland Kirk »). Passionnée par la France, où elle réside régulièrement, Melody Gardot s’est confiée aux DNJ dans la langue de Victor Hugo.

Les DNJ : -Comment vous est venue l’idée de sortir un album reprenant le meilleur de vos concerts en Europe ?
 

Melody Gardot : Chaque concert est tellement différent. Les artistes qui font exactement la même chose sur scène, c’est ennuyeux. C’est comme quelqu’un qui répète les mêmes blagues (rires). Je suis très sensible à l’esprit de chacune des scènes, à la possibilité de faire quelque chose de différent à chaque fois, d’improviser, de totalement abandonner la chanson et de faire une jam, comme dans ce morceau dédié à Mingus (ndlr March for Mingus, qui figurait déjà dans son album de 2015, Currency of a Man).

Les DNJ : Que vous apporte le public ?
 

MG : Je suis née (sic) grâce au public. C’est lui qui m’a permis de relever tous les défis. Quand j’ai commencé à chanter, il y a dix ans, après un terrible accident de la route, j’étais en chaise roulante. Maintenant je peux prendre le micro sans aucune aide, sans devoir recourir à une canne .

Les DNJ : Avoir des origines européennes et même françaises, cela influence votre façon de chanter ?
 

MG : Il y a des choses qui sont dans le sang. Moi je suis white. J’ai écouté Chopin, Debussy. Mais j’ai aussi le côté américain, je peux oser.

Les DNJ : Après dix ans de carrière, vous n’avez pas envie de faire une pause ?
 

MG : Ces derniers temps j’ai pris le temps de voyager, mais aussi d’aller au spectacle, notamment de danse, comme la compagnie de Pina Bausch, assister à des concerts de musique classique. J’aime la musique classique parce qu’il n’y a pas de paroles et que tu peux imaginer ce que tu veux.
P

ropos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Melody Gardot , Live in Europe. 2 cd. Decca-Universal. Février 2018.
En concert à l’Olympia, Paris, les 1er et 2 juillet.

 

 

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