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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 18:18
@sylvain Gripoix


Les DNJ : comment te positionnes-tu par rapport à la musique : comme un musicien de jazz (il faudrait déjà définir ce qu’est le jazz pour toi …), comme un musicien tout court ? :

Matthieu Chazarenc : Comme un musicien de jazz je crois..
Pour moi, le jazz et l’improvisation sont deux choses différentes ! Bien sur le jazz appelle à l’improvisation, mais de manière très codée, très structurée, avec une histoire, un langage, une culture extrêmement forte, des bases (le blues, le swing, les standards… ).
On peut en revanche très bien improviser sans faire de jazz !
Une grande partie de ma famille a toujours écouté beaucoup de musique, mon papa était lui même musicien amateur (batteur) et mélomane de la première heure; il y avait à la maison plus de 800 disques (classique, jazz, chanson française …etc).
J’ai baigné là-dedans dès mes 6 ans, les disques du Label Pablo, (Basie, Ella, Flanagan, Peterson, Getz), je suis tombé amoureux de cette musique très rapidement.
La première fois que je suis parti à New York, c’était en 1997 ; Pour une simple raison : je rêvais d’aller dans les clubs et voir les musiciens que j’admirais, au Village Vanguard le lundi soir, pour écouter le Vanguard Orchestra …etc. J’y ai également suivi des Cours à la Drummers Collective, et des cours particuliers avec notamment John Riley.
A mon retour de New York, j’ai finalement intégré le Conservatoire de Région de Toulouse, mes parents insistant pour que je passe des diplômes (fin 97-début 98) ! J’y suis resté deux ans et demi.
Il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mes études, j’ai donc joué dans des contextes très différents les uns des autres : Big Bands, orchestres de variété, de bal, marching bands, batucadas ... etc
Avec le recul je crois que tout ceci a finalement été très formateur.

En Septembre 2000 je suis entré au Conservatoire Supérieur de musique de Paris, dans la classe de jazz et musiques improvisées.
Je n’ai jamais quitté Paris depuis.

Les DNJ : j’ai vu que tu avais travaillé avec David Linx ; tu peux nous raconter l’expérience ?

MC : David fait partie des gens avec qui j’ai travaillé assez rapidement en arrivant à Paris.
J’ai commencé à travailler avec lui sur le projet Heart Land, avec entre autres,  Paolo Fresu, Christophe Wallemme qui joue dans mon projet aujourd’hui, et puis j’ai remplacé quelques fois Stéphane Huchard sur des concerts ici et là.
Sais-tu qu’à l’origine, en Belgique, David était batteur ! Il a une personnalité incroyable, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait.

Les DNJ  : Jusqu’à récemment il n’était pas très habituel de voir des batteurs ou des bassistes enregistrer en leader. Tu as une explication à cela ?

MC : Il est vrai que nous sommes essentiellement des instrumentistes accompagnateurs qui assurons la rythmique des groupes. Il est surement plus difficile aussi de faire des concerts solo à la batterie ou à la basse que des concerts solo au piano ! Mais il y a de plus en plus de batteurs et de bassistes qui composent, arrangent et enregistrent en leader.
Pour ma part, j’ai eu quarante ans l’année dernière, et depuis longtemps, j’écrivais des petits bouts de mélodie, par-ci, par-là, que je jouais et même enregistrais parfois avec des groupes.
On m’a beaucoup encouragé à aller plus loin. J’ai donc décidé de me lancer de nouveaux défis et de voir ce que ça pouvait donner sur un disque.
Ça a pris beaucoup de temps, j’ai joué avec des musiciens très différents depuis de nombreuses années, et petit à petit, çà a muri.
En 2017, je me suis lancé et suis entré en studio en Septembre, avec une formule privilégiant l’acoustique et un rapport je crois très proche avec la chanson.
Cet album que j’ai décidé d’appeler CANTO en référence à la fois à mes racines gasconnes mais aussi à mon gout pour les mélodies, la chanson, est sorti en Février 2018.
Le choix de l’accordéon est venu assez naturellement. J’avais aussi très envie de la douceur, de la couleur du bugle, qu’on peut rencontrer chez des musiciens comme Paolo Fresu ou Stéphane Belmondo pour interpréter les thèmes.
J’ai pensé à Sylvain Gontard (bugle) de façon assez naturelle, pour son rapport au son,  son bagage classique, son gout pour les mélodies fortes, parce qu’on avait travaillé ensemble aussi dans l’orchestre d’Ivan Jullien et d’autres projets.
Idem pour Christophe Wallemme, contrebassiste, très solide, complet, à la fois rythmicien, mélodiste, magnifique soliste et compositeur avec qui j’avais déjà travaillé aux cotés d’Eric Séva, David Linx entres autres..
À l’accordéon, Laurent Derache (30 ans) est une sorte de révélation, même s’il est dans le circuit depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) sans jamais vraiment collaborer.
Il m’a fait découvrir l’univers de l’accordéon, ses compositeurs, son histoire.
C’est une très belle rencontre musicale et humaine.

Je travaille et ai beaucoup joué à l’étranger, en TRIO avec le pianiste américain Benny Lackner (presque 10 ans) au Brésil, en Asie, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans tous les pays d’Europe.
A mon arrivée à Paris en 2000, j’ai participé à de nombreuses tournées en Hollande et en Belgique avec notamment, le contrebassiste Hein Van De Geyn qui occupe une place déterminante dans mon parcours.
Grâce à ma rencontre et des années de collaboration avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, j’ai découverts les musiques et les voyages dans les iles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Madagascar).
Plus récemment des concerts en TRIO avec le pianiste Manuel Rocheman, m’ont emmené jouer dans les centres culturels français (Jordanie, Liban, Bahreïn, Dubaï  …etc)
Depuis Décembre 2017, après un premier concert à Bercy, j’accompagnais Mr Charles Aznavour.
Une expérience unique qui restera gravée dans ma mémoire pour toujours.

 

@ Sylvain Gripoix

Les DNJ  : que penses-tu de l’évolution actuelle du marché du jazz :

MC : Je suis assez optimiste ! i.e. je pense qu’il faut vivre avec le présent, penser loin devant et ne jamais trop regretter le passé.
Ce que je trouve extraordinaire, c’est qu’en me levant le matin, si je vais sur FaceBook ou sur Youtube, je peux passer 1/2h à regarder des vidéos du monde entier.
Ça fait exploser des talents, connaitre des musiciens très jeunes, de plus en plus doués un peu partout.
 Le point négatif, pour moi, dans tout ça, c’est que l’on vit de plus en plus dans une société du « Zapping »…
Quand j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de la batterie, gamin, mon père avait des vinyls, et je jouais dessus.
Je pouvais les passer 5,10 fois jusqu’à comprendre par exemple comment Lolo Bellonzi arrivait à faire un truc derrière Claude Nougaro !
Aujourd’hui, (et moi le premier), on choisit un ou deux morceaux sur un album et les ajoute à une playlist.
C’est différent !

Pour nous musiciens, le concept d’album est primordial.
Il me semble inconcevable de le faire disparaître.
J’ai envie de croire que le disque reste un objet physique, un outil promotionnel, ...un bel objet aussi.

Les DNJ : Par contre, ce qui évolue c’est l’environnement du disque; On ne signe pratiquement plus  d’artistes sur des programmes de plusieurs albums à produire dans un laps de temps défini et le concept de label se dissout petit à petit pour laisser place à l’autoproduction, dont la promotion est plus ou moins assurée par des attaché(e)s de presse : Qu’en penses-tu ?

MC : C’est vrai, Tu as raison. Les temps ont changé.
J’ai la chance d’avoir près de moi une agent formidable (Pierrette Devineau CCProduction) qui a cru en moi dès le départ et a considérablement contribué à l’élaboration de ce premier projet CANTO.
De la même façon, Camille Dal’Zovo, mon attachée de presse et directrice de la maison de disque Jazz Family a su me donner ma chance tout de suite.
J’ai également été aidé par des organismes importants tels que la SPEDIDAM.
Si je m’occupe régulièrement de trouver des concerts pour faire avancer ce projet, je dois dire que je suis très bien entouré.

Les DNJ  : Quelles ont été tes influences, tes modèles, en temps que batteur ?
 

MC : Sur une ile déserte, s’il n’y en avait qu’un à emmener : Elvin Jones !
J’ai eu la chance de le voir sur scène, de le rencontrer à Marciac.
Surement une des plus grandes révélations à ce jour.
Les batteurs qui ont fait l’histoire de cet instrument comme Jo Jones, Roy Haynes, Philly Joe Jones, Art Blakey ou encore Steve Gadd, Jeff Porcaro et beaucoup d’autres m’ont bien sur beaucoup inspiré, mais j’ai aussi beaucoup écouté et continue d’écouter les batteurs français André Ceccarelli, Daniel Humair, Manu Katché, Simon Goubert..
L’importance colossale, la remise en question que çà occasionne aussi, d’avoir été aux cotés des copains durant mes études au Conservatoire de Paris et tous les jeunes musiciens que je croise régulièrement aujourd’hui en master classe ou lors d’interventions au Centre des Musiques Didier Lockwood.

Les DNJ : Avec quels musiciens, quels saxophonistes aimes-tu ou aimerais-tu bien jouer ?
 

MC : A chaque période et chaque rencontre de nouvelles choses se créent.
Je travaille depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Eric Seva qui propose, dans son quartet « Nomade Sonore » une musique très originale, particulièrement riche rythmiquement, aux influences très variées, dans laquelle je me retrouve complètement.
C’est un projet qui me tient très à cœur.
J’ai revu Baptiste Herbin il y a peu de temps, que je trouve très très talentueux.
J’ai collaboré deux ou trois fois avec Stéphane Guillaume pour qui j’ai aussi un immense respect.
L’an passé j’étais invité lors d’un jury à l’Ile de La Réunion et me suis retrouvé à échanger avec Jean Charles Richard présent lui aussi. C’est un saxophoniste que j’apprécie énormément aussi.
Dans le passé j’ai eu la chance de collaborer avec Mark Turner sur deux tournées.
J’aimerais vraiment refaire des choses avec lui..

 

Propos recueillis par Françis CAPEAU

Repères discographiques :

2003 : Harmen Fraanje Quartet Featuring Nelson Veras – Sonatala. ‎  Challenge Jazz  SACHR 70116

2005 : Frank Woeste Trio - Mind At Play. ‎   Challenge Jazz  CHR 70124

2006 : Harmen Fraanje Quintet – Ronja. ‎   Challenge Jazz  CHR70129

2007 :  Frank Woeste Trio - Untold Stories. ‎  Challenge Jazz  CHR70139

2008 : Denis Guivarc'h 4et – Exit. ‎   Cristal Records  CRCD 0812

2009 : Mélanie Dahan - La Princesse Et Les Croque-Notes.    Sunnyside  SSC 1224

2010 : Manuel Rocheman - The Touch Of Your Lips - Tribute To Bill Evans.    Naïve NJ 620911

2010 : Sylvain Del Campo - Isotrope ‎- Aphrodite Recordings  APH106022         
2011 : Frank Woeste - Double You. ‎   World Village  WVF479060

2014 : Olivier Ker Ourio - Perfect Match. ‎ Bonsaï Music BON140301

2015 : Benny Lackner Trio – Siskiyou.  Unit Records (2)

2015 : Nomades Sonores Quartet - Eric Séva - Gaya Music

2016 : Manuel Rocheman – misTeRIO. ‎  Bonsaï Music  BON160401

2018 : Matthieu Chazarenc - CANTO. Sorti le 16 février 2018. Jazz Family.

 

Quelques repères biographiques  :

1977 : Naissance à Agen, dans le Sud-Ouest.

1983 : Premiers cours particulier de batterie à l'âge de 6 ans avec son père, batteur amateur.

1990 - 1995 : Etudie les percussions classiques au Conservatoire de Pau.

1996 : étudier au CMCN (Centre Musical et Créatif de Nancy) pendant presque un an aux cotés entres autres de Richard Paul Morellini, Frank Agulhon et Andrés Charlier. Il obtient le diplôme, Major de sa Promotion.

1997 : Séjour de quelques mois à New York (cours à la Drummers Collective, cours privés avec  John Riley).

1997-2000 : Conservatoire National de Région de Toulouse, dont il sort avec un Premier Prix de batterie et le Diplôme d'Etat de Jazz.

Septembre 2000 : Entrée dans la classe de jazz du Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Etudie la batterie aux côtés de Daniel Humair.
En juin 2003, il obtient le Premier Prix (avec félicitations).

En 2005, retour à New York (cours privés avec Jeff Ballard, Ari Hoenig).

Réside actuellement à Paris, se produit régulièrement en France et à L’étranger, dans les clubs, les festivals et les tournées.


Collaborations régulières :  avec Olivier Ker Ourio/Emmanuel Bex, Manuel Rocheman TRIO, le Quartet "Nomade Sonore" d’Eric Séva, Benny Lackner TRIO, le groupe de la chanteuse Olivia Ruiz en 2013 et 2014, les tournées de Charles Aznavour, après décembre 2017 …..

 

Collaborations passées :

David Linx, Laika Fatien, Youn Sun Nah, Sarah Lazarus, Stephy Haik, Mélanie Dahan, Marcia Maria, Sheila Jordan, Paolo Fresu, Mederic Collignon, Flavio Boltro, Dave Douglas, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer, Eric Lelann, Ivan Julien, Ibrahim Malouf, Bert Joris, Manuel Rocheman, Franck Amsallem, Giovanni Mirabassi, Tigran Hamasyan, Bernard Maury, Dominique Fillon, Georges Arvanitas, Antonio Farao, Alfio Origlio, Kris Goessens, Pierre De Bethman, Robert Glasper, Harmen Fraanje, Guillaume De Chassy, Frank Woeste, Tom McClung, Emmanuel Bex, Jeff Gardner, Thomas Enhco, Alain Jean Marie, Olivier Hutman, Pierre Alain Goualch, Mark Turner, Rosario Giuliani, Pierrick Pedron, Olivier Témime, Stéphane Guillaume, David El Malek, Riccardo Del Fra, Dominique Di Piazza, Darryl Hall, Laurent Vernerey, Hein Van De Geyn, Michel Bénita, Daniel Yvinec, Rémi Vignolo, Jean Marc Jaffet, Frédéric Monino, Sylvin Marc, Christophe Walemme, Frédéric Favarel, Louis Winsberg, Sylvain Luc, Kazumi Watanabe, Jean Marie Ecay, Jérome Barde, Misha Fitzgerald, Michael Felberbaum, Marc Berthoumieux, Glenn Ferris, Denis Leloup,, Frank Tortilier, Magic Malik …

 

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 20:59

Dans la galaxie des chanteuses de jazz, Madeleine Peyroux occupe une place bien à part. Elle revendique son appartenance à ce « mélange des cultures » à l’origine du jazz et défend l’aspect « protestataire »incarné en son temps par Billie Holiday et Nina Simone. Son dernier album, Anthem se présente comme une évocation des problèmes actuels de la société. Quatrième disque produit avec Larry Klein, Anthem constitue une œuvre collective, dix titres ayant été concoctés par Madeleine Peyroux avec ses musiciens, David Baerwald, Larry Klein, Brian McLeod, Patrick Warren. On y retrouve également la composition de Leonard Cohen Anthem, et Liberté, le poème de 1942 de Paul Eluard chanté en Français. Brève rencontre (dans la langue de Balzac) avec une artiste américaine qui connaît bien la France –elle n’a pas oublié ses débuts avec sa guitare dans le métro !- et n’aime guère (euphémisme) Donald Trump.

 .
Les DNJ : Lors d’un précédent entretien, en 2006, vous nous aviez confié avoir « une sensibilité jazz mise au service de la chanson pop et rock ». Vous êtes toujours sur la même longueur d’ondes ?
Madeleine Peyroux : L’esprit du jazz reste en vie. Il évoque une longue histoire, ce mélange entre le blues, la musique classique occidentale, les musiques populaires. C’est cette approche d’inclusion musicale, qui crée une identité américaine.


DNJ : .Avec Anthem, vous exprimez un certain regret de l’Amérique d’avant-Trump ?
-M.P : Ce n’est pas pour cultiver la nostalgie mais pour poser des questions sur notre identité, la démocratie, ouvrir la discussion. Nous sommes un peu cernés. Ces chansons sont des petites vignettes sur des personnages qui existent, qui parlent. J’espère ainsi provoquer des réactions.

DNJ : Maintenir la flamme de la liberté, comme dans le poème de Paul Eluard ?
-MP : Je l’ai découvert quand il a été chanté il y a trois ans par Marc Lavoine pour les Enfoirés. Par la suite les réalisateurs d’un documentaire consacré à la myopathie de Duchenne (maladie génétique provoquant la dégénérescence progressive de l’ensemble des muscles de l’organisme). Il exprime bien ce qui est essentiel dans la vie. (ndlr. Premières paroles de Liberté : Sur mes cahiers d'écolier. Sur mon pupitre et les arbres. Sur le sable sur la neige. J'écris ton nom. Sur toutes les pages lues. Sur toutes les pages blanches…).
 

DNJ: Quels projets aimeriez-vous maintenant réaliser ?
-MP : Un album avec des chansons pour enfants  qui jouerait sur leur imaginaire… et je rêve aussi de faire un disque uniquement en Français. J’ai passé beaucoup de temps à écouter Jacques Brel dont je vais enregistrer (ndlr : l’entretien a eu lieu début septembre) bientôt, lors d’un hommage collectif, la chanson  « Voir un ami pleurer ». Je me sens un peu Française….même si en étant en France j’ai pris conscience de mon identité américaine. Je fumais des Gauloises (rires).


Anthem. Madeleine Peyroux.

 Madeleine Peyroux (voix, guitare) avec notamment  Larry Klein (basse, claviers, percussions, guitar, voix), Dean Parks (guitares, voix), David Baerwald ( guitars, voix), Brian McLeod (batterie, percussions, voix), Pete Kuzma (orgue Hammond, voix), Patrick Warren (piano, claviers, voix), Grégoire Maret (harmonicas), Chris Cheek (saxophones ténor et baryton).  Decca/Universal. Septembre 2018

Madeleine Peyroux est en tournée en France : en novembre Marseille (7), Lyon (9), Andrésy, 78 (12), Vélizy, 78 (29), Villejuif, 94 (30) et en décembre, La Cigale, Paris (5).

 

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 20:47
@Luigi-Dennis Gliksman

 

Venu au monde en 1986, au sein d’une famille modeste d’un petit village de la région napolitaine (Ariano Irpino), Luigi est tombé très tôt dans la marmite … plus précisément lorsque son père lui offrit un album de Charlie Parker pour ses cinq ans dont l’écoute, magique, lui fit dire : c’est ça que je veux faire !!!
La maison était certes modeste, mais les parents, sans être musiciens, étaient amoureux de musique au point d’avoir accumulé une collection de quelques huit cents à mille disques, et le gamin et son frère cadet de deux ans, Pasquale, futur guitariste, ont eu très tôt l’occasion d’affuter leurs oreilles. Et puisque l’on parle d’oreille, c’est son premier professeur (intermittent) de musique, oboïste local, (n’oubliez jamais que nous sommes en Italie, un pays où la musique est dans les gênes !), qui détecta chez lui l’Oreille Absolue, découvrant sa capacité à dire et chanter les notes d’un morceau simultanément à son écoute.
Les deux enfants eurent bien quelques cours théoriques de musique dispensés par de rares professeurs locaux, mais leur seule pratique du jazz pendant de nombreuses années fut autodidacte, se résumant à jouer en solitaires sur les disques du foyer, et Luigi insiste sur l’aspect magique de cette découverte et de cette pratique.

 

Un peu plus tard, La rencontre avec deux musiciens pédagogues sera primordiale :
Agostino di Giorgio, Guitariste américain, (élève de Chuck Wayne), revenu s’installer en Italie, du côté de Rome, qui va lui donner ses premiers cours d’harmonie (Luigi a 10-11ans) et lui recommandera d’aller suivre  l’enseignement du grand pianiste bop Barry Harris. La relation avec ce dernier sera très forte, initiée en Suisse, où ses parents l’emmènent suivre les masters classes du Maître, poursuivie à New York, lors de son premier passage  (1999) puis tout au long des années, Luigi assurant la traduction italienne des masters classes de Barry en chaque occurrence où celui-ci le sollicite.

Entretemps, La participation aux stages (clinics) de l’université de Berklee, dans le cadre de l’Umbria Jazz festival à Pérouse, en 1997, (l’année de ses 11 ans) lui permet d’obtenir une bourse pour aller étudier à la Berklee University de Boston, où on l’accueillera avec tout le respect du à son jeune talent. Mais, pour des raisons familiales et de revenu évidentes, il ne peut encore s’établir aux États-Unis … ce n’est que partie remise.

La théorie le rattrape en 2002, au conservatoire Giovanni Martini de Bologne, où il étudie plus formellement l’écriture, le contrepoint et l’orchestration classiques, complétant sa formation jazz initiale : le parcours est donc un peu atypique, mais petit à petit, toutes les pièces du puzzle se mettent en place.
Partant, il ne peut que remercier ses parents de l’avoir soutenu dans ce long chemin, en suivant leur instinct et leurs intuitions, avec la confiance du cœur, en faisant des choix qui n’étaient pas évidents pour eux, non musiciens.
Lorsqu’il a 16-17 ans, son père lui dit : « Maintenant tu es grand, tu peux évoluer tout seul, tu n’as plus besoin de nous, mais nous serons toujours là, bien sur !’ »

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Son premier instrument d’amour : le saxophone alto, pour lequel, comme il est encore trop petit, (il a cinq ans), son père lui construira un praticable, pour qu’il puisse poser son instrument et en jouer.
De fait, à ce jour, il a pratiquement joué tous les saxophones , se mettant aux soprano, ténor, sax en fa, C-Melody,  à partir de 10-11 ans et plus tardivement, vers 20 ans, au baryton, (instrument onéreux). Le premier amour reste pour l’alto,  peut-être parce qu’avec moins d’efforts (ou plus de facilité) c’est l’instrument avec lequel on est devant. « Le baryton c’est plus compliqué, dit-il, ça permet de t’interroger sur la musique d’une façon différente, complémentaire de l’alto, L’instrument pouvant amener vers une chose ou une autre. Le baryton donne une inspiration sonore très différente, qui est aussi un geste : ce n’est pas évident d’avoir le même geste sur deux instruments aussi différents ».
Vers 15-16 ans, l’étude du piano lui a aussi beaucoup apporté.
                          ______________________

A la question : Quelles sont tes plus grandes influences musicales, toutes confondues ? il répond sans hésiter : ‘Les trois B’ : Bach, Bird et Brahms. Choix forcément réducteur mais qui résume l’essentiel.

Charlie Parker, Le disque de ses 5 ans : c’est l’illumination !

Bach, (pour lequel l’influence formatrice de Palestrina rend Luigi très fier de son pays), pour l’architecture, la profondeur,  et le rôle de passeur de la musique de la Renaissance et du XVIIème siècle vers la musique moderne. La Passion selon Saint-Mathieu est un chef-d’œuvre toutes musiques confondues : c’est intemporel.

Brahms, pourtant grand virtuose du piano, qui a toujours préféré privilégier ses talents de compositeur, à une période où la musique changeait profondément, alliant la tradition et le révolutionnaire, les symphonies, la musique de chambre, le romantisme. À une époque où Wagner transforme le paysage, Brahms reste lié à une forme beaucoup plus classique, mais avec une respiration très romantique, par comparaison à Bach ou Beethoven, son idole – dont il dira même qu’il n’a pu composer de symphonie que très tard, car il avait un monstre sur les épaules ! -.

Et, s’il fallait en rajouter un : Ravel, pour ce son limpide, cristallin, plus latin. Son quatuor est l’une des plus belles pièces écrites de l’histoire de la Musique (un premier thème en fa majeur, un deuxième en ré mineur, très respectueux de la tradition, mais avec une esthétique, une respiration et des choix sonores qui sont très modernes).

En musique (comme disait Proust pour la littérature) on a le plaisir d’apporter son univers, mais en respect de l’Histoire : on ne construit pas sur du sable. Il est très difficile d’inventer quelque chose, c’est réservé aux génies, et surtout … on ne (le)décide pas, ça arrive comme ça : c’est arrivé pour Armstrong, pour Bird, pour Trane, pour Bach, … etc, et même pour Schoenberg, lorsqu’il arrive à cette conclusion de l’épuisement de la tonalité sur 7 notes (la tonalité a été poussée à l’extrême par le Romantisme) et imagine le modèle dodécaphonique, ambitieux, (dont il reconnaît lui-même dans ses écrits tardifs que le monde n’était peut-être pas prêt à ça), dans lequel il détruit le système harmonique tonal, mais de l’intérieur, après avoir épuisé la connaissance presque totale du système : son raisonnement reste basé sur l’historique de la musique.
C’est un peu le même type de mécanisme évolutif que l’on observe entre le Coltrane des débuts, proche du style de Lester Young, puis de Dexter Gordon, puis avec un chanteur de Blues et le Coltrane tardif d’Ascensions’.

                    _______________________

À la question ‘Depuis les années 2010 et ton installation à Paris, tu assures une activité pédagogique tous azimuts, Master Classes en Europe et aux Etats-Unis, Professeur de saxophone dans des conservatoires municipaux de Paris (CMA9, CMA17), au CRR de Paris, au Pôle Supérieur de Paris et Boulogne Billancourt (PSPBB). Tu diriges aussi le projet ‘POP UP THE JAM’ initié par Buffet-Crampon : de quoi y est-il question ?

Ce projet consiste à donner l’opportunité à des jeunes musiciens de profiter d’un environnement plus professionnel, en essayant de créer une communauté, une pépinière de jeunes talents qui se forment, se confrontent, échangent, de recréer une espèce de compagnonnage avec des musiciens professionnels, tel que celui-ci a pu exister dans les années 50 et le jazz d’après-guerre. La note est trop focalisée sur l’individu aujourd’hui. C’est l’occasion de créer un pole d’échanges.
J’ai eu la chance d’habiter New York, longtemps, et puis l’Europe, de côtoyer, jouer avec et partager l’expérience de grands musiciens, pour beaucoup disparus, (Frank Wess, Hank Jones, Ray Brown), pour d’autres toujours présents (Barry Harris …) pour lesquels l’échange, le ‘Sharing’, la transmission, étaient et sont essentiels. Ce contexte est beaucoup plus fort aux USA qu’en France et en Europe à l’heure actuelle (et je vis à Paris depuis presque dix ans maintenant). L’essentiel étant de ne pas se perdre dans un rêve irréalisable, mais de faire en sorte que les choses puissent aller vers notre rêve. C’est aussi dans ce sens que j’enseigne depuis une dizaine d’années dans les conservatoires parisiens, au CRR et au PSPBB, et j’ai pu entrainer beaucoup de jeunes musiciens dans quelques-uns de mes projets (en particulier dans mon dernier disque)  ou des projets d’autres musiciens : c’est un engagement de chaque instant.

        

@Luigi-Laurent Meyer

            ____________________

À la question : La notion d’album a-t-elle encore un sens pour les musiciens ? Et que penses-tu de la consommation musicale actuelle, en particulier celle des jeunes ?

L’album cristallise une période dans l’évolution artistique d’un musicien. Faire un disque c’est une gestation, l’aboutissement d’un projet. Le problème est qu’il est plus difficile aujourd’hui de dire bon, on rentre en studio, deux jours, et on enregistre … parce que les musiciens jouent moins ensembles, et moins souvent !
Par exemple Hank Jones : son bar favori était son bureau où on pouvait l’appeler pour demander s’il était libre pour venir jouer; et s’il ne le pouvait pas, il recommandait d’appeler Tommy, (Flanagan), qui pourrait surement, ou un autre collègue. C’est une époque où c’était possible, où les musiciens jouaient 15 fois par semaine, ensembles ! sur les 15 fois, il y avait au moins 6/7 gigs où c’était le même batteur ou le même bassiste ou les deux.
Les choses sont différentes aujourd’hui, et l’on profite plus d’opportunités de tournées internationales pour se croiser et profiter de l’occasion pour enregistrer.

Le rapport à l’objet disque, vinyl en particulier, est important. Son écoute est aussi importante que l’objet … et pas en musique de fond. Il est essentiel, une fois par jour, de prendre ¾ d’heure/1 heure dans son canapé et  d’ÉCOUTER ! et parfois le même disque pendant tout un mois.
Je n’ai pas d’écouteur chez moi ! Je serais incapable d’écouter de la musique en tranche ou en bruit de fond.


                        ________________________

Avec quels musiciens voudrais-tu ou aurais-tu aimé jouer , vivants ou disparus ???
Mon  trio de rêve :  Monk-Blakey-Pettiford.

Un endroit où tu aimerais vraiment jouer : Carnegie Hall.

Trois souhaits : Etre en bonne santé, dans ma famille et Heureux ! Le reste est accessoire.

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Les principales étapes :

1991 : l’Illumination !
1997 (à 11 ans): les stages de l’université de Berklee, à l’Umbria Jazz festival, puis une victoire à la compétition internationale de jeunes talents ‘Bravo Bravissimo’, qui lance sa carrière jazz professionnelle dans le cadre européen.
1999 : son premier album « A Love Supreme »; l’enseignement d’Agostino di Giorgio et de Barry Harris.
2002 : le conservatoire Giovanni Martini de Bologne.
2007/2009 : l’installation à New-York.
2010 : l’installation à Paris et l’activité pédagogique.
2010 et suivantes : l’Éclosion.

                         ___________________________

Repères Discographiques :

En Leader ou co-Leader :

1999 : Luigi Grasso & Teo Ciavarella Trio, ‘A Love Supreme’. Java Records.

2001 : Luigi & Pasquale Grasso Groups, ‘Dance of The Infidels’. Lp Records.

2006 : Luigi Grasso / Renato Sellani, ‘Introducing’. Phylology.

2007 : Luigi Grasso / Nicolas Dary, ‘The Plain But The Simple truth’. AP.

2008 : Fat Bros Quintet, ‘Wail’. Freecom Jazz

2012 : Luigi Grasso Quartet, ‘Ça Marche’. Echopolite.

2014 : Luigi Grasso Octet, ‘New York All Stars’ EP. AP

2017 : Ignasi Terraza Trio & Luigi Grasso, ‘Looking Back and Moving Forward’. SWIT Records

2018 : The Greenwich Session by Luigi Grasso, ‘Invitation au Voyage’. Camille Production MS042018CD

En Sideman :

2010 : Gaetano Riccobono, ‘Fino a Domani’. Jazzyrecords.

2010 : Giuseppe Venezia and Friends, ‘Let The Jazz Flow’. SiFaRe.

2011 : Attilio Troiano, ‘Something New’. Sony Music.

2011 : DukeOrchestra / Michel Pastre Big Band, ‘Battle Royal’. Sony Music.

2012 : China Moses & Raphael Lemonnier, ‘Crazy Blues’. Universal.

2012 : Les Sourds-Doués, ‘Vol.1’. Chapeau l’Artiste.

2013 : Nicolas Dary Septet, ‘L’Autre Rive’.Gaya Records.

2014 : Pierre Boussaguet Septet, ‘Le Semeur’. Jazz aux Remparts.

2015 : Dominique Magloire, ‘Traveling Light’. Gospel sur la Colline.

2016 : Laurent Marode Nonet, ‘This Way Please’. Sunny Side Up.

2016 : Joan Chamorro, ‘Presenta Juan Mar Sauqué’. Jazz to Jazz.

2017 : China Moses, ‘Nightin Tales. MPS Records

2018 : Géraud Portal, ‘Let My Children Hear Mingus’. Jazz Family JF047

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 10:53

JULIAN LAGE , un ange du jazz au pays du rock’n roll

 


 

@Mack Avenue

 

Julian Lage, sur la route de sa tournée était à Marciac le 29 Juillet pour un concert en trio à l’Astrada. Celui que la presse américaine qualifie de jeune prodige a déjà, malgré son jeune âge joué avec à peu près tout ce que le gratin du jazz compte de célébrités. Avec des yeux bleus clairs et une voix douce, le guitariste nous accueille avec une grande gentillesse pour quelques mots attrapés au sortir de ses balances…..

 

Les DNJ : « Heureux d’être à Marciac ? »

Julian Lage : «  Absolument. C’est un festival très prestigieux et donc c’est un honneur pour moi d’y être programmé. Plusieurs amis musiciens m’en parlaient depuis longtemps »

Les DNJ : «  Julian, il semble que « Morning lore » votre dernier album prend un direction assez nouvelle dans votre discographie ? »

JL : «  Oui, tout à fait. Il s’agit d’une nouvelle interprétation de la musique que je voulais jouer en trio. Il s’agit du rock’n roll des premières années. Cela veut dire des morceaux très courts, très concis, très axés sur la mélodie. L’idée c’est sur une 12aine de morceaux de pouvoir les écouter et les réécouter encore. Avec peut être moins de place pour l’improvisation. Nous avons enregistré cet album très vite, juste en quelques jours mais c’était un vrai challenge ».

Les DNJ : «  Mais ce n’est pas exclusivement rock’n roll …. »

JM : «  Il y a un ou deux morceaux plus jazz…. »

Les DNJ : » Comme Look book ? »

JL : » Oui c’est l’un d’eux. Earth Science est le deuxième. Cela préfigure ce que je voudrais faire ensuite. Quelque chose plus axé sur la façon dont nous pourrions improviser collectivement. Mais là, pour cet album il était important pour moi de faire un album avec ce que j’avais écris moi-même, mon propre matériau »

Les DNJ : « Vous jouez énormément. A quel moment en êtes vous : au début, au milieu ou à la fin de votre tournée  ? »

JL : «  On arrive à la fin. »

Les DNJ : « Hier il y avait Pat Metheny qui jouait. Est il quelqu’un d’important pour vous, dans votre carrière de musicien ? »

JL : » Absolument. A l’âge de 10 ans, je jouais ses morceaux. »

Les DNJ : « Justement beaucoup de médias, parlent de vous comme d’un génie. Comment réagissez vous à cela ? »

JL : «  Je ne sais pas si je le mérite et pour tout dire cela n’a pas beaucoup d’importance pour moi. J’essaie juste de m’améliorer toujours à la guitare. Je pense que ceux qui disent cela parlent plus d’eux-même que de moi. Ils ont besoin de faire de moi un « prodige » mais cela n’a aucune signification pour moi. Je continue de jouer, à essayer de progresser, exactement comme lorsque j’étais enfant »


Les DNJ : «  qui vous a donné l’envie de devenir guitariste ? »

JL : «  Cela m’a été naturel car mon père était lui-même guitariste.Nous avons joué ensemble. Et avec le temps il jouait moins et je jouais plus, mais il était comme un coach. C’est un super musicien et en plus visionnaire. Ma mère aussi m’a inspiré, pas comme musicienne mais dans le domaine de l’art. »

Les DNJ : « En écoutant ce dernier album, j’y ai retrouvé des sonorités à la Bill Frisell. c’est quelque chose que vous aviez en tête ? »

JL : « Pas vraiment même si j’adore Bill. Il nous est arrivé de jouer ensemble. Je trouve que nous sonnons au contraire très différemment »

Les DNJ : « Mais vous avez en commun cette façon de jouer avec les réverbérations et aussi avec les sonorités country ? »

JL : « Le point commun c’est que nous partageons le même patrimoine musical de notre pays. »

Les DNJ : «  Modern Lore est il un album «  américain »  »  ?

JL : «  Très !  Mais il est surtout très lié à la musique des années 50 et 60 quand la guitare est devenue de plus en plus électrique. Des gens comme Jimmy Bryant et les guitaristes texans par exemple m’ont inspiré »

Les DNJ : «  vous faites partie des rares guitaristes qui savent faire sonner en même les lignes mélodiques et les harmoniques »

JL : «  Le maître entre tous, sur ce plan, c’est Jim Hall ! Pat (Metheny) et Bill ( Frisell) aussi »


Les DNJ : «  Quelques mots sur vos nouveaux projets ? »


JL : « Dans l’immédiat il y a une collaboration avec John Zorn qui va être publié dans les mois à venir. Un travail avec le guitariste Gyan Riley. Nous avons déjà collaboré sur plusieurs projets, Book of Angel, Masada, aussi un travail sur Shakespeare. Il y a aussi un quelque chose plus heavy metal. Nous travaillons aussi en trio sur un nouveau projet, mais là je ne voudrais pas trop en parler maintenant »

Les DNJ : «  Merci beaucoup Julian ! »

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 29 juillet 2018 à l’Astrada - Marciac.

 

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:26
@Anna Webber

Au sommet de son art vocal, Kurt Elling se pose des questions sur l’état du monde, la pauvreté extrême côtoyant la richesse énorme, la montée des extrémismes. Le lauréat de l’Académie du Jazz et des Grammy Awards reste influencé par le diplôme de philosophie de la religion obtenu dans sa ville natale de Chicago. Le baryton admirateur de Jon Hendricks et …Jean Sablon apporte sa réponse au climat général anxiogène avec un répertoire allant de Leonard Bernstein à Bob Dylan. A la veille d’une tournée en France pour présenter « The questions » (Okeh-Sony)-dont Jean-Marc Gélin vous a fait un compte-rendu enchanteur- Kurt Elling se confie aux DNJ.
 

 

Les DNJ: Diplômé à l’Université en philosophie de la religion, êtes vous influencé par vos connaissances dans votre expression artistique ?
Kurt Elling. La philosophie de la religion n’a jamais été aussi présente dans mon univers que maintenant. Ce disque, The Questions, traite de la confrontation à laquelle nous devons faire face dans cette époque effrayante et perplexe. C’est un défi politique, idéologique, financier à relever. Depuis la création du monde, nous n’avons jamais eu autant de pouvoir pour détruire et pour créer, ni jamais autant d’incroyable richesse et en même temps une telle pauvreté. En tant que citoyen, j’ai besoin de comprendre ce que je suis supposé faire. Je ne peux être un homme politique, je ne peux être un roi. Je peux à peine me contrôler moi-même, je peux voir et ressentir la souffrance. Et cela, c’est là une question idéologique.

Les DNJ: Ces questions vous ont motivés dans le choix des titres pour cet album ?
 

KE : Tout ce que je savais, c’est que je voulais faire quelque chose qui vaille la peine en cette époque où se posent les questions de la valeur, du sens, de la moralité dans la relation que nous avons avec nous-mêmes et les autres. Nous devons faire face à cet aspect autodestructeur qui se trouve en chacun de nous et qui se manifeste dans tous les extrémismes et fanatismes ainsi qu’on le constate avec l’émergence du fascisme en Autriche ou encore avec les risques de frappes nucléaires, d’un désastre écologique ou même de guerre civile aux Etats-Unis.

Les DNJ : C’est un album que vous n’auriez peut-être pas fait il y a 20 ans ..
 

KE :  Peut-être ! Je ne sais pas. Cet album a été réalisé avec Branford Marsalis, une deuxième collaboration après Upward Spirals (Okeh-Sony)en 2016, et qui reflète une relation forte entre nous. Le fait est que je ne peux ignorer ce qui se passe dans le monde, comme par exemple (et il montre la « une » d’un quotidien) ces massacres d’enfants en Syrie ou en Floride. Quand vous atteignez la cinquantaine (ndlr : il est né en 1967) et que le monde est horrible et dangereux comme il se trouve maintenant, est ce que je dois en prendre conscience ou passer mon chemin et faire comme si de rien n’était ? Je ne suis pas un bon chanteur engagé (“a good protest singer”), c’est donc un véritable combat pour moi de faire référence à ces questions. C’est un gros défi personnel. Je ne chante pas un Requiem mais je dois chanter ce que je ressens.

Les DNJ: Mais vous restez un chanteur de charme, un crooner …
 

KE : La période actuelle est aussi favorable au romanesque. Une des questions idéologiques les plus graves n’est elle pas, qu’est ce que l’amour ? comment nous trouvons l’amour, comment nous manifestons l’amour ? Je veux également divertir le public. Je veux que les spectateurs prennent du plaisir, qu’ils sortent du concert le plus heureux possible, qu’ils gardent un bon souvenir. Je suis très reconnaissant au public qui vient m’écouter, à Paris ou  Copenhague. Je me sens responsable auprès du public. Je pense que le public attend que je poursuive dans cette voie. Je continue à apprendre autant que je peux, à présenter des chansons qui aient du sens et à progresser. C’est mon job. Je sais que je ne peux changer le monde… j’aimerais bien (rires)

Les DNJ: Avez-vous l’intention d’inscrire d’autres chansons françaises à votre répertoire, après des titres de Claude Nougaro et Jean Sablon ?
 

KE: J’aime beaucoup « Je tire ma révérence » de Jean Sablon, c’est agréable, un peu piquant, c’est ok. Mais avec les chansons en Français, il est difficile de rendre les nuances. Je ne connais pas assez bien le répertoire pour être assez précis dans l’expression. J’aimerais bien connaître toutes les langues. Quand je serai au ciel, je serai polyglotte ! (rires)

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

 

Kurt Elling. The Questions. Kurt Elling (voix, producteur), John McLean (guitares), Stuart Mindeman (claviers), Joey Calderazzo (piano), Clark Sommers (basse), Jeff « Tain » Watts (batterie), Branford Marsalis (producteur, saxophones), Marquis Hill (trompette, bugle). 5-12 octobre 2017. New York. Okeh-Sony.

 

En concert en avril en France, le 10 à Schiltigheim (Cheval Blanc) le 11 à Cholet (Théâtre Saint-Louis), le 13 à Caen (Théâtre), le 14 à Saint Nazaire (Théâtre), le 16 à Nice (Opéra Nice Côte d’Azur)et le 17 à Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale) avec Stuart Mindeman, Clark Sommers, Jeff "Tain" Watts, John McLean et en invité à La Seine Musicale Rick Margitza (saxophones).

 

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 20:34

 

 

Le jazz n’a jamais quitté Melody Gardot. La chanteuse du New Jersey l’a rappelé à ses fans (et aux autres) en participant à un disque-hommage à Charlie Parker l’an passé. Son tout dernier album, une sélection de ses concerts donnés en Europe de 2012 à 2016 (dont Paris en 2012 et 2015) confirme sa présence sur scène et sa capacité à improviser sur des standards (Over the Rainbow) et sur ses propres compositions (Baby I’m a Fool, proposé en deux versions, ou encore March for Mingus, morceau de 11 minutes avec force intervention instrumentale et des accents de saxophone « à la Roland Kirk »). Passionnée par la France, où elle réside régulièrement, Melody Gardot s’est confiée aux DNJ dans la langue de Victor Hugo.

Les DNJ : -Comment vous est venue l’idée de sortir un album reprenant le meilleur de vos concerts en Europe ?
 

Melody Gardot : Chaque concert est tellement différent. Les artistes qui font exactement la même chose sur scène, c’est ennuyeux. C’est comme quelqu’un qui répète les mêmes blagues (rires). Je suis très sensible à l’esprit de chacune des scènes, à la possibilité de faire quelque chose de différent à chaque fois, d’improviser, de totalement abandonner la chanson et de faire une jam, comme dans ce morceau dédié à Mingus (ndlr March for Mingus, qui figurait déjà dans son album de 2015, Currency of a Man).

Les DNJ : Que vous apporte le public ?
 

MG : Je suis née (sic) grâce au public. C’est lui qui m’a permis de relever tous les défis. Quand j’ai commencé à chanter, il y a dix ans, après un terrible accident de la route, j’étais en chaise roulante. Maintenant je peux prendre le micro sans aucune aide, sans devoir recourir à une canne .

Les DNJ : Avoir des origines européennes et même françaises, cela influence votre façon de chanter ?
 

MG : Il y a des choses qui sont dans le sang. Moi je suis white. J’ai écouté Chopin, Debussy. Mais j’ai aussi le côté américain, je peux oser.

Les DNJ : Après dix ans de carrière, vous n’avez pas envie de faire une pause ?
 

MG : Ces derniers temps j’ai pris le temps de voyager, mais aussi d’aller au spectacle, notamment de danse, comme la compagnie de Pina Bausch, assister à des concerts de musique classique. J’aime la musique classique parce qu’il n’y a pas de paroles et que tu peux imaginer ce que tu veux.
P

ropos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Melody Gardot , Live in Europe. 2 cd. Decca-Universal. Février 2018.
En concert à l’Olympia, Paris, les 1er et 2 juillet.

 

 

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 22:33

Jean-Louis Lemarchand
 

Leur première rencontre a donné lieu à un livre « Le Roi René » (Editions Odile Jacob, 2016). Un an plus tard, René Urtreger et Agnès Desarthe se sont retrouvés en studio. Après l’écrit, et le récit d’une vie de roman, l’oral où l’écrivaine prête sa voix au pianiste légendaire. L’entente s’avère naturelle, l’exercice séduit par sa spontanéité. « C’était un bonheur », confie René Urtreger. « Chacun sait où l’autre est, René dans la musique, moi dans les mots », souligne Agnès Desarthe.  Cette écoute réciproque s’entend dans un album « Premier rendez-vous » où le jazz a toute sa place entre standards (Gershwin, Cole Porter, Bud Powell) chansons françaises, compositions des deux comparses, avec la complicité de musiciens de premier plan (Géraldine Laurent, Pierre Boussaguet, Simon Goubert, Alexis Lograda). Entretien en toute liberté et décontraction.

Les DNJ :  Avec ce duo, vous prenez un nouveau risque, à l’oral après l’écrit ?
René Urtreger : Oui le risque de recevoir une volée de tout ce que l’on veut , des épluchures …(rires)  .
Agnès Desarthe : René est un homme qui prend des risques depuis qu’il est né.  Il y a une très belle phrase de Virginia Woolf qui m’a toujours guidée dans tout ce que je fais : «  à quoi bon écrire si on ne se rend pas ridicule ». On peut élargir la formule : «  A quoi bon créer si on ne se rend pas ridicule ». En acceptant le risque, en allant au-delà de la convention, un tout petit peu au-delà de ce que l’on sait faire de ce que l’on a l’habitude de faire. Sinon ce n’est pas de la création.


DNJ :  Comment s’est établie cette relation entre le jazzman et l’écrivaine qui se concrétise par un disque ?
RU : Ce n’était pas du tout prévu au départ. Dans les entretiens qui  ont conduit à la confection du livre, Agnès avait exigé la présence d’un piano. Je pianotais, le répertoire était très varié. Agnès a commencé à chantonner.  Petit à petit, je l’ai vue s’affirmer, faire des progrès. L’idée est alors venue de faire un disque qui s’est concrétisée quand on a rencontré Vincent Mahey, un homme de prises de risques.
AD : Il n’était absolument pas question de faire un disque. René m’a donné deux conseils :

ferme les yeux  et écoute. Il m’a fait une remarque qui m’a beaucoup donné confiance par la suite, il m’a dit, je n’avais pas remarqué les paroles de cette chanson. Quand je chantais, il écoutait ce que je disais. Je m’intéressais au texte quand je chantais. Je me suis dit : si je peux raconter une histoire à ce musicien qui a entendu cette chanson dix mille fois, cent mille fois.

DNJ : S’attaquer à Body & Soul, c’est en quelque sorte  l’Everest pour un chanteur ?

AD : L’avantage du novice, c’est qu’il ne sait pas à quoi il s’attaque. Pour moi il y a Au clair de la lune, Il était une bergère, Body & Soul. (sourire) Quand j’aborde Body & Soul, je ne pense pas à telle ou telle chanteuse ou tel ou tel chanteur qui l’a interprété mais à l’esprit même de la chanson, l’histoire de l’âme et du corps. Qu’est ce que c’est que de donner, de son corps, de son âme ? Je raconte cette histoire-là. Et c’est cette façon d’aborder les choses qui a permis d’éviter ce déséquilibre entre nous, le grand musicien qui a une emprise-René n’est pas du tout comme cela- et l’autre qui est dans la révérence.
RU : J’ai dit à Agnés, une fois : « écoute-moi, écoute le piano ». Je dis cela à toutes les chanteuses : « écoute les gens qui sont autour de toi » parce qu’il y a tellement de musiciens qui n’écoutent qu’eux-mêmes et c’est peut-être une part de trac. Alors que, prenez l’exemple de Miles Davis, et c’est ce qui fait sa grandeur ; ses silences, ses fameux silences, ils permettent à l’auditeur d’écouter tout ce qu’il y a autour. Il y a des moments où Miles pense qu’il doit s’interrompre car ce qu’il pourrait jouer ne sera pas mieux que ce qu’il y a autour de lui. C’est cette notion-là que j’ai exposée à Agnés.

DNJ : Vous avez laissé l’interprète s’exprimer avec toute sa fraîcheur ?

RU : Dans la musique de jazz, que je défends depuis fort longtemps, il y a quelque chose d’imparfait. Le jazz est parfaitement imparfait comme musique. Si l’on ne fait pas confiance aux gens, si l’on a peur du risque, de l’improvisation, si on a les jetons (sic), il vaut mieux faire autre chose, écrire note pour note. Si tout est écrit, ce n’est pas de la musique de jazz. Même dans des orchestrations de Kenton,  Herman, et Basie encore plus  il y avait la part écrite et la part de la liberté donnée à l’interprète qui allait prendre un solo. Cela pouvait être super bien ou pas bien. Il faut prendre ce risque-là.

DNJ : Le choix de la chanson «  Le premier rendez-vous » c’est un clin d’œil à votre rencontre qui a mené à cette aventure artistique ?

AD : C’est René qui a eu l’idée. Il avait le souvenir de cette chanson (musique de René Sylviano, pseudonyme de Victor Caffot Sylvere et paroles de Louis Poterat) Premier Rendez-Vous, qu’interprétait Danielle Darrieux dans le film éponyme d’Henri Decoin en 1941. Pourquoi ne pas reprendre une chanson très française et en faire quelque chose de nouveau et lui donner une âme jazz ?.

RU : J’ai vu ce film à 8 ans. L’idée m’est venue de reprendre cette chanson qui était bien foutue (sic) harmoniquement, l’équivalent de Cole Porter ou Gershwin et de la moderniser avec des rythmes latinos et des harmonies « davisiennes ». Cette chanson est une merveille. J’aime la fragilité avec laquelle Agnès chante. cette chanson qu’elle connaissait à peine. J’aime le duo entre Géraldine (Laurent) au saxo et Alexis (Lograda)  au violon et cette fin déchaînée qui n’a rien à voir avec l’esprit du début.

DNJ : Comment s’est effectué le choix des titres du disque ?

AD : On n’avait pas établi une liste. Chacun des musiciens a fait des propositions.

RU :  Il n’y avait pas de plan précis. C’est parti comme cela. Pierre (Boussaguet) a eu l’idée de Bouncin with Bud, Géraldine Just One of Those Things. (pause) C’est un disque de jazz que l’on a fait.
Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
 

Premier rendez vous. René Urtreger-Agnès Desarthe. René Urtreger, piano, Agnès Desarthe, voix, Géraldine Laurent, saxophone alto, Pierre Boussaguet, basse, Simon Goubert, batterie, Alexis Lograda, violon. Studio Sextan-La Fonderie. réalisation Vincent Mahey. mai/juin 2017. Naïve
En concert le mardi 5 décembre à 20 h 30 au New Morning (75010) à l’initiative du Sunset-Sunside avec la formation du disque, Jean-Philippe Viret remplaçant Pierre Boussaguet.

 

 

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 07:29
@John Abbott

Artiste adoubé, récent lauréat In honorem de l’Académie Charles Cros (1), Fred Hersch a fait salle pleine au Sunside les 21 et 22 novembre (avec John Hébert, basse et Eric McPherson batterie). Des fans de toujours et des jeunes côtoyaient de nombreux pianistes (Manuel Rocheman, Stephan Oliva, Marc Benham, Fred Nardin…). A la fin d’une tournée européenne de trois semaines, le pianiste-compositeur s’est confié sur l’une de ses idoles, Thelonious Monk, la jeune génération, son état d’esprit et la musique française. Une rencontre qui éclaire sur une personnalité rare, musicien engagé sur scène et dans la société avec son combat, depuis trois décennies, au sein de la communauté gay dans la lutte contre le SIDA. Un  engagement sur tous les fronts que Fred Hersch développe dans sa récente autobiographie « Good Things Happen Slowly. A Life in Out of Jazz » . Crown Archetype-Penguin Random House.2017.
 

 

Les DNJ: Vous avez consacré un album (The French Collection : Jazz Impressions of French Classics. Angel/EMI.1989) à des compositeurs tels que Ravel, Debussy, Satie, Fauré. Quelle était votre motivation ?
Fred Hersch : Ravel a tellement écrit de musique pour piano. Et c’est drôle parce que j’ai cru comprendre qu’il n’était pas un grand pianiste et en fait il comprenait le piano aussi bien que Debussy. Pour moi, c’était en réalité un défi à relever que de m’attaquer à ces compositeurs. A l’époque, au milieu des années 80, c’était la grande mode de ce qu’ils appelaient le cross over dans l’industrie du disque. Aussi m’a-t-on demandé d’écrire des arrangements sur de la musique classique française. C’était un défi d’intégrer de l’improvisation dans ces arrangements et de réaliser une symbiose. Visiblement c’était réussi car on m’a demandé par la suite de réaliser le même exercice avec de la musique classique russe.
 “Interpréter Monk, pas l’imiter”

DNJ: Cette année, nous célébrons le 100 ème anniversaire de la naissance de Thelonious Monk, auquel vous avez dédié un disque (Fred Hersch Plays Monk. Nonesuch.1997) Comment peut-on aborder la musique de Monk ?

FH : Si vous voulez jouer la musique de Monk, vous devez l’interpréter, pas chercher à l’imiter. Si vous cherchez à l’imiter, c’est totalement vain car nous avons tous ses enregistrements et tout ce qu’il a composé-moins de 80 titres- tient dans un petit livre d’à peine 100 pages. Chacune de ses compositions a son propre monde. C’est un vrai défi de jouer sa musique. Je termine toujours mes concerts par un morceau de Monk, c’est une sorte de signature de mon programme. Même si son toucher et le mien sont très différents, je pense que j’honore ses compositions, en faisant passer sa musique par mon filtre personnel. J’aime Monk, je l’ai toujours aimé.

DNJ: En tant que professeur, quels conseils donneriez-vous à un jeune pianiste de jazz ?

FH : La musique, c’est le son et le rythme. Vous devez d’abord établir une relation avec l’instrument, c’est la première chose. La deuxième c’est de travailler réellement sur votre rythme. Et après, il y a l’interprétation et comment se servir du piano et communiquer avec les autres musiciens. Il y a un autre conseil que j’aime à donner : si vous voulez jouer du jazz, vous devez écouter beaucoup de jazz. De nombreux jeunes fréquentent les écoles de jazz et n’écoutent pas vraiment du jazz, ne plongent pas dans l’histoire de cette musique. Peut-être regardent-ils un peu.Youtube mais ils ne vont pas dans les clubs. Le jazz est un langage et vous devez le connaître, le pratiquer. Vous devez acquérir l’accent du jazz. Quand j’étais jeune, je passais mon temps dans les clubs à chercher des engagements, à jouer. Honnêtement, je ne sais pas si beaucoup de ces jeunes qui suivent des programmes de jazz dans les écoles aiment vraiment le jazz. L’objectif pour la plupart de ces jeunes c’est de jouer leur propre musique. A mon époque, vous appreniez un grand nombre de morceaux. Maintenant, cela change. Les jeunes musiciens dans leur majorité souhaitent devenir des compositeurs plutôt que des interprètes.

 

DNJ: Diriez-vous alors qu’un pianiste de 50 ans ou plus joue beaucoup mieux qu’un jeune de 25 ans ?


FH : :Je ne sais pas (rires). J’ai entendu de très jeunes pianistes qui sont très étonnants. Il existe de très grands talents dans la jeune génération. Mais il y aussi le facteur chance. Je connais quelques musiciens très talentueux qui ne font pas de belles carrières ….et des musiciens pas si brillants qui ont fait de très belles carrières.
“Je suis beaucoup plus relax”

 

DNJ: Vous avez été gravement malade (ndlr: séro-positif depuis 30 ans, Fred Hersch, atteint d’une pneumonie, était resté plusieurs semaines dans le coma en 2008). Cette épreuve a –t-elle changé votre vie d’artiste ?

FH: Après ma maladie, je ne pouvais plus rien faire, ni manger, ni marcher, ni parler. Je ne savais pas absolument pas si je pourrais, et à quel niveau, retrouver mes capacités antérieures. Quand vous traversez ces expériences et dans mon cas quand vous avez été sur le point de mourir par deux fois, cela vous change. C’est difficile à dire exactement mais je peux vous assurer que je me sens mieux maintenant qu’avant ces épreuves. Je suis beaucoup plus relax mais j’ai dix ans de plus (sourires). J’ai 62 ans. Je n’ai plus rien à prouver à qui que ce soit. Je fais seulement ce que je fais. Je vois des pianistes qui font des choses que je ne sais pas faire et je dis simplement bravo. Je ne me sens pas dans une attitude de compétition. Je pense que j’ai un public, j’ai pas mal d’énergie, un merveilleux groupe depuis maintenant 8-9 ans. Oui, assurément, c’est tout bon pour moi.

DNJ: Vous ne pensez pas un moment vous arrêter de jouer et vivre en ermite comme Thelonious Monk ?

FH : Je ne vis pas comme un ermite. Je mène une vie normale, je dîne avec des amis, j’’écoute de la musique, ou pas, je regarde de temps en temps la télévision. Je ne me sens pas obligé de jouer chaque jour du piano. Je joue en me basant sur mon expérience. Si je suis dans de bonnes dispositions sur le plan physique et émotionnel, c’est parfait. En rentrant à New York, je prendrai quelques jours « off » et nous enregistrerons un nouveau disque avec John Hébert et Eric McPherson.

DNJ: Si vous deviez partir sur une île déserte quels disques de jazz prendriez-vous ?

FH :Je ne sais pas, des albums de Joni Mitchell, Sonny Rollins, Miles. Et puis du Bach

DNJ :… et parmi vos propres albums ?

FH : Mon meilleur album est toujours le dernier. (pause). Et le prochain (rires)

 

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
On se rapportera à la récente chronique de Xavier Prévost sur le dernier album, en solo de Fred Hersch, Open Book (Palmetto).

 

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 16:05

« Des images vagabondent qui racontent mon histoire ». Ainsi Louis Sclavis définit-il son dernier album « Frontières ». En revisitant, malaxant quelques-unes des musiques composées pour l’image-des films et une exposition de photos, le clarinettiste offre sa vision du monde et son approche sensible. Une facette de sa personnalité bien différente –mais « pas antinomique », insiste-t-il -de ses performances free. Libre Louis Sclavis l’est toujours, qu’il rencontre le succès grand public –Carnet de routes, avec Aldo Romano, Henri Texier et Guy Le Querrec, vendu à plus de 200.000 exemplaires pour les trois albums- ou cultive l’avant-garde dans son œuvre chez ECM (12 disques à ce jour) ou encore travaille à Buenos Aires avec de jeunes musiciens, une de ses dernières aventures.  Entretien.

#luc jennepin

 


DNJ : En 2008, vous aviez sorti « La moitié du monde », (JMS-Sphinx) une sélection de 40 pièces écrites pour le cinéma, la danse, le théâtre. « Frontières » s’inscrit dans cette même démarche artistique ?
Louis Sclavis : J’avais envie de monter ce nouveau projet avec Jean-Marie Salhani (producteur et patron de JMS). Cela enrichit une collaboration vieille de 25 ans !  J’ai retravaillé des musiques composées pour des films, surtout des documentaires. J’ai étiré, rajouté pour constituer une histoire.

DNJ : Comment travaillez-vous pour l’image ?
LS : Je ne suis pas un compositeur de musiques de films. Ce n’est pas mon métier. Je suis un compositeur qui fait des musiques pour le cinéma. L’important pour moi c’est de trouver la couleur sonore du film. Alors on a fait la moitié du travail. J’insiste sur la mélodie, cela me tient à cœur Je suis là pour servir le film, satisfaire le réalisateur qui prend la décision, a le final cut, et pas pour mettre mon ego en avant. Il faut accepter l’idée que tout un travail puisse passer à la trappe (rires). C’est le jeu du cinéma.

DNJ : En quarante ans, vous avez vu le monde du jazz évoluer. Comment  résistez-vous à ces changements ?
LS : Il faut lutter, ne pas se plaindre, on va s’en sortir. Il y aura toujours besoin de ce que l’on fait. Bien sûr, il faut inventer, nous sommes des créateurs. Et puis, il faut être affuté, je le dis depuis que j’ai commencé à jouer voici plus de quarante ans. Il faut être discipliné et …accepter la douleur à un certain âge (sourires). L’état physique peut avoir plus d’importance que l’inspiration. C’est le corps qui détermine l’expression, on ne peut le séparer de l’esprit. Il faut composer avec le corps. Le style c’est le corps.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

Frontières. Louis Sclavis. Avec Louis Sclavis (clarinettes, flute), Dominique Pifarély (violon), Bruno Chevillon (basse), Christophe Lavergne (batterie), Vincent Peirani(accordéon), Gilles Coronado (guitare), Benjamin Moussay (piano), Keyvan Chemirami (percussions), Vincent Courtois (violoncelle). Musiques des films  La Porte d’Anna, Dessine toi, Nelson Mandela au nom de la liberté, Niki un rêve d’architecte et de l’exposition de photos Chibanis, la question. Octobre 2017. JMS/Sphinx distribution.
En concert  en novembre : Grignan (26) les 3 et 4, Lingolsheim (67) le 16, Lens (62) le 24 ;

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 09:21

Sylvain RIFFLET : » Je ne suis pas revival. Re-focus n’est pas un hommage mais un rêve de gosse »

 

Avec la sortie de Re-focus, le saxophoniste français, tout auréolé de ses Victoires du Jazz obtenues en 2016 se fait un nom parmi les très rares français à avoir enregistré chez Verve.

Il faut dire que son projet de marcher sur les traces de Stan Getz ne manque ni de souffle ni d'ambition pour une œuvre qui finalement lui est très personnelle

Rencontre


Les DNJ :  Avec ce projet ( « Re-focus ») tu vas sur les terres d’un monument enregistré par Stan Getz ( « Focus »- Verve 1961). Est ce qu’il ne s’agit pas d’un projet totalement mégalo ?

Sylvain Rifflet : Je comprends ta question mais franchement, je ne crois pas. Pour faire ce projet il fallait surtout tous les ingrédients que j’ai eus et qui se sont alignés favorablement. D’abord il fallait impérativement que cela paraisse chez Verve. Je ne l’aurai pas fait si cela n’avait pas été sur le label sur lequel Getz avait enregistré « Focus ».

Les DNJ : Justement , ils ne t’ont pas pris pour un fou ?

SR: Ils ont été un peu surpris, c’est vrai. Mais j’avais mis un certain nombre d’atouts de mon côté. Le fait d’avoir été primé aux Victoires du Jazz m’a quand même un peu aidé et m’a apporté un peu de crédibilité. L’original je le connais par coeur et je savais exactement ce qu’il ne fallait pas faire.
Cet album de Stan Getz, j’avais depuis très longtemps le choix de l’enterrer et de le sortir de temps en temps pour le réécouter. Mais je me suis toujours dit que si un jour je pouvais faire un truc projet qui ressemble à ça, ce serait un rêve. Mais un des choix à ne pas faire aurait été de reprendre les partitions et de rejouer l’album à l’identique. Cela aurait été se tirer une balle dans le pied. Du coup je voulais écrire ma propre musique, personnelle.
J’ai beau travailler mon instrument comme un fou, tous les jours comme un forcené pour avoir le son que j’ai aujourd’hui, je ne lâche jamais l’affaire mais je sais que jamais je ne serai à la hauteur de Stan Getz.

Les DNJ : Quand tu es allé voir Verve tu avais du matériel à leur faire écouter ?

SR : Non, rien.

DNJ : Et ils t’ont dit « banco » ?

SR : Non, cela a été un peu long. J’y suis allé entre les deux tours des Victoires. Et comme j’ai eu le concours de beauté, j’ai pu y retourner juste après. Ils m’ont écouté un peu différemment.

DNJ : Combien de musiciens français ont enregistré chez Verve, ce label mythique de Norman Granz ?

SR : à ma connaissance Thomas Encho récemment et il y a aussi Julien Lourau qui joue sur le label Gitanes Jazz, qui est un sous-label de Verve sur un disque magnifique d’Abbey Lincoln (j’étais d’ailleurs super jaloux de lui)  ( NDLR : «  A turtle’s dream » -2003)
Cela dit quand j’ai proposé le projet à verve et qu’ils l’ont accepté j’y ai mis des conditions. Notamment le fait que je ne voulais pas faire cet album tout seul. Je voulais absolument Fred (Pallem) sur ce projet et du coup le label a compris que je ne m’embarquais pas tout seul dans cet album.

DNJ : Fred Pallem aux arrangements, c’est assez surprenant dans le sens où cela ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude.

SR : D’accord mais regarde Eddie Sauter qui était l’arrangeur de « Focus », ce n’est pas ce qu’il faisait d’habitude. Il était chez Benny Goodman, il faisait des Broadway Shows. Et c’est Stan Getz qui admirait ce mec et qui se désolait de voir ce qu’on lui faisait faire. Bon ce n’est effectivement pas le cas avec Fred qui a toujours fait des projets formidables. Le Sacre ( NDLR : du Tympan) c’est génial mais il est vrai que c’est totalement différent. Fred sait tout faire et il connait parfaitement la musique et pour lui aussi  « Focus » était une vraie référence.
Fred et moi nous nous connaissons depuis longtemps et je lui faisais une totale confiance sur ce projet. Je lui ai donné les clefs et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Ensuite on en discutait ensemble. On a fait tout l’enregistrement en deux jours en prise direct, comme Getz. Entre moi et Fred ça a « matché » parfaitement.
Après tout s’est enchaîné favorablement. On a trouvé un orchestre remarquable et Tessier Du Cros (ingénieur du son) était sur le projet. Bref tout s’alignait pour que Verve adhère totalement au projet. J’en profite au passage pour saluer le travail extraordinaire que Philippe (Tessier Du Cros) a fait sur le son. C’est un fou génial.


DNJ : Comment as tu conçu l’album ?

SR : Je voulais que les deux premiers morceaux (Night Rain et Rue Breguet) soient un vrai clin d’oeil a « Focus » qui sont un vrai rappel de I’m late I’m late et de Her. J’ai pris le thème et je l’ai mis à l’envers en le développant vers quelque chose de plus Steve Reich, ce qui me ressemble plus. Rue Breguet correspond à la période où j’ai découvert le disque. Dans la rue Bréguet il y avait l’appartement du père de Thomas de Pourquery où nous étions tout le temps fourrés. On étaient au lycée à Hélène Boucher et à l’heure du déjeuner on allait dans cet appartement écouter Les Double Six, Eddie Louiss etc…. et Stan Getz. Donc je voulais faire ce titre un peu mélancolique et en même temps un hommage au père de Thomas.
Après j’ai déroulé les compos. Certaines ont des vrais liens ou des citations cachées de « Focus ». Dans d’autres cas nous sommes partis de motifs qu’utilisait Sauter.


DNJ : Avez vous d’autres compos qui ne sont pas dans le disque ?

SR : Non, nous avons tout mis dans l’album. Pour  les concerts nous serons peut être un peu court en temps mais nous avons d’autres surprises à ajouter. Cela dit une heure de musique symphonique, ce n’est pas la même chose qu’une heure de quartet, et cela n’a pas le même poids. Avec « Re-Focus » c’est sûr, je ne vais pas faire trois sets.


 

J’ai fait ce disque par amour


DNJ : Tu n’as pas eu peur en sortant cet album que certains te reprochent de toucher à une oeuvre intouchable ?
 
SR: Carrément ! Je suis sûr qu’il y en certains qui vont me tomber dessus. On va sûrement me dire que c’est un monument et qu’il ne fallait pas y toucher. Mais je trouve cela un peu ridicule parce qu’en fait je ne touche pas à «  Focus ». Ce ne sont pas les arrangements de Sauter et je ne suis pas un musicien de revival. Cela m’est arrivé une fois dans ma vie de faire un hommage, avec Moondog mais il faut le remettre dans son contexte. Pour « Refocus » je n’ai pas voulu rendre hommage.

DNJ: Quand même, juste le titre «  Re-focus » c’est quand même un hommage, non ?

SR :  Et bien non ! Je ne le considère pas comme cela.
D’abord « Refocus » est un mot, ça veut dire refaire le point, pour moi ça voulait dire me recentrer sur ma culture première: le jazz, Stan Getz, Focus et toutes les autres choses qui font que je suis musicien aujourd’hui.  
Ensuite, Alex Dutilh a trouvé la bonne formule en disant « C’est un à-propos ».
C’est exactement cela ! Et de fait, à part la forme, l’instrumentation, il n’y a rien de « Focus ». Mais bon, des saxophonistes coltraniens avec des quartet il y en a à la pelle et ça ne gêne personne. Moi j’ai l’habitude de faire des projets avec des formes un peu bizarres et pour une fois que j’utilise un formalisme plus classique, on devrait me tomber dessus en me disant c’est bon il y a déjà un mec qui a fait ça et que t’as pas le droit de refaire.  Soyons sérieux.
Après que cela ne plaise pas, c’est la liberté de chacun. Il y a d’ailleurs un très bon copain musicien qui trouvait que je m’étais travesti pour faire ce disque. Mais c’est faux ! Moi j’ai fait ce disque par amour.

DNJ : Tu t’exposes quand même beaucoup dans cet album. La rythmique n’est certes pas anecdotique mais quand même c’est toi qui est au centre des débats.

SR :  En fait jusqu’à présent je me cachais un peu. Dans Rocking Chair avec Airelle (Besson) je ne faisais presque pas de solos. Avec Mechanics c’est autre chose,  une osmose de groupe très forte et j’étais dans un processus de recherche. Je pense qu’aujourd’hui, je ne vais pas parler de maturité, mais simplement  que je suis enfin arrivé à un son que je cherchais depuis longtemps.

DNJ : Travailler avec un orchestre à cordes, un rêve pour tous les saxophoniste ?

SR : Je ne sais pas si c’est le rêve de tous mais en tous cas pour moi, dans l’absolu, ce n’est pas un rêve.
Par contre, dans le format de « Focus » , oui. Cela étant, j’ai des exemples en tête qui sonnent monstrueusement bien comme « Round around Roma » de Stefano Di Battista. Les cordes font le tapis et Stefano fait le latin lover. C’est sublime. Personnellement je ne suis pas capable de faire cela. « Re Focus » est un autre projet où l’on pourrait retirer mes interventions et la rythmique et laisser jouer les cordes, cela fonctionnerait quand même. Tout , tout comme avec l’album de Getz. En fait je joue peu de plans, je travaille surtout l’interaction avec les autres. Dans ce  projet, j’ai un rapport hyper interactif avec les cordes, je peux jouer, ne pas jouer, répondre et questionner.

DNJ : Y a t-il beaucoup de parties écrites ?

SR: Non, presque pas. Seule la mélodie de base de deux morceaux ont été écrites et je n’avais même pas de partitions en studio. Je me suis juste fait des schémas avant d’enregistrer, et les arrangements n’étaient que pour les cordes. Fred a essayé de me faire jouer des bouts de mélodie mais, c’est pas pour moi. Parfois je joue ce que jouent les cordes, mais uniquement parce qu’à ce moment-là c’est ce que je choisissais.

 

DNJ : Dans ce format, la place de la batterie n’est elle pas difficile à trouver ?

SR : Tu sais Jeff (Balard) peut tout jouer. Parfois c’est un peu compliqué pour les cordes, mais Jeff est tellement bon ! Je voulais quelqu’un capable de vraiment surprendre aux balais, qui pouvait amener  une particularité. Et puis je me suis dit aussi qu’il fallait quelqu’un capable d’apporter aussi le swing. Et il se trouve que je connais bien la femme de Jeff et ce dernier a tout de suite réagi favorablement dès qu’il a eu connaissance du projet. Jeff avait un trou dans sa tournée et il pouvait être là juste un jour, le premier du studio.

 

DNJ : Les rapports entre jazz et classique ?

SR : Ils viennent de la référence à « Focus » et du fait que Sauter a prit la même instrumentation que la pièce de Bartok musique pour cordes, percussions et célesta. Sauf que moi j’ai viré le célesta, le piano et la harpe. On a décidé de ça au fur et à mesure avec Fred, les perçus-claviers (Vibraphone, Marimba, Glokenspiel) c’est sa patte! A partir de là il a fait un boulot de fou. Il a agencé les choses, il savait exactement comment ça allait sonner.

DNJ: tu as le sentiment de perpétuer une tradition du jazz ?

SR : Mais je viens de là ! C’est organique, c’est moi ! C’est MON disque de jazz. Ce n'est pas free, pas barré, c’est juste jazz. Après je ne sais pas si ça s’inscrit dans une tradition ou une autre, j’espère surtout que du ténor tout le long, les gens vont pas trouver cela ennuyeux.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

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