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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 22:52


Céline Bonacina "Alefa!" Trio:
27 juin à 17h: tremplin rezzo Jazz à Vienne
14 juillet à 20h dans le cadre des Révélations Jazz à Juan 2009
7 août à 20h30 - Festival de Jazz de la Ciotat


13 juin à 21h30 @ La Cave du Moulin (rue des Anciens combattants d'Afrique du Nord, Louviers, 27400)
David Linx Quartet
David Linx - chant
Diederik Wissels - piano
Christophe Wallemme - contrebasse
Karl Jannuska - batterie
 
17 juin à 22h @ Sunside (60 rue des Lombards, 75001)
Tam DeVilliers Quartet
Tam DeVilliers - guitare
David Prez - tenor sax
Bruno Schorp - contrebasse
Karl Jannuska - batterie
 
19 juin à 18h30 @ Place au Jazz Bourgogne (45000 Orléans)
Sonia Cat-Berro Quintet
Sonia Cat-Berro - chant
Gilles Barikosky - tenor sax
Pierre DeBethmann - fender rhodes
Yoni Zelnik - contrebasse
Karl Jannuska - batterie
 
27 juin @ Onda Jazz Lisbon (Lisbon, Portugal)
Meta
Meta - chant & percussions
Michael Felberbaum - guitare
Joshua Levitt - saxophone, ney
Benjamin Moussay - piano
François Moutin - contrebasse

La maison du Duke - Laurent Mignard
à l'Entrepôt - 7 / 9 rue Francis de Pressensé 75014 Paris
jeudi 11 juin - 21h30



11 juin @ Sunside : Dan Tepfer Trio
Dré Pallemaerts – batterie; Gildas Boclé – c.basse ; Dan Tepfer - piano

15-16 juin :@ Sunside : Jeremy Pelt Quintet featuring JD Allen
Jeremy Pelt – trompette ; JD Allen – sax tenor ; Danny Grissett – piano ; Vincente Archer – c.basse ; Derrell Green – batterie

30 juin & 1 juillet @ Sunside  : Greg Osby & Marc Copland

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 22:30


Myspace d'Elin Larsson

Apparue pour la première fois au festival nomade Swedish Jazz Celebration à Göteborg au mois de mars dernier - elle aussi au Trädgår'n - Elin Larsson aura littéralement scotché tout le monde. Public, journalistes, producteurs et organisateurs de festivals en Europe étaient plutôt admiratifs et enjoués (mis à part Siegfrid Loch du label ACT qui n'a pas eu l'air très concerné, ce qui est un peu dommage).
Cette jeune femme musicienne est proprement en train de surfer en haut de la vague - pardon la déferlante - qu'elle et son groupe ont créée. Car Elin Larsson Group est avant tout un groupe où chacun tient sa place et fait partie intégrante d'une aventure un peu comme un groupe de rock. D'ailleurs la saxophoniste le revendique clairement: si elle compose tous les titres, c'est le groupe qui joue. En concert, tout le monde est mis en avant et chaque individu met en avant la musique du groupe. 

Avant de créer son groupe, elle aura joué dans deux groupes qui, semblent ils, ont plutôt bien tournés: We Are Quartet et Free Peaces. Aujourd'hui, c'est une musicienne très à l'aise avec son instrument: elle le domine et l'empoigne de haut en bas,elle le chérit et moleste, elle le fait chanter comme bon lui semble. Elle fait corps avec son sax; tellement que c'en est troublant. Et sa musique est à son image: sympa, franche, directe, souriante; une musique qui vous touche directement au plus profond de vous. Transcendante.
Sur scène, Elin Larsson Group est renversant de jeunesse, de fougue, de tendresse, de jouerie dense et la saxophoniste est dotée d'une maturité étonnante! La moyenne d'âge du groupe ne doit pas dépasser 22 ans, à la louche, et les musiciens semblent un peu surpris de l'effet qu'ils font sur scène tout en se montrant très confiants en leur musique et en leur leadeuse. Cette Elin Larsson, qui définit sa musique comme un “Hybrid of jazz, rock, pop, free improvisation and folk music”, mène son groupe de jeunes hommes avec sérénité et grande manière.

Pour entrer dans son monde, voici un extrait qui s'intitule "Mornington". Elin Larsson Group n'a pas encore enregistré de cd et ce titre provient d'une démo. Ca envoie. Vous êtes prévenu(e).

Jérôme Gransac

Elin Larsson Group - Mornington

 

Elin Larsson (ts), Kristian Persson (tb), Henrik Hallberg (elg), Niklas Wennström (cb), Johan Käck (dr)

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 22:35


Anne Pacéo Triphase
Le site du Comptoir


Ce vendredi 9 mai 2009, le Comptoir invite le trio d'Anne Pacéo Triphase a dont le premier cd a attiré l'attention de tous et confirmé le talent de la jeune batteuse de 24 ans.
Anne Pacéo est cette jeune batteuse de 24 ans dont tout le monde parle. Avec un jeu vibrant et limpide, en constante évolution, dotée d'une dynamique solide, d'un jeu fait de contrastes, elle fait sonner sa batterie comme un "instrument comme les autres" à force de finesses. Que ce soit au sein de ses propres formations ou au côté de vieux routards comme Henri Texier, elle est inventive et s'adapte parfaitement à la musique.
Triphase est à considéré dans son entièreté et il serait une erreur de négliger les deux comparses qui jouent AVEC Anne Pacéo: Leonardo Montana au piano et Joan Eche-Puig à la contrebasse. C'est bête à dire mais ce trio est une force musicale tout à fait osmotique.
Tout d'abord, les trois musiciens participent à l'écriture. Des petites pièces soignées où la mélodie taquine l'émotion à fleur de peau à la longue suite d'atmosphères miniatures, le trio a un répertoire équilibré. Il mêle douceurs, constrastes poétiques et rêveries méditatives. Pas trop écrit, il laisse place à la spontanéité dans des impros enlevées, le plus souvent menées par le pianiste, en évitant les b(r)ouillonnement d'idées.
Avant tout, la musique est sonore et répartie de manière homogène au sein du trio; chaque note est posée en fonction de la pesanteur souhaitée dans des espaces sonores variés et évocateurs. Les sonorités cotonneuses ou scintillantes ("Regret" par Eche-Puig) côtoient des douceurs sucrées asiatiques, des densités ibériques ( Minas de Montana) ou pop et des sobriétés tribales (lorsque le pianiste vocalise les harmonies par exemple).
Ce trio piano/contrebasse/batterie se retrouve aussi dans une complicité rythmique forte le long du concert où l'émulation saine les amène à toucher un style original pour un trio. Le contrebassiste est l'axe central de la communication rythmique, il facilite le passage des messages entre la batteuse et le pianiste. Anne Pacéo imprime l'ampleur de la pièce et Léo Montana est en quelque sorte la plaque tournante qui distille la tension et l'émotion des pièces. En réponse à la ferveur rythmique, il plaque ses accords en accélérant sa main droite au delà de la rythmique comme pour prolonger la densité de ses notes. Ce pianiste, aux touchés empruntés aux plus grands, fait la différence par la retenue de son jeu et par ses qualités d'improvisateur mélodique assurément liées à ses qualités indéniables de compositeur.

Triphase nous a offert un très beau concert ce soir là. La fraicheur de sa musique a rayonné de la première à la dernière note: la sincérité de ces trois musiciens et le désir de jouer ensemble se lisaient sur leur visages: ouriants et sereins. Il est même rare d'entendre et de voir, donc, les membres d'un trio partager la musique avec la même retenue et la même brillance: signe probable d'une belle maturité musicale déjà atteinte.

Jérôme Gransac



PS: Le Comptoir est une salle de spectacles dans la halle Roublot de Fontenay sous Bois dans le Val de Marne.
Animé par des bénévoles depuis 2003 dont Sophie Gastine-Ficher de l'association "Musiques au comptoir", ce très beau lieu aura accueilli nombreuses scènes de jazz, de musique classique, de théâtre, de musiques du monde. Le Comptoir fermera ses portes fin juin pour la réhabilitation de la Halle Roublot pour une durée de 18 mois. Notez que le quintet d'Archie Shepp terminera la saison le 21 juin, jour de la Fête de la Musique.
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 07:46

Illusions 2009

Marc Ducret (g), Bruno Chevillon (cb), Eric Echampard (dm), Antonin Rayon (p, fder, clavinet), paul brousseau (kyb, samplers), Tom gareil (vb), Mathieu Metzger (as,ss), Hugues Mayot (t, bs), Yann lecollaire (cl, fl), Pascal gachet (tp, fchn), Jean Lucas (tb)

 

D’emblée et dès le premier titre, on entre dans un autre monde. C’est un peu comme si l’on venait de tirer un rideau pour se laisser emmener dans un monde instable, un monde surprenant, inquiétant, angoissant aussi à l’image de toute avancée en terrain inconnu. Il suffit alors de se laisser porter par son imaginaire comme cette musique nous y invite si bien dans un foisonnement musical qui n’est pas sans nous rappeler Franck Zappa en partie, King Crimson (si l’on ose) et bien sûr à Tim Berne puisqu’il y est ici question du chaos organisé, systématisé en théorie brutale et brillante. Mais les sources sont multiples et infinies. La jungle de Marc Ducret est sauvage et urbaine et dans Tapage par exemple, on pourrait imaginer quelques rapprochements non moins osés avec la jungle Ellingtonienne ici revisitée dans une mégapole moderne. Terriblement bien construite la musique de Ducret est fourmillante et kaléidoscopique. Protéiforme. Jamais ne suit la ligne droite, mais se perd au contraire dans les méandres, tourne doucement ou brutalement, consomme l’art de la rupture sans modération. C’est à la fois fort et parfois violent, bouscule l’auditeur à qui elle parle autant à l’imaginaire qu’aux tripes. Le No Man’s land de Ducret est interlope. Il éveille la curiosité des sens, oblige à l’attention, provoque la surprise et l’attente (Aquatique). Par son art de la rupture, du revirement et son écriture toujours fluide et puissant, Marc Ducret parvient à nous captiver de bout en bout de cet album de plus d’une heure.  Jusqu’à s’offrir un dernier titre de 26mn intitulé «  Nouvelles nouvelles du front » en référence à l’album enregistré en 2004 ( News from the front paru sur le label Winter and Winter)

Dans cet album Marc, Ducret n’est pas Marc Ducret tout en restant conforme à son esthétique musicale. Entendons par là que Marc Ducret est moins dans le jeu, dans l’expression de la guitare torturée que dans la conjonction des énergies, point de passage obligé des musiciens qu’il convoque. Marc Ducret en grand orchestrateur partageant l’espace et ne l’envahissant jamais. Il y a du collectif dans cette musique enregistrée en novembre 2007 au Delirium à Avignon, haut lieu baroque et décalé des arts vivants dans la cité des Papes, siège idéal de cette musique aussi riche que foisonnante. Et c’est là que Marc Ducret a réuni une troupe de jeunes musiciens qui viennent épauler la garde fidèle constituée par cette rythmique exceptionnelle Chevillon/ Echampard  (une sorte d’ONJ dont on aurait pu rêver si cela avait présenté un intérêt pour le guitariste).

Avec un remarquable sens du groupe chacun y apporte sa pierre essentielle qu’il s’agisse des grains de folie d’Antonin Rayon aux claviers (entendu aussi avec Alexandra Grimal) pointilliste déjanté ou de Mathieu Metzger ( saxophoniste en vue dans le dernier album de Sclavis) qui apporte le tranchant de la lame affûtée et sauvage ou encore Yann Lecollaire auteur d’un chorus inspiré à la clarinette. Mais c’est en réalité chaque musicien qui contribue à cet écheveau et prend sa place essentielle dans cette construction formidablement savante. On entre dans cette musique comme dans une sorte de labyrinthe dans lequel on se perdrait s’il ne nous montrait, avec brio la marche à suivre. Sauf qu’au lieu de chercher la sortie on aimerait s’y perdre encore longtemps. Jean-marc Gelin

 

 

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 09:42

Bee Jazz 2009

 

Il est parfois difficile de comprendre la démarche d’un musicien, d’autant plus lorsqu’il met son instrument au vestiaire (en l’occurrence la contrebasse, dont il joue fort bien) et qu’il se retrouve directeur artistique de l’Orchestre National de Jazz (ONJ). Je veux bien sûr parler de Daniel Yvinec, dont le premier projet avec l’ONJ : Broadway in Satin (une relecture des chansons interprétées par Billie Holiday), nous avait totalement désespéré lors de l’ouverture de Banlieues Bleues (comment peut-on traiter une chanson aussi dramatique que Strange Fruit à la manière d’une chansonnette divertissante de Broadway ?). On attendait donc au tournant ce projet autour des chansons de Robert Wyatt, en se disant que de toute façon, ça ne pouvait pas être pire que la catastrophe précédente. Si effectivement le disque dans son ensemble est écoutable, la prestation scénique du groupe lors du récent Festival Jazz à St Germain (le 23 mai dernier) était froide et mortifère (due en grande partie à l’interprétation des chansons sans la présence physique des chanteurs, en utilisant des voix samplées). Elle a été sauvée par Eric Truffaz (qui n’est pourtant pas la chaleur humaine incarnée), mais qui a joué le jeu du soliste de jazz, en se donnant à fond et en faisant le show (ce qui n’est pas vraiment le cas des autres membres du groupe). Le projet discographique, quant à lui, nous paraît tout de même intéressant, bien que sa démarche nous laisse souvent perplexe et l’on aurait mille questions à poser à Daniel Yvinec et Vincent Artaud (qui a assuré les arrangements) sur la plupart des choix artistiques qu’ils ont opérés. Tout d’abord l’idée première, plutôt saugrenue, qui consiste à partir des voix pour composer la musique et les arrangements. Chaque chanteur ou chanteuse invité a interprété sa chanson de Wyatt « a capella » et c’est à partir de ces samples que l’orchestre a travaillé la musique et les arrangements. Comme l’explique Yvinec : « Je voulais redonner à la voix son statut de personnage principal, partir du bijou pour concevoir l’écrin, en brodant autour des voix, des parures d’orchestre ». Ce postulat étant fixé, il restait à choisir les chansons de Wyatt ainsi que les chanteurs ou chanteuses pour les interpréter. En ce qui concerne le répertoire, on note l’absence de The Sea Song (morceau d’ouverture du chef d’œuvre Rock Bottom), car son interprétation avait été confiée à Alain Bashung, qui à l’article de la mort, n’a pas pu l’enregistrer. Yvinec a préféré se passer de ce titre-phare plutôt que de le confier à un autre (c’est justement sur ce morceau que Truffaz, en concert, nous a enflammé en improvisant sur sa ligne mélodique). Sinon on retrouve d’autres titres célèbres comme Alifib (lui aussi extrait de Rock Bottom), Shipbuilding (chanson qu’Elvis Costello a offert à Wyatt), O Caroline (période Matching Mole) ou Alliance (tiré de l’excellent Old Rottenhat). Notons que les autres titres sont moins connus et plutôt rares, en particulier les six chansons que Robert Wyatt chante lui-même et qui constituent à nos yeux (et surtout à nos oreilles !) l’intérêt principal de cet album. Wyatt n’avait pas de nouveau morceau à proposer à Yvinec pour ce projet. Il a choisi des titres qu’il n’a pas composé, pour la plupart, et qui ne figurent pas sur ses propres albums, mais qu’il a bel et bien chanté au cours de sa carrière, comme les excellents The Song, Kew Rhone et Gegenstang (tous trois présents dans l’album Songs de John Greaves et composés par la paire Greaves/Blegvald). Il propose aussi le très sensible Te Recuerdo Amanda du chanteur chilien Victor Jara (assassiné par Pinochet) et une nouvelle version de Vandalusia (composée pour Old Rottenhat). En ce qui concerne les autres chanteurs(euses) invité(e)s, les choix d’Yvinec sont toujours aussi discutables. Si l’on apprécie la présence chaleureuse et inattendue de Rokia Traoré sur un Alifib, qui nous surprend par son originalité, nous sommes consternés par Irène Jacob massacrant Del Mondo et Daniel Darc, qui se prend pour un crooner en chuchotant maladroitement la superbe mélodie de O Caroline. Yaël Naïm et Camille sont de bonnes chanteuses, mais leurs versions respectives de Shipbuilding et Alliance ne tiennent pas la route, car elles sont trop proches du registre de Wyatt avec l’émotion en moins. Des versions plates et sans grand relief, qui nous laissent de marbre. Car enfin qu’est-ce qui nous touche le plus dans la musique de Wyatt, si ce n’est SA BOULVERSANTE VOIX. Pourquoi Yvinec a voulu que l’émotion suscitée par la voix de Wyatt disparaisse complètement avec ce choix de chanteurs(euses) issus du monde de la chanson dite de variétés (n’ayant rien à voir avec le jazz ou la pop psychédélique anglaise d’où vient Wyatt). Enfin parlons maintenant de l’orchestration : si le travail de Vincent Artaud nous paraît cohérent aves sa propre démarche artistique, créant une masse sonore orchestrale électro-acoustique tout à fait intéressante et qui ressemble à ses projets solos. Le rôle de chaque soliste est très décevant pour un orchestre se réclamant du « jazz », les morceaux étant réduits à de courts formats de chansons et les musiciens se retrouvent prisonniers d’un processus où la musique n’est que broderie et parure. Afin de mettre en valeur les jeunes et brillants musiciens de l’orchestre, il aurait peut-être fallut proposer des versions instrumentales de ces chansons et de demander à chaque instrumentiste soliste de l’orchestre de s’approprier une mélodie de Wyatt en improvisant dessus (exactement comme l’a fait Eric Truffaz sur Sea Song lors du concert de Jazz à St Germain).

 

Lionel Eskenazi
 

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 09:34

 

Laurent Rochelle (clarinette basse), Dieter Arnold (batterie, percussions)

Un vaste paysage désert flotte dans le flou d’un doux pastel noir et blanc. Il invite à se poser, à contempler. Il donne envie d’attendre de voir que se passe quelque chose, de se laisser porter. Il ne faut pas plus d’une telle pochette pour ouvrir des appétits d’évasion.

Comme souvent, une liberté en appelle une autre, et, dans « Short Stories », l’improvisation questionne le voyage. Pour y répondre, sa majesté la clarinette basse, cette grande dame de la rêverie s’accompagne du rythme. A ses côtés il chemine, mouvant et sensible, multiforme et coloré.

Les protagonistes du récit sont deux explorateurs de l’âme : le français Laurent Rochelle à la clarinette basse et l’allemand Dieter Arnold à la batterie et aux percussions.

Leurs « nouvelles » sont autant de prétextes pour peindre des atmosphères. Chacune d’elle brosse un tableau musical singulier. Autant d’images que d’étapes pour un voyage qu’ils invitent généreusement à partager.

D’emblée, dans « Short Story », la clarinette basse joue le griot avec la complicité de percussions qui sentent l’Afrique. Dans « A Trip », elle se fait charmeuse au travers de ritournelles teintées de folklore ; l’orient n’est pas loin. Mais la clarinette basse n’est pas seule à mener la danse ! Dans « Marsch », c’est au pas de la caisse claire qu’elle suit une armée imaginaire. Plus tard, dans « Power gong », la cymbale l’entraîne sur les rives de l’Asie.

Avec de tels guides, il aurait été surprenant de ne pas sortir des sentiers battus. Dès lors, il faut parfois défricher les chemins qui mènent hors des frontières géographiques comme dans le grinçant « Lonesome Turtle ». Mais le temps change, semble-t-il.  La pluie ne se serait-elle pas mise à tomber sur « Troll » ? Vite,  il faut rentrer se mettre au sec, la balade est terminée.  On reviendra à la prochaine occasion, dès que la sirène du bateau de la clarinette basse signalera un nouveau départ.  Amateurs d’imaginaire, ne pas s’abstenir. Ce disque nourrit les envies de liberté, d’espace où le silence est roi. C’est poétique et fluide. On respire.

Anne-marie Allouet

 

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 11:01

 Altrisuoni - 2009

Site d'Olivier Le Goas

Après son quartet "New Gravitations" avec John Abercrombie, Ralph Alessi et Drew Gress (excusez du peu), Olivier Le Goas nous revient avec "Seven Ways" est édité par le label suisse Altrisuoni. Le Goas a réuni le guitariste Manu Codjia et le saxophoniste Vincent Mascart pour un groupe à la configuration inhabituelle qu'est Trilog.
Le trio signe ici une musique et un jazz racés à plusieurs égards. Pour commencer, les six compositions de Le Goas sont délicieuses, s'approchent de la beauté et sont largement inspirées par la musique classique. Du compositeur allemand de la période baroque Erasmus Widmann ("Le chant du regards") à Purcell ("The Answer"), d'un Anonyme du 17ième siècle ("Rêves de Bourgogne") à Maurice Ravel ("Sainte"), Trilog a fait siennes chacune de ces inspirations et fond sans coutures leurs mélodies dans une musique improvisée et rituelle.
A contrario des musiciens allemands Knut Rössler/Johannes Vogt qui avaient proposé un cd de dix compositions de jazz baroque en 2008 où ils paraphrasaient et doublaient les lignes mélodiques dans le style baroque sans véritable adaptation, Olivier le Goas a élaboré un jazz actuel, contrasté et aventureux en conservant avec talent les caractéristiques du style musical dont il s'inspire.
Dans "Le chant du Regards" ou "Rêves de Bourgogne", Trilog développe les oppositions note longues/note courtes, la fantaisie joyeuse, la mise en avant d'un soliste; éléments qu'on trouve en particulier dans la musique baroque et qui font partie des fondements du jazz. De là, le groupe propage les atmosphères en ornementant et en improvisant des cadences.
Le dernier morceau est de Bill Evans: le groupe clôt le cd par un jazz rassurant sans véritable perspective créatrice, comme cela est le cas sur le cd, mais avec un raffinement rare.
Ensuite, la composition instrumentale de ce trio surprend alors qu'on y découvre un groupe très équilibré et solide. Manu Codjia y a une double responsabilité puisqu'il occupe à la fois la place d'un soliste et de l'accompagnateur rythmique. A la première écoute, il semble plus accompagnateur que d'habitude en marquant l'harmonie, presque en retrait. En fait, c'est tout à son honneur car son jeu développe un son rock et légèrement free sans outrance tout en gardant une ligne directrice mélodique saine. Sur son
blog, Bruno Pfeiffer interviewe le contrebassiste Henri Texier qui donne un avis élogieux - et que l'on partage - sur le guitariste: "Il joue comme un peintre trouve les mélanges sur la palette. Simplement, les sonorités remplacent les couleurs." 
Codjia offre ainsi un bon contrepoint au saxophoniste Vincent Mascart qui a tout compris de la musique de Le Goas. Son jeu est fluide et vivace sur "Le chant du regards", langoureux et tonique sur "Sainte" et "Turn Out The Star". Ses interventions free-décalées, aux sonorités spatiales, sont admirablement amenées voire lumineuses. La caractéristique principale de ce trio est le jeu dynamique et vivace tout en nuances du saxophoniste, vraiment remarquable et inspiré sur toutes les pièces, et du batteur qui se siéent parfaitement. Ces deux là sonnent comme une évidence.
Enfin, on prend son pied à déguster aussi le jeu de Le Goas - vif, tranchant, tendu ou élastique - avec une intelligence sonore qui lui est propre. Son empreinte rythmique fait pour beaucoup dans la couleur de cette musique. Trilog est un trio à découvrir qui doit absolument trouver sa place dans les festivals d'été.

Jérôme Gransac

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 06:53
 
 

C’était à Nevers en novembre de l’année dernière. Obama était élu depuis à peine une semaine et John Scofield venait roder sur scène son futur répertoire, celui de son prochain album ( sorti en avril en France). Piety Street enregistré en Louisiane est une sorte d’intermède dans la carrière du guitariste (cf. la critique  des DNJ), autour d’un répertoire inattendu pour  lui : celui du gospel revisité à la sauce blues. Entre deux balances, John Scofield nous accordait alors une brève interview.

 

 

Quelle est la principale idée de votre nouveau projet ?

 

JS : Nous avons fait un nouvel album pour le label Emarcy. Le nom de cet album c’est « Piety Street ». Au départ je voulais faire un album de blues et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que cela avait déjà été beaucoup fait (rires) ! Et en fait il se trouve que j’ai toujours été fan de gospel. C’est pour cela que j’ai décidé de faire un album autour de ce thème, en Louisiane, avec des musiciens de là-bas. J’y suis allé en janvier 2008 et j’ai joué avec beaucoup de musiciens locaux.  Il se trouve que je depuis longtemps j’adore ce que fait le chanteur et pianiste John Cleary. Je savais aussi que George Porter Jr était libre. J’avais déjà joué plusieurs fois avec lui. Donc cela pouvait être une bonne ossature mais il nous fallait un batteur qui assure. C’est drôle mais je n’arrivai pas à trouver le bon batteur. Certains étaient trop occupés. J’ai pensé à Ricky Fataar. Il est de Los Angeles. Et puis sur l’album, nous avons aussi Shannon Powell qui joue du tambourin. Nous nous sommes tous retrouvés en studio et nous avons enregistré en mars.

 

Pourquoi avoir choisit le gospel

 

JS : Vous savez il  y a tant de musiques que nous ne connaissons pas vraiment. Des musiques comme le gospel que finalement nous n’avons jamais réellement exploré en tant que jazzmen. Pourtant le gospel est le frère jumeau de la soul. Mais les chanteurs de gospel ne sont pas aussi célèbres. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de chanteurs fantastiques de Gospel qui restent dans cette musique et qui ne vont pas vers le R&B. Pourtant peut être que les plus grands talents sont bel et bien là. Ecoutez un gars comme Cleary par exemple et vous vous rendrez compte que c’est quelqu’un qui a une voix incroyable.

 

Pour faire ce disque vous avez dû beaucoup écouter

 

JS : Oh oui,beaucoup mais après toutes ces heures à écouter des chanteurs et des chanteuses de Gospel j’en reviens toujours à Mahalia Jackson notamment.C’est ma chanteuse préférée.

 

Est ce qu’il s’agit pour vous d’un retour aux racines de votre musique, le blues ?

 

JS : Oui c’est réellement cela. Pourtant ce sont des racines que j’ignorais un peu. J’écoutais Mahalia Jackson quand j’étais gamin et j’aimais cette musique et j’écoutais ensuite la soul à la radio. Mais cela fait juste quelques années que je commence à réécouter tous ces vieux disques. La forme de cette musique est réellement intéressante. C’est bien sûr différent des 12 mesures du blues et il y a réellement une forme propre au gospel. Pour un musicien de jazz, c’est vraiment intéressant. Un morceau comme When the saint go marching in offre une progression d’accords intéressante. De la même manière il y a aussi une forme passionnante c’est le gospel-blues qui est un peu différent mais qui a beaucoup de point communs. C’est simple comme forme mais terriblement différents du blues à 12 mesures.

 

Vous dites que ce disque est une sorte de retour au blues mais pourtant le blues n’a jamais été réellement absent de votre musique

 

JS : Vous avez raison, le blues n’a jamais réellement quitté ma musique mais là je joue un répertoire qui est différent mais qui m’y ramène d’une certaine façon.

 

 

Revenons sur vos musiciens. Vous semblez réellement complice avec John Cleary. Vous n’aviez jamais joué auparavant avec lui.

 

JS : Non jamais et pourtant nous nous connaissons depuis longtemps. Mais surtout je suis un grand fan de John. Il vient d’Angleterre où il a commencé en jouant de la guitare. Quand à George porter nous avions fait à La Nouvelle Orléans  des concerts, vous savez ce genre de show où l’on met ensemble des musiciens qui ne se connaissent pas et la sauce a tout de suite prit entre nous.

 

On a l’impression que cette musique est une sorte de récréation pour vous. Vous y mettez énormément de joie de jouer

 

JS : Absolument. C’est comme une sorte de célébration. Vous savez le jazz c‘est aussi une grande messe mais je crois que fondamentalement il y a aussi dans les deux cas une forme de spiritualité qui s’exprime différemment.

 

Vous pensez qu’il est important de faire vivre le Gospel en dehors de l’église

 

JS : Le Gospel est une grande musique. Il est important d’y revenir et de redécouvrir ceux qui ont fait cette musique. C’est une musique à part entière indépendamment de l’église. J’espère que les gens vont redécouvrir de grands thèmes du gospel en écoutant l’album et peut être revenir au gospel et aux chanteurs qui l’on inventé.

 

 

Le chant est important dans ce disque, ce qui est plutôt  inhabituel chez vous.

 

JS : Vous savez j’ai l’habitude de jouer avec des instrumentistes, des saxophonistes notamment ou des pianistes. Pourquoi pas un chanteur ? Un grand chanteur comme John  Cleary m’inspire beaucoup.

 

Vous avez choisi de présenter ce projet en Europe avant les Etats-Unis, pourquoi ?

 

JS : Nevers est le premier gig que nous avons avec ce groupe. Lorsque l’on m’a invité à venir en France je ne savais pas trop dans quelle formation. Mais comme j’avais ce projet et que tout le monde était libre, je me suis dit, pourquoi ne pas les emmener tous avec moi . Cela dit je pense réellement que l’Europe est le meilleur endroit pour jouer de la musique.

 

 

Nous sommes en novembre, et, depuis une semaine, quelque chose d’important s’est passé aux Etats-Unis….

 

JS : Ce n’est pas important que pour moi ou pour les Etats-unis, c’est important pour le monde. Je suis tellement heureux. Mais pas seulement parce que nous avons viré George Bush mais surtout je suis fier que nous, les Etats-Unis soyons les premiers à avoir élu un président noir. C’est le pays où j’ai grandi et je peux vous dire que j’ai pleuré, on a tous pleuré ce soir-là. On ne se sent plus honteux de tout et notamment d’avoir eu à traîner avec nous le raciste d’avant.

 

Si on revient au gospel, c’est une musique classée habituellement comme musique noire réservée aux noirs et John Cleary et vous êtes blancs, les choses changent donc réellement ?

 

JS :  John et moi on a grandi avec l’amour de cette musique et c’est ce que nous voulions jouer. Tout simplement.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc gelin lors du Festival de Nevers de novembre 2008

 

 

 

 

JJ john SCOFIELD : « PIETY STREET »

Emarcy 2009

 

Passons sur la pochette de l’album désastreuse de mauvais goût assumé, représentant l’effigie des musiciens sur des cierges d’église ! bof bof et passons aussi sur le côté lourdingue d’un album qui emmène le gospel sur le terrain d’un blues plutôt mal léché. Qui donne au sacré une bonne dose de vulgos ! Il y a certainement là une concession de Scofield à des impératifs commerciaux, genre album que l’on retrouvera facilement sur les grandes ondes des radios américaines dans le Texas profond. Un truc à écouter dans un routier avec les santiags aux pieds et la budweiser à la main. Car si le gospel de Scofield est bien teinté de country et de R&B, c’est bien un gospel très blanc qu’il donne à entendre qui a autant à voir avec les chants d’église que la 9ème symphonie avec le bal du samedi soir à Villedieu les Pöelles. Mais bon, en sortant ces thèmes de l’église, en les désacralisant en quelque sorte, Scofield leur donne une autre vie, une nouvelle vie, différente. De quoi se faire retourner Mahalia Jackson dedans sa tombe ! Mais il ne faudrait pas pour autant bouder notre plaisir. D’abord parce que Scofield a choisi ici de s’amuser comme un gamin qui ferait les balloches du samedi avec quelques bons copains. Plongée dans l’Amérique profonde, dans l’Amérique western dans laquelle, avec d’autres noms de la guitare jazz (on pense à Frisell) il aime parfois à se ressourcer.  Et il ne faut pas non plus bouder un disque de Scofield quel qu’il soit. Car même avec des thèmes sacrés rendus au plus profane des profanes, Scofield reste toujours Scofield. Ce guitariste d’une incroyable musicalité capable d’aller toujours chercher des notes improbables. Dans un groupe comme celui là il y a les autres (qui font ce qu’ils peuvent ) et il y a Scofield. Et puis autant se l’avouer tout net, lorsque nous les avons vus en concert s’amuser comme des petits fous, on a franchement pris un gros panard. Ça jouait grave, ça envoyait la purée sans aucune retenue, c’était fait pour chanter, pour taper dans les mains et pour danser. C’était un peu comme d’aller au cinoche avec un gigantesque pot de pop corn et un coca de deux litres. On avait un  peu honte mais faut bien dire ce qui est… parfois la honte, c’est trop bon ! Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 07:10

Nonesuch 2009

Allen Toussaint, piano (1-12), vocals (11) 
with
Don Byron, clarinet
Nicholas Payton, trumpet
Marc Ribot, acoustic guitar
David Piltch, upright bass
Jay Bellerose, drums and percussion
and special guests
Brad Mehldau, piano (5)
Joshua Redman, tenor saxophone (10)

Il semble que depuis quelque temps ( depuis Katrina surtout), tous les passionnés de jazz de la planète se tourne à nouveau vers la Nouvelle-Orléans. Et dans ce magnifique élan, nous redécouvrons ceux que l’on avait oubliés ou que l’on écoutait moins. Tenez, prenez le pianiste Allen Toussaint, symbole s’il en est de cette Nouvelle-Orléans mythique, grand maître de la tradition et des secrets qu’il tient du Professeur Longhair. Allen Toussaint qui à 71 printemps nous montre aujourd’hui combien il est moderne. Combien la musique que l’on joue dans les rues de Canal Street reste gravée dans le patrimoine le plus emballant et le plus réjouissant. Pas cérébral, non simplement jouissif et gai. Le jass en somme ! Et Allen Toussaint pour nous en faire la joyeuse démonstration embarque avec lui les plus talentueux des « jeunes » (tout est relatif) jazzmen avec un  sens de l’éclectisme que lui seul pouvait insuffler. Vous imaginez, réunir sur une musique « old style » des talents comme ceux de Nicolas Payton (remarquable Bixien de service), Marc Ribot (au blues plus canaille que jamais), ou un Joshua Redman (qui surprend là par son gros son websterien) ! Et c’est sans facilité aucune mais avec un plaisir évident que, sous le charme pianistique d’ Allen Toussaint ils s’embarquent pour jouer ce qui appartient au patrimoine de la cité du croissant. St James Infirmary ( ah cette belle version), West End Blues (si respectueux du grand Louis mais si inventif aussi), Singin the blues qui ne dénature pas la version de Bix ou encore un Bright mississsipi sorti d’une fanfare enjouée que l’on écoute comme si l’on défilait dans les rues de la cité magique. Allen Toussaint qui a au bout des doigts tout Fats Waller, Jerry Roll Morton et Earl Hines semble survoler cette session avec grâce et légèreté, grand organisateur et fédérateur de cette joyeuse rencontre. C’est qu’il y a là une sorte de bain de jouvence dans ce fleuve nourricier du jazz. C’est beau comme l’antique mais surtout bien plus moderne parce que formidablement vivant.


Jean-marc Gelin

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 07:11

Steven Brower

Editions de la Martinière

2009, 32 euros

 

 

On croyait à peu près tout connaître de Louis Armstrong. Pops comme on l’appelait n’avait d’ailleurs rien d’un cachottier et les trois versions  complètes de son autobiographie ( « Ma vie à la Nouvelle-Orléans ») avaient levées bien des voiles sur les premières années de sa vie de musicien. Certes, plus tard un ouvrage entièrement consacré à la majijuana avait bien été censuré par son éditeur mais il n’empêche, l’exposition publique de Satchmo était telle qu’il y avait peu de chances que le moindre interstice ait pu échapper à la vigilance de tous les paparazzi de la planète.

Et pourtant ce que nous découvrons là, aujourd’hui, plus de trente ans après sa disparition est une facette totalement inédite de l’art de Louis Armstrong. Car nous étions bien loin d’imaginer qu’en dehors de ses performances innombrables, Louis Armstrong développait l’âme d’un autre artiste, un plasticien éprit de collage. Dans le sein du sein, dans sa maison de Corona, se cachaient ainsi des centaines et des centaines de collages réalisés par Armstrong pour ornementer les boîtes des bandes magnétiques sur lesquelles il s’enregistrait compulsivement, pour tapisser certains murs de sa maison, pour en faire des cartes de vœux ou tout simplement pour les offrir à des amis.

 

Ce travail-là n’a rien à voir avec celui des  surréalistes dans la mesure où il est au contraire ancré dans la réalité concrète de la représentation de Louis Armstrong au travers des photos du trompettiste tirées de la presse, des promos, des covers, des photos de tournage etc… Mais c’est surtout une vraie démarche d’artiste qui s’illustre ici en maître de l’improvisation et du rythme : dans sa façon de coller, de couper d’agencer, d’organiser sans ordre préétabli, de colorer, d’annoter, de choisir les adhésifs qui viennent orner. Stachmo réalise ses collages comme des chorus. Avec autant de passion ( si l’on en juge par la collection abondante qu’il réalisait frénétiquement) que d’humour, Louis Armstrong dévoile un regard démultiplié sur lui même. Mais alors que l’on avait de Pops l’image d’un homme représentant la modestie incarnée, Louis Armstrong est ici dans une sorte de culte de sa propre personnalité. Entre l’étonnement enfantin et candide de celui qui est surpris lui-même par sa propre popularité, et un sens sous-jacent de l’autodérision. Armstrong y est souvent drôle, hilare même avec ce sourire légendaire. Parfois grave ( c’est rare), souvent poétique ( comme ce collage où, discrètement la photo de King Oliver est collée à l’intérieur de la tête de Louis Armstrong) ou un tantinet coquin ( comme cette danseuse callipyge que le trompettiste s’était empressé d’offrir à des amis de peur que Lucille, son épouse ne le découvre). On est plus gêné en revanche lorsque l’on voit ces photos de Louis Armstrong baisser son pantalon pour la promotion d’une marque de laxatif (ce qui ne gênait nullement le trompettiste qui assumait largement).

Une très belle introduction du critique Hilton Als et des repères chronologiques utiles en début d’ouvrage viennent judicieusement compléter ce livre magnifique. Reste quelques imprécisions ( Mez Mezzrow annoncé comme trompettiste p.ex) et des indications parfois absentes ( on aurait aimé savoir à partir de quand Louis Armstrong a commencé ce travail) et une absence totale de datation des collages dont on reconnaît la difficulté puisque Armstrong lui même ne les avait pas daté et que les photos utilisées venaient de ses archives personnelles.

Il y aurait de cet ouvrage matière à une belle exposition pour un galiériste un peu audacieux. Où l’on découvre un vrai regard d’artiste dont on ne saura jamais réellement qu’elle était chez lui sa part de comédie et d’autodérision. Ce qui est soi un beau moment d’humanité aussi tendre que joyeux. Donc poétique.

Jean-marc Gelin

 

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