Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 10:57

 

Jean-Charles Richard (saxophones baryton & soprano), Marc Copland (piano), Claudia Solal (voix), Vincent Segal (violoncelle)

Pernes-les-Fontaines, janvier 2022

Label La Buissonne RJAL 397042 / PIAS

 

Une œuvre d’une troublante, singulière et mélancolique beauté. Un quatuor plutôt qu’un quartette, un esprit chambriste assumé et même, semble-t-il, revendiqué. Le désir qu’avait Jean-Charles Richard de travailler avec le pianiste Marc Copland se concrétise dans ce parcours, qui mêle quelques emblèmes de la culture européenne : Shakespeare, Rimbaud, Moussorgski, Olivier Messiaen (et Thomas d’Aquin) ou la lettre de prison de l’écrivain Isaac Babel. L’instrumentation est déjà comme un manifeste. Et la passion des nuances, poussée à l’extrême par chaque membre du groupe, signe l’enjeu d’une musique qu’il faut recevoir avec le recueillement qui s’impose. Créée à Giverny au Musée des impressionnistes, cette œuvre recèle le caractère diaphane, insaisissable et pourtant d’une telle force, qui prévalait dans cet univers. «Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est enveloppée dans un somme….», comme le dit Prospero dans La Tempête (traduction de Victor Hugo, 1865). L’itinéraire conduit de la mort d’Ophélie, telle que contée par la Reine Gertrude dans Hamlet, à l’évocation qu’en fit Arthur Rimbaud. Et le disque se conclut par un ultime chant du saxophone baryton évoquant les larmes du ruisseau où périt la pâle et blonde Ophélie. En se plaçant délibérément sur plusieurs territoires : la ‘grande musique’ et ‘les autres musique’ (jazz, improvisation….), la saxophoniste et ses partenaires démontrent, une fois de plus, qu’il n’est qu’une seule musique : celle qui conjugue la sensibilité, la cohérence, l’aventure et l’intégrité. Magnifique !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=A4Xhrp9cyUY

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 09:11

Comme tous les ans, le Paris Jazz Festival du Parc Floral de Vincennes ouvrait hier ses portes au soleil, aux nappes à carreaux des familles venues déjeuner sur l'herbe, aux enfants gambadants  et.... au jazz.
Et pour l'ouverture Danièle GAMBINO, la programmatrice du festival avait choisi de placer la journée sous le signe des femmes cubaines.

ANA CARLA MAZA

@photo fournie par le festiva
 

 

C'est tout d'abord Ana Carla Maza qui ouvrit les festivités dans l'exercice périlleux d'un solo au violoncelle. Pas gagné sur le papier pour emballer les foules. Mais la cubaine sait y faire ! Avec une présence lumineuse et une joie de vivre éclatante, Ana Carla Maza nous faisait voyager sur tout le continent Sud Americain et racontait son île, La Havane, le Bresil, l'Argentine (bel hommage à Astor Piazzola), et même le Perou pré-colombien (!). La violoncelliste-chanteuse qui présentait son dernier album (Bahia) et jouait avec toutes les facettes de son instrument. A l'archet, en pizzicato, en percussion sur le bois ou en lignes de basse, Ana Carla Maza faisait varier mille couleurs entre salsa, mélopées poétiques et même rock sombre.  Charismatique et mutine, la cubaine embarquait son public dans un voyage de vie joyeuse et joueuse.

YISSY GARCÌA Y BANDACHA... [....]
Yissy García (dms), Rolando Luna – (Piano), Yaroldy Abreu (Percus), Gaston Joya (Bass), Olivier Miconi (Tp)
 

@ photo fournie par le festival
 

Changement d'ambiance radical avec la batteuse Yissy Garcìa et son (nouveau) quintet. Nouveau car son quintet n'est pas celui avec lequel elle a enregistré mais une nouvelle formation de circonstance.
On restait bien sûr à Cuba au bois de Vincennes mais dans un exercice totalement novateur entre salsa et funky music. La batteuse, nominée aux Grammy Awards est  en effet une compositrice audacieuse qui réinvente le genre comme si Dizzy Gillespie avait rencontré Robert Glasper.
Festin de polyrythmie entre la batteuse et la percussioniste, groove assuré et assumé aux claviers et à la basse et surbrillance d'un Olivier Miconi étincelant et bluffant à la trompette. Les nappes électriques de Rolando Lùna tapissaient les pas de salsa et la batteuse invitait le public à ponctuer des mains un rythme infaisable (pour les non-initiés) ou l'invitait à chanter des motifs (plus simples, quoique...). Formidable actualité d'une salsa modernisée.

Pour une ouverture du festival l'exercice était donc totalement réussi et nous donnait envie de revenir pour une programmation qui, cette année encore s'annonce de très belle facture avec, entre autres :

- Ambrose Akinmusire le 9 juillet
- Shai Maestro le 16 juillet
- Sons of Kemet le 17 juillet
- Marion Rampal et Cecile Mc Lorin Salvant le 21 (nocturne)
- Brad Mehldau le 25 (nocturne)

Vous savez donc où vous installer cet été !

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 15:34

LOUIS SCLAVIS «Les cadences du monde»

Louis Sclavis (clarinettes), Annabelle Luis & Bruno Ducret (violoncelles), Keyvan Chemirani (zarb & daf)

Pernes-les-Fontaines, avril 2021 , Paris Février 2022

JMS 123-2 / PIAS

 

Un nouveau ‘pas de côté’ de Louis Sclavis qui, prolongeant deux parutions précédentes sous le label JMS («La moitié du monde», «Frontières») fait aussi retour sur des rencontres : avec la violoncelliste Annabelle Luis («Inspiration baroque», avec l’Ensemble Amarillis), Bruno Ducret (avec lequel il joue en duo), et Keyvan Chemirani (dans divers contextes). Un ami et partenaire musical est aussi présent en filigrane, puisque le disque intègre un thème composé conjointement par Sclavis et Dominique Pifarély. Les autres compositions sont signées par le clarinettiste, sauf deux conçues par Bruno Ducret. Ce répertoire a été inspiré à Louis Sclavis par un recueil de photographies de Frédéric Lecloux, L’Usure du monde (un aperçu ici), lui même inspiré par le livre L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, récit d’un voyage aventureux, au début des années cinquante, entre la Yougoslavie et l’Afghanistan. Cette musique de chambre, de jazz et d’improvisation, de quatuor autant que de quartette, reflète des pérégrinations esthétiques dans le vaste monde. Pas nécessairement celui qui produit ce qu’il est convenu d’appeler les ‘musiques du monde’, mais peut-être plutôt un monde d’imaginaire, de rêves lointains et d’émois proches. Ce n’est sans doute pas un hasard si, voici plus de quarante ans, le clarinettiste a surgi dans nos vies d’amateurs de-jazz-et-de-musique-improvisée au sein d’un collectif qui s’annonçait comme l’Association à le Recherche d’une Folklore Imaginaire. Ce fécond mélange de sons, d’instruments, de mélodies et de rythmes surgis de multiples traditions aura été pour moi, dès la première écoute, un enchantement.

.

Deux avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=NZuOauL8_94

https://www.youtube.com/watch?v=d18ilCXm000

.

RICHARD BONNET, TONY MALABY, SYLVAIN DARRIFOURCQ, LOUIS SCLAVIS «Depuis longtemps»

Richard Bonnet (guitare), Tony Malaby (saxophones ténor & soprano), Sylvain Darrifourcq (batterie), Louis Sclavis (clarinette & clarinette basse)

Strasbourg, 15 mai 2018

Jazzdoor Series 12 / l’autre distribution

 

L’histoire d’une rencontre : ‘depuis longtemps’ le saxophoniste américain souhaitait «faire quelque chose» avec le clarinettiste français. À la faveur d’une tournée du trio rassemblé par le guitariste Richard Bonnet, un impromptu fut imaginé dans la saison Jazzdor du festival strasbourgeois du même nom, pour un concert au Fossé des Treize. Et c’est une vraie rencontre. Le trio régulier, rassemblé autour du guitariste Richard Bonnet, propose trois compositions du guitariste, et une du saxophoniste. Et le clarinettiste invité paraît chez lui dans cet univers qui va de la sérénité assumée à l’effervescence la plus vive. Les dialogues sont permanents et croisés entre les quatre partenaires, la musique est d’autant plus vivante qu’elle a été captée sur le vif. Une belle prise de son, suivie d’un mixage états-unien, rend pleinement justice à cette rencontre éminemment féconde, et d’une grande beauté.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 07:19

Ouverture de la 41ème édition de Jazz à Vienne : MC statique mais Cullum, Atomique !

MC SOLAAR le 29/06


Pour cette ouverture de la 41ème édition du festival de Jazz à Vienne, et dans un choix de programmation décalé,  le théâtre antique accueillait MC Solaar pour son grand come-back.
Le chanteur-rappeur qui avait un peu disparu des radars revenait d'une tournée qui l'avait mené aux Franco Folies de Montréal puis à New-York, en guise de tours de chauffe. Autant dire qu'il était particulièrement bien rodé pour proposer une relecture de ses grands tubes arrangés par Issam Krimi et son grand ensemble.
MC Solaar enquillait alors ses chansons mythiques (" Caroline", " Victime de la mode", " Bouge de là", " Nouveau western" etc....) dans un exercice sur lequel l'énergie semblait lui manquer un peu, peut-être marqué la lassitude de répéter ainsi son bréviaire. Sur une orchestration du pianiste (auquel l'orchestre régional de Savoie prêtait ses cordes), le chanteur, micro dans une main et l'autre dans la poche faisait les 100 pas sur scène et déambulait de long en large avec l'impression d'être venu ici faire le taff. Sans un seul mot pour le public médusé mais content de retrouver ses airs de jeunesse, MC Solaar emballait très mollement le public bienveillant et sortait de scène d'un petit geste de la main et toujours sans un mot. A la sortie on retenait surtout de ce concert la poésie et l'actualité des textes du chanteur. Pour une ouverture du festival, nous étions peu convaincus.


Et le lendemain....  ce fut un contraste saisissant.

JAMIE CULLUM le 30/06

 


Alors que le ciel grondait d'orage sur Vienne, 6000 personnes se pressaient au concert de Jamie Cullum qui, tel un sorcier faisait alors, et par magie cesser la pluie le temps d'un concert atomique ! Avec une énergie qui n'a d'égal que son énorme générosité, le chanteur britannique branché sur 3000 volts mettait le feu au théâtre antique, entre pop anglaise, rock et standards de jazz, sautant sur son piano et bondissant sur scène tel un bad boy exalté et heureux.

Passant en revue ses grands classiques ( don't stop the music), reprenant Ed Sheeran (Shape of you), jouant en combo quelques standards (I get a kick) ou enchantant avec une sensualité lascive (et malicieuse) un singin in the rain fort à propos, Jamie Cullum transformait ensuite les arènes en un gigantesque dance floor bouillonnant et faisait se lever 6000 personnes prêtes à danser jusqu'au bout de la nuit. 6000 personnes qui sortaient de là, juste heureux. La pluie se remettait alors à tomber. Mais tout le monde s'en foutait. On était bien et totalement galvanisés !

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 10:05

Antoine Berjeaut (trompette, bugle,effets), Enzo Carniel (piano électrique, piano, synthétiseur), Gauthier Toux (synthétiseur), Csaba Palotaï (guitares, effets), Arnaud Dolmen (batterie, percussions)

invités : Samuel Laviso (percussions), Giani Caserotto (guitare), Guillaume Christophel (clarinette basse), Joce Mienniel (flûte basse)

Meudon, 2020

Menace Records / Sense

 

Le disque commence par un arrangement de Julien Lourau, manière de signifier que l’on est en territoire de passerelle : entre deux générations, entre différentes approches du jazz en son pluriel. Ce thème, P.P.D.Q., enregistré par le quartette de base en pleine pandémie, quand il était interdit de se réunir à plus de quatre (Pas Plus De Quatre!), révèle comme une source. Les compositions sont signées par Antoine Berjeaut, et si le discours d’escorte nous invite à prendre en compte le titre du disque comme un concept ou un projet (la chromesthésie, forme de synesthésie qui produit une perception subjective des couleurs par le son), la musique se libère de son programme qui demeure comme un flux subliminal. Très grande attention à la texture des sons de tous les instruments, à leur assemblage, dans un mouvement qui porte le soliste (à la trompette ou au bugle : la sonorité est toujours magnifique). Et pourtant la musique demeure foncièrement collective, dans ce flot qui nous porte. Je ne sais pas si mes oreilles ont vu des couleurs, mais en ce territoire de correspondances assumées Baudelaire me revient en mémoire. Pas celui du poème Correspondances, mais le rêveur qui écrit Harmonie du soir : «Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir». Il y a , dans cette musique, un vrai pouvoir de fascination, et l’on ne saurait dire si c’est magie ou sorcellerie ; en tout cas, une belle réussite.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 22:21

Emmanuel Borghi (claviers), Philippe Buissonnet (guitare basse), Daniel Jeand’Heur (batterie), Bruno Ruder (claviers)

invité : Jim Grandcamp (guitare)

Les Lilas, 9 octobre 2021

Le Triton TRI-22567 / l’autre distribution

 

Les musiciens du groupe avaient joué au Triton 20 ans plus tôt, en compagnie de leur guitariste James Mac Gaw, qui partageait la scène avec eux depuis la fin des années 90, et grava en leur compagnie 5 albums. James Mac Gaw est mort en mars 2021, et le groupe s’est reformé pour lui rendre hommage quelques mois plus tard. Deux musiciens aux claviers : Emmanuel Borghi, historique du groupe, qu’il quitta pour Magma, et Bruno Ruder, arrivé dans le quartet en 2010. Mais l’hommage accueille pour un titre un guitariste, en la personne de Jim Grandcamp, proche de ces musiciens et de leur univers. Les titres sont repris du répertoire du groupe, de 1999 à 2010, et donné dans cette nouvelle configuration à deux claviers. On n’est pas dans ce format parfois superficiel que l’on appelait la fusion. Ici la musique se joue en profondeur, dans une esthétique qui s’apparenterait au rock progressif, mais que l’on serait plutôt tenté d’appeler jazz progressif. Richesse harmonique, rythmique et mélodique, effervescence produite par une savante combinaison de sophistication et d’évidence, c’est une musique de groupe, qui avance de manière très collective tout en laissant les solistes s’exprimer jusqu’à l’extrême. Et le dernier titre, qui accueille le guitariste invité, confirme cette impression de liberté partagée, à l’intérieur de ces cadres précis jusqu’au millimètre. De la grande musique, intensément vivante : quel plus bel hommage pouvait-il rendre à leur ami James ?

Xavier Prévost

.

Entretien au Triton de Stéphane Ollivier avec Philippe Buissonnet et Emmanuel Borghi, le jour du concert enregistré pour ce CD

https://www.letriton.com/tritonline/one-shot-interview-avec-jazzmag-1192

Vidéo du concert, accès payant, 2€

https://vod.letriton.com/commande?ipa=324

et un extrait en libre accès

https://www.youtube.com/watch?v=TCohMUKb4NM

Partager cet article
Repost0
23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 17:37

Pierrick Menuau, Pierre-Yves Merel, François Ripoche (saxophones ténors), Emmanuel Bex (orgue), Simon Goubert (batterie)

Sarzeau (Morbihan), 24-25 septembre 2020

Tinker Label 0321005 / l’autre distribution

 

Une belle brochette de saxophonistes ténors de l’Ouest de la France rassemblés à l’initiative de Pierrick Menuau. Le saxophoniste d’Angers, lors de sa formation à Washington D.C., avait rencontré Clyde Dickerson, saxophoniste qui l’avait invité à écouter le groupe ‘Three tenor sax for Lester Young’ dans lequel il jouait. De cette ancienne expérience est né le désir de créer ce trio de ténors qui donne la réplique à deux piliers de la scène française : Emmanuel Bex et Simon Goubert. On part bille en tête, en plein jazz ‘de stricte obédience’ : feeling, expressivité, harmonies du blues, tempo vif. C’est le jazz que nous aimons les uns et les autres, depuis les débuts de notre passion pour cette musique. Les solistes s’empoignent, s’interpellent, se défient et se stimulent les uns les autres. Emmanuel et Simon poussent les feux, ils adorent ça, et ils savent jouer ce jeu sur le bout des doigts. Puis c’est plus calme : contrepoint improvisé, unissons façon brothers, toute la mémoire est là, ravivée par le plaisir d’un présent éminemment vivant qui ne parodie pas le passé mais le célèbre et le vénère, en toute liberté. Bex et Goubert s’en donnent à cœur joie, dialoguant en toute intensité avant que les souffleurs ne reprennent la main. Des compositions de chacun des saxophonistes, quatre thèmes d’Ellington, et aussi One by One, de Mal Waldron. C’est comme une jam session idéale, sans flottements ni temps morts. Une fête du jazz, tout simplement….

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur le site du label

https://tinkerlabel.fr/discography/african-flower/

Partager cet article
Repost0
22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 08:03

Guillaume Orti (saxophones alto & baryton), Étienne Lecomte (flûte, flûte basse, piccolo), Tom Gareil (vibraphone, marimba), Claude Tchamitchian (contrebasse), Jean-Pierre Jullian (batterie, composition)

Pernes-les-Fontaines, 6-9 décembre 2021

Mazeto Square 3770005705305

https://www.mazeto-square.com/musique

 

 

le quintette, photo de Christophe Charpenel

 

C’est le troisième volet d’un triptyque consacré au Chiapas, et à la résistance zapatiste incarnée par le sous-commandant Marcos. La musique surgit d’une chant presque serein, dispensé par le marimba et les flûtes, puis le rythme s’en empare, attisé par les saxophones, l’effervescence gagne, et la musique avance, comme une insurrection sans heurts. Puis les énergies se libèrent dans les improvisations : la flûtiste Étienne Lecomte, que j’avais découvert dans ce même groupe, sur scène en septembre 2021, au festival 'Émouvances' de Marseille, m’impressionne par la vivacité, l’expressivité et la liberté de son jeu. Ses partenaires, qui me sont plus familiers, donnent la pleine mesure de leur créativité dans cette musique exigeante, complexe, et pourtant intensément vivante, qui s’offre à nous comme une évidence. Les rythmes s’emballent, se tendent et s’entrecroisent, toujours en parfaite lisibilité. Le mystère parcourt l’ensemble de l’œuvre, entre les incises en solo ou dialogue, et les formidables emballements rythmiques qui ravivent en moi la nostalgie de la grande époque de Stravinski, celle du Sacre. Cette musique élaborée, et formellement maîtrisée, respire pourtant la liberté des espaces indéchiffrables, ceux d’une forêt dont seuls les occupants légitimes pénètrent les arcanes. Musique fascinante, d’une formidable richesse, servie par des interprètes-improvisateurs de très haut vol.

Xavier Prévost

.

Des avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=gtglSuXLhYc

https://www.youtube.com/watch?v=0178KjSLC8o

https://www.youtube.com/watch?v=XVdgfOzcidA

Partager cet article
Repost0
20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 10:37

Stefan Orins (piano), Christophe Hache (contrebasse), Peter Orins (batterie)

Tourcoing, 11 octobre 2021

Circum-Disc CIDI2201 / www.allumesdujazz.com

https://www.circum-disc.com/stefan-orins-trio-october-11/

 

Enregistré en concert à l’Hospice d’Havré dans le cadre du Tourcoing Jazz festival, ce disque résonne de multiples échos. Le concert a lieu 25 ans après l’enregistrement de la première maquette du trio. Avec aussi un autre symbole : l’un des thèmes est dédié au philosophe bouddhiste Daisaku Ikeda, arrivé en France exactement 60 ans plus tôt, le 11 octobre 1961. Le répertoire emprunte à différentes périodes, et différents disques, du trio. Avec aussi un inédit inspiré par l’Inde, où le pianiste à effectué des tournées avec un autre groupe. Mais il serait sans doute vain de projeter ces tropismes comme grille de lecture, ou plutôt d’écoute. Reste dans ce trio une intensité, une intériorité qui envahissent la musique et la font exploser en une foule d’instants privilégiés. Cela commence souvent par une ligne sinueuse, jouée par l’un des instruments, puis le paysage s’anime en de multiples détours, dialogues, tensions ou résolutions apaisées, comme une sorte d’épiphanie, surgissement d’un éclat de beauté singulière. Je suis constamment surpris, et touché, par ce cheminement collectif, interactif, qui toujours se résout dans l’évidence d’une forme. Décidément, ce trio est d’une qualité, et d’une inspiration, rares. Bien des programmateurs de festivals devraient prendre la peine d’y tendre vraiment l’oreille. Mais la fureur du temps, hélas, tend à noyer les pépites dans le flot des urgences autoproclamées. Reste aux amateurs que nous sommes à savourer ces instants musicaux pour ce qu’ils ont d’exceptionnel.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

 

Partager cet article
Repost0
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 08:38
John Corbett    IMPROVISATION   MANUEL LIBRE D’ECOUTE

John Corbett

IMPROVISATION MANUEL LIBRE D’ECOUTE

Edition LENKA LENTE

www.lenkalente.com

Improvisation libre : Manuel d'écoute de John Corbett / Editions Lenka lente

 

C’est le livre que j’attendais, que j’espérais inconsciemment. Il vient de paraître aux éditions Lenka Lente, maison que l’on vous recommande chaudement aux Dernières Nouvelles du Jazz. Son auteur, John Corbett est écrivain, critique, directeur d’un label qui a réédité des pointures du free jazz, et il est traduit de façon impeccable par Ludovic Florin. Son titre est en soi un programme, sans ambiguïté : Improvisation Manuel libre d’écoute. Corbett s’adresse à tous ceux qui aiment écouter et voir de la musique, partager le temps et l’espace du concert avec les musiciens, tout en naviguant dans la complexité des modes, des manières et des styles. C’est un bréviaire, un viatique, le mode d’emploi pour comprendre et apprécier ce que l’on appelle l’improvisation ( à ne pas confondre avec l’abréviation “impro” pratiquée couramment au théâtre en particulier).

Si vous êtes néophyte ou amateur peu éclairé, ce manuel très pratique que l’on peut emporter partout, vous donnera les clés du royaume de cette musique performative qui bouscule la temporalité, les idées reçues, une nouvelle façon de penser le son, l’espace, l’expérience temporelle et l’interaction personnelle.

Mais si vous étiez comme moi intéressée, étonnée à chaque fois, mais jamais fondamentalement convaincue, vous comprendrez d’où venaient vos réticences, vos objections. C’est le premier pas vers la l’appropriation et la connaissance, "cercle vertueux qui chasse l'ennui".

Avec un sens pédagogique affirmé que pourraient lui envier nombre d’enseignants, Corbett, non sans humour, use dans une première partie de métaphores triviales mais parfaitement accessibles pour définir les fondamentaux. En tentant une synthèse, on commence par se débarrasser des principaux obstacles comme le rythme, la durée, l’identification (qui joue quoi et comment), puis on se concentre sur la dynamique des interactions, le coeur du système et tout cela en temps réel, cet éternel présent  idéalisé. Parvenu à ce stade, on peut passer alors aux techniques avancées,  attentif au point de glisser vers d’autres voies d’audition.

 

Plus délicat, comment distinguer l’improvisation libre de l’improvisation structurée, du free Jazz ou même de la noise? Et aussi de ce que l’on nomme Polyfree, forme hybride entre improvisation et composition dont Steve Lacy a dessiné les contours pour sortir du piège de la routine. Intégrer des éléments prédéterminés pour permettre à la musique libre de ne pas l’être. “Eviter la cosmétique”, pour ne pas dénaturer cette pratique et rendre la musique inintéressante. 

Corbett conseille de choisir de façon tout à fait décomplexée, après avoir écouté les différents types de jeu, les musiciens qui vous correspondent.

Ajoutons pour finir une présentation claire, des jeux de typographie faciles à suivre, des photos des principaux artistes avec, en couverture le grand Evan Parker. Une bibliographie sélective, une liste des 20 premiers albums, plus les références de Polyfree, soit une liste de survie à emporter sur l’île déserte.

Que demander de plus? N’hésitez plus, suivez mon conseil, procurez-vous ce livre...

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0