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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 14:59

 

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette), Christophe Marguet (batterie), Manu Codjia (guitare électrique), François Thuillier (tuba)

Rochefort, juillet 2017

Cristal Records CR 260 / Sony Music

 

Le disque a paru en avril, mais je l'ai gardé au chaud pour le chroniquer à l'approche du concert parisien de présentation, le 9 juin. Le deux co-leaders jouaient déjà ensemble, voici 25 ans, dans le trio du batteur (avec Olivier Sens à la contrebasse). Je garde un souvenir très vif de leur participation, victorieuse, avec ce trio, au Concours National de Jazz de La Défense en 1995. Depuis ils ont suivi leurs itinéraires singuliers, tout en se retrouvant régulièrement, y compris dans les groupes d'autres leaders. Leur connivence est maximale, et pour ces retrouvailles ils ont choisi deux fortes personnalités, pour lesquelles ils ont tissé un répertoire de compositions originales qui alternent strictement, sous la signature de l'un puis de l'autre, au fil du CD. Le choix de l'instrumentation (très inusitée) est déterminant : le tuba s'impose par ses fondations pulsatoires, mais aussi comme soliste par l'insigne virtuosité de François Thuillier ; et la guitare conjugue la richesse de ses harmonies avec les solos enflammés de Manu Codjia. C'est sensible dès la première plage, signée par le Christophe Marguet, dont le groove puissant n'érode pas le lyrisme, lequel ne craint pas le paroxysme. Le thème suivant, composé par Sébastien Texier en évocation de Cinecitta, fleure bon la mélodie transalpine, en s'offrant aussi la liberté d'une montée en tension des plus vives. La troisième plage, The Same But Different, paraît hantée par le fantôme de 'Round Midnight, avant de décoller en vertige rythmique. Et le voyage continue, entre des thèmes à la segmentation escarpée (Travellers, le bien nommé) et des mélodies sinueuses sur tempo pacifié (Peace Overtures), sans oublier le tremplin de voltige pour le tuba (Hurry Up) ou la guitare (Eddie H). D'un bout à l'autre, un très très bon disque bâti sur un répertoire totalement en phase avec les membres du groupe : une grande réussite.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert à Paris le samedi 9 juin 2018 au Triton (Les Lilas, Seine-Saint-Denis)

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=_xjlLmcJKLI


 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 11:22
JEAN BAPTISTE BERGER    PERSUASIVE

JEAN BAPTISTE BERGER

PERSUASIVE

Jazz Us / Inouïe Distribution

 

www.jeanbaptisteberger.com

Jamais titre n'a été mieux choisi pour tenter de définir la musique du saxophoniste Jean Baptiste Berger et de son quintet européen, avec des complices belges, luxembourgeois, italien, le leader se partageant aussi entre son Reims originaire et Avignon. Son travail s'est élaboré à partir du désir de travailler avec ces musiciens, frères de musiques et de pratiques, rencontrés lors de concerts ou de festivals, Lorenzo di Maïo (guitare ), Igor Gehenot (piano) qui a remporté les octaves 2018 en Belgique, Tommaso Montagnani (contrebasse) ou encore Jérôme Klein (batterie), complice du précédent CD, Cadillac Palace. Ils ont accroché au projet, compris et entendu sa musique, la faisant sonner de façon inespérée, s'insérant dans une forme où le collectif compte, une oeuvre ouverte à l'autre et à sa perception. L'enregistrement s'est alors fait au centre Césarée de Reims après trois jours de résidence. 

A la première écoute, dès l'ouverture "Black Pattern", la mélodie coule avec une belle fluidité, très accessible. Mais cela mérite d'y revenir, de réécouter pour découvrir que cette étrange familiarité joue un autre jeu, un double jeu. C'est une musique simple en apparence mais sans compromis dont les subtilités (accords, mesures impaires) ne se laissent pas découvrir immédiatement ; elle gagne alors en épaisseur au fur et à mesure des écoutes, traçant de subtiles variations. JB Berger définit sa "grille" au travers de pièces-signatures d'identité et de références/influences, sans se laisser enfermer pour autant par une étiquette précise. 

Il a passé quatre années d'affinage, en somme, à réfléchir pour mettre au point ce qu'il voulait faire entendre : toujours en recherche pour élaborer une musique écrite, construite pour chaque voix du quintet, travaillant sur les tessitures, sans privilégier pour autant les solos.  D'une structure rigoureuse, donnant l'impression d'une création continue, cette architecture de sept pièces, plutôt longues qui prennent le temps de se développer, construit un discours éloquent et cohérent. Un quintet "aux petits oignons" avec un pianiste subtil, au phrasé délié ( "Elbowdy") qui, jamais n'en fait trop, pas du genre effusif avec cascade de notes. Pas de contorsions ni de stridences free non plus du leader au ténor, qui se fond même par moment dans la rythmique, qui danse lentement sur cette "Pavane" évoluant du rêve au dialogue. S'élèvent ainsi des voix harmonisant la lisibilité de l'ensemble, d'où le groove (d'une rythmique essentielle, discrètement efficace) n'est jamais bien loin, comme dans ce "Romy et Lucien" de plus de dix minutes."Jackday" est une chanson pop, mélodie où résonne une guitare lyrique et retenue à la fois. Jamais trop exaltée, elle passe d'une transe rêveuse à de belles envolées sur " Le jardin des esprits" final, un jardin aux sentiers qui bifurquent, où guitare, sax ténor, piano sont d'une nerveuse élégance sans oublier de respirer.

Voilà une authentique déclaration d'amour au jazz à laquelle on ne restera pas insensible. Convaincant, on vous disait!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:21

La France underground. 1965-1979. Free Jazz et Rock Pop. Le temps des utopies. Serge Loupien. Editions Rivages Rouge-Payot. 400 pages. 23 euros.

 


Observateur critique de la scène musicale trois bonnes décennies (1976-2007) à Libération, Serge Loupien se retourne sur son passé pour brosser la fresque d’une époque libertaire, forte en notes et en chocs de tous genres. Nous ne sommes pas là dans l’analyse historique et politique ciselée avec brio dans Free Jazz et Black Power par Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (Editions Champ Libre. 1971). Ici le vécu est à l’honneur : le lecteur de la jeune génération découvrira la folle (et parfois orageuse) ambiance des concerts, festivals et autres happenings où bien dans l’esprit de mai 68, il était interdit d’interdire ; les anciens –au rang desquels l’auteur de ces lignes-retrouveront les émotions suscitées alors en France , pour se limiter arbitrairement à la jazzosphère, par les François Tusques (1), Michel Portal, Beb Guérin, François Jeanneau, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Barney Wilen, Aldo Romano et autres Jef Gilson sans oublier les Frank Wright, Alan Silva, Byard Lancaster, Sunny Murray qui mettaient le feu à l’American Center for Students and Artists du boulevard Raspail. Serge Loupien témoigne de ce foisonnement sans frontières saisissant à Paris mais pas exclusivement les musiques improvisées, free jazz et rock, qui-ce qui pourrait paraître aujourd’hui incongru-partageaient la scène des festivals alternatifs comme Amougies, en Belgique ou Chateauvallon, à proximité de Toulon. Le reportage de Serge Loupien saisit par sa vivacité et sa richesse, tant par ses « choses vues » que par les témoignages souvent savoureux des acteurs de cette folle époque, Jean-Louis Chautemps, Jean-François Pauvros, François Tusques, (le regretté) Gérard Terronès, Didier Levallet… On sort bien secoué et enivré de la lecture de ces 400 pages, de cet ouvrage, qui dixit Serge Loupien, «  se revendique –mais n’est-ce pas son sujet qui l’exige ?-un rien agité et bordélique en mode bric-à -brac vide-grenier ». Un ouvrage de mémoire vivante à conseiller à tous les esprits ouverts et libres.
Jean-Louis Lemarchand
(1)Le sommaire cite pour chaque chapitre tous les acteurs de cette période des utopies, de Jack Berrocal à Jean-René Caussimon, Jean-Jacques Pussiau, Pierre Clementi, Jean-Paul Sartre ou Mouloudji (Marcel) qui produisit sur son label le disque « Free Jazz » de François Tusques (1966). 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 11:24
ICHIRO ONOE MIYABI

 

ICHIRO ONOE

MIYABI

Sortie le 7Juin Promise Land / Socadisc

Concert de présentation Jeudi 7 juin au Sunside Paris

Geoffrey Secco (saxophone)

Ludovic Allainmat (piano)

Matyas Szandai (contrebasse)

Ichiro Onoe (batterie)

 

Le japonais Miyabi peut se traduire en français par "raffinement", "élégance" : le ton est donné pour qualifier la musique du batteur japonais Ichiro Onoe qui vit depuis longtemps en France, à Paris.

Virtuosité et énergie réjouissantes, goût de la mélodie caractérisent ce musicien trop confidentiel dont les fûts sonnent et résonnent de façon mystérieuse, introduisant ce tour ou "twist" asiatique, cette façon inimitable d'utiliser par exemple les tambours traditionnels japonais dans la composition titre "Miyabi".

Amour et tradition d'un jazz pratiqué avec exigence, jamais réfuté (le bebop essentiellement) par un quartet fidèle, complice qui s'est déjà illustré dans le remarqué Wind Child. Avec un sens évident du jeu collectif, ce groupe offre une grande variété de nuances au sein des sept pièces qui touchent immédiatement tant cette musique reste accessible. Et pourtant la simplicité n'est qu'apparente. Des intonations mélancoliques du ténor (formidable) parcourent ce "Despite all", ballade que le martèlement audacieux du batteur zèbre d'élans lumineux. Les superpositions d'accords, les brisures rythmiques avec de soudains silences composent un chant profond et grave, inoubliable. Ichiro Onoe imprime aussi une "Life pulse" indispensable dans une musique qui advient, dans l'instant, balayant la nostalgie que pourraient installer les douces modulations, les irisations tendres du piano ("No regret"). Cet album éveille des souvenirs, tendant un miroir d'ombres insistantes, fulgurantes, une fenêtre ouverte sur les paysages intérieurs du leader.

 

Sophie Chambon

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 18:30
FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL

 

FIDEL FOURNEYRON

Animal

Fidel Fourneyron (trombone, compositions)

Joachim Florent (contrebasse), Sylvain Darrifourcq (batterie)

 

Sortie d'album le 25 mai sur ONJ Record /l'Autre Distribution

ONJ Fabric accompagne l'album ANIMAL

http://www.fidelfourneyron.fr/projet/animal/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron (actuel ONJ Benoît) aime jouer en trio, on se souvient de sa relecture brillante d' Un Poco Loco. Et avec sa formation, il place la barre haut, jamais à court d'idée pour illustrer son sujet, parvenant à rendre très lisible cette partition qui pourrait partir dans tous les sens. Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui n'est pas la visite guidée d'un zoo, mais se prête aux élucubrations dans huit pièces plutôt enlevées. C'est que le choix de la thématique justifie ces exercices de style, où les instruments, variant nuances et atmosphères, rendent toute la gamme ou presque de sonorités animales.

Ils ne sont que trois (trombone, contrebasse et batterie) mais ils constituent une véritable ménagerie en liberté, qui n'est pas de verre, croyez-moi. Fantaisie, imagination, humour au pouvoir pour célébrer nos amis les bêtes. Evidemment la tentation est grande de suivre le portrait musical de chaque animal ainsi illustré : si le "singe" de l'ouverture virevolte de liane en liane, le "chat" plus feutré, prêt à l'attaque, voudrait bien se jeter sur la "souris" qui s'est heureusement réfugiée plus loin dans le programme. Ce serait trop facile! La "fourmi", toujours industrieuse, tire sur des cordes (très africaines, une kora malienne?) et le chant de la "baleine" est le sonar qui la guide dans l'onde sous-marine. Le "bison" rumine ... Le trombone passe par tous les états, utilisant tous les registres possibles : du son le plus gouleyant à l'attaque la plus vibrante, sans oublier sforzando, glissando, vibrato, feulement, hoquètement. Fidel Fourneyron sait se lover dans la chair musicale de ces petites pièces sur mesure. Un vrai chant d'amour pour cet instrument si proche de la voix humaine.

A partir d'une idée de départ assez farfelue, le trio avance avec élégance et cohérence, avec jubilation même : l'exécution est précise, la mélodie toujours accessible, le rythme intense, le swing impressionnant jusqu'au "loup" final...L'album qui a la bonne longueur s'écoute d'un trait et on en redemande. Galvanisant!

 

Sophie Chambon

 

FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL
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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 17:50

 

Deux jours en Arles, bravant les grèves de transports pour le plaisir de visiter encore ce beau festival, et cette belle ville. Le voyageur, en ces temps troublés, choisit d'être en avance pour avoir une petite chance d'arriver à l'heure, ce qui occasionne l'indispensable pause au bar du Train Bleu : le -très bon- café a pris plus de 9% depuis la dernière fois, et il avait déjà ces dernières années fait un bond de 10% : l'évolution du coût de la vie n'est pas la même à tous les comptoirs....).

Quoi qu'il en soit (comme on dit à l'Alcazar de Marseille), belle escapade. Et l'irremplaçable Nathalie Basson est venu me cueillir à la Gare TGV d'Avignon pour m'éviter les incertitudes de la fin de voyage. En Arles donc, comme je m'obstine à le dire, et à l'écrire, pour résister à l'horrible hiatus du 'à A....'.

24 mai, 16h

J'arrive à la Chapelle du Méjan (dont les suites de la Révolution Française avaient fait un entrepôt pour les toisons des moutons de race mérinos....). C'est, dans le giron d'Actes-Sud (qui occupe tout le secteur : librairie, cinéma, bar-restaurant, bureaux....), un beau lieu de concerts, et d'exposition. Dans ce dernier registre, c'est encore pour quelques jours une belle présentation des toiles du peintre coréen Kim Tschang-Yeul. Retrouvailles avec l'Ami Jean-Paul Ricard, l'autre animateur de ce festival. Le trio du guitariste Philippe Mouratoglou s'active pour la balance : Bruno Chevillon est à la contrebasse, et Ramon Lopez à la batterie, agrémentée de tablas (dont il est un fin connaisseur). Le groupe va fêter la sortie du tout récent «Univers-Solitude» (Vision Fugitive / l'autre distribution), et le concert va aussi comporter deux blues du disque «Steady Rollin' Man, Echoes of Robert Johnson» (même label), enregistré en 2012 avec Jean-Marc Foltz et Bruno Chevillon. 

24 mai, 20h30

Au concert la musique du trio, déjà très intense dans le CD chroniqué dans ces colonnes (suivre ce lien), va prendre encore de l'épaisseur. Le groupe n'a pas joué depuis l'enregistrement du disque en novembre dernier, et ces retrouvailles sont importantes : les échanges sont vifs, tendus et attentifs, la musique est là. Et cela se confirme avec les blues, en duo avec la basse. Philippe Mouratoglou est aussi un vrai chanteur, habité par son sujet. Quand le trio reprend ses droits, la musique va gagner encore en esprit d'aventure, car cet art-là s'éprend de liberté(s).

Le contrebassiste Luca Bulgarelli

25 mai, 16h

Les transports ferroviaires ont repris leur cours (presque) normal, mais les liaisons aériennes sont perturbées. Enrico Pieranunzi était à pied d'œuvre depuis la veille, André Ceccarelli et le contrebassiste Luca Bulgarelli le rejoignent, et tandis que le trio commence l'indispensable réglage de la sonorisation et des retours, le saxophoniste Seamus Blake (Canadien new-yorkais et désormais parisien) les rejoint : le quartette est au complet. Le saxophoniste a joué avec le pianiste à New-York (il y aurait même un inédit, en quintette, au Village Vanguard), le batteur est un habitué des trios du Maestro, et le bassiste a partagé avec Enrico quelques aventures transalpines. C'est la première étape d'une tournée européenne qui verra, ici ou là, des changements de batteur ou de bassiste.

25 mai, 18h30

Tandis que ses parents, la bassoniste Sophie Bernado et le saxophoniste-clarinettiste Hugues Mayot, procèdent à la répétition-balance du trio 'Ikui Doki' avec la harpiste Rafaëlle Rinaudo, la petite Alma (six mois) dort du sommeil du juste, avec sur les oreilles un casque anti-bruit qui veille jalousement sur sa quiétude.

25 mai, 20h30

L'heure du concert est venue pour 'Ikui Doki', l'un des groupes qui cette année ont reçu le label Jazz Migration, et parcourent à ce titre festivals, clubs et lieux de concerts. La musique est un subtil mélange de relectures, très très libres, de la musique française du début du vingtième siècle (Debussy....), et de compositions originales qui exploitent le potentiel de cette nomenclature instrumentale inédite. La harpe, électro-acoustique, dérive de la version celtique. On oscille en permanence entre un esprit chambriste et des foucades contemporaines et acérées, avec d'indiscutables références au jazz, mais aussi à Philip Glass, au rock, au free jazz, et à toutes les musiques du monde. La harpe s'aventure même parfois du côté de Jimi Hendrix ! Et cette première partie de soirée se conclut par un écho des rythmes de l'Afrique de l'Ouest, comme le jazz le fit si souvent depuis les années 60 (et même avant).

25 mai, 22h

Le quartette d'Enrico Pieranunzi va conclure la soirée. Le répertoire est largement emprunté aux disques publiés avec Donny McCaslin au sax. On entendra aussi des thèmes plus anciens, comme le blues Entropy, gravé en quartette et en 1980. L'émulation est forte : le pianiste mène la danse, mais il laisse beaucoup d'espaces d'expression à ses partenaires, tout en jouant avec le tempo et le rythme. Seamus Blake, au ténor tout au long du concert, fait merveille. Les échanges sont vifs et féconds, que ce soit avec la basse de Luca Bulgarelli ou la batterie d'André Ceccarelli. Sur un thème plus lent, et mélancolique, Flowering Stones (du disque «Stories», enregistré en 2011 avec Scott Colley et Antonio Sanchez), la tension va monter progressivement, et après un beau chorus de sax le solo d'Enrico Pieranunzi va parcourir toutes les facettes du piano dans le jazz moderne, le tout épicé de furia transalpine. Et jusqu'à la fin du concert la musique va s'offrir les libertés qu'autorise la passion, et qui va enflammer jusqu'à la ballade offerte en rappel : belle soirée décidément. Merci 'Jazz in Arles'.

Xavier Prévost

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 17:50

Philippe Milanta. Wash,

Philippe Milanta, piano solo.

Studio -Cordibay, Chérisy. 27-29 décembre 2012. Camille Productions/Socadisc.

Non, il n’y a pas de coquille sur la pochette. Cet enregistrement de Philippe Milanta date bien de décembre 2012. Par un de ces (heureux) hasards de la production discographique, ces séances sortent seulement aujourd’hui. De l’eau a coulé sous les ponts, l’Elysée a changé de locataire, mais Philippe Milanta a conservé cette fluidité qui contribua largement au succès de ses deux précédents albums « For Duke and Paul » (pour Ellington et Gonsalves), en duo avec André Villéger (prix du jazz classique de l’Académie du Jazz 2015) et « Strictly Strayhorn » en trio avec le complice Villéger et Thomas Bramerie, basse (2017). En sauvant de l’oubli cet enregistrement de 2012, Michel Stochitch (Camille Productions) complète ainsi son œuvre éditoriale consacrée au pianiste en le présentant en solo. L’exercice est toujours déroutant et permet de révéler la personnalité du pianiste, sans aucun filet face à son clavier. Philippe Milanta évolue avec aisance dans le répertoire de Duke Ellington et le démontre ici dans un pot-pourri –Solitude, In a Sentimental Mood, A Single Petal of Rose-enrichi d’un extrait de Reflets dans l’eau de Debussy. Une même délicatesse élégante caractérise cette heure de musique quasiment consacrée aux compositions du pianiste. Il n’est pas question ici d’épater la galerie ni d’exposer sa science.  Nous sommes près de la confidence et chacun est invité à prêter l’oreille et à s’abandonner au charme discret,  désuet,  tout simplement classique du piano de Philippe Milanta.
Jean-Louis Lemarchand
En concert le 30 mai au Sunside (75001) à 21 h.

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 11:07

Dom 2018
Olinka Mitroshina (p, vc), Georges Guy (g) + Serge Haessler (tp), Marine Thibaut (fl), Pascal Pistone (p) Thescam (elect)

Fascinating rhythm, Nice work, I got rhythm, But not for me, It ain’t necessarily so etc… autant de monuments de Broadway et de Guerswhin qui ont alimenté les meilleurs pages du real Book.

Inusable matière au jazz et… au blues.

Lorsqu’en septembre l’on s’apprêtera à fêter les 120 ans de la naissance du compositeur, les manières de lui rendre hommage seront délicieuses lorsqu’elles s’exprimeront sous la voix et l’inspiration d’Olinka Mitroshina.
La chanteuse et pianiste, droit venue de ses terres russes ( qui savent ce que le blues veut dire) et que l’on commence à voir et à entendre animer les jams sous les voûtes des caves parisiennes , embrasse son sujet avec un délice gourmand avec une pointe de désuétude qu’elle noie dans sa propre modernité.
Il y a chez Olinka une sorte de truc amoureux avec ces grands standards et avec l’une des plus grandes interprètes du blues, la grande, l’immense , l’incommensurable Bessie Smith. Alors Olinka ne l’imite pas ( ce serait fou !) mais s’en inspire. Que ce soit  sur Bess, you is my woman now ou encore sur ce Bessie’s mood écrit des mains de la chanteuse).
Tout dans les arrangements respire l’amour du blues. Qu’il s’agisse du blues du delta ou de celui (autre subtilité) qui vient de ses digressions comme thème d’étude sur I got rythm qui avec une intelligence malicieuse jette des ponts entre le classique ( à la mode Ravel) et le ragtime. Jerry Roll Morton dit pas mieux !

Parfois Olinka pose ses doigts sur la piano avec talent et avec l’énergie qui vibre. Parfois elle ajoute par-ci par là une touche hyper discrète d’électrique, parfois le son d’un trompette qui chante avec elle. Et puisil y a aussi la guitare de Georges Guy comme sortie tout droit du Delta.
Et puis au delà de ces arrangements, il y a cette voix, grave comme il faut , un peu crade parfois comme il convient au blues lorsque celui-ci vous colle aux basques et flotte dans des vapeurs d’alcool et de trucs pas corrects. Une voix avec ses modulations qui charrient l’histoire de cette musique, comme on porte son bagage léger, son jean préféré ou ses souvenirs d’amoureux perdus. Il y a de l’âme dans cette voix. Et une sacrée personnalité ( écoutez bien l’album jusqu’au bout, une surprise vous attend à la fin du chemin :-) )
Cet album s’écoute en boucle. Je ne m’en lasse pas. Il m’a fait voyager aux confluents du Mississipi , il m’a fait voyager dans les bouges de Chicago, il m’a fait voyager dans le temps dans lequel notre monde restait pourtant bien présent, il m’a fait voyager immobile mais léger.
Parce que dans cet album il est question de joies, de peines, de larmes.
De blues , quoi !
Jean-Marc Gelin

 

OLinka Mitroshina anime tous les jeudis soirs la jam du Port Du Salut. Prochain concert le jeudi 31 mai à 21h45....

 

 

 

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 10:04

 

Fabrice Martinez (trompette, bugle), Fred Escoffier (piano, claviers), Bruno Chevillon (contrebasse, guitare basse), Éric Échampard (batterie)

Paris, février 2016 & Meudon, septembre 2017

ONJ Records JF007 / l'autre distribution

(CD simple & double Vinyle)

 

Un belle idée : réenregistrer, en acoustique, un répertoire qui a été capté, et publié, en version électrique. La matière du disque originel («Rebirth», publié en 2016) avait été produite au studio Ferber. Pour cette relecture unplugged, cela s'est fait dans la Chapelle Saint-Philippe de Meudon. Parti pris très acoustique, donc. Les 8 premières plages donnent les versions 'Reverse', sans électricité ni électronique, du disque «Rebirth». C'est très éloquent, comme une réflexion philosophique sur le même et l'autre, l'identité et l'altérité. Mais cette philosophie-là est incarnée, enracinée dans la matière sonore, qu'elle soit sans artifices technologiques ou au contraire nimbée dans ses atours électro-numériques. Il y a plusieurs manière d'écouter le disque : analytique, en allant chaque fois chercher la version électrique pour la rapprocher, avant ou après, de l'acoustique ; ou au contraire hédoniste, en s'immergeant dans la continuité du CD, sons 'naturels' d'abord, puis sons 'technologiques'. J'ai testé les deux modalités d'approche, et très honnêtement je serais bien incapable de privilégier une approche plutôt que l'autre, d'autant que mon choix initial (l'ordre du CD) conditionne déjà ma perception, et ma réception. Donc vous savez ce qui vous reste à faire : écouter le disque pour vivre cette riche expérience. Quoi qu'il en soit, plugged ou unplugged, la musique est sans arrêt intensément présente, nous rappelant, si nécessaire, que dans le sentiment esthétique l'art et la technique ne sauraient se confondre. Nous rappelant aussi que Fabrice Martinez est décidément un musicien de haut vol, et qu'il serait tragiquement irresponsable de le négliger, fût-ce par distraction !

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera, pour la sortie du disque, le 28 mai 2018 à la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin, au même programme qu'un autre groupe qui publie également un nouveau CD sous le label ONJ Records, celui du tromboniste Fidel Fourneyron. Fabrice Martinez et son groupe 'Chut !' joueront également le 31 mai à Quimper, au Théâtre de Cornouaille

 

Infos et extraits sur le site de l'ONJ

http://www.onj.org/record-label/fabrice-martinez-chut-rebirth-reverse/

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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 19:15

Geenleaf music 2018
Joe Lovano (ts) Dave Douglas (tp), Lawrence Fields (p), bassist Linda May Han Oh (cb) Joey Baron dms)

Les arbres dit-on ne montent pas au ciel. Les géants du jazz eux, le peuvent ! Et dans leurs sillages non seulement ils atteignent des sommets éternels mais en plus, ils vous emmènent avec eux tutoyer les anges.

Le nouvel album que signent Joe Lovano et Dave Douglas, deux vieux compagnons de route, est de ceux qui marquent l’année de leur sortie mais aussi l’avènement d’un événement musical d’où émerge un groupe en tous points exceptionnel. D’une dimension rare.

La trace des géants, ici c’est Footprint et Wayne Shorter ( « Adam’s apple - 1966), cette trace que suivent ici les membres de ce fabuleux quintet. La musique du saxophoniste est en effet ici à l’honneur comme le matériau privilégié qui nourrit l’âme et l’esprit de ces musiciens emmenés par un duo d’une rare intensité. Car entre le ténor de Cleveland (Joe Lovano) et le trompettiste de New-York (Dave Douglas), la complicité est déjà ancienne. Fusion. Télépathie. Ces deux-là parlent le même language. Se comprennent. Se complètent. Lorsqu’ils jouent ensemble c’est comme si le même esprit flottait sur eux, les enveloppaient du même voile animé du même souffle. Du même vent qui les emportent. Au son plein et ample de l’un répond les incises parfois brillantes et parfois éthérées de l’autre. Une même compréhension de l’harmonie qu’ils aiment à caresser. La musique est entre eux comme un trésor en partage. Le fil conducteur qui les amènent à jouer ensemble dans le même mouvement, avec la même intensité.
Alors quand ils s’inspirent de la musique de Wayne Shorter, l’un des plus grands compositeur de jazz du XXème siècle, il ne peut en résulter que pures merveilles.
Ici l’harmonie si chère à Shorter devient prétexte aux enveloppements, aux effluves musicales qui tournoient comme tournoient leur jeu de questions-réponses, en contre-chants sublimes et en âmes flottantes.
Téléphathique vous dit-on !
Et il faut cela pour s’attaquer à des monuments comme ce Fee-Fi-Fo-Fum tiré du mythique « Speak no evil », modèle d’écriture sublime et complexe ou encore ce Juju tiré de l’album éponyme (1965) et ici magnifiquement arrangé par Joe Lovano dans le pur esprit Shorterien.
Tout dans cet album est prétexte à monument.
Et pour couronner le tout encore fallait t-il s’appuyer sur une rythmique de très très haut vol qui vient à leur rencontre telle la charge de la brigade légère. L’association de Linda May han Oh à la contrebasse et de Joey Barron à la batterie confine au génie. On ne présente plus le batteur dont chacune des prestations est un modèle d’intelligence du drive quel que soit l’environnement dans lequel il s’exprime. La contrebassiste quand à elle livre peut être l’un de ses meilleurs albums. Elle est un socle solide, l’assurance du groove sous jacent, la base de tout. Peu de contrebassiste au monde peuvent élever leur niveau comme celui de Linda qui porte une grande partie de cet album. Quand au pianiste Saint Louis, Lawrence Fields, là aussi chacune des interventions porte une incroyable richesse harmonique. Comme de pures enluminures. Qu’il soit devant les solistes ou derrière, qu’importe. C’est un jeu d’une rare pertinence.
Produit sur le propre label de Dave Douglas, « Scandal » est un pur chef d’oeuvre.
Il n’ y a que Wayne Shorter lui même et son quartet qui domine le monde du jazz depuis quelques décennies qui puisse rivaliser sur ce terrain. Avec Danilo Perez, John Pattitucci et Brian Blade, ils tutoient les Dieux.
Joe Lovano et Dave Douglas quand à eux tutoient les anges.
Jean-Marc Gelin

 

LE QUINTET SERA A MARCIAC DIMANCHE 29 JUILLET

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