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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 09:11

Sophie Agnel (piano), John Edwards (contrebasse), Steve Noble (batterie)

Brighton (Angleterre), septembre 2016 & Nickelsdorf (Autriche), juillet 2016

ONJ Records JF 010 / l'autre distribution

 

Cinq ans après la parution de «Meteo» (Clean Feed Records, enregistré en 2102 au festival Météo de Mulhouse), le trio récidive avec d'autres extraits de concerts, captés plus récemment dans deux autres lieux (Alternative Jazz Festival & Konfrontationen Festival). Trio ouvert, et musique qui l'est tout autant : la prise de son place les trois instruments à égalité de présence et d'écoute, de sorte que le dialogue est permanent, sans prépondérance, la dynamique et le discours structurant la lisibilité de cette création en mouvement incessant. Deux longues improvisations, captées à Brighton, et une troisième, beaucoup plus brève, enregistrée en Autriche : comme trois images instantanées de moments privilégiés de musique vivante. Depuis des années et des années que j'écoute des disques de musique improvisée, je remarque que la plupart de ceux qui me conquièrent ont été captés en public, comme si la présence d'un auditoire induisait une magie particulière, un supplément de communication. Ce n'est peut-être là que le phantasme de l'amateur (de jazz et de musique improvisée, idiomatique ou non) que je fus et demeure. J'accepte l'alibi fantasmatique qui n'ampute en rien mon plaisir d'écoute. Plaisir qui se nourrit aussi, par sensations rétrospectives, des nombreux concerts d'improvisation auxquels j'ai assisté. En écoutant ce disque, j'ai la sensation de vivre un événement, qui a déjà vécu pour ceux et celles qui l'ont joué ou écouté en direct, mais qui pour moi se rejoue comme au premier instant. Ces trois improvisations sont unifiées par leurs titres, évocation d'un oiseau du Groenland dont la photographe Juliette Agnel, sœur de la pianiste, a tiré un portrait plein de mystère qui orne le disque. Et l'on entend, à la fin de la dernière plage, le cri étrange de cette perdrix des neiges que là-bas on appelle aqisseq. C'est un autre mystère, celui d'une musique en mouvement vers un futur aussi fragile qu'inexorable, qui capte notre attention en quête de beauté fugace. Belle(s) page(s) de musique improvisée, assurément.

Xavier Prévost 

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Le trio est en concert le dimanche 9 décembre 2018 , 18h, à Paris, au Lavoir Moderne Parisien, pour les 20 ans de l'Atelier Tampon-Nomade

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 22:13

Samuel Blaser Early in The Morning.
Samuel Blaser, trombone, Russ Lossing, piano et orgue, Masa Kamaguchi, basse, Gerry Hemingway, batterie, harmonica, et en invités Oliver Lake, saxophone alto, Wallace Roney, trompette. Enregistré à New York, janvier 2017. OutNote Records-Outhere Music.


Eternel blues. Source permanente d’inspiration pour les jazzmen. Le tromboniste suisse Samuel Blaser vient inscrire son nom dans la liste de ceux qui sans renier les traditions apportent une touche personnelle et originale. Le natif de la Chaux de Fonds passé par New-York et désormais résident à Berlin “hisse toutes les voiles du jazz d’hier et d’aujourd’hui pour faire fructifier cet héritage dans une conception contemporaine de ce répertoire », analyse dans le livret le musicologue Arnaud Merlin. Son traitement du blues mobilise toute sa connaissance de la musique contemporaine (Ligeti, Kurtag) et son inclinaison pour Charles Mingus (avec Early in The Morning, premier titre de l’album) et aussi le Third Stream cher à Jimmy Giuffre. Le trombone se fait sauvage, sombre, profond, majestueux dans un répertoire proposant titres traditionnels et compositions du leader. Sous la direction artistique de Robert Sadin, le groupe s’est plu à méler l’ancien et le moderne. Une formation réunie en studio à New York, où se côtoient des comparses habituels de Blaser (Russ Lossing, Masa Kamaguchi, Gerry Hemingway) et deux invités d’horizons différents (Wallace Roney de facture plutôt classique et Oliver Lake aux confins du free). Un album qui devrait plaire aux amateurs de blues et aux amateurs de musique sans œillères. Chaudement recommandé.
Jean-Louis Lemarchand
 

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 19:27

 

 

LEE KONITZ- DAN TEPFER «Decade»

Lee Konitz (saxophone alto, voix), Dan Tepfer (piano)

New York, septembre 2010, juillet 2015 & février 2016

Verve 602567664574 / Universal

 

Dix ans après le premier disque («Duos with Lee», Sunnyside), le saxophoniste et le pianiste se retrouvent sur disque, alors qu'ils se sont souvent produits ensemble sur scène dans l'intervalle (et depuis : encore à New York, à la Jazz Gallery, la veille de l'instant où j'écris ces lignes). Quelques plages aussi en re-recording dans lesquelles Konitz dialogue avec lui-même. Et d'un bout à l'autre l'esprit de l'improvisation, de l'aventure, de l'interaction. Le saxophoniste vétéran et son jeune confrère sont deux virtuoses de cette liberté revendiquée et assumée. C'est comme un voyage onirique : l'espace s'ouvre devant nous, inconnu, et chaque note, chaque accent, dévoilent un nouvel horizon. Ici une Suite improvisée en hommage au victimes du 11 septembre 2001. Ailleurs un incursion dans la technologie, quand le pianiste utilise un piano à interface numérique qui réagit par les algorithmes développé par ses soins. Et pour finir les harmonies de Body And Soul, caressées par Lee Konitz, comme il sait si bien le faire depuis des décennies, ayant de longtemps pris le parti d'entrer directement dans l'impro sans citer le thème.Et Dan Tepfer, familier des libres digressions, est totalement en phase avec ces dérives d'un partenaire qu'il pratique depuis des années. D'un bout à l'autre, leur complicité est fascinante.

 

 

MARK TURNER- ETHAN IVERSON «Temporary Kings»

Mark Turner (saxophone ténor), Ethan Iverson (piano)

Lugano, juin 2017

ECM 2583 / Universal

 

 

Une chronique jumelée de ce disque avec le précédent me paraissait s'imposer : d'abord parce que le disciple de Lennie Tristano que fut Lee Konitz trouve écho chez Mark Turner, qui est une sorte d'héritier de cette famille musicale ; ensuite parce que la plage 4 du disque (Dixie's Dilemma) est une composition de Warne Marsh, partenaire de Lee Konitz auprès de Tristano dès 1949. Ici l'on est dans l'improvisation autour de compositions, signées (hormis le thème déjà cité) par chacun des deux duettistes (6 pour le pianiste et 2 pour le saxophoniste). Et l'univers musical est bien celui auquel je faisais référence à l'instant, et qui mêle extrême liberté, formidable maîtrise, et grande sophistication musicale. On se laisse embarquer dans les sinueuses volutes où s'aventurent les deux improvisateurs au fil de leur dialogue, libres de se surprendre, libres de nous égarer avant de nous recueillir avec bienveillance dans le secret de nos émois d'auditeurs. Ici encore, on se laisse emporter, victimes consentantes d'un égarement qui nous enchante, admiratifs de la connivence qui unit ces deux grands musiciens.

Xavier Prévost

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 18:18
@sylvain Gripoix


Les DNJ : comment te positionnes-tu par rapport à la musique : comme un musicien de jazz (il faudrait déjà définir ce qu’est le jazz pour toi …), comme un musicien tout court ? :

Matthieu Chazarenc : Comme un musicien de jazz je crois..
Pour moi, le jazz et l’improvisation sont deux choses différentes ! Bien sur le jazz appelle à l’improvisation, mais de manière très codée, très structurée, avec une histoire, un langage, une culture extrêmement forte, des bases (le blues, le swing, les standards… ).
On peut en revanche très bien improviser sans faire de jazz !
Une grande partie de ma famille a toujours écouté beaucoup de musique, mon papa était lui même musicien amateur (batteur) et mélomane de la première heure; il y avait à la maison plus de 800 disques (classique, jazz, chanson française …etc).
J’ai baigné là-dedans dès mes 6 ans, les disques du Label Pablo, (Basie, Ella, Flanagan, Peterson, Getz), je suis tombé amoureux de cette musique très rapidement.
La première fois que je suis parti à New York, c’était en 1997 ; Pour une simple raison : je rêvais d’aller dans les clubs et voir les musiciens que j’admirais, au Village Vanguard le lundi soir, pour écouter le Vanguard Orchestra …etc. J’y ai également suivi des Cours à la Drummers Collective, et des cours particuliers avec notamment John Riley.
A mon retour de New York, j’ai finalement intégré le Conservatoire de Région de Toulouse, mes parents insistant pour que je passe des diplômes (fin 97-début 98) ! J’y suis resté deux ans et demi.
Il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mes études, j’ai donc joué dans des contextes très différents les uns des autres : Big Bands, orchestres de variété, de bal, marching bands, batucadas ... etc
Avec le recul je crois que tout ceci a finalement été très formateur.

En Septembre 2000 je suis entré au Conservatoire Supérieur de musique de Paris, dans la classe de jazz et musiques improvisées.
Je n’ai jamais quitté Paris depuis.

Les DNJ : j’ai vu que tu avais travaillé avec David Linx ; tu peux nous raconter l’expérience ?

MC : David fait partie des gens avec qui j’ai travaillé assez rapidement en arrivant à Paris.
J’ai commencé à travailler avec lui sur le projet Heart Land, avec entre autres,  Paolo Fresu, Christophe Wallemme qui joue dans mon projet aujourd’hui, et puis j’ai remplacé quelques fois Stéphane Huchard sur des concerts ici et là.
Sais-tu qu’à l’origine, en Belgique, David était batteur ! Il a une personnalité incroyable, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait.

Les DNJ  : Jusqu’à récemment il n’était pas très habituel de voir des batteurs ou des bassistes enregistrer en leader. Tu as une explication à cela ?

MC : Il est vrai que nous sommes essentiellement des instrumentistes accompagnateurs qui assurons la rythmique des groupes. Il est surement plus difficile aussi de faire des concerts solo à la batterie ou à la basse que des concerts solo au piano ! Mais il y a de plus en plus de batteurs et de bassistes qui composent, arrangent et enregistrent en leader.
Pour ma part, j’ai eu quarante ans l’année dernière, et depuis longtemps, j’écrivais des petits bouts de mélodie, par-ci, par-là, que je jouais et même enregistrais parfois avec des groupes.
On m’a beaucoup encouragé à aller plus loin. J’ai donc décidé de me lancer de nouveaux défis et de voir ce que ça pouvait donner sur un disque.
Ça a pris beaucoup de temps, j’ai joué avec des musiciens très différents depuis de nombreuses années, et petit à petit, çà a muri.
En 2017, je me suis lancé et suis entré en studio en Septembre, avec une formule privilégiant l’acoustique et un rapport je crois très proche avec la chanson.
Cet album que j’ai décidé d’appeler CANTO en référence à la fois à mes racines gasconnes mais aussi à mon gout pour les mélodies, la chanson, est sorti en Février 2018.
Le choix de l’accordéon est venu assez naturellement. J’avais aussi très envie de la douceur, de la couleur du bugle, qu’on peut rencontrer chez des musiciens comme Paolo Fresu ou Stéphane Belmondo pour interpréter les thèmes.
J’ai pensé à Sylvain Gontard (bugle) de façon assez naturelle, pour son rapport au son,  son bagage classique, son gout pour les mélodies fortes, parce qu’on avait travaillé ensemble aussi dans l’orchestre d’Ivan Jullien et d’autres projets.
Idem pour Christophe Wallemme, contrebassiste, très solide, complet, à la fois rythmicien, mélodiste, magnifique soliste et compositeur avec qui j’avais déjà travaillé aux cotés d’Eric Séva, David Linx entres autres..
À l’accordéon, Laurent Derache (30 ans) est une sorte de révélation, même s’il est dans le circuit depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) sans jamais vraiment collaborer.
Il m’a fait découvrir l’univers de l’accordéon, ses compositeurs, son histoire.
C’est une très belle rencontre musicale et humaine.

Je travaille et ai beaucoup joué à l’étranger, en TRIO avec le pianiste américain Benny Lackner (presque 10 ans) au Brésil, en Asie, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans tous les pays d’Europe.
A mon arrivée à Paris en 2000, j’ai participé à de nombreuses tournées en Hollande et en Belgique avec notamment, le contrebassiste Hein Van De Geyn qui occupe une place déterminante dans mon parcours.
Grâce à ma rencontre et des années de collaboration avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, j’ai découverts les musiques et les voyages dans les iles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Madagascar).
Plus récemment des concerts en TRIO avec le pianiste Manuel Rocheman, m’ont emmené jouer dans les centres culturels français (Jordanie, Liban, Bahreïn, Dubaï  …etc)
Depuis Décembre 2017, après un premier concert à Bercy, j’accompagnais Mr Charles Aznavour.
Une expérience unique qui restera gravée dans ma mémoire pour toujours.

 

@ Sylvain Gripoix

Les DNJ  : que penses-tu de l’évolution actuelle du marché du jazz :

MC : Je suis assez optimiste ! i.e. je pense qu’il faut vivre avec le présent, penser loin devant et ne jamais trop regretter le passé.
Ce que je trouve extraordinaire, c’est qu’en me levant le matin, si je vais sur FaceBook ou sur Youtube, je peux passer 1/2h à regarder des vidéos du monde entier.
Ça fait exploser des talents, connaitre des musiciens très jeunes, de plus en plus doués un peu partout.
 Le point négatif, pour moi, dans tout ça, c’est que l’on vit de plus en plus dans une société du « Zapping »…
Quand j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de la batterie, gamin, mon père avait des vinyls, et je jouais dessus.
Je pouvais les passer 5,10 fois jusqu’à comprendre par exemple comment Lolo Bellonzi arrivait à faire un truc derrière Claude Nougaro !
Aujourd’hui, (et moi le premier), on choisit un ou deux morceaux sur un album et les ajoute à une playlist.
C’est différent !

Pour nous musiciens, le concept d’album est primordial.
Il me semble inconcevable de le faire disparaître.
J’ai envie de croire que le disque reste un objet physique, un outil promotionnel, ...un bel objet aussi.

Les DNJ : Par contre, ce qui évolue c’est l’environnement du disque; On ne signe pratiquement plus  d’artistes sur des programmes de plusieurs albums à produire dans un laps de temps défini et le concept de label se dissout petit à petit pour laisser place à l’autoproduction, dont la promotion est plus ou moins assurée par des attaché(e)s de presse : Qu’en penses-tu ?

MC : C’est vrai, Tu as raison. Les temps ont changé.
J’ai la chance d’avoir près de moi une agent formidable (Pierrette Devineau CCProduction) qui a cru en moi dès le départ et a considérablement contribué à l’élaboration de ce premier projet CANTO.
De la même façon, Camille Dal’Zovo, mon attachée de presse et directrice de la maison de disque Jazz Family a su me donner ma chance tout de suite.
J’ai également été aidé par des organismes importants tels que la SPEDIDAM.
Si je m’occupe régulièrement de trouver des concerts pour faire avancer ce projet, je dois dire que je suis très bien entouré.

Les DNJ  : Quelles ont été tes influences, tes modèles, en temps que batteur ?
 

MC : Sur une ile déserte, s’il n’y en avait qu’un à emmener : Elvin Jones !
J’ai eu la chance de le voir sur scène, de le rencontrer à Marciac.
Surement une des plus grandes révélations à ce jour.
Les batteurs qui ont fait l’histoire de cet instrument comme Jo Jones, Roy Haynes, Philly Joe Jones, Art Blakey ou encore Steve Gadd, Jeff Porcaro et beaucoup d’autres m’ont bien sur beaucoup inspiré, mais j’ai aussi beaucoup écouté et continue d’écouter les batteurs français André Ceccarelli, Daniel Humair, Manu Katché, Simon Goubert..
L’importance colossale, la remise en question que çà occasionne aussi, d’avoir été aux cotés des copains durant mes études au Conservatoire de Paris et tous les jeunes musiciens que je croise régulièrement aujourd’hui en master classe ou lors d’interventions au Centre des Musiques Didier Lockwood.

Les DNJ : Avec quels musiciens, quels saxophonistes aimes-tu ou aimerais-tu bien jouer ?
 

MC : A chaque période et chaque rencontre de nouvelles choses se créent.
Je travaille depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Eric Seva qui propose, dans son quartet « Nomade Sonore » une musique très originale, particulièrement riche rythmiquement, aux influences très variées, dans laquelle je me retrouve complètement.
C’est un projet qui me tient très à cœur.
J’ai revu Baptiste Herbin il y a peu de temps, que je trouve très très talentueux.
J’ai collaboré deux ou trois fois avec Stéphane Guillaume pour qui j’ai aussi un immense respect.
L’an passé j’étais invité lors d’un jury à l’Ile de La Réunion et me suis retrouvé à échanger avec Jean Charles Richard présent lui aussi. C’est un saxophoniste que j’apprécie énormément aussi.
Dans le passé j’ai eu la chance de collaborer avec Mark Turner sur deux tournées.
J’aimerais vraiment refaire des choses avec lui..

 

Propos recueillis par Françis CAPEAU

Repères discographiques :

2003 : Harmen Fraanje Quartet Featuring Nelson Veras – Sonatala. ‎  Challenge Jazz  SACHR 70116

2005 : Frank Woeste Trio - Mind At Play. ‎   Challenge Jazz  CHR 70124

2006 : Harmen Fraanje Quintet – Ronja. ‎   Challenge Jazz  CHR70129

2007 :  Frank Woeste Trio - Untold Stories. ‎  Challenge Jazz  CHR70139

2008 : Denis Guivarc'h 4et – Exit. ‎   Cristal Records  CRCD 0812

2009 : Mélanie Dahan - La Princesse Et Les Croque-Notes.    Sunnyside  SSC 1224

2010 : Manuel Rocheman - The Touch Of Your Lips - Tribute To Bill Evans.    Naïve NJ 620911

2010 : Sylvain Del Campo - Isotrope ‎- Aphrodite Recordings  APH106022         
2011 : Frank Woeste - Double You. ‎   World Village  WVF479060

2014 : Olivier Ker Ourio - Perfect Match. ‎ Bonsaï Music BON140301

2015 : Benny Lackner Trio – Siskiyou.  Unit Records (2)

2015 : Nomades Sonores Quartet - Eric Séva - Gaya Music

2016 : Manuel Rocheman – misTeRIO. ‎  Bonsaï Music  BON160401

2018 : Matthieu Chazarenc - CANTO. Sorti le 16 février 2018. Jazz Family.

 

Quelques repères biographiques  :

1977 : Naissance à Agen, dans le Sud-Ouest.

1983 : Premiers cours particulier de batterie à l'âge de 6 ans avec son père, batteur amateur.

1990 - 1995 : Etudie les percussions classiques au Conservatoire de Pau.

1996 : étudier au CMCN (Centre Musical et Créatif de Nancy) pendant presque un an aux cotés entres autres de Richard Paul Morellini, Frank Agulhon et Andrés Charlier. Il obtient le diplôme, Major de sa Promotion.

1997 : Séjour de quelques mois à New York (cours à la Drummers Collective, cours privés avec  John Riley).

1997-2000 : Conservatoire National de Région de Toulouse, dont il sort avec un Premier Prix de batterie et le Diplôme d'Etat de Jazz.

Septembre 2000 : Entrée dans la classe de jazz du Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Etudie la batterie aux côtés de Daniel Humair.
En juin 2003, il obtient le Premier Prix (avec félicitations).

En 2005, retour à New York (cours privés avec Jeff Ballard, Ari Hoenig).

Réside actuellement à Paris, se produit régulièrement en France et à L’étranger, dans les clubs, les festivals et les tournées.


Collaborations régulières :  avec Olivier Ker Ourio/Emmanuel Bex, Manuel Rocheman TRIO, le Quartet "Nomade Sonore" d’Eric Séva, Benny Lackner TRIO, le groupe de la chanteuse Olivia Ruiz en 2013 et 2014, les tournées de Charles Aznavour, après décembre 2017 …..

 

Collaborations passées :

David Linx, Laika Fatien, Youn Sun Nah, Sarah Lazarus, Stephy Haik, Mélanie Dahan, Marcia Maria, Sheila Jordan, Paolo Fresu, Mederic Collignon, Flavio Boltro, Dave Douglas, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer, Eric Lelann, Ivan Julien, Ibrahim Malouf, Bert Joris, Manuel Rocheman, Franck Amsallem, Giovanni Mirabassi, Tigran Hamasyan, Bernard Maury, Dominique Fillon, Georges Arvanitas, Antonio Farao, Alfio Origlio, Kris Goessens, Pierre De Bethman, Robert Glasper, Harmen Fraanje, Guillaume De Chassy, Frank Woeste, Tom McClung, Emmanuel Bex, Jeff Gardner, Thomas Enhco, Alain Jean Marie, Olivier Hutman, Pierre Alain Goualch, Mark Turner, Rosario Giuliani, Pierrick Pedron, Olivier Témime, Stéphane Guillaume, David El Malek, Riccardo Del Fra, Dominique Di Piazza, Darryl Hall, Laurent Vernerey, Hein Van De Geyn, Michel Bénita, Daniel Yvinec, Rémi Vignolo, Jean Marc Jaffet, Frédéric Monino, Sylvin Marc, Christophe Walemme, Frédéric Favarel, Louis Winsberg, Sylvain Luc, Kazumi Watanabe, Jean Marie Ecay, Jérome Barde, Misha Fitzgerald, Michael Felberbaum, Marc Berthoumieux, Glenn Ferris, Denis Leloup,, Frank Tortilier, Magic Malik …

 

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 17:11

 

Michel Perez (guitare), Manuel Rocheman (piano), Dominique Lemerle (contrebasse), Tony Rabeson (batterie)

Le Pré-Saint-Gervais, décembre 2016

Black & Blue BB 1010-2 / Socadisc

 

Plaisir de retrouver le contrebassiste. Je l'avais écouté sur scène maintes fois : avec l'Ami Chassagnite, avec Barney, et quelques autres, et bien sûr avec Jimmy Gourley. L'une des dernières fois c'était, voici déjà presque deux lustres, lors d'un concert «Jazz sur le vif» que j'avais organisé pour Radio France en hommage à Jimmy fin 2009, presque un an après la mort du guitariste. Un concert qui rassemblait René et Phil Urtreger, André Villéger, et Philippe Combelle avec lequel Dominique Lemerle avait constitué la fidèle rythmique du guitariste. Le retrouver aujourd'hui sur ce disque, avec des musiciens que je respecte et admire, me réjouit. Cet album au répertoire de tradition est crânement intitulé «This Is New», comme la composition de Kurt Weil qui ouvre et clôt le CD. Manière de rappeler que le jazz, de ces thèmes qui constituent son vivier, donne chaque fois des versions nouvelles. De Charlie Parker à Django Reinhardt, de Paul Chambers à Steve Swallow en passant par Scott LaFaro, et de Miles Davis à Jim Hall et Bill Evans pour les compositions de jazzmen (plus une poignée de chansons américaines bien choisies) c'est tout un répertoire qui s'offre à nous dans de nouveaux atours. Michel Perez, Manuel Rocheman et Tony Rabeson rivalisent de musicalité à ses côtés, et le contrebassiste s'épanouit dans ce contexte, en pizzicato sur la plupart des plages, avec un drive remarquable, et parfois à l'archet : il fait chanter Manoir de mes rêves (avec un 'Si' d'une expressivité microtonale assez sauvage dans le deuxième 'A' de la réexposition finale), et aussi My Foolish Heart . La fluide circulation des échanges entre les quatre partenaires dans Comrad Conrad est une merveille. On se régale avec cette conception, détendue et engagée tout à la fois, du groupe de jazz. Recommandable, Ô combien !

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 27 novembre 2018 à Paris au Sunside

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 08:21
LIKE A FIRE THAT CONSUMES ALL BEFORE IT    ERALDO BERNOCCHI

LIKE A FIRE THAT CONSUMES ALL BEFORE IT

ERALDO BERNOCCHI

 

Guitares, guitares traitées, electronics

RARE NOISE RECORDS

DISTRIBUTION FRANCE/DIFFER-ANT

www.rarenoiserecords.com

 

https://soundcloud.com/rarenoiserecords/sets/eraldo-bernocchi-like-a-fire-that-consumes-all-before-it/s-g8z59

 

C'est le privilège de suivre un label que de découvrir de temps à autre des "curiosités" comme cette B.O très suggestive, créée pour illustrer un film documentaire, CY DEAR, sur le peintre américain CY TWOMBLY dont figure sur la couverture une reproduction de "Fifty Days at Iliam "( Part V- The Fire that consumes all before it).

Ce grand artiste de l'abstraction lyrique qui a influencé nombre de jeunes peintres dont l'un des plus célèbres, JM Basquiat, est l'objet d'une exposition actuelle à la Fondation Vuitton, où l'on peut ressentir une filiation par l'usage de listes et de mots sur ses toiles... Car Twombly, exilé volontaire en Italie, use d'un vocabulaire tout en graffitis, inscriptions, souvent se référant à la mythologie,irruptions de couleurs mettant en scène une nature incontrôlable, pour structurer une peinture de la mémoire, le flux et reflux du temps, du transitoire.

Une abstraction météorologique, atmosphérique, voire stratosphérique, pourrait-on dire en entendant ces nappes de son tirées de guitares, couche après couche, avec des échos, délais et réverbérations qui entretiennent cet aspect ouaté de sensations perçues comme à travers un rêve. Le compositeur confirme qu'il a "commencé à chanter des harmonies qui entraînaient la pièce de plus en plus profondément dans les eaux de la mémoire, où tout commence à s'estomper et où seules les émotions flottent". D'où les titres des thèmes de cette longue suite "To make things float", "From a distance", "Swirling colours", " Near by distance". Comme des filaments qui s'effilochent d'une mémoire désagrégée.

Cette sensation d'engourdissement progressif peut renvoyer fugitivement aux accents saturés des guitares hallucinées de Neil YOUNG, dans la B.O de DEAD MAN, de Jim JARMUCH, bien que plus violents et fragmentés. C'est que dans la bande son de Bernocchi, nous ne sommes plus vraiment sur terre. On peut penser alors puisque seule l'oreille est sollicitée avec le CD à un autre film expérimental, l'ERASERHEAD de DAVID LYNCH.

Une musique très cinématographique, où l'on entendrait des voix irréelles,intercalées de dreams non moins étranges, reprenant le même trame. Un climat insolite, tout un arrière-pays dans une tonalité sourde plus aquatique  (peu d'évocation de ce feu qui consume tout qui renvoie au titre de la peinture de Cy TWOMBLY, évoquant l'ILIADE, l'enfer de la chute de Troie qui prit 50 jours. C'est en tous cas dans de drôles de voies, des espaces obliques que nous entraînent ces sons, nous devenons ce voyageur immobile, en partance pour un ailleurs indécis, le monde floconneux des perceptions. Hypnose, fantasmagorie, dimension poétique pour cette éternité en musique d'ccompagnement d'un cinéma virtuel qui se projette dans notre tête.

Ce serait une autre histoire si nous pouvions visionner en même temps le documentaire sur le peintre... Let's wait and see!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 22:21

Pour compléter les comptes rendus précédents, quelques souvenirs et photos des trois derniers jours de l'édition 2018 du 'Nevers D'Jazz Festival', laquelle s'est terminée le samedi 17 novembre par un concert décevant de James Carter (photo ci-dessus), enfermé dans une ostentation qui ne rend pas justice à son (très grand) talent d'instrumentiste et de musicien.

L'avant-veille, jeudi 15 novembre, nous nous étions régalés à l'écoute du trio Ikui Doki, improbable mélange d'instruments (sax/clarinette, basson/voix, harpe celtique) au service d'un cocktail musical où Debussy croise le répertoire Renaissance avec des escapades vers le jazz, les éclats du rock, et autres musiques d'aujourd'hui. Six heures plus tard le saxophoniste du trio, Huges Mayot, présentait sur une autre scène son groupe « What if ? », où le piano électrique de Jozef Dumoulin, métamorphosé jusqu'à l'inouï par une savante cohorte d'effets, fait écho à la batterie de Franck Vaillant, qui habille le binaire d'aventureuses polyrythmies, et à Joachim Florent, dont la guitare basse chante et gronde à souhait.

Re Focus, le groupe avec cordes de Sylvain Rifflet, était sur les traces de « Focus » d'Eddie Sauter. Le saxophoniste a su évoquer Stan Getz sans demeurer prisonnier du concept, et tout en faisant sa propre musique. Nous avons ensuite écouté l'accordéoniste Daniel Mille (avec trois violoncelles, et la contrebasse de Diego Imbert) dans un hommage d'un lyrisme appuyé au compositeur-bandonéoniste Astor Piazzola.

Le lendemain midi, la journée de concerts commençait avec Laura Perrudin, harpiste-chanteuse en solo, virtuose des effets électroniques et des boucles superposées (tout en temps réel, pas de séquençage) : belle leçon d'usage technologique qui ne brime ni l'expression ni le talent. En fin d'après-midi, au théâtre, Gauthier Toux donnait en trio un bel aperçu de ses talents de pianiste, de compositeur et d'improvisateur.

Retour ensuite à la Maison de la Culture pour écouter le grand orchestre 'Collectiv' du vibraphoniste Franck Tortiller, très belle machine bien rôdée, avec de très bon solistes (beaucoup de jeunes talents bourguignons), et une musique qui caracole de Mingus à Zappa en passant par les compositions du leader, lequel n'a oublié ni Gil Evans, ni le big band 'Word Of Mouth' de Jaco Pastorius, ni le 'Vienna Art Orchestra', dont il a été membre pendant des années. Et la soirée s'est terminée en beauté avec le saxophoniste Steve Coleman et son groupe 'Five Elements', avec un parcours labyrinthique entre les rythmes mouvants, les cellules mélodiques, les leitmotive et le saillies improvisées, avec çà et là des standards, à la lettre (Cheek to Cheek), ou au contraire passés à la moulinette (Giant Steps), et en rappel un Salt Peanuts très direct, dans la pure tradition bop, histoire de rappeler que la prospective musicale conserve la mémoire du jazz : passionnant d'un bout à l'autre !

Le lendemain, dernier jour du festival, le concert de midi (et quart !), dans la petite salle de la Maison de la Culture, accueillait Claude Tchamitchian dans un solo d'une formidable richesse musicale, joué sur la contrebasse du très regretté Jean-François Jenny-Clark, basse prêtée par Anne Jenny-Clark.

Un prêt motivé par le recours à un accordage particulier, qui enrichit les horizons de l'improvisation, mais ne permet pas d'utiliser un instrument que l'on joue régulièrement avec l'accordage traditionnel en quartes. Claude Tchamitchian a parcouru sa propre histoire, avec des références à ses deux disques en solo, à ses racines arméniennes, et il a aussi évoqué les rythmes du Sacre du printemps : un grand moment de musique.

En soirée un autre contrebassiste assurait dans la grande salle la première partie. le Suédois Lars Danielsson a donné en quartette une musique lyrique, souvent fondée sur de motifs simples, propices tremplins à de belles digressions pour lui et ses partenaires. Et le festival s'est terminée avec James Carter, entre des compositions de Joe Sample ou Roland Kirk, et un rappel sur Nuages de Django Reinhardt. Déception (évoquée plus haut) du chroniqueur, même si une bonne part du public semblait ravi....

Xavier Prévost

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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 22:38

Allan Harris. The Genius of Eddie Jefferson.


Allan Harris, vocal, Eric Reed, piano, Willie Jones III batterie, George de Lancey, basse, Richie Cole, saxophone alto, Ralph Moore, saxophone tenor. Yamaha Studios, New York.2018. Resilience Music Alliance.
Il n’est pas trop tard pour réhabiliter Eddie Jefferson ! Mettons à profit le centième anniversaire de la naissance (1918) du chanteur entré dans l’histoire du jazz pour avoir, sinon inauguré, du moins généralisé, dès 1939 au sein de l’orchestre de Coleman Hawkins, le style vocalese. Ce traitement consistant à adapter des paroles sur des thèmes instrumentaux fut popularisé par King Pleasure qui devança de quelques mois dans le témoignage discographique le natif de Pittsburgh. Ce (mauvais) coup du sort, qui permet à Jefferson de figurer dans « Petit dictionnaire incomplet des incompris » d’Alain Gerber (Editions Alter Ego), n’a pas empêché le chanteur de marquer les esprits et de gagner la considération de voix émérites du jazz (Jon Hendricks, les Double Six, Manhattan Transfer…). Doté d’une profonde voix de baryton, le chanteur new-yorkais de Harlem Allan Harris se livre à un hommage de belle facture à Eddie Jefferson. Son répertoire inclut des thèmes des années 40-60, Billy’s Bounce (Charlie Parker), Sister Sadie (Horace Silver), Dexter Diggs (Dexter Gordon), So What (Miles Davis). L’esprit de Jefferson est bien présent au sein de ce groupe réuni par Allan Harris (62 ans), à commencer par le saxophoniste alto Richie Cole qui, souligne Alain Gerber, relança la carrière d’Eddie Jefferson dans les années 70 par son énergie communicative. Hélas, Richie n’était pas là pour servir de bouclier à son idole abattu de quatre balles de revolver à la sortie d’un club de Detroit le 9 mai 1979. Le mystère reste entier sur les motifs de ce crime (erreur sur la personne ?). Toujours est-il que le talent d’Eddie Jefferson, virtuose vocal innovateur, mérite amplement l’hommage rendu ici par Allan Harris, avec vivacité et allégresse.
Jean-Louis Lemarchand
Allan Harris est en concert au Duc des Lombards (75001)les 19 et 20 novembre à 19 h 30 et 21 h 30

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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 10:45

 

Nevers, le Palais Ducal

 

Troisième journée chargée pour le chroniqueur, tout absorbé par les travaux d'écriture en retard pour cause de pérégrinations endeuillées. Arrivé sur place quand le public a quitté la salle, j'aurai manqué la version de L'Histoire du Soldat donnée par le Quartet Novo, sur le texte de Charles-Ferdinand Ramuz, avec une musique du contrebassiste Pascal Berne et des allusions à la version de Stravinski. Mais au cours de la journée j'aurai largement profité des autres concerts, avec le duo Foltz-Mouratoglou, le quartette de Benjamin Flament, le groupe de François Corneloup, et le trio DaDaDa de Roberto Negro.... sans Roberto Negro !


 

JEAN-MARC FOLTZ & PHILIPPE MOURATOGLOU «Legends of the Fall»

Jean-Marc Foltz (clarinette, clarinette basse), Philippe Mouratoglou (guitares, voix)

Nevers, Maison de la Culture, salle Jean Lauberty (petite salle), 14 novembre 2018, 12h15

 

Ce n'est pas «midi le juste» cher à Paul Valéry, c'est midi et quart, l'heure du concert, mais le recueillement est le même, et le paradoxe de Zénon («cruel Zénon ! Zénon d'ailée....» est à l'œuvre : comment le mouvement est-il une succession d'instants immobiles ? La réponse du duo est limpide : inspirées par le recueil de nouvelles de Jim Harrison (traduit en français sous le titre Légendes d'automne), ces musiques souvent plus que lentes, et tissées d'une infinité de nuances ténues, presque statiques, nous mettent en mouvement ; le mouvement de l'émotion ; bref elles nous émeuvent. Les compositions sont empruntées majoritairement au disque éponyme, enregistré en 2107. Philippe Mouratoglou opère par touches successives d'harmoniques extrêmement riches, très bien servies par la sonorisation, et la clarinette basse déploie sont chant, retenu et intense. On est au royaume de la nuance, comme composante de l'expression forte, et lyrique. Lyrique aussi sera cette pièce assez folky dédiée à Joni Mitchell, puis une composition extraite du nouveau CD «Nowaten», qui paraîtra deux jour après le concert : chaque note de guitare est comme sculptée, et les traits de clarinette sont autant de prières à une divinité de l'émoi. J'entends ici souffler l'esprit de Don't Explain, immortalisé par Billie Holiday autant que par Helen Merrill. La résolution harmonique est susurrée, comme une ultime confidence. Au retour de la clarinette basse, dans la pièce suivante, percera une certaine passion impétueuse, mais sans se départir jamais du Grand Art de la nuance. Suivra un espace d'improvisation modale évocatrice d'horizons infinis, et en fin de concert, avant et pour le rappel, la voix de Philippe Mouratoglou nous offrira deux blues de Robert Johnson que le duo avait enregistrés en 2012 avec le renfort de Bruno Chevillon : plasticité du timbre, beauté de l'expression, le guitariste est aussi un chanteur proche de la perfection. Et les clarinettes disent avec évidence la beauté d'un chant retenu autant qu'expressif. Comme une idée, dicible autant qu'il se peut, de la beauté.

Pendant l'émission Open Jazz où Alex Dutilh reçoit, en direct sur France Musique depuis le bar de la Maison de la Culture, Sophia Domancich, Michele Rabbia et François Corneloup, va commencer au théâtre, à quelques centaines de mètres de là, tout près du Palais Ducal, le concert du groupe de Benjamin Flament.

BENJAMIN FLAMENT «Farmers»

Benjamin Flament (percussions), Olivier Koudouno (violoncelle), Sylvain Chonier (guitare), Aloïs Benoit (trombone, euphonium)

Nevers, Théâtre municipal, 14 novembre 2018, 18h30

 

On connaît ici, et un peu partout en France, Benjamin Flament, un enfant du Pays nivernais révélé notamment, au vibraphone, au sein de l'ensemble Radiations 10, avec lequel il avait joué dans ce théâtre, avant sa fermeture pour travaux, voici une dizaine d'années. On le retrouve devant un set de percussions de sa fabrication, où la grosse caisse et d'autres éléments de batterie côtoient un ensemble de cloches, et autres objets mystérieux. En ouverture, un ostinato rythmique de l'euphonium débouchera sur un intermède ouvert des autres instruments, avant un retour du rythme via le trombone. Le rythme est ici prépondérant, mais pas métronomique : on oscille entre l'esprit des musiques répétitives états-uniennes et la roue excentrée, et excentrique, dont le mouvement hante parfois la musique baroque jusqu'au vertige. Le dialogue entre les instruments est vif, et presque permanent. Quelques minutes plus tard le violoncelle donnera, en pizzicato, une suite de notes qui paraissent surgies d'une partita de Bach. Rejoint par la guitare, les percussions, puis le trombone pour une mélodie mélancolique et une série de variations, le groupe nous entraîne ensuite dans une atmosphère qui rappelle Purcell. Après une entrée du groupe par effraction dans le thème suivant, comme dans une intro de King Crimson, les solos se déchaînent et se répondent. Dans ce répertoire inspiré par les chants pygmées, les fermiers tanzaniens et d'autres musiques issues d'un monde lointain, Benjamin Flament fait place à l'évocation d'un petit village de la campagne nivernaise : lente cérémonie lyrique, pleine d'intensité et de grâce. Vient ensuite un tumulte dans une énergie presque destroy : le rythme installé, avec une série de ruptures, le tromboniste se saisit d'une sorte de flûtiau ou de sifflet à coulisse qui emballe le rythme jusqu'au déchaînement, avant retour en accalmie de tous vers la coda. Et nous serons ainsi conduits jusqu'au terme du concert, de nuances lyriques en fracas, avec détour par l'esprit du rock progressif, et tout au long des rythmes saisissants, des couleurs inattendues, et des solistes d'une belle expressivité. Réussite totale donc, pour ce groupe auquel on peut promettre un bel épanouissement artistique.

 

«DADADA» sans Roberto Negro mais avec Manu Codjia

Émile Parisien (saxophone soprano), Manu Codjai (guitare), Michele Rabbia (batterie, électronique)

Nevers, Maison de la Culture, grande salle, 14 novembre 2018, 20h30

 

Le pianiste Roberto Negro, leader et compositeur du groupe, étant retenu en Italie par la naissance, la veille du concert, de sa fille Rossella, c'est Manu Codjia qui palliait son involontaire défection. Il faut dire que le guitariste est, depuis des années, un ami et complice musical d'Émile Parisien, autre pilier du trio, auquel incombait la lourde tâche de présenter le répertoire du leader, avec un humour décalé. Changement d'instrument, et de musicien, sur les mêmes compositions : la musique s'en trouve transformée, mais l'esprit demeure, qui mêle parfaite musicalité, audace, fantaisie et extrême intensité lyrique. Le saxophoniste est évidemment au premier plan quand il s'agit de s'envoler dans l'impro sans filet, jusqu'au vertige (et jusqu'à retomber sur le temps après mille pirouettes). Manu Codjia n'est pas en reste, qui tisse des arpèges et des harmonies proches de l'inouï derrière chaque soliste, sans s'interdire des éclats considérables quand l'espace s'offre à lui. Et Michele Rabbia, aux percussions comme à l'électronique, s'engouffre dans cet espace nouvellement inédit pour libérer sa verve, aussi turbulente que poétique. Bravo les g ars, Roberto sera fier de vous, et de l'amitié que vous lui avez témoignée en étant, en cette circonstance particulière, plus qu'à la hauteur de l'enjeu, en donnant un très très beau concert.

 

François Corneloup quintet pendant la balance

 

FRANÇOIS CORNELOUP QUINTET «Révolut!on»

François Corneloup (saxophone baryton, composition), Sophia Domancich (piano électrique), Simon Girard (trombone), Joachim Florent (guitare basse), Vincent Tortiller (batterie)

Nevers, Maison de la Culture, grande salle, 14 novembre 2018, 22h15

Un nouveau groupe, dont la primeur fut donnée à l'Europajazz du Mans en mai dernier. Et la suite d'une aventure qui continue, de concert en festival (Nantes, Jazz'Hum'Ah !, Berlin....). Musique sous influences multiples, en raison notamment de la présence au sein du groupe de trois jeunes musiciens, aux côtés de celui et celle qui sont des 'pointures' avérées de la scène hexagonale (et européenne) depuis quelques lustres. Musique très vivante, aux foucades bienvenues, au lyrisme vrai, qui va se déployer très ardemment, entre les improvisations cuivrées de Simon Girard, le foisonnement polyrythmique de Vincent Tortiller, la pulsation irrépressible de Joachim Florent, ce délicieux mélange de rage et de douceur propre à François Corneloup, et le parcours aventureux de Sophia Domancich, sur tempo lent comme dans les déboulés sur le fil. Bref une belle musique qui vous attrape et ne vous lâche plus, à déguster 'sur le vif', en attendant un disque à venir : pas de précipitation, c'est la vie de la scène qui porte un tel projet à son point idéal maturation.

Xavier Prévost

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Ce concert sera diffusé dans le 'Jazz Club' de France musique le samedi 17 novembre 2018 à 19h, puis disponible ensuite en ligne

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/francois-corneloup-quintet-a-nevers-66235

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 20:45

Label Arts et Spectacle 2018no
Aurore Voilqué (vl, chant), Angelo Debarre (guitare solo), Mathieu Chatelain (guitare rythmique), Claudius Dupont contrebasse


On avait laissé Aurore Voilqué avec plusieurs albums dans lesquels elle avait mis un peu en retrait ses talents de violoniste grapellienne pour se lancer dans une carriere de chanteuse, sans je dois l'avouer vraiment parvenir à (me) convaincre.

Mais voilà, alignement des astres, alignement des rencontres, magie de ces standards magnifiés, avec ce nouvel album le pari aux accents manouche est ici totalement réussi. Car il fallait à Aurore à la fois le repertoire à chanter mais aussi l'association à un guitariste de génie, de l'espace pour s'exprimer au violon et enfin retrouver l'âme du jazz manouche qui lui va si bien.
Son association avec Angelo Debarre est absolument bluffante ( l'ecouter sur cette version renversante de I'll never smile again où le guitariste par la voix (la voie ou la soie) de son instrument se fait lui même chanteur. Mais quel magicien de la six cordes ! (comme sur cet incroyable morceau de bravoure virtuose sur Chinatown). A chacun de ses chorus, chaque note porte en elle plus que la musique parce que chacune de ses notes est essentielle.
Et Aurore ? Elle lui emboite le pas sans complexe. Qu'elle soit au violon ou qu'elle chante elle même, tout se passe comme si elle se trouvait libérée, follement libre et heureuse ( my melancholy baby qui inspire tout sauf la melancolie). Lorsque Aurore chante qu'elle aime Paris au mois de mai, on a envie de la suivre dans les rues joyeuses dd la capitale et de regarder sa robe légère voler au vent. Et dans ses chorus là encore, toute l'expression de l'âme.
Entre Angelo Debarre et Aurore Voilqué c'est fusionnel.
Et avec nous ? Pas qu'un peu !
Jouissif.
Jean-Marc Gelin

 

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