Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:07

Brubeck-Dave-Digs-Disney.jpg

Vingt-cinq ans après, Dave Brubeck a rejoint au paradis des jazzmen son complice des années glorieuses, le saxophoniste Paul Desmond. Disparu le 5 décembre à Norwalk (Connecticut) la veille de ses 92 ans, le pianiste et compositeur restera à jamais célèbre pour l’alliance qu’il forma avec le saxophoniste alto au sein d’un quartette où officiaient également et élégamment le bassiste Gene Wright et le batteur Joe Morello.

Formé en 1951, le groupe accéda au succès grand public en 1959 avec deux compositions, Take Five (en 5/4) signé Desmond, et Blue Rondo A La Turk, de Brubeck.  Dès lors, le tandem du pianiste de formation classique,  élève de Schoenberg et Darius Milhaud, inventif dans ses compositions, et du saxophoniste alto au son aérien (Alain Gerber lui a consacré un ouvrage joliment et justement intitulé « Paul Desmond et le côté féminin du monde »), allait arpenter le globe, conquérant des amateurs bien au-delà de la sphère des jazzfan.

Photo-brubeck.jpg

La dissolution du quartette « historique » en 1967 n’allait pas marquer la fin de la coopération de Dave Brubeck avec Paul Desmond, les deux comparses se retrouvant en 1975 pour un enregistrement en duo (These Foolish Things).  Le pianiste californien natif de Concord devait reconstituer un quartette et poursuivre jusqu’à ces dernières semaines une activité professionnelle couronnée de nombreuses récompenses et d’hommages officiels (dont le National Music American Eagle Award en 1988). Le comique américain Mort Sahl fit un jour cette remarque : « Quand Foster Dulles (ndlr Secrétaire d’Etat) visite un pays, le Département d’Etat envoie le quartette de Dave Brubeck quelques semaines plus tard pour réparer les dégâts. »

Membre permanent du quartette de 1951 à 1967, le batteur Joe Mo

rello (décédé en 2011), très en verve dans les deux albums-phare du groupe Time Out et Time Further Out, rétorqua un jour aux critiques qui reprochaient à son patron de ne pas swinguer : « Il peut swinguer quand il veut, il ne joue pas comme tout le monde, ce qui est, je pense, admirable ».

 

Jean-Louis Lemarchand


Sélection discographique : Time Out, Time Further Out, Jazz Impressions of Japan, The Great Concerts (Ams

terdam, Copenhagen, Carnegie Hall), Gone With The Wind (Columbia).

 

 

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand
commenter cet article
6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 21:25

 

Ad Lib Production

www.jeanlucfillon.com

 fillon.png

Jean-Luc Fillon (dont la patronyme n’a rien à avoir avec le célèbre empêtré) est un garçon résolument gonflé. Et audacieux ! Non contant d’avoir apporté depuis quelques années et avec brio, la preuve que le hautbois (ou cor anglais if you prefer) n’était pas un instrument réservé aux baroqueux mais qu’il pouvait créer de nouvelles sonorités dans le jazz ( cf. son travail sublime sur Duke Ellington), non contant de se monter fort audacieux disais-je, Jean-Luc Fillon est aussi casse cou. Car il faut avoir une petite dose de folie pour oser s’engager dans une formule fort exigeante en duo Hautbois/Accordéon.

Et force est de constater que l’on ne peut manquer d’être impressionné par la qualité musicale de ce que ces deux-là proposent. Ça joue à haut, très haut niveau. En grande partie, la performance résulte de l’appropriation d’une écriture magnifique signée soit de l’accordéoniste, de Fillon lui-même mais aussi de Claude Barthélemy, Marcel Azzola, Hermeto Pascoal ou encore Peggy Stern. De ce matériau Jean-Luc Fillon en fait une musique buissonnière, heureuse, virevoltante, la robe légère et le sourire aux lèvres. Les deux hommes s’écoutent, s’entendent et se comprennent admirablement. L’énergie domine les échanges et la couleur du son, la pâte harmonique tirée du mariage du Hautbois et de l’accordéon est carrément convaincante.

Pour autant l’exercice impose un partage des tâches un peu unilatéral. Jean-Luc Fillon, en gourmand épicurien de la musique s’y jette à corps perdu dans des arrangements très serrés et denses où la répartition des rôles, un peu contrainte par le registre des instruments ( difficile en effet pour le hautbois de jouer les lignes de basse) est du coup un peu unilatérale confiant aux sinuosités du hautbois les lignes mélodiques et les improvisations (exceptionnelles) et à l’accordéon la chaleur des harmonies et la ponctuation rythmique.

Mais la musique est belle. C’est une musique qui danse. Une musique emplie d’humanité et de fraternité. De ce duo où dominent l’écoute et le partage, le résultat est beau. Juste beau. Et se déguste sans modération.

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 21:56


Michel-BUTOR-et-Marc-COPLAND--Le-long-de-la-plage.jpgVision Fugitive

« Ce qui noud attend là bas…pour pouvoir apprivoiser les soupirs du monde entier »
La genèse de ce court album de miniatures exquises, lues à voix haute par Michel Butor ( 87 ans) d’une voix claire et nette, sans modulations, accompagné du son cristallin du piano de Marc Copland,  vient d’une rencontre improbable, rêvée et désormais effective, entre l’écrivain français, grand voyageur, auteur entre autres de La Modification, chantre du Nouveau Roman et le pianiste américain Marc Copland.
Michel Butor a développé une « écriture nomade »,  toujours multiplié les œuvres réalisées avec des artistes contemporains, inventé de nouvelles formes textuelles au gré de ses innombrables voyages.  Son projet littéraire était de changer le monde par un travail sur le langage, avec des poèmes semi réguliers, ne respectant pas les règles de la prosodie classique,  de tracer des « idéogrammes sonores sur la page de l’attente». Il a ainsi abandonné le roman depuis cinquante ans.  Et la musique dans sa vie ?  Michel Butor est un amoureux du jazz qu’il a découvert à la Libération, quand chaque semaine parvenaient les nouveautés américaines : Monk, Parker, Gillespie.
Visiter l’espace butorien en musique, on se doute que cette expérience ne pouvait que l’enchanter et exciter son inlassable curiosité : l’écrivain et le poète s’apprivoisèrent lors d’une séance unique dans le studio magique de La Buissonne, s’écoutant et se répondant l’un l’autre, inversant leur rôle, interchangeables en quelque sorte. A chaque étape, le texte de Michel Butor fait entendre la voix d’un autre poète, musicien, une petite musique obsédante, hypnotique, minimaliste et intime. Une ballade tendue vers une paix intérieure : « le temps reste ouvert, il y aura toujours à inventer», en marchant le long de la plage.  


Comme sur une carte ou un globe terrestre
« Un Gênois obstiné, obsédé par Marco Polo, parti pour le Japon, empêché par l’ Amérique.» 
Michel Butor mêle la plus triviale réalité à l’histoire et géographie de notre pays,  dresse la cartographie d’une œuvre toujours en mouvement. Avec ce sens du réel, ou réalisme poétique, il déroule le fil de son écheveau poétique, de ses pensées égrenées simplement, sans accentuation, dans une « platitude» voulue, une invention d’écriture qui devient poésie du quotidien. La musique est là,  roulant d’un mouvement imperceptible jusqu’à ce que la vague jaillisse. « Sur le clavier de l’histoire, les arpèges apprivoisent les accords dilapidés, défont les ronds du progrès...pour changer notre savoir.»

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 21:27

 

Antoine Hervé (p, fder, synthés), Véronique Wilmart ( acousmatique, ordi), Philippe « Pipon » Garcia (dm), Jean-Charles Richard (ss, bs)

www.antoineherve.com

 antoine-herve.jpg

Ceux qui sont familiarisés avec l'univers d'Antoine Hervé, ceux qui ont suivi ces magnifiques leçons de jazz ( Keith Jarrett, Oscar Peterson, Wayne SHorter etc....) ou encore ceux qui ont  à l'oreille " Mozart la Nuit" vont être sacrément surpris des univers qu'explore le pianiste avec cette formation " Pierrre et Marie Tuerie". Car ce que propose Antoine Hervé est en réalité une sorte d'expérience de laboratoire où la musique se confond avec l'architecture d'un paysage sonore. La musique et le son etant les deux ingrédients principaux du cocktail. Antoine Hervé , en blouse blanche joue alors avec les alambics de la musique, organise cet espace en nous laissant déranger par des sons parasites qui viennent déstabiliser notre confort d'auditeur trop avide de repères ( Parallèles). Cela peut alors être le son de boules de métal qui s'entrechoquent, le bruit de l'eau ou encore des effets électroniques totalement décalés rompant la linéarité d'un discours musical pour le coup, hors formatage. On jurerait même qu'Antoine Hervé joue aussi le parasitage facétieux avec un brin d'humour décalé (Les Triplettes de Barbès).

Et dans cet espace, Jean-Charles Richard, absolument impérial , vient décocher ses flèches, dessiner ses

arabesques avec une puiss ance et une énergie redoutables. Le saxophoniste qui vient, à juste titre de remporter le prix Charles Cros s'impose en effet de plus en plus comme l'un des grands maîtres du soprano qu'il marie judicieusement au baryton passant ainsi de l'aigu au grave avec la même maîtrise et la même expressivité.

Dans ce développement foisonnant et riche, c'est comme une dramaturgie qui se déroule à pas comptés. On entre alors dans un univers passionnant et quasi fantasmagorique (Reflets), du domaine de l'onirisme. Univers fascinant et fort où chaque membre du quartet contribue à la poétique de l'ensemble. Ainsi, lorsque l'on est immergé dans une sorte de ruche bourdonnante (Multitudes). Mais la musique est aussi organique comme sur Canal Saint Martin où une fois encore on apprécie le travail central, créatif et imaginatif de  Véronique Wilmart au laptop, véritable axe majeur de l'album. Sur Tag l’on entre dans un morceau plus Shorterien ce qui n'est pas très étonnant si l'on en juge par le beau travail qu'avaient fait, dans une des leçons de jazz, Antoine Hervé et JC Richard autour de l'oeuvre du saxophoniste.

Album très puissant on l'a dit, très intense aussi dans ce qu'il exprime. Peut-on parler, sans que cela ne paraisse creux, de densité poétique pour dire aussi, combien ce voyage imaginaire parle aux pieds, autant qu’aux tripes et à la tête. Jusqu'à ce Transe n' dance, vision dynamique de la musique qui s'emporte dans un grand moment de transe collective appuyé par la pulse tellurique de JC Richard au baryton.

Il y a  dans cet album quelque chose de parfois dérangeant ( comme Monk lorsqu'il dérangeait le confort d'un public assagi) et qui nous impose d'écouter la musique autrement, en démultipliant l'écoute. La musique d'Antoine Hervé véhicule des sentiments essentiels en recourant à une multitude des détails. Ce sont ces détails qu'il faut découvrir à chaque écoute.

Passionnant.

Jean-marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin
commenter cet article
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:43


Jon-Hendricks-singing-at-the-Duc-des-Lombards-120212.jpg« It’s from hard work that you find the joy because then, you leave a part of you inside ».

Ce sont ces mots que Jon Hendricks m’a adressés à 1h30 du matin sur le perron du Duc des Lombards, vêtu d’un magnifique manteau gris à fins carreaux, avant d’être happé par son taxi !
Silence dans mon cœur…

Jon Hendricks est un arbre…
Cet arbre donne naissance à des branches qui donnent elles-mêmes d’autres branches...jusqu’à l’infini.
Tel est l’image que l’on peut lui donner.
Car Jon Hendricks est un « père créateur» à de multiples égards.

 

Photo - Yael Angel

 

Il est tout d’abord l’initiateur du Vocalese, un style de chant qui utilise la voix comme un « instrument parlé » lui  permettant de chanter avec des paroles des mélodies et des improvisations à l’origine purement instrumentales. C’est avec le trio Lambert, Hendricks & Ross qu’il portera ce style à travers le monde et à son sommet. Il a ainsi inspiré toute une génération de vocalistes (dont Kurt Elling, Mark Murphy, les Manhattan Transfer, les New York Voices, Bobby Mc Ferrin, Al Jarreau et bien sur d’innombrables autres chanteurs qui marchent sur ses traces, dont l’auteure de cette chronique).

Il est encore un parolier prolixe grâce auquel nombre de mélodies sont entrées dans le répertoire du jazz vocal. Qui se douterait que des morceaux tels que (et entre autres) « I remember Clifford » de Benny Golson, « I mean You », « In Walked Bud » et « Reflections » de Thelonious Monk, « Four »  de Miles Davis ou « Moanin’ » de Bobby Timmons lui doivent de pouvoir être chantés ?

Il est enfin le piler d’une grande famille à laquelle il a transmis l’amour de la scène et du chant et nous en avons eu la preuve éclatante lors de ce concert du 2 décembre 2012.

C’est en effet entouré de ses deux filles chanteuses Michele et Aria, mais également de deux de ses petits-enfants d’environ 6 et 10 ans que « la grande famille Hendricks » est montée sur la scène du Duc, accompagnée par Bruno Rousselet à la contrebasse, Philippe Soirat à la batterie, Olivier Temime au saxophone Ténor et Arnaud Mattei au Piano. Chacun avait sa place, et l’on sentait bien que chacun jouissait d’une entière liberté d’expression à ses côtés.

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

 

 

Ce géant du jazz vocal a aujourd’hui 91 ans. Il n’a toutefois rien perdu de sa superbe. Elégant à souhait mais naturel comme il l’a toujours été, jovial, fraternel avec chacun, il dégageait une douceur et une bonté qui à elles seules remplissaient les cœurs, avant même qu’il ait chanté.

Avec Michele et Aria, Jon Hendricks a égrené plusieurs de ses arrangements et lyrics : notamment « Come on Home » et « Doodlin’ » d’Horace Silver, « One O’Clock Jump » de Count Basie, « Four » de Miles Davis, et « Everybody’s Boppin’» de sa plume.

Michele Hendricks a particulièrement brillé de son talent. Musicienne accomplie, elle a même chanté avec humour une improvisation où ses cordes vocales se sont métamorphosées en cordes de contrebasse jusqu’au petit « ping » aigü et sonore du bas des cordes.

Et en cela, elle honorait certainement la transmission de son père qui lui, opta pour un instrument à vent plus proche de la voix. Sur « Every Time They Play This Song » une grande surprise nous attendait : Jon Hendricks s’est dirigé vers Philippe Soirat, s’est saisi d’une de ses baguettes et, la plaçant comme une flûte traversière sous ses lèvres et en en mimant le jeu avec ses doigts, se mit à siffler un chorus….Grâce ultime de ce souffle qu’il maîtrise toujours et qui montre combien grande est sa connaissance de la voix et de la musique pour parvenir à réaliser cet exercice à l’âge qu’il a.

 

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

Cet homme qui a tant donné au jazz chantait comme s’il avait 20 ans, toujours avec un sourire angélique aux lèvres, toujours avec une énergie incroyable, toujours avec une passion qui l’aurait fait rester sur scène la nuit entière si ce n’était la vigilance bienveillante de son épouse après l’heure de minuit…

Un concert euphorisant, où l’on « apprend », non seulement à un niveau musical mais aussi et surtout à un niveau humain. Inoubliable.


Yaël Angel

Repost 0
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:29

ROBERTO FONSECA

BY HÉLÈNE POISSON

 

 

Roberto FONSECA, Ramsès, percussioniste 2012-1

Repost 0
Published by Helene Poisson
commenter cet article
28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:22

 

Billie Holiday, spectacle de Viktor Lazlo

 

bholidaie jll


Dire que Viktor Lazlo est fan de Billie Holiday, c’est un euphémisme. La chanteuse lui consacre simultanément un récit romancé d’une grande subtilité et un spectacle musical d’une sobriété forte. Sur scène, Viktor Lazlo campe une Billie Holiday avec véracité sans céder à la caricature de la femme torturée ou à la facilité du pathos. Proposant un récit de sa vie par petites touches, elle offre surtout un récital de vingt titres parmi les plus notables de « Lady Day », de Love For Sale  à  My Man  où elle dévoile une belle sensibilité.
Chanteuse qui a emprunté son nom d’artiste au héros résistant de Casablanca, Viktor Lazlo fait passer un vent d’émotion dans l’emblématique Strange Fruit, chanson engagée s’il en est contre le racisme anti-noir. Présente en permanence par ses chansons, Billie Holiday s’invite un moment pour un duo virtuel avec Viktor Lazlo sur Georgia On My Mind, exercice osé mais apprécié par le public ce mardi soir. Un quartette – Michel Bisceglia, piano et direction musicale, Werner Lauscer, basse, Marc Lehan, batterie, Nicolas Kummert, saxophone ténor- assure un accompagnement aussi efficace que discret. Mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt, ce spectacle musical permet, en une petite heure, de brosser un portrait fidèle -femme blessée et positive- de Billie Holiday. Et-ce qui n’est pas le moindre- de rappeler à qui l’aurait oublié les qualités de chanteuse et d’actrice de Viktor Lazlo qui se met avec générosité au service d’une chanteuse de légende.
Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

bholidaie_jll2.jpgThéâtre Rive Gauche, rue de la Gaîté. 75014.

locations : 0143353231.

Jusqu’au 17 janvier 2013 du mardi au dimanche à 19 h.
A lire « My Name is Billie Holiday ». Viktor Lazlo. Editions Albin Michel. (octobre 2012).

 

Repost 0
Published by Jean-louis lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 15:26

 

Attention nouveau label

01_visions_fugitives0.jpgJean Marc Foltz / Stephan Oliva

VISIONS FUGITIVES

Vision fugitive 2012


A tout seigneur...
Commençons  par le premier opus Visions fugitives  qui a d’ailleurs donné le nom à ce nouveau label qui lance aujourd’hui son premier triptyque. Jean Marc Foltz  pensait depuis quelque temps déjà, avec deux autres amis, le guitariste Philippe Mouratoglou et bien évidemment Philippe Ghielmetti (ex Sketch) à créer un nouveau label, leur objectif étant de réunir différents points de vue sur la musique et surtout de donner vie à des disques, malgré la crise actuelle de ce support liée à la suprématie d’ internet. Avec comme volonté annoncée, programmer un projet annuel  géré par une équipe distincte et indépendante.
C’est le long compagnonnage de Stephan Oliva avec Jean Marc Foltz qui a donné au clarinettiste l’envie de créer ce premier titre Visions fugitives, tiré d’une œuvre de Prokofiev qui a inspiré le duo et que joue au début du disque le pianiste seul. Voilà une trame simple, sublimée en un récit ( c’est le titre d’une composition du clarinettiste) ou un récital efficace par son dépouillement et sa limpidité.
 Quand on connaît les goûts, la formation, les parcours respectifs du clarinettiste et du pianiste -on se souvient entre autre, de leur projet ambitieux  Soffio di Scelsi-  rien de moins surprenant que cet album qui résume leur approche singulièrement riche.  Les « Visions Fugitives » de Foltz et Oliva tournent autour de compositeurs classiques comme Serge Prokofiev, Witold Lutoslawski, Francis Poulenc, Alban Berg, Johannes Brahms. Pour le jazz, ils se réfèrent à une autre icône, John Coltrane. Mais ils n’oublient pas d’ inclure leurs propres compositions et aussi leurs improvisations collectives. Vaste et beau programme, car  tous deux sont interprètes, compositeurs, improvisateurs, des artistes complets et « versatiles » au beau sens anglo-saxon du terme. S’ils se sont fait plaisir, ils tendent à abolir la différence entre écrit, partition et improvisation. Ce sont des musiciens érudits et nul besoin d’aller comparer avec une autre version classique pour la splendide « Romanza » de la Sonate pour piano et clarinette » de Francis Poulenc. C’est la patte (si j’ose dire)  olivesque  et le souffle foltzien qui font la différence, dans cette interprétation (au sens classique ) d’une partition dont ils savent traduire les différentes nuances, provenant de leur propre sensibilité ou de la musique même.
Pour les deux titres de Coltrane, il est facile de voir quelle est leur propre vision de « Naïma » (un des grands tubes de Coltrane) et de « Lonnie’s Lament » qui clôt l’album. Un Naïma « revisité », impressionnant de fragilité, une flamme vacillante que le souffle- pourtant puissant - de Foltz réduit à volonté. En jouant sur l’étirement du temps et des notes, ils parviennent à faire jaillir des images persistantes. L’émotion affleure vite, le mystère est entretenu et la tension palpable. Quant aux propres compositions des deux amis et à leurs deux « Variations » sur Berg, improvisées, le plaisir est  vif, d’autant plus immédiat que  la cohérence est totale. Est-ce le talent, le résultat d’une sélection pertinente qui rendent ces quatorze pièces, formidables à écouter d’un trait, dans cette interprétation classieuse ? Un travail délicat et soigné que devrait écouter chaque programmateur, avant d’inclure dans sa ligne future, les confidences soufflées par ces deux musiciens. Allez-les écouter en live car ils ont le mérite de résumer tous les univers à une époque difficile et souvent sectaire de chapelles et de groupuscules hautains. Leur formidable éclectisme ne peut en aucun cas les desservir, car ils n’hésitent jamais à enfreindre les bornes, à franchir les limites, à jouer dans les marges  pour notre plus grand plaisir et notre « éducation ». Ouverture à l’ au-delà de la musique dont ces gardiens de l’éphèmère ont le secret.
Sophie Chambon

 

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 23:21

 

SURREALITY

Enja 2012

Dave Liebman (ss, ts), Lewis Porter (p), Brad Jones (cb), Chad Taylor (dms) + Marc Ribot ()

surreality.jpg

 

QUEST : " Circular Dreaming ; Quest plays the misic of MIle's 60s"

Enja 2012

Dave Liebman (ss, ts) Richie Beirach (p), Ron Mc Lure (cb), Billy Hart (dms)

quest.jpeg

 


Deux albums qui sortent coup sur coup chez Enja nous donnent l'occasion de mesurer à nouveau, si besoin en était, à quels sommets se perche aujourd’hui le saxophoniste Dave Liebman qui jamais n'a paru aussi exceptionnel. Force de la nature s'il en est, Dave Liebman  qui est déjà le maître incontesté du soprano, revient de plus en plus au ténor où il montre sur ce registre-là aussi qu'il est bien l'un des plus grand saxophoniste actuel.

Dave Liebman n'en finit plus de gravir  des sommets connus comme dans le cas de Quest, groupe mythique crée il y a 30 ans qui entreprend de reprendre les thèmes milesien des 60's ou moins connus comme avec cette formation totalement inédite qui associe le saxophoniste à une combo de luxe regroupant Lewis Porter, Chad Taylor, Brad Jones et Marc Ribot.
Dans ce dernier album aux influences éclectiques les compositions de Lewis Porter et celles de Dave Liebman côtoient  de magnifiques reprises de Ornette Coleman-Pat Metheny, d'Albert Ayler ou encore de John Coltrane. Le jazz y est à fleur de peau, inspiré, fort, puissant ou au contraire flottant comme sur ce beau Untitled free ballad #1 où l'on croit assister au déplacement lent d'un mobile suspendu dans les airs. Magique. S'affranchissant d'une ligne réductrice Dave Liebman s'appuie ( et c'est inédit) sur un grand Marc Ribot qui vient tirer quelques thèmes de leur ancrage free pour les emmener vers des contrées plus rock ou blues. Sur le célèbre Trigonometry ( tiré du cultissime Song X) Marc Ribot se garde bien de singer les impros de Metheny alors que sur ce thème magnifique d'Albert Ayler ( Omega is the alpha) le guitariste s'empare de la rage du saxophoniste de Cleveland pour livrer avec Chad Taylor à la batterie, une passe d'armes âpre et engagée avant que Dave Liebman, avec un son énorme et râpeux ne prolonge le cri Aylerien de Holly Ghost. On le répète ici, au-delà des clichés coltraniens auxquels Liebman est attaché, le saxophoniste laisse émerger la puissance de son expression au ténor avec une passion jamais démentie. Comme si le son partait des entrailles pour expulser l'âme par le pavillon de son instrument. Et il n'y a pas lieu ici de faire la fine bouche. Car Dave Liebman, bien qu'il livre sa propre vision de la musique au travers de ses compositions, ne cherche pas à réinventer le jazz  comme beaucoup de ses contemporains cherchent (trop) souvent à le  faire.
Et c'est ainsi que depuis près de 30 ans, disques après disques, le groupe Quest avec Liebman, Richie Beirach, Ron Mc Lure et Billy Hart continue de tracer son sillon et de défricher les terres fécondes de ce jazz qui, avec et après Coltrane a écrit parmi les plus belles pages de cette musique. Il était donc logique que Quest rende un hommage à la fois à Wayne Shorter, l'autre modèle de Liebman mais dans le même mouvement à l'un des plus beau quintet de jazz, celui de Miles. Cependant le groupe sait s'affranchir de ce modèle pour remettre au coeur du modal, le swing et le groove auquel Ron Mc Lure et Billy hart ne sont pas étrangers. L’essentiel de l'album est tiré de thèmes mythiques de Wayne Shorter, comme Nefertiti, Footprints ou ce Pinocchio bâti sur un système hard bop complexe de progressions harmoniques ou encore un superbe Prince of darknesstiré de l'album de Davis « Sorcerer ». Dave Liebman est à nouveau étincelant. Avec lui, véritable force de la nature, c'est comme si son énergie et sa puissance irriguaient tout, emportaient tout. Le saxophoniste, qui fut atteint de la polio dans sa jeunesse , donne tous les jours des leçons de vie. Sa reprise de Footprints est un modèle du genre.Tout comme celle de Hand Jiveoù Liebman au soprano décoche ses flèches droites et précises se frayant son chemin entre le drive de Billy Hart et la pulse de Ron Mc Lure.
Et lorsque l’on écoute ces deux albums à la suite, inscrits tous deux dans la continuité du travail du génial saxophoniste, l'on ne se peut s’empêcher de constater que Dave Liebman ne franchit pas de nouveaux sommets, il y campe tout simplement. Incontestablement.

Jean-Marc Gelin

 

 



A lire : l'autobiographie de Dave Liebman sous forme d'entretiens conduits par le pianiste Lewis Porter : " What it is : the life of a jazz artist".
Nous vous en reparlerons bientôt dans ces colonnes......
et pourquoi pas une interview du maître ?

Repost 0
Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Chroniques CD
commenter cet article
23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 22:41

 

Fresh sound New talent 2012

Frédéric Borey (ts, ss), Inbar Fridman (g), Camelia BenNaceur (p), Nolwenn Leizour (b), Stefano Lucchini (dm) + Yoann Loustalot ( tp) et Mickael Balkue (tb) 

 Borey-Frederic_TheOption_w001.jpg

Si le père noël n’a pas encore mis le dernier album de Frédéric Borey dans sa hotte, c’est que soit il est nul soit il n’y connaît rien au jazz ( ce qui avouons-le est une hypothèse hautement improbable). Mais finalement, comme on est jamais mieux servi que par soi-même, je ne saurai que trop vous recommander de filer, en loucedé vous procurer « The Option », dernier opus ( son 5ème) de ce saxophoniste bien inspiré. On ne sait jamais, le vieux barbu pourrait avoir de ces criminelles absences……

Qu’il joue en petit combo avec sa garde rapprochée (qu’on retrouvait dans « Lines » paru l’an dernier - http://www.lesdnj.com/article-frederic-borey-lines-73936174.html) ou qu’il écrive (magnifiquement bien d’ailleurs) pour une formation élargie, Frédéric Borey affiche la même classe et la même décontraction des grands sax ténor. Il faut entendre cette nonchalance du phrasé, cette souplesse dans la façon de dire et cette pointe de dandysme sur The Tightrope walker. L’élégance naturelle dans le jeu de Fréderic Borey le porte à passer du ténor à l’alto avec la même légèreté, un peu comme un sax de la west coast. Ce garçon, on l’a dit sait manier l’écriture bien léchée, harmoniquement riche comme sur ce Earth Complains où Yoann Loustalot et Mickael Balkue se joignent au quintet. C’est limite académique mais ça fonctionne diablement bien. Dans le même temps, Fréderic Borey joue avec un groove terrible, comme pris sur le vif. On se croirait au « Smalls » à New York où il pourrait facilement croiser le fer avec un JD Allen par exemple. Avec ce phrasé à la fois souple et puissant, Borey est comme un acrobate de haut vol, d’une précision rythmique toute naturelle. Et comme ce dandy n’est pas ennemi du bon savoir vivre, on ne s’étonne pas de le voir ici fort bien accompagné avec une rythmique qui donne envie.

Frédéric Borey s’inscrit dans une ligne straight et assez classique, où le funk et le bop sont des choses du passé bien assimilées. Sans regarder vers quelques ersatz ( on est ici totalement acoustique), il cultive un jardin dans lequel on trouve facilement les repères d’un jazz de bon aloi, un jazz qui groove et qui balance, un jazz qui fait du bien par où il passe. Un jazz terriblement efficace.

Jean-Marc Gelin


Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article