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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 22:55

Les Disques de Lily 2016
Pierre Durand (g), Hugues Mayot (ts), Guido Zorn (cb), Joe Quitke (dms)

Distr. par Absilone

http://www.lesdisquesdelily.fr


Nous nous étions enthousiasmés en 2012 pour le 1er chapitre de Pierre Durand qu’il ouvrait, en solo chez le tout jeune label de Jérôme Gransac (http://www.lesdnj.com/article-pierre-durand-chapter-one-nola-improvisations-111479928.html). Il s’agissait alors d’un petit chef d’oeuvre iconoclaste.
4 ans après ce coup de maître, le guitariste revient pour un coup de génie dans le format plus classique du quartet. Avec toujours le même élan et toujours la même difficulté pour le chroniqueur d’en parler tant il sort des sentiers battus.
Ici Pierre Durand se lance dans une sorte d’exploration très personnelle du jazz et de ses racines. Avec une sorte de vision vernaculaire et un soupçon de chamanisme il y a, dans son approche une volonté de jeter des ponts entre un jazz ancré dans la terre et ses dérivés plus modernes, plus occidentaux. Cet album, c’est le blues et c’est l’esprit.
Avec une écriture magnifique et un sens consommé des arrangements, on navigue alors entre chiens et loups, sur une musique qui puise au coeur des territoires indiens, qui plonge dans une Nouvelle Orléans de carnaval animiste, qui traverse le rock Hendrixien autant que les rivages d’un blues très gras. Et pour l’occasion le guitariste s’entoure magnifiquement.
A l’expression virile et parfois rageuse d’Hugues Mayot répond le lyrisme et le sens mélodique de Pierre Durand qui emprunte toujours les routes les moins évidentes , les plus sinueuses et les plus belles aussi. A l'entednre on pense à John Scofield à Bill Frisell et même à Ralph Towner.

Quand à la rythmique, elle ancre le groove de bien fine manière entre procession de carnaval et riffs traînants.

Au final cet album possède un charme magique et envoutant qui séduit autant qu’il déroute. Qui intrigue autant qu’il emporte. Et le maître de ce sortilège, Pierre Durand est définitivement un griot du jazz.
Jean-Marc Gelin

 

Pierre Durand présentera Libertad à Paris au Sunside le 30 novembre

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 20:05
Itamar Borochov : " Boomerang"

Itamar Borochov : " Boomerang"
Laborie Jazz 2016
Itamar Borochov (tp), Michael Kinf-g (p), Avri Borochov (cb, oud), Jay Sawyer (dms)


Voici donc venue la toute nouvelle découverte de Jean-Michel Leygonie qui poursuit son travail de chercheur d’or. Une pépite donc qui nous arrive tout droit telle une comète venue d'une planète où le jazz règne en maître. Une pépite qui pour son premier album le place sur des orbites où gravitent aujourd'hui des trompettiste de la trempe d'Ambrose Akinmusire, d'Avishai Cohen ou de Jeremy Pelt. Enr bref , un talent immense.
Et le pire c’est que c’est presque par hasard que le Directeur du label a mis la main sur ce trompettiste qui un jour à Jazzahead lui remit un CD , à tout hasard. Et le hasard fit bien les choses puisque de Brême à Limoges, Jean-Michel Leygonie se passa en boucle cet album onze heures durant, peinant à conduire tant l’émotion le submergeait.

Il faut dire qu’Itamar Borochov n’affiche pas seulement la beauté et l'élégance dans sa façon d'être mais aussi et surtout dans sa manière de jouer. A t-on entendu récemment un trompettiste de cette envergure qui apporte dans son jeu autant de force et d’expressivité ?

Soulful !


Ses phrases déchirent le ciel comme des moments d'embrasement et des zébrures divines. Lorsqu'il joue, le jeune trompettiste israélien (qui vit à New-York ) y met une âme qui vous emporte et peut soit vous renverser cul par terre ou bien vous bouleverser à en pleurer.
Pour l'occasion Itamar Borochov est magnifiquement accompagné par une rythmique qui semble comprendre ce qui se joue là : Une page essentielle entre hard bop et tradition venue d'orient. En fusion. Et à ce jeu-là Michael King au piano sert son sujet avec brio

Itamar Borochov brille de mille feux. De ce genre de feux sacrés qui relèvent d’un séculaire secret transporté par Louis, Miles, Clifford et Freddy…. jusqu'à lui.
Exceptionnel !
Jean-Marc Gelin

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 22:13
LAURENT COURTHALIAC + 7 : «  All my life, a tribute to Woody Allen »

LAURENT COURTHALIAC + 7 : « All my life, a tribute to Woody Allen »
Laurent Courthaliac (p, arrgts), Bastien Ballaz (tb), Dimitry Baevsky (as), David Sauzay (ts), Xavier Richardeau (bs), Clovis Nicolas (cb), Pete Van Nostrand (dms)
Jazz & People 2016


Voilà un petit bonbon à mettre dans votre assiette. Déjà, rien qu’avec l’appel du pied ( l’hommage à Woody Allen) vous savez que vous allez traîner vos oreilles du côté de Broadway et de ses compositeurs mythiques en flânant en passage dans les rues de Manhattan par un soir de line printanière.
Pour cette occasion le pianiste Laurent Courthaliac a réuni une superbe formation qui, bien qu’il ne s’agisse que d’un octet sonne néanmoins comme un vrai big band et semble se faire un plaisir immense à jouer sur des arrangements classieux un musique à faire gémir de plaisir les amateurs de jazz qui reconnaîtrons bien sûr tout ces standards joués dans une pure veine mainstream ( But not for me, Embaceable you, Strike up the band , Just you just me etc….).
C’est si soyeux et si caressant qu’on imagine ce seven stars dans des smoking, noeud pap’ autour du cou façon grand orchestre. Embraceable you a des airs de Count Basie alors que Just you just me sonne comme chez Stan Kenton.
Dans cet hommage à Woddy Allen on reconnaît certains thèmes qui émaillent les films du réalisateur ( « Ev’ryone says I love you ») et d’autres qui bien sûr manquent à l’appel comme ce merveilleux I’m thru with love que personnellement j’aurai aimé retrouver ici (<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/mSCKujA-D84" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>).

C’est du pur plaisir de bout en bout. C’est un truc à le passer en boucle toute la journée parce que ça joue terrible, parce que c’est classe et parce que c’est léger, parce qu’il porte avec lui toutes les bandes sons de cet univers de Woody Allen qui, au travers des rues de New-York, en passant devant les théâtres de Broadway ou sur les rives de Manhattan donne à ce jazz- là son caractère intemporel.
Yeah man !
Jean-Marc Gelin

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 18:54
SHIRLEY HORN « Live at the 4 Queens »

Shirley Horn (voix & piano)

Charles Ables (guitare basse)

Steve Williams (batterie)

Las Vegas, 2 mai 1988

Resonance Records / Socadisc

Miles Davis l'admirait, depuis les années 60 (et Miles était plutôt économe de ses admirations....). Il lui accorda même le privilège de sa présence (rarissime) comme sideman sur le disque « You Won't Forget Me » (Verve, 1990). Quoi d'étonnant : il y a chez elle cette retenue, ce placement rythmique funambule, que l'on trouve aussi chez le trompettiste. Et cela dans le chant comme dans l'accompagnement qu'elle se donne au piano. A la fin de sa vie, quand immobilisée sur un fauteuil roulant elle cédait le clavier à un (bon) pianiste, cela sautait aux oreilles, surtout quand au rappel elle quittait son fauteuil pour se faire porter sur la banquette du piano : elle s'accompagnait comme personne !

Avec cet inédit, capté au Four Queens Hotel de Las Vegas, elle nous revient en majesté rétrospective. L'année précédente elle a gravé deux disques, dont un en public (« I Thought About You ») ; et quelques mois plus tard elle enregistrera « Close Enough For Love ». Et comme toujours le répertoire se renouvelle. Après un premier instrumental (Hi-Fly, de Randy Weston), un peu altéré par une prise de son médiocre, voici You'd Be So Nice toCome Home To, swing en douceur et nuances de la voix, voix qui souffre encore un peu de la restitution sonore, laquelle heureusement va s'améliorer au fil des plages. L'interprétation est d'une grande liberté, accentuée encore par la pertinence de l'accompagnement. Régal assuré tout au long de l'album. Encore un instrumental sur Isn't It Romantic, qu'elle avait déjà enregistré en 1987, un Lover Man qui donne le frisson, tout comme Just For a Thrill (qu'elle reprendra en 1993 dans son hommage à Ray Charles). Et elle conclut au piano sur un blues d'Oscar Peterson. La publication de ce concert est assurément une bonne nouvelle pour ceux qui aiment Shirley Horn, et pour ceux qui devraient se hâter de la découvrir pour l'aimer. En plus, le livret recèle une foule de témoignages de ses producteurs, partenaires et collègues, dont Sheila Jordan.

Xavier Prévost

Des infos sur Vimeo

https://vimeo.com/183150689

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:04
L’OEUF : «  Petits plats pour grand ensemble »

L’OEUF : « Petits plats pour grand ensemble »
http://www.inouiedistribution.org
http://www.loeufbigband.fr/accueil_OEUF.html

Forcément lorsque l’on vient de la cité des gaules et que l’on a grandit en plein coeur de Lyon, l’art culinaire ça vous est comme qui dirait, une seconde nature. Et quand on fait du jazz…. aussi.

Mettre les petits plats dans les grands (ensembles), voilà bien le menu que propose ce superbe big band Lyonnais pour un nouvel album au menu plus qu’alléchant. Jugez-en par la carte : Mise en embouchure, velouténor au bugle forestier, salade de croches, cuisses de coulisses, trois pâtes et un canard, filet de sol et baryton mayonnaise et pour finir, douceur du jour.
Et surtout au menu plus que complet. Car mes amis, si vous vous asseyez à leur table vous pourrez tout gouter à satiété : du swing, du groove, du funk, de la musique avec tout plein de tiroirs à ouvrir. Les cuivres et l’électrique fondent en bouche. Des saveurs oubliées vous reviennent avec l’apparition d’un banjo et la musique festoie sur un gros funk un peu crade. Dans leur cuisine tout le monde joue ensemble, circule, les uns passant devant les autres dans des contre-chants superbes alors qu’à certain fourneaux (pupitres) ils travaillent à l’unisson avec l’attention au liant que l’on apporte aux meilleurs sauces. Le plus toqué c’est Pierre Baldy-Moulinier véritable orfèvre en surprises qui éclatent non pas en bouche mais derrière vos ouïes. Une musique qui évite les pièges d’une fade linéarité pour offrir des goûts et des arrière-goûts et tout plein de surprise cachées dans cette cuisine légère et souple qui parfois vous bouscule même un peu. Avec un zeste de Mingus et un pincée de Thad Jones en voilà un qui sait relever ses plats.
Et voilà un big band où les cuivres laissent entendre le piano et la guitare dans un fourmillement constant et toujours surprenant. Et je peux vous dire que si vous entrez dans leur restaurant vous ne pourrez pas y être mieux servis. 18 musiciens de grande classe (mais pas du tout pompeux ni pompants) et quelques solistes de haute volée y font monter les sauces.
Asseyez vous à leur table, fermez les yeux et dégustez et surtout ne vous inquiétez de rien, ils s’occupent de tout ! Pour le plus grand plaisir de vos sens éveillés.
Jean-Marc Gelin

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 21:02
DHAFER YOUSSEF : «  Diwan of beauty and odd »

DHAFER YOUSSEF : « Divan of beauty and odd »
Okeh 2016
Dafer Youssef (Oud, vc), Aaron parks (p), Ambrose Akinmusire (tp), Ben Williams (cb), Mark Giuliana (dms)

Il y a parfois de véritables joyaux qui vous arrivent comme tombés du ciel. Des moments de grâce divine qui ne sont que pure beauté.
Le nouvel album Oudiste tunisien Dhafer Youssef est de ceux-là. Il réalise la fusion parfaite des deux mondes en s’accompagnant pour jouer sa propre musique d’un combo composés de vrais jazz stars. Et si la rencontre du jazz et de la musique world avait déjà produit des merveilles ( on pense à Don Cherry), ici c’est tout autre chose. C’est l’art de l’alliage sacré des mélismes orientaux avec le ternaire du jazz. Une sorte de pierre philosophale. Sur cet alliage, les ornements sont de pure beauté. Il y a le chant de Dhafer Youssef (au moins trois octaves) qui résonne comme des prières adressées au ciel et que rejoint les lignes puissantes de la trompette d’Akinmusire au point que les deux ne font presque qu’un seul. Il y a aussi les interventions d’Aaron Parks qui sont comme des véritables enluminures. Et enfin cette rythmique qui donne à cette musique forte son coeur battant. Il y a là un groove quasi hypnotique sur les mélodies magnifiques de Dhafer Youssef qui apportent au blues sa couleur orientale.
C’est beau. Tout simplement beau et poignant. Après le superbe album , « Bird requiem » qu’il avait consacré à la mort de sa mère, Dhafer Youssef semble renaitre ici. Porteur de secrets soufis qu’il nous livre avec grâce. C’est un album dont on écoute la peau vibrer. Un album qui regarde vers le ciel et vous entraîne avec une force vitale irrésistible.
Une pure merveille.
Jean-Marc Gelin

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 16:26
NEIL COWLEY TRIO  Spacebound Apes

NEIL COWLEY TRIO : « SPACEBOUND APES »
www.neilcowleytrio.com
Neil Cowley – piano ; Evan Jenkins – Drums ; Rex Horan – Basse ; Leo Abrahams – Guitare.


Neil Cowley est souvent et à grand renfort de marketing tapageur, présenté comme la grande révélation du jazz et comme le plus trublion des pianistes britannique. Avec une image de pianiste énervé, de jeteur de tables à l’envers et de clavier survitaminé.
Cet album du pianiste britannique Neil Cowley vient en apporter un brillant démenti. Conçu comme une narration autour de l’histoire de Lincoln ( lincolnsdiary.tumblr.com) il ne ressemble en rien aux autres autres qu’il a précédemment enregistré. Neil Cowley évoque en effet lui même un album-concept ( mais que peut bien être un album concept ?) autour de l’histoire de ce personnage qu’il faut lire en parallèle de l’écoute.
Résolument ancrée dans une vision pop du jazz, là encore influencé par une certaine musique aérienne comme celle du groupe de Tom Yorke, Neil Cowley possède à la fois une vraie force dans sa narration mais aussi un sens de notre mise en orbite. A la première écoute j’avoue avoir été très réservé et un peu perplexe face à l’alternance systématique entre des moments qui se voudraient rock-pop à force de martèlement des blockchords et d’autre qui voudraient jouer l’émotion en jouant sur les silences et les structures minimalistes. Pourtant à le réécouter on en perçoit la force brute. Le voyage mental de Lincoln se déroule devant nous. Alors on hésite. On ne sait pas trop si l’on entre dans l’émotion du pianiste ou si l’on passe à travers les astres en spectateur distanciés. Pas convaincant lorsqu’il s’attaque aux pures formes rythmiques ou mélodiques ( Governance, The city and the stars, the sharks of compétition), le pianiste nous embarque en revanche vraiment quand il s’agit d’installer des climats à la charge émotionnelle d’une rare densité ( Grace qui émeut aux larmes ou death of amygdala) voire parfois magistraux.

A la fois conquis et réservé ( bon je sais, ça ne va pas trop vous aider…..) cet album possède à mes yeux un immense mérite : celui de rendre un grand hommage à feu EST. Car les formules musicales visitées par Neil Cowley nous font toucher du doigt l’immensité de l’absence du trio du regretté d’ Esbjorg Svensson jours imité mais jamais au grand jamais égalé.
Neil Cowley marche assurément sur ces traces-là.
Jean-marc Gelin

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 10:56
Madeleine Peyroux   Secular Hymns

Madeleine Peyroux

Secular Hymns

Impulse/ Universal Music

Sortie le 16 septembre 2016

Dans l’émission Open Jazz, intitulée Le temps des Cantiques, Alex Dutilh présentait mercredi dernier le nouvel opus de la chanteuse Madeleine Peyroux. Vingt ans après ses premiers succès autour de Billie Holiday dans Dreamland, sort Secular Hymns, un disque tout à fait original et intime, enregistré en formation resserrée, son trio, Madeleine Peyroux s’accompagnant elle-même à la guitare aux côtés du guitariste/ vocaliste Jon Herington et du contrebassiste également vocaliste, Barak Mori.

L’origine de cet album est assez originale pour être racontée. Raymond Blanc, le chef français ayant acheté près d’Oxford, Belmont, le manoir aux quatre saisons, conviait ses invités à des concerts avant le repas gastronomique : le trio s’était produit dans l’église normande du XIIème du village et pendant les balances, quand Madeleine Peyroux chanta « Guilty » de Randy Newman, elle conçut l’idée d’enregistrer dans ce monument au plafond en bois dont l’acoustique lui paraissait mettre sa voix particulièrement en valeur. L’affaire fut conclue et …pliée en 3 jours. Voilà le Cd sur le label Impulse….«Music has been our spiritual life…songs that are very individual, personal, introverted » dit-elle pour présenter le projet.

On peut citer « Got you on my mind », ou ce "Shout, Sister, Shout », succès de Sister Rosetta Tharpe dans lequel Madeleine retrouve par instant des inflexions de Billie Holiday : un répertoire de dix titres empreints d’une certaine spiritualité, des standards de l’ «americana » que ne renierait pas le pianiste Bill Carrothers et sa femme chanteuse. L'éventail s’ouvre largement de Tom Waits « Tango Till they’ re sore », Willie Dixon « If the sea was Whiskey », Towne Van Zandt à Linton Kwesi Johnson et son hymne reggae « More Time ». On le voit, Madeleine Peyroux est allée puiser dans les chansons du patrimoine national, un mélange de gospel, funk, de blues et jazz, des valeurs sûres. Sur les traces de la grande Joni Mitchell qui a toujours fait fi des frontières musicales ? Elle reprend par exemple « Everything I Do Gonna Be Funky » d’Allen Toussaint, musicien de rhythm& blues, sorti en 1969, popularisé par James Brown ou encore cette plainte de Stephen Foster, compositeur du XIXè qui résonne étrangement aujourd’hui « Hard Times Come Again No More ». Un rapport très fort à l'histoire musicale du pays, que nous pouvons comprendre, en ce week end des Journées Européennes du Patrimoine, particulièrement suivi en France.

L’âme, le silence, le corps, voilà un album organique, simple et épuré. Qui touche. Une voix chaude, de gorge, languissante parfois sur certaines inflexions, un swing étiré et particulier, un grain sans équivalent actuel. Un côté « vintage » qui peut séduire ou non, un rapport assez direct avec son chant… Un album à écouter en tous les cas.

NB : Autre curiosité qui sort le même jour, l'album New York Rhapsody où la chanteuse est invitée sur « Moon River » par le pianiste chinois classique Lang Lang, un hommage à la ville qu'il aime. La version de la chanteuse est d’un classicisme réussi. Impeccable.

Sophie Chambon

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 17:49
I AM THREE « Mingus Mingus Mingus »

Silke Eberhard (saxophone alto), Nikolaus Neuseur (trompette), Christian Marien (batterie)

Berlin, 15-16 juin 2016

Leo RecordsCD LR 752 / Orkhêstra

Sous le signe de Mingus, indubitablement. En prenant pour nom l'incipit de son livre Beneath The Underdog : « In other words : I am three », ce groupe de trois berlinoi(se)s annonce la couleur. Cette phrase avait d'ailleurs servi de titre à une ballade du disque d'hommage dirigé par Gunther Schuller en 1989 (« Epitaph », Columbia). Et puis l'intitulé du CD, « Mingus, Mingus, Mingus », ce fut aussi en 1963 le titre d'un album (sous étiquette Impulse) du Grand Charles où figurait Theme For Lester, repris ici sous son titre de 1959 (l'année de la mort de Lester Young) : Goodbye Pork Pie Hat . Cent pour cent Mingus, donc, et c'est une gageure, une folie même : donner en trio, et dans cette instrumentation si particulière, quelques-uns des chefs d'œuvre du grand homme en colère (Better Get Hit in Yo' Soul, Fables of Faubus, Moanin' , Jelly Roll.... ). Et pourtant ça marche, au-delà de toute espérance. D'abord parce qu'en dépit d'un effectif aussi réduit, l'intelligence des arrangements restitue la fougue, la force, et même la violence des œuvres originelles. Le parti pris affiché d'expressivité, et même d'hyper expressivité, colle parfaitement au sujet, et la volubilité virtuose et risquée des solistes restitue cette fraîcheur qui reste en bouche, comme une sensation immarcescible, celle des premières écoutes des originaux par Mingus. Rien de servile dans ces re-créations : le cœur et l'imagination parlent, et leur discours est en parfaite résonance avec le répertoire. Un régal pour les adeptes de Mingus (par prudence les sectaires devront s'abstenir.... ) ; et les néophytes seront séduits, voire convertis !

Xavier Prévost

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 21:06
MARC BURONFOSSE « ÆGN , αιγαίο »

Andreas Polyzogopoulos (trompette, effets électroniques), Marc-Antoine Perrio (guitare, effets électroniques), Stéphane Tsapis (claviers, effets électroniques), Arnaud Biscay (batterie, percussions, voix), Marc Buronfosse (guitare basse, effets électroniques)

Invités :

Spiros Balios (voix, violon), Jean-Philippe Carlot (voix)

Jean-Charles Richard (saxophone soprano)

Naoussa (Île de Paros, Grèce), 23-26 avril 2015

Abalone AB 024 / L'Autre Distribution

Selon André Breton, ce serait un « hasard objectif » ; selon Marguerite Yourcenar des « carambolages du hasard » : en tout cas, par un concours étrange de circonstances qui ne le sont pas moins, je me trouve avoir emporté dans mes bagages, le plus fortuitement du monde, pour un séjour grec et majoritairement cycladique, ce disque enregistré à Naoussa, très charmant port de Paros.... où je séjourne au moment où j'écris ces lignes. Comprenne qui voudra.

Marc Buronfosse, contrebassiste éminent et compositeur de musiques subtiles (et toujours de formes accomplies), assure depuis 2011 la direction artistique d'un festival de jazz sur l'île de Paros. Pour cette nouvelle aventure musicale, il voulait témoigner de son amour pour la Mer Égée. Pour cela il s'est entouré de musiciens de sa connaissance : le trompettiste grec Andreas Polyzogopoulos ; le pianiste d'origines familiales grecques Stéphane Tsapis ; le guitariste Marc-Antoine Perrio, et le batteur Arnaud Biscay. Et pour l'occasion le contrebassiste empoigne une guitare basse à six cordes. La musique est aux confins de multiples courants : électro-jazz (dans ce qu'il a de meilleur), musique expérimentale, musique ambiante ou atmosphérique.... Les sonorités sont traitées avec un soin extrême, dans un espace onirique où la construction formelle est prégnante. Ce voyage dans la Mer Égée laisse parfois entendre, dans le lointain de la pâte sonore, le flux et le reflux des vagues. Au détour d'une plage, dans la voix du violoniste Spiros Balios, surgit en grec un texte du poète archaïque Archilochos de Paros (VIIème siècle avant J.C.). Ce successeur d'Homère et d'Hésiode était aussi un peu thaumaturge, et c'est de miracle que parle le poème. À deux plages de là (des plages de CD !) le poète Jean-Philippe Carlot, grand connaisseur de la culture grecque, nous parle d'Ithaque. Le trompettiste Andreas Polyzogopoulos lance ses volutes dans la haute atmosphère ; pour une plage où plane l'ombre du Miles électrique, il est rejoint par Jean-Charles Richard. Stéphane Tsapis cultive au piano électrique des sonorités d'une grande variété, et d'une pertinence sans faille. La guitare de Marc-Antoine Perrio joue des effets avec éloquence, et le batteur Arnaud Biscay installe une pulsation lancinante, aux timbres riches, avec souplesse et sans violence. On se laisse embarquer dans les Cyclades, et pour un peu on s'aventurerait vers l'Ouest jusqu'à Cythère. La plupart des compositions sont élaborées collectivement, dans un climat télépathique : c'est fascinant, et totalement réussi !

Xavier Prévost

Un avant-ouïr sur le site du label

http://abalone-productions.com/boutique/aegn/

.

Indiscrétion marine du fort vénitien de Naoussa

MARC BURONFOSSE « ÆGN , αιγαίο »

©Xavier Prévost

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