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7 février 2023 2 07 /02 /février /2023 13:21
ADJUSTING          ARNAUD DOLMEN
ADJUSTING          ARNAUD DOLMEN

Adjusting

 

Arnaud Dolmen (batterie)

Léonardo Montana (piano)

Samuel F’hima ( contrebasse)

Francesco Geminiani ,Ricardo Isquierdo et Adrien Sanchez (saxophone ténor)

Guests: Vincent Peirani (accordéon), Moonlight Benjamin, Naïssam Jalal( flûte traversière)

 

 

Actuellement en tournée en quartet, à Aix et Vitrolles le weekend dernier, avec son dernier CD, nous avons eu envie de revenir sur cet album Adjusting du batteur Arnaud Dolmen.

 

 

A écouter le dernier album du batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen, Adjusting, sorti au début de 2022 sur le label Gaya Music on comprend pourquoi il fut nommé Révélation de l’année aux Victoires du Jazz 2022 et considéré comme l’un des 3 meilleurs batteurs de jazz en France, cette même année par Jazzmagazine.

Arnaud Dolmen a l'ambition de rafraîchir la musique de son île, la Guadeloupe, en mettant en valeur les vibrations du cru, les rythmes et rituels africains. Et il se donne les moyens de cette ambition. Non seulement il dispose d’un quartet solide qui donne généreusement une musique libre, axée sur le chant et la danse, mais il ose des combinaisons instrumentales originales avec des guests triés sur le volet, sans oublier d’étoffer son orchestration en doublant certaines parties de saxophones. 

Il essaie de surprendre, de trouver une nouvelle voie pour approfondir ce traditionnalisme progressif sans frontières dans “Graj ou Toumblak” par exemple, deux rythmes spécifiques à deux et quatre temps, juxtaposés.

Ce qui est tout de suite remarquable dans le jeu du batteur, c’est ce mélange détonant de puissance et de douceur sans avoir recours aux frappes sur tambours ka- toujours spectaculaires. Si le gwo ka est le blues des Antillais, une musique dont il a appris les fondements avec Georges Troupé, le père de Sonny, le Ka n’est qu’un instrument! L’enchevêtrement des rythmes est calculé, recherchant l’union de mélopées africaines et d’un jazz vif, aux audaces harmoniques. Un déséquilibre voulu parfois, celui de la danse, qui épouse les imprévus, qu’il sait utiliser, en amateur de ce processus de créolisation qu' étudia Edouard Glissant. Une batterie mélodique qui inverse les rôles avec la rythmique, en miroir, jouant avec les contrepoints saxophone/piano. Affirmant les potentialités harmoniques de son instrument, Arnaud Dolmen donne-t-il une  couleur nouvelle, imprime-t-il une autre façon de jouer de son instrument en s’adaptant à ce qui arrive, à l’inattendu, restant interconnecté dans ce monde bruyant et complexe? L’une des belles mélodies est d’ailleurs “Cavernet”, “un jazz des cavernes”, référence à l’allégorie de Platon mais aussi à cette plongée inexorable dans le web.

ADJUSTING? Un titre qui résume le projet. Poésie et souffle pour faire face à l’imprévu et en jouer! Arnaud Dolmen fait le point dans une suite de 12 compositions, narrant de petites histoires, dédiées par exemple aux enfants (“Ti Moun Gaya”), car il se pose beaucoup de questions, ce fils d’immigré, né à Bar le Duc qui ne renie pas ses origines créoles, réglant son pas dans le pas de ses ainés. Le dernier titre “Les Oublié.e.s” avec Adrien Sanchez au saxophone, rend hommage à toutes ces figures disparues dont deux saxophonistes des années cinquante, injustement méconnus, Emilien Antile et Robert Mavounzy. Arnaud Dolmen pratique alors le bouladjel, percussions corporelles et vocalises lors des véillées funèbres. Il n’oublie pas ses racines, ses repères et dans “Hey Cousin”, il rend hommage à l’île voisine, la Martinique . C’est une mazurka créole ( inspirée de la danse polonaise d’origine et de rythmes de danse bèlè de l’île), jazzifiée avec un doux saxophone souffleur.

Quand survient la lumineuse et pourtant mélancolique ballade “Ka Sa Té Ké Bay” ( littéralement "Qu’est ce que cela aurait donné?", sous-entendant si j’étais resté en Guadeloupe?) le jeu épuré du groupe explore ces questionnements en musique. Comme dans ce “Gap” évocateur qui démarre le Cd, ce décalage qui fait qu’en une ou deux heures d’avion, le paysage et la vie changent radicalement! Une composition qui finit en crescendo comme la transe haïtienne. L’un des titres de l’album est d'ailleurs chanté par une prêtresse vaudoue, Moonlight Benjamin. Sorcier des rythmes, le batteur songeait il aux esprits frappeurs des cérémonies rituelles? La répétition incantatoire, étonnamment calibrée donne une force éruptive à cette musique à laquelle participent pleinement les saxophonistes ténor ( qui ne passent jamais en force), le pianiste très percussif et le contrebassiste gardien du tempo.Tous partagent une certaine sobriété dans leur jouage, loin des effets de toute sorte, souvent pratiqués aujourd’hui.

Mention particulière aux invités qui ornent et rehaussent le titre dans lesquels ils apparaissent. Ainsi de l’accordéoniste Vincent Peirani dans "SQN" ( Sine Qua Non) où biguine et jazz s’entrelacent amoureusement et de la magnifique flûtiste franco syrienne Naïssam Jalal qui prend la place des saxophonistes dans “Résonance”.

Adjusting est un auto-portrait en creux dont la musique, très accessible, plus subtile qu’il n’y paraît, intègre magnifiquement le jazz si souvent réputé cérébral. Arnaud Dolmen y requalifie le concept d’adaptation perpétuelle, propos de l’improvisation.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 18:13

 

Aki Rissanen (piano), Will Guthrie (batterie), Joachim Florent (contrebasse, composition)

Malakoff, 21-22 septembre 2021

We Jazz records

https://wejazzrecords.bandcamp.com/album/designers

 

Une belle confirmation, après l’agréable surprise de l’écoute du trio en concert, début novembre, au festival D’Jazz de Nevers. Au premier abord je croyais entendre une machine à groove tournant à toute allure sur des segments répétitifs. Et très vite une écoute plus attentive m’a fait découvrir l’infinité des propositions musicales tapies dans le flux et le flot. Finesse des segments mélodiques, fussent-ils apparemment répétitifs. Car la répétition ici se joue en permanence dans la différence. Quand j’étais étudiant en philosophie et en littérature, dans les années 60-70, on parlait de différance, dans le sillage de Jacques Derrida. Pas pour faire décoratif ou pédantesque, mais pour tenter de cerner la richesse d’un langage : là où la réalisation concrète du projet musical dans l’interprétation et l’improvisation produit ce qui serait un altérité, ce qui diffère du matériau initial. Bref au fil des plages c’est un régal de subtilités jouissives, qui s’imposent à nos oreilles comme une évidence. On est bien loin des groupes façon groove-bulldozer qui ont prétendu rénover le langage du trio depuis le milieu des années 90 : ici la musique et la musicalité règnent en maîtresses absolues.

Xavier Prévost

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Le trio est en tournée en Bourgogne-Franche Comté : le 2 février à Dijon (La Vapeur), le 3 à Chalon-sur-Saône (L’Arrosoir)et le 4 à Saint-Claude (La Fraternelle)

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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 09:52

Quentin Dujardin (guitares, piano et voix), Didier Laloy (accordéon), Nicolas Fiszman (basse électrique) et Manu Katché (batterie).
Agua Music - AGUA 22-011 / Inouïe Distribution.
Parution le 3 février.

 

 

    David Linx, Philip Catherine (même s’il naquit à Londres), Bert Joris et bien avant (les années 50-60) Bobby Jaspar, Jacques Pelzer, René Thomas sans oublier une légende, l’harmoniciste Toots Thielemans, le jazz ne manque pas de talents en Belgique. C’est d’ailleurs ce dernier, l’immortel créateur de Bluesette qui remarqua en 2005 son compatriote le guitariste Quentin Dujardin : « une révélation extraordinaire ».

 

 

    Instrumentiste mais aussi compositeur, notamment de musiques pour le théâtre (Monsieur Ibrahim et les fleurs de Coran) et le cinéma (Paradisiac), Quentin Dujardin n’entend pas se cantonner dans un registre unique. Une ouverture qui caractérise aussi le batteur Manu Katché, déjà invité sur un précédent album (Catharsis, 2016) et le bassiste Nicolas Fiszman (figurant sur Veloma, 2007), auxquels le guitariste dédie l’un des titres (Blues for M & N) de son tout dernier disque (2020).
 


C’est bien un panorama de la guitare que nous présente ici Quentin Dujardin, tout en nuances et en sensibilité en puisant le meilleur de chacun des quatre types de guitare  - nylon, fretless, baryton, acoustique et/ou électrique - mobilisés pour l’occasion.

 

Une des plaisantes découvertes de ce début d’année 2023.

 

Concert prévu le 17 mars au Pan Piper (75011).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 21:18

 

Boris Blanchet (saxophones ténor & soprano), Gabrielle Koehlhoeffer (contrebasse), Mathieu Bec (batterie)

Novembre 2022

https://mathieubec.bandcamp.com/album/flyin-sufi

 

Un duo survolté auquel se joint la contrebassiste Gabrielle Randrian Koehlhoeffer, et une formidable traversée d’un univers exacerbé où pointe le souvenir de Coltrane et Rashied Ali. Le répertoire de Trane est présent par trois thèmes : The Inchworm, Alabama, et India. et de bout en bout c’est l’esprit de l’expressivité virtuose qui plane sur ce brûlot amoureux du grand saxophone (et du génial saxophoniste dont ce trio convoque les mânes). Des plages de douceur presque diaphane aussi, mais toujours l’effervescence guette, elle rôde comme une sentinelle qui veillerait sur la mémoire d’une beauté inquiète, forcément excessive, même quand la retenue montre le bout de son nez. De grands moments de liberté côtoient aussi l’intense recueillement d’Alabama, pour redonner cette sorte de requiem douloureux inspiré à Coltrane par l’attentat raciste qui coûta la vie à quatre jeunes filles afro-américaines à Birmingham (Alabama) en septembre 1963. Et en coda ce titre dont on ne sait comment il faut l’interpréter : Two Many Bars & No Money : trop de barres de mesures sur ce blues sans but lucratif, ou trop de bistrots dans la rue de la soif et pas un kopeck pour se rincer la dalle…

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert à Paris au Sunside le 31 janvier à 19h30, malgré la grève. Les lignes automatiques de métro, la 1 et la 14, conduiront ceux qui ne sont pas trop loin jusqu’à la rue des Lombards. Attention, la ligne 14 est en travaux à partir de 22h, mais comme le concert est à 19h30, ceux qui la prennent pourront regagner leurs pénates. Tarif préférentiel avec le code promo ci-dessous

 

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28 janvier 2023 6 28 /01 /janvier /2023 09:01

Ed Cherry, (guitare), Darryl Hall (contrebasse) et Gregory Hutchinson (batterie).
Enregistré au Festival JAZZ EN TETE, Clermont-Ferrand, 21 octobre 2019.
Space Time Records – BG 2252 / Socadisc.
Paru le 20 janvier 2023.


   Sur la planète jazz, le nom de Cherry est associé inévitablement à Don, le trompettiste complice d’Ornette Coleman. Il serait bienvenu de citer également Ed. Sans lien de parenté aucun, mais avec un point commun, l’authenticité.


    Natif de New Haven (Connecticut), le guitariste a bien roulé sa bosse depuis ses débuts professionnels dans les années 70 et un apprentissage de haut vol, quinze ans chez Dizzy Gillespie, en petite et grande formation. De quoi vous assurer de solides bases et de vous familiariser avec le répertoire sous toutes ses formes (be-bop, latino, bossa-nova…) ... Tout en vous constituant un bon carnet d’adresses.


  Rencontré en ces temps-là, Xavier Felgeyrolles, alors jeune road manager de Dizzy, invitera quelques décennies plus tard Ed Cherry à se produire à « son » Festival Jazz en Tête.


    Capté lors d’un concert de l’édition 2019, l’album « PEACE », que Felgeyrolles publie sur son label Space Time Records nous donne à entendre un musicien en verve, détendu, à la sonorité lumineuse, cristalline. Certains y retrouveront des accents de Wes Montgomery et pas seulement dans Road Song, composition d’icelui. Le programme retenu dévoile l’éclectisme du guitariste, de Duke Ellington (In a Sentimental Mood) à Thelonious Monk (l’oxymoresque Ugly Beauty) en passant par Wayne Shorter (Edda), Horace Silver (Peace) et, belle surprise Rendaro Taki, compositeur japonais (1879-1903) avec une œuvre délicate, Kojo no tsuki.
 

    Cette heure de direct permet également aux comparses du guitariste, le bassiste Daryl Hall et le batteur Greg Hutchinson, de se mettre en valeur, apportant une contribution aussi élégante que percutante.


    Un album à classer d’ores et déjà parmi les découvertes de 2023 ... Du bonheur simple à l’état pur.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

Ed Cherry Trio - Live at Smalls Jazz Club
Ed Cherry Interview

Space Time Records

 

 

 

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18 janvier 2023 3 18 /01 /janvier /2023 11:55

 

CD 1 «À l’est du soleil»

Guillaume Roy (alto), Dider Petit (violoncelle & voix)

CD 2 «Programmes communs»

Guillaume Roy (alto), Dider Petit (violoncelle & voix)

invité.e.s : Kristof Hiriart (voix, textes), Catherine Delaunay (clarinette), Michele Rabbia (électronique & batterie), Daunik Lazro (saxophone baryton), Yaping Wang (yangqin), Christiane Bopp (trombone)

Reims, 4-6 mai 2022 ; Rouen, 8-9 juillet 2022

coffret in situ 250 / Orkhêstra International

 

À l’origine une aventure qui devait se tenir à Minneapolis, après une tournée états-unienne avec des invités de là-bas. Mais la pandémie a contrarié le projet, lequel s’est reconsidéré en deux phases : un duo de cordes frottées pour le CD 1, puis pour le CD 2 ces rencontres des deux en trio avec les invité.e.s.

Pour le duo, c’est la permanence d’une évidence : ces deux-là sont faits pour s’entendre, s’écouter, jouer avec cette entente et cette écoute dans un espace dont la liberté semble toujours plus vaste. Au commencement, sur un ostinato du violoncelle, l’alto part en lyrisme avec un timbre de saxophone baryton, avant de s’envoler en franchissant la balustrade du possible, bientôt rejoint par la voix. Expressivité tendue, chambrisme du vingtième siècle revu avec l’insolence du vingt-et-unième, escapades comme autant d’accidents délibérément provoqués, et résolus : le voyage est mouvementé, riche de mille paysages et surprises. C’est une expérience plus qu’intense des mystères de l’improvisation, du risque et de l’osmose.

Les trios du CD 2 se jouent à l’aune des invité.e.s. Du chuchotement à la profération en mots hachés, puis au chant, dans une dynamique très large, avec Kristof Hiriart. Dans l’infini mystère d’une libre musicalité avec Catherine Delaunay : dialogue, controverse, esquisse ou esquive, selon les instants …. Avec les sons ou percussions de Michele Rabbia, qui se mêlent à la montée en intensité des cordes, vers l’exacerbation de l’expression, comme une chemin vers un acmé attendu, espéré, qui se résoudra, decrescendo, dans une ultime sonorité, énigmatique. Quand survient le sax baryton de Daunik Lazro, c’est une autre couleur qui se fait jour, teintée de rage autant que de tendresse. Puis survient un autre mystère, avec le yangqin de Yaping Wang : lente procession de notes lancées, diapason flottant, comme autant d’appels à quoi les cordes frottées font écho, jusqu’au tumulte, avant le retour du mystère, toujours indéchiffrable, et une coda majestueuse. Retour de la voix Kristof Hiriart, en pleine liberté de langages imaginaires, avec chuchotements de paroles articulées. Et pour conclure en majesté, le trombone extra-terrestre de Christiane Bopp, fauteur de beautés insoupçonnées, de troubles esthétiques et de révolutions intranquilles, comme un point d’orgue pour une aventure fertile.

En écrivant ces lignes je réalise, comme souvent, la difficulté que l’on rencontre à parler de ces musiques : dans les livrets du coffret, de beaux textes signés Jean Rochard et Hervé Péjaudier vous en diront plus, et mieux.

Xavier Prévost

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Un concert intime de sortie aura lieu le vendredi 20 janvier 2023, à Paris, dans la boutique du disquaire ‘Au Souffle Continu’

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 22:35

Baptiste Trotignon (piano solo)

Marseille, 7 février 2022

Paradis Improvisé / L'Autre Distribution

 

Un parti pris, presque un manifeste : un disque de standards, en solo, enregistré dans cet appartement de la Rue Paradis à Marseille, où se sont succédés quelques Maîtres du clavier pour graver un solo dans cette collection joliment baptisée ‘Paradis Improvisé’ : Alain Jean-Marie, Bojan Z, Pierre de Bethmann, Yonathan Avishai,Leonardo Montana, Carl-Henri Morisset…. Baptiste Trotignon ne prend pas le parti de la déstructuration, du passage à la moulinette ou de la lecture transgressive. Il choisit une certaine sobriété, donnant ici au thème un prélude, là une lecture presque littérale, avant de se lancer en toute liberté dans une interprétation-improvisation qui réharmonise à souhait, qui coule de source mais ouvre des chemins de traverse, en demeurant toujours dans un culte jaloux du son, de la nuance, des couleurs. Des standards de Broadway très connus, d’autres qui le sont moins, des ‘standards du jazz’ : classiques de Charlie Parker, comme Passport, dans une folie d’unisson des deux mains, avant un envol débridé ; un ‘tube’ du soul jazz, Moanin, de Bobby Timmons, immortalisé par les Jazz Messengers d’Art Blakey, joué dans l’esprit de l’idiome, mais orné de nuances auxquelles on n’était pas accoutumé ; ou encore, comme une prière à Bill Evans, Emily de Johnny Mandel, d’une douceur presque vénéneuse. C’est d’un considérable niveau musical et pianistique, sans une once d’ostentation, rien que l’amour inconditionnel de cette musique et de cet instrument. Grand disque !

Xavier Prévost

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 18:24

Emmanuel Borghi (piano, composition), Théo Girard (contrebasse), Ariel Tessier (batterie)

Les Lilas, 2-3 mai 2022

Le Triton TRI-22572 / l’autre distribution

 

Sans renier le trio qu’il constitue par ailleurs avec Jean-Philippe Viret et Philippe Soirat, le pianiste s’est lancé dans cette nouvelle aventure avec des partenaires de la nouvelle génération. Et après avoir improvisé avec eux de manière informelle, il leur a proposé d’enregistrer ces compositions. Ces petites graines de créativité, qu’il convient d’arroser pour en faire surgir le meilleur, il les a conçues, durant les confinements, à partir de ses réflexions sur la musique dodécaphonique. Le jazz a tenté, dès les années 30, et surtout après 1945, l’abandon du système tonal. Le compositeur et chef d’orchestre Rolf Liebermann formalisa cette démarche avec ambition par son Concerto pour jazz band et orchestre, créé en 1954 au festival de musique contemporaine de Donaueschingen par l’orchestre symphonique et le big band de jazz de la radio de Baden-Baden, avant d’être repris et enregistré aux USA et ailleurs par des chefs qui comprenaient mieux le jazz…. Une foule d’entreprises furent conçues par les jazzmen dans cette direction. Le grand intérêt de ce disque, et de sa musique, c’est de ‘penser jazz en trio’ tout en composant des lignes qui échappent à la tonalité. La qualité des partenaires n’est pas pour peu dans la réussite du projet : ils ne sont pas frileux, et se jettent à corps perdu dans l’aventure. Les thèmes sont tendus, car ils dérogent à nos repères en matière de mélodie, mais ils nous parlent de manière immédiate. Dans les improvisations, on voit resurgir parfois des centres de tonalité, mouvants et éphémères. Et ici ou là le souvenir du blues, ou le fantôme du grand Thelonious. Hardie mais pas ardue, cette musique accomplit son ambition car elle est pensée très artistement. Une réussite, à n’en pas douter.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

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7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 18:51
  ICHIRO ONOE            MESSAGES FROM WATER 

MESSAGES FROM WATER   ICHIRO ONOE

 

PROMISE LAND / SOCADISC

Sortie 11 janvier 2023 et Concert le 11 Janvier au SUNSIDE.

 

 

On pourrait dire à l’instar du texte de présentation du dernier album du batteur japonais Ichiro Onoe que sa musique est comme l’eau vive qui change et se transforme en fonction de ce qu’elle rencontre...au fil des plages. 

Dans sa quête très personnelle What I Am qui tente d’augmenter sa compréhension du monde et de ses éléments, le musicien accompagné merveilleusement par un quartet très affûté suit la forme de l’eau à la recherche de signes, après s’être essayé au vent en 2014 avec Wind Child et au feu Miyabi en 2018. Raffinement et élégance continuent à imprégner les 9 compositions originales de Messages From Water sur le label Promise land, tant Ichiro Onoe fait chanter son percussif instrument. Construites avec soin, jamais trop longues, ses compositions adoptent le caractère essentiel de fluidité de l’élément qui inspire l’album.

Le “Diabolus Surf” initial démarre avec un groove irrésistible, bancal mais jamais chancelant d'un pianiste très monkien. Morceau de bravoure, le titre éponyme est présenté une première fois avec le chant de Thierry Péala qui sculpte la mélodie, eau bondissante qui se fraie un chemin du ciel à la mer, des montagnes aux rivières et la version instrumentale souligne les sinuosités de ce parcours accidenté. Dans la ballade “Ermitage” interprétée avec un juste mélange de ferveur et de mélancolie, le saxophone ténor de Geoffroy Secco donne sa pleine mesure alors que le batteur lance une pluie d’étoiles avant de finir par des résonances plus sourdes.

D’une pièce à l’autre, on bascule dans des climats différents, intrigant dans ce “Still Emotion” qui porte bien son nom où le pianiste Ludovic Allainmat valorise les détails de variations atmosphériques. Dans le “Flap’n Flow” qui suit, on ressent les nombreuses ruptures rythmiques qui ne perturbent pas les envolées vibrionnantes et insistantes du saxophoniste. Dans“Resistant” le Fender constitue un alliage fort avec le saxophone. Car tous participent de l’éclat comme de la vitalité de cette musique sans négliger des respirations comme dans “Stabiliology” qui donne la main au contrebassiste Damien Varaillon auquel s’arriment les membres de l’équipage. Autour de cette source fraîche, entretenue avec aisance, style et tempérament, sensibilité et sensualité, les différentes compositions font une ronde qui nous enveloppe de bonnes vibrations jusqu’au final alerte et rebondissant.

Compositeur impressionniste, musicien poète, Ichiro Onoe sait nous éloigner du chaos du monde dans la persistance d’un chant qui sait monter en puissance avec le jeu de son groupe. Du jazz comme on l’aime vraiment !

Sophie Chambon

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22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 11:43

Jean-Marc Larché (saxophones soprano & alto) , Yves Rousseau (contrebasse)

Paris, mai & juillet 2022

Label MCO / Socadisc

 

Ce disque prolonge une ancienne complicité, au sein d’un groupe, puis de ce duo que j’avais eu la chance d’écouter sur scène à deux reprises. On pourrait dire qu’il y là une tonalité générale assez mélancolique. En fait c’est plus que cela : l’attachement aux musiques du passé : Bach est l’un des inspirateurs, par sa science autant que par sa sensualité (je fais partie de ces hétérodoxes qui ne réduisent par l’illustre Jean-Sébastien à l’austère source religieuse….). L’attachement aussi à la liberté que fait naître le présent de l’improvisation, terrain de jeu des deux protagonistes (même si, dans le cas présent, l’écrit et le préconçu sont difficiles à distinguer l’un de l’autre). On y perçoit aussi le souvenir des musiques d’avant le baroque, d’une connivence surgie de la nuit des temps. Parfois le saxophone timbre comme une flûte : mystère d’une science musicale qui ne livre pas tous ses secrets. Deux instrumentistes hors-norme qui sont avant tout profondément musiciens. C’est par cette qualité précieuse, et pas si courante, qu’ils rendent évidente et simple une musique dont la complexité s’efface dans la force de l’expression. C’est tout simplement BEAU !

Xavier Prévost

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