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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 15:05

Louis Moutin (batterie, composition), Jowee Omicil (saxophones alto, ténor & soprano, clarinette), François Moutin (contrebasse)

Malakoff, 1-4 septembre 2020

Laborie Jazz LJ 59 / Socadisc

 

Je dois l'avouer, la première fois que j'ai écouté Jowee Omocil sur scène, à l'EuropaJazz Festival du Mans, en 2018, j'ai trouvé que sa prestation comportait beaucoup d'ostentation et pas beaucoup de musique.... Ce disque m'a fait changer radicalement d'avis, et je crois pour longtemps. Leur musique procède d'une sorte de magie, d'un surgissement en apparence spontané qui porte, dès les premières notes, la musique à son plus haut degré. Cela tient sans doute à la personnalité musicale des trois protagonistes, qui aiment à se jeter dans le vide avant de mesurer la profondeur du gouffre. Leur histoire commence par une rencontre fortuite de François Moutin et Jowee Omicil sur un tournage pour une série de Netflix, où ils profitent des pauses pour improviser ensemble. Retrouvailles à Paris chez Louis, le frère de François, et sans préparation la découverte d'une cohésion immédiate. Le disque reflète ce mélange de spontanéité et d'expérience. Ces déjà vieux routiers possèdent au plus haut degré l'art d'avancer sur le fil, sans peur du gouffre qui n'est ici que l'aiguillon de la créativité collective. L'enfance de l'Art en somme, d'un Art que l'on continue d'appeler le jazz, au fil de ses infinies métamorphoses. Chaque titre paraît être le prolongement d'un chorus joué (hier, ou demain si j'en crois Julio Cortázar et son Homme à l'affût), c'est comme une entrée de plain pied dans l'ivresse à la seule vue du flacon, ou simplement de son évocation. Magnifique !!!

Xavier Prévost

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Sur Youtube le récit, par les intéressés, de la genèse de ce trio

https://www.youtube.com/watch?v=0_iD6Kj_Bg4

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Le trio est en concert à Paris (New Morning) le 11 octobre, puis le 14 à La Rochelle et le 16 à Limoges

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:40

Kenny Garrett (saxophone alto, piano, piano électrique, voix), Vernell Brown Jr (piano), Corcoran Holt (contrebasse), Ronald Bruner (batterie) Rudy Bird(percussions)

et aussi Maurice Brown (trompette), Lenny White (caisse claire), Johnny Mercier (claviers), Pedrito Martinez & Dreiser Durruthy (percussions & voix), Dwight Trible, Jean Baylor, Linny Smith, Chris Ashley Anthony & Sheherazade Holman (voix).

Mack Avenue MAC 1180 / Pias

 

Une sorte de retour aux sources pour ce saxophoniste que Miles Davis fit connaître à la terre entière. Un disque qui parcourt les multiples sources de la musique afro-américaine, sans effet de catalogue, mais avec un sens de l'appropriation et de la singularité qui force le respect. Très beau son d'alto, lignes virevoltantes, très bons arrangements de percussions, et nombreux invités, dont le trop rare Dwight Tribble. Et des hommages aux compagnons de route : Roy Hargrove, Art Blakey, Tony Allen.... Une rythmique d'une souplesse féline qui pousse les feux sur toutes les plages avec une grande finesse. L'esprit du jazz souffle dans ce disque, mais aussi l'atmosphère enfiévrée des églises baptistes, le son des caraïbes, les sortilèges de l'Afrique et, pour une plage, ce jazz d'ambiance qui fit naguère la popularité de Sonny Criss, Donald Byrd ou Ramsey Lewis avant d'envahir les radios du monde entier. Cette concession furtive au smooth jazz n'empêche évidemment pas le CD (aussi double LP) d'être hautement recommandable.

Xavier Prévost

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Kenny Garrett est en tournée française, en quintette : le 10 octobre 2021 à Reims, le 12 à Toulouse et le 22 à Clermont-Ferrand

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Des avant-ouïr sur Youtube

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:42

Pierre-Antoine Badaroux (saxophone alto, direction), Antonin-Tri Hoang (saxophone alto, clarinette), Pierre Borel (saxophone ténor, clarinette), Geoffroy Gesser (saxophone ténor, clarinette, clarinette basse), Benjamin Dousteyssier (saxophones baryton, alto & basse), Brice Richard, Pauline Leblond, Gabriel Levasseur, Emil Strandberg (trompettes), Michaël Ballue, Alexis Persigan, Robinson Khoury (trombones), Judith Wekstein (trombone bass), Matthieu Naulleau (piano), Romain Vuillemin (guitare, banjo), Sébastien Béliah (contrebasse), Antonin Gerbal (batterie)

et sur certaines plages

Liselotte Schricke (flûte), Sylvain Devaux (hautbois), Ricardo Rapoport (basson), Nicolas Josa (cor), Hugo Boulanger, Aliona Jacquet, Clémence Meriaux, Stéphanie Padel, Manon Philippe, Lucie Pierrard, Émilie Sauzeau, Léo Ullman (violons), Issey Nadaud, Elsa Seger (alto), Félicie Bazelaire, Elsa Guiet (violoncelles)

Paris, 22-27 janvier 2021

Umlaut Records UMF R-CD 34-35 / l'autre distribution (double CD)

 

L'hommage du big band à la pionnière Mary Lou Williams. Mais pas un hommage compassé et formolé : un vrai travail de recherche, effectué par Pierre-Antoine Badaroux et Benjamin Dousteyssier dans les archives recueillies par l'Institute of Jazz Studies de Newark, sur des partitions autographes et parfois inachevées. Des inédits, de multiples versions de son légendaire Mary's Idea (dont un arrangement pour big band de la dernière version, 1947, baptisée Just An Idea), un thème inauguré par l'orchestre d'Andy Kirk (dont elle fut longtemps la pianiste) dans les années 30. Et ses arrangements pour Duke Ellington, qui ne les joua pas tous, et la paya avec parcimonie.... Et aussi des arrangements pour l'orchestre de Cootie Williams. Sans oublier des extraits de sa Zodiac Suite, et trois extraits de son History of Jazz for Wind Symphony, composée pour l'orchestre de Duke University et laissée inachevée. Bref une véritable somme, à inscrire dans les repères patrimoniaux du jazz (on devrait plutôt dire matrimoniaux, en référence au matrimoine, corpus des œuvres conçues par des femmes). Une fois de plus, ce grand orchestre, qui rassemble une encore jeune génération (qui pratique aussi le jazz contemporain et les musiques improvisées les plus hardies), fait preuve d'une insatiable curiosité, et d'un talent à la hauteur de l'enjeu. Bravo !

Xavier Prévost

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Le disque à été enregistré à la Philharmonie de Paris, coproductrice de ce formidable projet. Et l'Umlaut Big Band jouera ce programme à la Philharmonie le 9 octobre 2021 en première partie du Lincoln Center Jazz Orchestra. Et l'Umlaut Big Band jouera ensuite à Brest le 14 octobre pour l'Atlantique Jazz festival

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Un avant-ouïr sur Le Grigri

https://www.le-grigri.com/blog/2021/6/23/premiere-umlaut-big-band-chunka-lunk-marys-ideas-umlaut-records

 

Sur Youtube, une vidéo inspirée par le film du photographe Gjon Mili en 1944

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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 23:22


Dave LIEBMAN / Richie BEIRACH, "EMPATHY". Avec Dave Liebman (saxophones ténor, soprano, flute), Richie Beirach (piano) et en invités : Jack DeJohnette (batterie), Florian Van Volxem (synthétiseur), Léo Henrichs (gong, timbales).
Coffret de 5 cds.
Enregistrements de 2016 à 2020. Jazzline/Socadisc.
Parution le 27 août 2021.

Entre Dave Liebman et Richie Beirach, c’est une vieille histoire. Une complicité née voici un demi-siècle à New York dont la première manifestation fut le groupe ‘’Lookout Farm’’, et qui s’épanouit un peu plus tard dans ‘’Quest’. En tête à tête, ou côte à côte, Dave, le saxophoniste-flutiste et Richie, le pianiste, nous avaient donné pas moins de quatre disques en duo, ‘Double Edge’, ‘The Duo Live’, ‘Omerta’ et en 2011, ‘Unspoken (Out There/Out Note).

 

Ces dernières années, l’empathie, pour reprendre le titre du coffret, s’est encore consolidée entre ces deux contemporains (Liebman, né en 1946, Beirach, 1947). « Quand nous avons entamé notre séance en duo, en 2018, rien n’était programmé, nous avons simplement joué et vu ce qui allait arriver », confie Richie Beirach dans le livret.

 

Entretien


Tout est dit sur leur connivence. Le coffret permet d’en juger : cinq albums enregistrés entre 2016 et 2020 dont trois qui donnent à entendre les comparses dans différentes configurations (duo, trio avec Jack DeJohnette, ou quartet avec synthétiseur et percussions) et deux en solo intégral.  Nous tenons là une œuvre magistrale, témoignage d’une sensibilité, d’une authenticité tutoyant les sommets. Une forme suprême de l’improvisation qui constitue l’essence même du jazz.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 14:20
 DOMINIQUE PIFARELY   "SUITE : ANABASIS"

 

Dominique PIFARELY  "SUITE : ANABASIS" 

 

Dominique Pifarély, violon, composition
Valentin CeccaldiBruno Ducret, violoncelles
Sylvaine Hélary, flûtes
Matthieu Metzger, saxophones soprano et alto
François Corneloup, saxophone baryton
Antonin Rayon, piano, synthétiseur moog
François Merville, batterie

 

Jazzdor Series #10 | Jazzdor

Production Jazz d’or/ Philippe Ochem

Contact/booking | Dominique Pifarély (pifarely.net)

 

Anabasis, dernier projet du violoniste Dominique Pifarély, est une suite inspirée du poème de Paul CELAN, source profonde aux mots desquels le violoniste s’abreuve. Cette musique dense, montée de façon complexe, saisit dès l’ouverture. Cinq longues compositions, jamais faciles qui prennent le temps d’installer ce climat fiévreux, familier mais néanmoins accessible si on prête l’oreille, dans une attention “flottante” qui n’est pas rêverie, mais plutôt attente de ce qui va advenir. Pifarély poursuit son infatigable travail d’écriture et d’improvisation : sa musique ardente, au-delà de la sensibilité et du lyrisme attendus, répond à une mécanique de grande précision, intellectuelle et pourtant sensible.

La mise en place redoutable donne une grande lisibilité à l’ensemble malgré la variété des textures et la finesse des tuilages. Une musique de chambre contemporaine, plus qu’un jazz de chambre, où l’improvisation prend toute sa place avec gourmandise. Des lignes nettes sans être tranchantes.

Anabasis commence par une note, un “si” joué de façon insistante au piano avant que n’entre en scène le sax baryton de François Corneloup, précédé de frottements, crissements, bruissements d’ailes. Puis c’est le tour des cordes. L’ambiance est tendue,  énigmatique. Et totalement passionnante dès ce son obstiné inaugural. Une réjouissante austérité où rien ne s’installe longuement, entrées et sorties, tutti vibrants, contrepoints délicats. Deux autres titres de compositions, après “Anabasis”, “Grille de paroles” et “Radix” sont aussi du poète, vrai déclic de l’inspiration : une grille de paroles comme en jazz, nerveuse, débridée où les cordes sont des voix effrayées, précipitées avant que le clavier ne les calme et réajuste l’ensemble, aidé de chants d’oiseaux flûtés, drôles de volatiles qui partent à tire d’aile.

Chacun a son rôle taillé sur mesure, et s’en acquitte avec élégance et virtuosité, le casting étant royal. Ce nouveau groupe de Dominique Pifarély poursuit en le renouvelant le travail mené de 2005 à 2015 avec l'ensemble Dédales. Dans le format resserré d’un octet, on retrouve la rythmique puissante et fidèle de François Corneloup, François Merville, Antonin Rayon mais de nouveaux complices Sylvaine Hélary, Matthieu Metzger, Valentin Ceccaldi et Bruno Ducret, rejoignent les rangs, autour du violoniste.

Les traits souvent exacerbés du violon, le jeu pertinent du piano, la percussion colorée de la batterie, toutes ces composantes entrent dans cette partition subtile. Quelque chose qui ressemble à l’écriture à vif, qui jamais ne se pose et qui fait sens. Il faut beaucoup écouter pour se bâtir un répertoire mental de sons et les conjuguer. Les associations de timbres comme de saveurs partent souvent d’une histoire, d’alliances ou alliages parfois contre-nature ou à contresens qui cherchent l’accident, l’artefact. Des fulgurances peuvent pousser loin les curseurs de l’ouïe, brouillant les frontières. Les dissonances ne font pas peur.

L’écriture musicale donne à la fois une géographie précise (parties écrites instrumentales) et plus instable ( improvisations) qui s’inscrit dans une certaine durée, comme en 2014, le singulier Time geography. Mais avec Anabasis, c’est un temps circulaire, proustien qui fait retour :

L’anabase, c’est la remontée de la mer vers les terres (…) et la sortie d’exil. Cette montée est aussi un retour, qui paradoxalement s’effectue dans l’avenir.”
Martine Broda, “Dans la main de personne, essai sur Paul Celan”.

Au caractère fragmentaire de la phrase célanienne répond en correspondance la musique de Pifarély, encore que ce mot soit trompeur; le compositeur s’appuie sur les rythmes et syncopes, et d’autres éléments musicaux pour avancer dans ce passage du texte aux sons. La transdisciplinarité est de mise : l’écriture et la musique sont liées depuis si longtemps mais rarement menées conjointement de façon satisfaisante : Et puis toujours ce truc qu’on ne règle pas, entre les programmateurs littéraires qui trouvent ça quand même un peu trop contemporain et les tourneurs musiciens qui ne pigent pas les textes, écrit  le complice François Bon.

Il ne s’agit pas d’illustration, ne cherchons point de lien de sens entre le poème et la musique, ni de rapport de contenu, de traduction de forme artistique en une autre. Chacune est pleine, surgissant hors d’elle même, presqu’incontrôlable. Et l’on ne peut qu’apprécier la performance collective, la direction de cette suite jusqu’à la clôture, sur un “si” dans “Sans bruit, les voyageurs”.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 septembre 2021 6 04 /09 /septembre /2021 12:37
TRANSATLANTIC ROOTS   BRUNO ANGELINI

 

TRANSATLANTIC ROOTS

Bruno ANGELINI (compositions, piano, claviers, électronique) / Fabrice MARTINEZ (trompette, bugle, électronique) / Eric ECHAMPARD (batterie)

Label VISION FUGITIVE

www.visionfugitive.fr

Sortie du CD le 20 Août 2021

Concert à l’Ermitage le 8 octobre

Teaser Transatlantic roots – YouTube

 

Avec cette nouvelle création, le pianiste Bruno Angelini revient à ses premières influences musicales, déroulant la spirale de ses souvenirs. Ce répertoire à thèmes célèbre l’Amérique qu’il aime et certaines figures iconiques de cinéastes, écrivains, musiciens, danseurs qui se passent le relais dans l’histoire de l’album, chacune pouvant inciter à se remémorer les autres. Voilà le vrai terrain de jeu, l’espace de cinéma du pianiste (souvenez-vous en 2013 de son Move is) sans qu’il s’agisse d’illustration des photos du livret toujours soigné (c’est la signature du label, avec les couvertures peintes d’Emmanuel Guibert). Quarante pages de photos qui, mieux qu’un long texte introductif, résument les singularités, les partis pris, les champs d’action de militants engagés pour la liberté, le respect des droits civiques et plus récemment l’écologie. Ils forment la mosaïque superbe d’une Amérique digne d’admiration.

L'écriture musicale de Bruno Angelini, inscrite dans la tradition écrite occidentale, puise donc aussi dans l’improvisation et le jazz, sur son piano augmenté d’ effets électroniques et de claviers additionnels. Attiré par les deux cultures, les deux continents, le pianiste confesse avoir des  “racines aquatiques”, jolie formule et il se livre volontiers à condition que l’on sache écouter.

Bruno Angelini a formé un trio lyrique de tisseurs de sons et d’alliages, pour amateurs d’élans du coeur et de ces brisures. Le terrain d’entente n’était pas difficile à trouver avec ses deux complices. Le pianiste cherche souvent des façons légères de formuler sa mélancolie, dans des compositions en clair obscur, impressions d’un drame imminent. Il est alors aidé par le son étouffé, étranglé de Fabrice Martinez dont la trompette et le bugle ne soufflent que de la mélodie, s’appuyant sur les plages harmoniques du pianiste, ses ostinatos, et le doux drumming, précis, attentif et toujours stimulant d’Eric Echampard.

Un exemple parfait, ce“Mal’s Flowers” dans un hommage qui n’est plus déguisé à ce maître du silence (“All alone, “Left Alone” ) qui a connu des duos d’accord parfait, de Billie Holiday à Jeanne Lee. Il n’oublie pas que Mal Waldron a écrit, entre autre, “Flower is a lovesome thing” dans un de ses nombreux albums, souvent en duo avec Steve Lacy. Bruno Angelini retrouve alors ces motifs obsédants, la réitération des notes, ces insistances qui colorent sombrement l’accompagnement. On n’en finirait pas de s’extasier sur les raffinements et autres nuances de la palette de Fabrice Martinez. Il ne nous rappelle personne en particulier et c’est ce qui le rend précieux. Impressionnante est son imagination, son aisance, sur tempo rapide où il maintient une articulation du phrasé. Pianiste et trompettiste se partagent le jaillissement mélodique, le discours de l’un soutenant, voire prolongeant le propos de l’autre.

Le pianiste ne quitte jamais la mélodie mais s’autorise des écarts, des fulgurances, surtout quand il s’agit de la violence de la ségrégation auquel répond alors le déluge de la batterie. On retrouve alors la force de frappe d’Echampard, pilonnant le terrain et réveillant dans nos mémoires les terribles images de lances à incendie et des chiens policiers envoyés contre les manifestants luttant pour les Droits civiques. Sensations physiques, rage plus ou moins rentrée, dans un espace d’improvisation modale avec cet autre thème, “Peaceful warrior”: autre jaillissement de la batterie sur Sitting Bull, le Sioux,” du peuple amérindien, hélas décimé. Ainsi ce sont les ambiances, les couleurs de ces scènes que se représente Angelini dans son film imaginaire, son cinéma intérieur où il bat la campagne, les espaces de la wilderness américaine.

Le cadre posé, l’intention définie par le compositeur leader, ses deux complices se lancent dans une improvisation précise, brossant une fresque collective, un portrait vibrant de l’Amérique, et de ses contradictions, de ses losers magnifiques à ses forces vives, positives, énergiques. Ainsi en est-il des mouvements contestataires qui ont toujours irrigué la contre-culture, la “civil disobedience”, la littérature sociale de Jack London, les musiciens qui ont innové comme John Cage. Et totalement actuel, un coup de chapeau sur “A Butterfly can save a tree”, à l’activiste Julia Butterfly Hill, luttant pour la protection des séquoïas. Bruno Angelini pense alors à la dégradation du climat : sur un ostinato au piano se développe le chant du bugle doux et plaintif, déchirant qui se brise, marquant l’anéantissement programmé. Empreint de gravité, ce voyage aux habiles transitions, n’empêche pas la cohésion du parcours d'un trio qui montre une belle vitalité.

Sophie Chambon

 

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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 11:32

Thibault Walter (piano électro-acoustique préparé), Jean-Luc Ponthieux (contrebasse), Pablo Cueco (zarb)

Avril 2021

Élément 124 / Inouïe Distribution

 

Un trio très singulier, à bien des égards. D'abord le choix du piano, un Yamaha CP 70, survivant né voici un demi siècle, un instrument à cordes amplifiées, et ici avec des préparations qui le font sortir des souvenirs sonores qu'il a laissés dans le rock, progressif ou pas, et le jazz fusion. Et puis l'instrumentation, autour de la contrebasse, pôle d'identité jazzistique, avec ce piano presque insolite, et le zarb dans un rôle habituellement dévolu à la batterie. Et il faut le dire tout net : ça marche, et même plus que cela. On est transporté dans un univers où la pulsation du jazz, avec quelques-uns de ses schémas canoniques, se trouve confrontée à des choix sonores, des singularités de timbres, des audaces harmoniques ou rythmiques qui nous entraînent dans une sorte d'ailleurs de cette musique que l'on croyait connaître. Et avec une liberté d'improvisation qui renforce encore ce léger sentiment d'étrangeté. Singulier donc, et en ce sens totalement abouti. Une vraie réussite !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Soundcloud

https://soundcloud.com/user-542873066

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Pour célébrer la sortie de ce disque, le trio jouera le mardi 8 septembre à 20h30, à Paris, au Sunset

https://www.sunset-sunside.com/2021/9/artiste/3697/7530/

 

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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 18:01

Enrico Pieranunzi (piano, célesta)

Ludwigsburg, octobre 2012

CamJazz CAMJ 7955-2 / l'autre distribution

 

Initialement prévu pour une publication en février 2020, ce disque enregistré en 2012 arrive enfin jusqu'à nos oreilles toujours attentives aux pérégrinations musicales du Maestro transalpin. Cette fois, c'est une libre déambulation en solo, au piano (et un peu au célesta), un libre parcours musical suscité par les impressions, les émotions et les fulgurances produites par la peinture dans l'esprit et l'action du pianiste qui regarde le cadre, la forme. On n'est manifestement pas dans une simple démarche de correspondances telles qu'envisagées par Baudelaire. Ni dans l'optique de la synesthésie qui associerait les couleurs des œuvres à une transposition musicale. On semble ici se trouver en présence d'une libre (très libre) expression. Le lancer de couleurs de Jackson Pollock, après des escapades très escarpées, va déboucher sur un blues d'un absolu dépouillement, et d'un feeling étourdissant. Gustav Klimt sera gratifié de jaillissements post-romantiques. Edward Hopper n'échappera pas à ses figures obsessionnelles, avec résolution dans une sorte de blues hétérodoxe fourmillant de tensions harmoniques. Pablo Picasso et Paul Klee suggéreront au pianiste une sorte d'éloge du discontinu, tandis que Mark Rothko fera emprunter à Enrico Pieranunzi des sinuosités sans terme identifiable. Des variations chromatiques pour Henri Matisse et un boogie woogie futuriste pour Piet Mondrian complètent le tableau général, où s'inscrivent en prime quelques variations personnelles du pianiste en bleu, noir, gris, vert, jaune et rouge. Mais j'insiste, pas de correspondances oniriques ou synesthésiques, rien que la liberté d'un musicien qui m'a entraîné dans son univers, guidé par le fil de ses sensations. Et se laisser guider par cette liberté en action fut un réel bonheur.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

Enrico Pieranunzi jouera en, duo avec Diego Imbert, les 26 & 27 août 2021 à Paris au Sunside, puis en trio le 28 août au festival 'Jazz en Sol Mineur' à Hussigny-Godbrange (Meurthe-et-Moselle)

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 06:10

Élise Dabrowski (voix), Fidel Fourneyron (trombone), Olivier Lété (guitare basse)

Antony, juin 2020

Full Rhizome Trepak 01 / l'autre distribution

 

Une musique d'une absolue singularité, que n'éclaire pas le discours d'escorte, fait d'analogies. Le thème-titre (l'ultime plage), sur un texte de l'écrivain et metteur en scène Falk Richter, dit furtivement ceci «Avant je voulais changer le monde, mais maintenant je ne pense qu'à ma place de parking (…) Avant je voulais changer le monde, j'ai commencé à tellement changer que j'ai oublié qui j'étais...». Et ce que semble nous dire la musique, par-delà le labyrinthe des titres allusifs (Il a plu, Peut-être es-tu immobile à la fenêtre, Les êtres en quête, Des paysages qui attendent, Dis simplement quelque chose, Faire s’écrouler des choses....), c'est le mouvement d'une forme en perpétuelle transformation, un flux nourri d'interactions, de timbres inouïs, d'éclats soudains et de retraits méditatifs. Et la force du dialogue entre la voix (en ses métamorphoses) et les instruments (eux aussi porteurs d'une foule d'avatars). C'est intense de bout en bout, jusque dans la réserve et le chuchotement. C'est tout simplement beau. Et comme l'écrivait le poète : «Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, Ô Beauté ! ». Une formidable réussite de musique, d'expression et d'aventure créative.

Xavier Prévost

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Le trio sera en concert le 22 août à 14h30 au Paris Jazz Festival, Parc Floral de Paris, Bois de Vincennes

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Un avant ouïr sur Viméo

 

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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 21:11

Enrico Pieranunzi (piano), Thomas Fonnesbæk (contrebasse)

Copenhague, juillet 2020

Stunt Records STUCD20132 / UVM distribution

Me revient en mémoire ma première chronique d'un disque d'Enrico Pieranunzi, dans un magazine spécialisé : c'était vers 1985, «New Lands», en trio. Et j'avais alors (lourdement ? ) insisté sur la référence à l'univers de Bill Evans. Effectivement le pianiste italien voue un culte à Bill Evans, auquel il a consacré un formidable livre, traduit en français par Danièle Robert (Bill Evans, Portrait de l'artiste au piano, éd. Rouge profond, collection Birdland, 2014). Et il a souvent joué, et enregistré, avec Marc Johnson, ultime bassiste de Bill. Pourtant, pour l'avoir écouté dans des dizaines de ses disques, et sur scène, en solo, duo, trio.... j'ai souvent constaté qu'Enrico Pieranunzi avait son propre univers. Mais cette fois la référence est explicite : le choix de deux thèmes de son illustre prédécesseur, et de nombreuses allusions (non seulement dans les titres-Bill and Bach , qui évolue du phrasé jazz au contrepoint baroque mais aussi par le style, l'atmosphère, le phrasé, le choix des trames harmoniques), signent l'hommage. Et au détour d'une plage, on se rappelle qu'à la fin des années cinquante, Bill Evans était un admirateur de Lennie Tristano. Enrico Pieranunzi avait déjà publié un duo avec Thomas Fonnesbæk, enregistré en club en 2017 (et chroniqué ici). À la faveur de nouveaux concerts au Danemark ils sont entrés en studio pour enregistrer ce chant d'amour au Grand Bill. Le contrebassiste dialogue avec le pianiste, dans un esprit qui rappelle l'univers de référence, et tout cela est d'une grande beauté : on succombe, sans résistance aucune....

Xavier Prévost

 

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