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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 17:33

 

Assai records

Stéphane Chausse (sax, cl, fl), Bertrand Lajudie (p, fder, synths), Larcus Miller (n), Mino Cinelu (perc), Sylvain Gontard (tp), Stéphane Guchard (dms), Marc Bertaux (b), Fred Soul (perc), Ousman Danedjo (vc), Nicolas Montazaud (perc), Bernard Paganotti (b), Franck Tortiller (mba, vbes), Jasser Haj Youssef (viole), Himiko Pganotti (vc), Patrice Héral ( vc),  André Cecarelli (dms), Dominique du Piazza (b), Steve Tavaglione (ss), Jude Miller ( effects), Rafael Mejias (perc), Joêl Chausse (tp), Philippe Goerges (tb),  etc.....

 chausse-lajudie.jpg

Cet album réalisé par Stéphane Chausse et Bertrrand Lajudie pourrait aisément donner le tournis si l’on en juge par ce véritable all stars qu’il réunit a gré d’une géométrie variable évoluant selon les morceaux.

Un premier morceau un peu en l'honneur de l'invité spécial, Marcus Miller qui sort sur November, très funk, son numéro habituel. On est d'emblée saisi par la qualité de la production, des arrangements et du traitement du son qui sont la marque d'un gros travail méticuleux. Cela sonne un peu retro 80's . Mais on marche à cette électricité là. L'album marqué par son continuum très électrique et jazz fusion mais aussi par la richesse de son instrumentation et des couleurs. On pense parfois au Tutu de Miles (d'ou peut être la présence de Marcus Miller). On note aussi la présence parmi toutes ces figues remarquables qui participent à l'album d'un Sylvain Gontard, incontournable figure actuelle sur la trompette, qui explose aussi littéralement avec une maestria exceptionnelle.

Un super groove parfois comme sur Don't turn around très réussi dans le mix des solistes et des accompagnements où Stephane Chausse marie un son très classique de clarinette (sur lequel il excelle) au tramage funky. Stephane chausse, sur divers soufflants est bluffant dans son intelligence du jeu. Idem sur un Zeeplin au groove rond et moelleux à la Weather Report. Là encore, arrangements impériaux et une masse orchestrale impressionnante.

Manque peut être à cette musique là un petit supplément d'âme qui, au delà de l'énorme performance puisse nous parler un peu au ventre et nous toucher en plein coeur. Car a en faire trop (comme cette coda totalement décalée sur Busy) on pourrait aussi bien rester un peu trop spectateurs.

Mais le groove ! Comme sur ce Mister T où l'ensemble du groupe semble s'être métamorphosé en une seule rythmique. Stephane Chausse, sur divers soufflants est bluffant dans son intelligence du jeu.

Il y a de l'envergure, il y a du souffle dans cet album et dans sa production artistique ( cf Across a tree)

Avec cet album il entre dans la cour des grands et surtout nous fait piaffer d'impatience à le(s) voir (tous) sur scene.

Jean-Marc Gelin 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 17:37

YounSunNah Lento w001The Act Company

Sortie le 12 mars 2O12

 

 Harmonia mundi distribution

 En concert au Châtelet à Paris le 25 mars et en tournée en France au printemps 2013.

 

Un nouvel album de la chanteuse Youn Sun Nah est toujours attendu avec impatience, comme un rendez vous avec une amie, car même en terrain connu, sa voix nous emporte toujours. Elle a ce don qu’un travail continu a poli et porté au plus haut. On peut aimer Madeleine Peyroux parce qu’elle évoque merveilleusement Billie Holiday.  Si Youn Sun Nah  ne copie personne,  elle nous fait nous souvenir des plus belles pages de l‘histoire du jazz, de la pop ou du rock vocal. Elle a l’envergure des grandes chanteuses des « musicals » d’antan, d’une Judy Garland ou d’une Barbra Streisand  et sa présence sur scène le confirme. Ce qui surprend d’autant plus quand on la connaît, souriante et disponible, d’une douceur et d’une politesse exquises.

Cette flamme qui l’anime, on la ressent sur scène, où elle vit ses chansons, transfigurée comme dans ce « Ghost riders in the sky »  qui traduit des accents de bravoure un peu désespérée, une fureur de vivre et de chanter. Sa voix ne casse pas, elle passe du rauque à l’aigu avec une plasticité peu commune, en effectuant de constantes modulations. Elle a ce timbre, ce grain si particulier, grain de folie aussi qui la fait se dépasser et changer en un temps record, de registre, de sentiment : de la douceur de « Waiting », de  la caresse de « New Dawn » à la « sauvagerie » animale  assumée, le « Wild » anglo saxon.  Elle allie force, vigueur, science du cri comme Janis Joplin naguère.  On se met à penser qu’elle ferait sans doute une version très personnelle et passionnante de « Summertime ».
La chanteuse sort ce Lento sur le label ACT qui lui a porté chance, l’a fait enfin reconnaître du plus grand nombre, sur les scènes mondiales. A quoi tient cette réussite  exemplaire ? D’avoir été le travail d’une équipe soudée, de la production, l’orchestration à l’interprétation,  même si, au final c’est le nom de la chanteuse qui s’impose comme celui des divas d’autrefois. A ceci près que Youn Sun Nah est notre contemporaine, sans extravagance. Antifrime, anti mode.

Son répertoire, à la fois éclectique et cohérent, est essentiellement fait de chansons originales qu’elle a elle-même composées, parfois avec l’accordéoniste  Vincent Peirani qui soutient finement son propos, souligne à merveille les inflexions de voix. Elle ne reprend que le traditionnel coréen « Arirang » (elle est une star dans son pays) que l’on entendait dans Same girl. C’est qu’elle n’a plus besoin de ces thèmes connus, elle imprime sa marque propre, accompagnée des fidèles Ulf Wakenius (guitariste) et de Xavier Desandre-Navarre ( percussionniste ), déjà sur les disques précédents Voyage et Same girl. L’arrivée du contrebassiste et violoncelliste  Lars Danielsson, producteur sur les albums précédents, apporte une couleur particulière (« New Dawn »). Quant à l’accordéoniste, remarqué aux côtés de Daniel Humair, de Michel Portal, il marque une vraie rencontre. On avait pu admirer la finesse de son jeu, de ses interventions dans la tournée de concerts en 2012. Youn Sun Nah a su se le rallier et on attend avec impatience un album en leader.

Soutenu par une respiration large et frémissante, le chant de Youn Sun Nah allie fraîcheur et sensibilité, fragilité et gravité, insouciance et animalité. Protéiforme à l’image de la chanteuse, ce nouvel album condense ce que l’on attend et espère d’une voix lumineuse. La grâce incarnée ...

 

Sophie Chambon

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 18:58

 

bow.jpgTCHANGODEI (piano), STEVE LACY ( sax ),

OLIVER JOHNSON (drums)

 

Volcanic records n°13013

 

Le monde du jazz est  parfois étrangement  oublieux de certains des siens. On peut toujours tresser des couronnes de louanges une fois le musicien disparu, encore fallait-il s’en préoccuper un peu plus de son vivant. Le pianiste Tchangodei  d’origine béninoise rend ainsi, sur son label très original Volcanic, un hommage particulièrement émouvant au batteur Oliver Johnson disparu tragiquement à Paris en mars 2002. Le journal Le Parisien ne publia pour toute nécro qu’un entrefilet relatant le fait divers sordide, le meurtre sur un banc dans le quartier du Châtelet.

Oliver Johnson, né en 1944, a  joué avec les plus grands et participé aux expériences les plus intéressantes de la musique improvisée, notamment dans le sextet de Steve Lacy dès 1973 et jusqu’en 89. Cet album exhume la musique du pianiste en trio avec Steve Lacy au saxophone soprano, en duo avec Oliver Johnson, ou avec le contrebassiste Henri Texier.


Les notes de pochette du pianiste rendent hommage à l’ «artiste », plus encore qu’au musicien, établissant une hiérarchie entre le « créateur » et le « performer » au meilleur sens du terme, y  compris virtuose. Cette distinction permet de rapprocher  la vie et la fin du batteur Oliver Johnson des figures oubliées qu’Alain Gerber dépeint dans son Petit dictionnaire incomplet  des artistes incompris. Et à ma grande surprise, en allant feuilleter l’excellent ouvrage chroniqué ici même, je n’y ai pas trouvé, à la rubrique batteur, le malheureux, décidément oublié, une fois encore.

La musique entendue sur cette compilation bien choisie, de onze titres, est tiraillée entre danse (la biguine de « War dance »  ou cette « African dance ») et rage. Car enfin il s’agit d’une excitation de toutes nos terminaisons nerveuses  avec le son immédiatement reconnaissable au soprano de Steve Lacy, vrillant dans les aigus, obstiné, systématique, mais aussi capable de  développer des volutes plus enrubannées, presque soyeuses («The Wasp»). Ce n’est pas seulement pour créer de nouvelles atmosphères en utilisant couleurs et timbres différents mais pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser : une danse guerrière adaptée à une conception vraiment libre, totalement ouverte de la musique comme dans ce dernier titre « L’arc » qui renvoie au premier en trio « The bow ». Puissance et raffinement d’un batteur qui joue sa peau, faisant feu de tous bois, à l’aise aux cymbales comme sur la grosse caisse. Violence rageuse de cette musique qui jaillit dans l’instant, sur le fil du rasoir. La tension est à son comble, n’esquissant aucune faiblesse d’intensité. Virevoltant dans la rigueur tout au long de cette sélection, apparaît le pianiste Tchangodei : on l’écoute dans le trio, absolument sidéré par cette musique, nerveuse, ardente dans ses commencements, au-delà de la sensibilité et du lyrisme (« Spirale »).

Avec Henri Texier qui fut décidément de toutes les aventures, très mélodique sur « Sans couleur », il nous tend le miroir d’ombres d’une musique riche en nuances (« Lumière dans le brouillard »), plus apaisée.

 Traversé de fulgurances, le pianiste fait entendre un chant mélodique profond, libéré, pas vraiment heureux mais d’un magnétisme tel qu’il force à l’écoute. Un musicien vraiment trop confidentiel, singulièrement libre qui en paie aussi le prix, car nombre de lignes de son texte introductif pourraient s’adapter à son cas.

Avec cette sortie, on assiste à la renaissance d’une musique qui n’a besoin que de surgir pour qu’on y croie à nouveau. Un jazz incandescent.

 

Sophie Chambon

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:33

 

ECM 2013

Charles Lloyd (ts,ss), Jason Moran (p)

 charles-lloyd-jason-moran-hagars-song.jpg

Il y a des artistes à qui l'on serait prêts à tout pardonner. Ou presque. Des artistes qui ont atteint un tel sommet dans leur art que l'on serait prêt à pardonner n'importe laquelle de leur facilité.

Cet album de Charles Lloyd en duo pourrait bien échapper à cette règle. Oui c'est beau ! C'est même très beau ! Oui, le son du saxophoniste est sublime ! Rien à dire là dessus. C'est un son unique que peu de saxophoniste savent déployer avec autant d'émotion. Oui, on sait qu’il perpétue l'oeuvre de Coltrane en s'offrant avec le piansite Jason Moran un duo comme celui qui réunit jadis le saxophoniste à Duke Ellington. Et l’hommage à Duke et à Billy Strayhorn est ici clairement assumé jusqu'à reprendre un Mood Indigo (magnifique il est vrai) qui n’aurait pas juré dans le fameux duo de 1962. Nul doute que la rencontre de Charles Lloyd avec les deux géants a marqué à vie sa carrière musicale. Mais Coltrane en 2013 aurait-il suivi cette voie un peu passéiste ? Qu'il nous soit permis d'en douter. Il faut écouter le All about Ronnie où le jeu de Lloyd prend jusqu'à des allures de copié-collé du jeu de Coltrane et dans lequel la personnalité du saxophoniste se perd franchement. On pourrait se demander si l'intérêt du principe de ce duo n’aurait pas été d’inverser les rôles et d'amener LLoyd sur le terrain de Jason Moran plutôt que le contraire. Or à l'exception de quelques thèmes  (comme Pictogram) ce n'est justement pas ce qui se passe et l’ensemble reste assez conform(ist)e à ce que l’on attendait de l’exercice. L’hommage que rend Charles Lloyd à son arrière-arrière grand-mère, petite fille séparée de sa famille à 10 ans pour être vendue comme esclave est le sous-jacent qui, bien sûr, émeut. Et toutes les réserves que l’on avance ne nous empêcheront pas d'apprécier ces moments magnifiques ni de tomber dans l'envoûtement d'un thème comme "Dreams of white bluff" très espacé et très minimaliste où la profondeur du son de Charles Lloyd nous plonge dans un insondable mystère.

Mais l'on ne peut s'empêcher de penser qu'entre coltranisme et orientalisme, Charles Lloyd tourne toujours autour de son sujet sans véritablement développer beaucoup d'idées neuves ou à défaut, personnelles. Ce qui pourtant serait bien le moins que l'on pourrait attendre d'un musicien de sa dimension.

Jean-Marc gelin

 

 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:17

Cam Jazz 2013

John Escreet (p), David Binney (as), Donny Mc caslin (ts), Matt Brewer (cbà, Antonio Sanchez (dms)

 

 

 

 

Dans mon nirvana antonio-sanchez.jpgdes batteurs qui évoluent de l'autre côté de l'Atlantique, il y a quelques sérieux clients. Sans vouloir tomber dans un name-dropping un peu futile, je citerai bien quand même et pêle-mêle Jeff Tain Watts, Gerald Cleaver, Eric Harland, Justin Brown, Nasheet Waits et...... le batteur mexicain Antonio Sanchez dont il faut bien dire que je suis l’un des grands fans.

Il n' y a pas si longtemps, nous écrivions dans ces mêmes colonnes tout le bien que l'on pensait de son avant-dernier album ( son album « live au Jazz Standard de New York » cf. ANTONIO SANCHEZ : « Live in New York at Jazz standards » )

Sans accéder au même niveau, ce nouvel album inscrit résolument le batteur de Pat Metheny comme ce qui se fait de mieux en ce moment. Antonio Sanchez est en effet de ceux qui, quand bien même il s'entoure (comme ici)  d'un all-stars impressionnant, donne néanmoins l'impression d'avoir des épaules si larges qu'elles suffisent à elles seules à tenir la boutique.  Engin à propulsion capable de catapulter n’importe quelle section rythmique et non des moindres puisqu’il s’agit en l’occurrence du jeune John Escreet et de Matt Brewer. Antonio Sanchez en fils spirituel d'Elvin Jones. Sorte de Vulcain en second, maître des forges, Hérault du feu qu'il maîtrise et sur lequel il souffle avec force de vie et de passion.

Et s'il s'est accompagné d'un combo de luxe où Dave Binney le dispute à Donny Mc Caslin ( deux fameux clients aussi) c'est pour leur offrir de magnifiques compositions sur lesquelles ces deux soufflants savent y faire dans le genre allumeurs d’incendies au cœur tendre, attisant le groove avec de félines manières (Uprising and revolutions). Les compositions du batteur sont un peu inégales et si l’on se serait bien passés d’un morceau anecdotique comme Minotauro on rentre en revanche à fond dans cette énergie presque pop sur New Life où Antonio Sanchez se transforme en Keith Moon (le batteur de The Who) avec ce morceau à tiroirs qui évolue en cours de route de manière surprenante. C’est une composition que Pat Metheny aurait très bien pu revendiquer quant aux richesses harmoniques qu’il recèle. Mais il y a aussi des rythmes latins qui viennent s’inviter à la fête avec Medusa qui donne l’occasion d’un bel échange entre John Escreet , David Binney et Donny Mc caslin ou encore ce très funky The real Mc daddy endiablé.

Encore une fois, avec cet album Antonio Sanchez confirme bien qu’il est l’un des véritables pivots de la scène du jazz américain. A l’instar d’autres comme Miguel Zenon, il apporte la démonstration de la vivacité de cette musique qui ne cesse d’évoluer avec pour maître mot le sens du groove. Sur ce terrain-là, Antonio Sanchez donne une véritable leçon.

Jean-Marc Gelin

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 07:37

 

With Baptiste Herbin (alto sax), Alexandro Lanzoni (p), Michel Benita (b)

Dreyfus jazz/ Sony/ BMG

romanonew-blood-plays-the-connection-aldo-romano.jpg

Le nouveau projet du batteur Aldo Romano sent … la poudre. Il revisite avec un superbe quartet la musique du pianiste Freddie Reddet du saxophoniste alto Jackie McLean ( pour faire vraiment court, un musicien dans la lignée des saxophonistes parkériens) pour la pièce de Jack Gelber intitulée The connection (« L’intermédiaire ») jouée en 1959 par le célèbre « Living Theater »[i], forme expérimentale exemplaire du théâtre contemporain, espace véritable de la contre-culture.

La pièce partit ensuite en tournée  de New York à Londres et Paris et obtint un grand succès.

Si  « the connection » ne se passe pas à Marseille, il s’agit néanmoins de drogue et de l’attente, sans espoir de rédemption, du dealer (c’est lui le contact ) qui doit apporter le fix, à savoir la dose...  Combinant improvisation véritable et improvisation jouée, la pièce se présente comme une expérience de théâtre-vérité : de « vrais » drogués jouent, moyennant rémunération, pendant que des musiciens de jazz  se livrent à une jam session. Selon Julian Beck, il fallait montrer que « nous sommes tous en état de manque ». Voilà qui remet sur le tapis la question de la dope et de l’addiction d’innombrables musiciens de jazz. Rappelons qu’ à la fin de 1966, l’état de Californie met le LSD hors-la-loi, inquiet de la généralisation galopante de son usage. Fallait-il après Rimbaud, tenter ce voyage dans l’inconnu en cherchant « le dérèglement des sens »?  La pochette est sans équivoque, les champignons suffisamment hallucinogènes, et certains titres, explicites comme O.D (overdose) , « Theme for sister salvation » ( à rapprocher de Rock and Roll animal de Lou Reed , du « Sister Morphine » des Stones créé dès 68 dans Let it bleed avant d’être immortalisé dans  Sticky Fingers).

« Time are changin’ » …En dépit des difficultés actuelles, de la précarité devenue durable (comme un certain développement), ce n’est plus l’accompagnement  indispensable des jazzmen ou joueurs de musiques actuelles. Sans se  régénérer à l’EPO, ce nouveau quartet qui inclut quand même l’ami (et ancien) Michel Benita qui tient superbement son rôle, apporte du sang neuf en la personne du formidable saxophoniste qu’est Baptiste Herbin, preuve que la transmission n’a pas besoin de transfusion et que l’esprit du jazz et de McLean demeure…sans additifs.

A l’éternelle question  « Pourquoi jouer cette musique là aujourd’hui ? », soulignons qu’à part ceux, plus « anciens », pour lesquels le nom de Jackie McLean veut dire quelque chose, que connaissent les plus jeunes de cette époque nettement révolue ? C’est sans doute l’un des intérêts de « ressortir » ces compositions magnifiquement écrites, sous dope ou pas.  Quitte à aller réécouter ensuite les originaux. Et pour les nostalgiques,  écouter aujourd’hui, en live, cette veine hard bop, brillante, ardente, swingante, est un bonheur rassurant. Oui, le jazz irrigue ces compositions, quel que soit le nom qui lui est donné, elles en ont le tempo, le parfum. Qu’Aldo Romano veuille rejouer cette musique qu’il aime tant, celle de sa jeunesse (d’autant qu’il  fit partie de l’adaptation française de la pièce en 1968 avec les regrettés Michel Graillier, Siegfried Kessler, Jean François Jenny-Clark ) ne nous paraît guère étonnant :  il évoque la mémoire des musiciens maltraités, oubliés parfois au nom d’une réprobation plus morale qu’esthétique. Et qui se sont détruits irrémédiablement.

Il fait par ailleurs œuvre pédagogique en continuité avec ses projets précédents, son hommage à Bechet, ou son formidable disque avec l’altiste Géraldine Laurent . On peut dire que les « papys » de la batterie (qu’ils me pardonnent cette affectueuse familiarité) savent dénicher, chacun dans leur genre, dans un registre très différent, les jeunes talents, qu’ils ont l’art de bien s’entourer. Le jeu de ces altistes est absolument renversant et le souvenir des grands jazzmen, figures « historiques », ne risque pas de leur faire trop d’ombre. Le tout jeune pianiste Alessandro Lanzoni n’est pas en reste, en particulier dans son solo sur la composition de George Shearing  « Conception ». On écoute avec le même plaisir les thèmes « vif argent » de Freddie Redd que le doux « Murmur » en trio d’Aldo Romano (quel mélodiste ) et la ballade finale du jeune  Herbin...  

Sophie Chambon 



[i] Le Living Theater est l’un des groupes les plus importants des années soixante qui renouvella le langage théâtral et les techniques d’engagement de l’acteur. Communauté exemplaire, le groupe proposait au spectateur des formes plus directes de participation. Même si la création est envisagée à New York dès 1947 par Judith Malina et Julian Beck, la notoriété va commencer avec cette pièce de Gelber « The connection ».

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 08:52

 

Discograph 2013

Christophe Dal Sasso (comps, arrgts, fl), David El-Malek (ts, tb), Manuel Marches (cb), Pierre de Bethmann (Fder), Franck Aghulon (dms), Thomas savy (clb), Jacques Tellitocci (perc, vb), Camille Lebréquier (cor), Cécile Hardouin (basson), Elisa Bellanger (p), David Belmondo (textes)

Christophe-Dal-Sasso---Ressac.jpg

 

ENOOORME  disque de Christohe Dal Sasso qui sort dans les bacs ces jours-ci ! Si vous voulez du jazz inventif, du créatif, du puissant, si vous voulez du jazz où Debussy s’accoquine avec Weather report, où le jazz vibre à 1000 allures, 1000 couleurs, 1000 instants prolixes n’hésitez pas un seul instant.

Quelle musique ! Là où l’écriture limpide marie le jazz, le classique et l’électrique (avec notamment ce coup de génie d’associer à la masse orchestrale très classique des vents au fender exceptionnel de Pierre de Bethman).

On ne s’y ennuie pas un seul instant dans cet album passionnant où les couleurs orchestrales, rythmiques et mélodiques varient, alternent avec le même élan. On croirait parfois du Schiffrin ici ( Nuit sans sommeil), là du Gil Evans là ou du Maria Schneider ailleurs. Tous ces grands compositeurs et directeurs d’orchestre qui savent faire vivre leurs ensembles d’une passion inextinguible. Et quels solistes mazette ! Et quelle rythmique aussi ! De ce genre d’alchimistes capables de transformer l’air en ouragan. Ça c’est de l’orchestre…… ! Et il y a cette belle intensité dans l’expressivité non retenue des solistes qui se fondent dans des tramages harmoniques subtils ( terre de naissance) avec, parfois le mouvement emporté dans une force torrentielle (Transit où le chorus de David El Mealek est absolument renversant). L’ombre de Yuseff Latefef plane sur l’album.

La musique de Christophe dal Sasso semble remettre sans cesse la mise sur le tapis, se remettre en jeu avec toujours autant de passion. Il faut écouter la direction magnifique de l’orchestre dans Perdition. Tout dans le mouvement qui se créé y est matière à jouer sur l’équilibre de la masse orchestrale. Juste superbe. Parfois très classique comme sur ce beau prologue sur Casa Battlo par Elisa Bellanger, tantôt teinté de groove africanisant (Flots).

Petite restriction sur le récitatif avec des textes très convenus et un récitant qui s’inscrit dans une sorte de dureté du langage dont on se serait bien passé et qui en tout cas nuit sérieusement à la pulsation ( pourquoi ne pas être allé chercher un vrai slammeur ?). C’est pourtant le spectacle d’origine qui a donné prétexte à cet album. Il fallait donc s’y tenir. Sauf qu’en album cela casse un peu l’élan de ce bel ensemble.

Mais Dal Sasso réussi un tour de force. Il est difficile de parvenir à faire vivre la musique, de lui donner cette animation, cette force d’âme qui nous chavire et nous transporte. Mais c’est avec une inspiration presque chamanique que Dal Sasso parvient justement à percer le mystère d’une musique d’une rare intensité.

Indispensable !

Jean-Marc Gelin

 

 

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 21:12

Double album. Nova Records/Wagram.

 You012_Box.jpg

Elle est devenue « un must » pour les amateurs –et aussi les professionnels-de jazz, la soirée annuelle de TSF à l’Olympia. On joue à guichets fermés sur un rythme enlevé. Pour sa dixième édition, le 17 décembre dernier, la station de radio a choisi d’éditer un album. En vingt morceaux, c’est une revue de l’actualité 2012 qui est ainsi proposée. Une bonne manière de faire connaissance des révélations de la scène parisienne, toutes nationalités confondues (et c’est bien ainsi que le jazz se conçoit), les chanteuses Jeanne Added et Leila Martial, le saxophoniste Guillaume Perret, le pianiste Thomas Enhco, la batteuse Anne Pacéo, le contrebassiste Omer Avital, le clarinettiste Anat Cohen, le trompettiste Ibrahim Maalouf…  On retrouve aussi avec plaisir des piliers tels que Daniel Humair, Laurent de Wilde ou Jacques Schwarz-Bart et une légende du jazz vocal, Jon Hendricks en duo avec Sachai Vasandani dans un titre-référence de Monk In Walked Bud…

En deux bonnes heures, voilà un coffret de jazz live qui manifeste la belle vivacité du jazz d’aujourd’hui à Paris. Et une invitation à sortir dans les clubs et à …acheter les cd des musiciens en question !

 

Jean-Louis Lemarchand

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:29

 

Emouvance émv 1035

www.emouvance.com

www.allumesdujazz.com

 ROY-Guillaume FromScratch w001

  N’attendez pas du label marseillais du convenu, vous seriez déçu...

En revanche, si vous aimez la musique des lisières, la virtuosité et l’énergie réjouissante, la fulgurance, le goût de la mélodie vigoureusement déconstruite, écoutez le dernier opus de l’altiste Guillaume Roy, co-fondateur du quatuor IXI avec Régis Huby. Son alto libre et libéré, zigzague justement entre divers styles, dans la plus belle conception de l’improvisation, sonnant et raisonnant de façon mystérieuse.

Onze pièces, à la pointe courte et acérée, plutôt petites mais pas faciles, composent ce From scratch, à la pochette moutarde (ah, les feutres colorés en aplat du graphiste). Il y a quelque chose qui (nous) gratte furieusement, qui insiste frénétiquement  dans cette musique, dans le grain de peau, de son, de cet instrument  qui nous est peu familier.

Jean Rochard s’est fendu, de sa plume alerte et poétique, d’un texte introductif, voyageur, la musique évoquant en lui les paysages de dunes, l’espace désertique africain, peut-être dans le pénétrant « Langues et âme ». Pourtant à la plage suivante, c’est la « tourbe » qui est convoquée pour l’âpreté, la violence, et le sombre climat des côtes occidentales du comté de Dingle? En oubliant les gigues endiablées des violoneux irlandais. Un folklore rêvé mais pas imaginaire, capté « en plein vol ». Car Guillaume Roy est aussi peintre de paysages qu’il brosse à grands coups d’archet,  ou en « faisant friser la corde et le bois de l’archet » comme le souligne joliment Frank Bergerot. 

Il y a  encore la force des mots, ceux de l’exergue de Marina Tsvétaïéva, qui évoquent l’océan, ceux que sculpte l’énonciation de Corinne Frimas dans « L’imprévue ». Les mots, les sons, l’émotion. Sans oublier l’humour, jamais trop loin cependant, quand on a vu Guillaume Roy en concert. 

Jusque dans le final, les cordes sensibles sont malmenées, triturées comme savent le faire certains guitaristes. Les notes en pluie serrée et persistante, le martèlement du chevalet, les motifs répétés, bruitistes, les brisures rythmiques composent un chant grave, une mélodie heurtée, d’une douceur extrême par intermittence. Indomptable, Guillaume Roy lutte avec son alto, harmonise ses propres déséquilibres, à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés. Deux séances d’enregistrement  pour venir à bout de ce travail singulier d’un alto pluriel.

 

 

Sophie Chambon

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:21

 

Sortie le 14 février  BEE JAZZ059

Bee Jazz/ Abeille musique distribution

www.janlundgren.com

Jan-Lundgren---The-Man-In-The-Fog.jpeg

 

Une fois de plus, nous nous trouvons confrontés à la volonté d’un pianiste de « se faire » un  piano solo, de se colleter à cet exercice de style qui va bien plus loin... et qui le laisse seul et nu face à son instrument, ses démons ou vertiges.

Je ne connaissais pas  vraiment ce pianiste  suédois qui fut dans sa jeunesse (il a 46 ans) un joueur de tennis  émérite avant d’entreprendre de sérieuses études classiques. Une fois de plus, le mirage du jazz, l’attraction et terrible attirance envers cette musique prit le dessus....mais pas seulement puisque le riche  folklore de son pays natal se retrouve aussi dans son inspiration. La seule composition originale qui donne le titre de l’album est doucement  insistante dans la mémoire. Bon présage. Et la suite ? Nous écoutons des compositions classiques comme la ballade de Fauré  « Après un rêve » qui se prête à un arrangement délicat et stylé, une version du magnifique thème de Jerry Goldsmith  pour le film culte de Polanski Chinatown que les cinéphiles connaissent aussi parce qu’il est l’indicatif de l’émission de Thierry Jousse, Ciné Song, le jeudi soir  sur France musiques. Cet album continue à nous surprendre avec ce dernier  titre qui renvoie à une nostalgie bienvenue : « Tack för Allt » semble  profondément inspiré de la musique de The Fox du compositeur-pianiste argentin Lalo Schiffrin.  On acquiesce ainsi de titre en titre en suivant le disque d’un bout à l’autre sans se lasser, embarqué dans l’univers musical  de cet artiste qui, sans être vraimentoriginal,  est attachant et installe un climat propice à la méditation et la rêverie. A suivre ! [i]   



[i] Qui inspira d’ailleurs la pub d’une marque de collants très célèbre. Mais qui a aussi quelques liens avec le thème oulipien de Roland Kirk.

 

 

Sophie Chambon

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