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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 19:29

Sunnyside Records 2011

Adam cruz (dm), Steve Cardenas (g), Edward Simon (p) ; Chris Potter (ts), Miguel Zenon (as), Steve Wilson (ss), Ben Street (cb)

adam-cruz-milestone1.jpg

 

Étonnant microcosme New-Yorkais qui n’en finit pas de voir émerger en son sein des jeunes talents du jazz  que nous découvrons de ce côté-ci de l’Atlantique avec un certain retard.

Adam Cruz n’est pourtant pas un nouveau venu. Après 20 ans de carrière, le batteur a tourné avec les plus grands qu’il s’agisse de Chick Corea, de Patricia Barber,de Tom Harrell ou de Danilo Perez ou Daniel Sanchez. C’est sous le label Sunnyside que le batteur signe aujourd’hui son premier album en leader, autour de ses propres compositions et avec un casting de luxe.

Dans une mouvance post-Shorterienne en un poil plus funky, « Milestone » offre une image assez fidèle de ce jazz raffiné qui se joue aujourd’hui dans les clubs de big apple. Et le moins que l’on puisse dire c’est que « ça joue » ! Et à très haute altitude. Une rythmique ultra efficace et raffinée donne une sorte d’écrin plutôt classe à des solistes, tous remarquables. Au premier rang desquels, fidèles parmi les fidèles Steve Cardenas (à la guitare) et Edward Simon (au piano), peut être moins en lumière que les soufflants contribent à ancrer ce sextet dans un vraie cohérence de groupe.

Un groove sous-jacent et délicat, jamais lourd mais omniprésent comme une véritable rampe de lancement qu’Adam Cruz, avec Ben Street à la contrebasse offrent à leurs camarades.

Chis Potter toujours au sommet y apporte ici un son plus inhabituel, plus sauvage. Une sorte de « wild tone » dès l’ouverture de l’album où il déchaîne une foudre coltranienne  presque trash ( Secret life). Miguel Zenon, autre soufflant à l’alto fait lui aussi parler sa verve et le fow irrépressiblement Parkerien aux accents latins (Emjé). Plus rare à entendre dans notre pays, Steve Wilson quant à lui culmine et y apparaît selon moi comme l’un des héros de cette session (Outer reaches). Et derrière ce fameux groove surgissent parfois des moments très épurés qui surgissent parfois dans l’album ( Resonnance ou Crepuscular), moments de flottement des harmonies dans une sorte d’entre-deux captivant.

Si l’on peut regretter que parfois, certaines des compositions d’Adam Cruz tournent un peu en rond et doivent leur salut à la grande musicalité de ses interprètes ( comme si elles ne se suffisaient pas toujours à elle mêmes, ex Ce Bird of Paradise un peu mollasson),  il n’en reste pas mois qu’Adam Cruz nous offre le témoignage de ce qui se fait de vraiment bien dans le jazz aujourd’hui lorsqu’un groupe cohérent et solide s’attache à une esthétique assumée et offre un beau terrain de jeux à des solistes inspirés.

Jean-Marc Gelin

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 19:02

PING MACHINE : « Des trucs pareils »

Neuklang 2011

 PingMachine_desTrucs_w.jpg

 On retrouve ici, sous la direction de Fred Maurin, cette formidable mécanique bien huilée qu’est Ping Machine, big band flamboyant dont nous nous sommes fait déjà l’écho à plusieurs reprises dans ces colonnes (cf. notre précédente chronique de Random Issues) . Deux ans après Random Issues, Maurin montre et démontre à nouveau l’éventail de son savoir faire et surtout le foisonnement de ses idées orchestrales.

En développant ici les climats un peu sombres et glauques de polar ( c’est en tout cas ce que cela me suggère) et surtout en écrivant des mini suites ( Des Trucs pareils, Dissonances cognitives), le jeune guitariste chef d’orchestre fait entendre une musique forte et pleine de surprises, jamais linéaire, évoluant entre la densité de la masse orchestrale et le dépouillement extrême ( qui peut aller jusqu’à une partie où le sax joue purement et simplement seul).

Lire la suite : PING MACHINE : « Des trucs pareils »

 

Retrouvez ici l'interview de Fred Maurin

 

ping machine

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 19:33

Cristal records 2011

Michel El Malem (ts, ss), Marc Copland (p), Michael Felberbaum (g),Marc Burronfosse (cb),  luc Isenmann (dm)

 michel-el-malem.jpg


Il y a dans ce deuxième album du saxophoniste Michel El Malem ( le précédent avait été publié sur le label Fresh Sound New talent) une aventure beaucoup plus collective que dans le premier. Autant dans le précèdent album il s'agissait de la rencontre avec un musicien qui exprimait quelque chose de très personnel, comme une présentation de lui-même au public, autant dans cet album là il s'agit d'une rencontre musicale avec un groupe de haut niveau et surtout une rencontre avec un pianiste exceptionnel, Marc Copland dont on aurait juré son univers très éloigné de celui du saxophoniste.

Et pourtant c'est sur le chemin de thèmes aux harmonies chaleureuses qu'ils se rencontrent avec une certaine évidence.  Il y a, dans cet univers maîtrisé l'alliance de la douceur du groove et d'un jazz modal sous contrôle. Et ça tourne formidablement bien notamment parce que chaque membre du groupe y affirme une réelle personnalité musicale forte, tout en parvenant à se fondre dans  l'ensemble.

Les compositions sont superbes. Elles sont parfois un peu mélancoliques, mais toujours sans pathos juste avec l'effusion de sentiments forts. Une sorte de touchante tendresse que les résonances du clavier de Marc Copland mettent en valeur avec une certaine profondeur. Chaque intervention du pianiste y est magnifique, faisant sonner le medium grave de son clavier ou en allant chercher des renversements harmoniques et des accords d'une infinie richesse ( à entendre sur Reflets). Michel El Malem continue lui de s'affirmer dans cette lignée des saxophonistes dans une lignée très Breckerienne. Saxophoniste puissant et formidable improvisateur qui parvient à éviter tous les effets débordants pour au contraire maîtriser son lyrisme avec une force d'évocation saisissante. Il y a dans son jeu la force de Brecker (on l'a dit) mais aussi la fluidité d'un Shorter. Et un son magnifique ciselé dans le roc.

Michael Felberbaum est quant à lui une sorte de caméléon imprimant par la diversité de son jeu autant de couleurs différentes, allant chercher les oppositions à la couleur centrale pour mieux la faire ressortir par contraste (la fenêtre).

Et puis cette rythmique, ici parfaite dans l'intelligence de ce qu'elle doit jouer. Une rythmique affirmée et dont la présence est d'une grande cohésion. Marc Burronfosse, ici immense, confirme ce que nous écrivons depuis longtemps : il s'agit bien d'un de nos plus grands contrebassistes, essentiel et indispensable. Son association avec Luc Issenmann est lumineuse et contribue largement à la réussite de cet album.

 

Parenthèse apaisée, cet album magnifique est empreint d'une grande sérénité. Il fait partie de ces albums dont on peut espérer qu'il bénéficie d'une large distribution. Il le mérite grandement

Jean-marc Gelin

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:40

Sunnyside 2011

Aaron Goldberg (p), Guillermo Klein (kybds, compos, arr), Miguel Zenon (as), Chris Cheek (ts,ss), Matt penmann (cb), Eric Harland (dm)

bienestan.jpg  C’est tout d’abord l’histoire d’une rencontre : celle du pianiste New-Yorkais Aaron Goldberg

et du compositeur argentin Guillermo Klein. Deux musiciens qui, s’ils se sont souvent côtoyés à New-York développent néanmoins des univers assez différents. Assez différent en tout cas pour que leur rapprochement aiguise notre curiosité.

Du pianiste on sait qu’il affectionne les belles mélodies et les standards. Pianiste subtil des grands espaces qui, à l’instar de ses maîtres comme Jamal, affectionne les silences et les respirations de la musique. On l’a beaucoup entendu, dans un autre registre, auprès de Joshua Redman (http://www.lesdnj.com/article-15655761.html). Quant à Guillermo Klein, après avoir tenu l’un des bigs bands les plus inventifs de New York ( Los Guachos, dans lequel figuraient justement Zenon et Cheek) et de repartir ensuite pour son pays natal, il s’impose aujourd’hui comme l’un des compositeurs majeurs de la scène du jazz (http://www.lesdnj.com/article-24945795.html). Ses univers fascinants puisent dans un ensemble de références hétéroclites avec un sens raffiné de l’arrangement qui en faisait l’un des bigs bands les plus excitants de la scène New Yorkaise.

La rencontre de ces deux grands musiciens avait donc largement de quoi susciter notre curiosité.

Et le résultat est tout aussi séduisant que surprenant, marqué par l’hésitation à prendre un parti pris esthétique pour au contraire afficher un ensemble de propositions assez différentes les unes des autres. Très déconcertant en ce qu’il refuse toute linéarité esthétique, privilégiant à la fois la diversité des formats (les saxs n’interviennent que sur quelques titres) et des univers où un thème très épuré comme Burrito laisse place à un Human feelporté par un ostinato de sax et une rythmique bouillonnante.  Reprenant des standards parfois très bop comme sur Moose The Mooche ( où la sax de Zenon s’y fait magnifiquement Parkerien !), la musique de Goldberg/Klein flirte ensuite avec la musique sérielle ou minimaliste ( l’entente de Goldberg et de Klein sur Implacable y est réellement magnifiée sur Airport Fugue). Ces variations stylistiques vont même jusqu’à proposer celles des thèmes eux-mêmes avec deux versions différentes de All The Things you are ( qui ouvrent et clôturent l’album) et deux versions de Manha De Carnaval. Choix de duplicité que contesteront certains qui démontre assurément l’exceptionnelle qualité d’arrangeur de Guillermo Klein mais témoigne aussi d’une incertitude sur la ligne directrice sur laquelle Goldberg et Klein semblent avoir  hésité.

À l’inverse ces variations contribuent aussi grandement au charme iconoclaste de cet album dont la profondeur et la légèreté en font à la fois un objet d’envoûtement et de grâce indéfinissable. Comment résister par exemple à la tension dramatique sous-jacente d’un Impression de Bienestar, cet état de bien-être lentement, très lentement pulsé par Matt Pennman. Ce dernier s’impose d’ailleurs comme la pièce maîtresse de l’album lui donnant une incroyable couleur empreinte de gravité et de douceur, s’insérant dans les espaces que lui laissent les deux claviers.

S’amusant à nous perdre, Guillermo Klein et Aaron Goldberg au contraire nous captivent.

Résultat étonnant.

Jean-Marc Gelin

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 23:02

MALCOM BRAFF : «  Inside »

Enja 2011

Malcom Braff (p), Reggie Washington (elec b), Lukas Koenig (dm), Aurélie Emery (vc)

 malcom-braff.jpg Difficile d’être vraiment convaincu par le nouvel album du pianiste hélvétique. Bien sûr il y a un groupe qui fonctionne vraiment très bien et qui voudrait (ou pourrait) s’inscrire sur les traces de EST, avec ce sens du groove porté notamment par la basse ronde et puissante d’un Reggie Washington rayonnant. Bien sûr il y a aussi le style inimitable de Malcom Braff, fait de syncopes et de notes suspendues, et de silences qui viennent marteler le tempo.  Un phrasé à la fois mordant et tout en rupture. Malcom Braff tourne autour de sa musique, crée de vrais suspens musicaux, laisse l’auditeur dans l’attente d’un développement qui reste toujours un peu suspendu. Le pianiste vous emmène ainsi sur des pistes et vous laisse, vous et votre imaginaire, vous créer les propres suites d’une histoire tout juste suggérée.

On pourrait marcher dans ce système artistique si le pianiste ne semblait pas user et abuser des mêmes grosses ficelles. Comme cette fascination obsessionnelle pour les tourneries qui résonnent parfois comme un paravent à des développements qui n’arrivent pas. C’est le cas pour Mantra ou pour Yay. Ou encore des morceaux qui semblent répéter les mêmes structures comme ce Emphaty for the Devil qui reprend le même principe d’ostinato de basse que sur Dance of the fireflies. Si l’on peut adhérer à un morceau funky comme Sexy MF porté par le groove de Reggie Washington ( mais il s’agit là d’une composition de Prince) on la sentiment en revanche que cette veine funky s’use un peu plus sur the Mirror. On oubliera aussi ce pauvre John Coltrane venu d’on ne sait où prêter main forte au pianiste sur un « Love Suprême » un peu tarte à la crème, jeté comme ça sur Mantra parce que finalement tout étant dans tout pourquoi ne pas faire chanter au groupe «  a love Suprême, a love suprême » un peu tombé comme un cheveu sur la soupe. On oubliera aussi le côté un peu pathos de Dawn qui vient clôturer l’album d’une manière un peu lourde.

 

Au final il y a dans cet album beaucoup de frustrations tant on est persuadé que Malcom Braff a de l’or au bout des doigts, un talent fou et un groupe qui fonctionne à merveille ( il fut découvrir le jeune batteur Lukas Koenig). Il reste seulement à Malcom Braff à aller au bout de ses idées. Ce disque-là nous laisse en effet un goût d’inachevé.

Jean-Marc Gelin

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 21:43

1 CD ECM 2011

 mantler.jpg

Ne pas se tromper sur l’étiquette. Michael Mantler que l’on avait laissé avec ses formidables Concertos (ECM 2054, 2008) n’apparaît pas ici en tant qu’instrumentiste dans cet album mais comme le compositeur de 18 petites compositions brèves écrites pour un duo guitare-piano. Comme toujours avec Mantler il y est question de la relation étroite entre l’écrit et l’improvisé. Mais ne pas non plus se tromper sur la supposée interaction entre les musiciens. En effet, cet album a d’abord été enregistré en solo par le pianiste danois Per Salo un peu comme pour en définir le cadre formel, lui revenant ainsi la part la plus écrite de la musique. C’est ensuite deux mois plus tard que le guitariste Bjarne Roupé a lui-même enregistré en play-back sa partie très largement improvisée. Et si le cadre ainsi défini peut sembler d’un certain académisme c’est tout le travail du guitariste qui, au travers de la richesse de ses improvisations et des effets qu’il multiplie, parvient à animer ce travail constitué de petites saynètes de 2 minutes à peine. On a parfois le sentiment que Bjarne Roupé utilise 5 guitares différentes tant l’éventail de ce qu’il montre est varié. Les structures musicales de Michael Mantler sont complexes, flirtant avec la musique contemporaine. Guitare et piano dans ce format exigu échangent les rôles en se partageant les espaces harmoniques sur des séquences courtes et riches. Le plaisir subreptice est conceptuel et souvent fascinant. Il relève avant tout de la curiosité d’esthète.

Jean-marc Gelin

Bjarne Roupé (g), Per Salo (p)

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 23:01

« Songs of mirth and melancholy »

Marsalis Music 2011

Brandford Marsalsi (ts, ss), Joey Calderazzo (p)

 branford-marsalis-and-joey-calderazzo-songs-of-mirth-melanc.jpg Brandford s’offre un petit intermède, une sorte de parenthèse avec le pianiste de son groupe, Joey Calderazzo (celui là même qui a remplacé il y a quelques années l’irremplaçable Kenny Kirkland) pour un exercice en duo dont le titre ne saurait mieux résumer l’atmosphère. Car ce dont il est question est effectivement la Mélancolie avec un grand « M », dans un album où la plupart du temps Brandford Marsalis joue du soprano et s’y affirme comme l’un de tout meilleur sur cet instrument. Brandford Marsalis m’avouait dans une interview que j’avais recueilli pour Jazzman qu’il s’était mis sur le tard à travailler beaucoup son instrument et surtout sur le soprano au point de maîtriser à la perfection ce subtil vibrato comme peu le font aujourd’hui. Dans cette même interview, le saxophoniste New orléanais me parlait de son amour de l’opéra et de son désir de faire chanter son soprano comme un chanteur. Et c’est exactement ce qu’il fait ici dans une posture qui le conduit à une forme de classicisme de musique de chambre que certains ne manquent pas de reprouver venant d’un musicien de jazz qui semble un peu trahir ses propres racines ( rassurez vous je n’adhère pas à cette thèse). Soyons juste cela dégouline quand même parfois dans le genre tire-larme au point de frôler le mélo, le mauvais pathos. Mais soyons encore plus juste, cela frôle aussi parfois le sublime. The Bard Lacrymose dont le son de Brandford Marsalis transperce l’âme par exemple. Moi je pense à des lieds de Schubert et cela m’émeut. Mais je dois reconnaître qu’en gommant toute notion de jazz dans ces interprétations, Brandford Marsalis pourrait tout aussi bien aussi glacer son auditoire.

Marsalis sur ce terrain-là ne surprend qu’à moitié. Car ceux qui avaient entendu « Braggtown » il y a deux ans reconnaîtrons par exemple Hope qui figurait dans cet album et qui est ici repris à l’identique en duo. Il y  avait déjà alors les prémisses de ce nouvel album qui, malgré une ouverture très old school, se tourne résolument vers ces thèmes d’opéra ou d’église ( inspiration du lieu) . Thèmes sur lesquels l’expressivité du saxophoniste et sa sentimentalité explosent véritablement. Presque du théâtre. Il faut l’entendre sur Face on the barroom floor, entendre sa puissance, son vibrato qui s’accommode de la droiture du son qui transperce tout, et ce léger glissando qui irait presque jusqu’au blues, si seulement…. Et il faut aussi entendre comment il fait sonner son sax sur Endymion où le son se confond presque avec un violon alto. Une progression de ce thème ( l’éloignement de Brandford du micro témoigne d’un album qui garde la sincérité des 1ères prises) où pour une fois Joey Calderrazzo semble trouver l’axe pour propulser Brandford Marsalis dans un chorus de très très haute volée pour un de ses solos sur lequel l’on décèle la marque des très très grands saxophonistes. Ceux qui loin de se laisser emporter par un torrent de sentiments savent lui donner son expressivité ravageuse. Ce qui doit être peu ou prou ce que l’on nomme le feeling et qui n’appartient qu’à une poignée de musiciens.

Les deux hommes ressentent quelque chose de plus grand qu’eux dans ce H"aiti Heritage Center" dans lequel l’album a été enregistré.

Et il faut certainement écouter cet album avec un capital de tendresse pour entrer dans cette forme de musique pour laquelle les deux musiciens ont certainement mis une grande dose d’humanité. L’émotion qu’il véhicule peut parfois faire sourire ou agacer par son côté bel canto un peu kitsch. Mais il peut aussi émouvoir les âmes simples qui entreront dans cet album sans aucun préjugé. Je dois certainement faire partie de celles-là.

Jean-Marc Gelin

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:15

[Acoustic Jungle] # 1

www.mustrecord.com

www.myspace.com/glucktrio

 gluck.jpg

 

Voilà un album tout à fait épatant pour les amateurs de Drum & Bass, dont je ne suis pas précisément, disons-le tout net. Mais enfin il faut laisser sa chance aux musiques actuelles et écouter leur production… D’ailleurs, le nom du groupe Glück signifie « chance » en allemand.  Par contre, il n’y a sans doute aucun rapport avec le compositeur d’opéra allemand du XVIIIème siècle qui écrivit la partition d’ Orphée cherchant en enfer son Euridyce qu’il avait perdue…

Revenons à ce trio endiablé, diablement vif justement, qui sort sur Must records un album d ‘ «acoustic jungle» . La « jungle » fait d’abord référence à ce jazz expressionniste, qui utilisait certains effets de traitement de son (growl, sourdine wah wah pour les cuivres, vibrato appuyé ) dans la période ellingtonienne fin des années vingt … Là encore, je m’égare…bien que

Aujourd’hui, ce que sous-entend ce genre, dans la grande famille des musiques électroniques, est un hybride, apparu en Angleterre aux débuts des années 90, mêlant reggae, dub, jazz, techno, soul…  les Anglais ne cessant de recycler les musiques qu’ils aiment, et cela peut donner des rythmes plus ou moins dansants, expérimentaux… Le trompettiste Eric Truffaz, dans ses premiers albums Blue Note (The Dawn), dès 1998, fusionne sans machines un jazz dansant, accessible et audacieux

 

Trois instrumentistes acoustiques nous entraînent donc dans une danse-transe effrénée, respectivement Cédric Thimon aux saxophones ténor et soprano, bien allumé, Paul Gelebart au soubassophone, grave profond et Thomas Derouinau qui se déchaîne sur sa batterie et aux percussions. Le trio fondé en 2009 vient d’une fanfare Zéphyrologie et de l’électro, et se propose de jouer sur des instruments acoustiques au lieu de machines… Voilà de quoi surprendre et détourner ou inverser la principale caractéristique  de ces musiques « industrielles », issues d’un univers en expansion, populaire, abolissant les frontières entre les genres. Avec pour seul point de repère la « pulse », le fameux « boum boum »(rien à voir avec Trenet) émergeant d’une superposition de sons et d’effets plus ou moins complexes.

 Ce qui n’est pas pour nous déplaire, d’autant que l’alliage des timbres est plus que plaisant, réconfortant pour l’amateur de jazz, quand se rajoute de surcroît l’orgue Hammond de Stéphan Patry on «Lucky Glück»et «Freesbie» ! Evidemment la frénésie de la batterie qui jamais ne relâche son tempo a de quoi lasser un peu mais on imagine très bien que dans l’ambiance du ‘live’, ça le fait … A la maison, écoutez donc pleine puissance « Speed addict » ou « Full up » titres qui parlent d’eux mêmes !

Voilà donc un groupe d’ « agités du bocal », d’allumés authentiques qu’il faudra écouter en direct car redisons le le meilleur moyen d’écouter de la musique est d’en voir… 

Sophie Chambon

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:09

www.imuzzic.net

www.facebook.com/imuzzic

Distribution Musea records

www.musearecords.com

 libresensemble.jpg Libre(s) ensemble symbolise l’aventure du jazz actuel que l’on peine parfois à définir quand il n’est pas revivaliste, ou trop bien défini par une nomenclature rigide.

Ce collectif au nom emblématique suit les traces du jazz, en continue l’histoire, la prolonge, là où le précédent album l’avait laissé : se retrouvent en effet les textures affranchies du premier trio, au nom évident de Résistances (Tocanne, Keller, Martin), ou les envolées excitantes du quintet New Dreams par exemple. Avec une évidence radieuse, cette formation à 8  (+ une clarinettiste sur deux titres) entre dans la nébuleuse imuZZic, donne à entendre que l’on peut encore réunir des esthétiques différentes, des effluves de la campagne, « le chant des marais», aux emballements rock «La coupe deTirésias», réconcilier des approches en apparence éloignées : les climats évoluent d’un titre à l’autre, brouillant les pistes, mais on en reconnaît l’état d’esprit dans les joyeux rebonds de Tocanne, ou la guitare volontairement électrique, emportée ou bruitiste de Philippe Gordiani.

Le jazz a la vie dure, il perdure, toujours sous tension dans «Free for Ornette», franchement  affirmé dans la Suite de Rémi Gaudillat dont le dernier morceau «La révolte des Canuts» rappelle l’origine régionale (Rhône Alpes) du collectif.

Avec des frissons ethniques, jungledans «Free KC to Gawa», voilà un univers clairement exposé (« Bruno rubato »), lumineux, jusque dans le final « Crépuscule avec Nelly » de Rémy Gaudillat où les souflants ont la hardiesse désordonnée de fauves hésitant à entrer en cage ou à retourner dans la savane.

Le répertoire de cet album (compositions de Philippe Gordiani (guitare), Bruno Tocanne (batterie), Rémi Gaudillat (trompette et flugelhorn))  est éclectique et pourtant homogène, à l’élégance savante, tout en sonorités de cuivres, bois, peaux, cordes, racontant une traversée initiatique, aux ruptures franches.

Précisément, la brisure fait éclat… A l’écoute immédiate se déploient certains implicites car on sent bien que tous ces musiciens arpentent un même rivage à la recherche d’un horizon partagé. Leur musique dense, profonde et engagée, marque la volonté obstinée de faire entendre un jazz porteur à la fois de sens et de vertus formelles. Ces musiciens qui vivent dans les monts du Beaujolais savent ce que jazz veut dire : faire du nouveau sans perdre ses repères, créer une musique qui évolue librement dans l’instant. Et ils agissent aussi… dans une diversité de projets, de pistes possibles pour une musique d'aujourd'hui qui soit reliée à l’actualité.

Sophie Chambon

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 23:24

marilyn-mazur-celestial-circle.jpgECM /Universal Music
2011
Sortie le 11 juillet

 
 Qu’il est doux de plonger au cœur de l’été dans la plénitude rafraîchissante d’un album ECM. Passons sur la pochette reconnaissable entre toutes, énième variation sombre et nuageuse, ou sur la qualité singulière et immédiate d’un son pur et éthéré, autrement dit, sur la griffe de ce label incontournable.
 Enregistré en décembre dernier à Oslo, il s’agit cette fois d’un album de la batteuse Marylin Mazurn, née à New york mais élevée au Danemark, ce qui explique qu’elle se retrouve à l’aise au sein d’ECM ; d’ailleurs, Marylin Mazur a fortement contribué des deux côtés de l’Atlantique à développer, si ce n’est à faire connaître, la libre improvisation auprès de nombreux partenaires dont Jan Garbarek.
Avec Celestial circle, c’est un projet personnel qu’elle mène à bien au sein d’un quartet mixte composé du pianiste John Taylor, du contrebassiste Anders Jormin et de la jeune chanteuse suédoise Josephine Cronholm qui a, devant elle, assure-t-on, une carrière des plus prometteuses…
 Au cœur de ce dispositif, Marylin Mazur signe la plupart des titres, et on est immédiatement saisi de la délicatesse de ces miniatures, objets dont il faut entendre les infimes variations, les plus subtiles nuances comme dans « Kildevaeld » ou dans ce « Gentle quest » où les cris et chuchotis d’une voix souple modulent agréablement, quand la chanteuse ne passe pas à un scat léger, jamais insistant. De la mesure et de l’élégance en toute chose. Voilà une musique d’exception, de femme –ce n’est pas que Taylor et Jormins s’effacent, loin de là – sans effet spectaculaire, d’une précision absolue, où l’écriture est rehaussée d’un accompagnement pur jus, de quelques épices percussives qui lui donnent toute sa couleur. Simplicité, équilibre, associations toujours bienvenues  où la contrebasse sûre et souple fait merveille, et où la batterie nous régale de sa musicalité. Le toucher posé et ferme de John Taylor est au service d’une véritable pensée musicienne ; en éveil constant, sans violence aucune, il soutient l’écoute, la force même..
Sobre et de bon goût, l’album avec ces psalmodies énigmatiques et envoûtantes, possède un charme et un mystère indéniables. Un choeur de femmes venu d’ailleurs s’élève sur «Temple chorus» ou «Among the trees», ou encore dans ce chant initiatique «Drum rite», semblable aux exhortations des Indiens attendant la pluie. Chaque titre contribue à dresser un édifice tout en arrangements de vocalises obsédantes et d’atmosphères, prélude à l’évasion. Un climat d’une douceur exquise où les mots gagnent en ampleur et intensité dans une énonciation parfaite, où le silence a son rôle. « Among the trees » constitue la version musicale d’un rêve étrange Grâce d’une écriture aérée, poétique, avec la redécouverte de bribes, fragments perdus de chansons dans «Chosen darkness».
On tend l’oreille à chaque instant, prêt à découvrir l’infinie diversité des sons proposés. Ici tout glisse en finesse avec un risque contrôlé, une énergie tranquille qui laissent ouvertes les marges de l’exploration.  Tendre, inventive, mélodique, l’essentiel de cette musique réside dans l’instant et l’échange immédiat. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps. Voilà la très improbable bande son d’un été parenthèse. Ecoutez  ce Celestial circle qui paraît sous de bonnes étoiles.

Sophie Chambon

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