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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:00

 

Michel Zenino (contrebasse, arrangements), Jean Pierre Arnaud (batterie) Olivier Temime (saxophone)

www.atoutjazz.com

www.cristalrecords.com

 Massaliajazz.png

En tant que régionale de l’équipe, on se devait d’écouter d’une oreille plus qu’attentive cet album- hommage aux compositions marseillaises et provençales, à l’heure où le petit monde culturel n’a d’yeux que pour la cité phocéenne, élue Capitale culturelle européenne, en oubliant souvent que c’est tout le territoire de Marseille-Provence, soit plus d’une centaine de communes sur le département des Bouches du Rhône qui est concerné.

Michel Zenino, Jean-Pierre Arnaud, Olivier Temime s’en donnent à cœur joie, avec une simplicité bon enfant pour célébrer leur ville, loin de la mode et de ses diktats. Comme les Américains reprenaient les tubes de Broadway, notre trio de méridionaux bien allumés, en partant de la tradition, se réapproprie le « folklore » local, assaisonnant ces bons vieux saucissons à la sauce hard bop.

 Dépoussiérant certains clichés, ils transforment en jazz  certains fondamentaux de la « culture marseillaise », à savoir «Félicie aussi » de l’inénarrable Fernand Contandin, dit Fernandel, des chansons ensoleillées de l’auteur d’opérettes, Vincent Scotto ( « Cane Canebière », « Adieu Venise Provençale » ) ou l’« Aujourd’hui peut-être » de Paul Durand, immortalisé par Fernand Sardou. Ces thèmes se refont une jeunesse insolente et énergique, joués avec la flamme (plus que la flemme ) méridionale.

Le pastaga ou petit jaune, les boules de pétanque, les filles de la Belle de Mai ( manque juste « Mon amant de St Jean » dans ces reprises ) honorent les représentations d’un Marseille d’autrefois, ce Marseille de toujours, bon enfant, servies à tue-tête par les vendeuses de poisson « ave l’assent » sur le Vieux Port ou la Canebière…

La pochette de Massaliazz  (ah ! le joli mot valise ) représente un pain cubique de savon de Marseille (il ne reste plus en fait que trois savonneries en ville et pour tout dire, le savon de Marseille se fabrique…ailleurs  ) repeint en bleu ( aux couleurs de la ville, de l’azur, de la mer …de l’O.M ). Mais on ne refait pas la légende.

Le jazz dans tout ça?  On le retrouve dans cette ville où le verbe est roi, qui, après le rap de groupes phares, aujourd’hui, célèbre plutôt le hip hop et les musiques du monde. Car traversée de tant de mémoires et d’imaginaires, la ville a toujours favorisé l’inspiration, mixant les genres les plus divers, se voulant à contre-courant ou d’avant garde. Ce trio de jazzmen « classiques »  renoue donc avec une autre tradition, car, quand on lit A fond de cale de G.Suzanne et M. Samson chez Wildproject, on découvre que le jazz était très écouté entre deux guerres et ses musiciens très actifs.

Ce trio Massaliazz  mérite  d’être écouté, avec un batteur plein d’énergie qui enlève l’affaire avec fougue, un contrebassiste auteur de beaux arrangements et un saxophoniste mieux qu’ inspiré.

L’ensemble  jazze allègrement. Jamais affranchis de leurs désormais lointains modèles, Sonny Rollins, John Coltrane, le trio puise sans réserve dans ce répertoire admiré, aimé car tellement aimable, donnant à certains thèmes une vigueur nouvelle. Avec humour, « Without a song » devient “Sans mes tongs », “Body and Soul”, « Boudiou on s’ Saoûle », « Bernie’s tune », « J.P. Mes Thunes ».

Oui, c’est du jazz, du bon, du vrai et ça fait du bien. On aurait pu entendre davantage cette musique, au moment des cérémonies et autres manifestations festives de la ville. Dans Massaliazz, tout est savoureux, parfait pour l’été, mais pas seulement, et pourra s’écouter au-delà de l’année 2013.

Absolument conseillé, sans modération !

 

Sophie Chambon

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 18:12

 

2 projets sortent coup sur coup, restitué l'un en Cd et l'autre en DVD.  2 projets dans lesquels le guitariste affiche son affection pour la musique traditionnelle américaine, celle des valses country, de la folk et du bluegrass.

Avec dans les deux cas un instrumentum cordes (+ batterie dans le cas de Big Sur) et un brin de nostalgie pour l'Amérique des pionniers.


BILL FRISELL: "Big sur"

Okeh 2013

Bill Frisell (g), Eyvind Kang (vl), Hank Roberts ( vlc), Jenny Scheinman (vl), Rudy Roston (dms)

 billfrisellbigsur.png

Dans l'album qui sort sur le label légendaire Okeh (celui sur lequel Louis Armstrong enregistra son premier disque ), le guitariste répond à une commande du festival de jazz de Monterey . Le projet de Frisell lui fut inspiré par Glen Deven Ranch endroit de toute beauté en Californie, pays des espaces sauvages, des mustangs et des prairies de l'Ouest ouvertes sur la mer. Toute la musique de Frisell s'en inspire. Véritable carte postale.  

À l'instar et avec le même instrumentum qu'un John Zorn avec The Dreamers, Frisell compose ici une musique très identitaire et s'approprie les codes de la musique traditionnelle. Mais là où Zorn dirige et laisse le quartet vibrer, Frisell privilégie au contraire une musique très écrite où les mélodies exhalent ici la valse lente, celle des farmers, celles des bals et celle de la musique que l'on écoute sur le rocking chair sous la Veranda le soir.

Entouré de musiciens très impliqués, le guitariste de Baltimore privilégie l'osmose d'un moment d'intimité pour une musique de chambre aux douceurs un brin mélancoliques, dont la continuité et la monotonie, sans lasser, sont autant de façons de rendre un hommage, comme peint couleur sépia à ces grands espaces qu'il affectionne.

 

 

 

BILL FRISELL : " The Disfarmer project"

Un film de Guillaume Dero

DVD la Huit

Bill Frisell (g), Carrière Rodriguez ( fiddle, g), Greg Leisz (g, dobro), Viktor Krauss (cb)

disfarmer

Autre projet, joué à Banlieues Bleues en 2011, le Disfarmer project du nom de ce photographe des années 30 (Mike Disfarmer) qui, dans les années 30, en pleine dépression réalisa une série de portraits des habitants du village de Herber Springs dans l'Arkansas. Portrait de gens simples dont Bill Frisell au travers de sa musique parvient à nous faire partager l'émotion qu'il a ressentie à la vue de ces visages figés sur la pellicule, de ces histoires racontées dans de simples regards captés par le photographe dans une immobilité parfois très touchante. Qui d'autre que Frisell pouvait, avec autant d'empathie et de sympathie, s'approprier cette plongée dans l'Amerique profonde, cette Amérique rurale qu'il aime tant.

En se gardant bien de proposer une musique par trop évocatrice ( à la différence de Big Sur qui est une véritable carte postale), Bill Frisell ne tombe pas dans le cliché mais nous livre simplement ce quil ressent en découvrant ces photographies. Musique mariant les résonnances de la guitare, trames des cordes et ligne précise du violon, Bill Frisell nenferme pas mais au contraire propose des shémas très ouverts que lon pourrait fort bien imaginer mariés à des voix voire même à des cuivres.

 

Banlieue Bleue comme souvent, rend toutes ses lettres de noblesse à l'idée du festival comme lieu d'émergence de projets originaux ( le concert était accompagné de la diffusion des clichés de Mike Disfamer) qui avait donné lieu à un albm enregistré en 2002 chez Nonesuch.

Et comme souvent c'est la Huit qui prolonge le projet et l'accompagne d'une interview de l'artiste. Où Frisell, avec beaucoup d'humilité raconte devant les caméras la genèse de ce projet et la nature de son émotion.

 

 

 

Quil sagisse de Big Sur ou du Disfarmer Project, Bill Frisell se découvre ainsi comme un artiste authentique et sincère. fédérateur de deux combos très subtils. Un artiste qui revendique avec beaucoup dhumilité ses racines musicales pourtant bien loin du Maryland et si proches de lArkansas ou de la Californie.

 

Jean-Marc Gelin

bill-frisell-disfarmer-project.jpg

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 07:21

 

Petit Label 2013

Emile Parisien (ss), Bertrand Ravalard (p), Jean-laude Oleksiak (cb), Antoine Paganotti (dms)

 polish_jazz_quartet_450.jpg

Ce quartet qui existe depuis 2004 nous propose ici une relecture de la musique de 2 grands compositeurs polonais bien trop méconnus  ( Trzaskowski et Komeda) et qui pourtant mériteraient largement de figurer au rang des emblèmes de ce jazz des années 60 que certains ont découvert au travers des films de Jerry Skolimowski (« Le départ ») ou des premiers longs métrage de Roman Polanski. Komeda, compositeur génial en signait alors la musique dans une inspiration hard bop grâce à laquelle il donnait vie à cette nouvelle vague du cinéma.

 

Magnifié ici par un contrebassiste exceptionnel et un formidable drumming de Paganotti le quartet la joue roots. Entendez par là, sans fioriture de son réarrangé ou hyper mixé. Non, on est ici au plus près d'une quasi-session live, bouillonnante et vivante. On croit être en club à l'époque où ils étaient enfumés et où l'on s'entassait dans de petites caves voûtées sentant le fauve. Pas d'essai de moderniser la musique mais au contraire un voyage dans le temps avec force de swing et d'expression quasi coltranienne ( écouter l'admirable et modal near a forrest). Ça joue avec les tripes et avec une énorme envie. Emile Parisien, tribal s'invite dans ce quartet avec la fougue et le coeur ( gros comme ça !) qu'on lui connaît pour dynamiter les lignes chaque fois que l'occasion lui en est donné. Il faut voir dans ce Near a forrest comment il laisse exploser l'improvisation et comment il revient au thème dans un continum totalement maîtrisé et propulsé par une rythmique explosive. Et puisque l'on parle de rythme, il faut ici mentionner la précision diabolique du placement du saxophoniste comme sur ce kalatowski syncopé dans lequel Emile Parisien semble se faufiler comme un chat.

 

La musique, en elle-même est brillante, remplie de ressors harmoniques comme savaient si bien la manier les grandes stars du hard bop de l'époque. Et il y a aussi une réelle intelligence dans cette relecture de certains thèmes. On se souvient par exemple du thème du film « Le départ » dont la mélodie était chantée par Christiane Legrand. Ici, la course-poursuite s'engage avec une rythmique véritablement intrépide et donne une autre lecture qui ne fait toutefois pas totalement oublier l’apport absolument inoubliable de Don Cherry à la bande originale du film.

 

Après avoir milité lors du festival du Jazz au Cinéma à Paris pour la redécouverte de Krystof Komeda, cette immersion dans ce bouillonnant jazz polonais nous enchante par l'audace de son classicisme.

Et si, finalement, la modernité était dans cette redécouverte ?

Jean-Marc Gelin

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:58

 

Enja 2013

Tristan Loriaut (g), Michel Rosciglione (cb), Goeffrey Cormont (dms, perc), Gaêl Horellou (as), Sébastien Llado (tb), Pierre de Bathmann (p), Ari Hoenig (dms) Philippe Tallis & isabelle Robert (vl), Myriam Bis-Cambrelling (viole), Pascal Goignet (vlc)

 

 tristan-copie-1.jpg

Ce n'est pas parce que Tristan est un copain et, by the  way un collaborateur des DNJ que l'on va se priver de dire tout le bien que l'on pense de son premier album paru sous son nom chez le prestigieux label ENJA.  J'en connais d'ailleurs un (ronchon), habitué aux acerbes commentaires critiques  qui ne va pas tarder à nous poster quelques commentaires salés du genre : les DNJ c'est copinage et compagnie ! D'avance bienvenue à tes commentaires que nous accueillerons comme toujours avec bienveillance.

Et maintenant, ces préalables étant posés,passons à la musique.

Moi j'aime cet album de Tristan Loriaut où le jazz sent le frais et véhicule un bel élan d'optimisme joyeux. Y a pas de mal à s'faire du bien, pourrait t-on dire. Et comme le garçon n'est pas du genre à choisir la facilité, il fait appel à un casting de très haut niveau dans le genre de ce qui se fait de mieux (et pourtant jamais réunis tous ensembles).

Après un petite mise en bouche exotique, Loriaut enchaîne avec un bon blues des familles où Gaël Horellou et Sébastien Llado se disputent dans le genre du pas trop gras mais du qui colle bien aux basques ( Bonne arrivée). Petite touche d'exotisme ensuite du côté de l'Afrique avec ces rythmes bien balancés ( Yovo yovo) qui semblent puiser dans les récentes escapades du guitariste dont il nous confiait à son retour combien elles l'avaient marqué sur le plan musical. Car c'est sûrement le fil conducteur de l'album : cette relation à l'Afrique dont Tristan Loriaut a surtout retenu cette propension à la joie de vivre de peu et de tout. Et c'est sûrement de là que lui est venue l'envie d'une musique qui groove, d'une musique qui danse et qui swingue derrière des airs parfois un peu rosenwinkeliens ( on ne se refait pas !). On notera ainsi ce Mawulolo's dance jubilatoire qui invite à la danse joviale et heureuse. Car oui, c'est ça, ce disque rend heureux. Aux antipodes de longues constructions intellectuelles dans lesquelles le jazz se perd parfois, celui-là enchante et donne la pêche à l'instar d'Agbalepedo exotique en diable qui nous promet une belle joyeuseté du mangrove.

Quelques arrangements étonnants donnent  du relief à cet album comme ce très beau Rue Saint Lazareenregistré avec vocalises et cordes sur un tapis de drive orchestré par Ari Hoenig. Audacieux pari que d'insérer ce morceau à la lente nonchalance. Rêverie et déambulation un brin nostalgique. Que l'on retrouve un peu plus tard d'une autre manière et moins réussie sur Upper west side mais sur lequel l'intervention de Tristan, dans un registre plus grave, convainc moins.

On aime en revanche ce groove sur Blues a little whithe chocolate Dragonfly. On dirait du Grant Green dans l'esprit un peu hard bop. Tristan y joue superbement avec un incroyable feeling et un sens de chaque note jouée. Irrésistiblement propulsé par une rythmique d'enfer. Beau moment, vraiment !  On regrette en revanche un Airegin, seul standard joué suir l'album mais qui se trouve un peu jeté là, à la va-vite comme un cheveu sur la soupe et pour tout dire un peu bâclé en 2'54. Le temps néanmoins de démontrer toute la maturité de jeu auquel Tristan Loriaut est arrivé aujourd'hui. dans une maîtrise parfaite de l'improvisation et du son qu'il démontre sur un dernier blues joué en solo sur Don't panic.

Pas un seul moment d'ennui dans cet album que Tristan Loriaut dirige de main de maître laissant l'espace à ses camarades de jeu, laissant la musique exhaler tout le plaisir qu'elle procure. Devrait être obligatoire et remboursé par la sécu !

A faire tourner en boucle sans restriction.

Jean-Marc Gelin

 

Tristan Loriaut sera en trio (avec Geoffrey Cormont et Michel Rosciglione) au SUNSIDE le Jeudi 13 Juin à 21h pour la sortie du disque


 

 

 

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 21:33

Cordes et âmes 2013

Alexandra Grimal (ts), Jozef Dumoulin (p), Nelson Veras (g), Dré Palléamaerts (dms)

 Heliopolis-def-copie-1.jpg

 

Attention, choc absolu !

Album de toute beauté. Une sorte de beauté fluide, flottant avec grâce. D'où certainement le titre de ces morceaux ( Khamsin) qui évoque ce vent de sable dans le désert d'Israël.

La musique est là, dans la retenue de chacun des membres de ce beau quartet qui se laissent ensemble porter par ce flot, tous en retenue et tous en délicatesse. Il y a dans ces jeu à 4, une très grande attention au son. Comme s'il s'agissait d'un mobile fragile sur lequel ils prennent soin de souffler harmonieusement pour que ces motifs se meuvent dans l'espace dans un ordre serein. Car il se dégage de leur jeu une sorte de souffle Zen incroyablement apaisant. Le son d'Alexandra Grimal notamment. Un son rempli d'air, un esprit Lesterien dans une approche moderne. Un son sensuel.

La musique proposée par Alexandra Grimal est ici un moment de pure grâce comme il y en a peu en musique. Un moment où, débarrassée de toute forme de clichés, la musique prime et prend toute sa place, en libère toutes ses essences essentielles. En choisissant dans son quartet de remplacer la contrebasse par une guitare (et quelle guitare, celle de Nelson Veras ), Alexandra Grimal crée une texture musicale particulièrement intéressante. Dire que celle qui joua il y a peu aux côtés de Lee Konitz reste influencée par lui,et donc par ricochet par celle de Tristano est une hypothèse audacieuse. Mais tentons la. Dans la musique d'Alexandra Grimal il y a des moments forts, des pulsations vitales mais jamais exagérées. Des moments d'évasions portés  soit par le souffle de la saxophoniste, soit par les envolées de Jozef Dumoulin que l'on trouve ici au piano acoustique ou par les lignes et arabesques splendides de Nelson Veras.  Et le relief tout en drive fin de Dré Pallemaerts, grand batteur  d'un rare feeling. Les constructions de la musique de Grimal sont parfois complexes, jamais flatteuses pour l'auditeur qui doit aller les chercher et s'ouvrir à cette musique. Une musique qui joue sur les intervalles, sur les atonalités et sur les rythmiques impaires obligeant les musiciens à une concentration extrême entre écriture exigeante et libre improvisations.  Car la musique d'Alexandra Grimal ne se conçoit pas comme une succession de chorus mais comme une savante architecture en mouvement où chacun contribue à l'ensemble dans uns savant équilibre harmonique.  Comme dans ce sublime Suite for now qui nous fait pénétrer dans un monde onirique où tout bouge autour de nous.

Il y a des moments de flottements mais aussi de vrais moments de liberté presque free où Alexandra Grimal va chercher des sons dans le cri et le rugissement. Toujours avec cette même maîtrise qui donne le sentiment que la saxophoniste a une étendue de savoir-jouer exceptionnel. Et puis avant le morceau caché, un sublime Smile qui achève cet album en nous faisant prolonger l'aventure et en nous emmenant très, très loin.

Il y a dans cet album-là  une vraie profondeur qui nous a touché. Sans que l'on sache réellement pourquoi mais avec une conviction profonde d'avoir atteint là à l'essence de la musique de jazz.

Jean-Marc Gelin

Alexandra Grimal sera demain soir en concert au Duc des Lombards à Paris

pour la présentation de cet album exceptionnel.

Concerts à 20h et 22h

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 10:55

Deutsche Grammophon (Universal).

 

Cover-Galliano_Vivaldi.jpg« Je veux garder la personnalité de l'instrument, son histoire. Ce n'est pas parce que je joue avec un orchestre à cordes classique que je vais me mettre en queue-de-pie ! ». C’était il y a près de quinze ans. Richard Galliano se confiait lors de la sortie d’un album en compagnie de l'orchestre des solistes de Toscane.
Depuis, l’accordéoniste n’a cessé de naviguer dans toutes les sphères de la musique, du jazz au classique. Avec la même gourmandise. En signant chez Deutsche Grammofon, l’interprète admirateur de Piazzolla a fait un choix artistique indiscutable. Il renoue avec cette musique qu’il jouait et écoutait dès ses premières années d’exercice sur les rives de la Méditerranée.
 Après avoir abordé Bach et Chopin, avec modestie et respect, Galliano s’attaque au plus populaire du répertoire avec les Quatre Saisons de Vivaldi. Les versions se comptent par centaines dans les bacs et on a même entendu un violoniste serbe à la chevelure en folie ajouter une cinquième saison donnée avec fougue et brio. Galliano ne manque assurément pas de ces deux qualités mais il ne les exhibe pas. Il refuse ce qu’il dénomme « l’accordéonisme », cette volonté –cette velléité- de transformer le roi du bal populaire de la France de nos parents et grand’parents, en instrument royal du type orgue de cathédrale.
Par ses arrangements et son jeu, Richard Galliano met en quelque sorte son Victoria 1963, chef d’oeuvre du facteur italien Castelfidardo, en sourdine. L’important à ses yeux c’est de laisser entendre les mélodies de Vivaldi avec leur puissance émotionnelle et pulsionnelle, sans « en rajouter ». Certains assurément feront la moue devant cette approche révérencielle. D’autres préfèreront le traitement « jazz » dans les années 50 d’Hubert Fol (avec dans la phalange des saxophonistes Jean-Louis Chautemps) qui a fait l’objet d’une réédition dans la précieuse collection Jazz in Paris.
Reste que Richard Galliano, en symbiose avec ces compagnons de la sphère classique- Jean-Marc Apap, alto, Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violon, Stéphane Logerot, contrebasse- apporte respiration et rythme à ces Quatre Saisons. Il ne se sert pas de cette œuvre illustre-à la différence de certains « jazzmen » dans le passé avec Bach, chacun pense à un certain pianiste « au collier » ou à un clarinettiste apprécié dans les églises- il lui rend hommage, de manière authentique et sincère. Et il assume ses choix, conscient du risque que « tout le monde lui tombe dessus (sic) ». Cette indépendance ce n’est pas la moindre des qualités-touchantes- de Richard Galliano.

En concert le 22 mai à l’Eglise Saint Eustache (75001) ; Bruxelles le 27 mai ; Joinville le 29 ; Soissons le 30 et Lésigny le 31 mai. .
Jean-Louis Lemarchand

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:05

 

ECM 2013

Craig Taborn (p), Thomas Morgan (cb), Gérald Cleaver (dms)

 

 craig-taborn-trio-chants.jpg

Marque de fabrique ECM : la qualité du son et la reverb donnée au piano.

C'est toujours, avec le label de Manfreid ERicher une impression d'espaces larges dans le traitement du son. Comme si  les trois membres du trio formaient un triangle et occupaient cet espace en mouvement en se rapprochant ou s'éloignant les uns des autres comme autant de combinaisons possibles. Il y a à la fois une école du piano nordique, faite de silence et de grandes respirations et une école plus américaine plus portée sur les improvisations jouées sur des motifs harmoniques complexes.

La musique ( des compositions de Craig Taborn) relève d'une conception très personnelle du trio jazz où l'on sent toute l'attention que le pianiste a apporté personnellement à chacun de ses camarades de jeu dans l'écriture. De ce fait il parvient à créer une réelle interaction de jeu entre les trois. Où l'on notera tout particulièrement le travail incroyable de musicalité de Gerald Cleaver qui va chercher des reliefs et des ornementations de jeu très subtils. Véritable coeur palpitant.

Le début de l'album fait mouche avec ses trouvailles harmoniques et rythmiques, ce calage de très haute précision qui bouscule un peu. Saints, un des morceau les plus réussi de l'album nous fait entrer dans cette belle machinerie. Craig Taborn fait surgir de véritables pépites au bout de ses doigts. Sa déambulation surprend, nous oblige à une écoute attentionnée pour suivre les méandres de ses improvisations. Idem sur les ostinatos qui ouvrent  Beat the ground et sur lesquels le driving de Gerald Cleaver

impressionne. Gerald Cleaver, toujours lui éblouissant, lyrique et bouillonnant. C'est notamment ce qui impressionne beaucoup : cette rythmique forte derrière le pianiste, doublée par le jeu de main gauche de Craig taborn qui l'ancre dans une profondeur dans laquelle on se laisse attraper. Mais cette musique de chambre prend souvent le travers, au fil de l'album, d'un intimisme qui connaît quelques moments de grandes lenteurs dans lesquels on aime divaguer et s'ennuyer un peu  ( All tru night, cracking heart, silver ghost). C'est une approche parfois très classieuse du piano jazz avec sa part de rêverie et d'errance comme les aime Manfreid Eicher. Mais parfois aussi la machine se met en branle sur des thèmes répétitifs comme sur Speak the name où la tension crée réveille un peu l'intérêt de l'auditeur. Qui saura c'est sûr en découvrir toutes les beautés cachées.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 07:34

 

Nonesuch / Tzadik 2013

Pat Metheny (tout !), Antonio Sanchez (dms)

Sortie le 20 main 2013

 metheny-tap-zorn-2013.jpg

Metheny/John Zorn : les deux hommes se connaissent bien et s'apprécient mutuellement. Et même si l'on imagine que Pat Metheny ne fait pas réellement partie de la cosmologie New-Yorkaise de Zorn, le guitariste du Missouri apprécie le travail de Zorn et le connaît parfaitement. Et cette collaboration inédite donne lieu ici à quelque chose d'assez rare dans le milieu musical : voir le projet sortir sous deux labels, celui de Zorn d'un côté ( Tzadik) et celui qui accueille Metheny de l'autre ( Nonesuch).

Que le guitariste se révèle un superbe interprète du Book of Angel pour en signer la 20ème album n'a rien de réellement surprenant. On sait que Zorn a l'habitude de faire appel aux musiciens les plus inventifs et les plus créatifs popur interpréter le song book de Masada. On a encore en mémoire les interprtéaion données par Medeski Martin and Wood ou encore celles de Joe Lovano dans le volume 12.

Mais qui mieux que Metheny pour en exprimer toute la richesse musicale, puisant à l'acoustique ou à l'électrique et surtout dans un instrumentum foisonnant dans toutes les richesses de textures de cette musique Zornienne décidément bine iconoclaste. Où l'on entend parfois Metheny jouer de la guitare comme une mandoline aux fines ciselures mélodiques ou encore comme instrument de bruitage pour plonger dans le magma des ténèbres. Il faudrait quelques explications sur les conditions de cet enregistrement. Ainsi Hurmiz,morceau presque free enregistré vraisemblablement en une prise dans des conditions qui semblent être celle de home studio ? (où l'on entend le cri d'un enfant à la fin du morceau et un "chuuut" qui ne sont pas partis au mixage) et qui  montre  qu'au delà d'être hyper ( et génialement) arrangé, Metheny sait aussi rester au coeur de l'instant brut. C'est qu'il y a chez le guitariste l'exigenc et le sens de l'artisanat de qualité, un compagnonnage rare. Car dans cet album Metheny fait presque tout avec le même talent d'instrumentiste que celui qui a donné naissance à son orchestrion. Il faut écouter ses chevauchées fantastiques  sur Mastena dans la pure tradition Methenienne faisant vibrer d'une force incroyable la musique de Zorn. C'est fort, intense ! Et quel travail de Antonio Sanchez, dont on ne cesse de dire dans ces colonnes qu'il est décidément l'un des plus grands batteurs de la planète jazz.

Metheny entre dans l'intime, c-a-d dans la compréhension très forte qu'il a de la musique de Zorn et de son potentiel émotif. Et la démonstration qu'il fait ici c'est qu'il est véritablement un génie de l'arrangement et de l'orchestration. Il faut écouter Sarieloù c'est tout son orchestre imaginaire qui se met en branle. Dans ce morceau : des mouvements, des tiroirs qui s'ouvrent, des intentions sucrées et salées, du doux et de l'épicé dans un même mouvement porté par la guitare Methenienne qui brille, qui brille. Exceptionnel !!

Que ceux qui pensent que le Book of Angel se répète inlassablement lèvent le doigt et se dénoncent. Car cet album va les ramener à la réalité d'une magnifique rencontre de deux génies musicaux du jazz et de la musique du XXIème siècle.

Jean-Marc Gelin

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 19:09

 

Emarcy 2013

Cecil Mc Lron (vc), aaron Dhiel (p), Rodney Whitaker (cb), Henri Riley (dms), James Chirillo (bjo, g)

 

 Cecile-McLorin-Salvant--WomanChild.jpg

Cecil Mc Lorin c'est THE Voice. La révélation de cette année ! Pour beaucoup, lorsque l’on nous annonça sa présence lors de la présentation du nouvel Attica Blues d’Archie Shepp à la Villette en septembre 2012, elle était totalement inconnue. Pourtant, en trois phrases la chanteuse parvenait ce soir là à renverser le public de la Grande Halle. Sarah Vaughan semblait avoir investi ce temple du jazz. Et puis il y eu peu après la parution du dernier album de Jacky Terrasson ( « Gouache ») sur lequel la chanteuse accompagnait le pianiste et là encore nous transportait. Il ne lui restait qu’à graver son propre album pour découvrir , au-delà de quelques Youtube pas toujours flatteurs, la vraie personnalité de la chanteuse.

Et la pari est bien au delà du probant, il fait plus que confirmer, il s’inscrit comme l’un des plus bel album de jazz vocal de ces dernières années. Car la chanteuse franco-haitienne qui gagna en 2010 le concours Thélonious Monk dans la catégorie du jazz vocal (ce qui n’est pas peu dire) a cette sorte de voix qui porte tout. Qui emporte tout.

 

Cette voix patiente et gourmande à la fois. Patiente parce qu’elle prend le temps nécéssaire, celui de donner le sens et le son à chaque mot qu’elle prononce avec un le goût de donner à la phrase le feeling. Gourmande parce que Cecil Mc Lorin aime les mots et les mélodies, le blues érotique et la ballade romantique avec la même passion. Et surtout avec la même classe que celle qui animait ses illustres aînées Cecil Mc Lorin peut effectivement tout chanter. Que ce soit des standards, des classiques ou même chanter en Français, exercice pourtant que l’on sait périlleux à faire swinguer ! Son timbre est absolument exceptionnel et lui permet de passer de l'hyper grave à l'aigu avec la même densité. Techniquement la chanteuse est exceptionnelle. Dans sa voix, si parfaitement posée,toutes les modulations possiblesCette voix qu'elle parvient à traîner dans quelques blues un peu trash (comme sur Nobody). Cette voix parfois sage mais aussi d’une sauvagerie (woman child) dont elle joue avec quelques facéties (You bring out the savage in me).

Les grandes chanteuses ressuscitent par la voix de Cecil Mc Lorin. Celle de Sarah,  celle d'Ella ou encore celle d'Abbey. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un simple exercice de pure imitation. Car Cecil Mc Lorin parvient à nous convaincre qu’elle a intégré ces voix, se les a approprié au point de s’en faire une deuxième peau. La chanteuse a cette liberté qui émancipe, cette tradition qu'elle parvient à dépasser. Et pour s’en convaincre, ce sens de la réinterprétation comme sur ce What a moonlight can do où elle s'anticipe totalement jusqu’à faire (un peu) oublier Billie.

La chanteuse qui s’est ici entouré d’une équipe de grande classe avec un Aaron Dielh lumineux dans ses interventions au piano signe là un grand album de jazz. Et s’il fallait un titre pour vous en convaincre, laissez vous aller à écouter ce St Louis Gal qui ouvre l’album, éloge de la lenteur, éloge de la moiteur du blues, éloge du feeling.

Jean-Marc Gelin

 

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 15:27

sebtexierLabel Cristal records/ Distributeur harmonia mundi
Sortie 17 avril 2013

On aime le début en fanfare, faussement  joyeux, étrangement répétitif du dernier opus du clarinettiste poly-instrumentiste Sébastien Texier. Les élements se déchaînent dans ce premier thème, le rythme devient haletant.  Qui sont donc ces parasites toxiques? Pas les compagnons de son quintet, tous leaders à leur façon, Bruno Angelini au piano, Alain Vankenhove à la trompette et au bugle, la paire rythmique solide et ardente de Fred Chiffoleau et Guillaume Dommartin ? A moins qu’il ne faille prendre « toxique » au sens d’entêtants, enivrants... Ce sont plutôt la peur, l’insouciance, l’inconscience humaines qui s’avèrent  germes maléfiques. La fragilité humaine oblige à une certaine humilité, la colère militante monte face à l’absurdité du monde avec la dernière composition dédiée aux victimes de Fukushima....  Avec cet épilogue, à l’heure où il faudrait tirer des bilans, on a l’impression d’être au cœur des tensions entre raison et irraisonné, touchant de près à cette « contamination » rampante.
Mais revenons à la musique de Sébastien Texier, auteur des huit compositions de l’album. Quelle façon énergique et touchante de se jeter dans la musique comme dans cet « Are you sure ? » qui assurément l’est, intense, persistant. Sa musique produit son effet, relayée par un piano, fluide, sombre, presque toujours intrépide. On note la circularité des morceaux qui s’enchaînent dans une suite de belle continuité, avec un « Mumble blues » vibrant, qui n’échappe pourtant pas à une dimension hypnotique. On est frappé de cette répétition lancinante de certains thèmes comme dans l’abrupt « Toxic parasites ». Les compositions, plutôt classiques dans leur ensemble, sonnent bien avec ces formidables instrumentistes, la musique évoluant de climats labyrinthiques, créant un vague à l’âme crépusculaire, un spleen intimiste, en ambiances plus engagées et percussives. Dans une alternance de thèmes bienvenue, chacun prend largement sa place, en pleine connivence, dans la douceur veloutée du son, la caresse de la mélodie ou dans des soli plus angoissants, comme dans «l’Insouciance», tout un art de l’inquiétude en sourdine. Ce qui confère au quintet l’allure d’une entreprise collective avec une musique qui, sans être propice à la rêverie, sait jouer des demi-teintes d’une méditation sous surveillance. Ainsi, virevoltants ou mélancoliques, mais toujours lyriques, ces thèmes sobrement beaux  dessinent un patchwork  de préoccupations intimes ou citoyennes à partager chez soi ou en club entre amis. Performance à suivre!
Sophie Chambon

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