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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:36

Enja Records

 



Cela en surprendra plus d’un, mais il existe encore, enfouies dans quelques greniers poussiéreux, des enregistrements de cette figure indémodable qui n’attendent que d’être révélées au grand jour. L’héritage musical de Chet Baker est géré par sa veuve, Carol Baker, et Matthias Winckelmann, le fondateur du label Enja. Les œuvres encore inédites du trompettiste sont éditées sur CD et vinyle dans la collection « Legacy », créée spécialement pour ce patrimoine. Pour la petite histoire, il y a quelques mois, le pianiste Bradley Young appelle Carol Baker et lui apprend l’existence d’un enregistrement de son défunt mari avec son trio dans un studio de Chicago. Il s’agit de bandes de toute première qualité datant de 1986, avec un Chet Baker au sommet de son art. A partir de la fin des années 70, le jazzman ne séjourne plus que rarement aux Etats-Unis, s’étant alors installé en Europe, préparant son retour outre-Atlantique. C’est par la suite, lors d’une de ses rares tournées américaines, qu’il fait escale à Chicago où Bradley Young, jeune pianiste de jazz, se présente alors à son idole. Et ce n’est qu’en 1986, quelques jam sessions plus tard, que les deux musiciens se réunissent en studio pour enregistrer en un après-midi ce recueil de standards compilés dans l’album « Chet in Chicago ». La souveraine et éternelle sérénité du trompettiste est évidemment au rendez-vous avec des improvisations omniprésentes. A ses cotés sonne une rythmique « Straight Ahead » sous les doigts du pianiste Bradley Young, du bassiste Larry Gray et du batteur Rusty Jones. A signaler aussi la présence d’un invité de marque en la personne d’Ed Petersen, donnant brillamment la réplique au trompettiste sur pas moins de 3 morceaux (« Ornithology », « Crazy Rythm » et « Sippin’ at Bells »). Chaque standards, revisités par des arrangements légèrement modernisés, sonnent comme de nouvelles compositions. « It’s You Or No One » donne le parfait exemple d’une sensibilité aigue d’un Chet Baker inimitable lorsqu’il s’agit d’Amour, avec un grand A. Avec la même verve, « We’ll Be Together Again » donne aussi le sentiment d’un retour perpétuel à l’essentiel de la vie. Puis il y a aussi ce magnifique « Solar », qui ne doit rien à Miles Davis tellement ce thème semble y être réinventé. Et pour terminer, comment ignorer l’ultra-classique « My Funny Valentine ». Il y a des œuvres qui ne disparaitront jamais de nos souvenirs. « Chet In Chicago » est une formidable ballade lors d’un bel après-midi de printemps aux côtés de Chet Baker.
Tristan Loriaut


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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 06:03

Illusions 2008



On aurait aimé pouvoir s’enthousiasmer pour cet album. L’idée est belle.Dans la logique de son travail d’historien, Bill Carrothers ici avec Matt Turner et sa femme Peg, plonge dans la mémoire collective américaine et va chercher du coté des chansons de         Stephen Foster (1826-1864), inscrites à tout jamais dans la patrimoine musical de l’autre côté de l’Atlantique. Une image de cette amérique du XIX°, l’amérique du nouveau monde dont visiblement les trois musiciens éprouvent une certaine nostalgie. Avec mélancolie et beaucoup de tendresse pour leur sujet, ils éxhument cette musique donnant parfois un côté un peu passéiste dans lequel on ne se reconnaîtra pas forcément. Mais surtout le projet pêche par un parti pris assez incomprehensible tournant sur l’idée de leitmotiv. Ainsi la reprise plusieurs fois du même thème  ( 5 fois Mu Old Kentucy home et 2 fois Beautiful dreamer) donne le sentiment qu’il n’y avait là pas assez de matière pour exploiter à fond l’idée de base. Du coup ce thème devient récurrent et franchement lasse un peu à la longue. Cela reste joli et parfois émouvant. Mais malheureusement l’émotion des premières minutes au fil de l’album s’émousse beaucoup par la suite. Dommage
.
Jean-Marc Gelin

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 06:02

ECM  2008

Bobo Stenson (p), Anders Jormin (cb), Jon Fält (dm)

 



Il y a chez Bobo Stenson une double maîtrise. Celle du son et celle du temps. Pour ce 5ème album signé chez ECM, le pianiste bénéficie d’une prise de son tout bonnement exceptionnelle réalisée en Suisse à l’auditorium de Lugano. A tel point que l’on se sent immergé dans l’atmosphère d’un concert où l’on entendrait l’écho des notes sonner dans l’amplitude des salles de concert. Prise de son idéale donc pour ces trois musiciens qui bénéficient de superbes conditions et livrent en retour le meilleur d’eux même. Bénéficient des résonances et surtout d’une certaine spatialisation de la musique. A cette aune là, la maîtrise du temps dont fait preuve Bobo Stenson y est stupéfiante. Le temps que l’on entend ici est celui qui espace les notes, le temps de leur parcours dans l’espace. Cet exercice se révèle au travers de compositions de Stenson. Mais le pianiste avec beaucoup d’intelligence dans la direction artistique du projet va aussi chercher du côté de Astor Piazolla (superbe Chiquilin de bachin tout en nuance dans le contre temps), de Don Cherry (avec un émouvant Don’s Kora song), de Ornette Coleman revisité (A fixed goal) mais aussi du compositeur tchèque Petr Eben  avec un thème merveilleux (Song of Ruth). Avec un réel sens de a continuité et de la cohérence de jeu, Bobo Stenson semble se jouer du tempo quand il joue sur des rythmes argentins ou brésiliens avec grâce et subtilité, joue comme d’autres dansent timidement. Il y a parfois chez Stenson quelque chose des grands pianistes cubains et son interprétation nous ramène parfois à des pianistes de la dimension des Valdès auquel il parvient parfois à nous faire songer.

A ses côtés Anders Jormin écrit à la contrebasse des pages absolument splendides d’assurance, de sens mélodique, d’assise et de profondeur. Quelle entente avec le pianiste qu’il accompagne depuis de longues années ! Si l’album n’échappe pas complètement aux canons esthétiques et à un certain formatage propre à Manfreid Eicher, Bono Stenson ne s’éternise pourtant jamais et ne digresse pas. Sa musique n’y est jamais introspective. Il est grand temps que les pianistes sombres et neurasthéniques prennent un peu de cette graine là.              Jean-Marc Gelin

 

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:43

UNIVERSAL JAZZ



Voici le cinquième opus studio de l'époustouflante (et originale) blueswoman. La Bostonienne a composé dix morceaux sur les onze, et s'affirme comme une vocaliste d'exception. Les enregistrements ont eu lieu au studio Sunset Sound de Hollywood avec une pléiade de stars comprenant Derek Trucks, Doyle Bramhall II, Gary Louris, Big Al Anderson et Tony Joe White. Ce dernier a co-écrit le morceau "Back to the River" avec Susan Tedeschi. La genèse du morceau-point d'orgue du disque roule à l'essence du Blues. La guitariste est allée rendre visite au Maître à Nashville. Ils ont écrit le morceau dans son studio, abrité dans un ancien hôpital qui date de la Guerre de Sécession, situé juste en dehors de la ville. Tony Joe lui a demandé de raconter sa vie. Elle a parlé des heures, découvrant notamment : “le sentiment d’essayer en permanence de rentrer chez moi, de retourner au bord de la rivière, parmi les miens.” Susan vit sur les bords de la St. John’s River à Jacksonville, en Floride, où est né son mari Derek Trucks. Ils y élèvent deux enfants. Ainsi est né “Back to the River”, le titre de l'album. Les compositions doivent beaucoup à l'inspiration de Bob Dylan, mais le disque sonne plus rock que les précédents. Singulièrement, la vedette, d'une humilité confondante (elle a déjà tourné avec BB King et Buddy Guy), ne se réclame pas du Blues. On trouvera certes des couleurs Led Zeppelin, mais pourtant loin derrière un battement lancinant à la John Lee Hooker. On trouvera aussi la classe immense de Trucks, déjà l'un des plus grands dans le genre. Son intro à la slide de « People » est tout simplement à hurler la nuit entière en regardant le ciel, et à passer en boucle dans le hall d'entrée de toutes les écoles de musique.

Bruno Pfeiffer

 

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:47

Universal -  



Le fondateur emblématique des JAZZ CRUSADERS revient pour un second album à la simplicité émouvante avec la vocaliste Randy Crawford. Soutenu par une rythmique que James Brown n'aurait pas reniée (Steve Gadd à la batterie et Christian Mc Bride à la guitare éblouissants), Sample déploie un Soul/Blues chargé d'émotion inattendu de la part d'un compositeur célébré pour un Groove dans les années soixante, qui a tenu le haut du pavé pendant vingt ans, et joué avec un nombre considérable de jazzmen de haut vol. Né à Houston en 1939, Sample est un enfant du Texas. De l'autre côté du Delta du Mississipi, le ciel est bas et lourd. Les nuages frôlent le sol et se posent sur vos épaules. « Là-bas, on sait ce que gémir veut dire : les gens n'ont que cela à fiche de la journée », nous a confié le pianiste pour justifier cet OVNI envoûtant qui rompt avec les nappes lassantes que son Fender Rhodes délivrait lors des concerts interminables des CRUSADERS. Dès 1961, la critique a fait comprendre que sa formation était différente. Attention aux mots. Il s'agit d'une formule diplomatique : il faut lire différente de tout le bouillonnement qui agitait le jazz. Pour Sample, Coltrane est un imposteur, Ornette un truand et le Free une hérésie. A son sens, la musique noire doit transmettre le rythme et la sensualité hérités du temps de l'esclavage. Il vante du reste sa musique, on se demande pourquoi, de n'être ni de la Côte Est, ni de la Côte Ouest, mais du Golfe du Mexique. Pas le profil d'un intellectuel, M.Sample... Les critiques ont taxé son jeu de rythme négro-primitif. « Notre formule a marché. On s'en fichait du reste »; c'est dire les soucis du bonhomme. Pourtant ce disque enveloppe et caresse. Le toucher de velours du leader vanté par Miles lors des sessions de TUTU (Miller lui avait fait enregistrer des accompagnements), fait mouche. Le son MOTOWN également, impeccable. Mais il y a quelque chose en plus, un feeling, une vibration. Sample est fou de Johnny Hodges, des sons traînants de son sax alto. Le disque s'appelle NO REGRETS, il s'agit de la version anglaise du « Non, rien de rien » de Piaf, que chante Randy Crawford. Ne surtout pas prendre cet intitulé à la lettre! En vérité ce disque est une plainte. Submergé par sa propre tristesse et ses pleurs, Sample regrette son enfance. Quand le petit Texan traversé par des fleuves entiers d'émotion, n'était pas encore dévoré par le démon du Groove assommant qu'il allait inventer.
Superbe. Bruno Pfeiffer

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:43

Chief Inspector 2008




Yves Robert (tb), Bruno Chevillon (cb), Vincent Courtois (cello), Cyril Atef (dm)

On trouvera toutes les raisons du monde de s’émerveiller du dernier album de Yves Robert qui, fidèle à son habitude tourne autour d’un concept, cette fois, moins dans un souci de thématique que dans un pur propos musical. A partir d’une formation très exigeante qui associe le trombone à une formule simple : cb (le jeu sublime de Bruno Chevillon)  ou le violoncelle de Vincent Courtois + une batterie (découverte d’un batteur épatant à l’énergie marquante), Yves Robert mise à fond sur la partie rythmique dans une musique particulièrement inventive que l’on pourrait qualifier de post-rock ou post Zappa s’il s’agissait de se raccrocher à quelques références. Des trash rock qui décoiffent (Créative transpiration) côtoient des parenthèses rêveuses (m’as l’air bien dans ta peau). Dans l’univers d’ Yves Robert tout est prétexte à la démonstration d’une dynamique très forte (d’ailleurs d’une manière générale cela joue très fort) prétexte un peu, à l’exposé en pleine poire de la technique sidérante de Yves Robert qui sur un groove terrible est capable de tout faire avec un trombone. Son incroyable maîtrise de l’instrument lui permet une immense palette d’expressivité et jouant ainsi une sorte de comédie humaine avec un humanisme saisissant. Robert le grincheux main dans la main avec Robert le mutin qui passe à Robert le tendre. Sur la base de pattern rythmiques qui parfois souvent envie de danser ou de nous entraîner dans des bandas festives, Yves Robert donne à l’instrument des effets dans les sforzando, dans les rugissements et les explosions tonales (Épanoui, c’est nous, oui ) s’amuse sur des motifs rythmiques plus  simples et utilise parfois le trombone comme s’il soufflait dans une conque (Spirituel frisson).On ne peut donc qu’être épaté par tant d’inventivité musicale, instrumentale et surtout rythmique. Chaque morceau au titre évocateur ou drôle est une pièce d’une sorte de mini comédie à l’italienne avec sa mise en espace et ses ruptures de ton comme des portes qui s’ouvrent brutalement. Il y a derrière la musique des idées fortes. Mais dans la systématisation d’une musique basée sur l’énergie, le système repose aussi sur le refus de tout système mélodique ou harmonique sauf à le porter à dérision comme dans le dernier morceau grotesque (au sens littéral du terme) où les musiciens semblent un peu moquer le chant mais surtout quittent la scène sur un air de fiesta. Mais cela importe peu, le principe de la musique d’Yves Robert repose sur d’autres fondamentaux. Sur une expressivité théâtrale qui s’écoute comme elle se vit. Jean-Marc Gelin

 

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 06:00

Cam Jazz 2008



Ce jubilée «  Martial Solal » ne cesse, définitivement d’être « jubilatoire » si l’on en juge par la succession d’album que nous livre récemment le maître. On sait tout le chemin qu’il lui a fallu parcourir pour arriver à trouver son public. A moins que ce ne soit le contraire et que le public ayant évolué musicalement soit aujourd’hui plus à même d’en découvrir ses joyaux.

Mais il faut bien reconnaître qu’à 80 ans Martial Solal est plus libéré que jamais, voire carrément irrévérencieux, mutin, insaisissable dans les codes de la musique «  bien pensée ». Un peu comme s’il était libéré de tout enjeu, Martial Solal s’affiche avec une liberté rarissime. Après une première expérience au Vanguard au timing plus que malheureux (programmé pour la première fois le 12 septembre 2001 dans un New York aux cendres encore fumantes), Solal revenait quelques années plus tard dans ce temple du jazz donner, chose rare en ce lieu mythique, une série de concerts en solo. Avant lui seul …….. avait investi ces lieux avec son seul clavier au bout des doigts. Et pour l’occasion, Martial Solal se livrait à une lecture époustouflante des grands standards. On aurait tort de dire qu’il convoquait pour l’occasion Art Tatum beaucoup, Bud Powell un peu, Hank Jones par moment et même du Fats Waller dans l’esprit. On aurait bien tort de dire cela, car Solal en l’occurrence jouait, comme Solal. Insaisissable fanfaron du clavier, indomptable, revêche à la forme traditionnelle des standards, Solal crée sur le moment, invente les phrases, prend des détours inattendus, fait l’école buissonnière et vagabonde toujours à portée de nous mais parfois loin dans ses chemins de feux follets. Solal connaît ces chansons par cœur mais en fait des œuvres d’une personnalité rare, se les approprie avec une grande dose d’humour et de facétie. A entendre ce qu’il fait sur Round Midnight on ne peut qu’être émerveillé par tant de science pianistique qui semble s’écouler du bout de ses doigts comme le prolongement naturel d’une pensée mutine.

Du grand, du très grand piano jazz. On a juste peur en entendant Solal que cette façon de jouer ne se perde à jamais. On se retournera peut être plus tard vers un Stefano Bollani ou une Manuel Rocheman qui semblent à eux deux porteur d’une tradition que leur lèguera un jour le maître. Mais avant cela Martial Solal fera encore longtemps la synthèse : celle d’un siècle de jazz entre les doigts d’un tout jeune génie de 80 ans. Jean-Marc Gelin

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 05:59

Bee Jazz 2008

Jérôme Sabbagh (ts), Ben Street (cb), Rodney Green (dm)




Jérôme Sabbagh fait partie de cette cohorte de jeunes musiciens hyper talentueux partis il y a quelques années  se frotter aux pointures du jazz de New York auprès desquels ils ont appris à grandir. Repéré par ce grand découvreur de talents qu’est Jordi Pujol qui l’avait pris au sein de son écurie ( Fresh Sound New talent), Jérôme Sabbagh vole désormais de ses propres ailes et a rejoint depuis deux albums déjà l’écurie Bee Jazz. Il revient ici avec un album totalement en rupture avec le précédent qui revendiquait des accent pop, pour un trio pianoless dédié entièrement aux standards du répertoire. La chose n’est pas nouvelle et l’on pense inévitablement aux trios de Sonny Rollins tant le jeune homme semble en être proche. Et la comparaison n‘est pas hasardeuse. Jérôme Sabbagh y montre dans cet exercice en apparence très simple mais en réalité extrêmement périlleuse pour le saxophoniste surexposé, l’étendue de son talent. Car pour jouer des standards de cette façon il faut posséder au-delà de la simple technique de jeu, deux qualités essentielles. D’une part l’âme de ce que l’on joue et d’autre part des partenaires de grande classe sur qui s’épauler et faire sonner le tout. Visiblement Jérôme Sabbagh possède ces deux atouts. L’âme bien sûr tant il montre combien il peut mettre sa science de l’improvisation au service d’une expression très habitée de ces thèmes pour l’essentiel très connus mais qu’il parvient, dans le respect d’une longue tradition, à faire redécouvrir sous le même angle que ses grands aînés. N’abusons pas de superlatifs ni de comparaison audacieuse. Juste de quoi souligner qu’il y a chez ce jeune ténor, un discours qui emprunte autant à Rollins qu’à Coleman Hawkins. La généalogie du ténor respectée ici. Mais Jérôme Sabbagh s’appuie aussi sur un duo de grande classe que l’on peut entendre sur un sublime Body and soul commencé en solo par le ténor, rejoint ensuite par le son profond et rond de Ben Street puis par les frôlements de Rodney Green. Pour ceux qui ne connaissent pas Ben Street, il fat rappeler qu’il est l’un des piliers de la formation de Kurt Rosenwinkel. Une précision redoutable. Quand à Rodney Green, sobre et terriblement efficace c’est toujours le bon riff au bon moment et ce n’est certainement pas un hasard si un pianiste comme Mulgrew Miller fait régulièrement appel  lui et si Charlie Haden l’a papelé pour intégrer son Quartet West. C’est dire combien notre jeune frenchy est ici remarquablement entouré de musiciens qui connaissent sur le bout des doigts leur histoire du jazz, portés collectivement qu’ils sont par le désir d’exalter sans façon mais avec grâce ce patrimoine jazzistique. Délectable comme ce tea for two que l’on boit sans soif. Un sucre d’orge dont on ne se lasse pas.
Jean-Marc Gelin

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 05:56

Dare 2 Record 2008



 

Il n’y a aucune raison, mais alors aucune raison du tout de bouder notre plaisir. Parce que franchement dans ce genre d’exercice qu’il maîtrise de bout en bout, Dave Holland qui remet le couvert connaît fort bien son affaire. Dans une veine post revival (re-revival pourrait on dire) qui fleure bon les années 90, Dave Holland met l’accent (et c’est logique) sur l’ultra présence rythmique, sur la chaleur des cuivres et l’énergie partagée. Il faut dire que dans cet exercice du post hard bop il s’entoure de certains orfèvres en la matière. Antonio Hart par exemple dont on avait un peu perdu ses traces depuis qu’il avait quitté Roy Hargove (ça fait un bail) et qui s’offre là un come back du feu de Dieu. Avec Vincent Herring il fait assurément partie de toute une génération jadis prometteuse et que l’on aimerait entendre plus souvent sur nos scènes européennes. Qu’il s’agisse de Equality ou du superbe Rivers Run écrit en hommage au saxophoniste Sam Rivers, chaque fois Antonio Hart y trouve un motif d’expression libéré sur la base d’une montée très coltranienne qui vire à l’explosion dynamique d’un groupe ultra cohérent. Car Antonio Hart tout en gardant sa fraîcheur de jeu a acquis aujourd’hui une belle et réelle maturité (écouter Pass it on). Robin Eubanks au trombone possède quand à lui ce feu sacré et cette pointe de délire sonore qui l’inscrit dans la lignée des plus grands. A l’entendre on se dit qu’un jeune prodige comme Gianlucca Petrella, nouvelle révélation italienne de l’instrument, doit certainement beaucoup écouter son grand frère. Et puis l’on découvre aussi un trompettiste jusque là très peu entendu chez nous, Alex Sipiagin, trompettiste russe étincelant et brillant que  certains se souviendront avoir entendu jadis aux côtés du très regretté Michael Brecker.

Quand à la rythmique, impeccable elle porte, elle insuffle l’énergie d’un discours qui semble toujours redécouvert comme aux premiers temps. Mais l’on reprochera à cet album de se baser sur un travail compositionnel pas toujours abouti. Autant des thèmes comme Rivers Run nous séduisent par leur construction, autant le début de l’album se base sur une écriture très approximative. Mais surtout, et c’est là notre principal grief, on est en droit d’attendre de Dave Holland un discours plus neuf ou, à défaut une orchestration plus travaillée à défaut d’une totale remise en cause. L’alignement des choristes sur une structure AABA n’empêche pas le plaisir mais limite un peu les moyens d’innover. Pas de quoi, loin de là bouder notre plaisir. Mais pas de quoi non plus crier au génie. Celui de Dave Holland est toujours intact mais pas grandi pour autant. Jean-Marc Gelin

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 10:26

JJJJ CHRISTOPHE MARGUET : « ItRANE »

Le chant du Monde 2008

 

Sébastien Texier (as, cl), Bruno Angelini (p), Mauro Gargano (cb), Christophe Marguet (dm)

 Ce n’est pas un hasard si le quartet formé par le batteur de Henri Texier s’appelle « quartet résistance poétique ». Car c’est bien de cela dont il s’agit lorsque l’on écoute cet album. C’est bien cela qui s’en dégage, une force poétique dès les premières notes, une sorte d’exaltation contenue qui, inexorablement monte au bord de l’âme. Il y a quelque chose de très fort au-delà de la musique elle-même. Quelque chose de mystique peut être. Et si « Itrane » veut dire «  étoile » en berbère, elle brille ici, dans l’ouverture de cet album au firmament que celle du saxophoniste presque homonyme. Mais cette musique là n’a pas pour vocation de valoriser tel ou tel instrument, tel ou tel musicien (ici tous exceptionnels) mais de raconter une histoire intime qui ne peut que bouleverser parce qu’elle porte réellement en elle sa part d’universalité dans laquelle chacun peut y trouver des résonances personnelles. Se l’approprier. A comencer par le quartet imprégné de l’intelligence du texte. Car cette musique voyage, progresse, évolue autour d’histoires émouvantes. Après un « Itrane » renversant où la mystique développée par Sébastien Texier trouve un écho formidablement décalé chez Angelini, c’est justement un « Angel » de toute beauté qui suit juste après avec quelques incartades free qui nous donnent l’occasion de repérer la belle entente de Sébastien Texier et de Christophe Marguet tous deux compagnons d’armes chez Henri. Il y a aussi de la tendresse dans cet album. Que ce soit dans « Extase Violette » auquel Texier à la clarinette donne une couleur différente ou « Vers l’automne » où le souffle du saxophoniste semble faire virevolter les feuilles ocres et jaunes dans un moment de pure rêverie ou contempler juste et simplement les fleurs (Flowers). La tendresse  sous une autre forme aussi comme ce morceau fort, aux accents coltraniens dédié à H.T ( Deep soul).

C’est la première fois que Christophe Marguet dans son quartet ajoute un piano à sa formation. Son pari est ici gagnant tant Bruno Angelini y est lumineux, apportant un sens du contraste, du décalage où il n’est pas moins question de poésie mais sous une autre forme, une poésie plus folle, désespérée peut être. Dès lors et bien loin d’un album de batteur, ce sont les talents d’un compositeur qui signe ici toutes les compositions que nous découvrons avec grâce et beauté. Autour de ces morceaux superbes, la rencontre de ces quatre musiciens provoque alors un choc qui est, vous l’avez compris de l’ordre de l’émotionnel. Si cette musique souvent se murmure, si l’émotion se crie aussi au bord du paroxysme, c’est qu’elle parle fort à l’âme. Et nous bouleverse

Jean-marc Gelin

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