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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 21:34

Vents D’EST

Olivier Py (ts, fl), Francis Le Bras ( fender, claviers), Emmanuel Brunet (cb), Guillaume Domartin (dm)

 

 

Le Collectif Vents d’Est créé sous l’égide de musiciens de la région Rémoise, dans le sillage du festival « Djaz » ( Reims Jazz Festival) et des Flâneries musicales, se constitue un bien joli catalogue si l’on en juge par les productions récentes. Il ne serait que de citer le très beau duo entre Daniel Erdmann et Françis Le Bras paru l’an dernier ou encore ce nouvel album d’Alata sur lequel le même Francis Le Bras reste à la manœuvre aux côtés du saxophoniste Olivier Py, d’Emmanuel Brunet à la contrebasse et du batteur Guillaume Dommartin.

Ce deuxième album d’Alata, 4 ans après le précédent pourrait bien être une sorte d’ « album référence » pour Olivier Py tant ce dernier marque d’une empreinte que nous ne lui connaissions pas, ce nouvel opus du quartet. Apparaissant sous un jour totalement nouveau, affirmé, émancipé de ses errances passées, il se révèle dans un format rythmique dans lequel il évolue tel un poisson dans l’eau. A la différence de ce que nous entendions jadis sans être totalement convaincu dans des groupes comme Knock ou Caroline, ici Olivier Py semble au contraire inspiré par la classe actuelle des saxophonistes New Yorkais dans lesquels on range des Donny Mc Caslin,des Dave Binney (Rock) et consorts. Entendre un morceau comme « Fin de partie à Lomé » ou comme Ibrahim résonne comme un jazz très empreint de cette culture transatlantique assez surprenante de la part des acteurs de ce quartet mais totalement convaincante dans la recherche d’un son d’ensemble. Françis Le bras passe ici avec bonheur au fender sur lequel il déroule un tapis harmonique et une assise rythmique élégante et lunaire à la fois, parfois même « churchy » créant des espaces d’impros et des effets électroniques légers dans lesquels Olivier Py peut se glisser avec une gande maîtrise. La réalisation artistique de l’album repose sur des collages où, en temps réel se mêlent des éléments enregistrés et des parties improvisées réalisés avec une grande cohérence artistique ( si l’on excepte toutefois les inserts « world » en début de morceau qui ne servent pas à grand-chose). Au plus près d’un jazz moderne tout en retenue et en maîtrise des subtilités harmoniques, le quartet impressionne par son savoir faire. Moins à l’aise et plus réservé lorsqu’il s’agit de se lancer dans des impros échevelées, il reste sur une certaine réserve, la rythmique dans son ensemble étant assez réticente à lâcher les chiens. Comme par exemple sur ce Lumumba en fin d’album où l‘on aurait aimé que la bande des 4 en oublie toute inhibition pour se transformer un peu en bandits. C’est notre seule réserve pour cet album admirablement construit et réalisé et auquel on adhère de bout en bout .

Jean-Marc Gelin

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:44

www.lowerb.com – 2008

Bertrand Lauer (ss), Mauro Gargano (cb), Luc Isenmann (dm), Manu Codjia (g)




Bertrand Lower fait partie de cette génération des joueurs de sopranos entièrement dévoués à leur instrument. Des sopranistes qui, dans la foulée des maîtres du genre (Lacy bien sûr mais aussi Liebmann ou François Jeanneau dont il fût l’élève accompli) possèdent une technique exemplaire qui leur permet de jouer bien mieux que de simplement jouer beau. De ceux qui maîtrisent une technique exceptionnelle mais ont su la dépasser. Une technique toute entière au service de jazz où le sens de la mélodie et du swing (on dit aujourd’hui « groove » mais l’on préfère ici swing dans son acception modernisée) s’allie à celui de l’improvisation. Netteté de la phrase, puissance et pureté du son dénué de vibrato, notes tenues et entrelacées sont des traits que l’on trouve autant chez Bertrand Lauer que chez quelques uns de ses brillants camarades, dont Jean-Charles Richard (lui aussi élève de Jeanneau) et Émile Parisien en sont les illustres et jeunes symboles.

Dès l’ouverture de l’album, Bertrand Lauer met la barre très haut, faisant souffler sur ce premier titre, ce qui fait la marque des plus grands, à savoir l’énergie dans le discours. Ne vous y trompez pas, tous les professeurs de musique vous le dirons, mettre de l’énergie n’est pas jouer fort. C’est tout autre chose. On craint pourtant d’avoir à faire à une sorte de premier album ultra démonstratif.  Il est rare en effet d’entendre d’emblée un joueur de soprano jouer aussi vite, si puissamment avec autant de virtuosité. Il n’en est pourtant rien car il y a dans les plages qui suivent quelque chose de plus subtil. Dans le discours de Bertrand Lauer, quelque chose qui relève de la maîtrise des idiomes du jazz, ce sens impressionnant du placement. Il est vrai qu’il est aidé en cela par une rythmique qui sonne « jazz ». Et dans cette rythmique, celui que notre confrère Lionel Eskenazi ne manquait pas d’encenser récemment, Mauro Gargano que l’on commence à désormais entendre un peu partout tant son assurance et sa solidité en font un  partenaire recherché. Ceux qui avaient tendu l’oreille à ses prestations dans le dernier album de Christophe Marguet (j’avais alors fait écho de ses talents dans les DNJ) ne manqueront pas d’être séduits par le son de ce merveilleux contrebassiste qui n’est pas sans évoquer quelques félines rondeurs à la Charlie Haden (Part III). 

Tout au long de l’album, avec un sens de l’esbroufe réel qu’il semble totalement assumer mais jamais ostentatoire, Bertrand Lauer montre l’étendue de son art et de son inspiration. Écoutez l’intensité de son phrasé dans un thème comme Time is on my life où l’inspiration coltranienne se mêle de quelques discrètes sonorité indiennes. Mais c’est à Liebman et Jeanneau qu’il nous renvoie le plus dans cette maîtrise des lignes mélodiques absolument transcendées et de l’incandescence rythmique totalement dominée. Lorsque le jeu semble dompter la technique pour porter la musique plus haut.

Dans un morceau plus calme et plus apaisé comme First Step, cet élève de la Berkelee school donne aussi un autre visage de son art : Avec un son d’une pureté cristalline, aux atours sensuels, la lame fine et ciselée de ce « regard » transperce les âmes en douceur. Jean-Marc Gelin

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 08:08

Joshua Redman (ts, ss), Larry Grenadier (cb), Reuben ogers (cb), Brain Blade (dm), Gregory Hutchinson (dm)

Nonesuch 2009


 



Quel pied mes amis, quel bonheur, quelle extase ! Ceux qui ont vu Joshua Redman à la Grande Halle de la Villette le 14 septembre dernier (en quartet acoustique), ont en l’écoutant, bien compris qu’il avait durant cette année 2008, franchit un cap supplémentaire, pour se hisser dans les tous premiers rangs des incontournables géants du jazz. Cet album en trio, quartet (avec deux contrebasses) ou quintet (avec une deuxième batterie), est bien là pour nous le prouver (il a été enregistré quelques mois avant Jazz à la Villette). Son jeu inspiré au saxophone ténor, à la fois énergique et chantant (Faraway ou Insomnomaniac) et ses enivrantes arabesques virevoltantes au sax soprano (Ghost) font mouche à chaque fois. Quelque soit la formule ou les musiciens choisis, nous sommes constamment séduit et comblé. Joshua avait inauguré la formule du trio avec son album précédent (l’excellent Back East), en utilisant trois rythmiques différentes suivant les titres et en incorporant à trois reprises un deuxième saxophoniste (Joe Lovano, Chris Cheek ou son père Dewey). Le niveau musical était très élevé, mais on pouvait éventuellement reprocher à ce disque, son manque d’unité et de cohérence, accentué par le répertoire hétéroclite qui était proposé (des standards, du Coltrane, du Shorter et des compos personnelles). Avec Compass, l’heure est au recentrage et à la cohésion. Tout d’abord tous les titres sont signés par Joshua Redman ou par des membres du groupe (les mélodiques March et Through the Valley sont composés respectivement par Larry Grenadier et Brian Blade), à l’exception d’un morceau, qui s’avère être l’un des sommets de l’album : une sublime version de la sonate au clair de lune de Beethoven (Moonlight), proposée avec deux contrebasses et deux batteries (un comble pour une ballade sentimentale !). D’autre part, sur les six titres joués en trio, il choisit d’associer Larry Grenadier, soit à  Brian Blade (Faraway), soit à Gregory Hutchison (Ghost) et les deux mêmes batteurs peuvent aussi faire équipe avec Reuben Rogers (Insomnomaniac et Un Peu Fou). A la manière d’un cycle, l’album commence et se termine avec un quartet à deux contrebasses : sur Uncharted qui ouvre le disque, Hutchinson tient la batterie et sur Throught the Valley qui clôt l’album, c’est Brian Blade le batteur. Enfin sur cinq morceaux, Joshua Redman nous propose un double trio, c'est-à-dire un quintet à deux basses et deux batteries (une formule du dédoublement des accompagnateurs, chère à Ornette Coleman). Et le plus fort c’est que la musique est tellement subtile, que ce n’est pas évident à percevoir à l’oreille : les sonorités des deux basses et les deux batteries étant  parfaitement bien réparties sur les deux canaux de la stéréo. Joshua Redman innove et se fait plaisir et l’on est bien obligé d’admettre que nous partageons tout au long des 72 minutes de l’album, ce bonheur euphorisant qui nous fait démarrer cette année 2009 sous de bons auspices.

Lionel Eskenazi

 

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:28



Cam Jazz 2008

 

Résolument, Antonio Farao choisit la face sud en plein soleil, baignée de lumière et où les espèces libèrent des parfums capiteux. Poésie et luxuriance sont au rendez-vous de cet album. Pianiste total tout en générosité et en rondeur, il danse avec son piano et virevolte sur les compositions d’Armando Trovajoli qui ont accompagné les plus belles comédies italiennes de Scola, Risi, de Sica...il y a de cela quelques décennies. En solo ou en trio, Farao joue à étirer le temps, à introduire un drive, une énergie de vie, à transcender ses bandes originales pour les élever au rang de thèmes intemporels (entêtant Parfum de femme). Improvisateur volubile, pianiste au swing précis, Farao fait tant et si bien « âme » avec cette musique que ses quatre compositions présentes sur l’album sont comme une réécriture ou une réinterprétation de celles de Trovajoli. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un vulgaire copiage mais bien d’une inspiration à la même source : Positive life est comme une apposition de Parfum de femme,  la musique de la célèbre comédie de Dino Risi, pour mieux célébrer la vie. Son tour de force est de parvenir à créer dans cet album une scénographie parfaite avec des décors somptueux et une chorégraphie enlevée. Dédé Ceccarelli à la batterie s’envole, se transforme en pantin-volant et déploie une énergie, superbe, précise, enthousiasmante : l’âge d’or (Golden Age) sous sa baguette s’endiable avec fougue. Dominique di Piazza à la basse s’invite dans ce jubilatoire émerveillement. Farao excelle à nous émouvoir sur Il prete Sposato (musique originale d’ « Un prêtre à marier » de Marco Vicario). Cet album est une belle et lumineuse rencontre. Régine Coqueran

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:16

Cam Jazz – 2008




 
Il est des rencontres dont le charme se révèle immédiatement par l’intelligence et la sensualité qui s’en dégagent d’emblée, dans les premières secondes de l’échange. Celles du saxophoniste Ellery Eskelin, de la pianiste Sylvie Courvoisier et du violoncelliste Vincent Courtois est de celles là. Ce qui relevait au départ de moments d’improvisation destinés à être exclusivement réalisés sur scène lors d’une première rencontre organisée à l’initiative de Vincent Courtois dans le cadre de ce formidable laboratoire qu’est banlieues Bleues en 2002, puis à plusieurs occasions au Triton, ne devait a priori pas donner lieu à un enregistrement en studio. C’est pourtant ce pari qu’à tenté et réussi avec brio le trio sous l’égide du label Cam jazz. Il y a dans ces rencontres, où l’on ne distingue plus vraiment les parties écrites des parties improvisées, une intelligence et, on l’a dit, une sensualité musicale extrême. C’est un peu à la manière d’un jeu érotique de préliminaires où les peaux réagissent, les sens s’éveillent, où tout est dans l’attente de l’autre et le don de soi. Un moment où l’on attend que le premier bouge pour bouger à son tour. Où il est question de frôlements des timbres, des morsures, de se pousser, de s’enrouler, s’entortiller l’un avec l’autre, de s’échapper les uns des autres aussi. Il y  est donc question d’écoute, d’interaction, de questions-réponse. Il y est surtout question d’intelligence d’une musique qui sait se rendre captivante. Intelligence d’une musique qui découvre un infini de textures et de sons que ces trois là parviennent à explorer ensemble jouant sur tous les registres de leurs instruments, du piano préparé aux bois frappés, aux cordes pincées, grattées, au saxophone râlant, plaignant, susurrant. A tour de rôle chacun délimite les espaces des autres. Sylvie Courvoisier apporte un chromatisme poétique dense dans une sorte d’expressionnisme diffus. Ellery Eskelin se montre décisif et tranchant dans un propos doux-amer qu’il partage avec la pianiste. Quand à Vincent Courtois c’est le maître d’œuvre de cette rencontre, génial entremetteur à la foultitude d’idées foisonnantes.

Entre jazz, classique (on entend parfois du Mahler dans Nocturne), et musique contemporaine, ces trois là, co-auteur des 11 titres qui composent l’album développent un sens rare de l’espace et de l’instant. L’espace de jeu d’abord, qu’ils se créent eux-mêmes et l’apprivoisement d’un temps immédiat. Un temps court ou un temps long qu’ils modèlent à volonté. On les imagine, acteurs d’une pantomime silencieuse jouant d’expressions, utilisant l’espace d’un plateau de théâtre pour se mouvoir et s’entraîner. Car il y a du mouvement dans cette musique là. Et c’est de bout en bout totalement fascinant.  Jean-Marc Gelin

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:46

Palmetto records 2008




 
Il était écrit que Ted Nash consacrerait un jour un album au compositeur Henri Mancini (1924-1994). Pensez, avec une telle parenté ! Lorsque l’on est minot et que l’on écoute son père, Dick Nash donner du trombone (ou du baryton) dans l’orchestre et son oncle ( au même blase de Ted Nash) souffler dans le biniou dans la même formation, c’est obligé, tout vous ramène au compositeur Hollywoodien. Ça vous marque son bonhomme. Question d’héritage certainement. C’est même à se demander comment il se fait que Ted Nash (le jeune) n’ait pas finalement rendu plus tôt hommage à Dick et Ted Nash (les anciens).

Et l’on ne va pas s’en plaindre aujourd’hui. Car il est vrai que ces dernières années n’ont pas manqué de rendre gloire à un autre compositeur hollywoodien, Lalo Schiffrin capable de remplir le Grand Rex lors de son passage à Paris mais jetant un peu sur l’autre compositeur une ombre imméritée. Pourtant Henri Mancini, tout le monde le connaît par les films pour lesquels il a composé d’inoubliables thèmes (on pense bien sûr à la « Panthère Rose ») mais aussi à tout l’univers de Blake Edwards auquel il contribuera à donner cette couleur des sixties indissociablement liée à la filmographie du génial cinéaste (Peter Sellers y étant aussi pour beaucoup). Mais il restait tout un travail à faire pour mettre en valeur les compositions de Mancini pour ce qu’elles sont à savoir de magnifiques pièces de jazz. Celui qui débuta sa carrière dans l’orchestre de Glenn Miller contribua certainement à l’instar d’autres directeurs de big bands de l’époque (on pense à Quincy Jones) à donner aux grandes formations un  tournant nouveau avec quelques pointures californiennes attirées sur la Côte Ouest par l’argent qui coulait à flot des studios de Hollywood. Henri Mancini tournait alors avec des pointures de la dimension d’ Art Pepper (as), Pete et Conte Candoli (tp), Jimmy Rowles (p), Larry Bunker (vb), Shelly Manne (dm)  etc…..

Ted Nash (le jeune) remarquable saxophoniste passant avec autant d’aisance du ténor à l’alto (où il excelle) rend ainsi un hommage sincère à ses ancêtres, s’appropriant totalement ces thèmes magnifiques. Parfois en les « pré-datant », leur donnant une couleur bop qu’ils n’avaient pas à l’origine, parfois en leur donnant un sérieux coup de jeune. L’album est émaillé de petites séquences comme des clins d’œil à des scènes mythiques du cinéma hollywoodien. On pense à ce Shot in the Dark dans la veine funk de l’époque ou à ce charmant Baby Éléphant Walk qui nous marqua enfant lorsque nous regardions Hatari. Quelques moments de grâce s’installent comme lorsque Ted Nash joue de la flûte à l’instar de son aïeul et aussi de Mancini lui-même, flûtiste à la base. Même émotion lorsqu’il joue un bien nommé «  Something for Nash » que Mancini avait à l’origine composé pour son père, Dick. Avec le même esprit délirant il reprend ce fameux thème de ce fameux film cultissime (pour moi en tous cas), « The Party » où tout se termine en bacchanale dans une piscine à mousse avec un éléphant rose ! (The Party). Mais cet album marque aussi un autre point décisif : celui de la rencontre d’un très grand saxophoniste actuel avec la musique de ses propres origines. En soi une belle profession de foi. Jean-Marc Gelin

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:42

BMC 2008


G. Kornazov (tb), Emile Parisien (ss), Manu Codjia (g), Marc Burronfosse (cb), arl Jannuska (dm)


Nouvel album du fameux tromboniste bulgare Georgi Kornazov que beaucoup connaissent déjà, ne serait ce que pour son appartenance au Strada de Henri Texier dont il est devenu, avec le guitariste Manu Codjia (que l’on retrouve d’ailleurs ici) l’un des piliers incontournable. C’est avec la même dynamique que celle qu’il déploie chez son grand aîné de bassiste (on sait combien il participe activement à l’œuvre collective) qu’il manie ici le sens de la composition et de l’orchestration flamboyante. A partir de phrases mélodiques très belles et assez simples, Kornazov délimite ici un espace musical et développe autre chose qui va du registre de l’émotion nue et sensible à l’éclat des tramages des cuivres qui se répondent ou s’unissent dans un groove sous-jacent, très brut. A ce jeu là, Kornazov peut s’appuyer sur un fabuleux saxophoniste soprano, Emile Parisien, que tous les jazzeux de Paris connaissent déjà fort bien (et redoutent sûrement un peu). Jeune élève des classes jazz de Marciac, Émile Parisien se révèle un stupéfiant saxophoniste extraordinaire dans la maitrise du son, de l’intensité et du phrasé pur. Une énergie constante autant dans les triples croches que dans les notes tenues. L’association crée ici entre le son cristallin du soprano et les vibrations sauvages de Kornazov (Sianie) créent alors une forme contrastée intéressante. Quand à Kornazov on est depuis longtemps épatés par le registre de ce qu’il exprime. Totalement libéré des influences des anciens, Kornazov possède une telle technique de jeu que toutes les émotions passent dans sa façon de jouer. Ceux qui l’ont entendu aux côtés de Hervé Sellin, au sein du Vienna Art Orchestra ou encore du quartet de jan Schumacher savent que ce tromboniste habitué des grands prix sait à peu près tout jouer et dans toutes les circonstances. Il ne cesse de surprendre par son eu toujours lié à un sens aiguisé de l’orchestration. Quand à Manu Codjia il fait ici le liant, joue les arbitres et apporte un décalage sur un autre registre, enchaînant presque naturellement avec son compagnon de route. Véritablement dans le prolongement et la même inspiration que le travail poursuivi avec Texier, cet album à multiples facettes met en évidence le talent de ces musiciens surdoués dont on sait combien le monde du jazz se les arrache. C’est totalement mérité.
Jean-Marc Gelin

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:36

Label Igloo




Partons à la découverte de ce tout nouveau projet musical, réunissant deux talents indéniables que sont la violoniste Cécile Broché et le saxophoniste Etienne Bouyer. Leur rencontre donne naissance à un disque sur le thème du voyage, « Soundscapes », construit sur le moule d’un étonnant « road movie ». Ici résonnent des reflets oniriques évoluant sur chaque continent de long en large, au dessus des montagnes moldaves comme à travers les faubourgs de New York, en passant par de subtiles odeurs orientales. Par leurs enivrantes simplicités, certains thèmes ne sont que prétextes à improvisations. D’autres compositions ne sont qu’ostinatos dirigeant le message, tantôt rageurs et asymétriques (« The Town »), parfois mélancoliques (« Plage blanche »). Résonne aussi un certain pointillisme digne d’une attitude minimaliste, comme par exemple dans l’exposé désarticulé de « E411 ». Difficile de ne pas tomber sous le charme des abîmes sonores explorés par certaines résonnances harmoniques dans l’introduction de « Jezerca ». Le monde du silence propice à la méditation y est ainsi évoqué. A cette association inédite de timbres, il faut surtout souligner l’utilisation par la violoniste d’effets spéciaux en tout genre, comme des pédales « wah-wah », « octaver », « distorsion » et autres « Loop Station », cette dernière pédale étant de plus en plus utilisée par les musiciens de Jazz contemporain. Ce parcours d’explorations diverses s’attarde aussi sur le jeu des dissonances, des onomatopées, des imprévus, au gré des notes infortunés et des invocations vocales (« Art », «  Peut-être » et « Lonely Woman » d’Ornette Coleman). Puis un détour par la noblesse des résonnances modales orientales, nous offrant le plaisir d’une imagination sans frontières. La surprenante apparition du Djembé sur quelques compositions, entre les mains expertes de Chris Joris, ajoute au carnet de voyage le sourire éclatant de l’Afrique noire. C’est dans notamment « Isi Bop » que l’esprit percussif prend toute sa valeur. Pour la petite histoire, « Isi » n’est que le diminutif de « Isidor », le chat du saxophoniste ! Dans cet hommage félin justement, la répartition des rôles donne à chacun des musiciens un véritable moyen d’exprimer l’héritage du Jazz. Mais aussi du Rock ! En témoigne, par la suite, ce riff dévastateur du morceau « Konnyu Darab n°5 ». Pour finir en allégresse poétique absolue, le duo nous offre une version tout à fait originale du standard ultra-classique « In a sentimental mood » de Duke Ellington, version alambiquée de questions-réponses tout à fait inattendues. Interprétées avec une complicité hors du commun et en totale harmonie avec la Nature tout au long du disque, ces escapades sonores nous recentrent au cœur du monde avec sérénité. Le deuxième, c’est pour quand ?
Tristan Loriaut

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:30

Stunt/Nocturne – 2008

 


Quand Jean-Marc Gelin me "convoque" à déjeuner, c'est généralement pour papoter autour des derniers ragots du monde du jazz.

Ou plutôt l'inverse ... je ne sais plus!

Quoiqu'il en soit je repars toujours les mains pleines de cds. Souvent les artistes me sont totalement inconnus. C'est le cas de Jonas Westergaard. Comme souvent, je fais une copie du cd et la colle directement sur mon ipod. Les noms de l'artiste et de l'album sont les seuls renseignements dont je dispose pour écouter. Cette méthode a l'avantage d'écouter avec l'oreille vierge de tout a-priori. Et le jour vint! C'était le tour de "Helgoland" de Jonas Westergaard.

Westergaard est un contrebassiste danois d'une trentaine d'années, élève de Mark Desser lors de son séjour de trois ans à New York et primé par la radio danoise Danois en 2006. Par le passé, il a fait preuve de ses qualités d'instrumentistes, de compositeur-arrangeur et de chef d'orchestre. Et tout son talent prend forme avec ce nonet danois.

Le premier morceau commence dans le silence, une musique peuplée de notes silencieuses, apparaît un chuchotement, une complainte douce qui grandit, qui envahit nos oreilles et nous laisse coi. Le sax déchirant de Jesper Zeuthen (as) nous transperce. Pas cette déchirure qui fait mal, mais celle qui donne l'émotion qui fait du bien. Par son discours ultra-mélodieux et travaillé, Zeuthen galvanise la pièce.

La musique de cette œuvre ressemble à un long silence. Les notes silencieuses du premier morceau deviennent obsessionnelles et nous hantent à travers tout l'album. La musique est lente ou rapide, elle semble attirée ou retenue dans l'instant passé. Comme si on la sortait d'un long silence. Un peu comme un réveil dans un lit douillet après une bonne nuit, moment que l'on souhaite prolonger. Cette sensation est audible sur les deux premières pièces "Helgoland" et le bien-nommé "Dream". Mais elle reste perceptible sur les cinq autres compositions de Westergaard.

La douceur des instrumentistes, leur émotion et leur retenue donnent à cette musique un côté précieux alors même qu'elles prennent leurs inspirations dans des sales et vieilles histoires empruntées à Ellington ou à Gil Evans. Point de retours nostalgiques sur les anciens, au contraire. Il s'agit plutôt d'une musique vivifiante scrupuleusement orientée vers l'improvisation actuelle mais qui ne fait pas "la grimace à la tradition". Prenons "Over The Hill", hommage à Andrew Hill, décédé en 2007 mais toujours moderne à l'écoute. Westergaard y transcende la modernité de l'orchestre de Hill avec une écriture mêlant un arrangement harmonique légèrement décalé, cher à Hill, et un swing léger et staccato. Sur cette pièce, l'excellent batteur Jakob Hoyer gratifie la pièce d'un superbe chorus de batterie démonstratif, très rafraîchissant et moderne.

Westergaard ne s'est pas entouré des derniers venus: Peter Fuglsang est aux clarinettes, Jakob Bro à la guitare et Jesper Zeuther au sax alto particulièrement bien éclairé par le mixage. Jakob Bro, guitariste de Paul Motion qu'on peut entendre en long et en large sur le cd du saxophoniste Jakob Dinesen, est particulièrement remarquable par la douceur de ses notes et ses "accompagnements-chorus" sur "Red River". Peu démonstratif sur l'ensemble du cd, il joue pour la musique et participe activement à l'homogénéité et l'équilibre de l'orchestre. Au bord de la complainte, le sax de Zeuthen brille par ses hésitations, ses trémolos noueux et sa tessiture qui nous émeut. Son introduction et son chorus sur la dernière pièce "Until It's Time" est une démonstration lumineuse de l'art du jeune saxophoniste danois. Comme si cette pièce avait été composée et arrangée pour lui. Pour terminer, mention spéciale au pianiste Soren Kjaergaard dont les clapotis instrumentaux accompagne la musique avec un côté essayiste et expérimental véritablement agréable.

L'orchestre est soudé, le musique est dense malgré son apparent silence, son atmosphère cotonneuse. Mais cet homogénéité n'est pas le fruit d'un hasard. Les musiciens se côtoient, jouent ensemble dans des univers musicaux outre-Atlantique. Soren Kjaergaard joue avec Westergaard dans le Michael Blake's Blake Tartare et dans Bandapart avec Jakob Bro...

Enfin et surtout, Westargaard est un fin compositeur et extraordinaire arrangeur. Les sept pièces sont toutes très belles et partagent le même cachet.

Voilà peut-être un disque à intégrer dans le top-ten des disques de l'année; en tout cas une réussite totale de Westergaard et du jazz danois. Jérôme GRANSAC

 

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:26

Cristal / Abeille 2008




 
Philippe Sellam navigue aussi bien dans le monde de la variété ( Henri Salvador, MC Solaar) que celui du jazz dont il est plus proche. Co fondateur, avec Gille Renne, du devenu icône NO JAZZ, Sellam joue dans beaucoup d'autres formations: le Mega octet d' Andy Emler, Captain Mercier et Paco Sery entre autres. Sellam et le guitariste Gilles Renne n'en sont pas à leur première collaboration: NO JAZZ donc, No Spirit et Sellam – Renne African Project. No Spirit réunit, sous l'égide de Sellam et Renne, l'organiste Fred Dupont et Christophe Bras à la batterie; ce dernier étant aussi coutumier au jazz rock qu'à la musique brésilienne. La démarche de se groupe est de jouer ... sans se prendre la tête. Pas de projet ni d'idéologie particuliers, juste le plaisir de jouer. Et le plaisir est communicatif, au bénéfice de l'auditeur.

Pour ce premier cd, le plaisir est double car le support est double face: un cd live et un dvd en concert. Le cd live est enregistré aux Caveaux des oubliettes, le club où l'on se retrouve pour s'éclater entre étudiants de la proche cité U pour des soirées endiablées, à Paris en avril 2008. Le concert sur le DVD a été filmé au festival sud-coréen « Jazz Park » en mars 2008. No Spirit, c'est une musique jazz-rock/fusion mélangée avec un fond blues puissant. Et c'est ça qui est bon: entendre le blues reprendre des couleurs entraîné par un jazz rock finement joué et revigorant. Les compositions sont dynamiques et bien écrites pour être efficace. Autant le dire tout de suite, nous avons préféré le DVD. Peut être simplement parce qu'on a l'image... En effet, le concert au Caveau des Oubliettes bénéficie d'une excellente ambiance et la musique s'en ressent. Et le répertoire est plus large de deux titres. Mais voir le groupe sur scène, et malgré un public coréen pour le moins frileux, met en exergue toute l'énergie de la musique et le talent des musiciens. Sur « White Spirit », Sellam et Renne gratifient la musique d'un double chorus tout à fait jouissif. Fred Dupont est aussi très impressionnant techniquement et Christophe Bras se laisse emporter dans un solo de batterie tonitruant et démonstratif de la technique du maître d'oeuvre. Enfin, le saxophoniste alto en vogue en Corée du Sud rejoint le groupe sur scène. Sellam et Mr Lee se lancent dans un jeu de répons démoniaques comme s'adonnerait deux jeunes saxophonistes dans le garage de leur parent.

Les deux concerts ont été enregistrés à un mois d'intervalle. Vous pourriez être tenté par faire la comparaison des pièces communes aux concerts, mais ce serait aller contre l'esprit de No Spirit. Véritablement, il faut écouter la musique sur ce double support avec les oreilles grandes ouvertes pour se faire hérisser le poil de la peau. Jérôme Gransac

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Published by Jérôme Gransac - dans Chroniques CD
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