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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:43

ECM 2008



 
Le contrebassiste Arild Andersen signe là un disque magnifique, gravure d’un instant de rêve enregistré « live » au Belleville, club de jazz  de la capitale Norvégienne. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans les studios de Mandfreid Eicher que cet album est enregistré mais en club ce qui n’empêche pourtant pas la prise de son d’y être absolument exceptionnelle pour une mise en valeur idéale d’un trio de très haute volée composé du batteur italien Paolo Vinaccia et du saxophoniste écossais Tommy Smith. Autour de thèmes composés par le contrebassiste (à l’exception de Prélude To a Kiss), le trio se livre là à un moment rare de maîtrise de l’espace et du temps. Un moment où la fusion des énergies les amène à contrôler celle-ci dans des moments de grande zénitude ou à la libérer au contraire dans des périodes de paroxysme brûlantes. Il y a assurément quelque chose de très coltranien dans le jeu de Tommy Smith, ici ébouriffant dans le son, dans la puissance de jeu et dans la nuance de son sens de l’improvisation. Chaque morceau est prétexte à un long développement où se rencontrent les trois voix dans un chassé croisé toujours homogène et cohérent à l’image de ce premier mouvement, suite en 4 parties (Independancy 1,2, 3 et 4). Jean-Marc Gelin

Arild Andersen, grand habitué du label, tout en choisissant de réaliser cet enregistrement en « live » n’en oublie pas pour autant le sens de la construction artistique. Pas question de partir dans des flots ininterrompus d’improvisations gigantesque. Au contraire, maîtrise du temps et de l’espace et conception de ce concert comme l’enregistrement d’un album en studio. Variation des thèmes et des couleurs toujours portées par le son incroyable du saxophoniste écossais qui à plus de 40 ans semble ici trouver le sésame d’un jeu totalement libéré de tout le superflus. Trois voix totalement investies dans l’instant présent au point qu’à l’instar d’autres chroniqueurs on peut effectivement affirmer que ce trio là est de ceux qui feront date tant il est fusionnel. Grand disque                                                      

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 06:23



www.vijay-iyer.com

 Ceux qui, comme moi je le confesse, avaient de Vijay Iyer l’image d’un musicien virtuose des claviers électriques devront réviser leur jugement après l’écoute de cet album. Car réduire ce musicien américain d’origine indienne à ce rôle de side man cantonné dans une fonction plus ou moins expérimentale découvriront avec cet album que Vijay Iyer est avant tout, et surtout un pianiste exceptionnel et un superbe compositeur.

Ce qu’il dit ici dans un album où il joue entièrement acoustique est une sorte de musique de l’urgence d’où découle un flot à la fois cérébral et terriblement primal. Lorsqu’il intervient, son coreligionnaire, le saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa (que pour ma part j’avais découvert cet été dans un jam session où sa prestation m’avait laissé dans un  état dont je ne me suis toujours pas remis) entre dans cette musique avec une force vitale totalement sidérante. C’est de la vie qui sort du pavillon de son instrument, une vie torrentielle qui mène au bord du gouffre, au bord du désastre avec une énergie aussi désespérée qu’un peu folle. Ceux qui ne connaissent pas ce prodige doivent absolument se ruer sur ses productions et découvriront ainsi une sorte de nouveau langage du saxophone qui, à coup sûr les bousculera et les emmènera ailleurs. Dans une sorte de langage où le jazz Colemanien se mêle très subtilement au phrasé des instruments indiens tiré du raga.

Mais la musique de Vijay Iyer ne se limite pas (si limite il y avait) à cette vision de la musique. Ses compositions réalisent avec audace une syntaxe entre la musique de Steve Coleman (par les métriques impaires et les structures atonales) tout en se dépouillant parfois de tous les superflus d’une part (Machine days) et d’autres musiques qui traversent l’histoire du jazz. Il est ainsi capable d’enchaîner avec un morceau très latin jazz ( Age of everything) avec un morceau plus modal dans le plus grand classicisme ( I’m all smile de Michael Leonhardt). Abordant le piano avec le même lyrisme que s’il s’agissait d’un clavier électronique ; Vijay Iyer est stupéfiant de technique montrant une indépendance rythmique et mélodique des deux mains assez incroyable, renversant les rôles de la gauche et de la droite avec une agilité un peu surnaturelle. Mais foin d’exhibition car là n’est pas le propos. Lorsqu’il se livre à un exercice en solo acoustique, il livre avec une sensibilité musicale rare un morceau bien loin des errances introspectives propre au genre mais au contraire ouvre sa musique à une forme de jazz rénové. Et lorsqu’il joue en trio, alors ses camarades de jeu  jouent les trouble fêtes à l’image de Marcus Gilmore en batteur totalement décalé capable de jouer hors tempo ou d’essayer des phrases totalement incongrues mais vivifiantes. La musique de Vijay Iyer par certain égard prolonge les derniers travaux de Coltrane mais loin, bien loin des clichés du genre. Il faut absolument aller voir Iyer et tenter l’expérience. Totalement innovante. Jean-Marc Gelin

 

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 22:44

Mc Coy Tyner (p), Ron Carter (b), Jack DeJohnette (dm) + Marc Ribot ou John Scofield ou Derek Trucks ou Bill Frisell (g) ou Bela Fleck (banjo).

1 CD + 1 DVD  Half Note/Naïve

 




Il y a de l’électricité dans l’air et un sentiment de jeunesse et de fraîcheur dans ce magnifique album. Une véritable cure de jouvence pour McCoy Tyner qui fêtera ses 70 ans le 11 décembre prochain. Après avoir souffert d’une terrible maladie, le voici amaigri, mais en super forme avec ce Guitars, qui paraît quelques mois après le magistral McCoy Tyner Quartet (où il était en compagnie de Joe Lovano, Christian McBride et Jeff Tain Watts). Ce projet, où pour la première fois il ajoute à son trio une guitare électrique sulfureuse, a en fait été enregistré trois mois avant le fameux concert que l’on peut apprécier sur McCoy Tyner Quartet. McCoy n’a plus de temps à perdre, et il a visiblement envie d’enchaîner ses publications autour d’expériences inédites et en compagnie des plus grands. La section rythmique qui l’accompagne est tout simplement l’une des meilleures du monde : l’élégant Ron Carter à la contrebasse et le puissant Jack DeJohnette à la batterie. Rien qu’avec ces deux là, il aurait pu réaliser un remarquable album en trio, mais le goût du risque, l’amour des rencontres et l’envie de se surpasser a été prédominant. Tout comme le choix de ses partenaires guitaristes, aussi surprenant que remarquable, pour leur goût de l’aventure, de l’improvisation et leur fabuleux talent technique. Tout d’abord on le trouve en compagnie de Marc Ribot, héro à la fois génial et modeste de la scène downtown New-Yorkaise et collaborateur assidu de John Zorn. Il ouvre d’ailleurs son album par un court duo improvisé au climat plutôt free (Improvisation 2), qui s’enchaîne à merveille avec l’énergique Passion Dance (titre phare de l’album The Real McCoy en 1967 pour Blue Note et repris avec Joe Lovano au sax ténor sur le récent McCoy Tyner Quartet). Après le jeu foudroyant aux accents rock de Ribot, place à la fluidité bluesy de John Scofield, avec une composition de John Coltrane (dédié à Paul Chambers) : Mr P.C et une très belle reprise de Blues on the Corner (extrait lui aussi de The Real Mccoy et de Mccoy Tyner Quartet). Puis l’inattendu arrive avec la présence de Bela Fleck au banjo. Si vous ne connaissez pas ce musicien, vos préjugés sur le banjo vont vite disparaître car vous allez entendre un fabuleux virtuose, au jeu brillant et intelligent, doué d’une belle faculté à improviser. Fleck place deux de ses compositions et nous émerveille dans une sublime relecture du My Favorite Things de Coltrane. Toujours dans l’inattendu, on distinguera la présence de Derek Trucks, guitariste de blues-rock sudiste, membre de l’Allman Brothers Band et fidèle descendant de Duane Allman et de Dicky Betts. Trucks va très bien intégrer son jeu de slide guitar à l’univers de Mccoy (Slapback Blues) et nous éblouir dans leur très belle version de Greensleeves. Enfin sur les trois derniers titres de l’album, on appréciera le subtil jeu atmosphérique de Bill Frisell, avec en particulier l’ultime morceau (Baba Drame de Boubacar Traoré), une très belle ambiance africaine où la guitare prend des accents de kora. En prime un DVD nous permet de voir chaque guitariste en studio jouer un titre et l’on peut choisir son angle de caméra (le montage du réalisateur, le split screen avec les quatre musiciens, le plan sur Mccoy Tyner, le plan sur Ron Carter, le plan sur Jack DeJohnette ou bien sûr, le plan sur le guitariste invité).
Lionel Eskenazi

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 16:00

JJJJ ANDY EMLER : « For better times »

Illusions 2008



2008, l’année Emler ? Assurément, car le pianiste a triomphé de tous ses « concurrents », , devancé tous les prétendants, gagné haut la main de multiples prix, raflant toutes les mises et récompenses. Une consécration amplement justifiée avec sa meute, la belle machine du Mégaoctet, mais aussi en trio avec sa rythmique superlative (Tchamitchian, Echampard), dans le TEE justement nommé.

C’est seulement après ces succès qu’il s’est enfin résolu, encouragé par son « alter ego », son fidèle complice de La Buissonne , Gérard de Haro à passer le test du solo ; à accepter cet exercice difficile et pourtant inévitable à un moment donné de la carrière d’un pianiste .

C’est là que l’on affronte tous les démons, que l’imaginaire est le plus à découvert. Pour ce disque en solitaire qu’il présente justement comme « une œuvre orchestrale pour pianos multiples », Andy Emler n’a pas lésiné : il nous a offert un orchestre de pianos.

Ça joue vite, fort et grave. Un piano lyrique, fougueux même, abrupt dans les graves, assourdissant parfois, percutant et percussif toujours. Mécanique et obsessionnel dans sa façon d’enfoncer implacablement les touches, épuisant les notes, Emler martèle des accords surprenants, dissonants parfois, circulant avec aisance de rebond en accélération, maintenant une cadence très nerveuse. Une musique énergique, construite de façon élaborée, rythmiquement appuyée, qui affirme vite un sens dramatique évident. Une musique complexe et profonde, grave et sombre qui trahit un engagement émotionnel, à vif, que cristallise le choix des titres et celui de l’album lui même « For better Times » .La thématique questionne l’ordre mondial en écho à l’environnement politique et social, préoccupations très actuelles en somme.

 Ah !Ce goût prononcé pour les reprises, les boucles, les échos, les répétitions passionnées d’un même thème, ou d’une phrase ! Pas vraiment d’acidité mélancolique dans la musique d’Andy, qui emporte comme un torrent, balaie comme une vague de fond, sauf peut-être sur la courte composition qui introduit enfin une pause, un répit , une douceur tendre et impressionniste : « Father and Son » n’est pas de lui justement mais de Peter Gabriel, que Gérard et Andy admirent depuis si longtemps !

Cet album illustre un art de l’instant : fortement travaillé, il renvoie aux maîtres de l’instrument et aux musiciens classiques, distillant une musique intime qui laisse sa résonance sur le merveilleux piano de la Buissonne.

Plus d’une heure de fureur poétique sur un piano préparé, métallique parfois comme un instrument africain,  un piano qui ne nous entraîne pas dans une valse langoureuse mais qui danse néanmoins, assez éloigné du jazz de la tradition américaine : Andy Emler a une culture, une formation et fait partie d’une génération qui lui permet de sortir de ces références. Un authentique compositeur, une empreinte indélébile. Un univers des plus attachants. Bravo l’artiste !  Sophie Chambon

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:36

Enja Records

 



Cela en surprendra plus d’un, mais il existe encore, enfouies dans quelques greniers poussiéreux, des enregistrements de cette figure indémodable qui n’attendent que d’être révélées au grand jour. L’héritage musical de Chet Baker est géré par sa veuve, Carol Baker, et Matthias Winckelmann, le fondateur du label Enja. Les œuvres encore inédites du trompettiste sont éditées sur CD et vinyle dans la collection « Legacy », créée spécialement pour ce patrimoine. Pour la petite histoire, il y a quelques mois, le pianiste Bradley Young appelle Carol Baker et lui apprend l’existence d’un enregistrement de son défunt mari avec son trio dans un studio de Chicago. Il s’agit de bandes de toute première qualité datant de 1986, avec un Chet Baker au sommet de son art. A partir de la fin des années 70, le jazzman ne séjourne plus que rarement aux Etats-Unis, s’étant alors installé en Europe, préparant son retour outre-Atlantique. C’est par la suite, lors d’une de ses rares tournées américaines, qu’il fait escale à Chicago où Bradley Young, jeune pianiste de jazz, se présente alors à son idole. Et ce n’est qu’en 1986, quelques jam sessions plus tard, que les deux musiciens se réunissent en studio pour enregistrer en un après-midi ce recueil de standards compilés dans l’album « Chet in Chicago ». La souveraine et éternelle sérénité du trompettiste est évidemment au rendez-vous avec des improvisations omniprésentes. A ses cotés sonne une rythmique « Straight Ahead » sous les doigts du pianiste Bradley Young, du bassiste Larry Gray et du batteur Rusty Jones. A signaler aussi la présence d’un invité de marque en la personne d’Ed Petersen, donnant brillamment la réplique au trompettiste sur pas moins de 3 morceaux (« Ornithology », « Crazy Rythm » et « Sippin’ at Bells »). Chaque standards, revisités par des arrangements légèrement modernisés, sonnent comme de nouvelles compositions. « It’s You Or No One » donne le parfait exemple d’une sensibilité aigue d’un Chet Baker inimitable lorsqu’il s’agit d’Amour, avec un grand A. Avec la même verve, « We’ll Be Together Again » donne aussi le sentiment d’un retour perpétuel à l’essentiel de la vie. Puis il y a aussi ce magnifique « Solar », qui ne doit rien à Miles Davis tellement ce thème semble y être réinventé. Et pour terminer, comment ignorer l’ultra-classique « My Funny Valentine ». Il y a des œuvres qui ne disparaitront jamais de nos souvenirs. « Chet In Chicago » est une formidable ballade lors d’un bel après-midi de printemps aux côtés de Chet Baker.
Tristan Loriaut


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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 06:03

Illusions 2008



On aurait aimé pouvoir s’enthousiasmer pour cet album. L’idée est belle.Dans la logique de son travail d’historien, Bill Carrothers ici avec Matt Turner et sa femme Peg, plonge dans la mémoire collective américaine et va chercher du coté des chansons de         Stephen Foster (1826-1864), inscrites à tout jamais dans la patrimoine musical de l’autre côté de l’Atlantique. Une image de cette amérique du XIX°, l’amérique du nouveau monde dont visiblement les trois musiciens éprouvent une certaine nostalgie. Avec mélancolie et beaucoup de tendresse pour leur sujet, ils éxhument cette musique donnant parfois un côté un peu passéiste dans lequel on ne se reconnaîtra pas forcément. Mais surtout le projet pêche par un parti pris assez incomprehensible tournant sur l’idée de leitmotiv. Ainsi la reprise plusieurs fois du même thème  ( 5 fois Mu Old Kentucy home et 2 fois Beautiful dreamer) donne le sentiment qu’il n’y avait là pas assez de matière pour exploiter à fond l’idée de base. Du coup ce thème devient récurrent et franchement lasse un peu à la longue. Cela reste joli et parfois émouvant. Mais malheureusement l’émotion des premières minutes au fil de l’album s’émousse beaucoup par la suite. Dommage
.
Jean-Marc Gelin

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 06:02

ECM  2008

Bobo Stenson (p), Anders Jormin (cb), Jon Fält (dm)

 



Il y a chez Bobo Stenson une double maîtrise. Celle du son et celle du temps. Pour ce 5ème album signé chez ECM, le pianiste bénéficie d’une prise de son tout bonnement exceptionnelle réalisée en Suisse à l’auditorium de Lugano. A tel point que l’on se sent immergé dans l’atmosphère d’un concert où l’on entendrait l’écho des notes sonner dans l’amplitude des salles de concert. Prise de son idéale donc pour ces trois musiciens qui bénéficient de superbes conditions et livrent en retour le meilleur d’eux même. Bénéficient des résonances et surtout d’une certaine spatialisation de la musique. A cette aune là, la maîtrise du temps dont fait preuve Bobo Stenson y est stupéfiante. Le temps que l’on entend ici est celui qui espace les notes, le temps de leur parcours dans l’espace. Cet exercice se révèle au travers de compositions de Stenson. Mais le pianiste avec beaucoup d’intelligence dans la direction artistique du projet va aussi chercher du côté de Astor Piazolla (superbe Chiquilin de bachin tout en nuance dans le contre temps), de Don Cherry (avec un émouvant Don’s Kora song), de Ornette Coleman revisité (A fixed goal) mais aussi du compositeur tchèque Petr Eben  avec un thème merveilleux (Song of Ruth). Avec un réel sens de a continuité et de la cohérence de jeu, Bobo Stenson semble se jouer du tempo quand il joue sur des rythmes argentins ou brésiliens avec grâce et subtilité, joue comme d’autres dansent timidement. Il y a parfois chez Stenson quelque chose des grands pianistes cubains et son interprétation nous ramène parfois à des pianistes de la dimension des Valdès auquel il parvient parfois à nous faire songer.

A ses côtés Anders Jormin écrit à la contrebasse des pages absolument splendides d’assurance, de sens mélodique, d’assise et de profondeur. Quelle entente avec le pianiste qu’il accompagne depuis de longues années ! Si l’album n’échappe pas complètement aux canons esthétiques et à un certain formatage propre à Manfreid Eicher, Bono Stenson ne s’éternise pourtant jamais et ne digresse pas. Sa musique n’y est jamais introspective. Il est grand temps que les pianistes sombres et neurasthéniques prennent un peu de cette graine là.              Jean-Marc Gelin

 

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:43

UNIVERSAL JAZZ



Voici le cinquième opus studio de l'époustouflante (et originale) blueswoman. La Bostonienne a composé dix morceaux sur les onze, et s'affirme comme une vocaliste d'exception. Les enregistrements ont eu lieu au studio Sunset Sound de Hollywood avec une pléiade de stars comprenant Derek Trucks, Doyle Bramhall II, Gary Louris, Big Al Anderson et Tony Joe White. Ce dernier a co-écrit le morceau "Back to the River" avec Susan Tedeschi. La genèse du morceau-point d'orgue du disque roule à l'essence du Blues. La guitariste est allée rendre visite au Maître à Nashville. Ils ont écrit le morceau dans son studio, abrité dans un ancien hôpital qui date de la Guerre de Sécession, situé juste en dehors de la ville. Tony Joe lui a demandé de raconter sa vie. Elle a parlé des heures, découvrant notamment : “le sentiment d’essayer en permanence de rentrer chez moi, de retourner au bord de la rivière, parmi les miens.” Susan vit sur les bords de la St. John’s River à Jacksonville, en Floride, où est né son mari Derek Trucks. Ils y élèvent deux enfants. Ainsi est né “Back to the River”, le titre de l'album. Les compositions doivent beaucoup à l'inspiration de Bob Dylan, mais le disque sonne plus rock que les précédents. Singulièrement, la vedette, d'une humilité confondante (elle a déjà tourné avec BB King et Buddy Guy), ne se réclame pas du Blues. On trouvera certes des couleurs Led Zeppelin, mais pourtant loin derrière un battement lancinant à la John Lee Hooker. On trouvera aussi la classe immense de Trucks, déjà l'un des plus grands dans le genre. Son intro à la slide de « People » est tout simplement à hurler la nuit entière en regardant le ciel, et à passer en boucle dans le hall d'entrée de toutes les écoles de musique.

Bruno Pfeiffer

 

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:47

Universal -  



Le fondateur emblématique des JAZZ CRUSADERS revient pour un second album à la simplicité émouvante avec la vocaliste Randy Crawford. Soutenu par une rythmique que James Brown n'aurait pas reniée (Steve Gadd à la batterie et Christian Mc Bride à la guitare éblouissants), Sample déploie un Soul/Blues chargé d'émotion inattendu de la part d'un compositeur célébré pour un Groove dans les années soixante, qui a tenu le haut du pavé pendant vingt ans, et joué avec un nombre considérable de jazzmen de haut vol. Né à Houston en 1939, Sample est un enfant du Texas. De l'autre côté du Delta du Mississipi, le ciel est bas et lourd. Les nuages frôlent le sol et se posent sur vos épaules. « Là-bas, on sait ce que gémir veut dire : les gens n'ont que cela à fiche de la journée », nous a confié le pianiste pour justifier cet OVNI envoûtant qui rompt avec les nappes lassantes que son Fender Rhodes délivrait lors des concerts interminables des CRUSADERS. Dès 1961, la critique a fait comprendre que sa formation était différente. Attention aux mots. Il s'agit d'une formule diplomatique : il faut lire différente de tout le bouillonnement qui agitait le jazz. Pour Sample, Coltrane est un imposteur, Ornette un truand et le Free une hérésie. A son sens, la musique noire doit transmettre le rythme et la sensualité hérités du temps de l'esclavage. Il vante du reste sa musique, on se demande pourquoi, de n'être ni de la Côte Est, ni de la Côte Ouest, mais du Golfe du Mexique. Pas le profil d'un intellectuel, M.Sample... Les critiques ont taxé son jeu de rythme négro-primitif. « Notre formule a marché. On s'en fichait du reste »; c'est dire les soucis du bonhomme. Pourtant ce disque enveloppe et caresse. Le toucher de velours du leader vanté par Miles lors des sessions de TUTU (Miller lui avait fait enregistrer des accompagnements), fait mouche. Le son MOTOWN également, impeccable. Mais il y a quelque chose en plus, un feeling, une vibration. Sample est fou de Johnny Hodges, des sons traînants de son sax alto. Le disque s'appelle NO REGRETS, il s'agit de la version anglaise du « Non, rien de rien » de Piaf, que chante Randy Crawford. Ne surtout pas prendre cet intitulé à la lettre! En vérité ce disque est une plainte. Submergé par sa propre tristesse et ses pleurs, Sample regrette son enfance. Quand le petit Texan traversé par des fleuves entiers d'émotion, n'était pas encore dévoré par le démon du Groove assommant qu'il allait inventer.
Superbe. Bruno Pfeiffer

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:43

Chief Inspector 2008




Yves Robert (tb), Bruno Chevillon (cb), Vincent Courtois (cello), Cyril Atef (dm)

On trouvera toutes les raisons du monde de s’émerveiller du dernier album de Yves Robert qui, fidèle à son habitude tourne autour d’un concept, cette fois, moins dans un souci de thématique que dans un pur propos musical. A partir d’une formation très exigeante qui associe le trombone à une formule simple : cb (le jeu sublime de Bruno Chevillon)  ou le violoncelle de Vincent Courtois + une batterie (découverte d’un batteur épatant à l’énergie marquante), Yves Robert mise à fond sur la partie rythmique dans une musique particulièrement inventive que l’on pourrait qualifier de post-rock ou post Zappa s’il s’agissait de se raccrocher à quelques références. Des trash rock qui décoiffent (Créative transpiration) côtoient des parenthèses rêveuses (m’as l’air bien dans ta peau). Dans l’univers d’ Yves Robert tout est prétexte à la démonstration d’une dynamique très forte (d’ailleurs d’une manière générale cela joue très fort) prétexte un peu, à l’exposé en pleine poire de la technique sidérante de Yves Robert qui sur un groove terrible est capable de tout faire avec un trombone. Son incroyable maîtrise de l’instrument lui permet une immense palette d’expressivité et jouant ainsi une sorte de comédie humaine avec un humanisme saisissant. Robert le grincheux main dans la main avec Robert le mutin qui passe à Robert le tendre. Sur la base de pattern rythmiques qui parfois souvent envie de danser ou de nous entraîner dans des bandas festives, Yves Robert donne à l’instrument des effets dans les sforzando, dans les rugissements et les explosions tonales (Épanoui, c’est nous, oui ) s’amuse sur des motifs rythmiques plus  simples et utilise parfois le trombone comme s’il soufflait dans une conque (Spirituel frisson).On ne peut donc qu’être épaté par tant d’inventivité musicale, instrumentale et surtout rythmique. Chaque morceau au titre évocateur ou drôle est une pièce d’une sorte de mini comédie à l’italienne avec sa mise en espace et ses ruptures de ton comme des portes qui s’ouvrent brutalement. Il y a derrière la musique des idées fortes. Mais dans la systématisation d’une musique basée sur l’énergie, le système repose aussi sur le refus de tout système mélodique ou harmonique sauf à le porter à dérision comme dans le dernier morceau grotesque (au sens littéral du terme) où les musiciens semblent un peu moquer le chant mais surtout quittent la scène sur un air de fiesta. Mais cela importe peu, le principe de la musique d’Yves Robert repose sur d’autres fondamentaux. Sur une expressivité théâtrale qui s’écoute comme elle se vit. Jean-Marc Gelin

 

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