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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 07:28

 

Grolektif Productions 2013

 bigre.jpg

Bigre c’est d’abord l’énergie d’un big band élevé à cette sauce Lyonnaise qui en vu naître d’autres et des fameux, à l’image de cette infernale marmite qui naquit il y a quelques années dans le sillage de l’Arfi.

Et ce Big Band qui ne manque pas d’envie et de peps à l’image de ses glorieux prédécesseurs ne dérogent pas à la règle de ces grandes formations, véritables bouillons de culture portant à ébullition de grands talents émergents qui, il faut bien le dire avec une pointe d’esprit chauvin autant que cocardier, portent bien la marque de notre hexagonal savoir-faire.

Il y a un peu d'esprit festif dans ce big band comme sur ce thème un tantinet balkanisé (funky romania). Beaucoup d'intentions différentes se succèdent et animent un collectif au vrai sens du terme : celui où la masse orchestrale sert les solistes excellents au demeurant (écouter à cet égard le superbe Libramont). Beaucoup de couleurs qu’il s’agisse aussi de rythmes latinos, de valse ou encore de funk. J’ai bien des références qui me viennent en tête et il ne serait pas leur faire injure de leur dire que j’ai parfois pensé à Carla Bley. Mais, dans le même temps rien ne nous sort de nos habitudes des big band actuels. Là où des Ping machine interpellent, là où un Sacre du Tympan peut aussi irriter, là où un Alban Darche nous fait redécouvrir le genre, ici tout semble quand même assez convenu. L'orchestration et l'instrumentation restent classiques. et cela donne un côté un peu académique parfois. On n’est pas vraiment provoqués.

Pour autant pas de quoi passer à côté bien au contraire. Il y a du vrai savoir-faire. ET l’énergie qu’il faut pour faire vivre une grande formation est si dense qu’il faut surtout encourager ces orchestres. En restant un peu lucides toutefois.

Jean-Marc Gelin

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 16:32

 

Fresh Sound New talent 2013

Nicolas Moreaux (cb), Bill Mc henry (ts), Pierre Perchaud (g), David Doruzka (g), Antoine Paganotti (dms), Karl Jannuska (dms), Christophe Panzani (ts), Olivier Bogé (as) + Tigran Hamsyan (p), Frida Anderson (vc)

 moreaux.jpeg

 

Gloire a Jordi Pujol producteur de génie et dénicheur de talents devant l'éternel. Talents qu’il va le plus souvent chercher dans les clubs de l’autre côté de l’Atlantique où ses pioches sont toujours assez géniales.

L'album qu’il nous présente du jeune contre bassiste Nicolas Moreaux ne fait pas exception à la règle. Il a, il faut bien le dire, un peu surpris son monde. D'abord parce que le contrebassiste avait un peu disparu des radars. On l’avait suivi certes au côtés de musiciens français que l’on aime bien, comme Pierre Perchaud ou Olivier Bogé et Tigran Hamasyan (trois musiciens que l’on retrouve ici) ou encore Sophie Alour.

Ensuite parce qu'il n'apparaissait pas véritablement comme un "leader d'opinion" jazzistique. Et enfin parce que, pour son 2ème opus ( après Beatnick aru en 2009) s’attaquer à un double album est un énorme pari.

Et force est bien de constater que le garçon réussi sur toute la ligne et frappe un grand coup son entrée dans sa propre discographie. Nicola Moreaux a de belles choses à dire et des musiciens exceptionnels pour  les exprimer. Mariage réussi, superbe, tout en harmonies raffinées. Avec un sens consommé de l'écriture et de l'arrangement dont il a confié en partie la charge aux musiciens, Nicolas Moreaux navigue subtilement entre un jazz mainstream et un jazz New-Yorkais subtil auxquels il ajoute une belle pincée de pop moderne assez judicieusement distillée. Il y a de l’émotion qui effleure. Il ya une sorte de poésie moderne.

3 saxs l'accompagnent dans cette affaire. 3 saxs qui triloguent sur des tramages superbes et sur les fonds bleutés de Pierre Perchaud ou de David Doruzka. Et si la musique s’accomode de ce jazz moderne il sait faire son affaire avec de bons vieux groove post bop a l'image des deux guitaristes tout en rondeurs swinguantes ( a joyful) et d’une rythmique aussi riche que gravitaire.

Il y a quelque chose d’enchanteur dans ce disque-là, de fascinant dans cette musique. Captivante et douce. Profonde et aérienne.

Un régal.

Jean-Marc Gelin

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 10:31

panossian-bbang.jpgRémi Panossian (p), Maxime Delporte (b), Frédéric Petitprez (dm)

www.plusloin.net

 

BBANG
S’agit- il du Big bang ? D’une reprise de Bang Bang ? Quel titre énigmatique  pour ce  second album de Rémy Panossian après Add fiction. Le pianiste garde la formule du trio avec Maxime  Delporte à la contrebasse et Frédéric Petitprez à la batterie (on ne change pas une équipe qui joue bien). Avec  toujours cette volonté de raconter en musique des micro fictions,  comme cet intrigant  « Islay Smoky notes » , ces fragments  rock sur « Shikiori », du funk sur ce « BBQ » très caliente. Ou le final  au crescendo exposif justement, avec aussi des improvisations inspirées,  comme il se doit en jazz.
Beaucoup de ruptures de rythmes, d’embardées suivies de moments plus tendrement méditatifs.  Pour nous accrocher et nous entraîner dans ce tourbillon, car on ne connaît  pas l’ennui quand ça virevolte. Pas le temps. Quelle est la ligne conductrice ?  Le goût de la mélodie qui chante, dont la ligne claire se retient et permet autant de variantes que de volutes.
Il y a aussi cette énigmatique « Blue box »  dans laquelle les trois musiciens vont puiser, une boîte à idées, à outils,  un talisman : les musiciens semblent ne pas s’en séparer ou restent tout près même quand  ils plongent dans l’eau bleue de la piscine (photo de la pochette). C’est le coffre des souvenirs remisé au grenier. Ou la malle de voyage bien utile en tournée, pour enregistrer des sensations, surtout en Asie où l’on est vite happé, sujet à un certain flottement... Lost in translation
Le trio  y puise en tous les cas l’inspiration de ce plaisant story telling. Bien sûr, nous ne disposons que des images qu’éveillent la musique dans notre imaginaire et l’explication des titres de chacun d es morceaux ne nous en apprendra pas tellement plus. Peu importe !
On est vraiment emporté par l’irrésistible vigueur, la fougue musicale du  trio qui brasse intelligemment les influences. Très accessible au meilleur sens du terme, on se laisse prendre par ces climats changeants!
A noter une très belle qualité d’enregistrement, très équitable pour chaque instrument. La contrebasse n’est jamais étouffée et elle vibre superbement, aérienne et chantante, au côté d’un batteur  véloce, puissant et contrôlé, qui groove de la belle manière. Le piano est  lyrique, fluide. Intrépide même et séduisant.
La musique parvient à un certain équilibre dans la force et la simplicité apparente de son propos, et pourtant les compositions ont juste ce qu’il faut de petits décalages, de délicates surprises jouées par un groupe  qui fonctionne parfaitement en interaction, et non en progression parallèle.
Ce qui prouve que la leçon du jazz n’est ni perdue ni oubliée. Et c’est bien.

Sophie Chambon

 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 22:02

 

Fremeaux et associés 2013

Patrick Favre (p, fder), Pierre Perchaud (g), Gildas Boclé (cb), Karl Jannuska (dms)

patrick-favre-origines-copie-1.jpg

C'est un album qui aurait pu facilement passer inaperçu si quelques acharnés de la cause ne montaient régulièrement au créneau pour défendre le talent de Patrick Favre. Et ils ont raison les bougres ! Il faut parler de Patrick Favre et il faut parler de ce superbe album, « Origines » dont on ne finit pas dé découvrir les subtilités et les richesses écoute après écoute. Car le pianiste a fait ici un gros travail sur à peu près tous les compartiments de la musique, qu'il s'agisse des compositions, des arrangements, de l'espace donné aux solistes ( au premier rang desquels Pierre Perchaud fait sensation *) et enfin de la direction artistique. Tout est ici convoqué pour en faire un album juste beau. Il y a de la vie dans ces « Origines », comme dans ce Bigibop aux chacras grands ouverts comme au premier matin du monde. Ici tout n'est que luxe calme et volupté pourrait t-on dire à l'écoute de cet album qui exhale des parfums harmoniques d'une rare poésie.

Avec un sens du son et des textures sonores Patrick Favre crée là un album qui s'écoute comme on respire, brassant large l'air frais des grands espaces. Pas un album anecdotique. Un album essentiel du genre de celui que vous classez dans vos favoris et qui se réécoutent avec le même plaisir et surtout se redécouvre à chaque fois. Il y a chez Patrick Favre un sens du jouage qui s'appuie sur un réel collectif. Pensez ! L'association de Gildas Boclé, de Karl Januska et de Pierre Perchaud est en soit un casting de rêve et le gage d'une réelle cohésion tant ce quartet-là respire la musicalité.Un brin nostalgique ou reveur parfois comme sur tourne Solaux couleurs plus sombres qui s'appuie sur des ostinatos forts sur lesquels la tribu avance en éclaireur avant que Pierre Perchaud avec le bleuté de ses notes, économe et évanescent ne nous enveloppe dans quelques nappes Metheniennes.

C'est alors sur un titre comme celui-ci que l'on entend toute la mécanique rythmique qui se met en branle avec une efficacité redoutable ( mais combien sont-ils ?).

Une sorte de tribu ancestrale pour un rite primitif.

Jean-Marc Gelin

 

(*) Pierre, les DNJ n'attendent que vous pour une interview prochaine.....

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 18:12

 

Francesco Bearzatti (ts, ss), Giovanni Falzone (tp), Danilo Gallo (cb), Zeno De Rossi (dms)

Cam Jazz 2013

 covermonk_n_roll.jpg

C'est surement une affaire de sales gosses hyper doués, trop respectueux de l'oeuvre de Monk pour accepter de le voir fossilisé dans une posture immuable. Ces bandilleros qui vont jusqu’à reprendre la couverture de Monk (de l'album "Underground") se livrent sans le moindre scrupule (manquerait plus que ça !) à un vrai détournement en plein vol de tout un répertoire monkien avec ses tubes et ses morceaux moins connus  sur l’aire d’autres tubes planétaires, pop et rock cette fois! Avec les memes allures révolutionnaires qu'un Thelonious dansant autour de son piano bastringue. Oui, Monk est aussi Rock et Blue et Monk peut être génialement massacrè à grand coup de riffs de guitare.Ca ne frise pas le mauvais gout, ça s'y vautre avec la gaieté des cochons dans la mare. Si Monk est armè sur la pochette d' "Undergound", Bearzatti manie lui, la dynamite avec un bel entrain. Monk is rck'n'roll et s'invite même au baloche du samedi soir.

Où l'on retrouve un Giovani falzone en génial trublion, pétulant, incisif. Oui Monsieur qui gardez le temple trois fois saint, le jazz peut bien rigoler un peu avec les morts qui, c'est sûr ne demandent pas mieux, pour peu que la musique et le talent soient au rendez vous. Et les exploits du saxophoniste et du trompettiste sur un Bye-ya forcent l'admiration de ceux qui disent "ça joue grave !".

Un Criss cross réarrangé avec un motif de basse á la Velvet Undergound le bien nommé ou un I mean you sur l'air de Billie Jean de Michael Jackson, un 'round midnight façon Walkin on the moon de Police. Pourquoi pas ? Ou encore, pourquoi ? Le problème c'est que si le procédé marche une fois, voire deux, à la longue il ressemble un peu à un manque d'inspiration et ne convainc pas toujours. On préfère en revanche ces 4 variations intéressantes sur Misterioso.

L'occasion est belle, outre l’énergie hallucinante déployée par ces 4 garçons dans le vent,  d'apprécier aussi les talents inoüis de Bearzatti à la clarinette ou encore au tenor sur Green Chimneys ( avec un arrangement (d)étonnant)

Mais, c'est la limite de l'exercice, si on marche dans ce coup de provoc, si l'on est emballés par l'audace, si on admire les numeros d'équilibristes au faux nez aussi géniaux que talentueux, on est en revanche un peu médusés par la portée musicale de l'ensemble qui quand même ne franchit pas vraiment la deuxieme écoute et va vite se ranger dans la categorie des curiosités que l'on ressortira dés que l'occasion s'en présentera.

Et faire pour faire du rock'roll avec Monk il faut véritablement des talents d'arrangeurs exceptionnels. Au risque d'en faire un objet totalement hybride.

Jean-Marc Gelin

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 17:44

Sunnyside records 2013

Ben Wendel (ts), Dan Tepfer (p, fder)

 tepfer-wendel.jpg

Dans la tradition des duos sax/piano, il y a quelques références. Le sommet pour moi ayant èté atteint par Lee Lonitz et Martial Solal.

Ces deux là sont plus jeunes ( même si Dan Tepfer à aussi officié aux côtés de l'altiste) et tous deux élevés au biberon de ce jazz new-yorkais où le maître mot de leur jeu est d'improviser dans l'élégance et le raffinement. Très classiques dans leur jeu. Même quand Tepfer joue en même temps du fender d'une main et du piano de l'autre. Cette forme de classisme du piano s'entend chez Dan Tefper dans sa façon de trouver certains accords dans le grave ou d'approcher la fugue et le contrepoint. Art du contrepoint qui trouve son apogée dans cette Variation 1 en Ré mineur où ce jeu académique ne l'empêche pas d'afficher sa grande liberté. Assurément la marque des grands pianistes. Mais aussi cette approche classique du clavier sur Gratitude, un des très beaux moments de l'album où cette gravité du clavier se combine avec le jeu très aérien de Ben Wendel tout en sensibilité douce. Car lui aussi fait partie de ces immenses talents émergents . De ceux qui peuvent s'affranchir de toute technique démonstrative pour laisser place á la sensibilité du jeu.  Si le propos se rapproche plus d'une sorte de séance improvisée autour de quelques bons vieux standards, il y a des moments magnifiques qui apparaissent dans cette causerie très intime. Ecouter ainsi le son très lesterien de Wendel sur ask me now. II y a chez lui quelque chose du storyteller comme dans ce Jean et Renata très beau, très émouvant avec une inspiration jouant autour de motifs simples. Idem pour ce chef d'oeuvre de Jimmy Van Heusen,  Darn that dream sur lequel Ben Wendel étend un drap de velours avec la tendresse de ceux pour qui il n'est pas la peine d'en rajouter. Un moment juste sublime.

Jean-Marc Gelin

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 17:33

 

Assai records

Stéphane Chausse (sax, cl, fl), Bertrand Lajudie (p, fder, synths), Larcus Miller (n), Mino Cinelu (perc), Sylvain Gontard (tp), Stéphane Guchard (dms), Marc Bertaux (b), Fred Soul (perc), Ousman Danedjo (vc), Nicolas Montazaud (perc), Bernard Paganotti (b), Franck Tortiller (mba, vbes), Jasser Haj Youssef (viole), Himiko Pganotti (vc), Patrice Héral ( vc),  André Cecarelli (dms), Dominique du Piazza (b), Steve Tavaglione (ss), Jude Miller ( effects), Rafael Mejias (perc), Joêl Chausse (tp), Philippe Goerges (tb),  etc.....

 chausse-lajudie.jpg

Cet album réalisé par Stéphane Chausse et Bertrrand Lajudie pourrait aisément donner le tournis si l’on en juge par ce véritable all stars qu’il réunit a gré d’une géométrie variable évoluant selon les morceaux.

Un premier morceau un peu en l'honneur de l'invité spécial, Marcus Miller qui sort sur November, très funk, son numéro habituel. On est d'emblée saisi par la qualité de la production, des arrangements et du traitement du son qui sont la marque d'un gros travail méticuleux. Cela sonne un peu retro 80's . Mais on marche à cette électricité là. L'album marqué par son continuum très électrique et jazz fusion mais aussi par la richesse de son instrumentation et des couleurs. On pense parfois au Tutu de Miles (d'ou peut être la présence de Marcus Miller). On note aussi la présence parmi toutes ces figues remarquables qui participent à l'album d'un Sylvain Gontard, incontournable figure actuelle sur la trompette, qui explose aussi littéralement avec une maestria exceptionnelle.

Un super groove parfois comme sur Don't turn around très réussi dans le mix des solistes et des accompagnements où Stephane Chausse marie un son très classique de clarinette (sur lequel il excelle) au tramage funky. Stephane chausse, sur divers soufflants est bluffant dans son intelligence du jeu. Idem sur un Zeeplin au groove rond et moelleux à la Weather Report. Là encore, arrangements impériaux et une masse orchestrale impressionnante.

Manque peut être à cette musique là un petit supplément d'âme qui, au delà de l'énorme performance puisse nous parler un peu au ventre et nous toucher en plein coeur. Car a en faire trop (comme cette coda totalement décalée sur Busy) on pourrait aussi bien rester un peu trop spectateurs.

Mais le groove ! Comme sur ce Mister T où l'ensemble du groupe semble s'être métamorphosé en une seule rythmique. Stephane Chausse, sur divers soufflants est bluffant dans son intelligence du jeu.

Il y a de l'envergure, il y a du souffle dans cet album et dans sa production artistique ( cf Across a tree)

Avec cet album il entre dans la cour des grands et surtout nous fait piaffer d'impatience à le(s) voir (tous) sur scene.

Jean-Marc Gelin 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 17:37

YounSunNah Lento w001The Act Company

Sortie le 12 mars 2O12

 

 Harmonia mundi distribution

 En concert au Châtelet à Paris le 25 mars et en tournée en France au printemps 2013.

 

Un nouvel album de la chanteuse Youn Sun Nah est toujours attendu avec impatience, comme un rendez vous avec une amie, car même en terrain connu, sa voix nous emporte toujours. Elle a ce don qu’un travail continu a poli et porté au plus haut. On peut aimer Madeleine Peyroux parce qu’elle évoque merveilleusement Billie Holiday.  Si Youn Sun Nah  ne copie personne,  elle nous fait nous souvenir des plus belles pages de l‘histoire du jazz, de la pop ou du rock vocal. Elle a l’envergure des grandes chanteuses des « musicals » d’antan, d’une Judy Garland ou d’une Barbra Streisand  et sa présence sur scène le confirme. Ce qui surprend d’autant plus quand on la connaît, souriante et disponible, d’une douceur et d’une politesse exquises.

Cette flamme qui l’anime, on la ressent sur scène, où elle vit ses chansons, transfigurée comme dans ce « Ghost riders in the sky »  qui traduit des accents de bravoure un peu désespérée, une fureur de vivre et de chanter. Sa voix ne casse pas, elle passe du rauque à l’aigu avec une plasticité peu commune, en effectuant de constantes modulations. Elle a ce timbre, ce grain si particulier, grain de folie aussi qui la fait se dépasser et changer en un temps record, de registre, de sentiment : de la douceur de « Waiting », de  la caresse de « New Dawn » à la « sauvagerie » animale  assumée, le « Wild » anglo saxon.  Elle allie force, vigueur, science du cri comme Janis Joplin naguère.  On se met à penser qu’elle ferait sans doute une version très personnelle et passionnante de « Summertime ».
La chanteuse sort ce Lento sur le label ACT qui lui a porté chance, l’a fait enfin reconnaître du plus grand nombre, sur les scènes mondiales. A quoi tient cette réussite  exemplaire ? D’avoir été le travail d’une équipe soudée, de la production, l’orchestration à l’interprétation,  même si, au final c’est le nom de la chanteuse qui s’impose comme celui des divas d’autrefois. A ceci près que Youn Sun Nah est notre contemporaine, sans extravagance. Antifrime, anti mode.

Son répertoire, à la fois éclectique et cohérent, est essentiellement fait de chansons originales qu’elle a elle-même composées, parfois avec l’accordéoniste  Vincent Peirani qui soutient finement son propos, souligne à merveille les inflexions de voix. Elle ne reprend que le traditionnel coréen « Arirang » (elle est une star dans son pays) que l’on entendait dans Same girl. C’est qu’elle n’a plus besoin de ces thèmes connus, elle imprime sa marque propre, accompagnée des fidèles Ulf Wakenius (guitariste) et de Xavier Desandre-Navarre ( percussionniste ), déjà sur les disques précédents Voyage et Same girl. L’arrivée du contrebassiste et violoncelliste  Lars Danielsson, producteur sur les albums précédents, apporte une couleur particulière (« New Dawn »). Quant à l’accordéoniste, remarqué aux côtés de Daniel Humair, de Michel Portal, il marque une vraie rencontre. On avait pu admirer la finesse de son jeu, de ses interventions dans la tournée de concerts en 2012. Youn Sun Nah a su se le rallier et on attend avec impatience un album en leader.

Soutenu par une respiration large et frémissante, le chant de Youn Sun Nah allie fraîcheur et sensibilité, fragilité et gravité, insouciance et animalité. Protéiforme à l’image de la chanteuse, ce nouvel album condense ce que l’on attend et espère d’une voix lumineuse. La grâce incarnée ...

 

Sophie Chambon

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 18:58

 

bow.jpgTCHANGODEI (piano), STEVE LACY ( sax ),

OLIVER JOHNSON (drums)

 

Volcanic records n°13013

 

Le monde du jazz est  parfois étrangement  oublieux de certains des siens. On peut toujours tresser des couronnes de louanges une fois le musicien disparu, encore fallait-il s’en préoccuper un peu plus de son vivant. Le pianiste Tchangodei  d’origine béninoise rend ainsi, sur son label très original Volcanic, un hommage particulièrement émouvant au batteur Oliver Johnson disparu tragiquement à Paris en mars 2002. Le journal Le Parisien ne publia pour toute nécro qu’un entrefilet relatant le fait divers sordide, le meurtre sur un banc dans le quartier du Châtelet.

Oliver Johnson, né en 1944, a  joué avec les plus grands et participé aux expériences les plus intéressantes de la musique improvisée, notamment dans le sextet de Steve Lacy dès 1973 et jusqu’en 89. Cet album exhume la musique du pianiste en trio avec Steve Lacy au saxophone soprano, en duo avec Oliver Johnson, ou avec le contrebassiste Henri Texier.


Les notes de pochette du pianiste rendent hommage à l’ «artiste », plus encore qu’au musicien, établissant une hiérarchie entre le « créateur » et le « performer » au meilleur sens du terme, y  compris virtuose. Cette distinction permet de rapprocher  la vie et la fin du batteur Oliver Johnson des figures oubliées qu’Alain Gerber dépeint dans son Petit dictionnaire incomplet  des artistes incompris. Et à ma grande surprise, en allant feuilleter l’excellent ouvrage chroniqué ici même, je n’y ai pas trouvé, à la rubrique batteur, le malheureux, décidément oublié, une fois encore.

La musique entendue sur cette compilation bien choisie, de onze titres, est tiraillée entre danse (la biguine de « War dance »  ou cette « African dance ») et rage. Car enfin il s’agit d’une excitation de toutes nos terminaisons nerveuses  avec le son immédiatement reconnaissable au soprano de Steve Lacy, vrillant dans les aigus, obstiné, systématique, mais aussi capable de  développer des volutes plus enrubannées, presque soyeuses («The Wasp»). Ce n’est pas seulement pour créer de nouvelles atmosphères en utilisant couleurs et timbres différents mais pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser : une danse guerrière adaptée à une conception vraiment libre, totalement ouverte de la musique comme dans ce dernier titre « L’arc » qui renvoie au premier en trio « The bow ». Puissance et raffinement d’un batteur qui joue sa peau, faisant feu de tous bois, à l’aise aux cymbales comme sur la grosse caisse. Violence rageuse de cette musique qui jaillit dans l’instant, sur le fil du rasoir. La tension est à son comble, n’esquissant aucune faiblesse d’intensité. Virevoltant dans la rigueur tout au long de cette sélection, apparaît le pianiste Tchangodei : on l’écoute dans le trio, absolument sidéré par cette musique, nerveuse, ardente dans ses commencements, au-delà de la sensibilité et du lyrisme (« Spirale »).

Avec Henri Texier qui fut décidément de toutes les aventures, très mélodique sur « Sans couleur », il nous tend le miroir d’ombres d’une musique riche en nuances (« Lumière dans le brouillard »), plus apaisée.

 Traversé de fulgurances, le pianiste fait entendre un chant mélodique profond, libéré, pas vraiment heureux mais d’un magnétisme tel qu’il force à l’écoute. Un musicien vraiment trop confidentiel, singulièrement libre qui en paie aussi le prix, car nombre de lignes de son texte introductif pourraient s’adapter à son cas.

Avec cette sortie, on assiste à la renaissance d’une musique qui n’a besoin que de surgir pour qu’on y croie à nouveau. Un jazz incandescent.

 

Sophie Chambon

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:33

 

ECM 2013

Charles Lloyd (ts,ss), Jason Moran (p)

 charles-lloyd-jason-moran-hagars-song.jpg

Il y a des artistes à qui l'on serait prêts à tout pardonner. Ou presque. Des artistes qui ont atteint un tel sommet dans leur art que l'on serait prêt à pardonner n'importe laquelle de leur facilité.

Cet album de Charles Lloyd en duo pourrait bien échapper à cette règle. Oui c'est beau ! C'est même très beau ! Oui, le son du saxophoniste est sublime ! Rien à dire là dessus. C'est un son unique que peu de saxophoniste savent déployer avec autant d'émotion. Oui, on sait qu’il perpétue l'oeuvre de Coltrane en s'offrant avec le piansite Jason Moran un duo comme celui qui réunit jadis le saxophoniste à Duke Ellington. Et l’hommage à Duke et à Billy Strayhorn est ici clairement assumé jusqu'à reprendre un Mood Indigo (magnifique il est vrai) qui n’aurait pas juré dans le fameux duo de 1962. Nul doute que la rencontre de Charles Lloyd avec les deux géants a marqué à vie sa carrière musicale. Mais Coltrane en 2013 aurait-il suivi cette voie un peu passéiste ? Qu'il nous soit permis d'en douter. Il faut écouter le All about Ronnie où le jeu de Lloyd prend jusqu'à des allures de copié-collé du jeu de Coltrane et dans lequel la personnalité du saxophoniste se perd franchement. On pourrait se demander si l'intérêt du principe de ce duo n’aurait pas été d’inverser les rôles et d'amener LLoyd sur le terrain de Jason Moran plutôt que le contraire. Or à l'exception de quelques thèmes  (comme Pictogram) ce n'est justement pas ce qui se passe et l’ensemble reste assez conform(ist)e à ce que l’on attendait de l’exercice. L’hommage que rend Charles Lloyd à son arrière-arrière grand-mère, petite fille séparée de sa famille à 10 ans pour être vendue comme esclave est le sous-jacent qui, bien sûr, émeut. Et toutes les réserves que l’on avance ne nous empêcheront pas d'apprécier ces moments magnifiques ni de tomber dans l'envoûtement d'un thème comme "Dreams of white bluff" très espacé et très minimaliste où la profondeur du son de Charles Lloyd nous plonge dans un insondable mystère.

Mais l'on ne peut s'empêcher de penser qu'entre coltranisme et orientalisme, Charles Lloyd tourne toujours autour de son sujet sans véritablement développer beaucoup d'idées neuves ou à défaut, personnelles. Ce qui pourtant serait bien le moins que l'on pourrait attendre d'un musicien de sa dimension.

Jean-Marc gelin

 

 

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