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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:09

 

Marc Cary ( p, fender), Sameer Gupta: Drums, Tabla; Burniss Earl Travis II, Rashaan Carter: Bass

 marc-cary.jpg

 

Des sonorités électriques lunaires ou acoustiques pour un jazz plus straight, l'univers du pianiste Marc cary est aussi foisonnant que si l'on prenait la synthèse d'un Jason Moran croisé avec un Robert Glasper. Il y a chez l’ancien pianiste d’Abbey Lincoln (à qui il a récemment consacré un magnifique album) un vrai savoir faire de la musique avec des machines à groover un peu iconoclaste. Ainsi un morceau spatial comme Todi Blues qui évoque les meilleures heures du jazz fusion côtoie ainsi un Tanktifedqui s'inscrit plus dans une lignée d'un jazz plus classique mais toujours avec ce sens du groove. Avec Marc Cary on bascule entre une musique électrique tapissant les espaces sonores et un groove acoustique plus lyrique et foisonnant à l’image de cet irrésistible et atomique Boom.

Les progressions harmoniques sont étonnantes. Marc Cary navigue sans cesse entre la linéarité de ces progressions et des lignes de brisures à la limite de la dissonance sans jamais pour autant s'approcher trop près de Monk. Il faut justement écouter Boom pour comprendre les filiations et le rapprochement que l'on pourrait en faire avec un Jason Moran dans l'art de la construction-deconstruction.

Marc Cary propose des idées intéressantes et développe un vrai langage personnel.

Il y a des moments de flottements absolument superbe (Open Baby) où l'on peut juste regretter de ne pas y entendre un drumming plus rond, plus en douceur, la rythmique étant d’une manière générale assez timide et en retrait.

Ce qui n’empêche pas l'album d’être passionnant, toujours inventif, toujours créatif sur les propositions. Celui qui accompagne souvent Meschell Ndegeocello n’est jamais enfermé dans un système. Dans ce Outside my window dans une veine assez classique qui fait penser à jason Moran l'on retrouve la patte des maîtres du piano jazz dans un thème étourdissant de virtuosité et de créativité harmonique et rythmique. idem sur Ready or not.

Que Jana Herzen, la patronne du label Motemma qui avait fait le pari, il y a une 10aine d’année de lancer Gregory Porter alors inconnu, peut dormir tranquille. Il est clair que l’on n’a pas fini d’entendre Marc Cary. Pour notre plus grand bonheur.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

A noter que le pianiste sera au Duc des Lombard avec son Focus Trio le 16 novembre. A ne manquer sous aucun prétexte

 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 22:22

 

Cristal Records. Octobre 2013. Sélection de Claude Carrière.

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Voilà une collection qui a gagné ses lettres de noblesse au titre de la vulgarisation et de la connaissance du patrimoine du jazz. Le cahier des charges est immuable : présenter dans un seul album, sur une durée moyenne de soixante-dix minutes, une sélection couvrant un thème, un compositeur, un interprète ou un instrument, en retenant les œuvres entrées dans le domaine public (50 ans après leur publication).

Président honoraire de l’Académie du Jazz, grand érudit devant l’éternel, Claude Carrière jette son dévolu cette fois sur le saxophone ténor. A tout seigneur tout honneur, il lève le rideau avec le « père du saxophone »,Coleman Hawkins dans ce qui deviendra un chef d’œuvre absolu, « Body & Soul » gravé le 11 octobre 1939. Le ténor accède au premier rang des instruments et ses princes de l’ère classique se nomment Herschel Evans (chez Basie), Ben Webster (chez Ellington), Lester Young, Chu Berry, Don Byas (dans son « hit » Laura), Flip Phillips, Illinois Jacquet, Arnett Cobb, Lucky Thompson, Dexter Gordon et Wardell Gray(dans un « combat » de haut vol).

 Galerie des légendes du saxophone ténor, cette sélection limitée à dix-huit interprètes propose naturellement les deux géants des années 50-60, à tort présentés comme concurrents, John Coltrane et Sonny Rollins. Viennent compléter cette introduction au ténor, les duettistes Al Cohn et Zoot Sims, Stan Getz (aérien) et deux vétérans toujours en activité, Benny Golson (l’ancien directeur musical des Jazz Messengers) et Wayne Shorter, qui boucle la revue avec un enregistrement de 1960 sur l’une de ses compositions (Tenderfoot) délivrée par un quartet où s’illustre le batteur Art Blakey.

Enrichi d’un livret alerte et documenté et d’informations précises (dates d’enregistrement, compositions des formations), un album à prix attractif, à chaudement recommander et notamment aux néophytes.

Jean-Louis Lemarchand

 

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:31

Laborie Jazz 2013

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dms)

www.Shai Maestro. com

www.laboriejazz.com


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La musique de Shai Maestro, jeune pianiste israélien issu de la même école pianistique que Yaron Herman (enseignée par Opher Brayer), semble avec ce deuxième opus perdre un peu de la puissance et de la fraîcheur qui émanait du premier. Un peu comme si elle se cherchait. Et c’est vrai qu’on pourrait le croire à l’ouverture de l’album, à écouter Gal, morceau interminable qui ne dit pas grand chose. Pourtant si on l’écoute attentivement l’entame de cet album est tout bonnement remarquable moins par ce qu’il dit que par cette façon de planter le décor. Où l’on comprend vite qu’il est surtout question d’installer les musiciens, de leur donner leur propre espace de jeu.

Car avec  « The road to Ithaca » il faut entendre l’album comme celui de la maturité où il est moins question d’affirmer son jeu de piano que de mettre en évidence la force d'un trio magnifique dans lequel Ziv ravitz et Jorge Roder sont les éléments essentiels. On pense à la rythmique Ballard/Grenadier par exemple.

Dans cet album Shai Maestro s’impose dans la construction des espaces harmoniques et rythmiques où sa personnalité musicale individuelle importe moins que celle d’un groupe qui se construit autour de lui et qui porte sa propre identité.

La musique y est souvent ténébreuse, sombre et presque romantique à la fois. Jouant dans les graves du piano avec autant de maîtrise que de virtuosité, Shai Maestro va chercher dans de multiples influences. Celles classique de Debussy (The Other Road), celles plus dans le jazz de Jamal (Gal), celles un peu pop (Paradox) et souvent, celles issues de sa propre culture d’Israël (Vertigo). Peu importe le but qu’il se fixe c’est la route qui importe nous dit Shai Maestro en référence à la route d’Ithaca qu’empruntait Ulysse. Et c’est celle-ci qui justifie alors toutes les digressions et les méandres de ce beau voyage.

Techniquement ce power trio est absolument irréprochable et d’une richesse musicale de très haute volée. Plus encore que sur le précédent album, à otre hmble avis. Les renversements harmoniques instillés par Shai Maestro y sont exemplaires et la puissance rythmique qui porte l’album en fait un réel power trio. Ces trois là jouent avec télépathie, porteurs du même projet, capables de donner à la musique une incroyable expressivité. Mais il faut aussi noter la prise de son exceptionnelle réalisée par Rob Griffin véritable 4èmehomme de ce trio ( Pour info Rob Griffin, primé aux Grammys Awards est notamment l’ingénieur du son du quartet de Wayne Shorter) et qui contribue à donner ce formidable son de groupe.

 

Il y a dans cet album de l’espace, de la maîtrise mais aussi parfois de l’émotion. On pense à Meldhau lorsque l’on entend Untold. Mais au-delà de toutes ces références, Shai Maestro montre surtout qu’avec patience et maîtrise, il prend son temps pour bâtir et tracer sa route. Et cette maîtrise-là mérite à elle seule qu’on l’appelle « Maestro ».

Jean-Marc Gelin

 

 

 

PS : mention toute particulière au graphisme de Maggie Taylor qui signe la couverture de l'album ( Garden 2005 et que nous vous invitons à découvrir ici

 

 

 

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:11

 

RV poduction – Dist Harmonia Mundi

www.antoineherve.com

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Les leçons de piano d’Antoine Hevré sont de véritables petits bijoux d’intelligence et d’érudition ludique. Aucune de ces leçons n’a échappé à ce principe de nous rendre intelligents avec délectation et plaisir.

J’imagine que certains compareront ces leçons de jazz avec les petites leçons de jean-François Zygel. Pourquoi pas. Même amour gourmand à partager comme l’on partagerait entre amis, un gros gâteau dont on connait tous les secrets de fabrication. Comme l’on descendrait dans la cave pour y savourer, entre nous, juste entre nous, l’un de ces millésimes bien cachés que le pianiste accepte de partager avec les néophytes autant qu’avec les amateurs éclairés.

Ces bonnes cuvées vont d’ailleurs se trouver réunies dans un coffret où l’on trouvera notamment Oscar Peterson, Keith Jarret, Bill Evans, Thelonious Monk et, le dernier venu de la liste Dave Brubeck qu’Antoine Hervé a choisi d’intituler «  Dave Brubeck ou les rythmiques du diable ». Sous-tire facétieux et petit clin d’œil à l’un de ses maîtres.

[ Rectifions tout de suite pour ceux qui seraient tentés de briller en société sur ce thème, Take five n’est pas un thème de Dave Brubeck mais de Paul Desmond son magnifique et inégalable compagnon de toujours ( enfin jusqu’à sa mort s’entend…) ].

Moins d’un an après la disparition du pianiste (en décembre 2012 à l’âge de 92 ans), il était logique que dans sa relecture des génies du piano jazz, Antoine Hervé fasse un place toute particulière à celui du pianiste de Concord, Californie. Rien n’est oublié dans cette leçon qui retrace autant la biographie du pianiste que l’analyse critique et musicale de l’œuvre de Brubeck faisant un place toute particulière à la construction rythmique.

C’est Joe Morello, l’un des batteurs les plus exceptionnels de l’histoire du jazz qui a dû manger ses balais et ses baguettes plus d’une fois sur les structures infernales du pianiste. Parce que Brubeck est une sorte de savant fou, testant sans cesse dans son laboratoire de nouvelles formules.

Peut-être parce qu’au départ il aime autant Darius Milhaud, son maître, que Schoenberg et le dodécaphonisme, Dave Brubeck n’est pas du genre à ressasser les AABA des standards du songbook. Alors dans son workshop ( qui deviendra ensuite le  « Jazz brubeck quartet », il s’amuse à mélanger, à essayer, à tenter des choses comme jouer avec les polyrythmies africaines ou mélanger du contrapuntique avec des habaneras cubaines. Et cela donne des tubes planétaires comme le jazz n’en a pas connu beaucoup depuis Guershwin :  Blue Rondo à la Turk, Three to get ready, The Duke etc…..

Il n’en fallait pas tant pour donner à cet esthète du jazz, à ce grand amoureux qu’est Antoine Hervé l’envie et le goût de  nous apprendre avec autant d’intelligence que de passion.

 

 

 

 

Et toujours, derrière ces leçons de jazz, les moments où Antoine Hervé se met derrière le piano comme autant de moments absolument renversants où le pianiste s’inscrit dans la lignée des plus grands et nous offre des moments de piano jazz absolument exceptionnels. Où l’on aurait presque envie de lui demander de faire un simple disque, avec sa rythmique, autour de ces grands thèmes du jazz qu’il connaît par cœur pour en livrer sa propre lecture.

Les leçons de jazz d’Antoine Hervé sont à déguster sans modération, à voir à revoir et à offrir à ses proches. A ceux qui ignorent le jazz comme à ceux qui ne savent pas encore qu’avec Antoine Hervé ils vont peut-être bien finir par l’aimer…. A la folie……

Jean-marc Gelin

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 22:47

DLM Editions 2013 Denis Levaillant (p), Barre PHillips (cb), Barry Altschul (dms)

 

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C’est presque d’une résurrection dont il s’agit ici. Presque, car le double album de Denis Levaillant n’est pas d’une actualité cuisante s’agissant de la réédition de deux enregistrements, l’un en live de 1989 à l’occasion de Banlieues Bleues et l’autre en studio enregistré à Davout deux ans plus tôt. C’est plutôt de redécouverte heureuse qu’il faudrait parler ici. Car il faut bien avouer que le pianiste Denis Levaillant, aujourd’hui âgé de 61 ans avait quelque peu disparu des radars. Au moins de ceux de la scène du jazz hexagonal. Le pianiste, brillant improvisateur et compositeur a pourtant travaillé avec les plus grands jazzmen français, en passant par Portal, Chautemps, Avenel ou encore Levallet. Musicien éclairé et passionné par la rencontre de la musique avec tous les arts, Denis Levaillant a pas mal travaillé pour le théâtre, notamment avec Alain Françon. Seulement voilà, dans le jazz français des années 2000, on ne l’entendait pas. Et notre cécité était bien fautive.

Avec cette sortie des Passagers du Delta, c’est donc une totale redécouverte de pépites qui auraient pu rester enfouies quelque part au fond d’une armoire qui nous sont offertes. Avec le charme d’une musique qui exhale un parfum certes un peu daté mais toujours incroyablement forte. A l’orée des années 90 où le jazz hésitait entre le revival et se frayer un chemin dans l’après free jazz.  Denis Levaillant était, à l’instar d’une Sophia Domancich, d’une Stylvie Courvoisier ou d’un William Parker, de ceux qui s’emparait de cette musique avec une sérieuse envie de la dépoussiérer, en gardant du free la force de l’énergie, la créativité de l’improvisation mais en l’embarquant sur un terrain de compositions construites et déconstruites avec une science accomplie.

Dans ces deux albums de Denis Levaillant, il y a ses compagnons de route, ces passagers embarqués avec lui et qui constituent ce qu’aujourd’hui on aurait tendance à appeler un « power trio ». Deux passagers et non des moindres, Barre Philipps et Barry Altschul deux musiciens de haut vol issus de la scène free jazz américaine des années 70 et qui ont toujours conservé cette rare maîtrise de l’improvisation et de l’écoute. Mais surtout deux personnalités particulièrement fortes et puissantes qui se connaissent bien pour avoir si souvent joué ensemble ( notamment aux côtés de Paul Bley).

Denis Levaillant leur offre ici un ciment, un trait d’union pour faire lever cette pâte unique, ce matériau d’exception. Et ce sont les compositions et le jeu du pianiste qui viennent ici porter la musique à son meilleur. Le trio qu’il nous donne à entendre est en totalement empathie, composé de trois caractères musicaux jouant dans leur périmètre et se retrouvant par magie dans l'architecture d'ensemble. La musique est intelligente. Elle déstructure les rythmes et les harmonies tout en conservant une version énergique. Un esprit proche de Cecil Taylor, d’Andrew Hill (dans une moindre mesure) ou, plus proche de nous de Matthew Shipp  plane au-dessus de cette musique post free. Même des thèmes en apparence un peu légers et anodins peuvent se trouver intelligemment perturbés comme cette biguine détournée,  just arrived qui paradoxalement conclut la partie enregistrée en studio. Les plages improvisées sont vives, alertes, puissantes, intelligentes mais jamais intellectuelles.  Il faut écouter la passion lyrique d’un Pressing On pour apprécier toute la magie de ces grands trios du jazz engagés dans une sorte de course poursuite exaltante. Ou encore ce free mandela (1 an avant la libération du leader de

l’ANC) où Denis Levaillant, bien avant Andy Emler, utilisait le piano comme une véritable Kora, enchaînant les triolets. Si la musique de Denis Levaillant est rythmique ( Dance from Nowhere, Ryhtmic Training…..), jouant avec les structures, les molestant aussi elle se joue aussi de tous les codes harmoniques ( Rythmic training). Le driver de la musique de Denis Levaillant est surtout de faire de la musique une sorte de matériau sonore malléable à souhait.

La musique de Denis Levaillant est généreuse et ce trio s’en empare avec une certaine gourmandise. On écoute et l’on réécoute ces Passagers du Delta sans se lasser.

Le parti pris de livrer des versions live et en studio en 2 Cd distinct est tout de même un peu lourd et ne méritait peut être pas un double album. Il eut peut être mieux valu proposer pour quelques morceaux, la version live juste après la version studio pour nous permettre d’en apprécier les différents reliefs.

Mais quand on aime, on ne compte pas, et la double version de ce magnifique trio prolonge le plaisir de cette redécouverte, l’amertume de ne pas l’avoir entendu en live et le désir absolu qu’ils poursuivent leur beau voyage.

Jean-marc Gelin


 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 21:39

 par le label allemand Moosicus

 

 Brubeck       gillespie koller   Grappelli.jpg

 

La célèbre radio allemande de Hambourg  ( Nord Deutscher Rundfunk) anime environ 450 émissions de jazz par an.  Depuis 1946 elle a accumulé, au gré des concerts enregistrés dans le « Studio 10 », aujourd’hui appelé «  Studio Rolf Lieberman » des captations exceptionnelles. Plusieurs concerts historiques ont ainsi pu être enregistrés et constituent aujourd’hui une base de 2000 enregistrements.

La NDR a choisi aujourd’hui de lancer sa 60 Years Jazz Edition avec 3 albums édités par le label allemand Moosicus.

Le premier a été enregistré le 9 mars 1953 en studio. On y retrouve le quintet de Dizzy Gillespie séparé de Charlie Parker ( mais pris quelques temps avant les grandes retrouvailles du Massey Hall de Toronto) accompagné de Bill Graham au baryton, Wade Legge au piano, Lon Hackney à la contrebasse et Al Jones à la batterie. Ces enregistrements ont été réalisés un mois après l’accident qui valu à John Birks l’utilisation de sa célèbre trompette coudée. Ces 5 titres-là ont  a priori été enregistrés sur une trompette de remplacement ( si l’on en juge par les photos prises sur place). ON notera un magnifique Manteca préfigurant le tournant cubain que le trompettiste prendra par la suite.

 

Le même jour se produisait un quintet allemand mené par le saxophoniste ténor Hans Koller qui aligne ici 4 standards accompagné de la plus célèbre (et jolie) des pianistes bop allemande, Jutta Hipp dont l’histoire retiendra notamment les beaux enregistrements qu’elle réalisa aux côtés de Zoot Sims. L’occasion d’entendre ici un beau quartet tout en finesse jouer avec subtilité un All the Things you areparticulièrement réussi.

 

 

Un deuxième album enregistré en studio en 1957 accueilli Stéphane Grapelli venu spécialement pour cette prise de son avec une formation franco-allemande. Maurice Vander l’accompagnait au piano tandis que Hans James Last tenait la contrebasse et Rolf Ahrens la batterie. Un répertoire exclusivement tiré du great songbook américain + quelques thèmes du répertoire du HCF comme Nuagesou Manoir de mes rêves. Toute la sensibilité émouvante du pianiste est là, intacte. Et le swing malgré tout bien présent dans ces séances en studio. Un poil conventionnel mais terriblement attachant.

 

 

Un an plus tard s’était produit le quartet de Dave Brubeck qui commençait à conquérir un public Européen et même au-delà, tournant tout autour du monde comme de véritables ambassadeurs américains. C’est l’heure de la consécration et presque de l’apogée (celle-ci viendra un an plus tard avec le fameux « Time Out »). C’est d’ailleurs l’année où, présenté par Paul Desmond, le contrebassiste Eugène Wright intègrera le quartet de Dave Brubeck. Il y restera pendant 10 ans. Le groupe tourne ici plutôt autour de grands standards comme Someday my prince will come ou Gone with the wind mais aussi avec quelques «  tubes » de Brubeck lui même comme The Duke qu’il composa en hommage à Duke Ellington. La machine, ce formidable ensemble à huit mains est décidemment en route et tous les ingrédients sont bien là pour en faire l’un des groupe les plus exceptionnels que le jazz ait connu.

 

 

Choisir c’est renoncer. Ces quatre sessions offertes en trois CD laissent entières toutes les promesses de voir ressurgir quelques inédits et pourquoi pas des perles rares lorsque l’on sait que les plus grands se sont succédé à la NDR. À quand la suite avec Miles Davis, Oscar Peterson, Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald ? Et pourquoi pas l’exhumation de ce qui fut le jazz allemand d’après guerre que, par ici nous connaissons moins.

 

C’est en tout cas à l’honneur de la NDR de rendre public ces enregistrements. Prenons en de la graine…..

Jean-Marc Gelin

 

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:14

Ramberto ciammarughi (p), Miroslav Vitous (cb), Gerald Cleaver (dms)

Enregistré 6-9 juin 2006

Cam Jazz 2013

 

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Même si elle n'est pas révélatrice de la suite de l'album, l'ouverture absolument magistrale et bouleversante, en solo de Bye Bye Blackbird nous fait entrer de plain pied dans l’univers très sensible de ce jeune pianiste jusqu’ici inconnu. Pour un coup d’essai Ramberto Ciammarughi signe un coup de maître en s’entourait, lorsque ce disque a été réalisé en 2006 de Miroslav Vitous à la contrebasse et Gérald Cleaver à la batterie. Excusez du peu. De quoi en tout cas donner des armes à l’émergence d’un nouveau power trio que l’on pressent et qui se révèle effectivement dans la suite de l’album. Car la suite est en effet bien plus tempétueuse et admirablement construite. Dès le 2eme morceau, Anabasys, c'est l’énergie décapante qui circule au sein du trio qui impressionne. Flot tumultueux empreint d'un groove furieux. Le pianiste s’y fait inventif, déstructurant voire un peu déconcertant parfois. Sa musique, prise ici en live en 2006 n’est pas facile. Elle plonge dans certaines racines d’un jazz moderne à l’instar de ce B-loose où le pianiste martèle les accords dans le grave à coups de block chords auxquels succèdent des silences et des syncopes puis des envolées lyriques. Tout sauf linéaire. Le swing et le groove côtoient des inspirations plus rocks tout en affirmant ses références classiques dans ce Joannes B, hommage à Brahms dont on retrouve à certains égards le caractère parfois sombre et symphonique.

Ramberto Ciammarughi est de toute évidence un pianiste fascinant, intéressant et captivant dans ses constructions musicales. Il faut écouter aussi ce Come sempre (bâti sur le même mode que I remember you), en clair obscur, en mode mineur assez sombre. Où le pianiste affiche une musicalité très introvertie, très dense sur le plan émotionnel. Toujours à la recherche d’une nouvelle formule du trio piano-basse-batterie. Avec une sensibilité, une forme de nostalgie et de noirceur qui émane parfois de son jeu. Refusant de déployer un jeu linéaire, refusant les lignes droites ou les courbes pour privilégier les digressions harmoniques et rythmiques.

Fascinant et intelligent.

Jean-Marc Gelin

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:29

 

Richard Turegano (p), Yoni Zelnik : Contrebasse, Frédéric Chapperon : batterie, Jan Schumacher : Trompette, Bugle, composition, Emilie Lesbros : chant expérimental, Guéorgui Kornazov : Trombone, Issa Mourad : Oud

 

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Jan Schumacher est un jeune trompettiste allemand que nous avions, aux DNJ découvert à l’occasion  de  son précédent album, « Windstille ». Il nous avait alors littéralement bluffé  par  la  brillance  de son jeu. Le musicien avait ensuite  un  peu  disparu  des radars,  en  marge des formations de la scène parisienne où l’on ne le retrouve que rarement en sideman.

Plusieurs  années après cet album, le trompettiste nous revient aujourd’hui avec  «Trapèze  »  pour  une nouvelle proposition totalement décoiffante. Celui  qui se catalogue lui-même dans la catégorie «  jazz oriental » donne ici  un grand pied dans la fourmilière des clichés pour bousculer pas mal de frontières et  pas  mal  de formats collés  souvent  à  cette musique. Car le jazz d’orient dont il parle brass(e) large allant des pays slaves au pays arabes avec un ancrage dans une rythmique qui groove. Imaginez un peu l’incroyable Boban  Markovic,  star  des fanfares serbes soufflant aux côtés d’un joueur d’oud  avec  un esprit de swing et de danse et vous aurez un idée du climat de  cet  album. Pari impossible mais trait d’union pourtant réalisé par Jan Schumacher avec techniquement, le même brio que son aîné serbe.

Et  le  lien  entre  ces  différents univers c’est avant tout cette énergie que déploie ce groupe dans lequel le trompettiste-compositeur, éclate,  rutile  et étincelle brillamment. Quel mordant dans l’embouchure ! Quelle  urgence  à dire ! Il faut écouter ces aigus qu’il sort sur un thème comme  Fenouil où l’on entend justement la marque des frères Markovic. Il faut l’entendre se jouer des quarts de tons, enchaîner les trilles avec une formidable  puissance de son. Avec une telle étendue de registre. Et quelle maîtrise dans les graves sur Zweifel par exemple ! L’on pense à quelques héros  de  l’instrument comme Freddie Hubbard notamment ou, plus près  de  nous  Avishai  Cohen  (pas  le  contrebassiste, le trompettiste israélien).

« Multicolore feeling bandas » pourrait on dire !

Il  y  a  du  cirque et de la fanfare réunies dans l’idée de cet album mais avec  un  profond  ancrage au jazz. Gueorgi Kornazov, empreint de cette  culture de l’Est de  l’Europe et du jazz européen qu’il cultivait jusqu’à il y a peu avec Henri Texier  y apporte toute la folie de son jeu au trombone avec la même  rutilance,  repoussant sans  cesse  les  limites de son instrument ( Fenouil,  ou  encore  Unwege). Totalement déjanté dans le jeu avec un growl impressionnant.  Le  cocktail  de ces deux cuivres y est alors littéralement explosif.

Emilie  Lesbros  pose sa voix de vestale sur quelques thèmes un peu décalés qui  viennent  adoucir  les  angles  pointus  et  acérés.  Mais  comme  Jan Schumacher semble avoir demandé à chacun des musiciens de jouer en parfaite liberté,  la chanteuse est elle aussi invitée à pousser ses limites vocales dans un exercice assez iconoclaste ( Etoile polaire ,Trapèze).

Quant à la rythmique, sous les coups de boutoirs de Zelnik ( gros gros son) et  de Frederic  Chapperon,  elle insuffle la pulse permanente, binaire le plus souvent, de manière assez irrésistible.

Que les programmateurs n’hésitent pas une seconde : ce groupe là nous offre une musique  incandescente. Le public ne demandera qu’à s’y brûler avec délectation.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:41

 

Blue Note 2013

 

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui étaient l'autre soir au concert de Gregory Porter à la Villette, cela ne fait aucun doute : ce chanteur a l'étoffe des monstres sacrés comme on en produit peu. Très peu. De fait Grégory Porter est énorme ! (Et l'on ne parle pas ici de sa corpulence toute pavarotienne). Ne serait-ce que par sa présence scénique, ne serait-ce aussi que par cette voix et ce feeling incroyables, ne serait-ce encore que par les racines qui l'ancrent aussi bien du côté de Marvin Gaye que de Curtis Mayfield, Gregory Porter est phénoménal.

Soulman totalement revendiqué jusqu'à composer lui-même, dans cette pure veine des héritiers de la Motown le matériau de son dernier album ( "Liquid Spirit"), Gregory Porter sait y faire ! En star américaine hyper charismatique il se montre capable de mettre le feu à la scène d'un simple claquement de mains, d'un simple geste de l'épaule tout simplement par le charisme  qu'il dégage.  Mais avant tout Gregory Porter est un chanteur exceptionnel. De ceux qui sont capables de tout transcender et de donner une dimension hallucinante à la plus insignifiante des chansons. Et c'est bien pour cela que l'on est prêt à tout lui pardonner. Tenez prenez par exemple Water under bridges. Dans un autre contexte, avec un autre chanteur, le thème un peu insipide, prendrait des allures de chanson pour gala de milliardaires américains venu soutenir une fondation théodule. Mais avec Gregory Porter, on chavire, transpercés de part en part par le timbre d'une voix crooneuse à souhait et par un feeling hallucinant qui, quelque soit le tempo, peut faire fondre n'importe quel auditeur. En jazz il y avait bien des gars comme Sinatra qui étaient capables de cela. Dans la soul il y avait aussi Marvin Gaye.

Alors oui, on est prêt, à la 179 ème écoute à lui pardonner cette soul-soupe qui l'entraîne parfois vers des rivages un peu faciles d'autant plus que le chanteur colossal a le mérite de se coltiner les compos lui-même. Et ces compos sont la preuve de la grande générosité d’un chanteur qui se livre, aussi sensible qu'engagé. Et puis finalement, quel mal y a t-il à faire de l'easy listening lorsque cela est fait avec autant de talent ? Tenez, autre exemple : écoutez Hey Laura. Là encore une compo un peu facile, mais alors quel sens du groove ! quelle sensualité ! et quelle classe !

En signant sur le label Blue Note il fallait bien s'attendre à ce que le chanteur crooner fasse quelques concessions et passe un peu dans la machine à formater. Et pourtant on marche à la sincérité de l'artiste, on a envie d'y croire. Gregory Porter parle de ses racines musicales. Dans le jazz par exemple avec sa relecture de Lonesome lover d'Abbey Licoln et Max Roach. Ou encore avec un standard comme I fall in love too easily. On le croit aussi dans son engagement contre la musique de recup comme dans ce Musical Genocide. Il y a de la conviction chez Porter. Sur scène il lui en faut peu pour faire vibrer le public. Il peut prendre un thème archi rebattu comme Worksong pour se faire alors interprète d'une cause noire comme si les champs de coton d’hier étaient bien ceux d'aujourd'hui. Avec ce qu'il faut de conviction, de force et violence, mais toujours avec la hauteur qui le place à des années lumières de ceux qui essaieraient bien de le suivre, voire de l'imiter.

 

 

 

De loin Liquid Spirit est le meilleur disque de Gregory Porter. Le plus personnel aussi. Celui dans lequel le chanteur semble se livrer avec sincérité et générosité. Mais avec toujours un art sous parfaite maîtrise. Du grand professionnalisme dont on fait les héros, les bêtes de scène et les monstres sacrés. Sur scène on l'entend chanter : can I be a jazz singer ? can I be soul ? can I be funk ? can I be gospel ? A toutes ces questions on répond oui en applaudissant des deux mains et en lui réservant une longue standing ovation. Car nous sommes définitivement un public sous le charme d'un chanteur généreux et nous coulant avec délice dans cette musique un peu revival et vintage.

Jean-Marc Gelin

 Liquid-Spirit.jpg

 

Ps : en live petite mention toute spéciale pour  pianiste et directeur musical. En revanche mention moins pour le saxophoniste Yosuke Satoce saxophoniste répétitif et spectaculaire qui mériterait d'apprendre du maître une leçon de feeling.

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 17:52

Sunnyside 2013

Laurent Coq (p), Ralph Lavital (g), Nicolas Pelage (vc)

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Cet album de Laurent Coq aurait pu s'entendre comme dialogue à deux tant il repose avant tout sur la belle rencontre entre le pianiste et, découverte totale, le jeune guitariste Ralph Lavital que beaucoup entendront ici pour la première fois.

On connaît le goût de Laurent Coq pour les belles rencontres harmoniques. On se souvient aussi du travail d'orfèvre qu'il faisait il y a peu avec le saxophoniste Olivier Zanot ou encore avec Miguel Zenon autour de l'œuvre de Cortazar. Ici, le pianiste place la rencontre sous le signe des grands duos piano-guitare, l'une des formules les plus exigeantes qui soit tant les résonances harmoniques des deux instruments supposent aux musiciens d'être dans l'écoute permanente, dans la recherche de l'intention juste, pour toujours se compléter sans jamais se gêner. Dans les références absolues de tout ceux qui entreprennent de faire cohabiter ces deux instruments à cordes, il y a celle qui jadis réunissait Bill Evans et Jim hall et qui demeure en la matière le summum de ce type de réunion.

Ici la musique que propose Laurent Coq  est une musique à la fois fluide et d'une grande fraîcheur.  Une musique qui circule entre les deux, avec la légèreté de l'eau, et l'agilité d'un cours sinueux. La complémentarité du pianiste et du guitariste s’y fait exemplaire et empathique. Il y a des monuments d’infinie délicatesse sous les doigts du pianiste comme dans Carroussel où jamais l'élan pianistique ne déborde, jamais exubérant toujours avec un incroyable feeling tout en installant le groove. Il y a  aussi des moments où l'on assiste à une sorte de danse entre les deux protagonistes. Écouter Prêchotin sur lequel l'aisance de Laurent Coq séduit.

Laurent Coq s’y révèle plus que jamais comme un admirable compositeur. Les très beaux thèmes exhalent ici des pépites mélodiques et harmoniques au point même d’en faire parfois des chansons interprétées sur 4 titres par Nicolas Pelage. Même si cette voix un peu détimbrée dénote parfois, il faut souligner ces très beaux moments comme cette jolie petite ritournelle, Souvenirs Ti Manmay qui m'a ému ou encore ce morceau d'ouverture Mwen two Kontan qui donne le ton d'un album à la créolité joyeuse et légère, comme un moment d'exaltation de musique. On marche dans l’histoire, on a envie de danser et de chanter. On suit Laurent Coq dans ce discours.

Mais il y a aussi cette sacrée découverte du feeling de ce nouveau guitariste, Ralph Lavital qui fut un temps l’élève du pianiste à l‘EDIM. Il faut l'écouter et se laisser embarquer par le lyrisme de ses improvisations sur Mwen Two Kontant pour comprendre d'emblée que l'on a affaire à un guitariste rare tout en feeling et en élégance du dire. Quel souplesse dans le jeu ! quel son ! quelle richesse des improvisations et, pour tout dire, quelle maturité dans le jeu !

Avec une science de l’équilibre parfait les deux musiciens jouent comme s’ils se connaissaient d’avant le déluge. Jouent entre la musique et les silences dans une parfaite osmose. Un peu comme une conversation entre deux musiciens totalement en phase.

Il y a de l’enthousiasme à dire et à jouer. Et c’est cet enthousiasme-là, si communicatif qui fait que cet album tourne en boucle depuis plus d’une semaine dans mes écouteurs et m’accompagne au petit matin, le cœur léger. Très léger.
Dans les liners note, Laurent Coq dédie cet album à ceux qui « regardent le ciel à travers la fenêtre de leur chambre d’hôpital et à ceux qui les accompagnent ».

Il leur fait là un magnifique cadeau du ciel.

Jean-Marc Gelin

 

 

 


 

 

 


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