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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:00

Cherchez la femme - Original Sound De luxeOriginal Sound De Luxe
 
Cristal
 

 

 

Cherchez la femme, c’est la bonne idée de ce numéro de la série Original Sound De Luxe du label  Cristal.  Le jazz est essentiellement masculin et la femme est souvent fatale comme dans le roman et le film noirs. Claude Carrière a eu l’idée de choisir les titres, suivant l’ordre alphabétique, en recherchant  des prénoms féminins, d’Anita (seconde épouse de Fats Waller) à Zaza (amie de Rex Stewart). Le jazz est  abordé sous l’angle des femmes, qu’elles soient admiratrices, inspiratrices, compagnes, ou  créatures idéales, donc rêvées. On pense donc à « Laura » alias l’inoubliable  Gene Tierney par Charlie Parker avec un ensemble de cordes et  on apprécie cet élégant « Audrey »  pour Hepburn dans l’interprétation du quartet du pianiste Dave Brubeck et surtout de l’altiste Desmond. On ne saurait trouver de meilleure correspondance dans la fragilité, entre musicien et actrice. La sélection originale imposée par la thématique de ce numéro  fait découvrir de belles compositions  en petites et grandes formations surtout : deux seulement sont reprises en solo cette fois (cf numéro PIANO SOLO)  respectivement par Art Tatum pour cette «  Louise » qu’immortalisa Maurice Chevalier et « Pannonica » par Thelonius Monk, du nom de la baronne protectrice du pianiste. On découvre ainsi le talent des musiciens de jazz au travers de figures immortalisées diversement par Louis Armstrong en 1930 (« Dinah »), Duke Ellington et son orchestre dans «Chloe »  et « Clementine » au début des années 40 et « Janet » en trio en  1961 , « Daphne» par Django avec Eddie South et Stéphane Grappelli en 1937. On souhaite que Claude Carrière continue à nous proposer des numéros aussi vifs et insolites, tout en restant ludiques, qui combleront tout amateur de cette musique. Apprendre, découvrir en s’amusant et rechercher les correspondances dans le labyrinthe infini de la planète jazz. En s’appuyant sur l’expertise d’un véritable « allumé du jazz », Claude Carrière et des excellentes notes de lecture du petit carnet de la collection, véritable bréviaire du jazz.
NB : et puis, cette collection propose à prix réduits de très jolis objets Cds, on n’écoutera donc pas cette musique sur fichier MP3…
Sophie CHAMBON

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 22:37

ECM 2012

Louis Sclavis (cl, clb), Benjamin Moussay (p, fder), Gilles Coronado (g)

  sclavis-sources.jpg

Evenement et Grand disque de Scalvis ! Une nouvelle fois.  Dire ce que l’on veut mais aujourd’hui personne n’écrit comme Sclavis. Sa musique est totalement unique. Vous aurez beau chercher, essayer de la raccrocher à une forme jazzistique connue, elle vous échappera toujours si vous essayez de la capturer dans ces grossiers filets.

Car Sclavis nous embarque, chaque fois dans une sorte de voyage onirique qui dégage une extraordinaire puissance poétique. Évocatrice de paysages mais aussi de ce que l’intime a d’insaisissable. Les terrains explorés semblent vierges. Les flottements structurels sont voulus et naviguent entre deux eaux. Les contours sont mouvants. Si Sclavis a apporté ses compositions, chaque membre du trio a aussi apporté sa pierre à l’édifice dans un  travail à la table pour déboucher sur un vrai travail collectif dont le clarinettiste est le géniteur. Et force est de constater que les trois se confondent dans une osmose musicale servie par des interprètes dont l’écoute, l’abnégation (au sens de servir l’autre) et la qualité des improvisations sont les matériaux les plus palpables. Tous les trois, dans cet instrumentum original font parler la musique. Tous les trois improvisent, jouent avec des silences inquiétants ( Outside of maps). Ils s’échangent tour à tour les rôles rythmiques et harmoniques. Parler de groove ou de pulse serait galvaudé. On entre dans des sortes de tourneries qui relèvent plutôt du flux vital. La guitare de Coronado est multiple, porteuse de sons très différents s’un morceau à l’autre. Et même ses incursions rock (A road to Karangada) sont hypnotiques. Benjamin Moussay quant à lui drappe le son au piano ou au fender d’un voile mystérieux, l’enveloppe et l’ensorcelle.

L’africanité qui hante Sclavis depuis longtemps est là, présente  même Près d’hagondange. Son Afrique est celle d’une danse sorcière.

Leur géographie est parfois celle de l’étrange dans une sorte de transport presque psychédélique. Comme si le langage des mots et les images devenaient superflus. L’émotion est là, subtile mais forte et dense. La musique exprime le désert, le voyage, la métamorphose ou la dérive poétique.

On pardonnera un morceau plus maniéré comme Dresseur de Nuage où l’on croit entendre sur l’intro la patte d’un Manfreid Eicher. Sorte de concession au label accueillant.

Sclavis débarrassé de ses furies free porte ici la musique à d’autres sommets. Jamais il n'a été aussi fort dans la pratique de son art de la clarinette. Et c'est une sorte d’amour suprême qui s’en dégage avec cette force presque chamanique qui fait parler les éléments imaginaires.

Jean-Marc Gelin

 

Pour pénétrer l’univers de Sclavis, se reporter à l’interview référence de près de 40 pages recueillie par Stéphane Olivier dans Jazzmagazine daté de mars 2012

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:47

PIANO-SOLO-LEGENDS---Original-Sound-De-luxe.jpg
Original Sound De luxe
Cristal records
Sélection originale Claude Carrière
Illustrations originales de Christian Cailleaux


Ah le plaisir de voir dans la pile de Cds à chroniquer les deux nouveaux numéros de la série OSD (Original Sound De Luxe ), de retrouver ces « oldies but so goldies ». On introduit le CD dans le lecteur (pas de lecteur MP3 ou autre baladeur). Et, sans regarder les titres, on attaque  par le numéro consacré au piano solo, exercice de style difficile mais de règle dans les premiers temps du piano jazz : après un rapide et éblouissant Jelly Roll Morton de 1939 dans le hit « King Porter Stomp », un James P. Johnson  very « modernistic » de la même année. Dès les premières notes de l’introduction du troisième morceau, c’est « Echoes of Spring » et dans le cœur se disputent émotion et gratitude envers Claude Carrière pour avoir choisi cette éblouissante mélodie de Willie « the Lion » Smith, un des rois du stride, thème insidieusement mélancolique, également de 1939 ( j’aurais envie de lui demander ce qu’il pense de l’arrangement en quintet des  formidables Stephan Oliva et François Raulin ?).
Le quatrième morceau va être dur à passer tant la tentation de reprendre en boucle est forte mais c’est le bouleversant « Solitude » de Duke Ellington. Et après, le cœur continue de battre un peu plus vite avec la version de 1927 d’un Bix Beiderbecke exalté, au piano,  dans son unique composition pour cet instrument  « In the mist ». La partie est gagnée, une fois encore, le numéro a démarré sur les chapeaux de roue et on peut s’amuser au blind fold test qui se déroule sur les 24 titres de cette anthologie qui s’arrête avec un Martial Solal cuvée 1960, inspiré par le chef d’œuvre de Cole Porter  «  Anything goes ».  Ne boudons pas notre plaisir et demandons nous avec les pianistes actuels, qui ne se font pas prier pour écouter ce jazz des origines, quelle sera leur contribution à l’avenir de cette musique. Cet album s’écoute d’une traite évidemment et c’est sans nul doute la meilleure leçon de piano (pardon Antoine Hervé) qui nous soit donnée, un aperçu brillant de l’histoire du jazz sur plus d’un demi-siècle,  sur un des instruments de prédilection. Swing, enthousiasme, virtuosité, intelligence du phrasé et sens de la mélodie : des classiques incontournables « Round Midnight » de T.S Monk mais aussi des grands du piano, méconnus injustement comme le bouillonnant Bernard Peiffer dans « Montmartre » de Cole Porter, ou  la sensible Mary Lou Williams dans ce « Taurus » extrait de sa Zodiac suite . Tous les styles de piano jazz sont ainsi représentés en une seule galette de Fats Waller à Lennie Tristano, de Hank Jones à Herbie Nichols , sans oublier Randy Weston et Phineas Newborn Jr. Ce qui n’empêche pas d’aller ressortir tel Lp ou Cd si le cœur vous en dit, pour réécouter un pianiste aimé. Festival de virtuosité et d’élégance avec Bud Powell dans un « Just One of these things » (encore Cole Porter) méconnaissable. 
A conseiller absolument à tous, une fois encore,  passionnés ou  néophytes. INDISPENSABLE !
NB : Et en plus, ces merveilles sont à de tout petits prix, n’hésitez plus, faites leur une place dans votre discothèque...
Sophie Chambon

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 07:47


Marthouret-Matthieu-Quartet_Upbeats_w.jpgDouble Moon records 2012
Matthieu Marthouret  (Hammond); Nicolas Kummert (ts,vc), David Prez (ts), Sandro Zerafa (g), ; Manuel Franchi (dm), David Fettmann (as).



Mathieu Marthouret a le groove efficace et jamais ostentatoire. Sur un répertoire issu de ses propres compositions, il balance un groove et une pulse discrète. Car l'organiste grenoblois qui a récemment fait son année de classe à New York se situe dans la lignée d'un jazz smooth post-hard bop où le raffinement des harmonies le dispute à l'élégance des solistes. Marthouret est dans la lignée des joueurs d'hammond qui savent se faire oublier pour assurer le liant de la musique et la tapisser d'un groove moelleux. Son entente avec le guitariste Sandro Zerapha contribue d’ailleurs beaucoup à ce son de velours. Du coup l'album, sans révolutionner les codes est d'une grande fraîcheur, limpide comme de l'eau coulant de source. Cela tient aussi à la spontanéité d’une session de ce type que l’on croirait réalisée en live. Tout y est d'une belle fluidité. On y entend le respect d'une tradition qui va de Wes Montgomery à Jimmy Smith mais aussi, discrètement et (trop) timidement une ouverture sur un jazz plus actuel.
Au départ pianiste, il paraît que Marthouret est devenu organiste par défaut de bassiste lui convenant. Serait-ce cette raison qui expliquerait cette magnifique main gauche et cette superbe ligne de basse qui impose dès lors une formation bassless. Dans la rondeur du son émerge parfois le tranchant du son acéré de David Prez ou de Nicolas Kummert, les deux ténors de l'album aussi efficaces l’un que l’autre.
C'est bien écrit, bien réglé et c'est aussi élégant que raffiné. L'album tourne en boucle sur ma chaîne. Il se fait parfois oublier. Mais j’y reviens, attiré parfois par l’évidence classieuse sans toutefois que l’émotion ne perce réellement. Du bureau où j’écris, je bats le rythme discrètement sous la table.
Un petit poil d’humour un tantinet dandy comme sur Weird Monk, une petite dose de funk, des réminiscences Blue Note façon 60’s : de quoi prendre un agréable petit pied.
Le groupe vient de passer au Sunside. Il sera de toute évidence à suivre. En tous cas pour tout ceux qui aime le jazz qui aime le jazz.
Jean-marc Gelin

 

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 19:54

 

Soul Note & Black Saint 1986 et 1989

malwaldron.jpg

Attention aux fausses appellations. N'allez pas croire que ce petit coffret de 4 cd's regroupe l'intégrale des enregistrements chez Soul note puisque notamment, manquent à l'appel le "Sempre Amore" magnifique duo avec Steve Lacy (1986) ou encore "Our colline's treasure" avec Leonard Jones et Sangoma Everett (1987).

 

Ce coffret regroupe 4 enregistrements, les deux premiers volumes étant enregistrés en live en septembre 1986 au Village Vanguard,  les deux derniers en studio le 10 juin 1989 à New York.

Côté live, le pianiste regroupait alors autour de lui Woody Shaw (tp), Charlie Rouse (ts), Reggie Workman (cb) et Ed Blackwell (dm). Cest une de ces sessions mémorables au Village Vanguard où la musique respire la sueur, la fumée des cigarettes et l'odeur de l'alcool. On est au coeur du volcan, au plus chaud bouillant du direct.  En regroupant les deux Cd, ce sont 4 titres fleuves qui totalisent à eux seuls plus dune heure de musique. Celle-ci a des relents de post hard bop et de revival davant-garde de ce jazz des années 70s qui en 86 ne lest plus réellement. Sur des motifs simples, Mal Waldron laisse ses compagnons sexprimer dans des solos de très très haute volée. Lensemble de ces compositions est signé du pianiste et lon notera particulièrement un Seaguls of Kristiansund au tempo ralenti à lextrême ou encore un Snake out  bien plus emmené et qui porte la marque dun grand chorus de Woody Shaw qui tout au long de cette soirée affirme une niaque décapante, celle de la marque des plus grands. Charlie Rouse reste le grand ténor que lon sait, moins monkien quau cours des 11 années passées avec Thelonious ou avec son trio Sphère mais capable ici dun lyrisme puissant et saisissant. Il est dailleurs curieux que Charlie Rouse soit à ce point sous-estimé, napparaissant jamais comme ceux qui ont fait école, alors que son jeu reconnaissable entre milles porte la marque des vrais créateurs.  Toute la musique est basée sur des ostinatos rythmiques sur lesquels la précision implacable et métronomique emmenée par cette belle association ultra-efficace de Reggie Workman et d Ed Blackwell. L'accompagnateur de Billie Holiday que l'on a souvent taxé de minimalisme montre au contraire ici, dans ces sessions live un powerful quintet sur des thèmes marathon qui confinent au tour de force. Ca joue àun niveau exceptionnel et même si l'on doit bien admettre la longueur interminable des chorus, cela nous ramène en plein à cette urgence qui fait souvent les plus belles sessions de jazz.

 

 

 

 

Pas illogique alors de mettre en regard ces deux sessions studio dont seul Reggie Workman reste du staff de 86. A lalto cest Sonny Fortune qui prend la place de Shaw alors que le ténor est pris par Ricky Ford, la batterie par Eddie Moore. Curieusement jadhère moins à ce son-là qui me semble débarrassé de ses imperfections de la scène. Un peu moins authentique même sil faut bien admettre que ces prises ont la puissance dun enregistrement spontané. C’était le temps où quelques éditeurs audacieux nhésitaient pas à proposer des thèmes de plus de 20 minutes dimprovisation.

Ici le quintet a un tout autre aspect puisque lalto y remplace la trompette. Et là encore les solistes peuvent sy donner à coeur joie. Mais là où on entendait une rythmique qui, sur des ostinatos graves donnait une profondeur tellurique, celle-ci semble un peu moins àla hauteur. L’écoute des albums en parallèle oblige à comparer Blackwell et Eddie Moore, ce dernier étant très en dessous. Ce qui nempêche Sonny Fortune dy dérouler avec un lyrisme torrentiel un solo hallucinant et dense au lyrisme torrentiel capable demporter tout le groupe dans son sillage( Yin and young). Et il faut un très grand Ricky Ford pour sinscrire dans ses pas sans dénaturer le son densemble. Un thème pour piano solo un peu décalé et plus old style, Where were you, laisse entendre toute la sensibilité du pianiste dans un registre plus classique. Pour conclure, un joli Waltz for Marianne avec  un Ricky Ford au son déchiré  et âpre, au grain mat et rugueux, entre Rollins et Getz et là encore Sonny Fortune qui y joue avec un syncrétisme qui englobe les altistes les plus classiques avec les plus modernes dans un seul et même discours.

 

Deux très belles éditions dnc, un peu oubliées et que lon se félicite de retrouver ici réunies.

Mauvaise note en revanche pour le travail documentaire. L’éditeur ayant été au plus juste reproduisant, sans aucun travail éditorial les fac similédes albums obligeant le lecteur un peu myope à lire les indications dorigine à la pince à épiler....... L’éditeur objectera certainement le prix assez modique de 18 euros et le beau travail de remastering de ces moments de musique de très haute volée. Témoignage de ce jazz qui avait cette fraîcheur et cette passion de lexpression urgente. Une sorte de jazz de la foi.

Jean-Marc Gelin

 

 

Lacquisition du catalogue complet par le Kepah Music Group (Cam Jazz) en 2008 de ces beaux labels italiens que furent Black Saint et Soulote a donné lieu à la réédition de plusieurs beaux coffrets  réunissant

Don Pullen

Jimmy Giuffre

Mal Waldron

World Saxophone Quartet

Sur des enregistrements exceptionnels et remastérisés.

On aimerait , au titre des pépites, la réédition possible du « Parrallel World » de Dave Douglas, le For Olim de Cecil Taylor et le « Eugene 1989 » de Antony Braxton ou encore le superbe « To Them to us » de Jacki Byard.

jimmy-giuffre-the-complete-remastered-recordings-on-black-s.jpg don-pullen-the-complete-remastered-recordings-on-black-sain.jpg

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 14:52

 


PeifferB Improvision COUVHORS SERIE N°7 583830-0
Universal
 
Jazzcypher



La précieuse collection « Jazz In Paris » propose un double Cd finement intitulé Improvision qui couvre une grande partie des enregistrements américains du pianiste français Bernard Peiffer, émigré aux Usa en 1955 et qui n’y fit pourtant pas la carrière escomptée. Musicien incomparable, génial même, il avait pourtant connu le succès en France, raflant chaque fois le titre convoité de «meilleur pianiste de l’année», qu’il joue seul ou avec le trompettiste Roger Guérin, le ténor Bobby Jaspar, le contrebassiste Pierre Michelot. Ajoutons qu’il fit ses classes en accompagnant Django Reinhardt, Hubert Rostaing mais aussi Rex Stewart, Don Byas, Bill Coleman, James Moody
Mais trop en avance sur son temps, il sentait qu’il lui fallait tracer sa voie et il voulait introduire de nouvelles formes dans le jazz. Non reconnu dans son pays, il décida d’aller jouer sa musique ailleurs, sur la terre d’élection du jazz, les Etats-Unis.
Il y signa une discographie « anémique » chez Emarcy Bernie’s Tune (1956) Modern Jazz For People Who Like Original Music chez Laurie (1959) que l’on découvre grâce à cette réédition inespérée, qui offre aussi le cadeau de prises uniques et inédites (Live at the Cherry Hill Inn, en 1959 et Live from Glassboro State University en 1976, l’année même de sa disparition).
Tout l’intérêt de ce Hors série est de nous faire découvrir en solo, et dans quelques autres formations, essentiellement des trios, des enregistrements privés que son fils (Stefan Peiffer) a confiés à Universal. C’est la révélation d’un très grand musicien qui n’était jamais tant lui même qu’en « live ».
S’il obtint la nationalité américaine et demeura dans ce pays d’accueil jusqu’à sa mort, sa carrière fut vite mise entre parenthèse. C’est là que réside le mystère Peiffer. Adoubé par quelques uns des plus grands critiques de son temps, comme Leonard Feather, Barry Ulanov, sa musique libre, sans concession a du faire peur : lui qui affirma très tôt son désir d’imposer un troisième courant entre jazz et musique classique, fut peu à peu lâché par les maisons de disque et se tourna vers l’enseignement à Philadelphie où il s’était installé. Il fit là encore forte impression (Uri Caine s’en souvient), encourageant ses étudiants à découvrir leur propre langage.
Découvrez donc la musique de Bernard Peiffer (prononcez « pay fair ») qui commence par le feu d’artifice du « Lover, Come Back To Me » enregistré en mai 1956 aux USA en trio avec Oscar Pettiford à la contrebasse et Joe Puma à la guitare. Suit l’intégralité de la séance, en quartet avec Chuck Andrus à la contrebasse et Ed Thigpen à la batterie. Ses propres compositions sont tout simplement stupéfiantes comme ce « Black Moon » atonal ou cette « Lullaby of the leaves » qui nous fait d’abord penser dans son introduction de « Yesterdays » qu’il reprendra de façon si originale, au piano électrique, en 1972 avec Al Stauffer (b) et Jimmy Paxson (dms) dans un club du New Jersey : comme Bill Evans, il n’a pas peur de se frotter aux standards qu’il investit totalement, au point qu’on mette parfois du temps à les reconnaître... Volubile et chantante, la manière de Bernard Peiffer étonne, détone et émerveille.
Peiffer rend aussi hommage dès qu’il le peut, au cantor de Leipzig dont il possédait parfaitement la musique et l’art de la fugue. C’est ainsi que le classique « Lullaby of Birdland » du pianiste George Shearing débute par une introduction on ne peut plus inspirée de Bach, sans que Peiffer ait jamais rencontré le succès du trio de Jacques Loussier dans Play Bach.
Pris d’une fougue joyeuse, l’énergique « Rondo » qui initie l’album Modern Jazz for People Who like Original Music, emprunte dans son introduction la forme classique, puis vire à une sarabande pleine de swing. Ce titre, qui sera repris autrement dans un de ses derniers titres en « live » montre l’évolution constante et le degré prodigieux d’improvisation, dans un rendu plus désarticulé, à la façon de Bill Evans (que Peiffer admirait évidemment) dans les thèmes repris avec ses deux trios de référence, à vingt ans d’intervalle. Bernard Peiffer choisira d’ailleurs une composition de Bill Evans « One for Helen », preuve de son attachement indéfectible à cet autre pianiste dont il pouvait se sentir proche.
Un des atouts essentiels de Bernard Peiffer, qui fait souvent défaut à ses pairs, est l’extraordinaire variété de styles, d’humeurs : le rondo de 1959 est suivi de « Poem For A Lonely Child », chant funèbre dédié à sa propre fille. Un requiem qui rapproche Peiffer de Lennie Tristano cette fois, élargissant le champ de ses influences et de ses premiers maîtres, à savoir Art Tatum ou Errol Garner. Suivent un très nerveux « Tired Blues » qui contredirait le titre tant il est habilement construit ; quant à son « Lafayette nous voici », c’est un malicieux retour à l’envoyeur, très martial d’allure, comme un régiment en marche.
Son « Strip tease » est délirant , débordant d’un feu intérieur, d’une tension qui jamais ne retombe. Dans « Perfect Storm » interprété pour la radio en 1972, il libère une impétuosité, inspirée de toute sa culture de virtuose classique.

Le talentueux Alain Tercinet, dans ses notes de pochette toujours impeccables, nous livre les éléments forts de la carrière étrangement chaotique de ce pianiste singulier. Son fils Stefan nous laisse entendre avec pudeur ce qui a pu induire cette forme de « ratage » dans une carrière, qui ne manqua jamais de panache, dans ses entêtements mêmes .
Capable d’emportements, si ce n’est de colères, on pense parfois à un Frank Rosolino dans la fougue exacerbée, la vitesse d’exécution vertigineuse, l’exaltation fièvreuse. Bernard Peiffer était un musicien intraitable dans son engagement et son projet musical, fragile psychologiquement, profondément secret, vulnérable donc. Convaincu de son talent, ce « géant oublié » incroyable virtuose, fervent et tendre, sut, comme nul autre peut-être, fusionner classique et jazz. Sans se disperser cependant, il n’a fait que creuser son sillon, mettant à jour dans son programme tout ce qui a pu fertiliser les musiques aimées. Une puissance, une émotion qui font la place belle à un incroyable swing, principe vital, état supérieur, impossible à fixer mais puissant et irréfutable de ce retournement du pas humain en danse que le jazz produit…tremplin d’une jubilation…(Jacques Réda)
Un double album à prix serré absolument indispensable et qui sera une révélation pour beaucoup d’amateurs de jazz et de piano…



Sophie Chambon


La collection Hors série inaugurée en juin 2003 avec un premier volume consacré à Sacha Distel « Jazz Guitarist » présente des portraits d’artiste qui, par leur créativité, leur singularité et leur talent ont eu une importance significative sur le développement du jazz en France. Suivent ainsi le Hors série n°8 consacré à Rhoda Scott « Paris New York » et le n°9 sur Ivan Jullien « Complete Riviera Recordings », le n°10 Boulou Ferré « Complete Barclay Recordings », le 11 Dominique Cravic/Didier Roussin/ Francis Varis « Cordes et lames ».

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 11:39

 

Jacques Schwarz-Bart (ts), Batiste Trotignon (p), Thomas Bramerie (cb), Hans van Oosterhout (dm)

Azetec Musique 2012

 Jacques_Schwarz-Bart_Quartet.jpg

 

C’est dans quelques jours qu’il donnera, dans le cadre du Festival de St germain des Près à Paris, un concert à l’Institut Océanographique avec son quartet. C’est surtout l’occasion pour nous de revenir sur le dernier album de celui que l’on considère comme l’un des plus grands saxophonistes ténor de sa génération. Je sais c’est un peu (trop) superlatif mais ceux qui écouterons « The Art of Dreaming » ne s’y tromperons pas et connaîtrons le même choc avec Jacques Schwarz-Bart que celui qu’ils ont pu connaître avant avec Joshua Redman.

Tournant le dos ( provisoirement on l’espère) à la musique Gwo-Ka pour livrer un album plus classiquement ancré dans une tradition américaine, le saxophoniste s’affirme ici et avant tout par un SON d’une incroyable densité. Où l’épaisseur du trait se mêle à la légèreté d’un discours fluide et rythmiquement impressionnant. On y entend tous les registres du ténor tant dans l’expression coltranienne ( It’s Pain, Voir ), que celle qui viendrait de Joe Henderson, de Michael Brecker ou de Wayne Shorter ( Lullaby from Atlantis inspiré de l’album presque éponyme). JSB impressionne tout au long de l’album avec un phrasé palpable, massif, transcendé par ce qu’il dit avec cette forme de nécessité vitale de dire et de dire juste. Impressionnant dans cette façon de se promener du grave au suraigu avec toujours la même précision et surtout la même force de l’intention. Il y a plus que de la musique. Celle-ci est, on l’a dit transcendante, revient sur des rythmiques ensoleillées, flirte avec un jazz plus funky, libre quelques mélodies émouvantes ( Now).

Quelque chose passe entre les membres du quartet. Fusion des 4. Inspiration partagée. La musique habite le studio et transporte un flux existentiel de l’un à l’autre. Batiste Trotignon saisit les espaces pour jouer en contraste avec une rare intelligence, maître du tempo et garant de l’harmonie. Lorsque l’un est dans le grave l’autre joue en haut et lorsque l’un avance tout en démarche déliée l’autre joue stacato, et tout cela dans une fusion irrésistible.

J’écoute l’album en boucle depuis plusieurs jours. Il m’embarque.

J’écoute un Thomas Bramerie littéralement époustouflant comme je ne l’avais encore jamais entendu auparavant. Lui aussi porté par l’enjeu dans une sorte de gravité. Et que dire du drive de Hans van Oosterhout, le batteur Néérlandais vibrant et porteur d’une pulse au groove terrible.

J’écoute et réécoute. J’enrage de ne pas être musicien moi-même. J’enrage de ne pas avoir été dans le studio. Je sais que l’on tient a là quelque chose de rare.

Jean-Marc Gelin  

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 11:17

 

Jeremy Pelt (tp), JD Allen (ts), Danny Grissett (p), Dwayne Burno (cb), Gerald Cleaver (dm)

High Note 2012

pelt.jpg

 

N’allez pas chercher chez ces américains-là l’envie de révolutionner le jazz. Pas de jazz épaissi au rock lourd ou matiné de pop sulfureuse et planante, pas d’électricité dans l’air. Car ce quartet-là se situe clairement dans une autre lignée qu’ils perpétuent : celle du quintet de Miles. Entendez par là celui avec Wayne Shorter. C’est cette inspiration-là qu’ils font revivre, avec les même réminiscences. Même configuration, même sens de l’harmonie, même esprit du blues modal. Il y a alors des évanescences flottantes et des espaces étirés. C’est dans une sorte de lenteur fluctuante, de mouvance ralentie qu’il se joue de l’espace musical.

Au ténor, JD Allen que l’on suit depuis quelque temps aux DNJ (cf. http://www.lesdnj.com/article-jd-allen-un-tenor-a-decouvrir-d-urgence-90209448.html) s’inscrit dans le son Shorterien avec cette totale maîtrise du tempo qui, lorsqu’il est ralentit à l’extrême de l‘extrême devient finalement le plus indomptable. Il faut entendre la suavité de l’expression de ce ténor de 39 ans qui roule sa bosse dans les clubs de la grosse pomme, sur des titres comme second Love où sur le titre eponyme où il possède le velours, la soie et l’encens.

Jeremy Pelt de 3 ans son benjamin, lui répond parfaitement. Celui qui dès sa sortie de Berklee a tourné avec rien moins que Jimmy Heath, Frank Wess, Vincent Herring, Ralph Peterson, Cedar Walton connaît ses classiques, a toutes les clefs de ce jazz gravé dans le regsitre des trompettistes de grande classe. Pas de mordant énervé et pas de rondeurs cuivrées mais le son juste de celui qui (inspiré de Miles), maîtrise les silences entre les notes.

On se laisse totalement prendre par ce quartet et par cet entre-deux où les couleurs modales nous plongent dans une sorte d’état second. C'est avec cette formation que Jeremy Pelt depuis pas mal de temps. Et force est de constater que circule entre eux l'âme de cette musique.

Soulful.

Soul.

Une sorte de bleu. Mais ça, ca nous rappelle quelque chose……

Jean-Marc Gelin

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 22:06

Le Petit Label 2012

François Verly ( p, fdr, perc, tablas), Pierre-Olvier Govin (as, ts, clb), Denis Leloup (tb), Antoine Banville (dm), Marc Bertaux (cb)

 

verlyfleur-de-l-eau.jpg

 

C’est une belle surprise que de rentrer dans l’écriture dynamique de François Verly. Sur le papier on pensait (à tort) que l’on allait entendre le percussionniste poursuivre sous son nom, le travail qu’il fait depuis des années avec Andy Emler. On craignait la réciprocité des influences. Mais loin du jazz matiné de rock aux teintes Zappiennes, on découvre chez François Verly sa propre conception de la musique plus ancrée dans un jazz plus pur, moins dilué. Un jazz qui embrasserait autant Mingus que Thad Jones, Ellington autant que Joe Zawinul. Sa musique est en grande partie basée sur le mouvement. La musique animée. Sa musique est riche  et foisonnante et ses ressors innombrables. Équilibre subtil entre les cuivres et les bases polyrythmiques avec un trop rare et Ô combien précieux Pierre-Olivier Govin étincelant. Verly embarque son monde dans une sorte d’envolée irrésistible. L’orchestration magnifique de Verly parvient ainsi à faire sonner le combo comme un octet par la démultiplication des harmonies qui se chevauchent et des rythmes qui se croisent. Tout le monde parle en même temps et contre chante comme au banquet. Festif, c’est bien le mot ! Les tableaux sont expressifs et l’on entre parfois comme dans des polars un peu mystérieux aux sous-entendu musicaux passionnants ( Clou de Girofle).. Vivante la musique de François Verly s’anime sous la pulse d’un  groove omniprésent. Elle circule entre les protagonistes dans une sorte de dynamique des fluides.

Artiste complet s’il en est, Verly fait vivre sa musique aux claviers autant qu’aux percus. Musicien d’exception, sorte de gentihomme aux savoirs musicaux universel, il démontre son brio, celui qui en son temps avait bluffé François Jeanneau ou Andy Emler. Car il fait partie de cette tribu-là, Verly. De celle qui de l’ONJ au Megaoctet parviennent à représenter cet art de la synthèse.

Et s’il manque peut-être parfois une pointe d’audace, l’exercice reste brillant, et les solistes y jouent à très haut niveau.

Publié sur le Petit Label, dont la ligne éditoriale est toujours de grande qualité, cet album est à découvrir d’urgence.

Jean-Marc Gelin

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 11:15

 

Nico Gori & Fred Hersch : «  Da Vinci »

Bee Jazz 2012

 

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Bruno Angelini & Giovani Falzone

If Songs- Vol 2

Abalone 2012-05-12

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3 italiens et un Américain pour deux duos d’exception. Dans les deux cas, le même exercice où se révèle, lorsque les talents sont réunis et grands, la même belle complicité avec ce que cela suppose d’exigence de l’écoute mutuelle, de sens de l’harmonie et de l’anticipation du geste de l’autre. Car il n’y a pas d’écrit qui tienne ici. Chaque acteur de ce 1+1 se laisse aller à l’improvisation errante entraînant l’autre dans son sillage.

Qu’il s’agisse de Nico Gori à la clarinette ou de Giovani Falzone à la trompette, les deux acteurs sont ici lyriques avec cette faconde qui donne vie, qui anime, qui fait vibrer la musique et celui qui l’écoute.

Quant aux deux pianistes, là aussi exceptionnels, l’attention parallèle à ces deux albums révèle une conception radicalement différente de l’accompagnement, l’affirmation de deux présences distinctes. Fred Hersch lui s’inscrit toujours dans le prolongement du clarinettiste, dans la même intention, prolongeant dans son accompagnement ou ses impros celles de Nico Gori. A l’inverse, Bruno Angelini s’efface plus, joue parfois en clair obscur, en attente ou en résonance harmonique et rythmiques dont il drape les propos du trompettiste.

Dans les deux cas, c’est la même envie de faire que ces duos soient autre chose que la rencontre de deux musiciens. Faire que la musique sonne «  riche » et ample avec le même souci de la poésie, de la poétique. Celle de Angelini et Falzone est plus intellectuelle, allant chercher parfois dans des incursions free. C’est une vraie réflexion avec ce que cela suppose d’intériorité ( Revolutions) et même de drôlerie comme ces comédies à l’italienne ( Il fanfarone)

Celle De Nico Gori et Fred Hersh est plus traditionnelle et s’inscrit dans une tradition jazzistique plus classique où l’avant scène est occupée par la mise en évidence des lignes mélodiques. Il y a de vrais moments de romantisme comme sur ce 2-5 ou de belles effusions de tendresse comme sur Doce de Coco où Gori a des accents qui évoquent Bechet. La marque des très grands clarinettistes, à l’instar d’un Eddie Daniels : lignes droites et courbes, puissance et clarté du son, placement rythmique exceptionnel. Rajoutez à cela la nonchalance élégante d’un Fred Hersch soyeux et gracile et surtout sa précision rythmique diabolique qui en font aujourd’hui l’un des plus grands pianiste de notre époque.

 

Ces deux albums sont de purs moments de grâce. Ils font partie de cet art exigeant si particulier au jazz, celui des duos. Cet exercice fait de partage et de respect d’où émerge la plus belle musique qui soit.

Jean-Marc Gelin

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