Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:24

 

Fresh Sound New Talent 2012

Vincent Bourgeyx (p), Pierre Boussaguet (cb), André Cecarelli (dms)

 vincent-bourgeyx-hip.jpg

Dans une interview menée par son frère, Bill Evans disait qu’il est primordial de « libérer la conscience pour se concentrer sur le développement créatif spontané »[1]. C’est certainement ce choix qu’à fait le talentueux pianiste Vincent Bourgeyx, lui qui déclare préférer s’occuper de sa musique plutôt que de se soucier de sa médiatisation. C’est ainsi que d’album en album, Vincent Bourgeyx tisse son œuvre.

 

Pour son dernier disque « Hip », sorti en mai 2012 chez le label Fresh Sound New Talent, Vincent Bourgeyx s’est associé à deux solides musiciens : le batteur André Ceccarelli et le contrebassiste Pierre Boussaguet. La participation de Pierre Boussaguet était - dit le pianiste - l’aboutissement naturel de dix années de collaboration sur la scène parisienne, tant en duo qu’en trio. Avec André Cecarelli ce fut un « coup de foudre ». Réunis en studio pour l’enregistrement d’un disque de Frédéric Couderc, l’entente tant humaine que musicale a été instantanée.

 

L’album reflète l’image duelle que le pianiste a de lui-même : un artiste partagé entre tradition et modernité, attiré aussi bien par l’interprétation des standards que par l’écriture de compositions. Bien sûr, cela peut déplaire à une certaine orthodoxie du jazz qui aime et réclame « l’unité ». Mais diversité ne veut pas forcément dire hétérogénéité. Et c’est bien ainsi que le pari de Vincent Bourgeyx est relevé. Car sa « patte » se retrouve au fil des morceaux même si ces derniers semblent appartenir à des mondes différents.

 

Dans un incessant balancement qui n’est pas du qu’au swing, l’album oscille entre ces deux versants de la musique du pianiste. Les compositions aussi bien que les arrangements sont d’une beauté parfois époustouflante. L’opus démarre en force par une version puissante et créative de « Daahoud », un morceau de Clifford Brown. Celui-ci et la très monkienne composition « Shoes Now » croient déjà placer le pianiste dans la catégorie « post be-bop » ! mais les compositions suivantes « For Françoise », « Renaissance » et « Zig Zag » nous plongent dans un autre univers de Vincent : un univers classique, romantique, empreint des mélodies de la fin du XIXe – début du XXe ; un autre visage de lui-même, comme un paysage qui défilerait et montrerait les deux versants d’une même colline. « For Françoise » est un hommage, nostalgique et poétique, à la mémoire de Françoise Hougue, la professeur de piano classique de Vincent, qui, dit-il, lui a « tout appris » de son instrument. La magnifique composition « Renaissance » est un cadeau d’amitié fait à Pierre Boussaguet qui a l’honneur d’en jouer la mélodie. Kafka’s Nightmare et Blue Forest, deux autres remarquables créations, sont comme une île entre deux eaux, entremêlant indistinctement ces deux facettes du pianiste. A noter également : un arrangement frais et original de Prelude to a Kiss, qui illustre encore une fois les talents d’arrangeur de Vincent Bourgeyx[2]. Ce dernier à déjoué la tradition de la potion langoureuse généralement administrée à ce morceau pour le transformer en une joyeuse danse où piano et contrebasse se répondent « fugueusement ».

 

Vincent Bourgeyx fera parler de lui avec ce dernier album dont on peut tirer plusieurs « singles », si tant est que ce terme s’applique à un album de jazz. Des titres riches, travaillés, que le public appréciera à l’écoute de l’album et dès que le nouveau trio se retrouvera sur une scène, ce que l’on souhaite pour très bientôt. En attendant, Vincent Bourgeyx sera en tournée en Allemagne du 16 au 27 octobre avec le groupe du saxophoniste Ed Kroger.

 

Yaël Angel

Vincent-Bourgeyx-Trio-Hip.jpg 

Site internet de Vincent Bourgeyx : vincentbourgeyx.net

Vincent Bourgeyx sur Facebook : https://www.facebook.com/vincent.bourgeyx

 

Discographie chronologique de Vincent Bourgeyx (en tant que leader)

 

Introduction (2003 – Utica Records)

Un Ange qui Ricane (2007 – Cristal Records)

Again (2008 – Fresh Sound New Talent)

Hip (2012 – Fresh Sound New Talent)


[1] « Freeing the conscious to concentrate on spontaneous creative development ».

 

[2] Qui a d’ailleurs été missionné par le vocaliste Marc Thomas pour écrire les arrangements de son album « Shining Hours ».

Repost 0
Published by yael angel - dans Chroniques CD
commenter cet article
5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 22:44

IGLOO-ACT.jpgAct Big Band
Guests Joe Lovano and John Ruocco
1987
Igloo Jazz classics (Réédition 2012)

A l’occasion du vingtième anniversaire du label belge Igloo records, voilà deux rééditions bienvenues,  remixées et remastérisées qui combleront les amateurs nostalgiques des big bands et de la chanteuse Maurane à ses débuts. Le caractère commun  entre ces deux albums réside peut-être dans l’intemporalité de la musique qu’ils développent. On découvre la Maurane de ses débuts, constatant avec étonnement que peu de choses ont changé dans sa façon d’utiliser sa voix. Les musiciens qui l’accompagnent jouent des « chansons » adaptées en  jazz de chambre dont certaines sont devenues des succès populaires en Belgique. Quant au jazz de big band, il garde intact la fraîcheur d’une forme et d’un répertoire inscrits dans la tradition.
Commençons d‘abord par Extrêmes, un des quatre albums enregistrés entre 1980 et 1996 par un big band soudé, dirigé par le batteur Félix Simtaine  en compagnie du pianiste compositeur /arrangeur Michel Herr,  avec des guests stars comme les saxophonistes ténors Joe Lovano et John Ruocco .
Cet enregistrement de1986 est l’écrin de commandes passées à Francy Boland  « Omnitonic », Michel Herr (« Pentaprism », « Extremes »), Arnoult Massart (Re), Jean Warland (« Rough Business » et le formidable final « Rough Stuff »). On entend aussi un swing véritablement moderne dans cet « Easy Fucksong » du trompettiste /arrangeur Bert Joris. Beaucoup de talents réunis pour présenter un univers original, dans un joyeux brassage des âges et des cultures : à l’instar de l’ONJ en France, créé en 1986 à l’initiative de Jack Lang, on comprend que cette formation était des plus passionnantes à l’époque. Eh oui, il faut déjà se reporter à ce passé proche des années quatre vingt. Avec une pensée émue en entendant sur le deuxième thème « Omnitonic » le  talentueux violoniste Jean Pierre Catoul, disparu prématurément. On écoutera aussi les improvisations superbes de Lovano sur « Extremes » et « In a sentimental mood », John Ruocco intervenant sur  « Re ». La Belgique a encore de nos jours de beaux et grands formats, toute une génération prête à en découdre, malgré les difficultés de ce type d’entreprise, avec des musiciens qui savent faire de la musique en nombre, la liberté de chacun s’exprimant collectivement. A l’écoute de cet enregistrement, on mesure la richesse et la vitalité d’une forme d’expression qui n’a cessé de se renouveler, prolongeant avec bonheur un jazz majuscule.

IGLOO-HLM.jpgHLM
Houben Loos Maurane
1986.
Quant au deuxième album, HLM,  il nous fait découvrir le travail de deux duos indépendants  qui se regroupent en un trio Houben/ Loos/ Maurane, dans une dynamique qui fonctionne à merveille. Le pianiste Charles Loos est la pierre angulaire de ce trio de jazz de chambre, ayant travaillé avec la jeune chanteuse et avec le saxophoniste flûtiste Steve Houben (père du trompettiste Greg Houben). Assurément, Maurane demeure un mystère : devenue une vedette de variétés depuis, sans pouvoir nier son attachement au jazz, elle se défend cependant d’une réelle appartenance. Et pourtant, depuis ses débuts, elle n’a guère changé.  Quand on écoute par exemple « Overloos », une de ses compositions, en duo avec le pianiste, impossible de dater cette prise. Elle était déjà proche de Nougaro (« Morceau en forme de Nougarose »). Aujourd’hui, elle se sert toujours de sa voix comme d’un instrument mais au lieu de scater, comme dans « Potion magique » ou « Savapapapa », elle chante des textes originaux dans une variété « world ». 
A remarquer le bonus heureusement intégré (issu du LP Comptines) qui permet avec « Les Chevilles de Valéry » de terminer l’album sur un exemple d’accord parfait entre le rythme de Loos et la mélodie de Houben.
Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 07:26

 

En ces temps de rentrée, deux disques sortent à quelques jours d’intervalles, avec aux baguettes notre génial et helvétique batteur. Deux albums aux esthétiques totalement différentes et deux occasions d’y entendre le drive toujours incroyable de Daniel Humair.

 

 

NICOLAS FOLMER & DANIEL HUMAIR PROJECT : «  Light s»

Nicolas Folmer (tp), Alfio Origlio (p), Daniel Humair (dm), Laurent vernerey (cb)

Cristal Records 2012

 folmer-humair.jpg

 

Avec le trompettiste Nicolas Folmer ( l’album est sous son nom) , l’association née au travers de plusieurs concerts donnés au Duc des Lombards est assez surprenante. L’esthétique des deux musiciens est en effet assez éloignée l’une de l’autre même si au final il y a le goût du jazz et du swing comme commun dénominateur. Chacun y joue alors sur son propre terrain. Chacun dans une logique qui pourrait être propre au contraste fécond. En liaison des deux, un (trop rare) Alfio  Origlio remarquable y assume un rôle de pianiste de transition. Les compositions, apportées essentiellement par Folmer et Humair sont tirées de leurs précédents répertoires. C’est dire que cette rencontre n’a pas donné lieu à la création ex-nihilo d’un projet, ce qui, en soit est tout de même un peu dommage.

Cette rencontre-là qui suppose beaucoup d’écoute de la part de chacun des protagonistes, nous laisse un peu sur notre faim même si l’on sent bien que le quartet pourrait fusionner dans de beaux moments de groove ( sur Attrape-moi si tu peux, thème composé par Folmer pour un précédent album, où l’on sent que la machine pourrait bien s’envoler et nous embarquer).

Mais l’ensemble donne quand même l’impression d’une union un peu contre-nature de deux grands musiciens  chacun soucieux de définir avec beaucoup de respect pour l’autre un espace musical qu’ils doivent partager pour les besoins de la cause.

Sans chercher à surprendre, l’album reste agréable mais semble néanmoins très encadré sans jamais réellement sortir d’une sorte de round d’observation.

 

 

 

DANIEL HUMAIR QUARTET : «  Sweet & sour »

Emile Parisien (ss, ts), Vincent Peirani (acc), Jérôme Regard (cb), Daniel Humair (dm)

 daniel-humair-quartet.jpg

Rien d’équivalent en revanche avec le premier album du batteur pour le label Laborie Jazz.

Pour le coup marqué d’un vrai projet musical, d’une rencontre explosive entre 4 musiciens de très grand talent et surtout d’une énergie partagée que l’on sent capable de dynamiter toutes les frontières. Là où nous restions sur des sentiers très battus dans l’album du trompettiste nous sommes ici dans le large champ des possibles. Là où tout peut arriver. Où le blues prend des allures de free dans un esprit mutin que ne dédaignerait pas Ornette Coleman ( Care 4, Shubertauster). C’est foisonnant. L’invention est au bout de chaque note. Sous le drumming énergique et éblouissant de Daniel Humair et la pulse de Jérôme Regard, ça fourmille, ça change de rythme, ça accélère, ça ralentit comme sur des montagnes russes. Et les manèges ici enchantés (7A3) emportent le tourbillon et se dérèglent gentiment.

Emile Parisien, que l’on a le plaisir d’entendre aussi au ténor, crée avec Vincent Peirani   un véritable son et un univers à nul autre pareil. L’association soprano /accordéon est un coup de génie. La musique vit, vibre, vibrione d’une force tellurique irrésistible. Emile Parisien reste celui que l’on connait, torrentiel et fougueux, soucieux d’exploser les lignes. Il trouve en Vincent Peirani une réplique formidable. Rarement d’autres accordéonistes ont manié la science de l’improvisation avec autant d’esprit « free » dans le geste autant que dans l’intention, avec une science rare de l’harmonie « jazz ».

La rythmique est exceptionnelle. Là encore Humair, sensationnel. Au sens propre du terme. Au sens de celui qui éveille le sens par son drumming riche et toujours varié, jamais encadré, totalement libre. Il trouve avec Jérôme Regard  un partenaire à l’écoute. Il faut l’entendre sur un thème comme Schubertauster où le blues palpite, où le beat lent s’accélère.

Ce groupe qui avait fait le bonheur des spectateurs du Paris Jazz festival à Vincennes durant l’été (http://www.lesdnj.com/article-la-belle-ouverture-de-daniel-humair-106681107.html) nous revient avec cet album qui marque assurément la rentrée musicale. Ceux qui étaient au Parc Floral retrouverons assurément le charme et l’intensité de cette musique étonnante où l’invention le dispute à l’inventivité et où 4 grands musiciens, génies de l’improvisation se jettent à corps perdus dans la musique en général  et le jazz en particulier avec le même souci de cohérence. Jubilatoire

 

Jean-Marc Gelin

 

http://jazz.abeillemusique.com/CD/Jazz-Blues/LJ19/0810473014158/Laborie-Jazz/Daniel-Humair-Quartet/Sweet--Sour/cleart-61823.html

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 20:49


candini-on-the-other-side.jpgPiano Solo Improvisations
Instant Present 101

Tout ce qui peut être imaginé est réel. (Pablo Picasso)

Voilà un autre côté pour le moins original, un solo de piano, passage obligé des instrumentistes et des pianistes en particulier que réalise le jeune Alessandro Candini, de formation classique, tombé dans le contemporain et le jazz récemment. Mais avec suffisamment de recul et d’intensité pour vouloir ne faire que cela… pleinement. Et  assumer les risques d’une improvisation folle. Des petites pièces pas si faciles en apparence, au total 12, composent cet album providentiel d’un pianiste qui aime se frotter à tous les genres, styles et techniques. Au studio de La Buissonne, on peut imaginer que, galvanisé par le lieu, il se soit ensuite livré au travail solitaire et plus ingrat de l’auto-portrait, à l’enivrante aventure de l’improvisation.
Dans cet exercice de style, variant les nuances et atmosphères de l’instrument, il fait se croiser mystères, instantanés et aussi exigences d’une personnalité musicale à découvrir, laissant aller son imaginaire et faisant entendre un piano puissant, résolu. On entend en fait une suite sauvage, dérangeante, abrupte, composée dans l’improvision . Ce n’est  pas l’art du clavier en une dizaine de leçons qui est proposé, la position de soliste s’avère dangereuse à garder de façon satisfaisante :  Alessandro Candini explore les possibilités de l’instrument tout en affirmant la dimension narrative, émotionnelle, jusqu’au vertige : des motifs répétés à l’infini jusqu’au trouble et au dérapage, des ponctuations assénes plus ou moins fortement, des changement de rythmes avec des coupures nettes, des accélérations jusqu’à la série de cris qui clôt ce développement structuré.
On s’engage dans un labyrinthe des passions, de l’imaginaire qui suit le chemin que trace la pochette au design parfait, en totale adéquation avec l’esthétique de la musique. De même le texte des « liner notes » est absolument essentiel pour comprendre comment s’imbriquent les titres en un itinéraire selon une architecture baroque à la Escher.
Cette performance mériterait d’être suivie en live, mais on peut découvrir avec l’album la teneur de cette aventure où il est question de moment poétique. Et l’on s‘interroge alors sur la maîtrise à ce niveau d'intensité . Peu de silence, l’appréhension d’un certain vide qui demeure musique, semble lui faire plus peur encore que le déploiement fou de pièces vibrantes et enlevées, avec d’autres aux cadences à peine moins rapides. Il  laisse des formes ouvertes suffisamment libres, donnant un quasi-récital, sans prononcer un mot ou un soupir, sauf dans le final, où il s’autorise des cris. A t-il traversé le miroir ? Pour le savoir, écoutez l’histoire de ce solo…

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 08:41

Live at the Rome Auditorium

ECM 2012

 rava-dance-floor.jpg

Que le trompettiste prête la voix de sa trompette à cet exercice concocté par PM Jazz Lab (big band) montre bien toute sa générosité. Car force est de constater que seules chacune de ses interventions vient sérieusement élever un niveau dans l'ensemble bien faiblard. En partant de Michael Jackson pour l'essentiel et des arrangements qui lui sont proposés, le trompettiste "romain" parvient à inscrire ce patrimoine de la pop dans une vrai culture du jazz. Et sauve par là même les meubles.

Car justement, ce ne sont pas ces arrangements qui  y sont pour grand chose  tant ils s’ y montrent poussifs et lourds. On croirait un exercice de style donné comme sujet de devoir à des élèves de dernière année de conservatoire. Rien de catastrophique (quoique) mais certainement pas de quoi justifier d’en faire un album à le vente et sortir ces bandes des placards où ils auraient dû rester.

On pourrait faire l’inventaire à la Prevert. Prendre ce Thriller par exemple, où une fois l'intervention de Rava finie, on a la fâcheuse impression que le groupe ne  sait pas quoi faire de ce matériau. Ça se termine en eau de boudin simplement parce que le groupe n’a pas d’idées de développement. Un peu comme si le simple fait d’avoir Rava avec soi justifiait tout. Idem pour They don't care about us qui commence façon reggae kitschissime et se termine en rock lourd-lourd. Rythmique très moche sur Privacy. Puis un smile qui tombe là comme un cheveu sur la soupe !  Un smooth criminal comme sorti d'un balloche du samedi soir. Mais qu'est venu faire Rava dans cette galère !

De ce big band aucun musicien ne parvient réellement à sortir du lot et l'on se demande bien pourquoi ECM a voulu mettre ce live enregistré à Rome en novembre 2011 à son catalogue. Il y avait pourtant dans le nom de Jazz Lab, quelque chose promis à l’invention, à la création. Ce laboratoire-là ne fait pourtant que (mal) ressasser de très vieilles recettes

Il faut pourtant aller jusqu'au bout de cet album sans idée et sans réelle énergie, aller jusqu'a ce blood on the dance floor et boire la coupe jusqu'a la lie en se disant qu'il y a des batteurs a qui il serait salutaire ( dans le sens « salut public ») de trouver d'autres hobbies que la musique. Et enchaîner sur un history arrangé façon fanfare  et auquel, a l'extrême rigueur on pourrait trouver une pointe d'humour décalé. À l’extrême rigueur.

Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 22:07

ECM 2012

Keith Jarrett (p, perc), Jan Garbarek ( ts, s, fl, perc), Palle Danielsson (cb) et John Christenssen (dm)

 keith-jarrett-sleeper.jpg

Dire que ces bandes inédites dormaient depuis plus de 30 ans dans les armoires chez ECM avant d'être enfin exhumées aujourd'hui. Il s'agit pourtant bien plus que d'un simple témoignage de ce quartet " européen" fondé au milieu des années 70 par Keith Jarrett. Le "Belonging quartet" regroupait alors autour du painiste, Jan Garbarek, Palle Danielsson et John Christenssen. Et ce quartet éphémère qui ne dura que de 74 à 79, date sa dissolution, marqua suffisamment les esprits pour avoir gravé quelques chefs d’oeuvre et 4 albums majeurs : " Belonging" en 1974; "My song" en 1977, "Nude Ants" en 1979 et " Personal Mountains" en 1979.

Partagé entre ses multiples collaborations et son quartet américain, Keith Jarrett avait peu l'occasion de tourner avec cette formation d'Europe. Chacune de ses apparitions était donc relativement rare pour en faire ,en soi un événement et donc bien plus qu'un témoignage.

La preuve en est.

A l’écoute de ce concert capté à Tokyo en 1979, il se dégage en effet une énergie rare qui circule entre les 4. Un power quartet comme l’on dirait aujourd’hui. Basé sur deux axes dont le premier est cette formidable complémentarité entre Jarrett et Garbarek, complémentarité contrastée dans des approches très différentes et qui crée ici des richesses harmoniques et mélodiques captivantes. Le son de Garbarek y est exceptionnel avec cette raucité-acidité qui marque une époque, celle de la toute fin des années 70 où beaucoup de ténor commençaient à jouer dans ce registre-là ( cf. Innocence). Le pianiste en orfèvre délivre quelques pépites et notamment des morceaux superbement écrits pour chaque membre du groupe. On y entend ainsi quelques petites merveilles d'écritures comme ce Prism où le flot de l'improvisation se ralentit pour laisser place à une expression poétique différente. Car au-delà de l'improvisateur génial, Jarrett s’impose comme le très grand mélodiste que l'on connaît. Il faut entendre So tender et absolument écouter cette introduction au piano qui est là, un véritable modèle du genre et s’attarder sur une coda splendide où tout à coup tout s'apaise et où le temps prend le dessus sur le tempo. Avec entre les deux la déferlante Garbarek qui s'appuie sur une rythmique exceptionnelle d'intensité. C'est juste très beau.

Car l’autre pilier de ce groupe c’est l’association Palle Danielsson et John Christenssen  qui donne à cette formation une puissance rythmique capable de projeter loin devant la force et l’énergie du son de Garbarek. C’est tripal, tribal presque.

Toujours libre, jamais formatée cette musique sait s’échapper, prendre des contours inattendus.

Il fallait être au Japon pour discipliner le public qui ,sans cela se serait certainement laissé entraîner dans la transe, dans le flot, dans cette urgence de l’instant.

C’est bien plus qu’un témoignage, une preuve de vie.

Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 10:16

Blue Note 2012

Ravi Coltrane (ts, ss), Joe Lovan (ts), Luis Perdomo (p), Drew Gress (cb), E.J Strickland (dm), Ralph Alessi (tp), Geri Allen (dm), James Genus (cb), Eric Harland (dm)

 ravi-coltrane-spirit-fiction.jpg

Tout ou presque a déjà été dit sur Ravi Coltrane. Y compris par

certain journaliste de la presse quotidienne nationale qui lui reprochait il n’y a pas si longtemps de mal jouer.

Mais celui-là a tort. Car force est de constater que l’on peut reprocher à peu près tout ce que l’on veut au fils de son père sauf de jouer comme un manche. Et ce nouvel album devrait suffire amplement à faire définitivement taire cette mauvaise langue. Et l’on devrait au contraire ne pas feindre l’admiration qui, ans sa position a choisi la voie la plus exigeante qui soit pour grandir musicalement : la saxophone ténor. Ce qui en soit démontre une force assez exceptionnelle de caractère.

Mais le problème n’est absolument pas que Ravi Coltrane soit ou non un bon saxophoniste. Le problème c’est notre propre niveau d’éxigence. Car ce que l’on aimerait tous, ce que l’on exigerait presque de lui ce serait qu’il se crée son propre langage. Qu’il suive les voies paternelles jusqu’au bout. Et justement c’est bien là que la quadrature du cercle devient quasi impossible.

Il y a pourtant de beaux moments dans cet album. Par exemple sur The change, my girl, moment où il  démontre avec calme et zénitude sa grande maîtrise de l’instrument. Ravi Coltrane sait aussi s’appuyer sur des compagnons de route qui manient parfois une très belle écriture à l’instar de ces trois titres signés du trompettiste Ralph Alessi, petits bijoux d’écriture et de contre-chants ( Who wants ice cream ou sur Yellow Cat). Dans sa manière de jouer, c’est sûr Ravi Coltrane a définitivement coupé le cordon et à l’entendre sur Klepto par exemple, on entend plus chez lui des sons venant de Brecker que du paternel. Au soprano en revanche, il convainc moins, prompt parfois à se laisser emporter et embarquer par son instrument et somme toute à se prendre un peu les pieds dans le tapis (Cross Road).

Ses compagnons de route tiennent largement la baraque. Sur cet album Ravi Coltrane invite aussi Joe Lovano sur deux titres  ( Fantasm et Marilyn &Tammy) et les guest star assurent le job. 2 sections rythmiques différentes au gré des morceaux dont l’un tenue par un étonnant Luis Perdomo et l’on notera particulièrement la présence toujours brillante de Luis Perdomo ( dont on salue d’ailleurs le dernier album «  Universal mind 2009 ») et l’autre par une Geri Allen dont l’accompagnement est toujours aussi lumineux.

Assez académique dans l’ensemble, l’album est néanmoins  plaisant mais assez en demi-teinte pour ne pas déclencher non plus le fol enthousiasme. Certainement à la (non) recherche de ce langage original, Ravi Coltrane offre une musique un peu inerte et manque quand même un poil d’audace dans son propos. Cette audace que lui apporte Ornette Coleman sur une composition plus débridée ( Check out of time) ou un Joe Lovano sur un Fantasm un peu envoûtant. Ce qui ne l’empêche pas de développer sa musique avec une certaine spiritualité.

Jean-Marc Gelin

 

Repost 0
Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 19:55

Pierre Durand au Club 38 Riv' - 03 juillet 2012


La pratique du solo réserve toujours des surprises, aussi bien pour l'artiste que pour le public. Le guitariste Pierre Durand le sait: la gestion de l'énergie et du timing conditionnent la réussite de sa performance en solo au club 38 Riv' à Paris.
Pierre Durand en solo, c'est deux guitares - une électrique et une dobro - un ensemble de pédales d'effets et des ustensiles divers comme un ticket de métro. Et surtout un artiste très créatif, complètement investi par sa musique, qui le fait se mouvoir ou grimacer, le guitariste jouant sur un pied lorsque l'autre écrase ou effleure une pédale d'effets.
S'il démarre avec un premier morceau calme, Pierre Durand se jette, plein risque, dans des morceaux introspectifs, denses et dansants ou une ballade sans amplification. Au gré des pièces jouées, la guitariste parle de jazz et des musiques improvisées, en tout cas une musique d'assemblage et d'assimilation. C'est la caractéristique principale du guitariste: il est une plaque tournante de  toutes les musiques. ll cite John Coltrane, à qui il rend hommage sur un titre éponyme, qui dévoilait son but ultime de "mettre" toutes le musiques du monde dans une seule note. Pierre Durand, quant à lui, est un aventurier de la musique, celle qui fait vibrer, à l'émotion saillante, d'où qu'elle vienne. A l'instar de "Emigré", morceau dédié aux africains; il place un ticket de métro entre les micros et les cordes de sa guitare puis avec quelques effets légers, nous voilà transportés à Tombouctou au rythme d'une sanza et d'une kora du Mali ou d'un balafon en Mauritanie.

Quand on va l'écouter, Pierre Durand nous garantit un voyage: il agrémente ses improvisations écrites par des anecdotes de voyages, en particulier celui à la Nouvelle Orléans, qu'il met en musiques après les avoir racontées.

 

Pierre-Durand-38riv.jpgPhoto JG

 

Le premier set dure plus longtemps que prévu: 1h10. Pierre Durand s'est laissé porter par sa générosité et sa créativité si facile. Ce guitariste est Musique: il ne joue pas de la guitare, il joue de tous les instruments, de toutes les musiques. Le découvrir en concert est bluffant, y retourner le voir est renversant car toute sa musique est en perpétuel renouvellement. C'est une autre de ses caractéristiques: Pierre Durand crée en permanence.
A peine reposé, il reprend sa guitare pour interpréter le standard "When I grow too old to dream" de Hammerstein, symbole selon lui du sud américain. Il évoque alors la sortie de son disque en octobre 2012 intitulé "Chapter One: NOLA Improvisations" enregistré à la Nouvelle Orléans - une ville dont la réalité est tout à fait différente de l'image traditionnelle que l'on en a - qui l'a totalement inspirée pour ce premier album sous son nom. Au gré des pièces, il donne une nouvelle version de ses compositions et une interprétation libre de "Prism" de Keith Jarrett. Parce qu'il est surprenant, émouvant, empathique, expressif, on imagine si logiquement Pierre Durand interprétant les images d'un film de Wim Wenders dont il ferait la musique. Habitué qu'il est des cinés-concerts avec le Ciné Xtet de Bruno régnier et avec ses duos avec Richard Bonnet en face d'un grand écran.

On ne saurait trop le répéter, comme une évidence: ce Guitariste est Musique(s).
Le club 38 riv' a donné sa place à Pierre Durand : le lieu est calme épargné du bruit de la ville, l'audience est attentive. Le club se prête si bien à ce genre de performance intimiste qu'il pourrait y consacrer une programmation dédiée à la création. Vivement une suite!


JG

Repost 0
Published by Jerome GRANSAC - dans Chroniques CD
commenter cet article
28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 20:16

Philippe-le-Baraillec---Involved--cover.jpgOutnote records/ Outhere

 

Avec Ichiro Onoe, Mauro Gargano et Chris Cheek

 

On commence à connaître dans le petit monde du jazz ce pianiste secret, introverti et impliqué  (c’est le sens du titre  « Involved ») qui n’a réalisé  en cette période de production pléthorique et frénétique, que trois albums. Mais quels albums, Echoes from my Room  chez Owl , (devenu introuvable),  Invisible Wound sur le label Ajmiseries –c’est là que je l’ai découvert et chroniqué pour les DNJ- et enfin ce passionnnant   Involved  sur le label de Jean Jacques  Pussiau,  Outnote records.

Philippe Le Baraillec  est d’abord enseignant à la Bill Evans Academy aux côtés de Bruno Angelini, ce qui souligne certains  liens entre musiciens, une véritable fraternité dans la musique.  Il garde l’extraordinaire paire rythmique  de son trio d’Invisible Wound.  Comment se séparerait-on d’Ichiro Onoe et Mauro Gargano,  un duo ardemment présent et qui n’en fait jamais trop cependant ? Ces trois-là semblent toujours avoir le même plaisir à se retrouver, à partager une complicité originale et exigeante. Chaque nouvel échange complète le tableau de leurs variations en série.  Un groove subtil, éminemment jazz. Qu’il est bon de ne pas jouer la confusion dans cette période trouble : dans leur musique, on entend, sans équivoque, du jazz. Sensible à cet idiome qu’il aime et sert avec ferveur, Philippe Le Baraillec a constitué un quartet original et très sensuel, pour ne pas dire romantique : l’arrivée du saxophoniste  ténor Chris Cheek renforce pertinemment  la formation, faisant résonner l’ensemble avec encore plus de fluidité et de cohérence : chanteurs  à leur manière, ses complices suivent la finesse de son jeu lyrique et retenu à la fois, comme dans ce délicat « Iceberg » ou l’autre ballade inaugurale « 10th of september ». Citons Christian Béthune qui souligne que l’imagination de l’auditeur devient alors indispensable pour assumer la part du rêve embusquée derrière chaque note par quelque somnambule (« Nightwalkers »). On ne saurait mieux dire. C’est une musique de l’intime qu’il nous faut apprivoiser, car cette apparente clarté, cette lisibilité ne se révèlent  qu’au prix d’un réel effort d’appropriation.

S‘est on installé dans ce climat serein, intemporel mais vibrant (« War Photographer »)?   L’album se referme sur une version élaborée de  « Saint Thomas », le thème archi connu de Sonny Rollins, transformé en un arrangement plus doux, calmement joyeux, qui suspend provisoirement l’histoire, un répit très maîtrisé par la paire rythmique qui fait merveille . Le pianiste, passeur de cette histoire aborde le terme de ce voyage sur ce rythme  léger et subtil. Accessible, émouvant, passionné, il sait convaincre, sans intellectualisme forcé, mais avec une singulière acuité, et un sens poétique évident, et s’inscrit ainsi, assurément, dans  la lignée des très grands.


NB : Dans ses excellents commentaires, Christian Béthune, philosophe de formation, revient à juste titre sur la polysémie du mot «Involved» et les trois dimensions entrelacées dans la musique du pianiste, auteur de toutes les compositions hormis la dernière. Philippe Le Baraillec est en effet engagé dans son travail de musicien, avec une ferme adhésion à une philosophie de vie à laquelle il tient et croit. On peut aussi lire à ce sujet ce que le pianiste écrit de son seul solo, «La toupie», fable hassidique. La musique nous parle sans rien dire. Mais sommes nous  toujours à même de saisir cet implicite ?

Pierre de Choqueuse, l’autre contributeur des « liner notes », évoque deux disques qui se trouvent être également (est-ce un hasard ? ) des souvenirs  tendres et des références familières . Le Baraillec a aimé et découvert Bill  Evans pour ce disque Verve de 1967 « California here I come » plutôt oublié dans les discographies du pianiste, avec Philly Joe Jones et Eddie Gomez. Quant à Chris Cheek qui partage admirablement ce rêve de musique, il cite l’album Blues cruise  ( Fresh Sound New Talent avec le trio de Brad Mehldau), dont j’aime tout particulièrement la version de « Song of India », un grand hit du big band de Tommy Dorsey.  Elle est peut être là, la filiation, dans cet enracinement dans l’histoire et les générations de jazzmen qui ont précédé. Le pouvoir de la « transmission » pour se servir d’un mot que beaucoup utilisent aujourd’hui.

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 15:11

Yuval-Amihai-copie-1.jpg

Myspace

 

Après avoir remporté plusieurs récompenses dans des compétitions de premier plan, dont un 1er prix au tremplin Jeunes Talents du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris en 2008 et un grand prix de groupes au Concours national de Jazz à La Défense en 2009, le quintet du guitariste Yuval Amihai nous livre enfin son premier opus. Cet album est la conséquence d’un lent processus de maturation, pendant lequel les musiciens de Yuval Amihai n’ont eu de cesse de mettre les compositions à l’épreuve du live. L’album livré aujourd’hui est clairement le reflet de ce travail.
Dès les premières notes de Rikud La Shalom (Dance for Peace), Yuval Amihai Ensemble absorbe l’auditeur, le propulse à l’écart de là où il se tenait préalablement, et le voici embarqué pour un long et doux voyage. Titre après titre, l’écriture témoigne d’une délicate sensibilité, où l’articulation entre les thèmes et l’espace libéré pour l’improvisation n’apparaît jamais forcée ; et si la guitare de Yuval Amihai donne souvent le ton, comme sur Kadimuchka, ce dernier la manie sans excès.
Dans ce premier album s’exprime la vitalité d’une jeunesse pleine d’espoir, baignée dans des sonorités marquées par les origines israéliennes du leader (Ma Avareh). Il y a aussi comme un goût de terre, d’ocre et de sable, et ce paysage s’installe avec douceur, sans effraction. Les routes empruntées coupent les déserts, à la fois vides et pleins de vie, dès lors que l’on sait y regarder. Des espaces s’ouvrent, tandis que des passerelles entre des mondes et des univers distants se créent.
Dans ce périple, Yuval Amihai peut compter sur la maîtrise, la virtuosité et la fidélité de ses jeunes acolytes, Damien Fléau au soprano sax, Etienne Bouyer au ténor et soprano, Olivier Degabriele à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie. Tous témoignent, morceau après morceau, d’une volonté indéfectible de se mettre au service d’un ouvrage collectif, avec toute la retenue que cela impose. Yuval Amihai le sait : son quintet est un Ensemble.

Joa Scetbon

Repost 0
Published by Joa Scetbon - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj