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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:19

Abalone 2012

Jean-Charles Richard ( ss, bs, bansuri), Peter Herbert (cb),Wolfgang reisinger (dm)

jean-charles-richard.jpg

 

Le premier album de Jean-Charles Richard avait sidéré tout le monde. C’était à l’époque une prise de risque totale puisque pour un premier opus, Jean-Charles Richard avait choisi la forme la plus ultime et avait enregistré « Faces », en solo. Il avait été alors salué comme un immense moment de musique. Et il aura donc fallu à Jean-Charles Richard pas moins de 7 ans et un agenda totalement overbooké pour que le génial saxophoniste se remette à enregistrer, cette fois en trio, accompagné de Peter Herbert à la contrebasse et de Wolfgang Reisinger à la batterie. Trio un peu inattendu pour ceux qui ont entendu Jean-Charles Richard ces dernières années sillonner l’hexagone au gré d’innombrables projets où il mettait souvent son art au service des autres ( le dernier projet en date avec Christophe Marguet) , mais qui ont oublié qu’ils s’agit pourtant depuis longtemps de son trio de base.

Et autant il y avait dans « Faces » quelque chose qui tenait d’une sorte de mystique, presque d’une ascèse, autant nous sommes ici directement plongés dans tout autre chose. Il fallait passer de l’auto-consumation à la propagation de l’incendie. Et ce que dit le saxophoniste relève de quelque chose de tellurique, profondément ancré dans le sol, quelque chose de tripal et tribal à la fois. Et là encore Jean-Charles Richard frappe fort, renversant la table par l’intensité de ce qui s’exprime. Car il se dégage de cet album une formidable puissance dans l’expression et du jeu. Puissance du son projeté. Puissance d’une rythmique. Puissance d’une dynamique irrésistible. Car Jean-Charles Richard est allé chercher deux musiciens d’exception. Il suffit d’entendre la construction d’un thème comme le Reliquaire du bonheuroù après une introduction spectaculaire à l’archet se met en branle un ostinato puissant porteur d’un clair obscur saisissant. Peter Herbert, le contrebassiste autrichien d’une exceptionnelle densité de jeu, comme un socle massif, est un indéfectible pilier dont la profondeur de jeu prend parle aux esprits chamaniques. Toujours bouleversant. Bien plus qu’un contrebassiste. L’expression de la gravité. Et Wolfgand Reisinger, le batteur viennois, longtemps compagnon de route de Dave Liebman ( il n’y a pas de hasard) donne à ce trio un frémissement de la pulse presque ethnique.

 

Bien qu’il s’en défende le saxophoniste, s’il parvient à s’émanciper des maîtres, n’en porte pas moins leurs traces indélébiles. En premier lieu celle de son mentor, Dave Liebman auquel un thème comme Misfit-Bandit me fait irrésistiblement penser. Peu de saxophonistes naviguant aux deux extrêmes du son avec la même maestria ( e l’aigu du soprano au grave du bartyton) parviennent à une telle pureté du son. Jean-Charles Richard dessine au soprano des calligraphies dans le ciel ( Le Reliquaire ou encore le bien nommé Firmament). Au point d’avoir banni de son langage toute espèce de vibrato. Porté parfois vers des inspirations orientales ( Neiges Graves), JCR joue même sur un  titre du bansuri, une flûte traversière indienne sur un superbe Bengalis. Et lorsqu’il s’empare du baryton, c’est avec la force décapante d’un jeu totalement libéré dont le flot entraîne tout.

 

 

 

La musique de Jean-Charles Richard ne ressemble à aucune autre. Nourrie de quelques fleuves nourriciers ( Liebman, Steve Lacy), elle déverse son cours dans un magma fertile, une terra incognita qui met les sens en éveil,

Avec son trio, Jean-Charles Richard exprime un concept paradoxal, celui de l’intensité d’une musique dépouillée de tout superflus (Myosotis). Il y a quelque chose d’essentiel dans cette musique-là, au sens étymologique. Et c’est cela qu’exprime le trio dans un mouvement cohérent, une sorte d’unité trinitaire.   

Jean-Marc Gelin

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:12

 

Avec Vincent Mascart (saxophones), Geoffroy de Masure (trombone), Nicolas Mahieux (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie)

Label Cristal Records/distribution France : Rue Stendhal

CHOLET.jpg 

Astucieux ce projet du collectif de Jean-Christophe Cholet  dans une version réduite du Grand Format Diagonal, qu’il dirige depuis 1999, qui consiste à brasser des standards dans un Pick up attrayant : c’est un travail d’écriture spécifique, une synthèse des préférences  collectives en matière de chansons. Ce volume 1 inaugure une série à venir tant le corpus populaire est vaste, inépuisable même. Evidemment, les mélodies sélectionnées  sont savoureuses et ont rencontré l’adhésion populaire. Les musiciens de ce quintet ont été choisis avec un soin particulier en raison de leur parcours  et de leur disposition à croiser d’autres cultures musicales avec le jazz : on retrouve à la rythmique Christophe Lavergne et Nicolas Mahieux, complices fidèles de JC Cholet, le saxophoniste Vincent Mascart, membre de Diagonal et leader de Circum  et le tromboniste Geoffroy de Masure.

Car les airs remontent jusqu’en 1909 avec « la valse brune »  et il y en absolument pour tous les goûts : ainsi en est-il des incontournables Beatles que tout le monde finit par reprendre un jour ou l’autre, de Radiohead à Brad Mehldau : cette fois c’est le « Norwegian Wood » du double rouge qui a l’honneur de commencer l’album. Evidemment « La Mer » fait partie de la sélection, mais elle est reprise finement ici. Il fallait absolument en faire autre chose, tant cet air est connu. C’est sûrement l’une des chansons les moins « jazz » de Trenet, on ne peut pas dire que cela swingue dans cette nouvelle version, mais  le quintet s’en tire bien. « Amsterdam » aussi a droit à un arrangement pop, et devient  une folk song  qui flirte avec certains «Greensleaves». Comme l’écrivait Michel Leiris, le jazz nous « touche à présent comme si c’était cela notre vrai folklore ». On retient l’arrangement avec de nouveaux timbres et d’autres couleurs de « Pour un flirt » quand la transformation est aussi épatante. Cette chanson se prête à des versions nombreuses et changeantes.  Certaines « scies » sont embellies comme ce « Tico Tico » et surtout « Besame mucho » par le trombone et le sax mêlés, qui en font quelque chose...

Un album qui inaugure une série prometteuse dont on attend  la suite.

Sophie Chambon

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 18:26

 

Label La Buissonne

2012

 www.andyemler.eu 

www.labuissonne.com

 emler-e-total.jpg

 

A la réception du nouvel album du Megaoctet, nous voilà partagé entre le plaisir de recevoir un bel objet ( livret élégant  avec des photos-portraits de chaque musicien et en prime, l’accolade du chef avec l‘ingé-son de La Buissonne, Gérard de Haro), l’attente d’un grand moment de musique ( plus d’une heure d’énergie débridée)...et la perplexité du chroniqueur.

En effet que peut-on bien écrire de nouveau et de pertinent sur ce groupe devenu mythique dans le « mundillo » du jazz ? On retrouve intactes les qualités qui nous ont fait aimer et louer les précédents enregistrements, à savoir une manière personnelle de traiter la masse sonore et les différentes textures, une écriture singulière, un esprit de groupe.  Andy Emler, le boss du Mégaoctet, véritable metteur en scène du son, continue à explorer l’univers qu’il a commencé à aborder, il y a longtemps. Suivons  une fois encore le chemin que trace le Mégaoctet, qui nous plonge dans une rêverie galvanisante, sortie de l’imaginaire du pianiste, qui tient toutes ses promesses sur disque et en concert évidemment. Le titre pour commencer tourne autour du mystère de l’E total, simple et complexe... tous les morceaux sont écrits sur une fondamentale de Mi, l’écriture et l’improvisateur voyagent autour de cette fondamentale.

 Dans le Mégaoctet, ils sont  8 avec le chef, et en « guest » sur un seul titre du CD B,  « Mirrors »  la précieuse Elise Caron. Car l’un des principes de cette formation est de rester fidèle au collectif  comme dans ce « Shit happens », d’ailleurs filmé en vidéo par Richard Bois, où l’on voit la « fabrique » de la musique, comment ça joue, et comment le groupe, dans une formidable énergie sincère et pourtant canalisée, avance ensemble. Jouer est notre faire ...j’aime l’esprit de ce groupe qui pour jouer, se nourrit de chacun. Ils ont encore trouvé une phrase de Zappa (décidément)  qui pourrait faire date comme le fameux Jazz is not dead but it stinks ! Cette fois, il s’agit de : A mind is like a parachute. It doesn’t work if it’s not open. A méditer…

Emler ne perd jamais le fil de l’échange avec ses musiciens,  dirige sans faiblir les éructations de cuivres, le tuba vrombissant de François Thuillier dès l’ouverture de « Good Games », le sage Philippe Sellam, imperturbable devant l’intenable Laurent Dehors et le dissipé Thomas de Pourquery, tous deux suivant et relançant sans cesse  avec une verve jubilatoire ; sans oublier l’incandescent Laurent Blondiau à la trompette, la paire d’as du premier trio coaché par le militant Thierry Virolle, le super TEE, qui filait bon train, à savoir Tchamitchian Echampard, le côté Emlerien de la force. Ce qui frappe avant tout c’est la rutilance de la machine, la puissance de l’orchestration, les assemblages de notes et de timbres. Chacun fonctionne en écho avec ses comparses, mettant du liant dans le chaudron commun mais se mesurant aussi à ses démons lors de puissants et périlleux soli. Les égos sont ainsi égaux…Et le résultat est ramassé, plus cohérent peut-être, avec de longs morceaux prenants, toujours aussi fascinant… Allez, en route avec le Megaoctet…

 

Sophie Chambon

 

Info intéressante sur un appel à devenir coproducteur d'un film sur le Megaoctet, que nous relayons ici

Lire, puis voir et écouter sur les liens :

“Le 6 janvier 2011, lors de l’ouverture du Brain Festival, Andy Emler et son MegaOctet étaient sur scène. A la fin du concert Andy Emler et moi avons imaginé un documentaire sur la création du nouvel album (“E total“ sorti le 2 mai dernier) qui devait s’enregistrer en novembre de la même année. L’idée de revenir, d’une autre manière, sur la direction d’orchestre comme modèle d’organisation sociale comme je l’avais fait pour “au milieu de l’orchestre“,

 

 

est venu enrichir le projet.

Un projet fou pour deux barjots… et puis tous les autres !
2011 a donc été l’année du tournage de ce film qui a généré plus de 150 heures d’images capturées !
Le documentaire a été présenté à des diffuseurs, dont deux le programmeront lors de son achèvement. Ils nous ont permis de postuler à des aides de l’Etat, et nous avons reçu celle du Fonds pour la Création Musicale attribué dans la commission du 7 octobre 2011.
Malheureusement pour finir ce film, cette aide n’est pas suffisante ! Nous avons donc inscrit ce documentaire sur le site de production participative touscoprod.com, (lien :

link)
Je vous invite à y faire un tour et de faire circuler l’information pour inciter vos contacts à participer à ce film en devenant coproducteur.
La participation est très progressive, il y a des contreparties de qualité. Faustine Hennion porte ce projet au sein de ma petite société de production, Ruwenzori, qui produit le film.
N’hésitez pas à la contacter faustine@richardbois.com.
Voici en guise de mise en bouche, le teaser version longue, (lien : link) (6mn), la version courte est en phase d’accouchement !
Devenez co-producteur : Une page facebook, (lien : https://www.facebook.com/zicocratie) vient aussi d’être créée !
Faisons circuler les idées. En particulier celle qui pense que la culture est le miroir de nos vies.
Bien à vous tous !
Richard Bois

06 14 51 99 17
richard@richardbois.com

Des extraits de mes films sur YouTube
Des extraits de mes films sur Dailymotion
Des extraits de ma musique sur MySpace
Télécharger mes films sur Vodeo
"En essayant continuellement on finit par réussir.
Donc: plus ça rate, plus on a de chance que ça marche !"
(devise Shadock)


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:44

Abalone Production 2012

Sebastien Texier ( as, cl), Jean-Charles Richard (bs, ss), Bruno Angelini (p), Maurao Gargano (cb), Christophe Marguet (dm)

 marguet.jpg

Après avoir entendu son formidable sextet franco-américain à Coutances, Christophe Marguet créée à nouveau la sensation avec la suite de ce quintet « Resistance Poétique » dans la continuité des précédents albums, « Itrane » et « Buscando la Luz ». Groupe à formation variable qui fut d’abord un trio pour se muer en quartet et devenir aujourd’hui avec l’apport de Jean-Charles Richard un quintet. Avec toujours en filigrane l’idée que la musique est une forme de poésie.

Et au-delà de cet évident sens de la poétique, la musique de Marguet est un vrai alibi à l’improvisation jazz. Basée parfois sur de très belles lignes mélodiques qui, jouées dans un registre très haut, presque dans celui d'une chanteuse soprano, emportent une réelle émotion. Parfois au contraire, c'est la rondeur qui gronde, l’ancrage tellurique de Gargano qui grave ces harmonies dans le socle d’un groove profond.

Ue des belles idées de cet album, c’est notamment d'y avoir associé  Sébastien Texier et Jean- Charles Richard. Tous les deux ici frères d’armes. ( à noter au passage combien l'on est frappés notamment par ce son magnifique de Sebastien Texier, rare chez les altistes français qui évoque un Lenny Popkin ou un Paul Desmond - Grande classe). Ne cherchant pas du tout le contraste du jeu mais au contraire la juste association, les deux se confondent en énergie, se confondent en puissance. Et cela joue sur des contre-chants harmoniques presque coltraniens (Coral Spirit) sans en copier les idiomes et surtout sur une certaine transcendance de la musique portée parfois à haute fusion.

Ce qui est ainsi frappant chez Marguet et qui sautait aussi aux yeux dans ce sextet ( partiellement) américain entendu à Coutances, ce qui a séduit certainement Steve Swallow, c’est la qualité d’écriture du batteur. Il ne renonce à rien, et si originale qu’elles soient, ses compositions s’ancrent dans un jazz qui porte une rééele originalité. Son blues à lui est certes plus européen. C’est un savoir faire qui circule à la manière d’une tradition  orale, entre Texier, Sclavis ou Portal. Ce jazz qui vibre avec le sens d’une palpitante rythmique. Cette musique qui danse comme sur Amboseli ou sur Tiny Feet danceoù la rythmique emporte une sorte de sarabande que Sclavis ne désavouerait pas.

Cette façon très belle de faire se mouvoir et chanter la musique. Quelque chose qui tient du vent léger. Du visuel aussi.

Et parfois le groupe se meut aussi dans des intentions à la Ornette, une musique plus sauvage, plus libre où l’énergie circule dans un ensemble homothétique (San Francisco). Aucun des 5 membres n’est en reste et les 5 membres du quintet s’entendent aussi distinctivement qu’ils se confondent dans le son du groupe.

Cette musique qui vit et parle aux sens , vibre et frémit au drive de Marguet.

Quintet poétique. Quintet irrésistible.

Jean-Marc Gelin

 

ecoutez des extraits ici

 

Défaut des envois promotionnels : l’exemplaire qui nous a été envoyé ne contient pas le DVD vendu avec le disque  et qui ( paraît-il) présente ce répertoire joué lors d’un concert donné à Strasbourg à l’automne 2010. On compte sur le lecteur pour nous raconter…..

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:00

Cherchez la femme - Original Sound De luxeOriginal Sound De Luxe
 
Cristal
 

 

 

Cherchez la femme, c’est la bonne idée de ce numéro de la série Original Sound De Luxe du label  Cristal.  Le jazz est essentiellement masculin et la femme est souvent fatale comme dans le roman et le film noirs. Claude Carrière a eu l’idée de choisir les titres, suivant l’ordre alphabétique, en recherchant  des prénoms féminins, d’Anita (seconde épouse de Fats Waller) à Zaza (amie de Rex Stewart). Le jazz est  abordé sous l’angle des femmes, qu’elles soient admiratrices, inspiratrices, compagnes, ou  créatures idéales, donc rêvées. On pense donc à « Laura » alias l’inoubliable  Gene Tierney par Charlie Parker avec un ensemble de cordes et  on apprécie cet élégant « Audrey »  pour Hepburn dans l’interprétation du quartet du pianiste Dave Brubeck et surtout de l’altiste Desmond. On ne saurait trouver de meilleure correspondance dans la fragilité, entre musicien et actrice. La sélection originale imposée par la thématique de ce numéro  fait découvrir de belles compositions  en petites et grandes formations surtout : deux seulement sont reprises en solo cette fois (cf numéro PIANO SOLO)  respectivement par Art Tatum pour cette «  Louise » qu’immortalisa Maurice Chevalier et « Pannonica » par Thelonius Monk, du nom de la baronne protectrice du pianiste. On découvre ainsi le talent des musiciens de jazz au travers de figures immortalisées diversement par Louis Armstrong en 1930 (« Dinah »), Duke Ellington et son orchestre dans «Chloe »  et « Clementine » au début des années 40 et « Janet » en trio en  1961 , « Daphne» par Django avec Eddie South et Stéphane Grappelli en 1937. On souhaite que Claude Carrière continue à nous proposer des numéros aussi vifs et insolites, tout en restant ludiques, qui combleront tout amateur de cette musique. Apprendre, découvrir en s’amusant et rechercher les correspondances dans le labyrinthe infini de la planète jazz. En s’appuyant sur l’expertise d’un véritable « allumé du jazz », Claude Carrière et des excellentes notes de lecture du petit carnet de la collection, véritable bréviaire du jazz.
NB : et puis, cette collection propose à prix réduits de très jolis objets Cds, on n’écoutera donc pas cette musique sur fichier MP3…
Sophie CHAMBON

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 22:37

ECM 2012

Louis Sclavis (cl, clb), Benjamin Moussay (p, fder), Gilles Coronado (g)

  sclavis-sources.jpg

Evenement et Grand disque de Scalvis ! Une nouvelle fois.  Dire ce que l’on veut mais aujourd’hui personne n’écrit comme Sclavis. Sa musique est totalement unique. Vous aurez beau chercher, essayer de la raccrocher à une forme jazzistique connue, elle vous échappera toujours si vous essayez de la capturer dans ces grossiers filets.

Car Sclavis nous embarque, chaque fois dans une sorte de voyage onirique qui dégage une extraordinaire puissance poétique. Évocatrice de paysages mais aussi de ce que l’intime a d’insaisissable. Les terrains explorés semblent vierges. Les flottements structurels sont voulus et naviguent entre deux eaux. Les contours sont mouvants. Si Sclavis a apporté ses compositions, chaque membre du trio a aussi apporté sa pierre à l’édifice dans un  travail à la table pour déboucher sur un vrai travail collectif dont le clarinettiste est le géniteur. Et force est de constater que les trois se confondent dans une osmose musicale servie par des interprètes dont l’écoute, l’abnégation (au sens de servir l’autre) et la qualité des improvisations sont les matériaux les plus palpables. Tous les trois, dans cet instrumentum original font parler la musique. Tous les trois improvisent, jouent avec des silences inquiétants ( Outside of maps). Ils s’échangent tour à tour les rôles rythmiques et harmoniques. Parler de groove ou de pulse serait galvaudé. On entre dans des sortes de tourneries qui relèvent plutôt du flux vital. La guitare de Coronado est multiple, porteuse de sons très différents s’un morceau à l’autre. Et même ses incursions rock (A road to Karangada) sont hypnotiques. Benjamin Moussay quant à lui drappe le son au piano ou au fender d’un voile mystérieux, l’enveloppe et l’ensorcelle.

L’africanité qui hante Sclavis depuis longtemps est là, présente  même Près d’hagondange. Son Afrique est celle d’une danse sorcière.

Leur géographie est parfois celle de l’étrange dans une sorte de transport presque psychédélique. Comme si le langage des mots et les images devenaient superflus. L’émotion est là, subtile mais forte et dense. La musique exprime le désert, le voyage, la métamorphose ou la dérive poétique.

On pardonnera un morceau plus maniéré comme Dresseur de Nuage où l’on croit entendre sur l’intro la patte d’un Manfreid Eicher. Sorte de concession au label accueillant.

Sclavis débarrassé de ses furies free porte ici la musique à d’autres sommets. Jamais il n'a été aussi fort dans la pratique de son art de la clarinette. Et c'est une sorte d’amour suprême qui s’en dégage avec cette force presque chamanique qui fait parler les éléments imaginaires.

Jean-Marc Gelin

 

Pour pénétrer l’univers de Sclavis, se reporter à l’interview référence de près de 40 pages recueillie par Stéphane Olivier dans Jazzmagazine daté de mars 2012

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:47

PIANO-SOLO-LEGENDS---Original-Sound-De-luxe.jpg
Original Sound De luxe
Cristal records
Sélection originale Claude Carrière
Illustrations originales de Christian Cailleaux


Ah le plaisir de voir dans la pile de Cds à chroniquer les deux nouveaux numéros de la série OSD (Original Sound De Luxe ), de retrouver ces « oldies but so goldies ». On introduit le CD dans le lecteur (pas de lecteur MP3 ou autre baladeur). Et, sans regarder les titres, on attaque  par le numéro consacré au piano solo, exercice de style difficile mais de règle dans les premiers temps du piano jazz : après un rapide et éblouissant Jelly Roll Morton de 1939 dans le hit « King Porter Stomp », un James P. Johnson  very « modernistic » de la même année. Dès les premières notes de l’introduction du troisième morceau, c’est « Echoes of Spring » et dans le cœur se disputent émotion et gratitude envers Claude Carrière pour avoir choisi cette éblouissante mélodie de Willie « the Lion » Smith, un des rois du stride, thème insidieusement mélancolique, également de 1939 ( j’aurais envie de lui demander ce qu’il pense de l’arrangement en quintet des  formidables Stephan Oliva et François Raulin ?).
Le quatrième morceau va être dur à passer tant la tentation de reprendre en boucle est forte mais c’est le bouleversant « Solitude » de Duke Ellington. Et après, le cœur continue de battre un peu plus vite avec la version de 1927 d’un Bix Beiderbecke exalté, au piano,  dans son unique composition pour cet instrument  « In the mist ». La partie est gagnée, une fois encore, le numéro a démarré sur les chapeaux de roue et on peut s’amuser au blind fold test qui se déroule sur les 24 titres de cette anthologie qui s’arrête avec un Martial Solal cuvée 1960, inspiré par le chef d’œuvre de Cole Porter  «  Anything goes ».  Ne boudons pas notre plaisir et demandons nous avec les pianistes actuels, qui ne se font pas prier pour écouter ce jazz des origines, quelle sera leur contribution à l’avenir de cette musique. Cet album s’écoute d’une traite évidemment et c’est sans nul doute la meilleure leçon de piano (pardon Antoine Hervé) qui nous soit donnée, un aperçu brillant de l’histoire du jazz sur plus d’un demi-siècle,  sur un des instruments de prédilection. Swing, enthousiasme, virtuosité, intelligence du phrasé et sens de la mélodie : des classiques incontournables « Round Midnight » de T.S Monk mais aussi des grands du piano, méconnus injustement comme le bouillonnant Bernard Peiffer dans « Montmartre » de Cole Porter, ou  la sensible Mary Lou Williams dans ce « Taurus » extrait de sa Zodiac suite . Tous les styles de piano jazz sont ainsi représentés en une seule galette de Fats Waller à Lennie Tristano, de Hank Jones à Herbie Nichols , sans oublier Randy Weston et Phineas Newborn Jr. Ce qui n’empêche pas d’aller ressortir tel Lp ou Cd si le cœur vous en dit, pour réécouter un pianiste aimé. Festival de virtuosité et d’élégance avec Bud Powell dans un « Just One of these things » (encore Cole Porter) méconnaissable. 
A conseiller absolument à tous, une fois encore,  passionnés ou  néophytes. INDISPENSABLE !
NB : Et en plus, ces merveilles sont à de tout petits prix, n’hésitez plus, faites leur une place dans votre discothèque...
Sophie Chambon

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 07:47


Marthouret-Matthieu-Quartet_Upbeats_w.jpgDouble Moon records 2012
Matthieu Marthouret  (Hammond); Nicolas Kummert (ts,vc), David Prez (ts), Sandro Zerafa (g), ; Manuel Franchi (dm), David Fettmann (as).



Mathieu Marthouret a le groove efficace et jamais ostentatoire. Sur un répertoire issu de ses propres compositions, il balance un groove et une pulse discrète. Car l'organiste grenoblois qui a récemment fait son année de classe à New York se situe dans la lignée d'un jazz smooth post-hard bop où le raffinement des harmonies le dispute à l'élégance des solistes. Marthouret est dans la lignée des joueurs d'hammond qui savent se faire oublier pour assurer le liant de la musique et la tapisser d'un groove moelleux. Son entente avec le guitariste Sandro Zerapha contribue d’ailleurs beaucoup à ce son de velours. Du coup l'album, sans révolutionner les codes est d'une grande fraîcheur, limpide comme de l'eau coulant de source. Cela tient aussi à la spontanéité d’une session de ce type que l’on croirait réalisée en live. Tout y est d'une belle fluidité. On y entend le respect d'une tradition qui va de Wes Montgomery à Jimmy Smith mais aussi, discrètement et (trop) timidement une ouverture sur un jazz plus actuel.
Au départ pianiste, il paraît que Marthouret est devenu organiste par défaut de bassiste lui convenant. Serait-ce cette raison qui expliquerait cette magnifique main gauche et cette superbe ligne de basse qui impose dès lors une formation bassless. Dans la rondeur du son émerge parfois le tranchant du son acéré de David Prez ou de Nicolas Kummert, les deux ténors de l'album aussi efficaces l’un que l’autre.
C'est bien écrit, bien réglé et c'est aussi élégant que raffiné. L'album tourne en boucle sur ma chaîne. Il se fait parfois oublier. Mais j’y reviens, attiré parfois par l’évidence classieuse sans toutefois que l’émotion ne perce réellement. Du bureau où j’écris, je bats le rythme discrètement sous la table.
Un petit poil d’humour un tantinet dandy comme sur Weird Monk, une petite dose de funk, des réminiscences Blue Note façon 60’s : de quoi prendre un agréable petit pied.
Le groupe vient de passer au Sunside. Il sera de toute évidence à suivre. En tous cas pour tout ceux qui aime le jazz qui aime le jazz.
Jean-marc Gelin

 

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 19:54

 

Soul Note & Black Saint 1986 et 1989

malwaldron.jpg

Attention aux fausses appellations. N'allez pas croire que ce petit coffret de 4 cd's regroupe l'intégrale des enregistrements chez Soul note puisque notamment, manquent à l'appel le "Sempre Amore" magnifique duo avec Steve Lacy (1986) ou encore "Our colline's treasure" avec Leonard Jones et Sangoma Everett (1987).

 

Ce coffret regroupe 4 enregistrements, les deux premiers volumes étant enregistrés en live en septembre 1986 au Village Vanguard,  les deux derniers en studio le 10 juin 1989 à New York.

Côté live, le pianiste regroupait alors autour de lui Woody Shaw (tp), Charlie Rouse (ts), Reggie Workman (cb) et Ed Blackwell (dm). Cest une de ces sessions mémorables au Village Vanguard où la musique respire la sueur, la fumée des cigarettes et l'odeur de l'alcool. On est au coeur du volcan, au plus chaud bouillant du direct.  En regroupant les deux Cd, ce sont 4 titres fleuves qui totalisent à eux seuls plus dune heure de musique. Celle-ci a des relents de post hard bop et de revival davant-garde de ce jazz des années 70s qui en 86 ne lest plus réellement. Sur des motifs simples, Mal Waldron laisse ses compagnons sexprimer dans des solos de très très haute volée. Lensemble de ces compositions est signé du pianiste et lon notera particulièrement un Seaguls of Kristiansund au tempo ralenti à lextrême ou encore un Snake out  bien plus emmené et qui porte la marque dun grand chorus de Woody Shaw qui tout au long de cette soirée affirme une niaque décapante, celle de la marque des plus grands. Charlie Rouse reste le grand ténor que lon sait, moins monkien quau cours des 11 années passées avec Thelonious ou avec son trio Sphère mais capable ici dun lyrisme puissant et saisissant. Il est dailleurs curieux que Charlie Rouse soit à ce point sous-estimé, napparaissant jamais comme ceux qui ont fait école, alors que son jeu reconnaissable entre milles porte la marque des vrais créateurs.  Toute la musique est basée sur des ostinatos rythmiques sur lesquels la précision implacable et métronomique emmenée par cette belle association ultra-efficace de Reggie Workman et d Ed Blackwell. L'accompagnateur de Billie Holiday que l'on a souvent taxé de minimalisme montre au contraire ici, dans ces sessions live un powerful quintet sur des thèmes marathon qui confinent au tour de force. Ca joue àun niveau exceptionnel et même si l'on doit bien admettre la longueur interminable des chorus, cela nous ramène en plein à cette urgence qui fait souvent les plus belles sessions de jazz.

 

 

 

 

Pas illogique alors de mettre en regard ces deux sessions studio dont seul Reggie Workman reste du staff de 86. A lalto cest Sonny Fortune qui prend la place de Shaw alors que le ténor est pris par Ricky Ford, la batterie par Eddie Moore. Curieusement jadhère moins à ce son-là qui me semble débarrassé de ses imperfections de la scène. Un peu moins authentique même sil faut bien admettre que ces prises ont la puissance dun enregistrement spontané. C’était le temps où quelques éditeurs audacieux nhésitaient pas à proposer des thèmes de plus de 20 minutes dimprovisation.

Ici le quintet a un tout autre aspect puisque lalto y remplace la trompette. Et là encore les solistes peuvent sy donner à coeur joie. Mais là où on entendait une rythmique qui, sur des ostinatos graves donnait une profondeur tellurique, celle-ci semble un peu moins àla hauteur. L’écoute des albums en parallèle oblige à comparer Blackwell et Eddie Moore, ce dernier étant très en dessous. Ce qui nempêche Sonny Fortune dy dérouler avec un lyrisme torrentiel un solo hallucinant et dense au lyrisme torrentiel capable demporter tout le groupe dans son sillage( Yin and young). Et il faut un très grand Ricky Ford pour sinscrire dans ses pas sans dénaturer le son densemble. Un thème pour piano solo un peu décalé et plus old style, Where were you, laisse entendre toute la sensibilité du pianiste dans un registre plus classique. Pour conclure, un joli Waltz for Marianne avec  un Ricky Ford au son déchiré  et âpre, au grain mat et rugueux, entre Rollins et Getz et là encore Sonny Fortune qui y joue avec un syncrétisme qui englobe les altistes les plus classiques avec les plus modernes dans un seul et même discours.

 

Deux très belles éditions dnc, un peu oubliées et que lon se félicite de retrouver ici réunies.

Mauvaise note en revanche pour le travail documentaire. L’éditeur ayant été au plus juste reproduisant, sans aucun travail éditorial les fac similédes albums obligeant le lecteur un peu myope à lire les indications dorigine à la pince à épiler....... L’éditeur objectera certainement le prix assez modique de 18 euros et le beau travail de remastering de ces moments de musique de très haute volée. Témoignage de ce jazz qui avait cette fraîcheur et cette passion de lexpression urgente. Une sorte de jazz de la foi.

Jean-Marc Gelin

 

 

Lacquisition du catalogue complet par le Kepah Music Group (Cam Jazz) en 2008 de ces beaux labels italiens que furent Black Saint et Soulote a donné lieu à la réédition de plusieurs beaux coffrets  réunissant

Don Pullen

Jimmy Giuffre

Mal Waldron

World Saxophone Quartet

Sur des enregistrements exceptionnels et remastérisés.

On aimerait , au titre des pépites, la réédition possible du « Parrallel World » de Dave Douglas, le For Olim de Cecil Taylor et le « Eugene 1989 » de Antony Braxton ou encore le superbe « To Them to us » de Jacki Byard.

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 14:52

 


PeifferB Improvision COUVHORS SERIE N°7 583830-0
Universal
 
Jazzcypher



La précieuse collection « Jazz In Paris » propose un double Cd finement intitulé Improvision qui couvre une grande partie des enregistrements américains du pianiste français Bernard Peiffer, émigré aux Usa en 1955 et qui n’y fit pourtant pas la carrière escomptée. Musicien incomparable, génial même, il avait pourtant connu le succès en France, raflant chaque fois le titre convoité de «meilleur pianiste de l’année», qu’il joue seul ou avec le trompettiste Roger Guérin, le ténor Bobby Jaspar, le contrebassiste Pierre Michelot. Ajoutons qu’il fit ses classes en accompagnant Django Reinhardt, Hubert Rostaing mais aussi Rex Stewart, Don Byas, Bill Coleman, James Moody
Mais trop en avance sur son temps, il sentait qu’il lui fallait tracer sa voie et il voulait introduire de nouvelles formes dans le jazz. Non reconnu dans son pays, il décida d’aller jouer sa musique ailleurs, sur la terre d’élection du jazz, les Etats-Unis.
Il y signa une discographie « anémique » chez Emarcy Bernie’s Tune (1956) Modern Jazz For People Who Like Original Music chez Laurie (1959) que l’on découvre grâce à cette réédition inespérée, qui offre aussi le cadeau de prises uniques et inédites (Live at the Cherry Hill Inn, en 1959 et Live from Glassboro State University en 1976, l’année même de sa disparition).
Tout l’intérêt de ce Hors série est de nous faire découvrir en solo, et dans quelques autres formations, essentiellement des trios, des enregistrements privés que son fils (Stefan Peiffer) a confiés à Universal. C’est la révélation d’un très grand musicien qui n’était jamais tant lui même qu’en « live ».
S’il obtint la nationalité américaine et demeura dans ce pays d’accueil jusqu’à sa mort, sa carrière fut vite mise entre parenthèse. C’est là que réside le mystère Peiffer. Adoubé par quelques uns des plus grands critiques de son temps, comme Leonard Feather, Barry Ulanov, sa musique libre, sans concession a du faire peur : lui qui affirma très tôt son désir d’imposer un troisième courant entre jazz et musique classique, fut peu à peu lâché par les maisons de disque et se tourna vers l’enseignement à Philadelphie où il s’était installé. Il fit là encore forte impression (Uri Caine s’en souvient), encourageant ses étudiants à découvrir leur propre langage.
Découvrez donc la musique de Bernard Peiffer (prononcez « pay fair ») qui commence par le feu d’artifice du « Lover, Come Back To Me » enregistré en mai 1956 aux USA en trio avec Oscar Pettiford à la contrebasse et Joe Puma à la guitare. Suit l’intégralité de la séance, en quartet avec Chuck Andrus à la contrebasse et Ed Thigpen à la batterie. Ses propres compositions sont tout simplement stupéfiantes comme ce « Black Moon » atonal ou cette « Lullaby of the leaves » qui nous fait d’abord penser dans son introduction de « Yesterdays » qu’il reprendra de façon si originale, au piano électrique, en 1972 avec Al Stauffer (b) et Jimmy Paxson (dms) dans un club du New Jersey : comme Bill Evans, il n’a pas peur de se frotter aux standards qu’il investit totalement, au point qu’on mette parfois du temps à les reconnaître... Volubile et chantante, la manière de Bernard Peiffer étonne, détone et émerveille.
Peiffer rend aussi hommage dès qu’il le peut, au cantor de Leipzig dont il possédait parfaitement la musique et l’art de la fugue. C’est ainsi que le classique « Lullaby of Birdland » du pianiste George Shearing débute par une introduction on ne peut plus inspirée de Bach, sans que Peiffer ait jamais rencontré le succès du trio de Jacques Loussier dans Play Bach.
Pris d’une fougue joyeuse, l’énergique « Rondo » qui initie l’album Modern Jazz for People Who like Original Music, emprunte dans son introduction la forme classique, puis vire à une sarabande pleine de swing. Ce titre, qui sera repris autrement dans un de ses derniers titres en « live » montre l’évolution constante et le degré prodigieux d’improvisation, dans un rendu plus désarticulé, à la façon de Bill Evans (que Peiffer admirait évidemment) dans les thèmes repris avec ses deux trios de référence, à vingt ans d’intervalle. Bernard Peiffer choisira d’ailleurs une composition de Bill Evans « One for Helen », preuve de son attachement indéfectible à cet autre pianiste dont il pouvait se sentir proche.
Un des atouts essentiels de Bernard Peiffer, qui fait souvent défaut à ses pairs, est l’extraordinaire variété de styles, d’humeurs : le rondo de 1959 est suivi de « Poem For A Lonely Child », chant funèbre dédié à sa propre fille. Un requiem qui rapproche Peiffer de Lennie Tristano cette fois, élargissant le champ de ses influences et de ses premiers maîtres, à savoir Art Tatum ou Errol Garner. Suivent un très nerveux « Tired Blues » qui contredirait le titre tant il est habilement construit ; quant à son « Lafayette nous voici », c’est un malicieux retour à l’envoyeur, très martial d’allure, comme un régiment en marche.
Son « Strip tease » est délirant , débordant d’un feu intérieur, d’une tension qui jamais ne retombe. Dans « Perfect Storm » interprété pour la radio en 1972, il libère une impétuosité, inspirée de toute sa culture de virtuose classique.

Le talentueux Alain Tercinet, dans ses notes de pochette toujours impeccables, nous livre les éléments forts de la carrière étrangement chaotique de ce pianiste singulier. Son fils Stefan nous laisse entendre avec pudeur ce qui a pu induire cette forme de « ratage » dans une carrière, qui ne manqua jamais de panache, dans ses entêtements mêmes .
Capable d’emportements, si ce n’est de colères, on pense parfois à un Frank Rosolino dans la fougue exacerbée, la vitesse d’exécution vertigineuse, l’exaltation fièvreuse. Bernard Peiffer était un musicien intraitable dans son engagement et son projet musical, fragile psychologiquement, profondément secret, vulnérable donc. Convaincu de son talent, ce « géant oublié » incroyable virtuose, fervent et tendre, sut, comme nul autre peut-être, fusionner classique et jazz. Sans se disperser cependant, il n’a fait que creuser son sillon, mettant à jour dans son programme tout ce qui a pu fertiliser les musiques aimées. Une puissance, une émotion qui font la place belle à un incroyable swing, principe vital, état supérieur, impossible à fixer mais puissant et irréfutable de ce retournement du pas humain en danse que le jazz produit…tremplin d’une jubilation…(Jacques Réda)
Un double album à prix serré absolument indispensable et qui sera une révélation pour beaucoup d’amateurs de jazz et de piano…



Sophie Chambon


La collection Hors série inaugurée en juin 2003 avec un premier volume consacré à Sacha Distel « Jazz Guitarist » présente des portraits d’artiste qui, par leur créativité, leur singularité et leur talent ont eu une importance significative sur le développement du jazz en France. Suivent ainsi le Hors série n°8 consacré à Rhoda Scott « Paris New York » et le n°9 sur Ivan Jullien « Complete Riviera Recordings », le n°10 Boulou Ferré « Complete Barclay Recordings », le 11 Dominique Cravic/Didier Roussin/ Francis Varis « Cordes et lames ».

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Published by sophie chambon - dans Chroniques CD
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