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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:53

 

Machado-danzas.jpgSortie CD jeudi 4 novembre

BEE JAZZ / ABEILLE

 

Concerts : 23 et 24 novembre au Studio de l’Ermitage (Paris 20ème)

 

 

 

Jean Marie Machado  a une actualité particulièrement intéressante, puisqu’il propose, après Eternal moments en compagnie de son ami Dave Liebman, un nouvel opus qui sort chez Bee Jazz  avec sa formation  DANZAS, Fiesta nocturne.

Il y montre qu’il écrit  des compositions  avec soin pour une belle formation qui se moque allègrement des frontières de pays et de styles, tout en ménageant des passages de libre improvisation. Il a réussi à écrire de nouvelles pièces et à improviser à partir de vieilles formes en se laissant influencer par le monde actuel. On peut parler de  tradition toujours en mouvement, mais une tradition « statique » existe-t-elle vraiment ?

Il écrit en essayant de garder le « sentiment » de ces « folklores » bien réels, de conserver des formes consacrées (tango, musette, gigue, valse…) tout en tentant parallèlement de les abstraire. S’il écrit un nouvel air, il faut que l’on puisse dancer dessus -enfin tout est relatif- car ces musiques  contiennent aussi des aspects originaux et étranges, une certaine folie ! Sans collage, car le métissage ne se fait pas en opérant des rapprochements sensationnels, il intégre les musiques, fait ressortir l’intime poésie de chacune et trouve une direction nouvelle, plus  personnelle, sa propre «synthèse ».    

On n‘est pas dans le folklore imaginaire de l’Arfi, mais à certains égards, on pourrait aussi évoquer le travail déjà ancien de Louis Sclavis sur les DANSES justement.

Le compositeur depuis longtemps a su réconcilier toutes ses influences comme dans le bel album consacré  aux « sœurs de sang », Amalia Rodriguez et Billie Holiday , qui réunissait avec bonheur fado, saudade et blues éternel.

Dans ce kaleidoscope de couleurs et de rythmes, on voyage, au son de l’accordéon-conducteur du basque Didier Irthussary (ex ONJ Barthélémy) d’un pays à l’autre, virtuellement  (« Reggae chinois ») selon une géographie imaginaire, réinventée au besoin, adaptée à l’humeur et au talent des partenaires. Cette belle réussite, à la cohérence parfaite, est due à une fine équipe de solistes dont la réputation n’est plus à faire, le tromboniste d’origine bulgare Georguey Kornazov, le tubiste nordiste François Thuillier, deux batteurs coloristes, François Merville et Nicolas Larmignat.

Machado  aime bouleverser les codes, jouer et déjouer les attentes, équilibrer subtilement les passages travaillés en formation (ah le saxophone de Jean Charles Richard, les flûtes de Joce Mienniel, la trompette jazz de Claus Stotter) : des grooves épicés marocains au « reel » irlandais, des tarentelles napolitaines au rock anglo-saxon, on est entraîné dans une sarabande nocturne, parfois sombre et mélancolique. Le jazz ne mêle-t-il pas d’ailleurs le blues et le sens de la fête ?

Un léger parfum « rétro » est vite dissipé par une tension permanente, un sens du tournoiement que n’aurait pas désavoué Ravel : bref,  une vivacité et puissance presque symphoniques pour ce grand format à  dix !

Ainsi, depuis plus de vingt ans, l’infatigable pianiste d’origine portugaise, continue d’inscrire des projets différents mais cohérents dans le fil de sa vie musicale. Il dit vivre« la musique plus comme un passeur qui compose que comme un chercheur … aimer jouer, à sa façon, la musique écrite par d’autres. Le jazz est la musique choisie pour être  libre.  Il fait « son » jazz de rêve, avec la faculté de changer à chaque nouvel album. »

 

Sophie Chambon

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 18:31

Indépendant – 2010

 adrien-vachaud.jpg

Rasul Siddik (tp), Adrien Varachaud (sop/ten), Tom McClung (pno), Wayne Dockery (cb), Douglas Sides (dms)

 

Enregistré lors d’un concert au Jazz Club de l’Alibi le 15 Mai 2009, cet album réunit une équipe de musiciens exceptionnels de par leurs talents, mais aussi de par leurs expériences respectives. Rasul Siddik, trompettiste audacieux, fait résonner son instrument avec la passion qu’on lui connait. Le pianiste Tom McClung participe lui aussi à l’expérience par la folie de son jeu. Wayne Dockery, autrefois le contrebassiste de Stan Getz notamment, donne la réplique au batteur Douglas Sides, étant lui aussi un personnage ancré dans l’histoire du Jazz. Le saxophoniste Adrien Varachaud ne pouvait pas mieux s’entourer pour ouvrir le concert avec une composition, donnant alors son nom à ce qui sera l’album, « Strange Horns ». Et c’est Barry Altschul que l’on retrouve à la production et au mastering, lui qui nous avait déjà comblé de bonheur sur « Conference Of The Birds », entre autres. Comment passer à côté de cette ballade formidablement interprétée, « Soul Eyes » de Mal Waldron, dans laquelle chaque soliste offre de véritables sensations en usant d’un sens raffiné de la mélodie. D’influence coltranienne, l’esthétique originale des pièces interprétés évolue dans la pureté d’un swing ravageur, et cela dans la plus grande tradition des arrangements pour quintet de Jazz. La recherche de la dissonance, l’impureté sonore, la fantaisie improvisée. Tous ces ingrédients ne se sont pas réunis là par hasard. Il va de soi que cette ambiance biscornue rend un nouvel hommage à l’œuvre d’Ornette Coleman, ayant à l’esprit ce perpétuel rêve de Liberté. Un album teinté de nostalgie, nous l’aurons compris. Mais pas dénudé de talent et d’audace, il faut le dire, tant l’intéraction entre les musiciens nous offre toute la fraicheur d’un vrai, d’un grand groupe de Jazz.

Tristan Loriaut

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 13:44

Collectif Soul-Gang – Musicast Distribution – 2010

 

Gaël Cadoux (Rhodes, Hammond B3, Arrang. Cuivres), Jérémie Coke (Basse, Arrang. Cuivres), Thomas Faure (Sax Alto, Tenor, Bariton, Arrangements cuivres), Guillaume Poncelet (Trompette, Bugle, Clavinet, Rhodes, Piano, Juno, Memorymoog, Hammond B3, Arrangements cuivres), Arnaud Renaville (Batterie), + GUESTS : Stéphane Edouard (perc.), Sébastien Llado (tmb), Alain Paliseul (tmb), Olivier Bodson (tmp), Christophe Panzani (Sax alto, bar), DJ Grasshopa (platines), Ben l’oncle Soul (chant), HKB Finn (rap), James Copley (chant, harmonica), 20Syl (rap), NYR (chant)

 ElectroDeluxePlay.jpg

Electro Deluxe est un groupe dont la renommée n’est plus à faire. « Play » est le troisième opus de cette formation de pure électro, teinté de musiques urbaines fortement variées. Monté comme un road movie, et de façon titanesque, les différentes compositions du « crew » se suivent et ne se ressemblent pas, dans le souci permanent de la clarté et de la précision du son. La liste des invités est aussi longue que prestigieuse et comprend notamment la présence de Ben l’Oncle Soul, artiste aux multiples facettes, étonnant de fraicheur créative. Electro Deluxe ne se résume pas à un simple groupe d’électro où les solistes évoluent tour à tour sur de la musique créée par des machines. Preuves à l’appui avec ce disque et les deux précédents puisque les musiciens ont choisi le parti-pris de créer eux-mêmes le son électro qui les caractérise, saupoudré de samples ravageurs, et bouclés en live, s’il vous plait ! On peut y ressentir fortement l’influence du Jazz, non seulement par les parties improvisées des solistes hors-pairs, mais aussi et surtout sur l’harmonie avec une audacieuse succession des accords (« Play »). Il est même parfois permis d’y retrouver le son du célèbre RH Factor de Roy Hargrove, là où les trompettes interviennent l’une sur l’autre de façon mélodique (« Please Don’t Give Up »). Se succèdent aussi les lignes de basses ravageuses de Jérémie Coke pour qui le groove est une seconde nature. On pense aussi au Jamiroquai des bonnes années 90, même si le son a considérablement évolué depuis, et cela en faveur du groupe Electro Deluxe. Les membres fondateurs, Thomas Faure, Gaël Cadoux et Arnaud Renaville, se trouvent toujours à la bonne place, orientant le son du groupe vers toujours plus de nouveauté. Les vieilles recettes ne sont pas non plus boudées, en témoigne notamment la présence du clavinet (« Between The Lines »), ou bien d’arrangements tonitruants de cuivres rappelant les grandes heures du Big Band (« Old Stuff »), et agrémentant cet esprit funky redoutable de persuasion. Encore une audace de plus, le savant mélange du flow des chanteurs de Rap aux rythmes endiablés de la soul (« Let’s Go To Work »), s’avérant tout à fait réussi tant le mariage des deux semble évident. Tous ces signes ne trompent pas : ce nouvel album d’Electro Deluxe nous enchante par sa poésie sonore et son groove communicatif, ce groupe étant devenu au fil du temps incontournable en la matière.

Tristan Loriaut

 

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 07:30

Emarcy 2010

michelportalbailador.jpg

 

Michel Portal (clb, ts, ss), Ambrose Akinmusire (tp), Bojan Z (), kyb), Lionel Loueke (g), Scott Colley (cb), Jack De Johnette (dm)

  Encore une fois Michel Portal se réinvente, prend le contre-pied et surprend là où on ne l'attendait pas. De cet all stars qui aurait pu ressembler à une session "name dropping" on aurait pu craindre une réunion de performers jouant sur le caractère vraisemblablement éphémère de la rencontre. Or  cette formation, inédite s'il en est, et dont le casting fort surprenant a été réuni sous la houlette du maître basque, livre ici un réel projet extrêmement abouti. Projet magnifiquement écrit par Portal ( qui signe tous les titres à l'exception d'un titre d’Eddy Louis et un de De Johnette) et remarquablement mis en scène par le saxophoniste. Bien plus qu'une rencontre, un vrai projet musical à la fois riche et d'une formidable densité. Projet aux couleurs parfois sombres ou à tout le moins en clair obscur mêlant les harmonies du jazz à celles de la musique latine ( Cuba si, cuba no) ou à celles suggérées de quelques bandas assagis et sobres.

Portal fait ici preuve d'orfèvrerie dans l'organisation très précise d'une trame subtile qui évite tous les clichés d'écriture,  les césures des chorus alignés ou les montées en paroxysme, pour privilégier le charme d'une musique dont la cohésion orchestrale se dévoile intégralement tout en laissant l'auditeur en découvrir des raffinements cachés. Pas d'explosion donc,  mais une musique plus feutrée et totalement maîtrisée jusque dans ses moindres détails ( pour l'explosion on attendra la scène). Le plaisir des musiciens à jouer ensemble et le respect qu'ils s'inspirent mutuellement semble évident. Jamais policée (Portal ou Akinmusire peuvent parfois rugir à la limite du free), mais toujours aérienne cette mécanique-là est parfaitement bien huilée. Et c'est là un équilibre très délicat à trouver et que Portal  organise avec une pointe de génie et beaucoup de retenue.

Les rencontres émergent avec tact. Il peut s'agir des questions-réponses entre Portal et Lionel Loueke (écouter ce sublime jeu d'Ombres dans le morceau éponyme, magnifique magie du temps en suspens). Ce peut être la répartition de l'espace entre le saxophoniste et un Bojan dont la discrétion est d'une présence indispensable. À moins que ce ne soit la complicité de la paire américaine entre Scott Colley (qui apporte toute sa gravité) et Jack de Johnette (maître dans le jeu fin des cymbales légères) et qui forment un tapis rythmique d'une incroyable finesse, véritable écrin pour la musique "portalienne". Et il y a bien sûr cette communion totalement improbable entre Michel Portal et le jeune Ambrose Akinmusire (28 ans) dont on ne cesse de vous dire dans ces colonnes qu'il est l'un des trompettistes les plus talentueux de la jeune génération New Yorkaise. Entre les deux, point de reniement. Le jeune trompettiste assume totalement son jeu et sa (déjà) forte personnalité musicale dans une complémentarité absolue avec Portal ( à l'image de cette intro un peu fusionnelle des deux hommes sur Tutti No Hystérique). Michel Portal quand à lui s'y montre presque paternel, lui emboîtant parfois le pas avec une grande intelligence  comme dans ce Citrus Juice où il émerge de l'ombre du jeu du trompettiste dans un fondu enchaîné admirable.

Entre Europe et Amériques Portal trouve un juste équilibre. En demi-teinte Portal transmet ici le feu sacré du savoir avec beaucoup de sagesse. Transmets aussi le "son" et l'énergie. Et ce bien précieux circule entre eux  : la quadrature du quintet est ici résolue.

Jean-Marc Gelin

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:33

X---Francesco-Bearzatti.jpg2010 - Parco della Musica

 

 

Site de Francesco Bearzatti

Francesco Bearzatti (ts, cl) – Giovanni Falzone (tp, human effects) – Danilo Gallo (cb, guit basse acc) – Zeno de Rossi (dr, perc) – Napoleon Maddox (voix sur « Epilogue »), - Mauro Gargano (pizzicato cb sur « Epilogue »)

 

 

X (Suite for Malcom)  est la seconde création du quartet « Tinissima » et le sixième cd du saxophoniste et clarinettiste transalpin Francesco Bearzatti. Celui qu’on a découvert  avec le Trio Open Gate d’Emmanuel Bex avec Simon Goubert cette année à Coutances, nous a réservé une bien belle surprise. Ce trublion scénique et facétieux saxophoniste s’avère être un artiste de talent, un homme de goût.

C’est peut être la libération de Thomas Hagan cette année, l’un des assassins du commando qui a descendu Malcom X en 1965, qui a amené Bearzatti vers cette création en la mémoire de X. Condamné pour divers actes de délinquance,  Malcom Little né en 1925, connu plus tard sous le nom d’El-Hajj Malek El-Shabazz, sort de prison en 1952. Il se convertit à L’islam, adhère à Nation Of Islam d’Elijah Muhammad et change son nom en X, pour signifier le rejet de son nom d’esclave. Cet orateur puissant a des propos durs qui choquent l’Amérique Blanche à qui il inspire la peur encore aujourd'hui; ce qu’il prédit dans son autobiographie (1).

Aux Etats Unis, ses nombreux détracteurs le mettent dans le sac des activistes suprématistes de la cause noire et des racistes anti-blancs. Pour ses défenseurs, il est le prêcheur noir-américain et militant des droits de l’homme qui a mis en accusation les Etats Unis pour ses crimes envers la communauté noire. C’est à cet homme que rend hommage Bearzatti : « Malcom X est l’un des hommes les plus intelligents et actifs qui ont contribué à modifier l’aspect social des afro-américains, il m’a semblé judicieux de le ramener sur le devant de la scène et ainsi, de contribuer à le faire redécouvrir ».

Avec cette suite, Bearzatti  met en musique, de manière chronologique, les étapes clés de la vie de Malcom X (enfance puis adolescence, délinquance, prison, ralliement puis rupture avec Nation of Islam, son assassinat). D’entrée, le quartet met la barre très haute avec « Hard Times », une pièce hard-bop moderne et traditionnelle à la fois, ponctuée dans un premier temps par  le growl enivrant du trompettiste Giovanni Falzone. Elle illustre l’enfance de Malcom X et se durcit au fil du morceau( 2). La clarinette enflammée de Bearzatti emboite le pas au trompettiste de manière ébouriffante. Pas de doute, Bearzatti est grand sur l’instrument !

« Smart Guy » raconte le parcours d’un enfant doué à l’école et ses tentatives de rapprochement avec les blancs sur une structure libre très percussive qui rappelle à bien des égards les Duets 2 Rashan Roland Kirk de Ramon Lopez.  A l’époque où le jeune Malcom se cherche, il découvre New York et enquille bon nombre de petits boulots comme cireur de chaussure autour du « Cotton Club » ; justement, Bearzatti en fait un morceau explosif et totalement jouissif, complètement funky, basé sur le riff de « Funkytown », hit des années 80. Ce titre donne le « la » de l’atmosphère particulière du "Cotton Club", que chacun imagine allègre et excessive, et la danse à laquelle on s’y adonnait. S’en suivent d’autres plages, toutes aussi significatives, qui séquencent d’autres moments importants de sa vie, comme la période de délinquance avec le transe-groovy « Prince Of Crime » ou le très chicagoan-free « Satan In Chains » à l’époque où notre héros, en prison de 1946 à 1952, est surnommé Satan par les détenus. Viennent ensuite le progressif et lyrique « Conversion », puis « A New Leader », un morceau dense sur un multi-rythme rock-funk à la basse électro-acoustique et aux sonorités électroniques et à l’allure fusion de la belle époque de Gong. Après un morceau pour évoquer la rupture avec Nation of Islam, Napoleon Maddox scande « Epilogue » et raconte l’assassinat de Malcom X pour bientôt clore le cd.

Avec une musique pas toujours à la fête mais humaniste et imagée, Bearzatti réalise un exploit de diversité musicale. Les musiciens du quartet servent une musique où le collectif prime. Bearzatti a une présence grandiose, Falzone est renversant d’éclat et de conviction - le discours des soufflants est incisif -, la rythmique acérée de Danilo Gallo et Zeno di Rossi dispose d’un espace inouï  et laisse libre cours à une créativité dévergondée et très fructueuse. A eux quatre, ils forment une sacrée équipe d’artificiers et de créateurs d’ambiance. Dotée d’une densité à toute épreuve, d’une narration juste et intense, la musique de cette suite en fait un album que l’on savoure immodérément. 

 

Jérôme Gransac

 

1 - " Après ma mort, ils feront de moi un raciste, quelqu'un de colérique qui inspire la peur... Je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Le concept du racisme m'est étranger. Je n'apprécie pas tous ces mots en "ism(e)"" – Malcom X

 

2 - Le petit Malcom était entouré d’un père engagé pour la cause noire et d’une mère tourmentée par la peau claire de son fils et ses origines métisses.

 

X-Francesco-Bearzatti-PA.jpgFrancesco Bearzatti
Jazz sous les Pommiers 2009, Théâtre Municipal, Coutances, France, 19/05/2009
© Patrick Audoux


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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 10:13

Davidsware-onecept.jpg 2010 - Aum Fidelity / Orkhêstra

David S. Ware – ts, stritch, saxello, William Parker – cb, Warren Smith – dr, timbales, perc

 

“I am back”.

Le saxophoniste David Spencer Ware l’annonce fièrement sur son site web. Ce dernier des Mohicans d'un  jazz moderne-avant-gardiste américain, authentique, d'envergure internationale, est de retour avec Onecept,  après un combat difficile contre le diabète qui s’est soldé par une greffe des reins en mai 2009. Après dix ans de dyalise, devenue inefficace, Ware accepte l'idée de greffe. Sur les conseils de son agent américain, Steven Joerg, Ware fait un appel aux dons de reins. Immédiatement, une donneuse propose un rein: c'est Laura Mehr. Soulagement.

Il enregistre Onecept, que l'on traduit comme « en une prise », avec ce nouveau trio en décembre 2009 au studio Systems Two à Brooklyn. 2009 marque cinquante années de pratique du saxophone pour le saxophoniste. C'est aussi l'année de la renaissance artistique.  David S. Ware est un musicien de jazz authentique, pure souche. Élevé par la tradition, il « fait le métier »: il arpente les clubs et développe son art, coûte que coûte. Dès le début, Ware prend conscience de la nécessité vitale de creuser le sillon le plus solide et profond. Il fonde alors ce fabuleux quartet, à la longévité exceptionnelle de 15 ans,  avec Matthew Shipp au piano et le contrebassiste William Parker, le fidèle parmi les fidèles, alors que se succèdent quatre batteurs aux styles différents (Marc Edwards, Whit Dickey, Susie Ibarra, Guillermo E. Brown). Entre 1988 et 1996, il s'exprime à travers un jazz d'avant-garde et cultive un jazz aride. Puis en contrat avec Columbia Jazz entre 1997 et 2001, il s'essaie à un jazz modal et rude,  structuré et sans concession. Le contrat rompu, il rejoint les labels Thirsty ear et AUM Fidelity pour une phase de renouvellement intense alliant des albums « traditions » (Balladware, Freedom Suite) et des œuvres introspectives aux effets sonores nés de travaux de post-production (Corridors and Parralels, Threads). L'année 2006 voit sortir l'album « Renunciation » qui annonce la fin du quartet historique. Ware revient deux années plus tard avec son « New Quartet » composé de Joe Morris à la guitare, William Parker et Warren Smith à la batterie. Non, David S. Ware ne renonce pas. Justement.

Sur Onecept, Ware joue de trois saxophones– on les entend chacun sur trois pièces -, renoue avec deux d’entre eux peu utilisés (stritch, saxello), qu’il avait contribués à faire revivre déjà par le passé (Great Bliss Vol. 1 & 2). Onecept est une création directe et spontanée, sans répétitions ni compositions. La directive de Ware à ses musiciens est de prendre part dans la musique avec une propre indépendance expressive. Une prise, un concept, une conscience: les neuf pièces débutent de manière directe, dans une sorte d'immédiateté cohésive avec Warren Smith comme port d'attache. Elles se terminent, sans véritable préavis, sur une note spatiale et sonore du batteur-percussionniste alors qu'elles sont armées pour durer encore (« Wheel of Life », « Savaka »).

David S. Ware adopte un son plus sobre, moins incendiaire, quoique halluciné. Il n'est plus l'élément combustible du groupe comme auparavant: l'équilibre du trio tient aux trois forces égales. On entend que le saxophoniste a pris un soin à particulier à la limpidité de son son, qu’il contrôle parfaitement. Son jeu aux saxophones, faits de circonvolutions hachées qui rappellent le mantra et amènent à une quasi-transe du saxophoniste, est plus compacte et décisif que par le passé; la densité est plus fulgurante (Écoutez le magnifique solo sur « Desire Worlds »). On aime à penser à la renaissance du saxophoniste. William Parker est comme à son habitude une mine de sonorités décalées, en particulier à l'archet, de rebondissements rythmiques et une grande force de proposition. Mais la belle surprise est Warren Smith qui sonne comme une  évidence. C'est à se demander pourquoi il n'apparaît qu'aujourd'hui dans la sphère musicale de Ware! Il est la clé percussive qui lui manquait. Smith est le batteur accompagnateur ubique par excellence: d'une main, il colorie les cordes de la contrebasse ou les ponctue à contre-temps à coups de gongs (« Book of Krittika »), de l'autre il suggère un mouvement de fulgurance au saxophoniste. Orchestrateur rythmique et sonore, Smith scintille et donne une vibration modulatrice à la musique du trio, aussi bien sur les peaux des timbales que sur la batterie.

Alors que Ware fête ses cinquante ans de pratique du saxophone, sa technique semble en pleine expansion, la maitrise totale de ses instrument lui permettent de projeter sa musique encore plus haut. En 2005, il nous confiait être guidé par une force qui le poussait à jouer, guidait son souffle; il nous racontait comment il se sentait investi de la force de Ganesh (« c’est la force de Dieu qui passe à travers moi. »). Le Saxophoniste Mystique est aujourd'hui encore plus convaincu par ce qui le meut depuis toujours : Dieu, un jazz expressif et suggestif... Free-jazz, terme bien trop réducteur ; Jazz introspectif, sans aucun doute ; mais jazz authentique avant tout. Un Musicien rare.

 

Jérôme Gransac

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 08:16

3 Cd Greenleaf 2010

Distribué par Orkhestrâ

Dave Douglas (tp), Markus Strickland (ts), Adam Benjamin (fder), Brad Jones (b), Gene Lake (dm), DJ Olive (ord, tntbles), Ingenieur du son Geoff Countryman

 SparkOfBeing_BoxCover72.jpg

Le  point  de  départ pour Dave Douglas était de créer, avec le réalisateur vidéaste Bill Morrison un projet tournant autour du thème de la création humaine. Morrisson pour les images en montage-collage auquel il est familier ( tiré notamment de séquences de films anciens) et Dave Douglas pour la musique, avec son groupe, Keystone. Vaste sujet que les deux artistes décidèrent  d’aborder sous l’angle métaphorique du Frankenstein de Mary Shelley. Chacun travailla alors de son côté et les images de Bill Morrisson et la musique de Dave Douglas se retrouvèrent en janvier 2010 pour  une session  de 5 jours au CCRMA (Center for Computer Research in Music and Acoustics à l’Université de Stanford) sous la houlette de l’ingénieur du son Geoff Countryman, auteur ici d’un véritable tour de force.

On  ne  sait  pas  trop  si  Dave  Douglas a  composé pour le film ou pour les musiciens tant la symbiose entre les deux est ici parfaite et offre à Keystone, une musique écrite sur des nappes fantasmagoriques et lunaires, volontairement inspirées du Silent way de Miles Davis. Où il est fondamentalement question de l’espace laissé au jeu développé sur des trames musicales.

L’univers  s’adapte alors  aux collages vidéos réalisés par Bill Morrisson et déploie avec une force évocatrice saisissante, un univers volontairement étrange, souvent inquiétant, relevant de sourdes angoisses sans pour autant n’être jamais totalement terrifiant ( Dave Douglas n’est pas John Zorn).

Dans  ce magma sonore où l’électronique joue un rôle énorme, Dave Douglas laisse ses musiciens jouer tout en cadrant leurs interventions. Markus Strickland au ténor y est particulièrement brillant et Dave Douglas, le trompettiste de Masada, toujours exceptionnel, rendant toujours hommage aux maîtres anciens (Miles, Don Cherry on le sait) mais aussi à ses jeunes compagnons d’armes  (comme Ambrose Akinmusire ou Ibrahim Malouf qu’il cite dans ses liners notes). Mais dans cet objet musical fantomatique, la prouesse vient aussi du traitement du son assuré par l’apport énorme de DJ Olive qui aux turntables se démultiplie et fait naître les atmosphères de l’album, l‘angoisse de l’apparition de bruits lointains et urbains, de cris suggérés, et d’une brume électronique inquiétante (Prologue) qui nous plonge un peu dans un Londres nébuleux et modernisé. Un univers parfois liquide aussi, flottant entre eau et espace et qui relève presque de l’expérience sensorielle ( Is it You ?).

On  peut  certes s’étonner  de  la  réunion  de  3 CD qui forcément comportent pas mal de redites dont le thème central « Creature » qui revient à de multiples occasions. En réalité ces trois albums, édités d’abord séparément relevaient chacun d’une logique différente : le premier était la bande originale jouée lors de la projection. Le deuxième était sa version  purement  «  jazz  »,  de  studio.  Le  3ème enfin,  comportait  les  thèmes finalement non retenus par Bill Morrisson. Alors certes la musique se suffit largement à elle-même, mais l’on ne peut éviter la frustration d’être privé du film et l’on se dit que finalement il aurait été bon d’ ajouter au coffret le DVD du film sans lequel le projet perd un peu de son sens. Choix éditorial curieux.

Reste que la musique est tout simplement superbe dans toutes ses dimensions. Dans sa dimension narratrice, on l’a dit. Mais aussi dans son écriture remarquable, ses arrangements, ses solistes et le traitement du son digne des plus grandes épopées du jazz.  Nous  nous  étions  il  y  a quelques temps enflammés pour le Moonshine de Keystone. Ce groupe définitivement s’impose à nos yeux comme l’une des formations les plus excitantes du moment, poursuivant la démarche de Miles par d’autres moyens. Il faut pour cela s’appuyer sur un collectif de musiciens exceptionnels qui se fondent avec brio dans la masse sonore qui se révèle à son tour un écrin superbe pour l’émergence de la musique. Ce magma est pétri sous la main d’un Dave Douglas génialement inspiré.

Jean-Marc Gelin

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:18

Cam Jazz 2010

Paul Mc candless (oboe, fl, saxs), Glen Moore (cb), Ralph Towner (g, p), Mark Walker (dr, perc)

 oregon.jpg

 Petit rappel pour un album qui aura certainement passé inaperçu et que c’est bien dommage et que franchement faut ouvrir les esgourdes parce que y a pas d’raisons de s’faire du mal et de passer à côté de ce petit nounours. Parce qu’il y a des petits bonheurs tout simples dont on ne devrait surtout jamais avoir honte. Du genre, prendre du plaisir comme celui que l’on a à l’écoute de ce nouvel album d’Oregon, le célèbre groupe crée par le guitariste Ralph Towner en 1971 et qui, presque trente ans plus tard semble baigner dans le même bain de jouvence. Jusqu’à livrer une musique d’une simplicité biblique, d’une évidence charmante avec la même fraîcheur que si c’était hier. Car ces musiciens-là qui se connaissent si bien n’ont pas perdu leur enthousiasme et leur talent. Ils savent faire le métier et le font avec envie. Mélodies efficaces, Paul Mc Candless sopraniste et flutiste -soliste étincelant, un Ralph Towner guitariste (acoustique) aux couleurs chatoyantes et à l’occasion pianiste et enfin une rythmique frémissante. Les couleurs sont un peu world-fusion et l’on pense au tribu qu’un groupe comme Hadouk Trio doit à ses ainés.

On chante les airs comme de vraies chansons qui s’installent et vous reviennent en caboche longtemps après. Parfois ça frise la telle simplicité que les snobs diront que c’est « service minimum ». N’empêche, on danse, on se laisse prendre, on met ça en boucle. C’est court, bref, fugace.

Franchement touchant.

Posologie : remplacer les chants de noël au pied du sapin par le CD d’Oregon.

Jean-Marc Gelin

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:35

 

Rebecca-Cavanaugh.jpgBlack and Blue / Socadisc

Rebecca Cavanaugh – voc ; Frédéric Loiseau – g ; Claude Carriere – p ; Marie Christine Dacqui – cb

En concert: le 23 novembre au SUNSIDE

 

Avec un tel titre, on aura vite compris le projet de cet album qui respire d’une douce nostalgie sans pathos, s’attardant sur des standards, de belles mélodies du jazz. Puisque le sous-titre est « Summer in all seasons », cet album, en dépit de sa première chanson, « Autumn leaves » peut s’écouter à loisir, en toutes saisons d’autant que le guitariste Frédéric Loiseau apporte les harmonies brésiliennes qui réchauffent les mélodies.

Présenter Claude Carrière à quelqu’un qui dit aimer le jazz ou même s’y intéresser est forcément inutile. C’est à lui que nous devons la découverte sur France Musique [sans « s » à l’époque, c’était en 1977] de la série feuilletonnesque ‘Tout Duke’ ! Il se met au piano accompagnant la jeune chanteuse de parents américains mais élevée à Londres, Rebecca Cavanaugh. Tous deux partagent un amour réel pour l’alter ego du Duke, le compositeur de mélodies immortelles Billy Strayhorn : cinq titres « Daydream », « Something to live for », « A flower is a lovesome thing » et « Blood count » lui rendent donc hommage, car Claude Carrière a « le cœur ellingtonnien » selon la jolie formule de son compagnon du JAZZCLUB Jean Delmas.

La chanteuse sert ce répertoire d’une voix tendre et voilée, toujours sur le bord de la fêlure. Sans jamais hausser le ton, sur le mode de la confidence et du murmure, elle berce délicatement de son vibrato léger, «Sometimes it snows in April », ballade de Prince sur fond des cordes de la guitare et de la contrebasse réunies.

Les arrangements sont soignés et voilà bien une chanteuse qui laisse de l’espace aux musiciens : écoutez le piano sur « Something to live for », la première chanson de Strayhorn enregistrée par Ellington ou sur la valse enivrante et mélancolique« Lotus Blossom ».

Piano et contrebasse terminent l’album d’un sombre  Bloodcount », alors que l’on se plaît à rêver devant la pochette illustrée de la composition de Sonia Delaunay (la mère de Charles) « Cinema ». 

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:17

 bobomoreno.jpgStunt Records / Sundance

Cd 10112

 

 

 

Ces Scandinaves sont décidément étonnants dans leur façon de s’ancrer dans une tradition et de la faire évoluer doucement .

Le chanteur Bobo Morenoreprend ici un répertoire majoritairement pop de bon goût des chansons de Lennon/Mc Cartney comme « A hard’s day night » ou « Yesterday », immortel tube de Mc Cartney, « 50 ways to leave your lover » du grand Paul Simonqui donne son titre à l’album, mais aussi « Manic depression »  de Jimi Hendrix. Mais aussi « Both sides now » de Joni Mitchell et le très émouvant et réussi « Everytime we say goodbye » de Cole Porter. Il est accompagné de Ole Kock Hansenau piano, Bo Stief( contrebasse et basse électrique) auquel sur certains titres se joint un quatuor de cordes dans l’arrangement de « People get ready » de Curtis Mayfield. Tout le pari des cordes (les Beatles l’avaient bien compris) est de changer la couleur, d’enrichir le propos tout en conférant à l’ensemble une certaine légèreté comme si des danseurs évoluaient en arrière-plan.

Visiblement, Bobo Moreno n’est pas un crooner au sens classique comme Harry Connick Jr à la mèche fringante et au sourire « émail diamant ». Il a une sensualité rauque dans la voix qui rappelle Sting, et sait être lyrique sans être sentimental.

Il reprend tous ces succès avec simplicité et sans fioriture ornementale avec une énonciation très claire, laissant ses accompagnateurs suffisamment d’espace pour servir les mélodies et leur conférer une couleur, un tempo jazz.

Un moment d’écoute très agréable, propice à la nostalgie.

A écouter en sirotant un verre au coin du feu avec des amis. La saison s’y prête, il n’y a pas de mal à se faire du bien parfois !

 

Sophie Chambon

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