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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:03

Okeh 2014

Ethan Iverson (p), Reid Anderson (cb), David King (dms)

 bad-plus.jpg

Revoilà Bad Plus plus en forme que jamais. Comme aux premiers jours. Après leur fabuleuse lecture du sacre du printemps ( cf. les DNJ "The rite of spring") , le trio de revient sur ses terres natales pourrait on dire. Alors qu'il s'était un peu égaré ces dernières années flattant son public dans le sens du poil, il semble retrouver depuis quelques temps  l'inspiration de ses débuts il ya près de 15 ans et revenir à ses propres sources.

Lorsqu'on les a vus cette semaine à la Villettebplus.JPG où ils constituaient la rythmique d'un incroyable et stratospherique Joshua Redman, ils nous avaient semblé perdre un peu leur âme, un peu affadis dans le rôle d'un sage trio de jazz. Ils ne semblaient pas être là où ils aiment être. Bad Plus dfinitivement enbourgeoisés?

©jmgelin

 

Il suffit de se mettre cet Inevitable Western dans les esgourdes pour se rendre compte que Bad Plus c’est toujours ce groupe d’empêcheurs de tourner en rond qui ne laissent de nous surprendre par l’intelligence de leur provocation musicale.

Ces gars-là prennent le contre-pied de tout et surtout de tout ce qui est formaté. Et ces formatages sont nombreux : stylistiques (classique, rock, jazz), rythmiques ou harmoniques.

Avec The Bad Plus tout ce qui est déstructuré prend une autre forme intelligente. L'auditeur n'est jamais dans une situation de confort de ce qui semble acquis. Jamais en terrain connu car le sol se déroule souvent sous ses pieds pour l'emmener vers un paysage musical qu'il ne connaît pas.

Déjà dans la forme du trio. Car avec Bad Plus il n'y a pas un leader, mais deux (Piano/batterie) voire trois. Le rôle dévolu à Dave King est en effet primordial. Là où l'équilibre piano-basse-batterie nécessite un gros travail d'abnégation de la part du batteur, chez Bad Plus le rôle de ce dernier est carrément affirmé comme pièce centrale du dispositif. Non pas comme élément structurant mais au contraire déstructurant passant du binaire au ternaire, du tonal à l'atonal dans un meme mouvement.

La musique de Bad Plus est alors fascinante. Avec Bad Plus chaque morceau installant un climat différent du précédent donnant ainsi cette impression un peu baroque du foisonnement d'idées. Il y a du classique Stravinskien dans les brisures rythmiques, mais il y a aussi du rock un peu garage, ou encore du Monk dans sa façon de casser les mélodies comme dans ce western monkien  qui ouvre l'album( le titre éponyme). Evan Etherson que l’on trouvait pourtant bien transparent avec Redman, fait de plus en plus figure de pianiste particulièrement inspiré et brillant. Dans Adopted Highway, le groupe joue sur les nuances, passant dans le même mouvement du tumulte à une épure debussienne avec une admirable coda où le traitement sonore fait dans la nuance. A l'inverse Dave King, batteur fou et génial fait parfois office de bucheron canadien  (Epistolary echoes) avec un sens du binaire largement revendiqué et assumé au premier plan. Le trio laisse aussi des mélodies pop s'installer  ( Do it again) comme des chansons revisitées que n'aurait pas renié EST en son temps.

 

 Bad Plus est un vrai phénomène de génération. De ceux qui par leur syncrétisme, ont contribué à ouvrir le jazz à un public de jeunes pétris de pop et de rock. Ils sont alors de la dimension des vrais createurs. On veut dire par là ceux pour qui l'anticonformisme est un des fondement de l'art. A condition que le talent soit là. Celui de Bad Plus y est. Immense. Aussi jouissif que communicatif. Plus is more !

Jean-Marc GELIN

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 21:39

 

Together Together!

Abalone productions

www.abaloneproductions.com 

 erdman.jpg

Voila un duo saxophone/batterie réduit à l’essentiel, une formation plutôt rare qui donna lieu dans le passé à de magnifiques associations que le saxophoniste Daniel Erdmann et le batteur Christophe Marguet prolongent à leur manière aujourd’hui. Car ces magnifiques musiciens ne perdent jamais leurs repères.
Une surprise malgré tout de découvrir ce jeu tendu, d’une extrême nervosité, dégraissé à l’extrême, dès le premier titre qui annonce la couleur : «One Rythm, One Melody». On suit la porosité de ce dialogue qui favorise une inversion très complémentaire de leurs fonctions respectives. Ce sont les règles classiques de l’ «interplay» magnifiées dans l’intelligence de leur jeu.

Plus que de l’aridité, c’est la « simple » exposition de l’harmonie qui sous-tend le discours du saxophoniste. Et même là, sans velouté, Daniel Erdmann s’en sort avec grâce, avec des qualités expressives, de la puissance, conservant sa séduction.[1] Caresse des balais sur les peaux, roulement des baguettes de tambour, souple rebond, moins de vigueur et de rage cette fois dans le jeu de Christophe Marguet. Mais cela fonctionne mieux avec les volutes sèches envoyées par le ténor comme dans ce titre «Hommage(s)» où le final vous saisit à la gorge. Chacun apporte son énergie et sa vision singulière, mais leurs deux univers s’accordent à merveille, arrivent à se fondre dans de belles et courtes improvisations  «Together,Together !», «I Siguia ».

 On peut être comme moi sensible à l’ émotion, au retour des anciens, à qui les musiciens actuels doivent tant. Quand ils reprennent « Fleur africaine » et «Lush life», compositions de ces formidables écrivains de musique que furent Duke Ellington et son alter ego Billy Strayhorn, ils ne sauraient mieux choisir pour signifier leur attachement à cette musique, à l’Afrique, terre matricielle du jazz. Ces versions ne sont pas simples reprises « arrangées » : en gardant la perfection mélodique du thème, elles tracent des chemins autres, autrement vifs qui inscrivent leur empreinte dans une mémoire musicale collective, sans se refuser le plaisir d’allers-retours, croisements et divagations raisonnées.

Un album vivement recommandé, vous l’aurez compris !

Sophie Chambon


[1]On ne peut s’empêcher de songer aussi à l’improvisation libre, au formidable « Picasso » de Coleman Hawkins de 1948 quand on entend Daniel Erdmann …

 

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 21:35

 

www.circum-disc.com 

www.muzzix.info

Label Circum/ Distribution Les Allumés du Jazz

orins

 

C’est l’une des formations les plus anciennes (1996) du collectif lillois Muzzix que nous suivons depuis une dizaine d’années : le trio composé des deux frères Orins (piano pour Stefan, batterie pour Peter) officie dans le Grand Circum Orchestra, de même que le contrebassiste Christophe Hache.

Liv est leur troisième album après Stöt en 2010, Bonheur Temporaire en 2006 et Natt Resa[i] en 2004, tous publiés sur le label Circum. Il est important de souligner que ce travail patient s’inscrit dans la durée, car « plus les racines sont profondes, plus luxuriantes sont les branches», maxime bouddhique, sorte de fil rouge du trio.

Un jeu ample, fluide emplit l’espace avec une douceur mélancolique comme dans  l’inaugural « Initiales VV », l’hypnotique Liv (vie) poursuivant cette impression. Le trio est européen dans cette maîtrise d’un jazz actuel aux formes libres généreusement  déployées, et on comprend sans peine qu’il puisse tourner souvent jusqu’en République tchèque, Lettonie, Pologne et Suède (origine des frères Orins) d’où certains titres dans cette langue.

Il y a quelque chose d’apaisé et même serein dans cette formule égalitaire, où chacun s’entend, s’apprécie et laisse respirer l’autre. Sans tomber dans des irisations trop tendres, le trio sait puiser l’étincelle de vie contenue dans chaque chose - Liv est le titre du disque- avec une sensibilité toute nordique. Plus abstrait dans « Henri Grouès » (le nom de l’abbé Pierre), avec quelques intonations mélancoliques et obsédantes, le final retrouve vigueur dans ce voyage de la Belgique à la Pologne : toujours animé d’une sensibilité « tonique », le piano évite l’attendrissement romantique, ne s’épanche pas en longues coulées, entraîné dans la progression tournoyante d’une rythmique énergique. C’est le travail collectif qui s’impose plus que l’expression purement individuelle, un flux continu, tendu avec des climats coloristes, de riches textures qui se fondent dans la dynamique d’ensemble.

Continuez ainsi, les amis, on vous suit !

Sophie Chambon

 

 



[i] Je me souviens de la pochette aux belles photos de cieux orageux, contrastés et profonds....

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 11:36

 

Jerry Leonide (p), Gino Chantoiseau (cb), Jhonny Joseph (dms), Sylvain Gontard (t), Vincent Lê Quang (ss), Woz Kaly (vc), Benjamin Petit (as), Linley Marthe (b), Fred Grenade (b), Christophe Chretien (perc), Fannie Klein (bkgd vc)

ACT 2014

 leonide.jpg

Si ce jeune pianiste mauricien est encore inconnu sous nos hexagonales contrées, rassurez vous, cela ne va pas durer. En tous cas il ne l’est pas de l'autre côté des Alpes où il a commencé à se tailler une solide réputation en arrivant 3ème au concours international de piano solo à Montreux en 2011 puis en remportant ce même concours en 2013. Sans compter la ribambelle de trophées accumulés ces derniers temps.

Il faut dire que Jerry Leonide est certainement un surdoué. Et ce premier album suffit en lui-même à le démontrer très largement.  Mais pas un surdoué du genre à en faire des tonnes. Tout au contraire.

Dans cet album Jerry Léonide mêle plusieurs influences entre Caraïbes, Afrique, Océan indien. De chaloupements en biguines joyeuses et charmantes (Mauritius) où le

pianiste se fait gracile et alerte, il effleure le clavier avec force de swing. On en serait presque à se lever et à y danser dessus. Jerry Leonide c'est un son assez chaleureux et fondamental. Même fondu dans le son du groupe, Leonide s'impose. On ne l'entend pas, on l'écoute. Assez impressionnant dans son aisance à l'improvisation sur un thème comme Dodo baba il affirme toujours une forte présence. On retrouve chez lui la patte de l'école cubaine, de celle des grands pianistes qui déroulent la clavier avec grâce et avec une formidable aisance rythmique.

Mais Jerry Leonide signe aussi une belle cohésion de groupe qui sonne terrible. Sylvain Gontard à la trompette y apparaît en très très grande forme ( Independance day part 2, morceau presque en live sans véritable coda qui tourne entre le trompettiste et le saxophoniste Vincent Lë Quang visiblement hyper impliqué dans ce premier album du pianiste).

Jerry Leonide est un chat agile, remarquablement à l'aise dans les changements de tempo pour aller vers un pure swing jazz bop sur Paul et Virgine où là encore il affiche toute son autorité de maître du trio.

Mais pour un pianiste qui s'est fait connaître pour son travail en solo il affirme ici surtout un sens du collectif et un vrai son de groupe ample, riche et accessoirement superbement enregistré par Julien Basseres au Studio de Meudon. Il faut entendre le groupe dans son ensemble sur un des morceaux les plus puissant de l'album, Strong relationship qui monte en puissance porté à la fois par cette rythmique mais aussi par deux magnifiques solistes dans un moment de fusion très "soulful". Sublime.

Hésitant parfois entre les mélodies charmantes et les progressions harmoniques puissantes, Jerry Leonide affirme dans ce premier album une réelle identité. De pianiste mais aussi de leader d'un groupe puissant dont émerge à la fois les trois solistes et une rythmique impressionnante.

A découvrir absolument sur scène.

Jean-Marc GELIN

 

 

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 21:59

 

http://www.ericharland.com/album/vipassana/

Eric Harland (dms), Walter Smith III: (ts), Taylor Eigsti (p), Julian Lage,

Nir Felder (g), Harish Raghavan (cb), Chris Turner (vc).

 vipassana_600x600.jpg

 

Le  batteur  Eric  Harland,  teneur de baguettes incontournable de la scène New-Yorkaise  et  que  l’on  peut entendre dans de nombreux groupes (Stefon Harris,  Kenny  Garrett,  Geri  Allen,  Jason  Moran, John Patitucci, Chris Potter,  Aaron  Parks, Aaron Goldberg, Kurt Rosenwinkel, Baptiste Trotignon etc…)  participe  activement  à  la  redéfinition  d'un jazz moderne qui va puiser aux sources de multiples influences contemporaines qu’il s’agisse de soft  hip  hop,  d’urban  jungle ou bien sûr de ce jazz classieux qui manie l’épure  et le travail sur le son de groupe plus que la performance en tant que  telle.  Avec  un  souci  de  l'arrangement  très  efficace  mais aussi sophistiqué  Eric  Harland  marie plusieurs sonorités au combo classique en utilisant  les  voix  et  les  chœurs   (Greene,  Passana) et les textes et parfois de façon très très discrète, les cordes.

La  musique s’y fait subtile et classieuse. A la limite de l’ambient music. Vipassana  (*) titre  de l’album évoque une méthode de méditation basée sur l’observation du mouvement de la respiration.

Mais  dans  le  même  temps  Eric Harland invente des formes polyrythmiques impressionantes  ( Eminence) voire des rythmiques impaires spectaculaires (Singularis).  L'équipe  qui l’accompagne et dont deux ( Walter Smith III et Harish  Raghavan) sont des transfuges de la formation d' Ambrose Akinmusire sont  l'expression  même  de  ce  jazz new-yorkais que l'on aime. Mais Eric Harland   s'entourre  aussi  de  deux  sublimes  guitaristes,  Julian  Lage (véritable prodige surdoué entendu un temps aux côtés de Dan Tepfer) et Nir Felder  (  auteur d'un très bel album solo cet année). La voix androgyne de Chris  Turner  ne délaisse pas la chanson pour intérpreter même une chanson très  folk song. Walter Smith y est, comme à son habitude  éblouissant dans

cette  maîtrise  et  cette  agilité des saxophonistes ténors actuels ( l’on pense  à  Mark  Turner)  à  l'image  de ce Capacity tout en puissance et en agilité du groove; souple comme un chat sur orbite.

Un  Dhyana  très  funky-soul  apporte  une nouvelle couleur à l'album, plus punchy  et  prend  aussi  un  détour  surprenant  pour venir le clôturer en beauté.

Sorte  de  doux  kaleidoscope à plusieurs facettes, cet album y apporte une belle démonstration des talents de compositeur et de leader d’Eric Harland. Pas  non  plus inoubliable mais en tout cas assez agréable et apaisant pour vous  conseiller de prolonger en douceur les dernières caresses d’un soleil furtif.

Jean-Marc Gelin

 

 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 23:14

 

 

ONJazz records/ L’Autre distribution

www.onj.org

 FACE_POCHETTE_PARIS.jpg

 

Le premier opus de l’ONJ d’Olivier Benoît[i] ? Un double CD avec des bonus tracks, une suite parisienne en 6 parties, soit plus de deux heures de musique. Aucune note de pochette[ii] mais un montage de superbes photos de Benjamin Trancart, censées représenter Paris de nuit, la place de la Concorde, les rives de la Seine et une statuaire qui évoque  une fontaine de place royale...

Le propos de cet Europa Jazz Paris est de présenter en un « work in progress » nomade, sur les quatre ans du mandat du compositeur Olivier Benoît, une série de portraits de villes. Quoi de plus naturel que de commencer par  Paris, la ville-lumière,  le lieu moderne de l’expérience poétique, artistique? Relier la musique à la découverte actuelle de la ville, voilà une extraordinaire matière à une succession de tableaux inspirés par « l’effervescence artistique et la diversité d’invention de la scène musicale », les réalisations architecturales passées et présentes, l’urbanisme contemporain. Il est vrai que le sens de la respiration et de la circulation, les flux générés par l’activité humaine sont essentiels dans la compréhension du tissu urbain. On retrouve d’ailleurs cette conception urbanistique dans la musique, échanges et autres interactions entre tous les musiciens. C’est à une vision actuelle, moderne que nous sommes confrontés avec ce nouvel  orchestre intergénérationnel, composé de 11 musiciens dont Bruno Chevillon (également conseiller artistique) et Eric Echampard, entourés de jeunes musiciens.

 Voilà une version différente certes de l’ONJ précédent de Daniel Yvinek, mais toujours  animée d’un authentique « esprit » jazz européen. Une sorte de cohérence, de continuité qui installe plus confortablement encore le principe d’un orchestre national de Jazz. Un attelage coloré et composite, emmené à un rythme soutenu par la paire rythmique superlative qu’il n’est  plus nécessaire de présenter, un alliage de toutes les musiques actuelles avec cet éternel mélange d’écriture et d’improvisation.

On retraverse en tous sens les artères de la capitale, ville heureuse, où, à la différence d’une Métropolis bipolaire,  tout paraît aérien, léger dans cet ensemble aux tonalités majeures, ensoleillées. Les partenaires mélodiques comme harmoniques  se dévoilent : envolées lyriques, exubérantes de la trompette de Fabrice Martinez, salut piaffant du trombone de Fidel Fourneyron, interventions maîtrisées de Théo Ceccaldi au violon et alto, claviers aux multiples effets de l’expérimentateur Paul Brousseau et « piano étendu » subtilement amené par la fidèle Sophie Agnel.

 Olivier Benoît mène finement le jeu, très discret à la guitare, mais on ressent qu’une certaine jubilation a dû le diriger, électrisant  à son tour ses partenaires. Il situe ce projet complexe, pharaonique, au croisement de nombreuses influences sans abuser des collages, accélérations et déséquilibres permanents usuels dans ce genre d’entreprise, avec cependant assez de contrastes pour que chaque musicien intervienne avant de laisser à d’autres l’espace de la respiration créative.

Cette vision urbaine n’a rien à voir avec le prélude urbain minéral de West Side Story ou les tableaux picturaux de Vincente Minnelli / George Gershwin dans Un Américain à Paris. Point de cartes postales touristiques non plus, mais cette musique projette dans l’univers passionnant d’Olivier Benoît et devient la B.O d’un film à l’énergie phénoménale, sous-tendue par l’expression exaltée mais jamais hystérique des soufflants. Citons au passage ceux non mentionnés auparavant, à savoir Jean Dousteyssier (cl), Alexandra Grimal (ts, ss) et Hugues Mayot (as). Une heureuse complémentarité de styles (avec une prédominance rock cependant ) confère à l’album son relief singulier où les musiciens savent  tisser un langage musical commun qui soutient l’ensemble.

Ce décloisonnement bienvenu est bien l’une des plus belles réussites de cet album électrisant. La musique tient en haleine jusqu’au final. La toute dernière pièce, le dernier bonus du double Cd que vous n’entendrez pas forcément sur scène, formerait d’ailleurs un final exemplaire à ces tableaux parisiens.

Si vous n’avez pas l’occasion de voir ce programme en live, sachez que la musique écoutée est admirablement mise en valeur par le travail de l‘ingénieur son Boris Darley et mérite de remplir son rôle d’exposition de nouveaux talents, représentants de cette musique aimée.  Saluons en tous les cas, le démarrage de ce nouvel  ONJ.

 

Sophie Chambon

 

 

 



[i] Olivier Benoît fut pendant quatorze ans à la tête de Circum Grand Orchestra et La Pieuvre, du collectif lillois Muzzix que l’on a souvent chroniqué aux DNJ

[ii] Et ce sera une de mes seules réserves, pourquoi ne pas donner quelques rudiments d’explication sur l’ordre des pièces, leur fonction ?  

 

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 18:48

 

 

 

Distribution harmonia mundi / LABEL LA BUISSONNE

www.brunoruder.com 

www.labuissonne.com

 bruno-ruder.jpg

Bruno Ruder n’en est pas à son coup d’essai. On peut même dire qu’il n’a pas perdu son temps, puisqu’il joue avec Riccardo Del Fra depuis son passage au CNSM, a été l‘un des fondateurs du trio Yes is a Pleasant Country , a tenu pendant trois ans le rôle du pianiste de Magma, continue l’expérience de Radiation 10 (réunion de musiciens affiliés au collectif Coax )...

Lisières est néanmoins le premier album solo du jeune pianiste, où il place fluidité de l’énergie, développement créatif, et improvisation dans ses priorités et son carnet de route.  Si le piano se prête plus facilement à l’exercice délicat du solo, Bruno Ruder avertit dans ses « liner notes » fort éclairantes, qu’il ne tenait pas à réaliser «la réduction pour piano» d’une musique orchestrale, en profitant du formidable instrument de la Buissonne.

Il nous révèle en une sorte de récital, tout son art des pièces vives, libres, subtiles, aux motifs répétés, servant de base à des improvisations colorées, tantôt fougueuses, tantôt  plus  impressionnistes. Chacune des compositions, plutôt longues, est une « étude » sérieusement menée, objet d’un développement qui illustre une « idée », tout en prenant son temps pour s’aventurer dans les recoins. Il écrit pour le piano et à travers lui, choisissant délibérément l’acoustique, sans avoir recours (et on l’en félicite) à la préparation du piano. Et pourtant, il s’intéresse et cela s’entend d’un bout à l’autre de l’album, à la texture du son, aux résonances et à leur traitement. Le travail sur les rythmiques est l’un des enjeux forts de sa recherche. Le résultat traduit une cohérence certaine dans cette suite qui ne cherche pas à modifier les genres, alterner les styles, mais dévoile l’élégance d’un piano mélodique et sombre.

On admire  le tour de force de ce voyage autour de la chambre, où technique et virtuosité restent au plaisir de l’imaginaire mis en lignes musicales. Voilà une exploration très personnelle qui réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et des rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner dans cette expérience des limites, aventure dans les marges, jamais facile, mais séduisante pour peu que l’on s’y abandonne.  Ce que l’on retient , c’est que, singulier pluriel, le piano de Bruno Ruder n’a jamais mieux résonné.

Sophie Chambon

 


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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 23:33

 

Jazz Village 2014

Xavier Desandre Navarre (perc, dms), Stéphane Guillaume ( sax, fl, clb), Stéphane Kerecki (cb), Bruno Rousselet (cb), Emil Spanyi (p), + Alan « Allonymous » Conway (vc) sur « Gil », Vincent Peirani ( acc) sur Andaluciana

 desandrepulse.jpg

Xavier Desandre Navarre est devenu un musicien incontournable de la scène hexagonale et d’ailleurs. De ceux que tout le monde s’arrache tant ses talents de polyrythmicien raffiné et subtil sont recherchés qu’il s’agisse de lui comme batteur mais surtout de lui comme admirable percussionniste. La richesse de ce qu’il exprime est infinie dans sa recherche des sons, des placements et des influences venues du monde entier.

C’est justement ces effluves et ces parfums envoûtants venus d’Afrique ou d’Asie que Xavier Desandre Navarre marie fort subtilement au blues et au groove. Une ouverture assez classique portée par un gros son de Stéphane Guillaume laisse place au pianiste Emile Spanyi comme toujours éblouissant. Ce pianiste-là, on le reconnaît immédiatement tant il développe un style propre, percussif mais pas trop, lyrique mais pas trop, avec toujours un sens inné du swing et une vraie délicatesse au bout des doigts, économe des phrases inutiles. C’est d’ailleurs dans le morceau suivant qu’il nous offre un magnifique moment de flottement éthéré en trio sur Mango Flower.

Si le morceau d’après est un peu moins intéressant sur le plan compositionnel, Sodeska donne en tous cas l'occasion d'entendre un groove tout en nuance où Desandre Navarre apporte  milles et un sons aux ostinatos de contrebasse. XDN fait mouche quand il installe ensuite un climat un peu roots et jungle, limite chamanique comme ce Ganwondo Airang venue d’un traditionnel coréen où le saxophone de Stéphane Guillaume se fait sinueux comme un serpent avançant tout en lacis subtils et lents à la fois. Où alors dans Follow my backlight envoûtant, où la clarinette basse et la polyrythmie de XDN nous guident dans cette épaisse moiteur d'une jungle profonde. Un hommage parlé-chanté aux deux Gil ( Evans avec qui il a joué et Scott Heron avec qui il aurait aimé jouer) prend la suite avec ce même tempo d'un blues traînant et poisseux.

Au gré de l'album on est frappés par l’étendue des sons déployés par Xavier Desandre Navarre véritable caméléon-sorcier vaudou - magicien des peaux et des résonances.

 

Un moment de swing doux s'installe avec Stéphane Guuillaume (admirable) à la flûte sur

(Promesse). Mais c'est un morceau presque bâclé, en tous cas bien trop court ( coït interrompu) que l'on aurait aimé voir se déployer bien plus longuement tant la magie du groupe y fonctionne à merveille sous les enluminures d’un Spanyi très inspiré, ou encore dans ce magnifique morceau (toujours à la flûte sur Let it like this) encore une fois à la limite de l'ensorcellement.

Car avec In Pulse c'est bien de cela dont il s'agit. D'une voluptueuse sorcellerie.

Xavier Desandre y fait des merveilles, apportant à la musique une pulsation

Vitale. A entendre le blues se marier aux polyrythmies proches de la musique aka ou des gamelans d’Asie on se dit que Xavier Desandre Navarre avec la sérénité des sages parvient à rendre le monde plus proche. Et la pulse vitale qu’il instille sous la peau de ses tambours porte en elle cette force universelle qui fait vibrer le monde.

Jean-Marc Gelin

 

Prochains concerts :

 

- 19/09 au Sunside à Paris

- 27/09 à Cerny

 

 

 

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 07:49

 

Motema 2014

ofarrill.jpg

 

Si vous avez les pieds qui vous démangent en ce mitan de l’été caliente, n’hésitez pas un seul instant. Avec l’afro latin jazz orchestra du piansite et chef d’orchestre Arturo O’Farrill, vous allez être servi. C’est vrai, vous allez me dire, tout est dans le titre et a priori il devrait pas y avoir de surprise.

Et pourtant si les clichés de la musique cubaine, de la salsa sont bien présents avec tout plein de cuivres et de soufflants comme on aime, avec des musiciens qui jouent en faisant avec classe un petit pas à gauche un petit pas à droite sur un rythme de salsa que c’est pas possible de rester de marbre, il , le pianiste-arrangeur se montre néanmoins d’une passionnante inventivité. Certes ces gars-là envoient la sauce comme pas possible.

 

Mais autour du groove Arturo O' Farill apporte un soin extrême à la qualité de ses arrangements, invite des guest stars ( Vijay Iyer, Donald Harrisson, DJ Logic) varie les couleurs tout en gardant la trame latine. Rythmiquement c'est l'enfer comme sur ce Quarto de colores qui met la barre particulièrement haute pour parvenir à cette pâte homogène en alliant percussions et harpe. Il y a des moments forts comme cette Gnossienne 3écrite comme une suite et cette voix d'Antonio Lizana (magnifique et sublime sax alto !!!). Au carrefour de plusieurs musiques, Arturo O’Farrill sort la salsa de ses enfermements et donne dans le syncrétisme. Ajoute ici un slammeur ( DJ Logic), fait descendre son big band de latinos dans la cité du croissant un jour de mardi gras ( On the corner of maleca and Bourbon), installe des tourneries latines comme sur ce The mad hatter featuring Vijay Iyer totalement hypnotique.ofarrill2.jpg

Toujours sur le qui-vive, toujours inventif, Arturo O’ farrill se révèle un compositeur, arrangeur et chef d’orchestre de très haute volée et de grande classe. De la race des seigneurs, il vous emmène dans une sorte de narration intelligente, farandole  dansante aux carrefours de tout plein de musiques percussives. En conviant toutes ces influences dans un creuset magnifique, O’ Farrill bouscule les codes de sa propre latinité. C’est passionnant.

Jean-Marc Gelin 

 

 

 

 

  

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 08:24

 

Blue Note 2014

 Enjoy.jpg

C’est pas comme ça que Blue Note devrait fêter son anniversaire. Certes Bobby Hutscherson fut l’un des héros du label dont il a signé parmi les plus belles plages. Mais avec cet album très classique jouant sur les fibres d'un hard bop un peu policé, Blue Note comme Hutcherson prennent de l'âge et peinent un peu à développer des idées neuves.

Heureusement il y a ici l'apport d'un Dave Sanborn ( c'est vraiment une année de come back pour lui) au son acéré et brut, qui enfonce les lignes avec une aisance toute aérienne et gracile. A l’instar d’un critique de Downbeat ( voir le numéro de juille), je pense que c’est une des meilleures prestations qu’on ait entendues de lui ces derniers temps. Avec Joey de Francesco à l'orgue on est en plein dans cette esthétique ces albums qui ont fait la légende du label ( on pense à ceux de Jimmy Smith ou ceux de Lou Donaldson, en, moins boogaloo).

Pourtant il y manque le feu. Chacun des intervenants fait le gig, sûr de son propre talent sans toutefois que l'énergie soit réellement au rendez-vous. On parle ici de l'énergie collective, de ce fluide du groove qui circule et se transmet d'oreille à oreille, de pieds en pieds. Peut-être à cause d'une rythmique un peu lourde qui ne parvient pas à épauler les trois solistes malgré les efforts louables de cet incroyable phénomène de Billy Hart qui semble faire pourtant ce qu’il peut. A moins encore que ce ne soient les arrangements qui soient finalement en cause. Un peu trop sages à notre goût.

Il y a une tonalité un peu désuète de jazz 90's qui à force endort un peu. La vue est certes belle, mais sur cette carte postale, elle est un peu passée.

Dommage

Jean-Marc Gelin

 

ps : ça c'etait bien, mais c'etait hier....

 

 

 

 

 

 

 


 


 

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