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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:35

 

Rebecca-Cavanaugh.jpgBlack and Blue / Socadisc

Rebecca Cavanaugh – voc ; Frédéric Loiseau – g ; Claude Carriere – p ; Marie Christine Dacqui – cb

En concert: le 23 novembre au SUNSIDE

 

Avec un tel titre, on aura vite compris le projet de cet album qui respire d’une douce nostalgie sans pathos, s’attardant sur des standards, de belles mélodies du jazz. Puisque le sous-titre est « Summer in all seasons », cet album, en dépit de sa première chanson, « Autumn leaves » peut s’écouter à loisir, en toutes saisons d’autant que le guitariste Frédéric Loiseau apporte les harmonies brésiliennes qui réchauffent les mélodies.

Présenter Claude Carrière à quelqu’un qui dit aimer le jazz ou même s’y intéresser est forcément inutile. C’est à lui que nous devons la découverte sur France Musique [sans « s » à l’époque, c’était en 1977] de la série feuilletonnesque ‘Tout Duke’ ! Il se met au piano accompagnant la jeune chanteuse de parents américains mais élevée à Londres, Rebecca Cavanaugh. Tous deux partagent un amour réel pour l’alter ego du Duke, le compositeur de mélodies immortelles Billy Strayhorn : cinq titres « Daydream », « Something to live for », « A flower is a lovesome thing » et « Blood count » lui rendent donc hommage, car Claude Carrière a « le cœur ellingtonnien » selon la jolie formule de son compagnon du JAZZCLUB Jean Delmas.

La chanteuse sert ce répertoire d’une voix tendre et voilée, toujours sur le bord de la fêlure. Sans jamais hausser le ton, sur le mode de la confidence et du murmure, elle berce délicatement de son vibrato léger, «Sometimes it snows in April », ballade de Prince sur fond des cordes de la guitare et de la contrebasse réunies.

Les arrangements sont soignés et voilà bien une chanteuse qui laisse de l’espace aux musiciens : écoutez le piano sur « Something to live for », la première chanson de Strayhorn enregistrée par Ellington ou sur la valse enivrante et mélancolique« Lotus Blossom ».

Piano et contrebasse terminent l’album d’un sombre  Bloodcount », alors que l’on se plaît à rêver devant la pochette illustrée de la composition de Sonia Delaunay (la mère de Charles) « Cinema ». 

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:17

 bobomoreno.jpgStunt Records / Sundance

Cd 10112

 

 

 

Ces Scandinaves sont décidément étonnants dans leur façon de s’ancrer dans une tradition et de la faire évoluer doucement .

Le chanteur Bobo Morenoreprend ici un répertoire majoritairement pop de bon goût des chansons de Lennon/Mc Cartney comme « A hard’s day night » ou « Yesterday », immortel tube de Mc Cartney, « 50 ways to leave your lover » du grand Paul Simonqui donne son titre à l’album, mais aussi « Manic depression »  de Jimi Hendrix. Mais aussi « Both sides now » de Joni Mitchell et le très émouvant et réussi « Everytime we say goodbye » de Cole Porter. Il est accompagné de Ole Kock Hansenau piano, Bo Stief( contrebasse et basse électrique) auquel sur certains titres se joint un quatuor de cordes dans l’arrangement de « People get ready » de Curtis Mayfield. Tout le pari des cordes (les Beatles l’avaient bien compris) est de changer la couleur, d’enrichir le propos tout en conférant à l’ensemble une certaine légèreté comme si des danseurs évoluaient en arrière-plan.

Visiblement, Bobo Moreno n’est pas un crooner au sens classique comme Harry Connick Jr à la mèche fringante et au sourire « émail diamant ». Il a une sensualité rauque dans la voix qui rappelle Sting, et sait être lyrique sans être sentimental.

Il reprend tous ces succès avec simplicité et sans fioriture ornementale avec une énonciation très claire, laissant ses accompagnateurs suffisamment d’espace pour servir les mélodies et leur conférer une couleur, un tempo jazz.

Un moment d’écoute très agréable, propice à la nostalgie.

A écouter en sirotant un verre au coin du feu avec des amis. La saison s’y prête, il n’y a pas de mal à se faire du bien parfois !

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 20:27

kaos-diederick-wissels.jpg

2010 – Laborie  

 

 

Diederik Wissels (p, électronique, compositions)

 

Vus de France, Diederik Wissels et le chanteur belge David Lynx semblent indissociables. Ils ont égrainé nombre de prix et d'excellences tant leur collaboration a été fructueuse. Par le passé, le pianiste, belge lui aussi et né à Rotterdam, a aussi connu d'autres collaborations émérites avec Larry Schneider, Kenny Werner, Philip Catherine et Marc Ducret. Et avant cela avec Chet Baker. Ces dernières années, il mène deux carrières aux colorations artistiques assez différentes: l'une avec Lynx ou Paolo Fresu en France, l'autre en Belgique avec le groupe Streams du saxophoniste Bart Defoort, entre autres.

Kaos est le deuxième album solo de Wissels et la suite logique à son premier solo Together paru en 2007. Sur Kaos, les treize compositions sont du pianiste: les dix premières constituent une suite de saynètes musicales intitulée « Kaos ». On reconnait volontiers des influences classiques et jazz dans les compositions et dans le jeu du pianiste. Les phrasés idiomatiques du jazz se font diserts à travers de nombreuses influences allant de Bill Evans à Keith Jarrett. Pour exemples, les deux premiers chapitres de « Kaos » nous rappellent les introductions du concert de Bregenz de Keith Jarrett en 1982. Au fil des morceaux, le pianiste se désengage de ces sillons pour se donner à une expressivité, pour le coup, tout à fait personnelle. Les « chapitres » de Kaos, comme les intitulent Wissels, se suivent sans assemblage cohésif apparent, mise à part une certaine application à la mélancolie. D'un chapitre à l'autre, le pianiste chavire, sans transition, d'une chopinade à tiroirs à un  jeu calqué sur des sonorités électro-douces, synthétiques et spatiales qui suggèrent une sensation d'urgence dans le mouvement « Kaos ».

Wissels jouit d'un talent évident pour la composition qu'il associe à un jeu minimaliste sans esbroufe, une émotion naturelle et sans tricherie. La netteté de son propos nous touche tout du long: il caresse la beauté et revitalise les émotions fondamentales.

Pour clore cette rencontre intérieure, « Kronos », la dernière pièce, au piano trafiqué aux effets électroniques semblent annoncer la teneur et le son d'un troisième volet en solo. Sans a priori aucun, laissez vous aller à la musique: Wissels vous amène dans un univers où sa simplicité vraie rend sa musique unique.

 

Jérôme Gransac

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:31

aerophone.jpg

Yoann Loustalot, Blaise Chevallier, Emile Saubole,

Fresh Sound New Talent

Enregistré en 2009 

 

Trompettiste de jazz, expérimentateur de haute volée, subtil accompagnateur, Yoann Loustalot a un son, indéniablement. C’est la première chose qui saute à l’oreille dès l’introduction exacerbée de « Five characters » (in search of an exit ), la parenthèse  soulignant utilement ce sentiment d’énervement irrépressible, ces phrases qui s’épanouissent en volutes énervées, stridentes souvent, en bourdonnement exaspéré.

Ainsi sort le nouvel opus intitulé justement « Aérophone » de Yoann Loustalot sur le label Fresh Sound New talent, dédié justement  au souffle , cette manifestation mystérieuse de l’âme.  Pour régler définitivement ( ? ) la question des influences, citons l’ami Méziat (Jazzmagazine) qui suit le musicien depuis longtemps : «  On le rangerait plutôt dans une série qui irait de Bix Beiderbecke à Tom Harrell, et qui aurait flâné longtemps du côté de Saint-Louis (Missouri), d’où sont issus Clark Terry et Miles Davis, entre autres. » C’est qu’il a eu tout loisir d’écouter le trompettiste, entre autre à certaine édition de son BJF (Bordeaux jazz Festival) au sein d’un groupe original et même improbable Grand Six.

Alternance déconcertante mais bien vue de rythmes, ruptures de tempos dans des  ballades au doux crescendo  comme « Plus de poissons », lentes sinusoïdes méditatives comme dans « Frases »,  ou  « Lamentation » recueillie, volutes charmantes de « Papagei ». Les envols qui suivent détonent d’autant plus joyeusement au bugle ou à la trompette, puique le musicien joue des deux avec aisance.

Ses acolytes l’accompagnent sobrement : ils savent faire ce qu'il faut pour impulser le mouvement comme dans « Petit pays ». Ce sont Blaise Chevallier à la contrebasse et Emile Saubole aux drums : leur musique  n’est jamais aussi souple que quand elle est jouée en douceur.  En résumé,  avec un son délicat, un phrasé d’une limpidité saisissante dont on se plaît à suivre les méandres, à la fois sensible et technique, ce trompettiste est à suivre avec attention, même si, comme le soulignait finement Philippe Méziat, l’on s’attache plus encore à l’énonciation qu’ au sens même du discours. Et c’est un peu dommage.

 

Sophie Chambon

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 19:24

Act – 2010

IyerSolofront001.jpg 

En août 2009, lorsque j’ai interviewé Vijay Iyer pour les DNJ, je lui posais cette question : « Je crois savoir qu’après l’expérience du trio, vous allez effectuer quelques concerts en piano solo. C’est quelque chose de nouveau pour vous, pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette évolution dans votre carrière de pianiste et est-ce qu’il est possible qu’un disque entièrement en piano solo soit publié un jour prochain ? » et il me répondait : « Effectivement c’est un challenge pour moi de me lancer dans un répertoire pour piano acoustique solo. C’est important à ce stade de ma carrière de me lancer des défis et de continuer à évoluer. J’espère que je vais pouvoir exprimer et extérioriser plein de choses qui sont à l’intérieur de moi et pourquoi pas, si le pari est réussi, en faire un disque ! » (1). Neuf mois plus tard, à Belmont en Californie, Vijay Iyer enregistre dans les studios OTR ce premier album en piano solo et nous délivre une magnifique introspection musicale jouée avec une profonde expressivité. Il va au fil des plages rendre à la fois hommage à ses maîtres (Ellington, Monk, Steve Coleman) et continuer à approfondir sa propre musique à travers des compositions où il nous dévoile un monde intérieur foisonnant et complexe avec une grande sensibilité et un fort pouvoir émotionnel. L’admirable prise de son de Cookie Marenco est toujours au service de la musique, en prenant des options différentes suivant les titres et les climats suggérés, elle donne beaucoup d’ampleur au son du piano grâce à un système unique que Marenco a lui-même inventé intitulé e.s.e (extended sound environement). Une profondeur de son, qui additionné au jeu complexe, rythmique et harmonique de Vijay Iyer, amène  une dimension orchestrale fort intéressante à cet exercice pianistique solitaire. L’album démarre par « Human Nature » qui n’est pas seulement un hommage à Michael Jackson, mais aussi une référence à Miles Davis (qui avait repris ce thème en 1985 dans son album « You’re Under Arrest »). Vijay développe ici de très riches ornements harmoniques à partir de cette belle et simple mélodie. Pour sa relecture inspirée et profonde d’« Epistrophy » de Monk, la prise de son est plus feutrée et intérieure, les notes jouées, piquées et pointues, ne résonnent pas de la même façon et sont beaucoup moins réverbérées. Avec « Darn That Dream », on constate un jeu où l’économie de notes est au service d’un touché fin et sensible afin de rendre un bel hommage aux piano stride des années 1920-1930. La compréhension  de l’œuvre Ellingtonnienne est totalement assimilée et assumée d’un point de vue subjectif, que ce soit dans le son jungle admirablement bien restitué de « Black and Tan Fantasy » ou dans la vision sombre et lente de « Fleurettes Africaines » où la mélodie ne chante pas si facilement mais résonne en de lointains échos caverneux. La relecture de « Games » (que Steve Coleman avait composé pour le trio de Dave Holland en 1988) propose une complexité rythmique du jeu de piano complètement stupéfiante. Enfin Vijay Iyer reprend la très belle mélodie de « Desiring » qu’il avait écrit pour l’album « Blood Sutra » en 2003 et signe quatre nouvelles compositions pour cet opus solo dont on retiendra surtout le fantastique « Patterns », un morceau phare qui résume parfaitement bien le travail d’introspection inspiré, tendu et poignant, qu’il effectue sur ce magnifique album hautement recommandé.

 

Lionel Eskenazi

 

(1) On peut lire l’intégralité de cette interview sur le lien suivant : link

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 12:05

Enja 2010

Florian Weber (p), Jeff Denson (cb), Ziv Ravitz (dm)

minsarah.jpg  Nous nous étions déjà emballés en 2006 pour le précédent album de ce superbe power trio constitué sous l’égide du pianiste de Cologne, Florian Weber et de ses deux acolytes américains, Jeff Denson et Ziv Ravitz. Les trois s’etaient rencontrés au cours des études américaines du pianiste. Après 4 albums dont le premier remonte à 2001, même emballement pour ce trio dont on se dit qu’il pourrait bien succéder à Svensson tant ils savent manier, sur des motifs simples, un groove irrésistible. Entre école nordique du piano et tentation Meldhienne, Minsarah affirme désormais une réelle maturité. Une façon de jouer sans détour, d’affirmer ce qu’ils savent faire sans trop tourner autour du pot. A force de jouer ensemble depuis presque une décennie, ils se trouvent aujourd’hui les yeux fermés et atteignent à une homogénéité et un son de trio cohérent et diablement efficace.


A 33 ans Florian Weber s’impose désormais comme l’un des pianistes majeurs de la scène actuelle. Pas forcément le plus bluffant sur le plan technique. Pas le meilleur improviateur. Mais assurément doué d’un sens hamrmonique et rythmique qui lui permet de créer le motif, l’alibi, le cadre. Et ce n’est pas un hasard si Lee Konitz, lorsqu’il ne joue pas avec Dan Tepfer s’en est fait un accompagnateur privilégié signant même plusieurs albums avec le pianiste. Disciple de John Taylor qui ne tari pas d’éloges sur lui et de Paul Bley, Florian Weber a gardé d’eux cette façon de faire swinguer l’intervalle, de rebondir sur la rythmique comme en témoigne ce Alone Together, l’un des deux standards de l’album qui prend des allures d’exercice de style où l’art du swing se mêle insensiblement à celui de la fugue,  ne reniant jamais complètement sa propre culture classique ( Bach et Bartok en filigrane).

Droits dans leurs bottes et à l’aise dans leur format, le trio, où chacun compose seul ou à plusieurs mains l’essentiel du matériau est toujours cadré, toujours en place. L’écriture est belle et les arrangements laissent respirer la musique avec beaucoup d’élégance et de légèreté. Ça fonctionne bigrement avec autant de fluidité que de fraîcheur. La musique évolue, insensiblement, restant toujours en parfaite cohérence, et si les chiens ne sont jamais vraiment lâchés c’est surtout que le trio a le swing élégant et subtil. Et nous, on marche dans le coup de ce trio moderne .

Jean-Marc Gelin

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 21:36

bineau.gifWARED 

Edouard Bineau Wared Quartet

1 Cd Derry Dol / Soca Disc

Avril 2010

 

Conquis par des mélodies tendres et ardentes à l’image de « Wandering», des thèmes chantants que l’oreille s’approprie comme ce troublant, hypnotique « My unhappy friend » tricoté magistralement par le contrebassiste Gildas Boclé, nous nous sommes laissés charmer dès l’initial « Rootless ». C’est en effet la première impression qui l’emporte, à l’écoute du quartet du pianiste Edouard Bineau, Wared (anagramme d’ Edward). Non que ces titres soient faciles mais chaque ligne instrumentale est d’une parfaite lisibilité dans un style plus vif,  rock.

Le trio aguerri, depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre (on se souvient du joli titre et de la musique forte de L’obsessionniste, dédié au singulier Facteur Cheval) accueille en son sein un formidable partenaire qui renouvelle son énergie et change quelque peu la donne mélodique, le saxophoniste allemand Daniel Erdmann. Sur tous les fronts en ce moment, dans des formations très différentes, il joue avec une vigueur extrême et un appétit qui paraît insatiable.

C’est comme un récital du saxophoniste qui s’entend ici, de prime abord : Daniel Erdmann peut tout exprimer avec son saxophone, développer des volutes sinueuses, longues et gracieuses, et l’instant d’après, lâcher prise, sauvage et rauque, changer brutalement le tempo, redevenir sensuel sur le bien trouvé « Charmeur de pierre », se livrer à des improvisations courtes mais frémissantes, énervées dans « Un tabouret pour deux » avec Edouard Bineau ou délivrer un choc à trois sur« Un fauteuil pour trois »avec l’altiste Sébastien Texier, l’autre saxophoniste (guest sur 3 titres). 

Quant au pianiste, il dose parfaitement ses interventions égrenant de façon sensible notes perlées et cristallines, alternant douce violence et lyrisme discret. Formidablement attentif, il pose les bases du discours dans ce groupe à la paire rythmique forte (on retiendra le solo du contrebassiste sur «Wared »). Chacun se donne le temps de construire dans l’échange, le façonnage musical est accompli.

Au fil de ses compositions, Edouard Bineau force l’attention, ce qui est la marque des grands, comme dans son solo époustouflant et inattendu de « Big foot » ou le touchant « Maman Rose » . 

Pour cette formation terriblement cohérente et enthousiasmante sur scène, à n’en point douter, Edouard Bineau a en effet composé une succession de titres, aux climats changeants jusqu’au « Red blues » final, qui, s’il n’est pas vraiment incandescent, n’en est pas moins admirablement construit. Même la reprise de Brassens « Je me suis fait tout petit », assez surprenante dans ce répertoire, est détournée de belle façon, tout à fait assumée et …réussie.

Ce nouvel ensemble est une formation qui devrait s’imposer rapidement. Le disque est déjà un régal mais je conseillerai absolument d’aller voir ce quartet en live :alliant mélancolie douce, groove persistant, frémissement passionné, cette musique, à la couleur particulière de lune, touche immédiatement …l’âme.

 

Sophie Chambon

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 23:59

ECM 2010

Charles LLyod (ts, ss), Jason Moran (p), Reuben Rogers (cb),

 charles-llyod.jpg

C'est avec une certaine nostalgie que Charles Lloyd revient aux fondamentaux des  standards, dans une forme dépouillée et épurée à l'extrême. On l’avait laissé avec Zakir Hussain pour une longue parenthèse un peu world. Mais aujourd’hui, un peu à la manière de ce que faisaient récemment Charlie Haden et Keith Jarrett pour le même label (Jasmine -2009) le saxophoniste revient aux standards et aux ballades avec dans le cas précis de Charles LLoyd, une vraie nostalgie coltranienne qui ne l’a jamais réellement quitté.

Toujours dans l’émotion à fleur de peau, le saxophoniste a 72 ans ne cesse de nous toucher par son évidente fragilité. Certains s’étonneront de son manque de justesse, toujours à l’extrême limite. Et l’on peut aussi s’étonner que les studios d’ECM aient choisi de laisser intact cette fêlure. Et l’on imagine aussi qu’il ne s’agit pas d’un parti pris esthétique mais plutôt le choix de l’authenticité d’un moment d’émotion rare.

Mais surtout quel son ! Jamais le saxophoniste que l’on sait depuis toujours émule de Trane n'a paru s’approcher si près de ce son. Ce son d'une incroyable densité capable de renverser les montagnes dans des mélodies aussi souvent jouées que ces standards qu’il revisite cependant comme au premier jour. Qu'il joue ces standards ( I fall in love too easily) ou qu'il joue des negro-spirituals ( Un get down Moses bouleversant) ou des thèmes de Monk (Monk’s Mood, Ruby my dear) Charles Llyod tient ici une sorte d’album référence à la dimension de « Ballads » l'album éponyme de Coltrane. La même anche, le même phrasé, la même sinuosité du grave à l'aigu, la même intensité de la note. Saisissant mimétisme on l’a dit. Clin d’œil affectueux aussi comme dans ce The Water is Wide où LLyod fait une discrète citation de Bye Bye Blackbird. Jusqu’à clôturer l’album par un texte, Tagi lu par Charles LLyod. Mimétisme encore qui ne laisse d’évoquer le saxophoniste de Philadelphie et son poème dans A Love Suprême.

Comme a l’accoutumé, Charles Lloyd s’accompagne de ses fidèles camarades de jeu : Eric Harland et Reuben Rogers, contrebassiste immense dans cet album à l’image de cette intro de Water Is Wide où il trouve des accents à la Charlie Haden justement.

Dans ce Mirror, sans être tout à fait un testament, Charles LLyod livre un part précieuse de lui-même, le reflet d’une part de l’intime. On pourra peut-être reprocher à Manfreid Eicher d’avoir « sur-marketé » cet album. Mais l’on ne doute pas de la sincérité de Llyod qui, avec tendresse mais sans la moindre tristesse, parvient ici à transmettre comme rarement il l’a fait auparavant, une sérénité intérieure, dans l’art de l’épure et dans la plénitude du son. Un vrai album de paix.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 23:26

groupeoccidentale.jpgMaxiphone Collectif – Geste Distribution

 

 

 

Fred POUGET (cl,compositions), Gwen GOULENE (fl,acc, bombarde,compositions), Ronan LEGOURIEREC (sax baryton,bombarde,compositions), Maurice FARI (dr), Anthony MASSELIN (cornemuse, uillean pipes), Anne COLAS (piccolo, fl), Guillaume SCHMIDT (ss,as,ts), Fidel FOURNEYRON (tuba,tb), Claude BARRAULT (tp,bugle)

 

 

Pas moins de quatorze titre, composés majoritairement par Fred Pouget et Gwen Goulène, pour ce nouvel album de l’Occidentale de Fanfare qui relance la machine après trois ans d’absence. A l'origine, quinze musiciens œuvrait pour une musique alliant deux genres de musiques traditionnelles que sont le bagad breton et la ripataoulère gasconne. Aujourd'hui, cet orchestre s'est recentré autour de neuf musiciens avec un projet axé sur les danses. C'est la musique de la renaissance que nous propose L'Occidentale de Fanfare en Version Originale: enthousiasme, ferveur et énergie sont au rendez-vous. A la direction artistique, Fred Pougetdonne dans le côté ethnique à tout prix: musique celtique (folklores irlandais et bretons), marche militaire à l'écossaise, musette, sifflements boy scout. Donnez vous le temps d'imaginer le travail d'écriture que représente l'association des cornemuses et bombardes avec des saxophone baryton, trombone et batterie!

Globalement on distingue deux types de compositions. Le premier est basé sur des mélodies celtiques, jouées par les instrument du crû, sur une rythmique jazz funky et des rythmes binaires groovy. Le deuxième est consacré à des mélodies réussies qui prennent la forme de chansons – sans paroles – ou de valses (flute, clarinette, sax, accordéon) bien composées et qui fonctionnent très bien.

Il y a là un véritable talent d'écriture pour de méticuleuses mélodies (« One for Jules », « A la campagne »), une originalité dans les genres musicaux et des instrumentistes talentueux. Sans aucun doute... En revanche, la direction artistique nous fait tiquer. Un proverbe anglais dit: « A gentleman is a man who can play the bagpipe, but does not ». A l'instar de Rufus Harley, qui se définissait lui-même comme le Coltrane de la cornemuse (gasp!!), Fred Pouget a usé à outrance des bombardes et cornemuse engoncées dans un format jazz qui oblige les instrumentistes à la performance ... pour un résultat souvent crispant. Loin de tomber dans le grotesque2 - car ces musiciens ont du talent - il reste une écoute parfois difficile tant on appréhende le virage dangereux dans le déroulement des pièces celtiques à l'accent groovy et dense. Si, en revancje, les ballades se montrent poétiques, frémissantes d'émotion et pour le coup dansante (« Madame qui... »), Version Originale manque d'homogénéité. Visiblement, la recherche de l'originalité maximale se fait parfois au défaut de la musicalité... mais ce projet mérite l'écoute sans doute aucun.

 

Jérôme Gransac

 

Myspace du groupe

 

1« Un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse, mais qui n'en joue pas »

2 pour l'exemple, on pense à nouveau à Rufus Harley qui jouait Love Supreme en s'essouflant totalement dans sa cornemuse.

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 20:37

 

benita-.jpg

Zig Zag Territoires/ Harmonia mundi

Collection Pure /Philippe Teissier Du Cros

2010

Michel BENITA,  Miyeko MIYAZAKI, Eivind AARSET, Matthieu MICHEl, Philippe GARCIA

 

Plus qu’à un folklore imaginaire, ce nouvel album du contrebassiste Michel BENITA nous invite à un voyage « alternatif », solidaire et responsable. Au regard des nationalités des membres de la formation, et de l’instrumentarium original, on pourrait penser à un « mesclun » de pop, folk, jazz et électro, pimenté du son inoubliable du koto. C’est beaucoup mieux que cela et on se trouve sous emprise, dans le flux continu de cette musique vite planante.

 

Avec cet ETHICS bien nommé, on change de climat, et il se dessine une autre géographie par la richesse de tons, la diversité des timbres et les couleurs qui se mêlent : le koto et la voix envoûtante de Mieko Miyazaki , la trompette lunaire de Matthieu Michel qui, avec son phrasé aéré, fait respirer la musique, la guitare fine de Eivind Aarset, la batterie intense et toujours attentive de Philippe Garcia, and last but not least la contrebasse charnelle de Michel Benita ! Ils ne sont que 5 et pourtant leur musique emplit l’espace intensément, d’un son très pur, spatial (on se croirait chez ECM ).

Fantômatique et inspirée, cette musique l’est bel et bien, et sous le calme apparent, brûle une intensité maîtrisée comme dans cet « Haïkool » étrangement étiré en son début, qui dégage ensuite de plus vives aspérités. On part en exploration aux accents extrême-orientaux de cette étonnante joueuse de Koto, déjà complice de Nguyên Lê dans le dernier album du guitariste. Sa voix troublante, trait d’union de cette musique altermondialiste, entraîne une tournerie grisante électronique et hypnotique. Le son de la trompette, écho étouffé se coulant dans les effets électroniques et les samples, distille une sensualité rare dans l’espace aménagé par le tapis des cordes.

La jouissance du son le dispute à la pertinence du propos, constituant une invitation au songe, à la liberté de jeu, d’écoute, des sens.

Cette ouverture aux mondes, cet esprit nomade qui se joue des frontières de styles et de pays sont remarquablement décrits dans les notes éclairantes de Stéphane Ollivier qui évoque « l’archipélisation » actuelle, chère à l’écrivain antillais Edouard Glissant.

Ethics nous transporte du Japon millénaire à la Scandinavie sauvage, de l’Orient mystérieux aux Highlands brumeux ( le traditionnel « Oran Nan Raiders ») et on se régale des accordailles de la Koto avec les décharges saturées ou au contraire les notes perlées de la guitare. La référence prégnante à George Harrisson (« Green Power » lui est dédié) n’est pas indifférente ( reprise de « Blue Jay Way »). La musique partagée par le quintet ne cesse de raconter et l’on suit la narration sur une lisière, là où les chemins serpentent, entre cultures et territoires.

Salutaire en ces temps troublés de repli frileux sur des valeurs individualistes et trop souvent communautaristes.

 

Sophie Chambon

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