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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 21:10
BRUNO ANGELINI : « Instant Sharings »

La Buissonne RJAL397022 / Harmonia Mundi

Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violon, violon ténor, effets électroniques), Claude Tchamitchian (contrebasse), Edward Perraud (batterie, percussion)

Jazz de chambre dira-t-on ? Peut-être.... Jazz, assurément, avec cette fine connivence propre à la musique de chambre, le goût des nuances exacerbées, et à chaque instant cette liberté propre au jazz, qui donne à entendre, dernière chaque note de chaque musicien, une délibération autonome dans un espace collectif.

Les compostions sont majoritairement celles du pianiste, mais l'on y trouve aussi la reprise (en deux versions : introductive et conclusive) d'un thème de Paul Motian, Folk song for Rosie (qui en donna une première version en 1979 dans « Voyage », puis plusieurs autres....). Suit un thème de Wayne Shorter, issu de son duo avec Herbie Hancock, et plus loin une composition de Steve Swallow tirée de l'album « Echoes ». Dans tous les cas, ce qui va prévaloir, c'est l'intensité du lyrisme, avec une forte expressivité, forte mais retenue, pour jaillir parfois jusqu'en un épisode violent. Les compositions de Bruno Angelini sont dans une adéquation remarquable avec l'instrumentation, la personnalité musicale de chacun des partenaires, et avec les reprises déjà citées. C'est à tous égards du grand art, et s'il est pertinent parfois de dire de certains musiciens qu'ils tutoient le sublime, on pourrait dire qu'ici ils le caressent, jusqu'à le troubler.... Troubler le sublime : c'est peut-être l'une des portes du bonheur musical !

Xavier Prévost

Une vidéo du groupe, dans le live de la Matinale culturelle de France Musique : http://www.dailymotion.com/video/x2tek33

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 21:06
SMTHG CLOSE TO SMTHG

“Something Close To Something”

Quartet d’André Jaume

Label Durance/ distributeur Orkhêstra International

www.label-durance.org

www.atelier-de-musiques-improvisées.org

Dès les premières notes, on se retrouve dans une ambiance familière, une énergie propre au jazz qui rayonne au sein du quartet du saxophoniste André Jaume. Il s’en donne à cœur joie, acompagné du guitariste Alain Soler, du fils de celui-ci, Anthony Soler à la batterie et de Pierre Fenichel à la contrebasse.

On découvre ensuite qu’il s’agit d’une histoire d’amitiés, d’une rencontre fondatrice en 1991 entre le saxophoniste et le guitariste après que celui-ci ait écouté Something, enregistré en 1990 à New York sur le label sudiste Celp (fondé par André Jaume) avec Bill Stewart, Joe McPhee, Anthony Cox, Clyde Criner.

L’année de la rencontre d’Alain Soler avec André Jaume, le guitariste ayant obtenu le premier prix de la classe d’ensemble Jazz de Marseille dirigée par Guy Longnon, crée l’Atelier de Musiques improvisées dans le 04 (Alpes de Haute Provence). S’ensuit la création du label Durance, à la production discographique régulière, à laquelle participe en complice éclairé, André Jaume.

Ces précisions ne sont pas inutiles pour comprendre que ce disque actuel est construit comme un miroir inversé ( par exemple, le premier thème « 278 » s’appelait « 872 »), une sorte de mise en abyme autour des compositions du premier SMTHG, transformées en autant de « plagiats-prétextes jubilatoires », en déconstruisant rythmes, trames harmoniques, mélodies originelles. On est bien au cœur du dispositif du jazz, dans l’échange, le partage sans œillères, l’amour de la variation qui peut conduire à des translations sans fin. Douces modulations, irisations tendres, puissance plus instinctive du rock, voilà des transformations audacieuses réussies, un répertoire abordé différemment, rafraîchi en quelque sorte. Un album très agréable à découvrir, concocté par un formidable musicien, passeur incomparable, nourri de cette tradition jazz. Il a su s’entourer d’amis talentueux qui font résonner l’ensemble avec une belle homogénéité, puisque tous arpentent les mêmes rivages, à la recherche d’un horizon partagé.

Du jazz comme on l’aime, sans esbroufe, qui groove élégamment, un album-mémoire du passé obsédant et toujours exaltant de cette musique.

Sophie Chambon

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 00:11
TAM DE VILLIERS 4 tet : «  Panacea »

TAM DE VILLIERS 4 tet : « Panacea »

Whirlwind 2015

Tam de Villiers (g), David Prez (ts), Frederic Chiffoleau (cb), Karl Jannuska (dms)

Tam de Villiers ne cesse de nous surprendre album après album.

Ce jeune guitariste anglo-Sud Africain vivant à Paris s’impose en effet comme l’un des garçon les plus intéressant du moment sur cet instrument, avec une vraie constante dans la progression de sa musique. Depuis 2003 qu’il s’est installé dans la capitale, Tam de Villiers qui en est à son troisième album est en effet toujours resté attaché à son quartet de départ où seul Frederic Chiffoleau a pris la place de Bruno Schorp.

Il faut dire que la musique qu’il compose est exigeante et repose sur une compréhension quasi télépathique entre les membres du quartet. Tam De Villiers écrit une musique en apparence difficile, tirée de concepts empruntés à l’alchimie et à la géométrie dont la substance évoque celle de Steve Coleman ou encore les tiroirs dodécaphonique de Schönberg. Pourtant Tam De Villiers, que l’on sait par ailleurs proche de Marc Ducret, reste attentif à ne pas donner à sa musique un caractère trop cérébral, trop intellectuel, mariant des personnalités musicales du quartet très différentes et leur laissant des vraies plages d’expression et d’improvisation.

Sur 4 titres, Tam De Villiers convie le superbe chanteur Gabor Winand que Tam de Villiers avait découvert sur l’album que ce dernier avait réalisé avec le guitariste hongrois Gabor Gado. Le chanteur s’y fait alors presque instrumentiste vocal sur des textes inspirés de la poésie Jungienne.

Le résultat de cet album est surprenant et parfois fascinant . Un peu kaléidoscopique.

Il y a dans la musique de Tam De Villiers quelque chose d’organique dans l’agencement de la pâte sonore, dans les revirements harmoniques et dans les passages alternées de l’atonal et du modal et dans les tiroirs qui s’emboîtent les uns dans les autres pour former un ensemble cohérent.

Un ensemble captivant.

Jean-Marc Gelin

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 12:46
FREDERIC COUDERC : Sax Stories

DVD Stories FREDERIC COUDERC

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sax ....sans jamais oser le demander

Un voyage musical dans le monde de Monsieur Adolphe Sax ...

Sortie du DVD 1er juin 2015

Gaya music production /distribution Soca Disc

Stephane Coens : réalisation DVD

Frédéric Couderc (saxophones) et Patrick Cabon (piano)

Concert le 12 juillet à Strasbourg pendant Sax Open à 11h0 studio 400 de la Cité de la musique et de la danse

http://www.francemusique.fr/personne/frederic-couderc

Après une introduction volontairement langoureuse et voluptueuse sur le tango d’Astor Piazzola « Oblivion », Frédéric Couderc entreprend, avec son délicieux accent méridional, de raconter l’histoire des saxophones et de leur génial inventeur, Adolphe Sax né à Dinant, Belgique en 1914. Virtuose de la clarinette, instrument de perce cylindrique, il voulut augmenter son volume pour jouer dans les fanfares de rue : il eut l’idée de joindre un bec de clarinette basse sur un ophicléide (instrument de perce conique, à embouchure et à clé ...qui n’existe plus de nos jours). Le premier saxophone était né, le saxophone basse en ut.... dont Frédéric couderc nous donne une illustration immédiate avec « Indiana ». Dès le début, le saxophone a sa forme définitive, avec ce son moelleux que l’on entend dans le « tube » de Gabriel Fauré, la suave mélodie d’ «Après un rêve ». Fred Couderc la reprendra d’ailleurs en conclusion du DVD avec rien moins que six instruments différents comme le soprano, le c melody, l’alto droit, le taragot...

Accompagné au piano par Patrick Cabon, entouré de ses 25 saxophones, dont certains sont rares, voire inédits, il évoque la grande famille des instruments inventés par Adolphe Sax : sax horns, sax tromba, sax tuba et saxophones en si bémol et mi bémol. Ainsi, dans le quatuor de saxophones, on retrouve le soprano en Si b, l’alto en Mi b, le ténor en Si b et le baryton en Mi b ; mais existent aussi le sopranino, plus petit mais très aigu en Mi b, le basse en Si b et le contrebasse en Mi b.

Un petit jeu à présent pour vous apprendre à reconnaître les sonorités : le saxophone alto est présent dans les solos romantiques de la musique classique comme dans « Le vieux château » des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Il est proche de la sonorité du cor anglais, qui peut être également remplacé par le mezzo soprano en fa, dans le largo de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak.

Il existe aussi des transcriptions pour le sax baryton sur la Suite n°1 de Bach écrite pour le violoncelle.

Pour qui s’intéresse aux instruments et en particulier au saxophone si emblématique du jazz, voilà un récit initiatique, truculent et illustré d’extraits superbes empruntés aux différents styles musicaux. Car si, à ses débuts, le saxophone est utilisé dans la musique de fanfare pour sa puissance, Adolphe Sax le fit connaître à Berlioz qui écrivit la première pièce pour l’instrument. Bientôt d’autres compositeurs illustres s’y intéressèrent Bizet, Debussy, Stravinsky, Gershwin. De la musique classique au jazz, le saxophone peut jouer tous les répertoires, aussi bien une valse de Gus Viseur que du rock, du funk, de la variété, de la world music. Rien ne lui est interdit comme dans ce « JK Groove » de Fred Couderc lui-même. Mais revenons au jazz qui est la musique de prédilection de cet instrument. En 1939, Coleman Hawkins joue « Body and Soul » avec un vibrato exacerbé qui ressemble à la voix humaine. Sidney Bechet, le père du saxophone soprano, d’une sonorité plus timbrée car il est plus légèrement conique excelle dans «Struttin’ With Some Barbecue ». Le saxophone est LA voix du jazz. Ecoutez donc ce « Sophisticated Lady » de Duke Ellington au baryton, plus rocailleux, ou encore ce « Creole Love Call » qu’interprète Fred Couderc avec plusieurs saxophones en même temps, à la façon de Roland Kirk, l’un de ses maîtres dans «The Inflated Tear ».

Voilà un DVD bien conçu, pédagogique et ludique, qui nous conduit sur les terres musicales défrichées par les saxophones. Frédéric Couderc est le guide rêvé pour cette exploration de toutes les facettes d’un instrument qu’il connaît sur le bout des clés et des anches, la preuve avec ce « Vocalise » de Rachmaninoff au saxophone ténor en ut, droit de forme comme l’alto droit, le « stritch » de Kirk. Ce type là est un fou de son instrument, un passionné collectionneur, je l’avais bien senti, à l’écoute de son album Coudophonie, déjà chroniqué aux DNJ : http://www.lesdnj.com/article-frederic-couderc-coudophonie-88716313.html

Car Fred Couderc aime tellement cet instrument qu’il a conçu un prototype, le coudophone ....

Donc, si vous avez encore des questions sur le saxophone, après la vision de ce DVD, un conseil ... consultez.

NB : Le bonus est plus technique : il y est question de mécanique, de matériel : on y apprend comment se fabriquent les instruments chez Julius KEILWERTH et en particulier, l’élaboration des anches chez le spécialiste VANDOREN (cannes de roseau cultivées dans le sud est).

Sophie Chambon

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 22:10
Laura Perrudin : «  Impressions »

Chromatic harp, vocals, percussions & electronics / programming by Laura Perrudin

Distribué par l'Autre Distribution

Laura Perrudin est une jeune femme de grand talent qui ne cesse de multiplier les récompenses . Jugez en plutôt : lauréat du tremplin national Jazz à Vannes 2013, prix de composition au Concours national de Jazz de la Défense 2013 à Paris, 2e prix de la Montreux Jazz Voice Competition 2014, prix d'aide à la professionnalisation au tremplin du festival Jazz à St-Germain-des-Prés 2014 à Paris. Excusez du peu.

Il faut dire que cette jeune harpiste a tout pour elle et en premier lieu le sens d’une écriture remarquable à laquelle elle allie la voix évanescente et la sensualité des chanteuses modernes. On pense à Joni Mitchell ou à Gretchen Parlato. Référence d’autant plus pertinente qu’elle avoue son penchant prononcé pour l’écriture de Wayne Shorter dont on sait proche la chanteuse américaine. Parfois même à Jeanne Added aussi. C’est qu'il y a, comme chez ces chanteuses la grâce et de la poésie des arrangements superbes qui lui permet de déambuler entre les harmonies et les dissonances qui frottent, avec l’agilité d’un chat passant de toit en toit. Comme si ce numéro d’équilibriste de l’harmonie lui était aussi naturel que pour nous, de marcher. Seule avec sa harpe chromatique électrique, Laura Perrudin explore les sonorités, semble se délecter à s’y perdre. S’y fait candide. Et c’est là que l’instrumentation se porte au service d'un discours d’une extrême richesse musicale et d’une très grande douceur.

Car Laura Perrudin qui a notamment travaillé avec la chanteuse Leila Martial a, comme sa jeune aînée ( mais en explorant d’auyres voix), le don de se créer un véritable univers dans une sorte de lévitation à peine perturbée par de délicates interférences dans le son qu’elle gère comme autant de petites incongruités sonores qu’elle crée et qui apparaissent comme par la magie d’une fée. Celle de brocéliande s’entrevoit dans l’imaginaire de cette jeune bretonne.

Nous sommes véritablement, comme il y a deux ans au Sunside, tombés sous le charme de Laura Perrudin.

Pas la peine de vous souvenir de son nom. Vous n’avez pas fini d’en entendre parler.

Jean-Marc Gelin

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 22:08
YUVAL AMIHAI Trio : «  Longing »

Yuval Amihai (g), Damien Varaillon (cb), Gautier Garrigue (dms)

Yuval Amihai est certainement un inconnu pour la plupart d’entre vous. Mais pas pour le microcosme du jazz Parisien où il commence, petit à petit à se faire un nom. Remarqué il y a deux ans lors du tremplin de Saint Germain, ce jeune guitariste israélien vivant à Paris ne se démarque pas d’une ligne artistique qu’il assume jusqu’au bout. On se souvient de cette édition du tremplin où, selectionné pour revenir en final le lendemain, le garçon avait été le seul à avoir consacré sa nuit entière à écrire un tout nouveau morceau pour venir nous le présenter. Chapeau l’artiste !

Yuval sera donc pour beaucoup la découverte d'un guitariste d’une rare élégance. Un de ceux qui, à l’instar d’un Fréderic Loiseau de ce côté-ci de l’hexagone, a la mélodie chantante au bout des doigts et de ses six cordes. Ce n’est pas pour rien qu’il se lance, sans crainte et avec un amour débordant à la rencontre de grands standards comme Skylark, Lover man ou encore My romance dont il magnifie chaque fois les superbes mélodies.

Yuval Amihai est le guitariste de l’apparente simplicité et surtout de la sensibilité et de l'élégance. Il fait ainsi chanter sa guitare, allant chercher dans ses impros des détours harmoniques assez subtils. Car il est zen Yuval, totalement et magnifiquement zen ! Il a même des accents de bluesman à la Scofield dans Forrest forgive them qui sonne très US. en tous cas une composition absolument magnifique. On pense bien sûr à cette grâce du temps retrouvé que l’on entendait chez Jim hall dont il doit certainement assumer une part de filiation. Ce temps qu’il laisse au temps, sans précipitation aucune.

Le trio qu’il a réuni témoigne d’une très grande écoute où chacun joue dans le plus doux du mezzo. Où le velours des notes de Yuval repose sur un lit de satin d’un drumming souple et d’une contrebasse moelleuse.

Totalement délicieux !

On souhaite à Yuval que son chemin de Tel Aviv à Paris se poursuive comme celui de son déjà illustre aîné, Yaron Herman.

Jean-Marc Gelin

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 21:57
Yuval Amihai, Laura Perrudin : les rebonds du tremplin !Yuval Amihai, Laura Perrudin : les rebonds du tremplin !

Coup sur coup, deux anciens lauréats du tremplin Jazz du festival de Saint Germain, dont la dernière édition vient de s'achever, sortent leur premier album.

Deux histoire de cordes : celle du guitariste israélien Yuval Amihai et celle de la harpiste Laura Perrudin.

Deux superbes réussites sous les auspices de l'Autre Distribution et sous le charme desquelles on tombe avec délice.

YUVAL AMIHAI Trio : « Longing »

Yuval Amihai (g), Damien Varaillon (cb), Gautier Garrigue (dms)

Yuval Amihai est certainement un inconnu pour la plupart d’entre vous. Mais pas pour le microcosme du jazz Parisien où il commence, petit à petit à se faire un nom. Remarqué il y a deux ans lors du tremplin de Saint Germain, ce jeune guitariste israélien vivant à Paris ne se démarque pas d’une ligne artistique qu’il assume jusqu’au bout. On se souvient de cette édition du tremplin où, selectionné pour revenir en final le lendemain, le garçon avait été le seul à avoir consacré sa nuit entière à écrire un tout nouveau morceau pour venir nous le présenter. Chapeau l’artiste !

Yuval sera donc pour beaucoup la découverte d'un guitariste d’une rare élégance. Un de ceux qui, à l’instar d’un Fréderic Loiseau de ce côté-ci de l’hexagone, a la mélodie chantante au bout des doigts et de ses six cordes. Ce n’est pas pour rien qu’il se lance, sans crainte et avec un amour débordant à la rencontre de grands standards comme Skylark, Lover man, without a song ou encore My romance dont il magnifie chaque fois les superbes mélodies.

Yuval Amihai est le guitariste de l’apparente simplicité et surtout de la sensibilité et de l'élégance. Il fait ainsi chanter sa guitare, allant chercher dans ses impros des détours harmoniques assez subtils. Car il est zen Yuval, totalement et magnifiquement zen ! Il a même des accents de bluesman à la Scofield dans Forrest forgive them qui sonne très US. en tous cas une composition absolument magnifique. On pense bien sûr à cette grâce du temps retrouvé que l’on entendait chez Jim hall dont il doit certainement assumer une part de filiation. Ce temps qu’il laisse au temps, sans précipitation aucune.

Le trio qu’il a réuni témoigne d’une très grande écoute où chacun joue dans le plus doux du mezzo. Où le velours des notes de Yuval repose sur un lit de satin d’un drumming souple et d’une contrebasse moelleuse.

Totalement délicieux !

On souhaite à Yuval que son chemin de Tel Aviv à Paris se poursuive comme celui de son déjà illustre aîné, Yaron Herman.

Jean-Marc Gelin

Laura Perrudin : « Impressions »

Chromatic harp, vocals, percussions & electronics / programming by Laura Perrudin

Distribué par l'Autre Distribution

Laura Perrudin est une jeune femme de grand talent qui ne cesse de multiplier les récompenses . Jugez en plutôt : lauréat du tremplin national Jazz à Vannes 2013, prix de composition au Concours national de Jazz de la Défense 2013 à Paris, 2e prix de la Montreux Jazz Voice Competition 2014, prix d'aide à la professionnalisation au tremplin du festival Jazz à St-Germain-des-Prés 2014 à Paris. Excusez du peu.

Il faut dire que cette jeune harpiste a tout pour elle et en premier lieu le sens d’une écriture remarquable à laquelle elle allie la voix évanescente et la sensualité des chanteuses modernes. On pense à Joni Mitchell ou à Gretchen Parlato. Référence d’autant plus pertinente qu’elle avoue son penchant prononcé pour l’écriture de Wayne Shorter dont on sait proche la chanteuse américaine. Parfois même à Jeanne Added aussi. C’est qu'il y a, comme chez ces chanteuses la grâce et de la poésie des arrangements superbes qui lui permet de déambuler entre les harmonies et les dissonances qui frottent, avec l’agilité d’un chat passant de toit en toit. Comme si ce numéro d’équilibriste de l’harmonie lui était aussi naturel que pour nous, de marcher. Seule avec sa harpe chromatique électrique, Laura Perrudin explore les sonorités, semble se délecter à s’y perdre. S’y fait candide. Et c’est là que l’instrumentation se porte au service d'un discours d’une extrême richesse musicale et d’une très grande douceur.

Car Laura Perrudin qui a notamment travaillé avec la chanteuse Leila Martial a, comme sa jeune aînée ( mais en explorant d’auyres voix), le don de se créer un véritable univers dans une sorte de lévitation à peine perturbée par de délicates interférences dans le son qu’elle gère comme autant de petites incongruités sonores qu’elle crée et qui apparaissent comme par la magie d’une fée. Celle de brocéliande s’entrevoit dans l’imaginaire de cette jeune bretonne.

Nous sommes véritablement, comme il y a deux ans au Sunside, tombés sous le charme de Laura Perrudin.

Pas la peine de vous souvenir de son nom. Vous n’avez pas fini d’en entendre parler.

Jean-Marc Gelin

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 15:01
LONGNON, ça fait pas pleurer !

Jean-Loup Longnon : « Just in time »

www.longnon.com

Jean-Loup Longnon (tp), Pacal Gaubert (ts), Ludovic Allainmat (p), Fabien Marcoz (cb), Frederic Delestré (dms) + invités

C'est le moins que l'on puisse dire à l'écoute de ce nouvel album du trompettiste qui nous arrive ici dans une forme olympique et d'une sacrée belle humeur. Accompagné d'une formation de talent, Jean-Loup Longnon reste sur le terrain qu'il affectionne, celui des standards de l'ère bop ( Benny Golson, Monk Gillespie), auxquels il ajoute quelques compositions de son cru, très hard bopiennes à l'image de ce Istanbounce particulièrement bien ficelé.

Ca swingue grave et ça groove cool chez Longnon. Les arrangements s’inscrivent dans cette tradition du jazz qu'il aime a perpétuer : un peu entre Kenny Dorham et peut être un peu avec un poil de Thad Jones.

Mais ce qui importe avant tout c'est Longnon lui même, super star tout à l’honneur de cet album.

Et de fait autant derrière ça donne parfois le sentiment de ronronner gentiment, autant dès que le trompettiste prend la parole il se passe toujours quelque chose qui vient tout illuminer avec une pêche d'enfer comme dans cette intervention flamboyante sur Bo-Bun's groove où il étincelle littéralement. Il faut écouter son phrasé sur High Fly pour se rendre compte qu’avec Longnon, c’est du sérieux ! A l'inverse ce Our love is here to stay semble, en contraste bien sage, charmant et gentiment arrangé mais ou l'absence de Longnon se fait cruellement sentir.

Le neveu de Guy Longnon, trompettiste qui jadis brillait avec Fofo ( Forencbach) ou Bechet, a été à la bonne écoute du bop. Et ses classiques, il les maîtrise du bout du bout de ses doigts de trompettiste.

Du bop ? Oui « encore du Bop » comme il le disait en 2008. Car avec Longnon c’est toujours un vrai plaisir. C'est comme boire un bon vieux malt avec un cigare bien installé dans son fauteuil en écoutant quelques trucs un peu oldies mais dont on ne se lasse jamais. Ça fait juste du bien par où ça passe.

Jean-Marc Gelin

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 23:22
JOEY ALEXANDER : « My Favourite things »
JOEY ALEXANDER : « My Favourite things »

Motema 2015

Joey Alaxander (p), Larry Grenadier ( cb), Ulysses Owens Jr., Russell Hall (cb), Sammy Miller (dms), Alphonso Horne (tp)

On voudrait en chroniquant cet album du pianiste balinais Joey Alexander, évacuer une bonne fois pour toute la question de son âge et toutes les notions d’enfant prodige qui vont avec. Car, disons le tout de suite la claque est d’autant plus grande à l’écoute de cet album que l’on apprend que ce jeune garçon n’est qu’un enfant de 12 ans à peine déjà doté au bout de ses doigts touts les ingrédients du génie en herbe. Né à Bali en 2003 le jeune pianiste qui dès l’âge de 6 ans pouvait rejouer des thèmes de Monk juste entendu dans la discothèque de papa, est en effet une vraie révélation.

On voudrait évacuer cette question de l’âge, se dire qu’il n’est pas l’exception, que d’autres à l’instar d’une Jacques Thollot en firent tout autant et que Keith Jarrett avait déjà donné son premier concert 5 ans avant cet âge là. Comme quoi finalement, le génie, c’est d’un banal !

N’empêche, on aimerait faire abstraction de toutes ces contingences pour aller droit à l’essentiel et vous dire que l’on est quand même restés abasourdis devant cet album assez époustouflant. Mais ne vous méprenez pas. On a pas affaire ici à ce genre de virtuoses, comme ces jeunes pianistes japonais(es) qui font sans cesse et à tout bout de champ état d’une brillante et clinquante maestria qui en fout plein la vue à chacune des phrases ( je pense à Hiromi par exemple). Ici, autre chose. Le jeune garçon, à qui l’on pourra reprocher parfois d’en mettre un peu trop, fait surtout montre non seulement d’une maîtrise exceptionnelle mais surtout d’un sens hors norme de l’improvisation où les idées harmoniques semblent jaillir à chaque phrase. Il faut entendre les détours avec lesquels il aborde les standards à l’image de cette introduction de Giant Step, déjà un modèle du genre. Car non content de maîtriser parfaitement son sujet, Joey Alexander le survole littéralement. Tout y est : la gravité lorsqu’il la faut ( Over the rainbow), la légèreté d’un Michel Petrucianni ( It might as well be spring), le sens du groove et du placement ( superbe impro sur Ma Blues au harmonies détonantes), le sens de développements aussi ou encore, justement le ménagement de ces espaces sensibles que l’on croyait pourtant réservé aux plus anciens, à ceux qui ont déjà tout dit. Tout est étonnant chez ce jeune garçon capable de surprendre constamment en émaillant son discours de mille pépites inattendues. Il déroule parfois comme Art Tatum puis l’instant d’après se fait prolixe comme Oscar Peterson mais sans jamais pourtant donner l’idée de plagier ses aînés.

Et c’est là que survient le malaise et que l’on revient à la question de départ : comment est il possible si jeune et donner l’impression d’avoir autant vécu musicalement.

Mais après tout peu importe le flacon et peu importe l’âge du capitaine dont finalement on se fout comme de l’an quarante (que d’ailleurs il n’a pas connu), le temps ne faisant décidemment rien à l’affaire, reste juste le plaisir entier et immense de cet album absolument jouissif de bout en bout et , par ailleurs assez magistral.

Jean-Marc Gelin

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 22:06
ALEXANDRE SAADA : «  Portraits »

Alexandre Saada (p)

Il faut bien sûr oser. Oser franchir le pas si impudique du solo. Oser l'exercice de se mettre totalement à nu dans cet exercice ultime où l'improvisation est fondamentale. Oser exprimer la profondeur de son être, dévoiler les contours de son âme. Et même plus ici puisqu’il ne s’agit pas de lui même mais des autres, des émotions qu’il ressent à leur encontre, de ces portraits en musique tendres et parfois nostalgiques.

Il y a à entendre cette galerie de portraits comme du roman Russe où chacun des hommes et des femmes sont ici imaginés dans tout leur être.

Dans cet exercice si difficile, Alexandre Saada nous montre qu'il est un très grand pianiste. Un explorateur du clavier, de ses résonances harmoniques et de son lyrisme très poétique. Il se dégage de ce solo, non pas quelque chose d'introspectif comme c'est souvent le cas, mais le témoignage d'un romantisme particulièrement tendre et bouleversant.

On entend bien sûr qu'Alexandre Saada a dû beaucoup écouter Keith Jarrett auquel on ne peut s'empêcher de penser et à qui il rend quelques hommages appuyés. On y entend aussi et surtout ses écoles classiques, celles des maîtres français du XIXéme qui prennent ici le jazz par l'impro. L'album est conçu autour de 13 petites pièces, qui sont autant de visages imaginés. De qui ? seul Alexandre Saada le sait et nous laisse en deviner les contours et les courbures, respirer les parfums et même imaginer leurs regards. Il y a alors des élans. Il y a de la respiration. Il y a de la retenue mais aussi parfois des effusions de sentiments. On a parfois le sentiment d'être plongé dans un film de Mikhalkov.

Avec beaucoup de liberté Alexandre Saada s'autorise aussi un morceau au piano préparé aux accents orientalisants. Certes, un peu comme un cheveu sur la soupe dans cette galerie de portraits. Mais pourquoi pas. C’est après tout un peu l’oncle ou la tante d’orient que l’on ignorait et qui revient à l’improviste dans cette réunion de famille ouvrir sa malle de mystères.

On entre alors dans les réminiscences de Saada pour les faire nôtres. Avec un brin de nostalgie et une poésie très touchante. Comme un roman. Une galerie de portraits en somme.

Jean-Marc Gelin

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