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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 21:49

 

Gaya Music Production 2014

Adrien Chicot (p), Sylvain Romano ( cb), Jean-Pierre Arnaud (dms)

www.adrienchicot

cover-adrien-face-300x269.jpg

 

Dans le flot des albums de jazz e que nous recevons ( surtout des trios), il y a parfois quelques petites pépites qui émergent. Des disques qu une fois insérés dans votre lecteur ont ce don de vous donner la banane, de faire bouger vos pieds en rythme et de vous rendre un peu heureux. Celui d’Adrien Chicot fait partie de ceux-là.

Adrien Chicot n'est pas un inconnu pour tout ceux qui s'intéressent de près

ou de loin à la sphère des frères Belmondo en ce compris celle du saxophoniste Samuel Thiebault dont Adrien a partagé quelques aventures et que nous aurons bientôt l’occasion d’évoquer dans ces colonnes. Et que ce pianiste soit si convoité n'est pas étonnant lorsque l'on entend dans cet album qu'il nous livre aujourd'hui son appétit de jeu, son phrasé optimiste, son sens du placement rythmique , son groove et sa grâce du swing aérien. Il a du Mc coy Tyner et du Herbie au bout des doigts lorsque l'on entend une compo comme all-in. Une lecture intelligente aussi des thèmes ellingtoniens et strayhorniens. Jous ballad qui sonne comme un vrai standard avec une superbe rythmique.Ce disque rend un poil heureux.  Il donne des fourmis dans les jambes Il est juste lumineux.chicot.jpg

Pour paraphraser l’on pourrait dire « pour ceux qui n’aiment pas le jazz ! ». Parce que l’on est sûrs au moins qu’ils changeront radicalement d’avis après avoir écouté cet album d’Adrien Chicot.

A mettre dans la hotte du père noël !


Jean-Marc Gelin

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 18:19


Avec Franck Amsallem, Pierre de Bethmann, Thomas Enhco, Manuel Rocheman, Baptiste Trotignon, (piano), Thomas Bramerie (basse), Lukmil Perez (batterie).
Backstage/L’autre distribution

 

DAHAN.jpg

 

Encore une chanteuse, me direz-vous…Elle ne nous est pas tout à fait inconnue, Mélanie Dahan. On l’avait remarquée par des choix artistiques hors des sentiers battus pour ses deux premiers albums, l’un dédié à la chanson française, l’autre aux courants latins. Une personnalité qui illustre toujours son troisième disque. Certes le répertoire s’y révèle des plus classiques, les airs consacrés, mille fois entendus de la chanson et du jazz américains. Jugez un peu, Cole Porter, Victor Young, Herbie Hancock, Benny Golson…
Le choix de ces titres a été effectué en harmonie avec les pianistes invités, Franck Amsallem, Pierre de Bethmann, Thomas Enhco, Manuel Rocheman, Baptiste Trotignon. Pourquoi ces cinq-là ? Réponse de Mélanie en forme de portrait express : « Franck ?, « le swing », Pierre « Une frénésie réjouissante », Thomas, « la délicatesse mélodique », Manuel « Coloriste raffiné et subtil », Baptiste « La virtuosité éclairée ».
Résultat : un puzzle réjouissant où Thomas Bramerie (contrebasse) et Lukmil Perez, (batterie) apportent leur pièce avec justesse et vélocité. Un beau voyage au pays des sons et des songes avec des titres éternels Whisper Not, Every Time We Say Goodbye, Star Eyes, Dedicated to You, What’s new. Et surtout une voix qui ne manque pas de sel et de swing.

  Jean-Louis Lemarchand

 

En concert les 27 et 28 novembre au Sunside (75001) avec Thomas Bramerie et Lukmil Perez et Pierre de Bethmann et Baptiste Trotignon (27), Manuel Rocheman et Franck Amsallem (28).

 

 

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 10:00

 

 

Fidel Fourneyron trombone, Geoffroy Gesser saxophone ténor, et clarinette, Sébastien Beliah contrebasse

www.umlautrecords.com 

www.onj.org

www.fidelfourneyron.com

Concerts  14 novembre  D’Jazz Nevers festival

21 janvier La Dynamo de Banlieues Bleues- Pantin

 

 

un-poco-loco.jpg 

 

 

 

Dès l’ouverture de la pochette, où figure  sur un éclatant fond  jaune, un tableau du peintre renaissance autrichien  Marx Reichlich  « Un fou », on se dit que cette émanation de l’ONJAZZFABRIC  a parfaitement illustré le titre de l’album et de la première composition « Un poco loco » de Bud Powell qui l’était un peu ...fou. Puis on s’aperçoit que logiquement, le trio d’improvisateurs (trombone/sax ténor, clarinette/ contrebasse) a choisi de reprendre dans ce programme le répertoire du jazz des années cinquante, en particulier du bop... C’est en effet la  « redécouverte de ces airs passés qui ont fait en leur temps la folie du jazz » que le trio nous propose. Et s’ils ne paraissent  toujours pas sages, ils sont encore capables d’enflammer un auditoire qui aime le jazz. On est donc content de réentendre ces compositions superbes réarrangées, assez fidèlement cependant  pour que la mélodie soit reconnaissable.  Il est bon de revenir aux compositions de Dizzy Gillespie ....sans oublier Lee Morgan dont il n’existe pas encore de biographie en français.  Et si vous ne vous mettez pas à danser sur la compo « Minor’s holiday » de Kenny Dorham  magnifiée par la contrebasse de Sébastien Beliah, consultez...

En lisant la présentation de l’album, on apprend que  Fidel Fourneyron, membre des très dynamiques et contemporains collectifs  Radiation X, ou Coax  (avec Geoffroy Gesserd’ailleurs) est un amoureux des orchestres swing, soliste chez Laurent Mignard (relecteur passionné de Duke Ellington) et de l’Umlaut big band spécialisé dans la musique de danse...Il y aurait donc des jeunes musiciens qui ne s’affranchissent pas du passé et remontent le temps musical au delà des années 60 ? 

L’un des  atouts de cette démarche est de reprendre ces thèmes gravés dans les mémoires des plus anciens, avec une autre instrumentation. On oublie donc les trompettistes, on écoute une autre «orchestration», des arrangements enlevés car le trio parvient à retranscrire le jus, à garder la sève de cette musique enthousiasmante. Le démarrage nous met dans l’ambiance, tout en payant respect à la mélodie : ça éructe, vrombit, s’interrompt pour mieux rebondir, klaxonne presque...vrille comme un bourdon. C’est rapide et enlevé. Et ça continue avec «Tin Tin Deo » très métallique, chaloupé et lancinant ...quand il le faut. Nos compères arrivent à ajouter encore de la chair à des compositions qui n’en manquaient pas , ainsi du moelleux fondant du trombone sur le moins connu « Rondolet ». C’est souvent humoristique avec changements et variations de tons à la klezmer ou à la Goodman. Dès l’exposition de certains thèmes, on sent une volonté d’en faire autre chose, de casser les attentes, de broder d’autres variations, de déstructurer le morceau. Et cela ne peut se faire que si l’on connaît bien le répertoire et ses chausses trappes (« A Night in Tunisia »). D’autres thèmes donnent naissance à des pépites comme ce « Ca-Lee-So » de Lee Morgan, aux rythmes latins et aux motivations plus commerciales alors, au tournant des années soixante. La version revisitée de ce calypso donne  une composition moins heureuse, plus compliquée, inquiétante et hypnotique par endroits. Quant au thème émouvant de «Poor Butterfly», il est attaqué de façon étrangement lente, étirée pour rendre un peu de la langueur de la mélodie originale... « And then she stopped » de Dizzy Gillespie  devient du jazz de chambre...à la Giuffre quand il ne jouait pas encore free. Ecoutez encore “Back for Berksdale” de Gerry Mulligan, où ça marmonne, “moane and groane”, jouant  sur les citations, allitérations, contrepoints : cela fourmille d’idées, et c’est intelligemment rendu.

On se régale d’un bout à l’autre de l’album qui n’est pas trop long, on aimerait bien les entendre en live, ils vont passer à Nevers et on espère qu’ils feront date...

 

Sophie Chambon

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 19:54

 

Invite Glenn Ferris, Boris Blanchet, le Well String quartet

dans   Précious liquids

ICI LABEL

www.nicodritrio.com


Sortie du disque  le 5 novembre au Sunside à Paris  et au Caméléon en ...Picardie le 7 novembre.

 

nicodri.jpg

Une présentation originale, une annonce qui  promet des «liquides précieux » à goûter, à s’administrer différemment par la voie auriculaire.... On est un peu surpris mais pourquoi ne pas essayer ?[i]  L‘album  est accompagné d’un bel objet sous forme de clé USB, créé artisanalement par le pianiste...

Puis on met le disque dans le lecteur et on écoute cette musique réjouissante,  séduisante à plus d’un titre, assurément un jazz vif qui surgit d’une vraie culture musicienne. Le trio qui a démarré son aventure musicale en 2008 a beaucoup joué en clubs et a ainsi acquis une aisance perceptible dès les premières mesures. Avec le temps et l’expérience du terrain, il  s’est créé un répertoire qu’il n’hésite pas  à dévoiler  avec une conviction irrépressible, en plus grande formation, aidé de Glenn Ferris au trombone, Boris Blanchet au sax ténor et soprano ainsi que le quatuor à cordes Well String Quartet. Un beau casting avec des musiciens qui déclinent ainsi  toutes sortes de combinaisons instrumentales qui étoffent le projet, renouvelant élégamment l’art du trio puisque le NicoDri  Trio (il est temps de le présenter) est composé du pianiste leader (qui pratique aussi le Fender) Nicolas Dri, du contrebassiste Sébastien Maire et du batteur Andreas Neubauer. 

Par contre, le rapport à l’artiste plasticienne Louise Bourgeois n’est pas immédiat et se comprend  par le titre qui renvoie à une installation Precious Liquids, présentée à la Documenta IX de Kassel en 1992.[ii] Peut être est-ce pour expliquer quelques excentricités de ce voyage musical. Mais après tout ...  le « dérangement » est l’une des choses les mieux partagées dans le domaine artistique et volontiers accepté comme ici, quand il propose des couleurs nouvelles avec une urgence tranquille...en se tenant au niveau des apports les plus incisifs du phrasé et de l’attaque des sons dans le jazz.

L’album est bien construit, alternant ballades subtiles « Louise Bourgeois » avec des pièces swingantes  « Born to the chapel of sacred mirrors », des accents funky sur F.I.T, un formidable « Yellem » très coltranien avec le soprano Blanchet. Avec« Clara est rentrée », c’est une histoire qui  nous est contée, peut être une suite au « She ‘s leaving home » des Beatles. Le trio élabore une musique raffinée où font retour par infimes fragments ses références. Il semble qu’un peu de la « poussière (d’étoile)du jazz des décennies antérieures se soit déposée à la surface de ces compositions, suscitant un sentiment étrange de (re)connaissance. Ces réminiscences placent en terrain connu, sans que l’on sache  pourtant - et cela est délicieux- où mène le voyage. Ces compositions  révèlent un classicisme un peu ambigu qui renvoie l’amateur de jazz à ses mythes personnels, en prolongeant la mémoire de musiques obsédantes. On traverse avec plaisir ce passage du temps, appréciant la sobriété fluide d’une esthétique volontiers en retrait, tout en hommage, mais qui ne cède rien sur l’essentiel, c'est-à-dire la manière. Ce sont des musiques de rencontres reflétant d’abord trois, puis plusieurs voix qui savent chanter et construire un parcours éloquent par une expression équilibrée. A l’évidence le Nicodri trio a trouvé ses marques sur un répertoire auquel tous contribuent. Les mélodies (du jeune pianiste sauf la dernière) sont clairement  affirmées, avec le phrasé délié, agile, le grain tendre du piano, sans oublier les ponctuations et les élans décisifs de la contrebasse. Quant au drumming ferme mais énergique, il suit le rythme du corps dans ce qu’il a de pulsionnel comme dans ce  « Droit dans le mur ». La nostalgie demeure avec le final, «La chanson d’Hélène » du film Les Choses de la vie de Claude Sautet. Romy Schneider n’en interprète plus les paroles, mais la seule mélodie du trio est un bel hommage à ce grand compositeur de musiques (de films), Philippe Sarde.

Un disque  plus que prometteur, à la fois ambitieux et accessible. Un talent qui ne demande qu’à croître et embellir...

 

Sophie Chambon

 



[i]  Si vous lisez ce message c’est forcément que vous avez choisi de participer à cette nouvelle expérience. Aussi je commencerai donc par vous remercier pour votre curiosité et votre confiance.

Le projet IN medias sensitifs a vu le jour suite à un constat général, fruit de longues réflexions relatives à la dématérialisation de la musique. Il en est émergé l’idée qu’il serait intéressant de recentrer une production artistique dans la peau d’un objet, tout en gardant les possibilités actuelles de connexion. Souvenez-vous de ces belles pochettes vinyles sur lesquelles on pouvait largement s’exprimer. Rognées ensuite au format CD, on perdait déjà énormément. Puis maintenant, à l’ère du numérique (qui n’est pas forcément une mauvaise chose), il devient impossible de « toucher la musique ».

L’idée est simple : associer un bel objet à une production artistique. Une nouvelle ouverture sensorielle s’offrant alors à toutes directions créatives, il était intéressant d’illustrer sous forme de Liquide connecté le nouvel album Precious Liquids de NicoDri Trio.

Merci de participer à cette expérience...

Nicolas Dri

 

[ii] Precious liquids s’intercale entre deux séries de « the Cells » (les  cellules). Espace clos, obscur que l’on peut néanmoins traverser par deux portes, avec un lit, divers vêtements, des récipients en verre...  Il s’agit d’un réservoir d’eau d’immeuble new yorkais cerclé d’un bandeau métallique où l’on peut lire « Art is a guaranty of sanity ». Richesse et diversité d’une œuvre qui résulte d’une position singulière, décalée entre ordre et chaos, organique et géomérique. Une expression très personnelle qui revient toujours à l’enfance et aux relations ambiguës, parfois vénéneuses à la mère, avec certains thèmes obsessionnels déclinés avec des matériaux différents.

 

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 10:59

 

Cam Jazz 2014

 

 antonio-1.jpg

Quoi de neuf ?  Three time three. Trois fois trois, c'est trois trios, 9 titres, trois morceaux par formation.

Mais c'est aussi trois éléments. C'est à la fois la terre, c'est l'air et c'est l'eau. C'est une sorte de dream team avec ce qui se conçoit de mieux en matière de musiciens de jazz. Antonio Sanchez, l'un des batteurs le plus talentueux du moment (nous ne cessons de le dire dans ces colonnes !) est ici accompagné de Brad Meldhau et de Matt Brewer (1er trio) , de Joe Lovano et de John Pattituci (2eme trio) et enfin de John Scofield et Christian Mc Bride (3eme trio).

La terre ce sont ces quelques morceaux enregistrés avec Brad Meldhau dont il ressort cette impression d'un groove ancré en profondeur dans le sol. Chacun des trois membres du trio semble fusionner à un très haut degré d'intensité. On pourrait presque évoquer le trio jarretien tant celui-ci s'élève à un niveau incroyable, Brad Meldhau trouvant là, au-delà de son habituel trio une force supplémentaire tirée de la puissance et de la précision d'un Matt Brewer mais aussi et surtout d'un Antonio Sanchez hallucinant , sorte de résultat d'un mariage métissé d'Elvin Jones et de Jack De Johnette.  Excusez du peu ! L'association de Brad et de Sanchez s'y fait  totalement fusionnelle ( Constellations ! Quel morceau !). Un superbe relecture du thème de Miles ( Nardis réintitulé  Nar-this) au groove intelligent emporte surtout une sorte de flot irrésistible qui balaie tout sur son passage. Une sorte de glissement de terrain puissant.

Avec Scofield c'est tout autre chose. Une vision plus swinguante et limite funkisante du jazz voire même très jazz-rock sur Nooks and crannies avec un Mc Bride débridé. De quoi voir encore l'apport incroyable d'Antonio Sanchez sous un  jour différent.

Puis apparaît Lovano et là c'est encore un autre courant qui balaie tout. Un courant d'air décoiffant ! Lovano dans une forme olympique comme on ne l'a plus entendu depuis fort longtemps. Une version de I mean you qui nous en fait voir de toutes les couleurs. Antonio Sanchez qui dialogue avec le saxophoniste dans une débauche d'énergie et de puissance. Du très très grand Lovano qui s'insère alors dans le dispositif avec autant de fougue que d'engagement radical et tout cela dans la bonne humeur ponctuée par le rire final de Lovano ( ?) visiblement très heureux de faire en bonne compagnie de la très très bonne musique. Ecouter aussi Leviathan avec ce gros son de Lovano cherchant dans des inflexions mystérieuses l'apport à la basse d'un Pattituci incroyable de profondeur et enfin le drive endiablé, endiablant d'Antonio Sanchez. Du très très grand art. Ca joue à un incroyable niveau.


Croyez moi sur mesure, cela fait longtemps que l'on avait pas entendu du jazz de cette qualité-là avec autant d'engagement, de puissance et de télépathie. Il faut des musiciens d'une sacrée trempe pour parvenir à jouer sur de si hauts sommets. Les musiciens dont s'est entouré Antonio Sanchez font partie de la race des seigneurs. Quant au batteur lui même, exceptionnel, il est assurément de celle des heros.    

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 22:25


Impulse 2014

Ran Blake (p), Ricky Ford (td), Laika Fatien (vc)

C'est un album choc. Certainement l'un des évènements majeur de cet automne ( avec celui d'Antonio Sanchez dont on vous parlera plus tard ).

Avec Cocktail at Dusk, le pianiste signe un hommage à la chanteuse américaine Chris Connor dont il fut l'un de ses amies et disparue en 2009. Chris Connor, malheureusement un peu ignorée du grand public était une immense chanteuse de jazz qui eut son heure de semi-gloire àla fin des années 50 lorsqu'elle signa chez le label Bethlehem ou encore pour le mythique label Atlantic sur lequel Creed Taylor signa aussi  de fameuses chanteuses de jazz ( Julie London !!) avant d'aller créer Impulse. Mais ça c'est une autre histoire qui d'une certaine manière se perpétue ici puisque cet album est signé sur le même label repris récemment par Jean-Philippe Allard.

Ran Blake lui rend donc hommage par cet album tout en délicatesse qui mêle à la fois les parties instrumentales en solo ( les plus nombreuses) ou accompagné du sax tenor de Rick Ford sur deux titres mais aussi quelques parties chantées par la sublime Laika Fatien ou encore quelques discrets passages collés où l'on entend la voix de Chris Connor apparaître et disparaître de manière fantomatique.connor

Ran Blake, immense pianiste conversant sans cesse avec lui même et son propre piano dans une relecture souvent très monkienne est amoureux des chanteuses et des chansons elles mêmes. Sa carrière a d'ailleurs véritablement débuté avec un chef d'oeuvre iconique, son duo avec Jeanne Lee ( "The newest sond around "- 1962) qui continue à marquer de son empreinte des générations de chanteuses de jazz, au rang desquelles Laika elle même.

Tout au long de cet album c'est une succession de petits chefs d'oeuvre alignés les uns après les autres. Les interventions de Laika sont proprement renversantes. Sa version de All About Ronnie nous bouleverse. Comme si effectivement l'ombre de Jeanne Lee planait sur la session plus que celle de Chris Connor ( écouter la version de Jeanne Lee et ran Blake de 1963)

Chaque morceau, repris du répertoire qu'affectionnait la chanteuse, est une sorte de relecture très personnelle qu'effectue le pianiste maître dans l'art de la digression, de l'appropriation, de l'acculturation. Toute l'essence du jazz est au bout de ses doigts dans cette façon de relire et d'improviser sans jamais dénaturer. Car même si le pianiste on l'a dit, converse avec lui même, Ran Blake ne donne jamais le sentiment d'être un pianiste introspectif. Sa reprise répétée des motifs mélodiques de ces standards que nous connaissons bien nous aide àgarder pied et à nous sentir sous maîtrise. Sa version un peu sombre de Speak Low par exemple, est un modèle du genre.

Tout au long de cet album Ran Blake impose sa marque et semble nous inviter dans une sorte de confidence intimiste, dans une sorte de conversation évocatrice de quelques tendres souvenirs.

Juste sublime !

Jean-Marc Gelin



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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 20:00

 

Label NOME/ L’autre distribution

Concert de sortie au New Morning le 28 octobre

David Enhco (tp), Roberto Negro (p), Florent Nisse (cb), Gauthier Garrigue (dms)

 

encho.jpg

C’est le second album en quartet du trompettiste David Enhco  qui sort sur le tout nouveau label NOME, fondé avec cinq autres musiciens pour gérer de façon plus autonome la mise en place et la promotion des albums du groupe.

C’est effectivement la deuxième couche (traduction de «layer») après l’inaugural  La Horde, sorti déjà en autoproduction chez Cristal Records. Gageons que le jeune musicien et ses comparses sont en train d’édifier un édifice musical qui va durer, un projet collectif cohérent, intègre, combinant rigueur des échanges et appétit de jeu. Le quartet concocte un  millefeuille musical  délicieux, léger et profond à la fois. Composé en courtes séquences que séparent des interludes, Layers constitue un portrait sur le vif de cette génération qui passe  sans problème du classique au jazz, s’aventurant dans la composition d’un univers personnel, toujours mélodique, non dépourvu de lyrisme et d’efficacité.

Deux voix, celles du trompettiste et du pianiste s’élèvent avec bonheur et complicité  dans un registre de mélodies aux harmonies retenues, harmonisant la lisibilité d’un ensemble tout en finesse et en demi teintes. Mais chacun a sa place dans ce quartet équilibré, libre d’exprimer sa personnalité dans un contexte modifiable selon les improvisations. C’est la rythmique souple et rebondissante qui permet au trompettiste de prendre ses envols poétiques, déliés (il est magistral sur « In Waves »). Et Gauthier Garrigue sur « Rude and Gentle » impose lentement et délicatement le chant ininterrompu d’une batterie insistante et frémissante en jouant sur les peaux, le métal, les balais.

C’est sans aucun doute la signature d’un album jazz que dessine cette «story» aux couleurs tendres et fraîches : dès les premières notes de « Nancy With A Laughing Face », on reconnaît  un discours musical référencé, un savoir-faire qui provient d’une solide culture musicale. Cette version réussie de la chanson de Jimmy van Heusen  que Sinatra dédia à sa fille Nancy, fait remonter les effluves d’un jazz d’autrefois, un vrai régal sans mièvrerie, avec le son feutré et doux de la trompette et une contrebasse chantante, évidemment, proche et palpitante.

L’album dans son enchaînement et ses «Séquences » même, nous entraîne de climats percussifs en moments de méditation et de rêve éveillé : une miniature sonore, ce « Childhood Memories » qui laisse la place au pianiste Roberto Negro qui sait depuis sa Loving Suite pour Birdy So ce que conter veut dire. Et d’ailleurs en appui avec le contrebassiste Florent Nisse, il continue sans transition, tout simplement , à jouer une musique désirante avec  cet « Oiseau de Parhélie », arc-en-ciel situé de part et d’autre du soleil. Oiseaux de paradis, oiseaux de parhélie, ces musiciens savent nous faire rêver... avec une facilité apparente, sans recherche d’effets virtuoses. Voilà de grandes qualités qui jouent en faveur d’un album plus que convaincant.

Sophie Chambon

 

 
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 01:10

 

Soupir editions

www.jeanlucfillon.com 

www.son9.com

 oboman.jpg

Sortie le 15 Octobre 2014

Belle invitation que ce Begin the night (en fait une contraction de « Begin the Beguine » et «Night & Day» ) que nous propose Oboman (Jean Luc Fillon) pour son nouvel album en trio après 7 disques en leader. Il s’agit de rendre hommage cette fois au musicien poète de Broadway, Cole Porter qui disparut  il y a juste 50 ans. Et d’ailleurs par une élégance suprême, l’album sortira le 15 octobre, date de la disparition de cet auteur prolifique génial.

Tout le monde connaît Cole Porter, même les plus jeunes et ses chansons  ont fait le tour de la planète, des années vingt aux années cinquante, gravées dans les mémoires dans l’interprétation qui les rendit célèbres, à Hollywood. Prenez Marilyn pour « My Heart Belongs to Daddy » dans Let’s Make Love ou Fred Astaire pour « Night and Day » dans l’une de ses séquences les plus «glamour» avec Ginger Rogers dans The Gay Divorcee. Parfois on ne sait pas qu’il s’agit de lui, mais le plus souvent, le titre est sur le bout de la langue... ce qui est arrivé à Oboman lui-même avant de reconnaître « Easy to love » et d’ajouter non sans humour que  « Love is everywhere » ...chez Cole Porter, même si l’on pourrait ajouter qu’il s’agit aussi d’amour vache, désespéré ou désespérant  comme dans “Love for sale”, “What is this thing called love?”  Cole Porter savait utiliser la musique pour mordre à la réalité qui pouvait lui échapper, se révélant souvent  vulnérable, étrangement familier. Disposant d’une solide formation classique,  Cole Porter a vite aimé le jazz, la musique de l’époque et s’est particulièrement  illustré dans la comédie musicale avec de grands succès à Broadway comme Anything goes.

Douze titres, parmi des centaines de chansons, le choix a du s’avérer difficile pour le trio sans rythmique composé de Joao Paulo au piano, Fred Eymard à l’alto (il s’agit de violon) et Jean Luc Fillon pour le hautbois. « Un trio à l’instrumentation romantique pour servir le lyrisme du poète de Broadway », qui fait résonner le classique dans le jazz, la musique savante du XXème siècle.

Avec le souvenir de ce musicien,  commence une histoire... Même si les mélodies demeurent, les harmoniques sont revisitées et les arrangements sont suffisamment rythmiques pour entraîner sur la piste et inviter à la danse... C’est une des caractéristiques de la musique de Cole Porter, il n’y a donc aucun faux-sens dans ce  parcours impeccablement cohérent, qui transforme les standards coleportiens en les réadaptant au style particulier d’Oboman. Amoureux du timbre si original du hautbois, Jean Luc Fillon a choisi de servir l’instrument - dont il est capable de tout obtenir, en en repoussant les limites, dans un autre contexte que celui du répertoire classique.  Sans rejouer ces chansons en « revivaliste », Oboman réussit à adapter le monde brillant de l’auteur, superficiel en apparence et léger. Pas du tout opposé à la tradition américaine, le trio la fait revivre, mais différemment. C’est beau, c’est autre chose et en même temps c’est encore du Cole Porter, évoqué de façon lumineuse. S’arracher à la continuité du temps, pour mieux s’y replacer. Voilà vraiment une façon de le revisiter dignement. Quoi de plus jazz dans cette attitude ? Respect.

 

Sophie Chambon

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 21:50

 

Island 2014

 jamie-cullum-interlude-album-cover.jpg

 

L’Amérique et l’Angleterre peuvent dormir tranquille. Certes le terrorisme, certes la crise mondiale, certes Ebola frappent à nos portes mais les valeurs de ces grandes nations sont bien intactes et les crooners qui savent donner du bonheur simple aux gens sont bel bien présents. Les enfants naturels de Franck Sinatra, de Nat King Cole et de Mel Tormé chantent encore l’amour sur des mélodies sucrées et des grooves à faire se dodeliner comme avant les ménagères dans leur cuisine.

Alors oui, Jamie Cullum, l’ex-jeune garçon de Rochford fait partie, à 35 ans de cette belle génération qui porte en elle cette part de vieux rêve américain jamais vraiment usé. Elevé maintenant au rang de super star planétaire, Jamie Cullum gagne tous les jours de nouveaux galons dans cette course à la crooneuse attitude qu’il maîtrise avec un talent fou. Avec cette voix exceptionnelle et ce feeling incroyable qui fait qu’il peut à peu près tout chanter avec la même classe. D’une ballade hyper romantique (My one and lonely love), à des trucs pas net comme traînés du côté de la Cité du croissant, New-Orleans (Lovesick blues), ou encore des trucs blues qui groovent grave ( Sack O’ Woe), Cullum peut tout faire et toujours avec talent.

 

Dans cet album un peu fourre-tout on trouve des arrangements hyper classiques et un peu old style. Tout y passe de la formule simple à l’accompagnement d’un big band ou à celui de cordes violonantes et même deux duos, art pour lequel le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas vraiment sa cup of tea. Malgré le fait qu’il tourne en boucle sur toutes les radios son duo avec Gregory Porter sur Don’t let me be miss Understood est un peu fadasse tant l’ampleur de Gregory Porter semble jeter loin derrière Jamie-le-faux-bad-boy. Car il a beau essayer de se donner des allures de mauvais garçon Jamie, à chanter ses petites chansons d’amour on y croit vraiment pas. Jamie Cullum fait un peu penser parfois à ces fils de bourges qui sortent de leur appart de Neuilly et se mettent une casquette à l’envers et une ceinture à clous pour faire genre. Ça colle pas.

Mais on ne lui en veut pas à Jamie tant le gamin ( qui n’en est plus vraiment un d’ailleurs) nous en avait mis plein la vue avec « Momentum ». Tant on sait qu’il enflamme les scènes partout où il passe avec un charisme de folie.

Jamie Cullum c'est simple , il dégage ! Avec cet art de rendre le swng évident et les gros mots classieux !

Simplement là, avec cet album conçu parfois comme pour un gala de bienfaisance pour riches milliardaires, il semble avoir pris un petit coup de vieux le Jamie.

On est bien sûr scotchés par cette version simple de Losing You ou par cette ouverture sublime sur Make Someone happy. Bien sûr le feeling est toujours omni présent et ce que fait Cullum, il le fait hyper bien. Mais il faut attendre la toute fin de l’album pour qu’il se passe quelque chose d’un peu inattendu. Et l’on découvre alors avec un vrai frisson cette merveilleuse version de la chanson de Sfjan Stevens ( The Seer’s tower*) avec laquelle, enfin Jamie Cullum fait courir un vrai vent de modernité.

Jean-marc Gelin

( *dont on trouve le superbe original ici https://www.youtube.com/watch?v=RyoMt1-vvbw)

 

 

 

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 21:26

 

Coax records 2014 (*)

Ayemric Avice (tp, perc), Antoine Viard (sax), Rafaelle Rinaudo ( elec harp), Romain Clerc-Renaud (kybds), Julien Desprez (g), Simon Hnocq (g), Xuan Lindenmeyer (b), Yann Joussein (dms, compos)

 

retrouvez ici lien avec le collectif Coax records

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L’univers de ce jeune collectif est assez chamboule-tout pour s’apparenter à un exercice de style brillant. Oubliez tous vos repères car Coax s’amuse illico à tout déstructurer avec des vraies manies de mauvais garçons. Avec une volonté de soigner les arrangements à l'extrême ils parviennent à mêler allègrement le rock progressif avec une bossa destructurée, du jazz "garage" avec du funk de fanfare qui s'accoquine avec du free jazz rock brouillon. Ça part dans tous les sens et ça le(s) mets en éveil. 

Des sons saturés laissent place à des interférences et des sons parasites. Les tuilages à la manière de DJ’s se superposent sur Discoax, où les sons se brouillent et se gênent.

C'est ultra-inventif même si, il faut bien le dire, à vouloir faire trop dans le colectif,  ça manque parfois d'expressivité et d’interprétation.

 

Mais Coax avec l’humour de bandits pas sérieux fait du détournement sonores. Leur imagination passe par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, par l’esprit provoc de Carla Bley, par le free d’Ornette. On y entend des montées paroxystiques ponctuées de cris à la Mike Patton ( on pense au Naked City de Zorn) mais l’instant d’après  ce sont des boules à facettes de dance floor qui envahissent une piste qui débouchent sur une plage brésilienne.

Si cette musique est un tantinet déficiente sur le plan émotionnel, elle convoque en revanche un imaginaire presque théâtral, presque artistique. Un imaginaire où l’on retrouve la modernité de quelques dramaturges des temps modernes.

Jean-Marc Gelin

 

 

 (*) Coax est avant tout un collectif de jeunes musiciens. Une coopérativre crée en 2008 et dont sont issus parmi les groupes hexagonaux les plus imaginatifs du moment ( radiation 10, MeTaL-O-PHoNe)

 

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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