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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 16:42
PAPANOSH       A VERY BIG LUNCH

Label Vibrant/ /Enja Records

Papanosh quintet (lesvibrantsdefricheurs.com)

 

Découvert lors du Charlie Jazz Festival de 2013 à Vitrolles où ils étaient la révélation de Jazz Migration, PAPANOSH (comprendre une recette de crêpe roulée... ukrainienne) était un jeune quintet sous emprise de folklores réels ou imaginaires, d’Alasnoaxis de Jim Black, nourris au jazz des Monniot et Dehors, allant se frotter au compliqué Lubat. Ils ne sont pas dépaysés, ces musiciens qui viennent de Rouen, ces diables de Normands d’aller sur les terres du flamboyant Jim Harrisson, les grands espaces du Nord Michigan.

Le pianiste Sébastien Palis, visiblement inspiré par l’écriture ardente de Big Jim, a composé une musique tout en impros-ruptures, fidèle à un esprit roots qui évolue avec un bel instrumentarium, saxophones, trompette, contrebasse, drums, piano, balafon et Wurlitzer! Huit compositions plutôt courtes, ce qui n’est pas pour nous déplaire, car elles conservent ainsi jusqu’au final leur intensité frémissante. Ces quadras actifs et volontaires du collectif les Vibrants Défricheurs - une nébuleuse de groupes au nom tous plus allumés et ludiques, sortent sur le bien nommé label  Vibrant un nouvel album A Very Big Lunch. Que l’on pourrait comparer à une grande bouffe, joyeuse cette fois et toujours très arrosée. Si le géant cyclope était passionné de cuisine, ses livres de recettes sont tout bonnement impossibles à réaliser tant ils évoquent de gargantuesques ripailles!

Truculents, irrigués d’une mélancolie mâtinée d'ironie, les livres ont souvent été qualifiés de construction musicale. Une adéquation au thème qui n’a pas échappé au quintet qui évoque dans cette bande-son imaginée romans et personnages. On pourrait d’ailleurs écouter, sans regarder les titres et chercher de quel roman chaque composition se rapproche...

On aurait pu craindre que Papanosh ne se soit assagi quelque peu, attentif à célébrer la figure de l’ogre de la littérature américaine au pas nonchalant. Mais dès la fin du premier titre, “Faux Soleil”, le rythme s’accélère, se poursuit sur le “Westward Ho” suivant, invitation à partir à l‘ouest vers la frontière pour défricher de nouvelles terres. Papanosh garde sa pertinence dans les choix et orientations esthétiques dans une alternance de climats qui n’enlève rien à la cohérence de ce qui constitue une suite. Le très beau “Nord Michigan”, hymne à cet état si peu emblématique pour nous Européens, est une ballade qui s’adapte entre chasse, pêche et virées nocturnes. Toujours puissant, mais sans brûler, voilà un drôle de remontant. Une écriture lyrique qui s’appuie sur des formidables solistes, deux soufflants qui avancent ensemble, aux timbres complémentaires, aux contrepoints parfaits : le trompettiste Quentin Ghomari et le saxophoniste alto et baryton Raphael Quenehen.

Ces variations prennent le temps de se fixer dans des tableaux sonores complexes et intrigants. On part sur une nouvelle piste, traçant “Wolf” : sur un rythme plus lent, cette invocation-tournerie de tribu indienne, chaloupe sur la musique des fûts et des peaux de Jérémie Piazza et de l’autre pilier rythmique, le contrebassiste Thibault Cellier et nous fait entrer dans l’univers envoûtant du sorcier.

Dans la roue d'un trio qui prend la route pour faire sauter un barrage vers le grand Canyon, retournant dans l’Amérique des années soixante, celle de la jeunesse d’Harrisson et de la contreculture, voilà le formidable “A good day to die”, formule indienne qui devient road trip musical, plus affolant, heurté et forcément exposif. Sans pour autant annoncer le final splendide, plus léger et doux, une mélodie que tous se partagent, insufflée en hommage à l’attachante Dalva, l’héroïne de l’un des romans les plus célèbres de Jim Harrisson.

La musique du quintet, en décalage pour mieux s’échapper vers un horizon inconnu, n'est jamais tout à fait là où on l’attendrait, et c’est bon. Un album spontané et exaltant,  captivant de bout en bout, à consommer sans modération en n’hésitant jamais à se resservir.

Sophie Chambon

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6 mars 2023 1 06 /03 /mars /2023 08:41

OJM Studios (Portugal, 28 novembre 2021.
Justin Time Records. Paru le 17 février dernier.

 

    Rare sur la scène parisienne depuis qu’il s’est installé en Amérique du Nord voici un bon quart de siècle (New-York puis Montréal), Jean-Michel Pilc se rappelle à notre bon souvenir par le disque. Deux albums sortis en moins d’une année voient le pianiste s’exprimer dans ses deux formats préférés, le trio (‘’Alive. Live at Dièse Onze, Montréal’’, voir chronique de Xavier Prévost) et le solo (‘’Symphony’’), tous deux publiés par le label québécois Justin Time.


    L’exercice du solo appartient depuis longtemps à l’univers du jazzman qui délaissa le prestigieux Centre National des Etudes spatiales, son emploi après Polytechnique, pour l’aventure de la musique improvisée.
    En 2004, avec  ‘’Follow Me’’ (Dreyfus Jazz), Pilc brassait un large répertoire, de Trénet et Brassens à Mercer et Hammerstein. . « Un artiste, ce n’est pas un distributeur automatique, nous confiait-il alors,  C’est un kaléidoscope. Il y a des vents d’ouest, des vents d’est, des grandes et des petites marées. La musique   est un fluide. »

 

    Le pianiste n’a pas renié ses engagements. L’improvisation, il l’a travaillée, il l’a théorisée dans un ouvrage, il l’enseigne à l’Université à Montréal. Dans « Symphony », Jean-Michel Pilc s’en donne à cœur joie sur ses propres compositions, tirant profit de conditions optimales, à son avis, pour un enregistrement (un Steinway magnifique, une acoustique parfaite) dans un studio sis au Portugal (OJM à Matosinhos) où il venait d’accompagner un saxophoniste à l’automne 2021.

 

    Dans ce cinquième album de sa carrière en solo, Jean-Michel Pilc nous délecte avec ces alternances de coups de tonnerre et de ruissellements de notes qui constituent sa signature. On retrouve l’admirateur de Fats Waller et d’Art Tatum ou encore le pianiste respecté par Martial Solal qui partagea avec celui-ci la scène dans des duos mémorables en club. Ces deux artistes partagent bien le goût de l’imprévu, le sens de l’humour. Avec Symphony, Jean-Michel Pilc se présente au sommet de son art et nous offre un album profond qui réserve à chaque écoute, son lot de (délectables) surprises.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 15:58

Mikkel Ploug (guitare), Mark Turner (saxophone ténor), Jeppe Skovbakke (contrebasse), Sean Carpio (batterie)

Copenhague, 25-27 avril 2022

Stunt Records STUCD 22112 / UVM

 

Très étonnant (et très réussi) parti pris de jouer pour l’essentiel, en les adaptant, des thèmes de deux compositeurs classiques danois : l’historique Carl Nielsen (à cheval sur le 19ème et le 20ème siècles) et le contemporain sexagénaire Bent Sørensen ; ainsi qu’une pièce pour piano et voix de l’Ukrainien Valentin Silvestrov (né juste avant la seconde guerre mondiale). Et aussi 4 compositions du guitariste. Il en résulte une indiscutable unité stylistique, qui tient autant au choix des pièces issues d’autres instrumentations qu’à l’arrangement, la mise en forme, et la mise en œuvre dans un contexte où le lien entre l’écrit et l’improvisé semble couler de source. Le guitariste chante ses lignes, ce qui rappelle un certain pianiste, mais cela coïncide totalement avec l’expression. On est en territoire de lyrisme intense, et pourtant tout est fluide, presque diaphane, une sorte de mystère en mouvement. L’extrême élaboration se devine, mais subsiste une impression d’évidence, une sorte de ‘naturel’ très construit qui nous donne l’illusion que tout coule de source : Grand Art, en quelque sorte. Le groupe, le choix du répertoire et les développements des solistes, nous transportent littéralement dans un ailleurs qui, même s’il éveille dans notre esprit souvenirs et analogies, résonne en nous comme un bonheur inédit.

Xavier Prévost

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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 19:39
PEDRON  RUBALCABA

PEDRON RUBALCABA

LABEL GAZEBO/L’Autre Distribution

Pierrick PEDRON Official Website

 

Vous ne devriez pas rester indifférents au nouvel album de l’altiste Pierrick Pedron en duo avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba intitulé sobrement Pedron Rubacalba. Une alliance artistique inattendue mais espérée, voire fantasmée par le saxophoniste qui n’hésite jamais à traverser l’océan pour retrouver ses idoles jazz. 

Aucune composition originale cette fois, mais des standards recherchés avec soin dans l’histoire du jazz par le directeur artistique Daniel Yvinec et arrangés par le grand pianiste bop Laurent Courthaliac, l’une des plumes les plus raffinées actuelles. Autrement dit, une histoire quatre partenaires forment une belle équipe. Huit pièces denses et inventives avec leurs modulations brusques, leurs variations de temps et la même ferveur. Il suffit d’écouter et de voir la vidéo de "Lawns" par exemple pour être subjugué, sous le charme irrésistible de ce thème de Carla Bley, étiré lancoliquement par les deux musiciens qui s’accordent parfaitement.

Enregistré live en seulement deux jours, en juin 2022, au studio Oktaven de New York , ce CD est un album qui réussit le délicat équilibre du duo, sorti sur Gazebo, le label de Laurent de Wilde qui ne peut résister une fois encore à “un vrai disque de jazz”. Travailleur acharné et perfectionniste, Pierrick Pedron n’allait pas s’arrêter après son album de la maturité 50/50. Il se donne toujours toutes les chances pour réussir ses projets aussi divers qu’ambitieux. Réfléchissant à leur faisabilité, il a dû se résoudre cette fois à abandonner (pour le moment), un projet pharaonique qui aurait fait appel à un orchestre symphonique pour un nouveau défi, un duo piano-saxophone qui se révèle aussi opulent qu’une très grande formation.

L’aventure a commencé en studio, face à face, jouant sans casque mais non sans avoir préparé le terrain. Tous les arrangements étaient prêts, avaient été proposés au pianiste, ses suggestions avaient été intégrées. Quelque chose d’unique s’entend à l’énoncé de ces huit compositions réinventées de Jerome Kern (le délicat “The song is you”), Bechet (l'émouvant "Si tu vois ma mère"), Carla Bley (Lawns) sans oublier le moderniste Georges Russell le vif “Ezz-thetic” : un son unique émerge  qui ne trompe pas, car la formation en duo ne permet aucune esquive : on joue comme on est en répondant aux sollicitations de l’autre, dans un échange qui, s’il est réussi comme ici, est quasiment télépathique. En toute intimité et vérité. A nu.

Ils ont tous deux la même énergie créatrice, le talent de donner de l’ampleur à ces confidences, de faire jaillir des couleurs insoupçonnées, des climats plus insolites comme dans le standard de Bechet dont Woody Allen, dès le générique de son Midnight in Paris, se régalait d’illustrer le vibrato si spécifique par ces images-cartes postales. La plainte devient flânerie chaloupée puis chant exacerbé d’un saxophone à vif.

Le duo est en réinvention incessante, dans une mise en place parfaitement maîtrisée qui n’interdit aucune réaction instinctive aux suggestions du partenaire. Une liberté autorisée sous le contrôle de l’autre. Il faut bien connaître les règles et les arrangements pour les tordre à sa guise et à la convenance de l’autre, dans l’instant. Cet élégant dépouillement acoustique en duo fait ressortir l’entente parfaite, l’interaction immédiate.

Expressif et charmeur, le son de Pierrick Pedron l’est toujours, cette fois, il a travaillé des anches plus dures qui rendent le son plus moelleux et rond. L’accompagnement pianistique est tout aussi inventif, décalé, en brefs épanchements qui font mouche à chaque fois, comme dans ce “Dreamsville”d’Henri Mancini. Sur l'éruptif “Ezz-thetic” le piano devient orchestral. Dans cette autre très belle mélodie de Jérôme Kern “The folks who live on the hill”, le  piano se révèle impressionniste sur une pièce atmosphérique triste.

Cet album épatant marque la rencontre réussie de deux solistes généreux, puissants, soucieux de mélodie et de rythme qui nous entraînent dans une musique désirante. Ils ont visiblement pris du plaisir à interpréter ces pièces qui parlent d’attirance et d’abandon, comme dans le final de Billy Strayhorn “Pretty girl”, dédié à celui qui connaissait si bien cette musique, Claude Carrière. Un sans faute.

 

Sophie Chambon

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26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 17:18

 

Jean-Christophe Cholet (piano, compositions & improvisations), Quentin Cholet (matières sonores)

Paucourt (Loiret), juillet-août 2021

Boris Darley (traitement du son)

Épineuil (Yonne), juillet 2022

Infingo INF320220 / l’autre distribution

 

Une entreprise très singulière. Ce disque est le second volet d’une trilogie, en cours, de piano solo. Le premier volet, «Amnesia», avait été conçu durant la parenthèse du confinement (chronique de Sophie Chambon sur le site des DNJ en suivant ce lien). Cette fois des improvisations solitaires ont été retravaillées avec des matières sonores de Quentin Cholet, et un traitement électronique de Boris Darley. Il en résulte une sorte de voyage intérieur, mais dialogué, amendé, avec les partenaires choisis. De plage en plage, on passe d’une introspection harmonique soudain nourrie de rythmes obsédants à une libre déambulation dans les douze demi-tons, puis à une solennité de choral du temps passé, et à une mélodie d’accords aux saveurs de standard, avant de plonger dans le dialogues des basses et des aigus, et ainsi de suite. De surprise en surprise, on devient captif de cette quête qui n’est pas la nôtre, et à laquelle, pourtant, nous sommes conviés. Intense, requérant, et nimbé d’une beauté mystérieuse….

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Concert de sortie à Paris (18ème arrondissement) le 28 février à 20h à L’Accord Parfait, 47 rue Ramey

https://my.weezevent.com/animA-Jean-Christophe-Cholet

http://studiolaccordparfait.com

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 11:16

Enregistré du 19 au 21 octobre 2018.
Palmetto Records - PM2208CD /L’autre distribution.
Paru le 3 février 2023.
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    Heureuse surprise que cet enregistrement conservé depuis quatre ans, la rencontre en club de deux artistes qui se connaissaient déjà à l’époque depuis cinq ans. Autant dire que le courant passe entre Fred Hersch et esperanza spalding (ndlr : écriture en minuscules à la demande de la musicienne), distingués de longue date par la communauté musicale (5 Grammys pour elle et double lauréat de l’Académie du Jazz, 2001 et 2015, pour lui).


     Ici, portés par l’ambiance du Village Vanguard, Fred Hersch, au piano, et esperanza spalding, au chant (délaissant son instrument de prédilection, la contrebasse) déroulent leur art en toute liberté, avec fluidité et légèreté. Etait-ce dû au fait que l’une et l’autre traversaient une période difficile dans leur vie personnelle ? Toujours est-il qu’ils atteignent une certaine forme de sérénité, donnant même par instants un aspect primesautier à leurs interprétations, comme dans Girl talk (Neal Hefti/Bobby Troup).


    Le répertoire révèle l’éclectisme des duettistes : du Monk (Evidence, et une composition du pianiste Dream of Monk), un des musiciens préférés de Fred Hersch) mais aussi du Parker (Little Suede Shoes), des standards (But Not For Me, des Gershwin, Some Other Time de Cahh-Styne) et une autre composition signée Hersch (A Wish) avec des paroles dues à une chanteuse-culte, princesse de l’intime, Norma Winstone.

    « Fred prend son dévouement à la musique aussi au sérieux que la vie et la mort, mais une fois que nous jouons c’est juste amusant » commente dans le livret esperanza. « esperanza ? une chanteuse intrépide », répond en écho Fred.


    Avec « Alive at Village Vanguard », Fred Hersch et esperanza spalding nous offrent une nouvelle réussite dans la catégorie duo pianiste-chanteuse, rejoignant ainsi les tandems mixtes de haute volée qui ont marqué l’histoire du jazz, Helen Merrill-Gordon Beck ou Jeanne Lee-Ran Blake. Downbeat leur a consacré la « une » de son édition de janvier. Un choix que nous partageons sans réserve.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 10:47

Andy Emler (compositions, piano, direction), Laurent Blondiau (trompette), Guillaume Orti & Philippe Sellam (saxophones altos), Laurent Dehors (saxophone ténor, clarinette basse), François Thuillier (tuba, saxhorn), François Verly (percussions), Éric Échampard (batterie), Claude Tchamitchian (contrebasse), Nguyên Lê (guitare)

Pernes-les-Fontaines, 29-31 août 2021

Label La Buissonne RJAL 997044 / PIAS

 

La veille de l’enregistrement, en août 2021, les spectateurs du festival Jazz Campus en Clunisois avaient eu la primeur de quelques extraits de ce nouveau programme. Et il avait déjà été donné en décembre 2020, pendant le deuxième confinement, pour un concert sans public au Triton, capté en vidéo et accessible sur le site en janvier 2021 (https://vod.letriton.com/les-concerts-en-replay/19122020-20h30.html). Puis repris en juillet 2022 au Festival Radio France Occitanie Montpellier.

J’avais écouté cette musique au Triton puis à Montpellier, mais l’écoute du CD fut pour moi comme un bonheur tout neuf.

L’écriture hardie, exubérante, est toujours là, au service des membres du groupe, choisis autant pour leur singularité que pour leur sens du jeu collectif. Et la présence de Nguyên Lê, en invité sur les deux dernières plages, est plus qu’un clin d’œil aux origines de l’orchestre : le guitariste, tout comme François Verly et Philippe Sellam, était dans le groupe avant même qu’il ne s’appelle MegaOctet.

Mais l’écriture n’est pas qu’exubérante : elle traque la profondeur, l’émotion et la complexité, tout en demeurant toujours au plus près de la sensation immédiate. C’est comme un tour de force, et sans doute un manifeste de ce que l’art (le Grand Art) doit être. La diversité des modes de jeu des solistes se fond dans un acte totalement partagé. Et la composition intègre tous les langages (et ils sont nombreux!) où Andy Emler se plaît à gambader. Mais ce qui tend à prévaloir, c’est la volonté du leader de magnifier le groupe, et ses membres, par son écriture comme par sa direction d’orchestre. Exemplaire en somme, et profondément jouissif !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Le MegaOctet sera en concert à Paris le 12 mai au Pan Piper. Et le 16 mai, au Centre des Bords de Marne (Le Perreux-sur-Marne) l’orchestre rencontrera le hip-hop avec la compagnie Lady Rocks

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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 18:41
SIMON MOULLIER       ISLA

 

SIMON MOULLIER   ISLA

www.simonmoullier.com

Auto production

Sortie le 17 Février

 

Simon Moullier - Isla (Teaser 1) - YouTube

 

Simon Moullier - Isla (Teaser 2) - YouTube

 

Si son Spirit song nous avait semblé prometteur, le Countdown suivant avec un trio particulièrement percutant nous avait comblé avec ces reprises si personnelles de standards. Avec ce nouvel album, nous suivons toujours l’artiste dans son parcours, il renouvelle  une fois encore sa manière, le thème et l’équipage: il s'agit d'une aventure en quartet avec piano et vibraphone, basse et batterie ( loin pourtant de la tradition instaurée par le Modern Jazz Quartet) ne gardant de son précédent album de 2021 que le batteur Jongkuk Kim. Simon Moullier nous embarque avec Isla, son troisième CD en leader, dans le monde de son enfance, une île au coeur de l’Atlantique, au large du Finistère. On est dans le ressac dès le vigoureux “Empress of the Sea” qui ouvre l’album, une valse qui tournoie en hommage à cette mer qui peut s’agiter sans être jamais cruelle.

Vibraphoniste virtuose qui vit à New York, adoubé par les plus grands, il reste fidèle à son imaginaire d’embruns et de vibrationsUne formule colorée, dépaysante qui ne tend plus vers l’Afrique comme dans son premier album Spirit Song où il intégrait le balafon mais dépeint l’insularité. C’est tout un art de la nuance, infiniment précieux, qu'il distille dans des compositions spatiales aux envolées envoûtantes dues à un véritable savoir-faire maillochique.

A la première écoute, les huit titres de la plume du leader à l’exception de deux standards, forment une suite très cohérente, un tableau saisissant qui donne une assez belle idée de son paysage musical imaginaire. Il est habile à tirer partie de sa palette sonore, des timbres et couleurs de sa formation. L’alchimie de cette musique tient au subtil dosage des interventions du contrebassiste discrètement brillant Alexander Claffy comme du pianiste Lex Korten dans un authentique travail de placement et de répartition des rôles. Le vibraphoniste donne souvent l’impression de se muer en un soufflant : on entend alors son chant, plus attentif à la mélodie qu’à la percussion sur “Phoenix eye”. Une nouvelle tendance des vibraphonistes actuels? On est  alors sensible à cette gourmandise qu’il nous offre très vite et qui va droit au coeur, cette version de “You go to my head”, transformée en un boléro enchanteur. Car Simon Moullier a écouté Billie Holiday. Et il cherche bien à tordre les notes avec son instrument pour obtenir une qualité plus vocale dans son phrasé.

D’une qualité atmosphérique certaine, construites sur des impressions parfois fugaces, les compositions sans débauche d’effets, de rythmes ou d’ornements ont une vraie grâce. Ancré dans la tradition jazz, ça groove aussi comme dans cet “Heart” final, plus doux, intime où on se retrouve en territoires heureux.

On reconnaît la manière sensuelle et sensible, enjouée de l’ensemble d'une belle fraîcheur de ton. Au risque de ne pas me renouveller, je persiste à trouver le nouvel opus élégant quand il se coule dans l’univers rêvé du leader. Cet espace sonore du vibra sait étirer, voire suspendre le temps comme dans le titre éponyme.

 

Sophie Chambon

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 23:03

Pierre de Bethmann (piano), Nelson Veras (guitare), Sylvain Romano (contrebasse)

Pompigan (Gard), 29 juillet 2022

Aléa /Socadisc

 

Retour du pianiste en trio, mais selon des modalités nouvelles : exit la batterie de Tony Rabeson, mais la contrebasse de Sylvain Roman demeure, et le guitariste Nelson Veras entre dans la danse. Et au côté de quelques standards un thème plus surprenant : le deuxième mouvement de la 7ème Symphonie de Beethoven (sur lequel Philippe Labro posa naguère un texte un peu ridicule pour Johnny Hallyday, lequel était parfaitement raccord….), en le trio fait de cette musique une merveille de liberté. On trouve aussi une musique de film de Michel Magne, des compositions de René Urtreger, Lee Konitz, Dave Holland et John Taylor…. Le disque ouvre par une relecture très subtile (et très neuve) de Love For Sale. Le ton est donné, on est dans l’orfèvrerie, le Grand Art. Ce n’est sans doute pas un hasard si le thème choisi pour la seconde plage est Thingin’ de Lee Konitz, une des nombreuses escapades du saxophoniste autour de All The Things You Are. Et là encore l’art de trouver des voies nouvelles sur un sentier rebattu s’épanouit. Je ne vais pas détailler chaque plage, mais je dois avouer que, jusqu’au terme de l’album, je suis resté sur un petit nuage, un bonheur offert à l’amateur de découvrir de nouveaux trésors, de nouvelles sensations. La magie du guitariste n’y est pas pour peu, mais le pianiste qui a suscité cette rencontre, et son répertoire, en cultivant l’ancienne connivence avec le bassiste, est bien le porteur de cette re-création, qui est beaucoup plus que récréative, de thème qui nous étaient connus, voire familiers. On se précipite sur ce bel objet sonore de Jazz, au sens le plus noble !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=38R6RKOGiJo

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Le trio est en concert à Paris au Sunside les 17 & 18 février 2023

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14 février 2023 2 14 /02 /février /2023 16:47
Thomas Naïm     On The Far Side

Thomas Naïm    On The Far Side

 

Label Rootless Blues/ Metis records

L’autre Distribution

Lincoln Circus - YouTube

 

CONCERT LE 14 FEVRIER AU ZEBRE DE BELLEVILLE

 

On The Far Side du guitariste Thomas Naïm est un album captivant dès la première écoute et le plaisir ne diminue pas à la réécoute. Autrement dit, il ne déçoit pas.

Dès l’introduction “Endless Memories”, l’atmosphère est posée : on évolue dans un polar urbain années 70 avec le doux ronflement de l’orgue Hammond et le drive souple de la rythmique sur un thème qui s'insinue et s’accroche. “Slow Blues”creuse cette même piste, sans embardée de guitar hero, Thomas Naïm suivant plutôt les traces d'un Bill Frisell qui en est pourtant un! 

Ainsi se met en place avec un sens mélodique certain, une suite de 9 compositions toutes de la plume du leader, d’une grande fluidité dans une véritable circularité de morceaux, sombres mais enlevés. 

Musique d’un film rêvé,Thomas Naïm a dû rêver son disque et il est parvenu à le réaliser sur son propre label Rootless Blues, en choisissant avec soin ses complices de jeu, sous le regard extérieur d’un directeur artistique, Daniel Yvinec, conseiller avisé dès le début du projet. Une vraie formation s’est créée à partir du trio avec lequel Thomas Naïm a élaboré 5 albums en dix ans, une histoire de fidélité avec Raphaël Chassin à la batterie et aux percussions et Marcello Giuliano à la basse électrique et contrebasse. Le guitariste a osé prendre un autre instrument harmonique et c'est le pianiste Marc Benham qui intervient avec bonheur à l’orgue. Quant au saxophoniste ténor, il s’agit de Laurent Bardainne qui, sur 3 titres dont “Kite” et “Lincoln Circus” s’ajuste parfaitement à l’esthétique du projet, une bande-son qui accompagne un itinéraire étrange, une escapade On the far side qui évoque l’Amérique profonde, les grands espaces de l’ouest. La guitare recrée les images du genre ou plutôt les contourne tout en restant dans la même perspective, horizontale.

Thomas Naïm laisse en effet beaucoup d’espace à ce trio dépouillé; et si l’orgue n’en rajoute pas, il crée un "mood" avec des notes tenues et une couleur bienvenue, le sax affolant cette musique, surtout quand il se mêle aux secousses, saccades de guitares. Jusqu’aux larges accords du “Gypsy” final, composition déjà enregistrée qui ne dépare pas l’ensemble quand elle est rajoutée en superposant des guitares, avec des effets de “re re”.

 Ouvert à toutes les influences, le guitariste écrit un jazz teinté de rock aussi réfléchi que sensible. Sans sombrer dans l’imitation, même s’il a beaucoup écouté ses modèles autant dans le jazz (Grant Green, Wes Montgomery, Kenny Burrell...) que le rock (Jimmy Page, Jeff Beck...) et bien évidemment Jimi Hendrix qui lui a d’ailleurs inspiré son album précédent The Sounds of Jimi.

Le voyage à travers cet album réserve quelques surprises, on se laisse embarquer volontiers avec ces ballades bluesy, au climat onirique et crépusculaire. Un “Little dreamer” très orchestré nous enveloppe dans un cocon doux, vaporeux par petites touches de la basse. “The walk” qui suit débute au piano, mélodie flottante où de petits fragments éveillent en échos images cinématographiques et souvenirs d’autres trips. Ces petites formes, ces fredons qui restent en mémoire comme dans "Kite"- suspensions, ritournelles plus que ressassements, ces esquisses ont une force envoûtante, énigmatique.On verrait bien des voix se poser sur ces musiques, comme dans cette complainte “No Way Home” tant les compositions de Thomas Naïm s’apparentent à des chansons. Un compliment pour celui qui a accompagné si souvent de grandes chanteuses.

Sophie Chambon

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