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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:01
André JAUME Retour aux sources

ANDRE JAUME

Retour aux sources

Absilone/Socadisc

 

http://label-durance.com/cd-retour-aux-sources-andre-jaume.html

 

Si le jazz conserve sa pertinence en ces temps de “distractions musicales”, c’est grâce à des gens comme André JAUME qui s’y ressourcent continuellement. Le peintre, crtique et historien d'art Jean Buzelin a presque tout dit avec cette phrase qui résume  le parcours rigoureusement intègre, sans renonciation aucune, d’un musicien poly-instrumentiste (clarinette, flûte, saxophone ténor), créateur et enseignant d’une des premières classes de jazz du conservatoire d’Avignon. Il s'est consacré à une musique, le free qu’il a traversé dans son évolution et qui lui a conféré liberté, sens de l’engagement sans renier clarté de l’articulation et du phrasé.

André Jaume a pu être considéré jadis comme un musicien voyageur-les titres de beaucoup de ses compositions ("Borobodur", "Marratxi", "Casamance") marquent une géographie humaine, une errance musicale qui n’a rien de touristique. Depuis qu’il s’est fixé en Corse, André Jaume n’en finit pas de reprendre son périple, à présent imaginaire avec ses instruments. Lui qui a toujours privilégié l’échange dans toutes les combinaisons possibles et le dialogue complice (Raymond Boni, Steve Lacy et surtout son cher Jimmy Giuffre), sort sur le label sudiste ami, Durance, installé dans les Alpes de Haute Provence, un (deuxième) solo intitulé pertinemment Retour aux sources, dédié à son ami, autre soufflant Joe Mc Phee, frère d’armes et de son, défini par l’ampleur de la voix, la fascination du chant, l’expression libre à laquelle il se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums paru en 1970.

C’est encore à Jean Buzelin que l’on doit, dans ses notes de pochette, une explication circonstanciée sur la conception de ce solo, le deuxième après le fondateur Le Collier de la Colombe, sorti en juin 1971, sur le label PALM de JEF GILSON . Une première alors pour un saxophoniste français qui fut un pionnier dans le développement de cette musique de jazz. Et il serait bon que l’on en garde aujourd'hui une mémoire un peu plus vive.

Voilà un exercice de style au ténor, variant les nuances et atmosphères de son instrument, que ces douze petites pièces de sa composition et un arrangement sur un thème du grand William Breuker, pas vraiment faciles, qui engagent avec nous un dialogue fécond. La position de l’instrumentiste peut s’avérer délicate à garder de façon satisfaisante, avec cette dimension narrative appuyée et aussi émotionnelle. Un récital sans esbroufe, tout un art de compositions vives, libres, subtiles, servant de base à des improvisations souvent fougueuses, colorées, qui nous réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante avec ce “Dinky Toy” qui évoque plus un oiseau (per)siffleur que l’on tenterait vainement de suivre sur les cimes de son chant; alors que la douceur de “Song for Estelle” conduit à une rêverie, tout autre.

Le saxophoniste a saisi la chance de se portraiturer une fois encore, dans une nouvelle aventure musicale et humaine. Qu’il est bon de s’abreuver à cette source fraîche du jazz, éternellement désirante…car ce n’est pas seulement un écho nostalgique à quelque chose qui nous fascina jadis, mais un travail patient de transmission qui prend tout son sens aujourd’hui. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps.

 

Sophie Chambon

 

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 16:33

Bruno Chevillon (contrebasse, guitare basse, effets), Éric Échampard (batterie, percussions, percussions numériques), Benjamin de la Fuente (violon, guitare ténor, mandoline électrique, effets), Samuel Sighicelli (échantillonneur, orgue, synthétiseurs). Invité sur une séquence : Serge Teyssot-Gay (guitare)

Tilly (Yvelines), juin 2019

Éole Records Éor_018 / Distrart

 

Cette musique très collective, où construction et spontanéité se mêlent, résulte d'un travail liminaire autour du cinéma de Paolo Sorrentino. Les sons, les lignes musicales et les échantillons sonores se croisent dans une sorte de fil imaginaire (au sens fort : des images de musique). Découpage, montage, mouvements, scénarisation et échappées hors-narration, ce peuvent être des éléments de lecture, ou plutôt d'écoute, pour cette musique. L'extrême qualité du son, et la richesse des panoramiques sonores, ne sont pas là pour éblouir ou impressionner. Il s'agit simplement de 'faire musique' dans un vaste espace de liberté où chaque intervention compte. Ici la pertinence ne sépare pas l'impromptu et le concerté, tout se fond, sans se figer, dans un implacable mouvement musical. «L'œil écoute» écrivait Claudel dans une célèbre métaphore. Ici l'oreille regarde un paysage mouvant, mystérieux autant que limpide, selon les instants. C'est une sorte de voyage presque halluciné, et pourtant nous gardons les pieds sur terre, et les oreilles dans le son : une sorte d'oxymore, un 'matérialisme abstrait' qui nous obligerait à révoquer nos catégories usuelles. Les éléments musicaux puisent à toutes les sources partagées par les acteurs de cette aventure, du rock expérimental aux musiques électroacoustiques ou répétitives, en passant par un certain souvenir du jazz et des musiques contemporaines. C'est intense et requérant, cela nous convoque et nous prie d'embarquer dans le voyage sonore. On est saisi, happé, et entraîné dans un univers de sensations que l'on entrevoyait à peine. Brillant !

Xavier Prévost

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À découvrir en concert le samedi 29 février à Paris au Pan Piper

https://pan-piper.com/live/events/caravaggio-serge-teyssot-gay/

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 15:06

Christophe Gauvert (contrebasse), Guillaume Grenard (trompette, bugle, composition), Thibaut Martin (batterie), Fred Meyer (guitare), Andrea Parkins (accordéon, ordinateur)

Sainte-Colombe-sur-Gand (Loire), mars 2019

L'Arbre Canapas can 2019-1 / Inouïe distribution

 

La poursuite d'un projet un peu fou, qui se donne pour cadre la déclinaison des éléments chimiques instaurée par un chimiste russe du XIXème siècle. Cette fois ce sont le bismuth, le polonium, l’astate, le radon, le francium, le radium, le rutherfordium et le dubnium. Au delà de cette référence qui serait seulement décorative si elle n'ambitionnait pas de structurer le déroulement de la musique, je perçois, sous le titre Liber Azoth ,les réminiscences d'un univers occulte et magique, qui convoque autant le Grand Œuvre des alchimistes que l'occultisme des années 1800, et Le Dogme et Rituel de la Haute Magie d'Eliphas Lévi, texte que j'ai croisé dans mes études de littérature avec le regretté Jean Decottigines, féru de Lautréamont, Villliers de l'Isle-Adam, mais aussi de Pierre Klossowski, Witold Gombrowicz et.... Colin Dexter, l'inventeur des aventures de l'inspecteur Morse ! Bref l'important n'est pas le tableau périodique des éléments mais la fiction musicale qui s'organise par ce réseau de références supposées.

 

La musique puise à toutes les sources de la seconde moitié du vingtième siècle : musiques concrète et électronique, musiques répétitives, (free) jazz, rock progressif et musiques dites contemporaines de toutes obédiences. La présence de l'accordéoniste Andrea Parkins est d'importance, car elle s'accompagne d'un héritage de musiques audacieuses, voire transgressives. La pulsation est forte, et les plages avancent dans une foule de séquences segmentées où basse, batterie et guitare s'affrontent en combat singulier avec des riffs entêtants de cuivre, et des plongées de l'accordéon dans un ailleurs musical très dépaysant. C'est très singulier, inclassable et esthétiquement riche. L'ordinateur joue aussi sa partie d'inoculation d'imprévu autant que d'inouï. Trois longues plages organisent ce parcours en toute cohérence esthétique, ruptures et contrastes compris. Les solos et le collectif jouent une sorte de ballet dont le sens se dévoile à l'étape ultérieure, avant l'émergence d'un nouveau mystère. Bref c'est une belle expérience d'immersion, dans un univers qui me rappelle parfois les aventures musicales européennes des années 70 (le grand orchestre Centipede, de Keith Tippett, entre autres souvenirs).

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=oAw04MqeRic&feature=emb_logo

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On ne s'étonnera donc pas de retrouver deux membres du groupe, le bassiste Christophe Gauvert et le trompettiste Guillaume Grenard au sein du groupe de l'A.R.F.I. de Lyon dans une rencontre que l'on prévoit historique avec le Collectif COAX , le samedi 29 février , au théâtre Berthelot-Jean Guerrin de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il y aura sûrement des surprises qui décoiffent dans ce COARFIX....

https://www.arfi.org/coarfix/

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 17:53

Steve Potts (saxophone alto & soprano), Glenn Ferris (trombone), Louis Sclavis (clarinette, clarinette basse), Simon Goubert (batterie), Darryl Hall (contrebasse), Geoffroy Tamisier (trompette), François Ripoche (saxophone ténor)

Villetaneuse, sans date

Black & Blue BB1077 2 / Socadisc

 

Un beau projet, et un beau groupe que l'on pourrait qualifier d'œcuménique, dans la mesure où il rassemble des musiciens d'horizons et d'histoires personnelles variées, mais qui se retrouvent ici à l'initiative du saxophoniste nantais François Ripoche. Américains de Paris, Français de Nantes, de Lyon et d'ailleurs, se retrouvent pour une musique très effervescente qui résonne aux oreilles du vieil amateur que je suis comme une invocation de l'esprit de Charles Mingus : l'intensité expressive, la liberté et le goût collectif du risque donnent à ce disque une fraicheur qui ne ruine en rien l'ambition esthétique. Les thèmes, signés pour la plupart par François Ripoche, reflètent à la fois le souvenir des grandes envolées collective du jazz originel tout en intégrant l'audace musicale dont cette musique s'est parée au fil de son histoire. Les solistes, tous de premier plan, injectent dans le tissu serré des rythmes, mélodies et harmonies, leur flamme, leurs idées, leur folie parfois. On se plaît à laisser filer ces plages aux titres évocateurs, d'engagement ou d'humour, et qui fédèrent dans leur approche musicale toutes les teintes d'un jazz aussi multicolore que pluriculturel. C'est vivant, joyeux, grave quand il le faut, et toujours d'une exemplaire intégrité. Au répertoire original se joignent une composition de Brassens (Auprès de mon arbre , comme une sorte de manifeste mélancolique) et en conclusion Music Matador de Doplhy, emblème de liberté et de folie douce. Autrement dit une vraie aventure collective, aboutie, et contagieuse !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=WRCjsJ-syxw

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Le groupe est en concert à Paris, au Studio de l'Ermitage, le 26 février 2020 à 21h

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 21:40

Paul Lay (piano), Isabel Sörling (voix), Simon Tailleu (contrebasse)

invités : Donald Kontomanou (batterie), Bastien Ballaz (trombone),
Quentin Ghomari (trompette), Benjamin Dousteyssier (saxophone baryton)

Tilly (Yvelines), sans date

Laborie Jazz LJ49 / Socadisc / distribution numérique Idol

 

Une nouvelle parution de ce trio : après le répertoire des chansons réalistes de l'Alcazar de Marseille («Alcazar Memories», paru en 2017 sous le même label), voici des chansons américaines de la transition du dix-neuvième au vingtième siècle, choisies pour une célébration en 2018 du premier concert jazz de l'orchestre de Jim Reese Europe à Nantes, le 12 février 1918 (En fait le 15th Regiment Band, ensuite appelé les Harlem Hellfighters, avait déjà joué sur le quai du port du Havre, le 1er janvier 1918, quelques jours après l'accostage du navire qui l'avait acheminé depuis l'Amérique).

Mais il ne s'agit pas ici de musique militaire : bien sûr il y a une mélodie américaine de la guerre de sécession, mais aussi l'inoxydable spiritual Deep River (magnifiquement renouvelé par la voix d'Isabel Sörling), un rag de Scott Joplin, Go to Hell (écrit par Morris Bailey Jr et immortalisé par Nina Simone : pas d'époque mais bien dans le contexte....), I'm Always Chasing Rainbows, qui depuis sa version d'origine en 1917 inclut un emprunt mélodique à la Fantaisie impromptue en do# mineur de Chopin). À quoi s'ajoutent des compositions de Paul Lay, pour le trio augmenté des invités, et aussi un Mister Morton en trio avec basse et batterie, et une sorte de lied composé par Paul Lay sur un poème écrit par le Capitaine Charles Hamilton Sorley, soldat britannique qui tomba peu après au combat lors de la troisième bataille d'Artois en 1915. Et pour conclure un gospel suivi d'un blues : bref une célébration de l'Amérique qui fait la part belle à sa composante afro-américaine, et de la première à la dernière note, de la TRÈS GRANDE MUSIQUE.

Xavier Prévost

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 17:05

Robinson Khoury (trombone), Étienne Renard (contrebasse), Mark Priore (piano), Andy Barron (batterie), Manu Codjia (guitare), Thibaud Saby (piano, piano électrique), Jules Bottin (trombone), Élie Martin-Charrière (batterie), Philippe Khoury (piano), Frédérique Brun (voix) Ensemble Octotrip (6 trombones, 2 tubas)

Sans lieu ni date

Gaya Music GAYA-049 / l'autre distribution

 

Un jeune tromboniste (24 ans) de très haut niveau, déjà entendu dans divers groupes, notamment au sein du big band du Conservatoire national supérieur de Paris, et primé comme soliste au concours de La Défense avant même d'avoir 20 ans. Bref un parcours qui faisait attendre avec une certaine impatience un premier disque. Attente comblée. Le choix pour ce disque semble avoir été de rassembler les fragments de l'histoire personnelle du musicien, autour d'un noyau central, en l'occurrence le groupe bientôt réuni sur scène au New Morning pour la sortie du disque. Plusieurs plages avec ce quintette (Manu Codjia, Mark Priore, Étienne Renard & Élie Martin-Charrière), pour décliner diverses facettes de ce qu'est le jazz aujourd'hui. Avec une constante : très grande expressivité du trombone, mais aussi qualité des compositions (Robinson Khoury signe 8 plages sur 10), et très haut niveau d'interprétation et d'improvisation, pour le leader comme pour ses sidemen. Au fil des plages, en plus des amis de la scène parisienne et du CNSM, de la région lyonnaise, ses parents : Philippe Khoury, pianiste et coordinateur du département de jazz au Conservatoire de Vienne (Isère), et Frédérique Brun, chanteuse et enseignante au même endroit. De ce joyeux mélange de liens amicaux et familiaux surgit un disque très cohérent, d'un niveau musical et artistique qui convainc absolument. En prime Ask Me Now de Thelonious Monk, traité avec une chaleur expressive digne des grandes heures du jungle style. Et un solo d'ouverture qui d'emblée place la barre dans le registre de l'excellence ; sans oublier une composition du pianiste Mark Priore, qui apporte une touche supplémentaire de singularité à l'ensemble. Et dans la plage conclusive la présence de l'ensemble Octotrip, dont Robin Khoury est un membre actif, comme pour dire le bonheur des cuivres en escadrille, avec là encore, comme tout au long du disque, finesse et musicalité. Belle réussite que ce disque qui est tout à la fois une carte de visite, une signature, et un manifeste artistique.

Xavier Pévost

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Concert en quintette (+ invités....) le 19 février 2020 à Paris au New Morning

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 12:18
CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO  POETIC POWER

 

POETIC POWER CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO

EMOUVANCE/ABSILONE

Sortie le 14 FEVRIER

Claude TCHAMITCHIAN (cb)

Christophe MONNIOT (as)

Tom RAINEY ( dms) 

www.tchamitchian.fr

Sourde, tenace confiance en l’autre! Partant du jazz sans jamais le quitter, fidèle à cette musique d’imprévus, le contrebassiste continue à creuser son chemin, en sideman dans les meilleurs groupes qui soient mais aussi en leader. Quel magnifique trio, Claude Tchamitchian constitue ici dans ce Poetic Power de son label EMOUVANCE. Il me semble, qu’il me reprenne si je me trompe, qu’il n’a pas souvent joué dans ses propres groupes avec des saxophonistes. Le choix de l’altiste Christophe Monniot est évident, lumineux et espéré! Le musicien a le souffle inventif, la concentration agile et son chant est toujours émouvant, tant il recèle de capacités d’abandon. Un effacement de soi qui aboutit à un réel dépassement, il nous entraîne loin, haut, dans ses paysages intérieurs, sculptés dans sa mémoire et sa capacité exceptionnelle à des écarts maîtrisés! Ecoutons-le dès le premier thème “Katsounine” où propulsé par la rythmique, époustouflante, il embrase notre imaginaire, sans laisser de côté des instants plus tendres et rêveurs! Beauté fluctuante, fragile et dangereuse, intermittente le long de cette errance, en six pièces, longues, amples où tous les trois se livrent à corps perdu, multipliant les détours jusqu’aux fractures: ils peuvent se perdre, mais ils se retrouvent après des envolées plus ou moins joyeuses mais libres toujours, celles que réclament un jazz vif.

Claude Tchamitchian a une écriture sur son expérience qu’il désire moins encombrée par la joliesse de la mélodie, le sentimentalisme des passions que par le cheminement précis, ouvert aux “improvista”, attentif aux rencontres, aux interactions naturelles, comme dans “une promenade en forêt”, selon les notes toujours justes de Stéphane Ollivier. Jamais on ne l’a entendu aussi décisif, déterminant dans le travail de cette rythmique impeccablement réglée : aidé du merveilleux Tom Rainey d’une précision diabolique, il nous rattache, à ces obscures forces terriennes, ce grondement sourd et jaillissant que l’on perçoit en nous, “So close, so far”.

Ancrée dans le monde sensible, ouverte aux visions et sensations, c’est la musique exposante, jamais probante d’un “power trio” qui a aussi le sens de la nuance, de l’épure. Si le titre n’était déjà pris, on pourrait parler de “poetic motion”. Salutaire et salvateur!

Sophie Chambon

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 16:43

Olivier Le Goas (batterie) Nir Felder (guitare), John Escreet (piano), Larry Grenadier (contrebasse)

Brooklyn, 17-18 février 2019

Challenge Records CR73493 / Distrart

 

Belle surprise en écoutant ce disque, qui effaçait une relative déception occasionnée par le précédent disque américain («Reciprocity», enregistré en 2015), où j'avais trouvé la musique un peu corsetée (manque de pratique du groupe en concert ? Manque d'engagement personnel des musiciens dans le projet musical ?). Le guitariste est le même, mais cette fois ce sont John Escreet au piano et Larry Grenadier à la contrebasse. Ce qui semble faire la différence, c'est la qualité de l'interaction, du jouage, qui nous révèle des partenaires totalement et collectivement engagés dans la musique. Par plusieurs aspects, le disque fait référence à Pat Metheny : par les titres (celui de l'album, qui évoque Off Ramp ; celui d'une plage, Light Size Dreams, qui nous rappelle Bright Size Life). Et aussi par l'esprit (la relation piano-guitare) ; encore que, à la première écoute en décembre, je me suis fait la réflexion que je préférais la liberté et l'authentique lyrisme de John Escreet à la réserve de Lyle Mays. Lyle Mays est mort quelques jours avant la rédaction de ces lignes, mais mon avis demeure, sans mauvaise conscience. Et Nir Felder est bien autre chose qu'un épigone de Metheny, même si la sonorité de l'instrument suggère parfois le rapprochement. Tout ça est très vivant, très intense, et les compositions d'Olivier Le Goas reflètent comme toujours un indiscutable sens de la forme. Avec en prime une reprise, finement élaborée, de So Long Frank Lloyd Wright , de Paul Simon, immortalisé par Simon and Garfunkel. Larry Grenadier est magistral, dans l'accompagnement comme en soliste : bref, c'est un disque hautement recommandable !

Xavier Prévost

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Olivier Le Goas jouera ce répertoire à Paris, au Sunside, le 31 mars, avec Manu Codjia, Leonardo Montana et Yoni Zelnik

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 01:01

Darryl Hall (contrebasse), Keith Brown (piano et fender rhode), Kenneth Brown (batterie), Baptiste Herbin (saxophones alto et soprano) et Chiara Pancaldi (vocal). Avril et août 2019. Space Time Records - BG1947/Socadisc.


Double retour pour Darryl Hall. Le contrebassiste américain opérant à Paris depuis une quinzaine d’années revient sur le devant de l’actualité avec un album en leader, pas moins de 20 ans après le premier, et cela est d’autant plus agréable pour le jazzophile qu’il a été récemment tenu éloigné des scènes durant plusieurs mois, pour des raisons de santé heureusement résolues.


Il reprend l’instrument en mains, pied au plancher dès le premier titre, Inner Urge (du saxophoniste Joe Henderson), avec un magnifique solo, et va démontrer tout au long de l’album qu’il est bien là, avec deux des fils de Donald Brown (l’illustre membre du groupe des pianistes de Memphis), Keith et Kenneth aux claviers et à la batterie, le saxophoniste Baptiste Herbin, (prix Django Reinhardt 2018 de l’Académie du Jazz, autre pilier du label Space Time Records) et la chanteuse Chiara Pancaldi -en verve sur un air brésilien de Caetano Veloso, Curação Vagabundo-.


 A la basse acoustique, parfois délaissée pour son homologue électrique, Darryl Hall nous délecte d’une leçon de swing bien tempéré, servie par un son ample et rond. Le répertoire choisi permet au contrebassiste d’évoluer sur plusieurs terrains, proposant des classiques (Woody’n You, Lullaby of Birdland), quatre compositions personnelles, un air de Gabriel Fauré (Libera Me) et un tube cinématographique (Pink Panther d’Henry Mancini) ... Un délice, et pas seulement pour les fans de la contrebasse !

 

 Retour assurément gagnant pour Darryl Hall.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

En concert au Sunside* le 13 février avec Carl-Henri Morrissey (piano) et Benjamin Henocq (batterie) pour le lancement du disque et les 14 et 15 au sein du quartet d’Enrico Rava et Aldo Romano avec Baptiste Trotignon (piano).

 

* Sunset-Sunside, 60 rue des Lombards, 75001-Paris, (01 40 26 46 60). http://www.sunset-sunside.com/

 

©photo & design : Philippe Levy-Stab, Jean-Philippe Guillaumont, Dolly Prann et X. (D.R.).

 

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 10:31

Marc Benham (piano), John Hebert (basse) et Eric McPherson (batterie). Novembre 2018. SteepleChase Records/ Socadisc.

 

Biotope, quel drôle de nom pour un disque de jazz !. Consultons le Petit Robert : « Milieu biologique déterminé offrant à une biocénose (ensemble des êtres vivants d’un biotope) des conditions d’habitat relativement stables ». Diantre !  Dans l’esprit de Marc Benham, il s’agit du contexte organique favorable à son développement et dans le cas précis « le jazz qui swingue, qui chante et qui rit aussi ». Vaste programme.


Écoutons l’avis de Martial Solal : « Technique, feeling, sens harmonique et invention mélodique, Marc Benham possède à un très haut niveau toutes les qualités attendues d’un authentique musicien ».  


Sa palette est large : remarqué par un hommage à Fats Waller (Fats Good-Frémeaux.2016), le pianiste a emprunté un chemin plus contemporain dans un duo avec le trompettiste Quentin Ghomari (Gonam City-Neuklang.2018).


Pour son quatrième album, Marc Benham confirme de belle manière que son respect de la tradition n’exclut pas la connaissance des courants et styles qui ont modelé le jazz ce dernier demi-siècle. Admirateur de Fred Hersch, il a « kidnappé » sa rythmique de passage à Paris à l’automne 2018 - John Hebert, (contrebasse) et Eric McPherson (batterie) - pour boucler un album en une seule journée de studio, comme ce fut la règle dans les années 50 chez Blue Note.

 


La spontanéité est au rendez-vous pour un répertoire des plus œcuméniques : d’un classique de Fats Waller (Jitterbug Waltz, cheval de bataille d’Eric Dolphy à la flute) ou d’Ellington (Mood Indigo) à des titres emblématiques du be-bop (Con Alma, Airegin) et quatre compositions du pianiste lui-même, dont Pablo, référence au label, cocktail revigorant servi en ouverture.

 

Un album concentré (moins de 50 minutes, le temps d’un set en club), qui constitue d’ores et déjà une des belles surprises de 2020.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Klaproos Art & X. (D.R.)

 

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