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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 18:04

Music for chamber orchestra and small ensemble

CD 1 «Dreamt Twice»

EOS Chamber Orchestra, direction Susanne Blumenthal &
Sam Pluta (électronique), Cory Smythe (piano & clavier quarts de tons), Robert Landfermann (contrebasse), Tom Rainey (batterie), Ingrid Laubrock (saxophones ténor & soprano)

Cologne, 5-6 décembre 2019

CD 2 «Twice Dreamt»

Ingrid Laubrock (saxophones ténor & soprano), Cory Smythe (piano & clavier quarts de tons), Sam Pluta (électronique) + Zeena Parkins (harpe électrique), Adam Matlock (accordéon), Josh Modney (violon)

Mount Vernon (État de New York), 22-23 décembre 2019

Intakt Records CD 355 / Orkhêstra

 

Double CD qui offre, en miroir, deux regards sur les mêmes compositions qui dialoguent dans des instrumentations différentes, avec un noyau de trois interprètes-improvisateurs/trices comme pivots de cette construction un peu folle, autour des rêves transcrits par Ingrid Laubrock dix années durant sur un carnet que lui avait offert la guitariste Mary Halvorson. La saxophoniste allemande explique dans les notes du livret que, durant ses années londoniennes, avant son installation à New York, elle avait côtoyé le spiritisme. Mais plutôt que de procéder à une écriture musicale sous influence médiumnique, elle a composé cette musique à partir de la relecture des transcriptions de rêves passés. Après avoir d'abord écrit la version pour petite formation, la saxophoniste dit l'avoir plutôt «ré-imaginée que ré-arrangée» pour l'orchestre de chambre. Laissons là cette cuisine compositionnelle pour nous concentrer sur ce que nous percevons et ressentons à l'écoute de chacun de ces disques, et sur ce que notre esprit construit de perception globale à partir de ces écoutes successives. Les écoutant dans l'ordre du disque (le CD 1 d'abord, avec l'orchestre de chambre, puis le CD 2, par la petite formation), j'ai élaboré une écoute personnelle qui inverse la démarche d'écriture. Cette écoute fondée sur l'ordre du disque a-t-elle une incidence sur ma perception ? Je ne le saurai jamais puisque qu'il m'est impossible de faire ensuite l'expérience inverse : écouter en commençant par la fin du CD2 ne peut me faire oublier la première écoute qu'inaugurait la version avec orchestre de chambre. C'est donc un jeu labyrinthique qui me tiendra lieu de perception et d'écoute réfléchie. Et pour tenter de relater cette expérience de la manière la plus concise j'écrirai ce qui suit. J'écoute cette musique comme s'il s'agissait d'un concert improvisé, tant la liberté qui s'en dégage fait oublier qu'il y a là une forme élaborée, et cette liberté dispense de faire le départ entre le préconçu et l'instantané. En écoutant cette musique dans l'ordre des CD et des plages, c'est à dire libérée de la construction en miroir qui a présidé à son élaboration, j'ai la sensation confuse de me livrer à une escroquerie esthétique, un affront au respect de la forme. Mais cette écoute possède manifestement sa propre cohérence, et elle est infiniment jouissive. L'œuvre, finalement, appartient à ceux qui l'écoutent. L'enfance de l'Art.

Xavier Prévost

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 11:41
A PLACE THAT HAS NO MEMORY OF YOU  Laurent DEHORS / Matthew BOURNE

A PLACE THAT HAS NO MEMORY OF YOU

Laurent DEHORS / Matthew BOURNE

EMOUVANCE/ ABSILONE

Sortie Décembre 2020

 

Un duo toujours surprenant que celui du pianiste Matthew Bourne et du polyanchiste Laurent Dehors. On se souvient de leurs Chansons d’amour, déjà chez Emouvance, en 2012, qui nous prenait à revers, ne détournant pas précisément de belles mélodies trop connues (à l’exception de “La Vie en Rose”).

Dans ce CD au titre étrange, entretenant un certain mystère, jusqu'à la forme définitive, qui sonne bien au demeurant, on retrouve une prédilection pour des formes courtes, libres, ouvertes, ciselées, qui s’enchaînent sur près d’une heure. Les rêves ont une voix, et la musique se crée à chaque instant, travaillée,  composant avec la douce folie de l’un qui plaît toujours à la démesure de l’autre. Tous deux sur le fil, instables et touchants : leur proximité musicale les met en état d’éveil, les fait vibrer naturellement et ils utilisent le langage musical pour révéler un peu de leur vérité.

Matthew Bourne qui sait se mesurer au silence, se lancer dans des expérimentations, attise la curiosité et l’inspiration de son complice. Un thème “Outré” revient par trois fois, leitmotiv propice à l’improvisation du duo. Qualificatif qui convient bien à Laurent Dehors, volontiers excessif, qui passe souvent les bornes (prescrites par la raison) même si dans cet album, selon les notes de JP Ricard, il consent à nous livrer la part la plus sensible de lui même. Sans qu’il y ait une mélodie au sens strict, ces échappées ardentes, âpres, souvent mélancoliques qui exceptionnellement s'étirent sur près de 7 minutes dans  “Voix”, élaborent un vrai dialogue entre un piano sensible et une clarinette qui chante. Une sobriété de bon aloi, poétique et singulière. Dehors ne nous livre-t-il pas en effet sa part de l’ombre, masquée souvent par ses fantaisies, élucubrations gestuelles et instrumentales, quand il se jette dans la musique, essaie tous ses instruments, sort de la cornemuse un son aigre, persistant qui vrille volontiers les tympans. Il aime se pousser dans les aigus, travaille toujours sur les textures, les timbres, les accidents sonores, et en premier, ce matériau extraordinaire qu’est le souffle comme dans cette miniature précieuse, “Soliloquy”.

Matthew Bourne utilise les cordes du piano dans un “From nature to robots” très explicite avec cette sensation de pluie qui tombe comme des cordes ( pour une fois, le français l’emporte sur le nonsensique “It’s raining cats and dogs”). Mais dans “Je pense à toi”, très simplement, se retrouve une chanson d’amour avec un thème délicatement impressionniste rehaussé de touches légères et vives de clarinette. Bourne pourrait comme Dehors qui a écrit une “ A Short history of clarinette”, en faire de même avec son instrument, un piano intelligent qu’il révèlerait dans tous ses éclats, états.

On arrive, dans une sorte de vertige, à la fin du CD et au titre éponyme, toujours aussi obscur -mais d’ailleurs que veut dire la première plage “The eight veil” (celui de l’ambiité?) d’après la Salomé de Wilde, ou d’une composition de Billy Strayhorn pour un Duke Ellington en grande formation? Ce qui sied à ce climat résolument minimaliste, équilibré néanmoins par des échos de jazz outrés.

Sophie Chambon

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 22:04

Antonin-Tri Hoang (saxophone alto, clarinette, clarinette basse), Julien Pontvianne (saxophone ténor, clarinette), Francesco Diodati (guitare), Yannick Lestra (piano électrique, synthétiseur, piano), Matteo Bortone (contrebasse, guitare basse, électronique, glockenspiel, voix), Ariel Tessier (batterie)

Antony, 8-9 mars 2020

Auand Records AU 9102 / l'autre distribution

 

Un disque qui traverse les styles et les sources d'inspiration. Disque singulier, et même intrigant. Sa palette très étendue couvre tout le spectre des productions musicales des dernières décennies. La première plage commence par une fréquence continue (1900 hertz ?) qui va se fondre dans un spectre, une palette mouvante d'où surgiront des variations instrumentales. Puis c'est un jazz anguleux qui paraît resurgir du début des années 80, avant de libérer les improvisateurs dans leurs désirs profonds. On se promène ensuite entre le meilleur de la fusion et les escapades du rock progressif, avant de s'aventurer dans les territoires de l'étrange. C'est lyrique souvent, composé constamment, même dans les espaces que l'on devine libérés. Et cela se termine par une sorte de pop expérimentale et (très) sophistiquée que l'on croirait surgie de la fin des sixties. Singulier donc, déroutant même, et pourtant d'une parfaite cohérence. Musique servie par des musiciens entendus ailleurs dans une foule de contextes différents, mais qui tous comptent parmi les figures majeures des nouvelles générations, et apportent à ce disque la force de leur talent. Hautement recommandable, donc !

Xavier Prévost

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 14:24

Jean-Jacques Birgé invite Samuel Ber, Sophie Bernado, Amandine Casadamont, Nicholas Christenson, Médéric Collignon, Pascal Contet, Élise Dabrowski, Julien Desprez, Linda Edsjö, Jean-Brice Godet, Alexandra Grimal, Wassim Halal, Antonin-Tri Hoang, Karsten Hochapfel, Fanny Lasfargues, Mathias Lévy, Sylvain Lemêtre, Birgitte Lyregaard, Jocelyn Mienniel, Edward Perraud, Jonathan Pontier, Hasse Poulsen, Sylvain Rifflet, Eve Risser, Vincent Segal, Christelle Séry, Ravi Shardja, Jean-François Vrod - détail des instruments sur le site http://www.drame.org/2/Musique.php?D=164

2010-2019, Bagnolet (Studio GRRR), et pour quelques plages Les Lilas (Le Triton) et Paris, Maison de Radio France

GRRR 2031-32 / Orkhêstra

 

Double CD de rencontres suscitées par Jean-Jacques Birgé, sur une longue période, et comme toujours chez ce musicien, désir d'élaborer des objets musicaux et sonores très singuliers. C'est ce qu'il pratique depuis des lustres, et une fois encore il ne déroge pas. Toutes les plages retenues proviennent de plus d'une quinzaine d'albums virtuels publiés sur le site http://www.drame.org . Ça commence par un dialogue entre le violoncelle de Vincent Segal et le tenori-on (séquenceur où est échantillonnée, entre autres éléments, la voix d'Elsa Birgé), cela se terminera 22 plages plus tard avec la clarinette (et divers objets sonores) de Jean-Brice Godet, et la contrebasse de Nicholas Christenson, dialogue arbitré par divers instruments de Jean-Jacques Birgé. Rencontres à deux, parfois à trois, avec une foule de surprises musicales, mais aussi des moments de mélancolie, des bouffées de mystère ou de fantaisie débridée (deux plages successives avec Alexandra Grimal), des élans lyriques et compositionnels dans l'improvisation, des escapades vocales (Médéric Collignon, évidemment, Sophie Bernado, Élise Dabrowski...), des partenaires récurrents et inspirants (Antonin-Tri Hoang). Bref un voyage sensoriel et musical qui vaut son pesant d'inouï. Une immersion s'impose dans ces univers multiformes engendrés par le seul désir de 'faire musique ensemble'. Belle réussite et promesse, pour qui s'y plonge, de surprises jouissives.

Xavier Prévost

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 10:21
  CAMILLE THOUVENOT METTA TRIO        CRESISTANCE

CAMILLE THOUVENOT METTA TRIO

Crésistance

Christophe LINCONTANG (contrebasse) Andy BARRON ' batterie)

 

 

Premier album à la fois fluide et haletant du Metta trio, ce Crésistance suscite rapidement une attention bienveillante. C’est une histoire de famille au sens large, d’amitié entre potes, depuis la création de la pochette (Victor Costes et Lucas Linares ) qui tranche heureusement de la production actuelle en jazz assez médiocre, aux effets sonores et habillage d’Audrey Podrini (la compagne du pianiste). Même Bérénice, la fille de l’un des concepteurs Lucas Linarès, gazouille sur la coda du titre éponyme.

Metta est une référence bouddhiste qui éclaire sur le propos de l’album : Crésistance est pensé comme une histoire, dans laquelle on vous parle d'amour, de bienveillance, d'inspiration, d'émotions, de créations et résistances. Quant au titre Crésistance, il fait écho à la formule célèbre du regretté Stéphane Hessel, apôtre de l’indignation : “Créer c’est résister et résister c’est créer”.

Camille Thouvenot est un musicien talentueux, curieux de tout, à la gouaille enjôleuse: né dans le Gard, étudiant au Conservatoire de Nîmes, il intègre ensuite le CNR de Lyon où il étudie avec Mario Stantchev. Des rencontres nombreuses l’ont fait s’orienter vers le jazz avec un bagage plus que consistant, puisqu’il a une double culture. D’où des résurgences classiques dans les harmonies enrichies et le phrasé, du rhythm &blues, tout un brassage avec des couleurs franches. Assurément mélomane -et ce n’est pas toujours le cas chez les musiciens, il a écouté les styles les plus divers, faisant son miel de certaines manières. Chaque composition trouve son inspiration dans une “rencontre”. Et comme il n’en est pas à sa première expérience de groupes (le trio Desiderio, le Dreisam trio qui s’est fait connaître au Tremplin Jazz (s) RA en 2012), il a acquis une assurance qui s’entend dès le premier titre. Eclectique donc, il virevolte avec aisance et a su s’entourer de complices attentifs d’où un trio soudé, plutôt équilatéral: un sens du collectif, du souffle et du lyrisme, un rythme soutenu, car il n’y a pas de temps à perdre pour ce boulimique de musiques.

Le programme est bien composé, les titres s’enchaînent sans que la tension ne retombe, entrecoupés de montages sonores divers qui font retour au jazz ( fragments d’interview de Duke Ellington, Miles, Wynton Marsalis, Coltrane). Et à l’actualité.

Généreusement, le pianiste se livre dans des notes de pochette, confidences instructives. Ainsi se dessine un auto-portrait kaléidophonique, où il indique  influences, préférences,  emprunts,  faisant  défiler des musiciens de générations diverses, de Gérard Clayton à Tigran Hamasiyan, Herbie Hancock et même dans une pirouette finale “a ghost title” surprenant, cet “Indifférence” du roi de la valse musette swing jazz Tony Murena, que cite volontiers Michel Portal.

Sur les 15 compositions, neuf sont des originaux d’Audrey Podrini et de Camille Thouvenot et le reste des reprises arrangées avec une science que le pianiste possède à un haut niveau. On se souviendra de la version endiablée de “Caravan”, ce standard rebâché qui connaît une nouvelle jeunesse, retricoté entre le sens de l’espace d’Ahmad Jamal et les rythmiques néo orléanaises. Il faut aussi écouter ce “Cherokee” sous le patronage de Wynton Marsalis, ces lectures de “Nardis”, “On green Dolphin Street” et un double“moment” Coltrane. En travaillant les répertoires, le trio joue ce que souffle la mémoire, s’en inspirant librement, toujours un peu sur le fil. Toutes ces compositions ont en commun un fort caractère mélodique, favorisant le travail sur les dynamiques, l’espace. Le pianiste sait se renouveler, introduire nuances, contrastes, profiter des ruptures que la rythmique introduit. Une belle et rare synthèse entre exigence et lyrisme, préméditation et spontanéité .

L’ensemble dégage une joie de vivre communicative,  une exceptionnelle vitalité qui tranche sur la production de CDs qui sortent en ces temps de confinement. Un album des plus réjouissants, surprenant d’intensité, qui allie à une réelle fantaisie un sens de la liberté qui n’exclut jamais une maîtrise certaine.

 

Sophie CHAMBON

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 13:28

Matteo Pastorino (clarinette, clarinette basse), Giovanni Ceccarelli (piano), Mauro Gargano (contrebasse), Patrick Goraguer (batterie)

Meudon, 3-4 décembre 2019

DigginMusic Prod / Absilone Socadisc

 

Un disque très singulier parce que très personnel. Mauro Gargano part d'un souvenir d'enfance, et d'une chanson entendue dans un film à sketches dont Pier Paolo Pasolini avait réalisé l'un des volets, et pour lequel il avait écrit le texte d'une chanson. C'est cette chanson, Che Cosa Sono Le Nuvole ? (C'est quoi les nuages ?) qui resurgit à la mémoire du contrebassiste, et sera tout à la fois l'ouverture et le fil conducteur de ce disque. Belle chanson mélancolique, magnifiée par la clarinette de Matteo Pastorino. Et chaque plage qui suit se rattache, fût-ce par un fil, à ce désir initial, à cette anamnèse qui va dessiner le projet artistique. On croisera encore Pasolini, et le souvenir de Velázquez, Nino Rota, Hermeto Pascoal, Enrico Rava, un roman d'Elsa Morante, des mots surgis de la province natale des Pouilles, l'image de la mère, et en métaphore conclusive Nuages de Django Reinhardt. Les thèmes sont de facture très variée, obéissant à des styles et des tempi très divers, avec cependant un voile de nostalgie, une nostalgie sublimée qui sera l'un des autres fils conducteurs. Le piano de Giovanni Ceccarelli et la batterie de Patrick Goraguer tissent mille nuances, même sur tempo vif, et la contrebasse de Mauro Gargano, qui n'envahit pas l'espace soliste, chante constamment. De bout en bout, ce très beau disque est porté par une sorte d'urgence poétique. Là où la séquence filmée de Pasolini (inspiration initiale) évoquait Shakespeare, c'est une autre musique en forme de poésie qui traverse mon esprit, L'Étranger, un poème en prose de Baudelaire : «Eh ! Qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? -J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... les merveilleux nuages !»

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 13:41

Cédric Caillaud (contrebasse), Gilles Réa, (guitare), Hervé Meschinet (flute). Joël Fajerman studio, Paris. 10-11 janvier 2020.
Fresh Sound Records FSR-CD 5107 / Socadisc.
Sortie le 27 novembre.

 

Antonio Carlos Jobim –ou plus simplement Tom Jobim-fut l’un des plus prolifiques compositeurs du XX ème siècle. Les œuvres signées du musicien brésilien (1927-1994) se comptent par centaines. Surtout son nom évoque immanquablement la bossa nova dont il fut à la fois le héraut et le héros.

 

« J’aime les compositions de Jobim car elles sont abouties, fortes, complexes et en même temps très séduisantes et populaires », explique le contrebassiste Cédric Caillaud. Une justification au choix de l’hommage rendu par ce jazzman natif de La Rochelle rompu aux finesses de la scène en vingt ans de carrière et qui apprécie les bassistes au jeu solide, citant notamment Ray Brown, Ron Carter, NHOP ou encore pour les interprètes hexagonaux Pierre Michelot et Luigi Trussardi.

 

Onze compositions ont été retenues dont le célébrissime Chega de Saudade. L’approche se veut dépouillée, intimiste. Un objectif atteint par le contrebassiste qui a fait appel à deux complices, le guitariste Gilles Réa et le flutiste Hervé Meschinet (un vrai flutiste, et non un saxophoniste jouant de la flute). Fluidité, légèreté, et une pointe de mélancolie sont au rendez-vous.  Aucun des comparses ne « tire la couverture » à lui et s’instaure une conversation à trois qui invite à la rêverie, à une certaine nonchalance, particulièrement bienvenues en ces temps maussades. Un album qui fait du bien. Et aussi une forme d’hommage à un guitariste, Marc Fosset, tout récemment disparu –après cet enregistrement- et avec lequel Cédric Caillaud a joué à de nombreuses reprises. (« Je l’admire. Avec lui la musique est une conversation »).  

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

https://music.youtube.com/watch?v=P_c985Dk1no&list=RDAMVMP_c985Dk1no

 

http://cedriccaillaud.free.fr/

 

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 13:13

Fanny Ménégoz (flûte, flûte alto, piccolo, voix), Clea Torales (saxophone alto, flûte, voix), Camille Sechepper (saxophones alto & baryton, clarinette), Baptiste Bouquin (saxophone alto, clarinette, voix), Jeannot Salvatori (saxophone alto, cavaquinho, voix), Basile Naudet (saxophone alto), Guillaume Christophel (saxophone ténor, clarinette basse, clarinette, voix), Nicolas Stephan (saxophone ténor, chant), Fabrice Theuillon (saxophone baryton), Pierre Millet (trompette, bugle), Julien Rousseau (trompette, bugle, euphonium), Antoine Berjeaut (trompette, bugle, synthétiseur), François Roche-Juarez (trombone, voix), Hanno Baumfelder (trombone, voix), Judith Wekstein (trombone basse), Boris Boublil (claviers, synthétiseur, guitare, piano, voix), Fabien Debellefontaine (sousaphone), Emmanuel Penfeunteun (batterie), Sven Clerx (percussion)

plus, sur certaines plages :

Morgane Carnet (saxophone baryton), Robin Fincker (clarinette), Ianik Tallet (batterie) et le petit chœur de Faux-la-Montagne.

Bagnolet, 21-23 janvier 2020

Collectif Surnatural COLLSUR 1118 (CD, Vinyle et téléchargement) https://surnaturalorchestra.bandcamp.com/album/tall-man-was-here

 

C'est la version phonographique d'un concert-spectacle né voici tout juste deux ans, avec cette musique conçue collectivement, et que le disque nous livre comme un objet purement sonore. Je n'ai pas assisté au concert-spectacle, et j'écoute cette musique comme un pur imaginaire.

Le CD est contenu dans une petite boîte de bois brut, noire comme un tableau d'école. D'ailleurs la boîte contient, outre le disque et le livret, une belle craie blanche qui exhale un parfum d'enfance et de passé, mais rappelle aussi l'inscription des doléances, à même le sol, dans la version scénique, et aussi la calligraphie des images liées au disque, dessinées par les membres du groupe. Le disque ne réplique pas le concert-spectacle, il en conserve l'essentiel, musique et texte, transmissible par l'enregistrement audio. La musique est l'exact reflet de l'univers porté, de disque en concert, et de concert en disque, par le Surnatural Orchestra : direct mais raffiné, joyeux mais lucide, et grave quand il le faut, transgressif mais relié à l'histoire, et toujours résolument collectif. Le goût des fanfares, des chœurs et des effets de masse résonne en ma mémoire comme un écho de Carla bley, Willem Breuker, mais aussi de Centipède, le monumental orchestre de Keith Tippett ; la liste n'est pas close. Un écho que j'ai souvent entendu (fantasme d'auditeur un peu âgé....) dans l'aventure du Surnatural Orchestra, qui pourtant conserve et cultive sa singularité. C'est un opéra autant qu'un manifeste, un concert autant qu'une invitation à la liberté, avec des solistes remarquables dont les improvisations fracturent le voile de la narration. L'objet, comme la musique, est unique. Décidément, le Surnatural Orchestra est irremplaçable.

Xavier Prévost

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Extrait vidéo d'une répétition du concert-spectacle en 2018

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 14:57

Serge Lazarevitch (guitare), Ben Sluijs (saxophone alto, flûte alto), Teun Verbruggen (batterie, électronique)

Anderlecht (Belgique) 2018

Rat Records CD-RAT 046 / www.ratrecords.biz

 

Après «Free Three», publié voici un peu plus de 4 ans (Igloo Records IGL 266), avec Nicolas Thys à la contrebasse, voici «Still Three, Still Free», où la basse cède la place au saxophone de Ben Sluijs. Parce qu'il y a au répertoire une composition de Paul Motian, et aussi à cause de l'instrumentation, de la couleur de certaines plages, on est tenté de penser au trio qui associait Paul Motian, Bill Frisell et Joe Lovano. Mais cela dit assez peu de ce disque singulier, même si l'on se souvient que, voici plusieurs décennies, Serge Lazarevitch succéda à Frisell dans le groupe du saxophoniste belge Steve Houben. Il l'avait croisé aux USA, durant ses études au Berklee College de Boston, et son début de carrière là-bas, quand il avait étudié avec Mick Goodrick, enseignant majeur à Boston pour tous les guitaristes. Et ce trio ? Le batteur est né l'année même où le guitariste commençait ses études de jazz à Boston, et le saxophoniste appartient à la génération médiane entre ses deux partenaires. Le titre de cet opus collectif annonce la couleur : encore et toujours libre(s). Libres d'aborder des territoires différents, libres de s'offrir en ouverture une ballade sinueuse (je pense à Motian, déjà....) au titre faussement connoté (Georgy On My Mind). Puis de bifurquer vers une impro collective pleine de fougue, avant une méditation nimbée de mystère, et un plongeon très personnel dans la déconstruction d'un thème de Monk (Evidence). Liberté d'improviser sur ce matériau segmenté qui se recompose dans le solo de sax, tandis que guitare et batterie fragmentent : jouissif ! Puis c'est un thème d'Ornette, lyrique et distendu avant de devenir anguleux (mais moins que dans la version princeps). Une autre courte impro collective, puis du lyrisme à l'état pur, et le thème de Motian, Drum Music , ou comment faire chanter la batterie sans fracas sur des méandres mélodiques qui nous emportent. On aura aussi le timbre troublant de la flûte alto pour un voyage oriental, avant la plage conclusive sur Les Baricades Misterieuses (orthographe dix-huitième siècle garantie) de François Couperin. Bref un très beau voyage de musicalité, de jeu collectif et de liberté. Grande réussite.

Xavier Prévost

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 11:44
MICO NISSIM   TRACES

MICO NISSIM

TRACES

Trois Quatre/Absilone

 

http://www.miconissim.com/

 

https://music.youtube.com/watch?v=ShvqwVbCxUI&list=RDAMVMShvqwVbCxUI

 

Enregistré sur un Steinway de concert, juste avant le premier confinement, ce piano solo, troisième essai de Mico NISSIM, est parfaitement transformé. Devenu lieu d’expériences où le hasard a son mot à dire, Traces renvoie à des moments sans doute marquants, autant de signes qui ne répondent à aucune nostalgie, malgré l’apparence du souvenir, à travers des échos délicats où le jazz revient superbe, vif comme dans ce “Felicity moon”. Ou encore la musique d’un film rêvé, muet, avec un rythme heurté, saccadé comme dans cet insolite “Ampelmann” (figures des feux en Allemagne de l’Est)?

Dans cette collection de petites pièces courtes qui parlent au coeur,  une fluidité mélodique parcourt les divers solos qui racontent presque toujours une histoire, souvent mélancolique que la magie de quelques accords éclaircit “My yiddish song” ou “Plumbago for ever”.

Un recueil de petites pièces pas si faciles, malgré leur apparente simplicité, où le pianiste suit le fil de ses pensées, dévoilant le thème avec finesse, avec des associations libres qui permettent de s’engager sur une piste. Certains titres semblent s’imprimer instantanément, rappels d’un autre temps, la reprise de “la Pavane” de Fauré et celle de la chanson de Nougaro “L’ île de Ré”, même  arrangées de façon très personnelle. Le sens de la concision intensifie le propos sans atténuer la qualité lyrique du piano.

On est ainsi assez vite dans un arrière pays connu, mais étrangement familier, un peu dérangeant. C’est que l’émotion affleure, toujours masquée, jouant des dissonances pour casser un effet attendu ou par trop sentimental.

Un album à découvrir, concocté par un musicien éclectique au sens anglosaxon, qui a beaucoup composé, accompagné et vécu de très nombreuses expériences musicales, ne refusant jamais une aventure qui se proposait. C’est ainsi qu'il a su intégrer toutes ces influences qui l’ont traversé. 

Lumineux, plus qu’un “best of” intime, voilà un émouvant journal, tout en délicatesse et néanmoins rythmé. Ces traces constitueraient elles un autoportrait? Un album insolite, qui sans être en rupture, laisse une marque singulière, en tous les cas. Et se referme sur un épilogue  un peu plus crépusculaire qui suspend provisoirement l’histoire.

Cette performance mériterait d’être suivie en live évidemment mais on découvre déjà avec ce CD, la teneur de cette aventure où il est question de moments poétiques.

Sophie CHAMBON

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