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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 15:55
ANDY EMLER   RUNNING BACKWARDS

ANDY EMLER

RUNNING BACKWARDS

Andy EMLER (p, compositions) Marc DUCRET (g), Claude TCHAMITCHIAN (cb), Eric ECHAMPARD(dms)

Label La Buissonne/harmonia mundi

http://www.labuissonne.com/Site/fr/label_buissonne.php

https://labellabuissonne.bandcamp.com/album/running-backwards

Créé en juin 2016 à Radio France (concert de Jazz sur le vif d’Arnaud Merlin) avant l’enregistrement à la Buissonne en novembre de la même année, voilà que sort le tout nouvel album du trio régulier du pianiste et compositeur Andy Emler qui s’adjoint un invité de marque, le guitariste Marc Ducret . Non seulement notre « guitar hero » n’est pas un nouveau venu, il a déjà travaillé avec Andy Emler dans les années quatre-vingt … passé proche mais déjà propice à la nostalgie. Et plus récemment avec le Mégaoctet dans le beau Dreams in tune de 2006, sorti sur le label Nocturne. Ces quatre virtuoses se sont forgés un style personnel au sein d’une carrière rigoureuse et en perpétuelle évolution. Un parcours créatif qui se traduit par un album bilan, leur réunion étant comme l’aboutissement de toutes ces années de quête d’un « graal » stylistique . Ces esprits libres, capables de déconstruire dans une verve expérimentale des plus toniques font s’emboîter les 7 titres de l’album en une suite-puzzle envoûtante, avec juste ce qu’il faut de passages lents et rêveurs. Une petite merveille de fluidité et de cohérence dans le montage de l’album conçu comme une histoire continue qu’interrompent à peine des transitions entre les parties .

Beaucoup d’improvisations effervescentes et de liberté dans ces cinquante minutes de musique où l’on nous invite à partir en courant mais …à reculons! On peut refaire le chemin à l’envers, jeter de sacrés coups d’œil dans le rétroviseur mais courir à reculons est très improbable. Ils ne sont pas du genre à se laisser aller au découragement même si le chaos actuel de cette société régressive où le divertissement prend le pas sur la culture, nous inciterait parfois tout simplement à nous poser… Il n’y a qu’à s'abandonner à l’énergie de ce « drummer » rebondissant et tout simplement galvanisant (avec ou sans cymbales) qu’est Eric Echampard que l’on ne présente plus et qui sait maintenir une tension de bon aloi. Epaulé par l’autre as de cette rythmique infaillible, le contrebassiste Claude Tchamitchian. Du rock progressif avec la guitare de Marc Ducret, des embardées assurément folles mais sans ce déluge « classique » et cliché de guitares saturées. Il y a du Bill Frisell en lui, non pas pour son tropisme vers la country, mais pour cette manière personnelle d’acclimater la musique anglo-saxonne à notre patrimoine.

Quelques titres comme toujours avec Andy Emler d’un humour potache qui rassérène en ces temps qui se prennent au sérieux « Lève toi…et Marc »,«Turn around et don’t look back » ce qui est difficile surtout si l’on est un Orphée en recherche de son Eurydice. Sûrement une astuce dans le dernier « Watch your back Darwin…I mean ». Impayable sur les bouts rimés Andy… sans compter ce talent de compositeur qui façonne des partitions aux mesures de ses copains qu’ils n’ont plus qu’à essayer, jouant souvent de l’arithmétique du quartet : des duos qui s’affrontent, se complètent, s’inversent dans leurs attributions respectives : guitare/piano, contrebasse/batterie.

Décidément, voilà un album bienvenu que l’on écoutera d’une traite : aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est la complicité alliée au travail le plus exigeant. Cette musique résonne pour ceux qui partagent le même territoire de réflexion. Pensées et panser, c’est dans cet écart que se tient cette musique.

 

Sophie Chambon

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 23:03

Fidel Fourneyron (trombone), Geoffroy Gesser (saxophone ténor, clarinette), Sébastien Beliah (contrebasse)

Gradignan, 16-18 septembre 2016

Umlaut UMFR-CD21 / www.umlautrecords.com

 

Reprendre les comédies musicales, c'est pour le jazz une seconde nature. Quand ces comédies sont des (mélo)drames, cela ne change rien à l'affaire : West Side Story n'échappa guère à la jazzification, dans les années qui suivirent sa création, sous les doigts d'André Previn ou Oscar Peterson (pour ne citer qu'eux). Mais avec Un Poco Loco, c'est une autre histoire : non que ce drame en forme de dilemme tragique devienne une comédie, mais parce que le traitement appliqué n'est pas un ripolinage jazzistique du meilleur goût consensuel, mais bien une glorification transgressive, une déconstruction amoureuse. Six thèmes de la partition d'origine sont entrelardés d'intermèdes concoctés par Fidel Fourneyron, Geoffroy Gesser et Sébastien Beliah (respectivement 4, 3 et 2 compositions). Ici ils dynamitent, là ils dialoguent, ailleurs ils célèbrent, avec ce qu'il faut de distanciation ou d'humour. C'est intensément vivant, profondément musical, animé d'une souple pulsation et d'un magnifique sens de l'improvisation : délectable donc. On remarquera qu'ils ont esquivé Tonight, remarquable scie qu'il serait sans doute difficile de contourner sans mièvrerie. Ou encore le sublime Maria, qu'ils ont peut-être écarté par égard pour la mémoire de la lumineuse Natalie Wood, dont le destin fut ensuite si tragique. Qui sait ? En tout cas cela ne nuit en rien à la réjouissante cohérence de l'ensemble.

Xavier Prévost

 

Un Poco Loco jouera le mardi 23 mai 2017 à la Dynamo de Banlieues Blues, à Pantin.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:11

Daniel Humair (batterie), Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano), Emil Spányi (piano), Stéphane Kerecki (contrebasse)

Gütersloh, 11 novembre 2016

Intuition INTCHR 713322 / Socadisc

 

Une nouvelle référence, volume 10, dans la série 'European Jazz Legends', qui associe le magazine allemand Jazz thing, la radio de l'Ouest germanique WDR (Westdeutscher Rundfunk) et le théâtre d'une ville de Rhénanie-du-Nord Westphalie, Gütersloh. Pour les figures hexagonales, après Henri Texier et Michel Portal, et avant Louis Sclavis, c'est le tour de Daniel Humair (certes Suisse, mais installé en nos frontières depuis plus de dix lustres, et expert confirmé en vins et gastronomie de notre doux pays). Ce quartette du batteur n'est pas le plus exposé, mais il est assurément d'une qualité exceptionnelle. Comme la plupart des groupes de Daniel Humair depuis plus de dix ans (Baby Boom, Sweet and Sour...), celui-ci l'associe à de jeunes musiciens qu'il a découverts notamment dans le cadre de ses activités d'enseignant au Conservatoire National Supérieur de Paris. Ses trois partenaires dans ce quartette ne dérogent pas : ils sont passés par le département de jazz du CNSMDP, où ils ont fait forte impression, et y sont retournés comme enseignants ou comme intervenants. Trois talents remarquables : le saxophoniste Vincent Lê Quang néglige un peu sa carrière de soliste au profit de celle de pédagogue (ses étudiants ne s'en plaignent pas, mais les amateurs s'en attristent....) ; nous sommes nombreux aussi à regretter de ne pas voir le pianiste Emil Spányi plus souvent sur scène (mais quand cela se produit, c'est toujours dans la meilleure des compagnies (François Jeanneau, Christophe Monniot, Louis Sclavis, Éric Barret....) ; quant au contrebassiste Stéphane Kerecki, très demandé comme sideman, et souvent entendu à la tête de ses propres groupes, il s'est lui aussi imposé comme une référence. Bref une équipe de division internationale, qui promet le meilleur : promesse tenue !

Le répertoire emprunte à François Jeanneau, Michel Portal, mais surtout à des compositions de Daniel Humair issues de diverses époques de son parcours. Fidèle à son éthique qui repose sur la liberté de jouer, le batteur laisse ses musiciens s'exprimer largement sur le matériau musical qu'il propose, et l'on tutoie souvent les sommets : Emil Spányi s'évade dans une liberté virtuose (où chaque note cependant s'impose par sa cohérence) dès la première plage, Arfia. Vincent Lê Quang lui emboîte le pas dans la suivante pour un dialogue fructueux entre piano et sax, véhémentement soutenu par Daniel Humair et Stéhane Kerecki ; le tempo passe du plus vif au désir d'accalmie, mais tout est toujours d'une cohérence remarquable. Et cet équilibre miraculeux perdure de plage en plage, que les thèmes soient mélancoliques (parfois) ou frénétiques (souvent). L'interaction, la magie de l'interplay, culmine peut-être dans une ballade totalement improvisée, simplement intitulée.... Ballad ! La force de proposition mélodique du saxophoniste et l'instantanée réactivité du pianiste vont ouvrir l'espace d'un voyage imprévu, aux multiples détours. Daniel Humair saisit chaque occasion pour créer un nouveau champ sonore, ouvrir une brèche, tout en assurant cette pulsation qui fonde le jazz au plein sens du terme, en parfaite harmonie avec Stéphane Kerecki, lequel sait aussi merveilleusement s'évader pour une digression féconde. Et la magie continue d'opérer jusqu'au terme du disque où, comme dans chaque volume de la collection, Götz Bühler (de la radio WDR3) réalise en public un entretien -ici en anglais- avec le leader , qui parle de l'esprit collectif qui préside à son art, de ses souvenirs musicaux, et de la réception parfois inadéquate de cette musique. Un disque vraiment recommandable.

 

Xavier Prévost

 

Daniel Humair jouera avec un autre de ses groupes, Belle Époque (Émile Parisien, Vincent Peirani, Jérôme Regard) le mardi 23 mai à la scène nationale Les Gémeaux de Sceaux (Hauts-de-Seine)

http://www.lesgemeaux.com/spectacles/daniel-humair-quartet-sweet-and-sour/

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:05

BOBBY WATSON : «  Made in  america »
Smoke Session recors 2017
Bobby Watson (as), Stephen scott (p), Curtis Lundy (cb), Lewis Nsh (dms)


Bobby Watson n’est pas un tout jeune sorti du nid. Membre des Jazz Messengers  d’Art Blakey dans les années 70, l’altiste a toujours su se situer dans la droite lignée de Jackie Mc Lean.
Et ce dernier album qui rend hommage à certaines figures américaines (Sammy Davis, Grant green entre autres) ne dément pas cet heureux penchant. Sur la route de Bobby Watson c’est un vrai bottin mondain du jazz que l’on rencontre : Max Roach, Diane Reeves, Wynton et Brandford Marsalis, George Coleman. ET pourtant le saxophoniste ne fait pas partie des figures bien connues de ce côté-ci de l’Atlantique. Un peu trop old school certainement. Alors même qu’i; fait ce mois-ci les honneurs du célèbre magazine Downbeat qui place cet album dans ses favoris.
Et c’est vrai qu’il donne du plaisir le Bobby, avec ce son tranchant et brillant à la fois. Souple comme un chat. Quelque chose de Kenny Garrett mais en moins lourd. En plus subtil.
Un sens Parkerien de l’improvisation qu’il ballade entre les lignes de la rythmiques dans lesquelles il se promène avec une agilité déconcertante.
C’est pas révolutionnaire. Dans la pure tradition de ce jazz qui grosse classe. Du jazz feel good.
Du jazz qui fait sacrément du bien par où il passe.
Jean-MARC GELIN

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 14:38

Avishai Cohen (trompette, composition), Jonathan Avishai (piano), Barak Mori (contrebasse), Nasheet Waits (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 14-16 septembre 2016

ECM 2548 / Universal

 

Comme dans son précédent CD pour le même label («Into The Silence») le trompettiste déploie des trésors de silences et de lenteurs, lui qui en d'autres contextes jouait souvent l'absolue volubilité (mais ses partenaires et lui retrouvent cette vivacité au fil des plages et des escapades improvisées). En quartette cette fois, et avec un autre contrebassiste, il nous donne encore cette exquise mélancolie, ces paysages diaphanes où se découvre ''tout un monde lointain, absent, presque défunt...''. L'interaction est parfaite entre les membres du groupe : tout coule de source, sans dommage pour les fenêtres d'évasion qui s'ouvrent sur l'imprévu. Une fois de plus, Gérard de Haro et son équipe de la Buissone ont su capter la magie de l'instant, à mille lieues de productions formatées où l'assemblage virtuose d'éléments épars étouffe la vitalité de l'instant. Cela dit, je n'étais pas dans le studio et, en livrant imprudemment ce que je ressens à l'écoute, j'accepte le risque de l'erreur....

Le désenchantement et l'inquiétude du temps transparaissent dans les compositions, qui font parfois référence à des événements dramatiques :Theme for Jimmy Greene évoque le disque ''Beautiful Life'' de Jimmy Greene (avec lequel, par parenthèse, a joué l'autre Avishai, le bassiste) disque dédié par le saxophoniste à sa fille de 6 ans, assassinée avec un vingtaine d'autres enfants dans son école du Connecticut lors d'une de ces tueries dont le Nouveau Monde paraît détenir le secret. Il ressort pourtant de l'ensemble quelque chose d'apaisé, un hymne au devenir, sans illusions, mais non sans espoir. Un disque majeur, dans la discographie du trompettiste, et dans les parutions de ces derniers mois.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=JsTiwvyxrxI

 

Le groupe est en tournée :

le 17 mai 2017 au ''232U'' d'Aulnoye-Aymeries (Nord), le 18 à la Maison de la Culture d'Amiens, le 19 à Paris au festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés (Maison des Océans) et le 20 au Petit Faucheux de Tours.

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 21:49

Souvenirs de la Grande Parade du jazz, Nice 78

 

Le label Black & Blue célèbre son demi-siècle cette année. Une centaine d’albums ont été publiés depuis que Jean-Marc Monestier, alors disquaire à Bordeaux, a lancé cette aventure musicale avec un enregistrement à Boulogne-Billancourt de Milt Buckner et Buddy Tate. Bientôt secondé par Jean-Pierre Tahmazian et plus tard par Jean-Pierre Vignola et Didier Tricard, il organisera des tournées d’artistes américains, de Lionel Hampton à Hank Jones.

De ses dernières productions, nous retiendrons la publication des enregistrements « live » réalisés au cours de la Grande Parade du Jaz en 1978. Black & Blue propose ainsi de revivre ces concerts qui se déroulèrent chaque soir entre le 7 et le 15 juillet. Sans prétendre à l’exhaustivité, relevons la présence de souffleurs musclés –Eddie Lockjaw Davis, Illinois Jacquet, Arnett Cobb- des chanteuses  Helen Humes et Carrie Smith, des trompettistes Harry Edison et Jonah Jones, de la pianiste Mary-Lou Williams (en trio avec Jo Jones à la batterie) et de Guy Lafitte, saxophoniste ténor alors à son apogée (mention spéciale à son « duel » avec Illinois Jacquet sur In a Mellow Tone de dix bonnes minutes).  Un panorama du j    azz classique à conseiller aux amateurs de swing bien enlevé et de spontanéité.

Jean-Louis Lemarchand

 

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 21:52

The Beat of My Heart. Tony Bennett. 1957. Columbia-Sony.


Il est annoncé à l’Olympia le 30 juin pour une unique date en France, le crooner Tony Bennett et ses 90 printemps. Revenons 60 ans en arrière pour cet album tout entier dédié aux percussions avec des maîtres du genre (Art Blakey, Jo Jones, Candido, Sabu…). Une cure de vitamines bienfaisante.

Jean-Louis Lemarchand

 

Eternal Stories-Michel Portal avec le quatuor Ebène, Richard Héry (percussions), Xavier Tribolet (claviers). Erato-Warner. 2017.

 


Eternel ado, Michel Portal ne connaît que la quête (du dépassement) et la prise de risques (pas calculés). Clarinette basse et bandonéon en bouche, et sur un titre clarinette, il nous guide vers de nouvelles contrées en compagnie du classique quatuor à cordes Ebène. Un coup de chapeau à Astor Piazzolla constitue le noyau dur de cet ouvrage enivrant. (en concert le 11 mai à la Maison de la Radio).

Jean-Louis Lemarchand

 

DAVID MURRAY & AKI TAKASE : «  Cherry / Sakura »

Un petit bijou que l'on vous dis ! Un David Murray en très grande forme. Une pianiste qui lui répond toute en finesse. Les retrouvailles 20 ans après Blue Monk sonnent ici comme un immense mouvement de jazz, d'intimité, d'interaction et de musique en partage. Et puis un son IMMENSE, celui de l'un des plus grands saxophoniste actuel. INDISPENSABLE

 

 

 

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 10:41

PLUG and PRAY, Benoït Delbecq & Jozef Dumoulin

Benoît Delbecq (piano, batterie numérique, claviers), Jozef Dumoulin (piano électrique, batterie numérique, électronique)

Saint-Denis, Bruxelles & Meudon, 2015

dStream 102 / l'autre distribution

 

   Un duo résolument prospectif : par les instruments, les langages de référence, les langages hors-références, et une quête permanente, entre deux musiciens, d'une communication, aboutie, presque un chemin vers la transe, un pas au-delà, un saut dans l'inconnu (saut qualitatif).

   Benoît Delbecq et Jozef Dumoulin ont en commun, entre autres choses, d'être des pianistes, et des musiciens, hétérodoxes, et des être humains qui sont tout aussi peu orthodoxes. Ils s'engagent donc délibérément dans les sentiers de traverse, en quête de ce qui pourrait être l'inouï, l'inconnu, l'étrange, voire l'inaccompli. Des sentiers où l'on croiserait John Cage autant que György Ligeti ou Steve, Coleman ou Lacy ; Paul Bley ; que sais-je.... ; et tout un arc-en-ciel de musiques électroniques exigeantes. Une sente malfamée, un peu dangereuse donc, mais jouissive à l'exploration, surtout lorsque l'on s'y perd.

   Les deux musiciens ont joué d'humour en intitulant leur disque «Evergreens», qui peut-être une manière de désigner des classiques inoxydables ou des tubes incontournables.... Ce n'est évidemment pas de cela qu'il s'agit : Cortex Rewired ou Le Déjà Vu ne semblent pas destinés à fédérer les foules panurgiques, et pourtant certaines plages donnent aussi l'envie de bouger les pieds.

   Jozef Dumoulin et Benoît Delbecq savent d'où ils viennent. Leur état d'improvisateurs interactifs a bien à voir avec le jazz, de manière absolue même, d'un point de vue esthétique autant qu'éthique. Jouer ainsi engage indiscutablement une vision du monde qui prend en compte l'altérité, une certaine façon d'être au monde sans indifférence égotique (ce que l'esthétique parfois produit, comme un effet pervers).

   J'essaie souvent, en commentant quelques plages d'un CD, de donner à ressentir ce que j'ai entendu, perçu, compris (ou pas). Ici, devant la diversité des langages et des sensations convoqués, je déclare forfait : il faut s'y plonger, à quoi je vous invite, d'abord en visionnant la vidéo ci-dessous, puis en écoutant le disque, ou le concert, ou les deux : bienvenue dans le monde mystérieux (et fascinant) de Plug and Pray !

Xavier Prévost

 

Le duo PLUG and PRAY est en concert à Paris, au studio de l'Ermitage, le 11 mai 2017

 

Un aperçu sur Vimeo

https://vimeo.com/194682429

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:27
ORCHESTRE DE LA LUNE  Dancing BOB

Orchestre de la Lune

Dancing Bob

Cristal records/ Harmonia Mundi

Sortie le 5 mai

https://www.youtube.com/watch?v=J329YiX2K0Q

www.cristalrecords.com

 

Formation du compositeur, arrangeur, flûtiste et saxophoniste américain Jon Handelsman, cet orchestre qui a plus de vingt ans, délivre une musique puisant ses racines dans des origines jamaïcaines, latines et africaines, pour expliquer, si besoin était, la référence à la danse qui vous saisit dès le premier titre. Dancing Bob, comporte, outre des instrumentaux faisant la part belle à des solistes formidables qu’il faudrait tous citer, 5 compositions chantées par Brad Scott, Rosa Grace et Kania Allard. Un parti pris mélodique et vocal qui complète la cadence hypnotique et chaloupée qui traverse l’album de bout en bout. Quand on lit le nom des onze musiciens de ce « little big band», plus de doute, il s’agit d’orfèvres en la matière que l’on n’entend pourtant pas assez souvent, qui n’hésitent pas à envoyer des solos bien sentis comme le précieux Bobby Rangell au sax alto et à la flûte ("Almost").

On entendra en premier le bel hommage au « Jabberwocky » de Lewis Caroll,  poème avec mots valises et reflets inversés dans le miroir du célèbre « Through The Looking Glass » de Lewis Carroll, porté magnifiquement par la voix rauque de Brad Scott. Il y a aussi un hommage au musicien et poète Linton Kwesi Johnson, avec des morceaux plus funk, des rythmes camerounais. Une musique épicée, sur le final remix « Dubbing Bob », élégamment répétitive : beaucoup de nuances à percevoir malgré la grande cohésion de l’ensemble, avec tout au fond un zeste de mélancolie et un retour aux musiques de fusion des seventies.

La rythmique dans une telle formation est essentielle : elle révèle l’ossature des morceaux, charpente l’ensemble, délicatement énervée quand il le faut, avec des syncopes vives, de la chair et du muscle aussi avec les essentiels Didier Havet au tuba, Daniel Zimmermann au trombone, les formidables Cyril Atef et Xavier Desandre Navarre aux percussions, ou encore Michael Felderbaum à la guitare (« Piece number 3 »).

Une invitation à la danse et un hommage à l’astre délicat, notre amie lune comme dans «Diavolona». Il n’y a pas de mal à se faire ainsi du bien…

 

Sophie Chambon

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 18:08

Fabrice Martinez (trompette, bugle), David Chevallier (guitare) Bruno Ruder (piano, piano électrique), Yves Rousseau (contrebasse, composition), Christophe Marguet (batterie, composition)

Cristal Records CR 254 / [Pias]

 

Un projet singulier : Yves Rousseau, contrebassiste, et Christophe Marguet, batteur, se côtoient depuis 15 ans dans les groupes du premier nommé. Compositeurs l''un et l'autre, ils ont décidé de codiriger un groupe dans lequel chacun des deux apporte ses compositions, et en conviant des musiciens qu'ils ont croisés dans leurs activités, et avec lesquels ils avaient vraiment envie de 'faire groupe'. Ces partenaires sont d'exception : David Chevallier, Fabrice Martinez et Bruno Ruder ont en commun d'être des musiciens de très haut niveau, compositeurs autant qu'improvisateurs, et libérés de toute ostentation instrumentale : parce qu'ils n'ont rien à prouver, et parce qu'ils savent que l'essentiel est dans le cœur de la musique, pas dans les attraits périphériques. Le résultat mérite le détour : richesse et diversité des compositions (avec cependant une exquise touche mélancolique). Familier de l'univers de chacun des deux leaders-compositeurs, pour les écouter l'un et l'autre depuis plus de 20 ans, il m'a été difficile de distinguer, à l'aveugle, la contribution de chacun, tant leur projet commun les révèle en phase. Même si je crois reconnaître Christophe Marguet dans les compositions aux rythmes plus explicitement marqués, cela ne suffit pas à trancher d'une nette distinction. D'ailleurs, là ne réside pas l'intérêt de la quête. Il y a quelques chose de foncièrement mis en commun, et de furieusement collectif, dans cette musique vécue en groupe. Alors, plutôt qu'une vaine dissection pour incertaine élucidation, j'ai pris le parti de l'immersion, dans un authentique plaisir musical qui suscite en moi une vraie admiration pour ces cinq artistes.

Xavier Prévost

 

En concert le 4 mai au Triton (Les Lilas, Seine-Saint-Denis), le 5 mai à Nevers (Nièvre) et le 6 mai à Lausanne (Suisse)

 

Un aperçu du CD sur Vimeo

https://vimeo.com/120227660

Concert du groupe au Triton en novembre 2015

https://www.youtube.com/watch?time_continue=31&v=9B6Y1gveelQ

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