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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 09:20

David Enhco (trompette), Roberto Negro (piano), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 12-13 décembre 2016

Nome 008 / l'autre distribution

 

Troisième disque avec les mêmes partenaires, cela s'entend, cela se sent, tant il y a là d'empathie, de télépathie, de connivence forgée par le plaisir de partager la musique. Chacun des sidemen connaît une existence musicale hors de ce groupe, et tous évoluent dans l'excellence. Mais il existe semble-t-il un lien privilégié, un contact dans les sphères supérieures de la sensibilité qui les met en situation de vibrer, émotionnellement, à l'unisson. Trois compositions signées par le leader, trois par le pianiste, deux par le bassiste et une par le batteur : toutes convergent vers un même but, avec une cohérence esthétique qui ne gomme pas les singularités. On évolue sans cesse entre minimalisme presque conceptuel et hardiesse formelle. Et deux courtes plages accueillent des improvisations collectives qui confirment, s'il en était besoin, l'osmose qui préside au fonctionnement du quartette. On dit (on écrit), ici ou là, qu'il y a là des analogies avec les souffleurs scandinaves, et le halo de style ECM qui entoure (embue quelquefois) ces musiciens cités en référence ou en analogie. Mais l'essentiel est ailleurs, et s'il est vrai que le studio de La Buissonne (où le disque a été enregistré) travaille régulièrement pour le grand label munichois, ce n'est pas cela qui détermine l'esthétique et la singularité sonore de ce groupe, et de cette musique. Pour l'exigence musicale, pour la quête des harmonies tendues et des mélodies distendues, pour une certaine pureté du son, pour une poésie mêlée d'audace, je pense parfois à Kenny Wheeler, passé du Sud canadien aux brumes londoniennes (et passé par ECM sans y laisser son identité). Mais je ressens surtout une voix singulière, qui suit son chemin sans dévier, sans se complaire dans une formule efficace, dans une recette éprouvée. Très belle expressivité, hardiesse esthétique, et dans la meilleure des compagnies : que dire, sinon que c'est totalement réussi !

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=2poe3uxw6eI

 

Le groupe est en concert à Paris le mercredi 31 mai 2017 au Café de la Danse, et le vendredi 30 juin à Carpentras

 

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 11:03

Enrico Pieranunzi (piano), Donny McCaslin (saxophone ténor), Scott Colley (contrebasse), Clarence Penn (batterie)

New York, 29 & 30 avril 2015

Cam Jazz CAMJ 7909 / Harmonia Mundi

 

Déjà publié (et salué) aux USA fin 2016, un album enregistré à l'occasion du 80ème anniversaire du Village Vanguard. Le pianiste italien y retrouve le saxophoniste qu'il avait accueilli en 2013 pour l'album «Proximity», et je dois avouer que je préfère Donny Mc Caslin dans l'un et l'autre cas, au côté de Pieranunzi, plutôt que dans le CD «Beyond Now» qu'il a publié sous son nom voici quelques mois. La musique ici relève d'une esthétique presque intemporelle (une intemporalité qui cependant prendrait sa source du côté des années 60) : musique de l'effervescence (affichée ou subliminale), du lyrisme (revendiqué ou enfoui sous les arcanes de la modernité) et de l'interplay (cette interactivité si particulière qui s'est insinuée, sans fracas, chez Bill Evans, et de manière plus ostentatoire chez beaucoup d'autres). Mais ce n'est pas parce que l'on est au Vanguard qu'il faut nécessairement invoquer les mânes de Bill Evans. D'ailleurs, au fil des plages, on pourrait aussi déceler des analogies avec McCoy Tyner, Herbie Hancock et quelques autres. Mais l'essentiel est ailleurs, dans le style et l'exigence du pianiste, dans le swing rageur induit par la prestation en club (et quel club!), swing stimulé par la saxophoniste qui aime à pousser le bouchon toujours plus loin ; swing attisé par un tandem basse-batterie qui conjugue subtilité et haute énergie. Beaucoup de compositions de Pieranunzi, qui sait ce qu'élaborer veut dire, et un thème du bassiste, Out Of The Void (une intro extrême orientale, un thème façon sixties, une beau solo de basse, et un envol torride, côté sax et piano). On trouve aussi un standard, I Hear A Rhapsody, exposé au piano 'à la Solal', en digressions et mises en abyme(s), avant un développement collectif, très décontracté mais riche d'invention(s). En somme, on aurait aimé être, ces soirs d'avril 2015, au Village Vanguard.

Xavier Prévost

 

p.s. : On en profite pour rappeler un autre disque sorti en janvier, et passé un peu inaperçu, qui associe en duo Pieranunzi et le saxophoniste Rosario Giuliani. Ils se promènent autour de la musique d'Ellington (« Duke's Dream », Intuition / Socadisc)

 

Des tubes (Satin Doll, Come Sunday, I Got It Bad....), des thèmes plus confidentiels (Isfahan), et des classiques moins joués (Take The Coltrane, Reflections in D) ; le tout agrémenté d'un 'à la manière de.....' signé par le pianiste, et d'une composition conjointe, Trains, sur le canevas de Take The 'A' Train. Beau duo, très vivant : on peut se laisser tenter !

 

ENRICO PIERANUNZI «New Spring, Live At TheVillage Vanguard»
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 09:47
Concert anniversaire des trente ans de label BLEU
Concert anniversaire des trente ans de label BLEU

Concert Anniversaire des 30 ans

Maison de la Culture d’Amiens

Label Bleu/ L’Autre distribution

Sortie le 26 mai 2017

Manu Codjia (g), Edward Perraud (dms), Thomas de Pourquery (sax alto), Bojan Z (p), Henri Texier (cb)

 

http://www.maisondelaculture-amiens.com/en/label-bleu/actus/

 

Voilà un album exceptionnel, sorti à l’occasion du concert anniversaire des 30 ans du label amiénois. Afin de fêter dignement cette date, le label proposait une carte blanche à ce musicien fidèle entre tous qui a enregistré une vingtaine d’albums sur label Bleu, à savoir le contrebassiste Henri TEXIER. Pour la circonstance, il était accompagné de quelques amis du jazz européen, de vieux compagnons de route comme Michel Portal, Bojan Z. mais aussi d’improvisateurs qui ont contribué plus récemment à l’histoire du label, comme Xavier de Pourquery. Sans oublier les talentueux Manu Codjia, Edward Perraud qui contribuent à leur façon à renouveler, prolonger l’esprit de ce label hexagonal si original.

Un sextet de charme, chic mais choc, pour célébrer ce label créé par Michel Orier, qui fut la vitrine du jazz français et européen, s’ouvrit également aux musiques world avec la collection Indigo, avant de connaître de sérieuses difficultés financières. Mais fort heureusement, le label a redémarré, sous la direction artistique de Gilbert Fillinger et Benoît Delaquaize, proposant même actuellement un coffret de 10 LP, et profitant de Tendance Jazz, deuxième édition d’un festival lié à la Maison de la Culture d’Amiens. Inauguré par André Malraux, premier ministre de la culture, il y a juste 50 ans, elle appartient à ces créations de maisons de la culture qui fleurirent alors comme de nouvelles cathédrales, disait-on, propagèrent des formes artistiques diverses, danse, théâtre musiques…

 

L’album que l’on présente ici correspond au deuxième set du concert singulier et unique du 3 mars 2016. Enregistré live, mixé et masterisé par Philippe Teissier du Cros, il représente un document sonore de 7 titres sélectionnés avec soin qui retracent l’histoire récente de cette musique aimée. On ouvre l’album de souvenirs et on réécoute certains titres qui furent des tubes du contrebassiste breton au bonnet rond : ça démarre avec « Colonel Skopje »(1988) de l’album culte éponyme où le Français était accompagné -excusez du peu de Joe Lovano, John Abercrombie, Steve Swallow et Aldo Romano. Ajoutons un autre grand succès « Desaparecido » dédié aux femmes d’Argentine, titre que l’on retrouve sur un album formidable, An Indian’s Week que j’ai écouté en boucle à l’époque (1993) avec cet Azur quartet composé de Bojan Z, Tony Rabeson, Glenn Ferris et en guests Michel Portal et Louis Sclavis. Pouvait-on rêver de meilleur attelage pour conduire cette musique fièvreuse, vibrante, voyageuse, aventureuse?

C’est que, tout au long de sa carrière, Henri Texier n’a cessé de créer des groupes différents, incorporant de nouveaux talents, faisant ainsi de belles rencontres musicales : le NORD SUD quintet, le STRADA sextet, actuellement le SKY DANCERS Sextet. Il a fait la musique de Holy Lola (2004) film de Bertrand Tavernier qui s’y connaît aussi en jazz : sur « Y’a des vautours au Cambodge » ? on entend Michel Portal au bandonéon, et Texier nous gratifie d’un solo émouvant. On aime aussi le « Barth’s groove » de 2002 de Strings’ spirit, avec le chef d’un bel ONJ, le guitariste Claude Barthélémy.

On l’aura compris, écouter cet album « compil » est un régal de nostalgie qui souligne les qualités de ce contrebassiste impressionnant, chef de troupe, découvreur de talents, qui a toujours su s’entourer, un mélodiste inné maîtrisant timbres et sonorités de l’idiome jazz.

Sophie Chambon

Concert anniversaire des trente ans de label BLEU
Concert anniversaire des trente ans de label BLEU
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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 22:02

Yoann Loustalot (trompette, bugle), Blaise Chevallier (contrebasse), Frédéric Pasqua (batterie)

invité : Glenn Ferris (trombone)

Poitiers, 21-23 novembre 2016

Bruit Chic 0082674/ l'autre distribution

 

Troisième CD pour le trio, le deuxième avec Fred Pasqua à la batterie, le deuxième aussi avec invité : la fois précédente c'était la flûtiste Naïssam Jalal (« Flyin' With », Bruit Chic) ; cette fois c'est le tromboniste Glenn Ferris, sérieux pourvoyeur de jazzité expressive. L'atrabile, cette bile noire que la médecine d'antan rendait responsable de la mélancolie, Ambroise Paré l'appelait atrebile, et Molière en faisait plutôt la cause d'un caractère ombrageux et colérique, celui de l'atrabilaire. Mais l'humeur noire dont il est question dans le thème qui donne au disque son titre, c'est bien celle qui «Porte le Soleil Noir de la Mélancolie». Et la première plage, justement intitulée Atrabile, remplit joliment son office, très bien servie par de subtiles interactions entre les lignes et les timbres. Yoann Loustalot, au bugle, et Glenn Ferris au trombone, rivalisent de sombre expressivité, avec le soutien d'une contrebasse qui nous donne à penser que les contrechants désespérés «sont les chants les plus beaux» ; et d'une batterie qui distille d'inquiétants mystères. Cette couleur de «ciel bas et lourd» parcourt une bonne part du disque, et en constitue grandement le charme. Quand le rythme plus vif et marqué s'en mêle, la tonalité demeure cependant plutôt sombre, avec toujours cette fine polyphonie qui débouche sur des solos qui racontent le spleen, une beauté surgie de l'abîme plus que du ciel profond. C'est le cas de la deuxième plage ; et la troisième rappellera aux amateurs chenus (dont je suis) l'atmosphère du quartette de Gerry Mulligan avec Chet Baker, mais avec un expressionnisme assumé. Une courte plage, Sornette, composée à la mort d'Ornette Coleman et donnée sur le tempo vif d'une fausse gaieté, reste dans les mêmes couleurs. De très belles mélodies, ancrées dans la nostalgie d'un monde perdu, font mouche tout au long du disque, magnifiées par des répons qui leur donne une solennité empreinte de la plus vive nostalgie. C'est souvent «triste et beau comme un grand reposoir» et quand c'est fini, insatiables cafardeux, nous en redemandons, car c'est un bonheur que de céder à une sombre beauté. Trêve d'affliction, le disque connaît aussi ses moments de fantaisie et d'humour, notamment dans deux plages totalement (et magistralement) improvisées. Bref il est presque parfait, et parfaitement conseillé.

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera le jeudi 25 mai 2017 à Paris au Sunset, pour célébrer la sortie du disque, survenue voici quatre semaines.

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 15:55
ANDY EMLER   RUNNING BACKWARDS

ANDY EMLER

RUNNING BACKWARDS

Andy EMLER (p, compositions) Marc DUCRET (g), Claude TCHAMITCHIAN (cb), Eric ECHAMPARD(dms)

Label La Buissonne/harmonia mundi

http://www.labuissonne.com/Site/fr/label_buissonne.php

https://labellabuissonne.bandcamp.com/album/running-backwards

Créé en juin 2016 à Radio France (concert de Jazz sur le vif d’Arnaud Merlin) avant l’enregistrement à la Buissonne en novembre de la même année, voilà que sort le tout nouvel album du trio régulier du pianiste et compositeur Andy Emler qui s’adjoint un invité de marque, le guitariste Marc Ducret . Non seulement notre « guitar hero » n’est pas un nouveau venu, il a déjà travaillé avec Andy Emler dans les années quatre-vingt … passé proche mais déjà propice à la nostalgie. Et plus récemment avec le Mégaoctet dans le beau Dreams in tune de 2006, sorti sur le label Nocturne. Ces quatre virtuoses se sont forgés un style personnel au sein d’une carrière rigoureuse et en perpétuelle évolution. Un parcours créatif qui se traduit par un album bilan, leur réunion étant comme l’aboutissement de toutes ces années de quête d’un « graal » stylistique . Ces esprits libres, capables de déconstruire dans une verve expérimentale des plus toniques font s’emboîter les 7 titres de l’album en une suite-puzzle envoûtante, avec juste ce qu’il faut de passages lents et rêveurs. Une petite merveille de fluidité et de cohérence dans le montage de l’album conçu comme une histoire continue qu’interrompent à peine des transitions entre les parties .

Beaucoup d’improvisations effervescentes et de liberté dans ces cinquante minutes de musique où l’on nous invite à partir en courant mais …à reculons! On peut refaire le chemin à l’envers, jeter de sacrés coups d’œil dans le rétroviseur mais courir à reculons est très improbable. Ils ne sont pas du genre à se laisser aller au découragement même si le chaos actuel de cette société régressive où le divertissement prend le pas sur la culture, nous inciterait parfois tout simplement à nous poser… Il n’y a qu’à s'abandonner à l’énergie de ce « drummer » rebondissant et tout simplement galvanisant (avec ou sans cymbales) qu’est Eric Echampard que l’on ne présente plus et qui sait maintenir une tension de bon aloi. Epaulé par l’autre as de cette rythmique infaillible, le contrebassiste Claude Tchamitchian. Du rock progressif avec la guitare de Marc Ducret, des embardées assurément folles mais sans ce déluge « classique » et cliché de guitares saturées. Il y a du Bill Frisell en lui, non pas pour son tropisme vers la country, mais pour cette manière personnelle d’acclimater la musique anglo-saxonne à notre patrimoine.

Quelques titres comme toujours avec Andy Emler d’un humour potache qui rassérène en ces temps qui se prennent au sérieux « Lève toi…et Marc »,«Turn around et don’t look back » ce qui est difficile surtout si l’on est un Orphée en recherche de son Eurydice. Sûrement une astuce dans le dernier « Watch your back Darwin…I mean ». Impayable sur les bouts rimés Andy… sans compter ce talent de compositeur qui façonne des partitions aux mesures de ses copains qu’ils n’ont plus qu’à essayer, jouant souvent de l’arithmétique du quartet : des duos qui s’affrontent, se complètent, s’inversent dans leurs attributions respectives : guitare/piano, contrebasse/batterie.

Décidément, voilà un album bienvenu que l’on écoutera d’une traite : aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est la complicité alliée au travail le plus exigeant. Cette musique résonne pour ceux qui partagent le même territoire de réflexion. Pensées et panser, c’est dans cet écart que se tient cette musique.

 

Sophie Chambon

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 23:03

Fidel Fourneyron (trombone), Geoffroy Gesser (saxophone ténor, clarinette), Sébastien Beliah (contrebasse)

Gradignan, 16-18 septembre 2016

Umlaut UMFR-CD21 / www.umlautrecords.com

 

Reprendre les comédies musicales, c'est pour le jazz une seconde nature. Quand ces comédies sont des (mélo)drames, cela ne change rien à l'affaire : West Side Story n'échappa guère à la jazzification, dans les années qui suivirent sa création, sous les doigts d'André Previn ou Oscar Peterson (pour ne citer qu'eux). Mais avec Un Poco Loco, c'est une autre histoire : non que ce drame en forme de dilemme tragique devienne une comédie, mais parce que le traitement appliqué n'est pas un ripolinage jazzistique du meilleur goût consensuel, mais bien une glorification transgressive, une déconstruction amoureuse. Six thèmes de la partition d'origine sont entrelardés d'intermèdes concoctés par Fidel Fourneyron, Geoffroy Gesser et Sébastien Beliah (respectivement 4, 3 et 2 compositions). Ici ils dynamitent, là ils dialoguent, ailleurs ils célèbrent, avec ce qu'il faut de distanciation ou d'humour. C'est intensément vivant, profondément musical, animé d'une souple pulsation et d'un magnifique sens de l'improvisation : délectable donc. On remarquera qu'ils ont esquivé Tonight, remarquable scie qu'il serait sans doute difficile de contourner sans mièvrerie. Ou encore le sublime Maria, qu'ils ont peut-être écarté par égard pour la mémoire de la lumineuse Natalie Wood, dont le destin fut ensuite si tragique. Qui sait ? En tout cas cela ne nuit en rien à la réjouissante cohérence de l'ensemble.

Xavier Prévost

 

Un Poco Loco jouera le mardi 23 mai 2017 à la Dynamo de Banlieues Blues, à Pantin.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:11

Daniel Humair (batterie), Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano), Emil Spányi (piano), Stéphane Kerecki (contrebasse)

Gütersloh, 11 novembre 2016

Intuition INTCHR 713322 / Socadisc

 

Une nouvelle référence, volume 10, dans la série 'European Jazz Legends', qui associe le magazine allemand Jazz thing, la radio de l'Ouest germanique WDR (Westdeutscher Rundfunk) et le théâtre d'une ville de Rhénanie-du-Nord Westphalie, Gütersloh. Pour les figures hexagonales, après Henri Texier et Michel Portal, et avant Louis Sclavis, c'est le tour de Daniel Humair (certes Suisse, mais installé en nos frontières depuis plus de dix lustres, et expert confirmé en vins et gastronomie de notre doux pays). Ce quartette du batteur n'est pas le plus exposé, mais il est assurément d'une qualité exceptionnelle. Comme la plupart des groupes de Daniel Humair depuis plus de dix ans (Baby Boom, Sweet and Sour...), celui-ci l'associe à de jeunes musiciens qu'il a découverts notamment dans le cadre de ses activités d'enseignant au Conservatoire National Supérieur de Paris. Ses trois partenaires dans ce quartette ne dérogent pas : ils sont passés par le département de jazz du CNSMDP, où ils ont fait forte impression, et y sont retournés comme enseignants ou comme intervenants. Trois talents remarquables : le saxophoniste Vincent Lê Quang néglige un peu sa carrière de soliste au profit de celle de pédagogue (ses étudiants ne s'en plaignent pas, mais les amateurs s'en attristent....) ; nous sommes nombreux aussi à regretter de ne pas voir le pianiste Emil Spányi plus souvent sur scène (mais quand cela se produit, c'est toujours dans la meilleure des compagnies (François Jeanneau, Christophe Monniot, Louis Sclavis, Éric Barret....) ; quant au contrebassiste Stéphane Kerecki, très demandé comme sideman, et souvent entendu à la tête de ses propres groupes, il s'est lui aussi imposé comme une référence. Bref une équipe de division internationale, qui promet le meilleur : promesse tenue !

Le répertoire emprunte à François Jeanneau, Michel Portal, mais surtout à des compositions de Daniel Humair issues de diverses époques de son parcours. Fidèle à son éthique qui repose sur la liberté de jouer, le batteur laisse ses musiciens s'exprimer largement sur le matériau musical qu'il propose, et l'on tutoie souvent les sommets : Emil Spányi s'évade dans une liberté virtuose (où chaque note cependant s'impose par sa cohérence) dès la première plage, Arfia. Vincent Lê Quang lui emboîte le pas dans la suivante pour un dialogue fructueux entre piano et sax, véhémentement soutenu par Daniel Humair et Stéhane Kerecki ; le tempo passe du plus vif au désir d'accalmie, mais tout est toujours d'une cohérence remarquable. Et cet équilibre miraculeux perdure de plage en plage, que les thèmes soient mélancoliques (parfois) ou frénétiques (souvent). L'interaction, la magie de l'interplay, culmine peut-être dans une ballade totalement improvisée, simplement intitulée.... Ballad ! La force de proposition mélodique du saxophoniste et l'instantanée réactivité du pianiste vont ouvrir l'espace d'un voyage imprévu, aux multiples détours. Daniel Humair saisit chaque occasion pour créer un nouveau champ sonore, ouvrir une brèche, tout en assurant cette pulsation qui fonde le jazz au plein sens du terme, en parfaite harmonie avec Stéphane Kerecki, lequel sait aussi merveilleusement s'évader pour une digression féconde. Et la magie continue d'opérer jusqu'au terme du disque où, comme dans chaque volume de la collection, Götz Bühler (de la radio WDR3) réalise en public un entretien -ici en anglais- avec le leader , qui parle de l'esprit collectif qui préside à son art, de ses souvenirs musicaux, et de la réception parfois inadéquate de cette musique. Un disque vraiment recommandable.

 

Xavier Prévost

 

Daniel Humair jouera avec un autre de ses groupes, Belle Époque (Émile Parisien, Vincent Peirani, Jérôme Regard) le mardi 23 mai à la scène nationale Les Gémeaux de Sceaux (Hauts-de-Seine)

http://www.lesgemeaux.com/spectacles/daniel-humair-quartet-sweet-and-sour/

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:05

BOBBY WATSON : «  Made in  america »
Smoke Session recors 2017
Bobby Watson (as), Stephen scott (p), Curtis Lundy (cb), Lewis Nsh (dms)


Bobby Watson n’est pas un tout jeune sorti du nid. Membre des Jazz Messengers  d’Art Blakey dans les années 70, l’altiste a toujours su se situer dans la droite lignée de Jackie Mc Lean.
Et ce dernier album qui rend hommage à certaines figures américaines (Sammy Davis, Grant green entre autres) ne dément pas cet heureux penchant. Sur la route de Bobby Watson c’est un vrai bottin mondain du jazz que l’on rencontre : Max Roach, Diane Reeves, Wynton et Brandford Marsalis, George Coleman. ET pourtant le saxophoniste ne fait pas partie des figures bien connues de ce côté-ci de l’Atlantique. Un peu trop old school certainement. Alors même qu’i; fait ce mois-ci les honneurs du célèbre magazine Downbeat qui place cet album dans ses favoris.
Et c’est vrai qu’il donne du plaisir le Bobby, avec ce son tranchant et brillant à la fois. Souple comme un chat. Quelque chose de Kenny Garrett mais en moins lourd. En plus subtil.
Un sens Parkerien de l’improvisation qu’il ballade entre les lignes de la rythmiques dans lesquelles il se promène avec une agilité déconcertante.
C’est pas révolutionnaire. Dans la pure tradition de ce jazz qui grosse classe. Du jazz feel good.
Du jazz qui fait sacrément du bien par où il passe.
Jean-MARC GELIN

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 14:38

Avishai Cohen (trompette, composition), Jonathan Avishai (piano), Barak Mori (contrebasse), Nasheet Waits (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 14-16 septembre 2016

ECM 2548 / Universal

 

Comme dans son précédent CD pour le même label («Into The Silence») le trompettiste déploie des trésors de silences et de lenteurs, lui qui en d'autres contextes jouait souvent l'absolue volubilité (mais ses partenaires et lui retrouvent cette vivacité au fil des plages et des escapades improvisées). En quartette cette fois, et avec un autre contrebassiste, il nous donne encore cette exquise mélancolie, ces paysages diaphanes où se découvre ''tout un monde lointain, absent, presque défunt...''. L'interaction est parfaite entre les membres du groupe : tout coule de source, sans dommage pour les fenêtres d'évasion qui s'ouvrent sur l'imprévu. Une fois de plus, Gérard de Haro et son équipe de la Buissone ont su capter la magie de l'instant, à mille lieues de productions formatées où l'assemblage virtuose d'éléments épars étouffe la vitalité de l'instant. Cela dit, je n'étais pas dans le studio et, en livrant imprudemment ce que je ressens à l'écoute, j'accepte le risque de l'erreur....

Le désenchantement et l'inquiétude du temps transparaissent dans les compositions, qui font parfois référence à des événements dramatiques :Theme for Jimmy Greene évoque le disque ''Beautiful Life'' de Jimmy Greene (avec lequel, par parenthèse, a joué l'autre Avishai, le bassiste) disque dédié par le saxophoniste à sa fille de 6 ans, assassinée avec un vingtaine d'autres enfants dans son école du Connecticut lors d'une de ces tueries dont le Nouveau Monde paraît détenir le secret. Il ressort pourtant de l'ensemble quelque chose d'apaisé, un hymne au devenir, sans illusions, mais non sans espoir. Un disque majeur, dans la discographie du trompettiste, et dans les parutions de ces derniers mois.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=JsTiwvyxrxI

 

Le groupe est en tournée :

le 17 mai 2017 au ''232U'' d'Aulnoye-Aymeries (Nord), le 18 à la Maison de la Culture d'Amiens, le 19 à Paris au festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés (Maison des Océans) et le 20 au Petit Faucheux de Tours.

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 21:49

Souvenirs de la Grande Parade du jazz, Nice 78

 

Le label Black & Blue célèbre son demi-siècle cette année. Une centaine d’albums ont été publiés depuis que Jean-Marc Monestier, alors disquaire à Bordeaux, a lancé cette aventure musicale avec un enregistrement à Boulogne-Billancourt de Milt Buckner et Buddy Tate. Bientôt secondé par Jean-Pierre Tahmazian et plus tard par Jean-Pierre Vignola et Didier Tricard, il organisera des tournées d’artistes américains, de Lionel Hampton à Hank Jones.

De ses dernières productions, nous retiendrons la publication des enregistrements « live » réalisés au cours de la Grande Parade du Jaz en 1978. Black & Blue propose ainsi de revivre ces concerts qui se déroulèrent chaque soir entre le 7 et le 15 juillet. Sans prétendre à l’exhaustivité, relevons la présence de souffleurs musclés –Eddie Lockjaw Davis, Illinois Jacquet, Arnett Cobb- des chanteuses  Helen Humes et Carrie Smith, des trompettistes Harry Edison et Jonah Jones, de la pianiste Mary-Lou Williams (en trio avec Jo Jones à la batterie) et de Guy Lafitte, saxophoniste ténor alors à son apogée (mention spéciale à son « duel » avec Illinois Jacquet sur In a Mellow Tone de dix bonnes minutes).  Un panorama du j    azz classique à conseiller aux amateurs de swing bien enlevé et de spontanéité.

Jean-Louis Lemarchand

 

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