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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 23:29

ferlet.jpgArticle paru le 15 septembre 2010.

Edouard Ferlet (p,), Airelle Besson (tp), lexandra Grimal (saxes), Fabrice Moreau (dr, voc)

Melisse 2010.

 

Comme d'autres (c'est un débat de fond qu'il faudrait avoir), ce disque interroge, mieux « agace » (tel un liquide glacé une dent cariée) le jazz plus peut-être qu'il ne l'alimente. C'est en effet une lame de fond du marketing ambiant que de mettre en avant les paysagistes, les coloristes, les virtuoses du plus-que-lent, de soi-disant nouvelles formes du lyrisme et de l'expressivité. Qu'Edouard Ferlet, en des pièces assez sombres, qui tirent leur prenante étrangeté d'entrelacs de lignes et d'un art de la tension remarquablement maîtrisés, développe un univers original, que cet univers soit soit tout aussi remarquablement servi par une formation libérée de la pulsation régulière de la contrebasse, Airelle Besson et Alexandra Grimal s'épanouissant en des dynamiques où la pureté des sonorités n'exclut pas - mieux-même libère - la prégnance de l'émission (grincements, susurrations, altérations), nul ne penserait à en disconvenir. Le questionnement porte ici sur l'expressivité swingante de l'ensemble (qui n'est très probablement pas la préoccupation première), si l'on veut bien considérer que, de Ellington à Mingus, de Booker Little à Kenny Wheeler, de Shorter à....Shorter, le jazz - stricto sensu - n'a pas manqué de créateurs d'univers. Le paradoxe est alors - et c'est ce qui fait la fascination de cet album - qu'il doit une bonne part de sa réussite au drummer Fabrice Moreau, l'un des tout meilleurs de l'hexagone et qui, selon une voie qu'il a délibérément choisie, s'affirme ici (la prise de son étant au surplus irréprochable) comme un percussionniste-coloriste époustouflant. Toutefois, et en demeurant respectueux des options esthétiques retenues ici, quand on connaît la force et la souplesse du groove que Fabrice Moreau est capable d'impulser, on ne peut s'empêcher de penser qu'Edouard Ferlet se prive (pour le moment) de bien des trésors....

 

Stéphane Carini.

 


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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 23:25

Article paru le 15 septembre 2010

 

Sortie 2010.

 

 

L'art du duo est souvent délicat : flattant l'intimisme à l'excès (c'est souvent le cas des duos de guitaristes) mais exposant aussi les duettistes à une prise de risques sans filet. Il faut croire pourtant qu'il existe, dans cet art de la conversation, une tradition bien française : des duos Martial Solal / Stéphane Grappelli (ou Didier Lockwood sur le même instrument) aux échanges entre Christian Escoudé et Jean-Charles Capon ou, beaucoup plus récemment, entre Gérard Curbillon et Alain Jean-Marie, que de merveilles ont été gravées sous ce format ! La rencontre entre Serge Merlaud, guitariste bien trop discret par rapport au talent qui est le sien, et le contrebassiste Jean-Pierre Rebillard s'inscrit dans ce filon. Le répertoire fait la part belle aux thèmes originaux tout en élargissant l'horizon avec éclectisme (Jobim, Tom Waits, et la reprise du standard Old Folks). La complicité est ici de tous les instants car ces deux musiciens sont des conteurs dans l'âme, des arpenteurs qui se préoccupent davantage de la juste luminosité de leur itinéraire que de ses vertigineux détours. L'accès à la lumière, à la fraîcheur, a toutefois, lui aussi, ses alchimies particulières : la sensualité des sonorités, le juste choix du tempo en premier lieu, en second lieu un discours d'une sobriété apparente chez Serge Merlaud, qui privilégie le développement mélodique à l'exclusion de toute joliesse, la diversité des attaques et des accents en préservant toujours l'inventivité avec cet art de la tangente, du vagabondage (pauses, clairières de l'instant) qui n'est jamais fait que pour réaffirmer la vigueur et la sève du cours principal. De tout cela, « Hands and Feet », « Ondulations », « La Seconde » ou « Nür » sont exemplaires. Enfin, le discours volontiers plus charpenté de Jean-Pierre Rebillard, sa sonorité boisée, finement modulée pour mieux épouser celui du guitariste, l'économie très sûre de sa pulsation renforcent et donnent toute son assise à la respiration interne de ce duo très élégamment ajusté. Ecoutez ce disque : il scintille de sa non-brillance, c'est devenu très, très rare.

 

Stéphane Carini.

 

 


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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 23:18

Katche.jpgArticle paru le 15 septembre 2010

Manu Katché (dr), Jason Rebello (p, fender rhodes), Pino Palladino (b), Tore Brunborg (ts, ss) + guests : Kami Lyle (voc, tp), Jacob Young (g) sur divers titres

ECM 2010.

 

Pour l'auteur de cette chronique, le dernier disque de Manu Katché soulève une question qui, pour n'être pas inédite, demeure intéressante : d'où, de quels souvenirs, écoute-t-on un musicien ? Jusqu'où est-on disposé à changer de rive avec lui ? J'eus naguère le privilège d'assister à un showcase à la Fnac où un tout jeune batteur, réinventant le groove d'un interland entre le jazz et les rytmes funk et rock accompagnait, de manière virtuose, radieuse, crépitante (il en brisa ses baguettes) le mythique tandem de guitaristes Eric Boell / Laurent Roubach, si ma mémoire est bonne. On connaît la suite (qui Manu Katché n'a pas accompagné ?). Pour n'être pas rétif aux univers nouveaux, « Third Round » me laisse toutefois perplexe : on comprend la volonté de créer des climats aussi « smoothy » puissent-ils être plutôt que de s''en remettre aux vieux schemas thème / choruses / retour au thème mais faut-il pour autant décliner des pièces sans charpente mélodique, souvent bien mièvres et qui, lorsqu'ils s'animent un tant soit peu, semblent formatés pour la pire bande FM (Shine and Blue) ? On comprend également la préoccupation d'imposer une signature sonore mais faut-il alors faire subir à l'auditeur cette référence obligée à ECM avec un saxophoniste qui fait du sous-Garbarek ou qui clône Kirk Walhum ? On comprend plus encore le souhait d'un positionnement comme «  band leader » mais, sous prétexte de se faire (piètre) coloriste, faut-il y sacrifier le spectre des qualités du batteur (Chic and Trendy alors que Keep On Trippin' ne suffit pas à sauver l'essentiel, on a même furieusement l'impression que Manu en garde sous le pied, un comble !). Un rapprochement dira à la fois l'estime dans lequel on tient le batteur et le doute dans lequel il nous plonge : après quasiment sept ans de loyaux et géniaux services, Tony Williams quitta Miles Davis : diriger, se différencier, composer, chanter...On sait ce qu'il advint de cette légitime ambition du batteur, certes moins soutenu que d'autres....Rapprochement empoisonné ? Peut-être aussi, modeste suggestion d'un (vrai) sujet de réflexion.   

 

Stéphane Carini.

 

 


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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 23:10

logo_hotkeys_450x371.jpgArticle paru le 15 septembre 2010

Thierry Elliez (voc, keyb),  Daniel Ouvrard (b), Philippe Elliez (dr)

Must Records 2010.

 

Je dois l'avouer, je n'ai jamais compris pourquoi un musicien du niveau de Thierry Elliez ne parvenait pas à mieux maîtriser le flux de son discours ni comment il ne se trouvait aucun mentor pour l'y aider. Après avoir joué avec certains des musiciens les plus représentatifs de la scène nationale (Didier Lockwood, Jean-Marc Jaffet, André Ceccarelli, Michel Legrand, etc.), voici que, laissé à lui-même, il se perd dans les pires tourneries pop-rock : espagnolades à la Corea, climats « gothic », riffs disco martelés-cloutés comme il y a trente ans. Des parties chantées (par le leader, on épargnera les paroles, dans son trip disco-funk, Herbie Hancock a  fait pire...) ou instrumentales dotées de choruses systématiquement saturés, on ne sait que sauver, outre un mixage qui sur-expose le claviériste et rend à peu près « introuvable » la contribution du bassite et cotonneuse celle du batteur, pas toujours à la hauteur des « beats » qu'appelle ce type de performance. A  mettre entre parenthèses dans la trajectoire d'un musicien doté d'un potentiel bien plus conséquent. 

 

Stéphane Carini.

 


 

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 08:03

sebastien_lovato_cover.jpg

Auto-produit

 

Article paru le 15 septembre 2010  

Sébastien Lovato (p, Fender Rhodes), Alexandra Grimal (ss, ts), Marc Buronfosse (cb), Karl Jannuska (dr)


 

Sortie de disque le 22 septembre au Sunset à Paris.

 

« Music Boox » est le deuxième album jazz du pianiste Sébastien Lovato. C’est lors d’une rencontre au Bar Belge à Maisons-Alfort (94) que ce pianiste discret m’a alors « confié » son album, avec une certaine humilité. Discret car il ne cherche pas à faire briller inutilement sa musique; discret car sa carrière est riche d’expériences méconnues (diverses collaborations à des projets latins, salsa, tango) qui méritent le détour (Dis bonjour à la dame, Yochko Seffer quartet).

Music Boox est inspirée d’œuvres littéraires écrites par des écrivains presque tous contemporains. D’où le titre : « Music Boox ». Les dix pièces de l’album sont de Sébastien Lovato, mise à part « I Shot the Sheriff » de Bob Marley.

Chaque page du livret illustre une composition par une couleur et quelques lignes extraites d'une œuvre en relation avec le titre de la pièce. Ainsi, « Davla » - deux versions sont sur le cd - a été inspirée par le livre éponyme de Jim Harrison, « Don Quichotte de la Mancha » de Cervantes tend la perche à « Là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied » et « le pouvoir des chats » est un clin d’oeil à un passage tiré du « maître et la marguerite » de Mikhail Boulgakov (« le chat noir aux dimensions effrayantes, un petit verre de vodka dans une patte »)).

Il règne comme un mystère autour de cet album et sa musique. Tout est fait de frugalité: la couverture et le livret sont discrètement lumineux, la musique est en dehors de toute forme démonstrative, les compositions sont à la fois dans des registres volontairement classiques (swing bop dans le « A rebours » ; « Le pouvoir des chats ») ou résolument modernes (le syncopé « Beloved ») et les thèmes sont tout à fait éclectiques. On y côtoie des idiomes différents : ballades, groove léger, funk invisible mais présente, structures rythmiques aussi bien galvaudées que complexes, jazz parisien ou new-yorkais, latin jazz ; sans que la musique ne souffre d'hétérogénéité. Le fil conducteur est perceptible dans un au-delà avec lequel on parvient à rentrer en relation et réside peut être dans cette mystérieuse tempérance que l'on essaie avec obstination de percer. L'oreille du mélomane découvre en filigrane une musique élégante travaillée avec sagacité: « Beloved » est une petite perle et la fin de ce morceau nous fait comprendre pourquoi Lovato a fait appel à une équipe de maîtres d'œuvres-fines lames que sont Marc Buronfosse et Karl Jannuska qui savent donner à leur leader la musique qui lui correspond. C'est l'apparition de la saxophoniste Alexandra Grimal qui étonne. Dans ce contexte serein et élégant, la saxophoniste, qui ne joue pas sur toutes les pièces, emploie son langage rugueux, par endroits et par surprise, et des schémas parfois sophistiqués. Et si elle semble décolorer la musique lors de courts segments, elle assagit son discours la mesure suivante et se fond dans la musique de Lovato. Le trio ne se laisse pas intimider et lui répond œil pour œil, dent pour dent. Ce quartet n'est pas une illusion, une collaboration « one-shot » pour cet album. Le trio Grimal/Buronfosse/Jannuska a déjà éclusé quelques scènes, Lovato est voisin de Buronfosse et les deux jouent régulièrement ensemble. Depuis l'enregistrement de cet album l'année dernière, Jannuska est venu les rejoindre en concerts. « Music Boox » n’est pas un premier disque ni celui de la maturité pour Sébastien Lovato. Avant tout, c’est l'œuvre d'un pianiste délicat et d'un homme cultivé et inspiré et un album abouti.

 

Jérôme Gransac

 

 

Myspace

Site

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 00:00

 

REGARDS CROISÉS SUR LE JAZZ

P1030816.JPG

(c) Jean-Marc Gelin

 


Martial Solal / François Jeanneau, deux musiciens qui chacun à leur manière ont écrit l’histoire du jazz en France. Chacun sur une trajectoire différente, parfois complices depuis leurs premières rencontres au Club saint germain, parfois réunis au gré de leurs formations respectives et parfois dans des univers totalement éloignés. Mais il y a entre eux une profonde affection. De celle qui se fonde sur la reconnaissance mutuelle que partagent les grands musiciens. Lorsque nous avons pris l’initiative de les réunir pour un regard croisé sur le jazz, les deux hommes ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Quand Martial Solal est venu au devant de nous, sur le perron de sa maison, c’est avec une émotion évidente,certaine et bien réelle qu’ il a retrouvé François Jeanneau pour plonger avec lui dans quelques souvenirs de ces pages merveilleuses qu’ils ont tous,les deux contribué à écrire avec toujours tant de passion.

 

 

 

 

     

   

DNJ : Avez vous le souvenir de la première fois que vous vous êtes rencontrés ?

 

 

Martial Solal : Ce doit être au Club Saint Germain, je suppose. À l’époque nous n’étions pas nombreux et quand il y avait un nouveau musicien, un nouvel arrivant, cela se voyait tout de suite. Au piano par exemple, lorsque Arvanitas et plus tard Grailler sont arrivés, on les a très vite entendus. À chaque fois l’arrivée d’un nouveau musicien était perçue comme l’arrivée d’un concurrent de plus. On se méfiait un peu.

 

François Jeanneau : Moi je jouais avec Georges Arvanitas. Mais on a joué aussi ensemble avec Martial, Luigi Trussardi et Bernard Vittez. Avant que je sois engagé au Club Saint Germain, on venait faire le beuf avec Michel Babault, le batteur. Je me souviens qu’une fois on a joué avec toi et que tu as demandé à Michel Babault «  prends le tempo le plus vite que tu peux…. »

 

Martial Solal : Oui, on avait cette espèce de tradition de jouer, au moins une fois par soir, un morceau au tempo le plus rapide possible. Là c’est tombé sur lui. C’était des tempi sur lesquels plus personne ne joue aujourd’hui. C’était très dur à jouer et je pense que c’etait une petite vacherie que j’avais faite à Babault.

 

 

MS : on aimait tellement jouer à cette époque que les petits à côtés un peu désagréables, on ne les voyait pas vraiment. Il y avait bien ces boeufs un peu obligatoires qui duraient deux heures et qui étaient souvent très mauvais. C’était un peu un pensum. Mais c’était surtout une période où l’on apprenait, où l’on progressait par les conseils réciproques des uns et des autres, par l’écoute des musiciens qui venaient d’ailleurs.

 

   

FJ : c’était vraiment une période où l’on avait cette chance de pouvoir jouer tous les soirs. Il n’y a pas de meilleure école pour apprendre


LIRE LA SUITE.......

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 22:54

Autoproduction  http/jazz.laurentepstein.com 

Laurent Epstein (p), Yoni Zelnik (cb), David Georgelet (dm), 2010

 laurentepstein.jpg Toutes  les  chanteuses  de  la  capitale,  toutes  celles  qui  ont  l’habitude de pratiquer les jam de       « Autour de Minuit », toutes les ex du regretté Studio Des Ilettes connaissent bien Laurent Epstein. Elles ont  toutes eu  l’occasion  de savourer son immense talent d’accompagnateur, cette abnégation et cette façon discrète qu’à le pianiste de servir la musique avec autant d’apparente simplicité que d’amour mutin de la musique. Et nous étions donc quelques uns à attendre avec impatience qu’il enregistre son premier disque et qu’il se lance enfin dans le grand bain de l’édition phonographique. D’autant que ses fidèles complices, ses compagnons d’armes des premières heures sont  rompus à l’exercice.  Yoni  Zelnik  que  l’on  ne présente plus est assurément l’un des contrebassistes les plus demandé de la scène parisienne et ne compte plus ses sessions en studio alors que le batteur David Georgelet a fait le buzz cette année avec deux albums sous deux noms différents (Frix et Akala Wubé).

 

Seulement  voilà,  Laurent  Epstein  partage  avec  les  grands musiciens cette élégante humilité qui l'a toujours fait rechigner à s’exposer, à se mettre sur le devant des scènes. Pas une coquetterie de star, non plutôt la modestie des vrais gentlemen. Et c’est avec cette humilité qu’aujourd’hui c’est tout juste s’il ne s’excuserait pas de venir nous présenter son nouveau-premier album. Et pour tous ceux qui le connaissent déjà, ce que nous découvrons ici ne fait que confirmer tout le talent que nous lui connaissions déjà. Celui d’un pianiste aussi sensible que délicat dans sa façon de tourner autour des harmonies, de  chalouper  le  swing  (La Madrague), de « bopper » gourmand (That’s all), d’aller dénicher les subtilités mélodiques (un Locomotive de Monk pas si atonal que ça), et de révéler tous les atours de thèmes faussement simples mais qui, sous ses doigts coulent toujours comme une belle évidence. En toute simplicité. Il faut dire et répéter que Laurent Epstein est accompagnateur dans l’âme. Accompagnateur des autres, des chanteurs et des chanteuses, accompagnateur de la musique dont il ne cherche qu’à mettre en évidence la beauté  des  lignes  mélodiques  (enfin  un pianiste qui aime la mélodie !). Mais aussi accompagnateur de lui-même dans cette façon si subtile et suprêmement élégante de servir la musique. En toute simplicité. Il y a chez lui cette façon de s’effacer  devant  la  phrase  musicale  et  de  la  laisser  vivre.  Comme s’il voulait disparaître devant la musique, ne pas en imprimer sa propre marque, juste la jouer avec cette grâce et cette légèreté qui est comme un défi aux lois de l’apesanteur. On ne peut s’empêcher de penser qu’il partage cette apparente modestie musicale avec un Alain Jean-Marie, lui aussi grand accompagnateur devant l’éternel.

Laurent  Epstein  choisi  avec  un  goût  exquis ses compositions, passe en revue quelques standards (mais pas forcément les plus fréquents), joue quelques unes de ses propres compositions (au demeurant superbes)  avec autant de détachement élégant  que de gourmandise mutine, s’amuse même avec une chanson comme La Madrague dont il met en exergue tous les trésors cachés. Sorte de petit clin d’œil pour dire que cela n’est jamais tout à fait sérieux. Jamais trop grave. C’est que, pour Laurent Epstein , tout est matière à faire chanter le swing pour peu qu’il s’arrête un peu sur son cas.

 

Sa  musique ne réinvente jamais le jazz. Pas de ça chez lui ! Phineas Newborn, Hampton Hawes, Hank Jones, Wynton Kelly et Bill Evans lui ont forcément soufflé deux ou trois trucs de pianistes. Et d’eux Epstein a gardé cette façon de jouer, de  swinguer,  de  balancer en toute simplicité. Aucune introspection sombre chez ce pianiste-là. A la limite du modal. Il suffit d’entendre le Lullaby of leaves qu’il joue en solo pour entendre chez Epstein l’anti-pianiste tourmenté et solitaire.

 

Ses  camarades  de  jeu,  indéfectibles  amis lui offrent comme en cadeau un écrin affectueux dans lequel il s’en va chercher ses pépites, celle qu’il offre avec l’œil attendri et amoureux de ceux pour qui l’amour est justement une offrande belle et joyeuse.

Et avec cette façon de donner vie et âme à son piano, on jurerait même que pour une fois, la vraie chanteuse, c’est lui.


Jean-Marc Gelin

Ps : pour les parisiens, n’hésitez pas à aller l’entendre au Sunside le 20 septembre

 

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 12:11

akinmusire.jpg

Le jeune trompettiste Ambrose Akinmusire, nouveau petit génie de l'instrument et 1er prix Thélonious Monk 2007, vient de signer chez le prestigieux label Blue Note. Rappelons que le fameux label a compté dans ses rangs d'autres tromettistes prestigieux comme Miles, Fats Navarro, Lee Morgan ou Freddie Hubbard et tant d'autres.

 

En ligne de mire un enregistrement avec ses camarades de jeu, dont notamment le saxophoniste Walter Smith III.

 

Pour ceux qui ne le conaissent pas encore, à découvrir d'urgence sur le dernier album de la contrebassiste Linda Oh

LindaOhEntry

 

ma pomme

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 12:10

Les Victoires du jazz ont rendu leur verdict.

La cuvée 2010 a donc récompensé, vendredi 13 juillet en ouverture du festival de Juan Les Pins : 

 

 

Artiste de l’année : Médéric Collignon avec « Jus de Bocse »  

 


Révélation instrumentale : Ibrahim Maalouf

 

 

Album de l’année de formation internationale : Ballaké Sissoko et Vincent Segal

 


Album instrumental : Andy Emler MegaOctet  

   

 

             Jazz vocal ELISE CARON

 

  Elise Caron -copie-1   

     

 

 

 


Victoire d'honneur remise à George Benson,

 

 


 

 


             Les Victoires du Jazz seront retransmises en différé le 20 juillet à 22h45 sur France3.

 

 

 

 

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 22:10

 «  Harvesting semblance and affinities »

PI recordings 2010

Steve Coleman (as), Jonathan Finlayson (tp), Tim Albright (tb), Jen Shyu (vc), Thomas Morgan (cb), Tyshawn Soreu (dm), Marcus Gilmore (dm on 5), Ramon Garcia Perez (percus on 5)

 

 

 

steve-coleman.jpgIl y a dans la musique de Steve Coleman quelque chose de fascinant. De toujours fascinant. C'est un peu comme si l'on partait à la découverte d'une civilisation disparue dont on apprenait les usages et la langue. Et ce dès le début du présent album, qui ouvre comme sur une sorte de rituel ou de rite initiatique. On retrouve d’ailleurs ici l’inspiration des Rituals que l’on retrouvait dans Weaving Symbolics ( Label Bleu 2006). Et cette sensation est renforcée par les volutes vocales de Jen Shyu qui depuis quelques temps déjà accompagne Steve Coleman ( quand ce n’est pas Sarah Murcia) et dont la voix de vestale posée sur la musique est une sorte d’appel à une mystérieuse célébration mystique. Se reporter à la définition du Petit Robert,  vestale : "prêtresse de Vesta qui entretenait le feu sacré".

Mais la musique de Steve Coleman c'est aussi cette géométrie à multiples variables où les frontières entre l'écrit et l'improvisation sont instables (à l'exception des parties chantées), comme le sont aussi celles qui sont censées séparer le chant et le contre-chant au gré des combinaisons rythmiques et harmoniques. Et le lien, dans ces flottements de la forme, c'est cette formidable énergie qui circule et passe de part en part entre les musiciens.

Sur chacune des phrases vocalisées, des ramifications harmoniques se croisent portées par Coleman à l'alto ( quel son !), par   Jonathan Finlayson ( superbe) à la trompette et par Tim Albright au trombone. La rythmique quand à elle apporte une vie puissante, une sorte de force tellurique à cette fête païenne.

On ne peut que suivre Steve Coleman et entrer avec lui dans un univers totalement captivant.  Semblant s’être, débarrassé de son langage mathématico philosophique souvent (trop)  complexe, cet univers-là maintient tous les sens en éveil. On croit retrouver ce qui avait fait la force de M'base notamment. Cette force de la pulse viscéralement chevillée à la musique colemanienne.

La structure reste pourtant complexe et le système Colemanien reste fondé sur une approche systémique caractérisée par la numérotation de ses compositions laquelle renvoie à des combinaisons harmoniques et rythmiques bien définies comme autant de ramification possibles. Ce sont des systèmes a priori qui délimitent le cadre. Dans cet écheveau les voix se croisent mais se complètent aussi comme sur ce Middle of Water où les chorus vocaux sont doublés par les cuivres dans un mélange d'unisson et de contre chant vibrants. Une force vitale incroyable frémit, s'élève, vibre et plane aussi dans un univers parfois évanescent, en apesanteur comme sur Flos Ut Rosa Floruit composé par le compositeur Danois Per NÆrgard et inspiré des textes sirptuels du moyen âge, où la voix magique nous entraîne dans une sorte d'opéra entre rêve éveillé et paysage fantasmagoriques.

On connaît aussi l’importance que Steve Coleman a toujours accordé aux batteurs et à leur force d’attraction mutuelle. Il n’est que d’entendre Attila 04 , cycle de 32 mesures (sorte de rituel de clôture, danse frénétique) pour comprendre l’importance du travail d’orfèvre laissé aux baguettes de Tyshawn Sorey .

Assurément il y a un style « Steve Coleman » qui, en dépit de sa complexité, revient aujourd’hui à une forme d'épure qui relève toujours pour l’auditeur, du domaine de l'expérience musicale. Le monde de Steve Coleman nous happe et nous captive. Il appartient définitivement à ceux qui savent le conquérir.

Jean-Marc Gelin

ma pomme

 

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